La création de la fonction d’assistant parlementaire (ou de
collaborateur de député) remonte à 1975. Elle constitue, d’une
certaine manière, l’aboutissement d’un long processus répondant aux
souhaits des députés de disposer, à côté de leur indemnité
parlementaire perçue comme « un salaire », des moyens humains et
matériels leur permettant de faire face aux diverses charges de leur
mandat, et venant renforcer ceux qui avaient été accordés
collectivement aux groupes politiques.
Plusieurs étapes ont marqué ce processus.
Une indemnité compensant les frais de secrétariat des députés a été
créée en 1953 et supprimée en 1958.
L’indemnité d’aide dactylographique, mise en place en 1970, se
substitue aux dispositifs introduits en 1968 et qui offraient aux
députés la possibilité de se constituer un secrétariat particulier
ou d’utiliser les services d’un secrétariat collectif organisé au
sein des groupes politiques. L’objet et les conditions de gestion de
cette indemnité furent modifiés à plusieurs reprises jusqu’en 1997.
À cette date, l’indemnité de secrétariat fut remplacée par
l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), destinée à
couvrir les dépenses liées à l’exercice du mandat de député qui ne
sont pas prises en charge ou remboursées par l’Assemblée nationale :
en tant qu’allocation spéciale pour frais, elle n’est pas imposable
à l’impôt sur le revenu mais est assujettie à la CSG/CRDS. Son
montant brut s’élève, au 1er juillet 2009, à 6 361 € par
mois.
La demande des députés ne pouvait se satisfaire d’un soutien se
limitant à la seule aide dactylographique, à un moment où les
sollicitations pesant sur le mandat parlementaire exigeaient la
présence de collaborateurs auprès d’eux, à l’image de ce qui
existait dans certains parlements étrangers comme le Congrès
américain : c’est ce qui explique la mise en place d’une dotation
spécifiquement consacrée au recrutement de collaborateurs
particuliers, appelée « crédit collaborateur ».
I.– Le statut des
assistants parlementaires
1. – Le principe du député-employeur et l’application du droit
commun du travail
Le député dispose d’un crédit lui permettant de recruter jusqu’à
cinq collaborateurs. Ce crédit mensuel s’élève, au 1er
juillet 2009, à 9 066 €.
Le principe de base, qui est en quelque sorte la clé de voûte du
système, est celui du député-employeur : le collaborateur est le
salarié du député, non celui de l’Assemblée nationale. De ce
principe, dont la portée a été renforcée en 2002 par la possibilité
offerte aux députés de gérer directement leur crédit collaborateur,
découle l’ensemble des règles et dispositifs qui organisent la
relation du député avec son ou ses collaborateurs :
-
le député a la qualité d’employeur : il recrute
librement ses collaborateurs, licencie, fixe les conditions de
travail et le salaire de son personnel, dans le respect des
dispositions du code du travail ;
-
les collaborateurs sont recrutés sur la base d’un
contrat de travail de droit privé. En règle générale, il s’agit
de contrats de travail à durée indéterminée, mais le député peut
recruter des collaborateurs sur la base de contrats à durée
déterminée (dans les conditions fixées par le code du travail)
ou conclure des contrats spécifiques lorsqu’un fonctionnaire est
détaché auprès de lui en application des lois portant statut des
fonctionnaires. Le contrat à durée indéterminée perdure en cas
de réélection du député employeur ; en revanche, il est rompu
lors de la fin de mandat du député ou en cas de dissolution ;
-
des contrats types, dont les clauses sont
approuvées par les questeurs, sont mis à la disposition des
députés par le service des affaires financières. Ils comportent
deux stipulations directement liées au mode de gestion du crédit
collaborateur : la première, relative à l’objet du contrat,
dispose que « l’employeur, agissant pour son compte
personnel, engage le salarié qui lui est juridiquement et
directement subordonné et a toute sa confiance, pour l’assister
à l’occasion de l’exercice de son mandat de député » ; la
seconde précise que « la cessation, pour quelque cause que ce
soit, du mandat du député employeur constitue une juste cause de
résiliation du contrat ».
En cas de différend entre le député-employeur et son collaborateur,
le conseil des prud’hommes est seul compétent – comme pour tout
litige opposant un salarié et son employeur au sein d’une entreprise
privée.
Une organisation de collaborateurs a tenté de remettre en cause le
principe du député-employeur en faisant reconnaître par le tribunal
d’instance du 7ème arrondissement de Paris l’existence
d’une unité économique et sociale entre les députés employeurs de
collaborateurs. La requête a été rejetée par un jugement du 21 mai
2002 qui précise que les avantages sociaux et, plus généralement,
les conditions de travail des collaborateurs s’apparentent à « une
mutualisation des moyens, habituelle au sein d’une même profession »
et conclut que « l’absence d’une réelle communauté de
travailleurs et d’une unité économique empêchent de reconnaître
l’existence d’une unité économique et sociale entre les députés de
l’Assemblée nationale ». Ce jugement a fait l’objet d’un pourvoi
en cassation. La chambre sociale de la Cour de cassation l’a rejeté
par un arrêt du 18 février 2004 en considérant « qu’il n’existe
aucune unité de direction sur les collaborateurs parlementaires »
et que « les députés composant l’Assemblée nationale ne
constituent (donc) pas une unité économique et sociale ».
2. – Une gestion du crédit collaborateur déléguée au service
des affaires financières
Le service des affaires financières de l’Assemblée nationale est le
plus souvent chargé de gérer le crédit collaborateur des députés qui
signent à cet effet un mandat de gestion.
Le service des affaires financières impute, sur les instructions de
chaque député, les rémunérations des collaborateurs et effectue,
pour le compte des députés, les actes de gestion tels que
l’établissement des bulletins de paye, le paiement des salaires et
des charges y afférant, l’élaboration et la transmission aux
organismes compétents des déclarations sociales et fiscales. Il
n’exerce, à ce titre, qu’une fonction de prestataire de services.
Depuis 2002, il s’agit là d’une simple faculté offerte aux députés.
Un petit nombre d’élus ont préféré gérer directement leur crédit
collaborateur. Ils reçoivent à ce titre l’équivalent d’une fois et
demi le crédit de base pour couvrir les charges patronales.
3. – La protection sociale des assistants parlementaires
Les collaborateurs salariés relèvent du régime général de sécurité
sociale des travailleurs salariés pour les risques maladie,
maternité, invalidité, décès, accident du travail et vieillesse,
d’un régime de retraite complémentaire de salariés de droit privé et
du régime d’assurance chômage. Ils bénéficient des actions de
formation professionnelle prévues par le code du travail.
Depuis 1975, une série de mesures ont amélioré la situation des
collaborateurs. Outre que leurs rémunérations sont revalorisées en
fonction de l’évolution des rémunérations publiques, diverses
charges incombant à l’employeur sont financées hors crédit
collaborateur, telles que :
-
dès l’origine, les charges patronales sociales et
fiscales obligatoires, qui représentent environ la moitié de la
rémunération salariale brute imputée sur le crédit
collaborateur ;
-
à partir de 1978, les indemnités de fin de contrat
(indemnité légale de licenciement et indemnité dite de
« précarité », indemnités compensatrices de préavis et de congés
payés) allouées aux collaborateurs en cas de cessation du mandat
du député-employeur ;
-
diverses dépenses liées à des formations
spécifiques délivrées aux collaborateurs (formations dispensées
par l’École nationale d’administration depuis 1986 et par le
Centre national de la fonction publique territoriale depuis
1991, cours d’anglais depuis 1992), à la médecine du travail et
aux frais de transport des collaborateurs pour des trajets entre
Paris et la circonscription liés à leurs fonctions.
Par ailleurs, divers avantages accessoires s’ajoutent au salaire de
base :
-
la prime de 13ème mois, instituée en
1982 et qui équivaut à un mois de salaire de base ;
-
l’allocation de frais de garde d’enfant âgé de
moins de trois ans, instituée en 1988 ;
-
la prime de prévoyance qui s’est substituée en
1998 au remboursement plafonné des frais de mutuelle ;
-
l’avantage repas (prime-repas ou titre-restaurant),
instauré en mai 2000.
À l’origine, ces avantages étaient directement pris en charge par le
budget de l’Assemblée et le député-employeur pouvait s’opposer à
leur versement. Depuis 2002 et à l’exclusion de l’allocation de
frais de garde (pour laquelle cette prise en charge subsiste), ils
sont imputés sur le crédit collaborateur qui a été revalorisé à due
concurrence.
Depuis le 1er janvier 2006, les collaborateurs peuvent
percevoir une prime de rappel d’ancienneté prenant en compte celle
qui a été acquise auprès du même député entre le 12 juin 1997 et le
31 décembre 2005 et une prime d’ancienneté prenant en compte celle
qui est acquise – également auprès du même député – depuis le 1er
janvier 2004 : le crédit collaborateur de chaque député est majoré à
due concurrence du montant total de ces primes.
Depuis le 1er janvier 2006 également, les collaborateurs
remplissant certaines conditions de diplôme et/ou d’ancienneté
peuvent accéder au statut de cadre dès lors qu’ils en ont fait la
demande écrite à leur député-employeur.
II.– Les fonctions des
assistants parlementaires
Le collaborateur joue le rôle que chaque député lui fixe à
l’intérieur de l’équipe qu’il a recrutée : cette situation interdit
d’aller au-delà d’observations générales quant aux attributions des
collaborateurs.
Certains députés concentrent leur équipe dans leur circonscription,
d’autres à Paris, d’autres encore répartissent leurs collaborateurs
entre l’Assemblée nationale et la circonscription. On peut
considérer que les deux tiers environ des collaborateurs sont
attachés à la circonscription du député tandis qu’un tiers travaille
au Palais Bourbon.
Les tâches confiées dépendent fondamentalement des besoins du député
et des compétences de la personne recrutée :
-
la plupart des collaborateurs se voient confier
des tâches d’assistance et de secrétariat comme la tenue de
l’agenda, la prise de rendez-vous, la permanence téléphonique et
l’assistance à diverses tâches matérielles ;
-
les collaborateurs les plus qualifiés, disposant
par exemple de diplômes de second cycle universitaire, apportent
de surcroît une contribution qui touche à l’exercice de son
mandat par le député : rédaction de discours, préparation de
propositions de lois et d’amendements, représentation au sein du
groupe politique, etc.