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JOURNAL OFFICIEL
DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
DÉBATS PARLEMENTAIRES
COMPTE RENDU INTÉGRAL
Séance du lundi 21
octobre 1974
SOMMAIRE
1. –
Constitution du Parlement en Congrès
2. –
Règlement
3. – Vote
sur le projet de loi constitutionnelle portant révision de l'article 61 de
la Constitution
Suspension et reprise de la
séance
4. – Rappel
au règlement
MM. Tailhades, le
président.
5. – Vote
sur le projet de loi constitutionnelle portant révision de l'article 61 de
la Constitution (suite)
M. Chirac, Premier
ministre.
Explications de vote :
MM. Fosset, Chandernagor,
Foyer, Donnez, Villa, Gerbet, MarciIhacy, Monichon, Caillavet, Carous
Scrutin public à la
tribune.
Suspension et reprise de la
séance.
Proclamation du résultat du
scrutin.
6. –
Clôture de la session du Congrès
Annexe au procès-verbal de la séance
PRÉSIDENCE DE M. EDGAR
FAURE
A dix heures, M. Edgar Faure, président de l’Assemblée nationale,
président du Congrès du Parlement, fait son entrée dans la salle des
séances, accompagné des membres du bureau.
M. le président monte au
fauteuil. MM. les secrétaires prennent place au bureau aux côtés de M. le
président.
M. le président.
La séance est ouverte.
– 1 –
CONSTITUTION DU PARLEMENT EN CONGRÈS
M. le président.
J'ai reçu de M. le
Président de la République la lettre suivante :
« Monsieur le président,
« Le projet de loi
constitutionnelle, portant modification de l'article 61 de la Constitution a
été adopté en termes identiques le 17 octobre 1974 par l'Assemblée nationale
et le Sénat.
« J'ai décidé de soumettre
ce projet au Congrès en vue de son approbation définitive dans les
conditions prévues par l'article 89 de la Constitution.
« Je vous adresse ci-joint,
avant sa publication au Journal officiel, le décret de convocation du
Congrès, auquel est annexé le texte du projet de loi constitutionnelle que
cette assemblée aura à examiner, sous votre présidence, dans la journée du
21 octobre 1974.
« Veuillez croire, monsieur
le président, à ma très haute considération ».
« Valéry
Giscard d'Estaing. »
Le décret de convocation
est ainsi conçu :
« Décret du 18 octobre
1974 tendant à soumettre un projet de loi constitutionnelle
au Parlement convoqué en Congrès.
« Le Président de la
République,
« Sur le rapport du Premier
ministre,
« Vu l'article 89 de la
Constitution,
« Décrète :
« Art. 1er. – Le
projet de loi constitutionnelle portant révision de l'article 61 de la
Constitution, voté en termes identiques par l'Assemblée nationale et par le
Sénat le 17 octobre 1974 et dont le texte est annexé au présent décret, est
soumis au Parlement convoqué en Congrès le 21 octobre 1974.
« Art. 2. – L'ordre du jour
du Congrès est fixé ainsi qu'il suit :
« – vote sur le projet de
loi constitutionnelle portant révision de l'article 61 de la Constitution.
« Art.
3. – Le présent décret sera publié au Journal officiel de la
République française.
« Fait à Paris, le 18
octobre 1974
« nbsp;Valéry
Giscard d'Estaing. »
« Par
le Président de la République :
« Le Premier ministre,
« Jacques Chirac. »
Le texte annexé au décret
est ainsi libellé :
ANNEXE
« Projet de loi
constitutionnelle
portant révision de l'article 61 de la Constitution.
« Article unique. –
Le deuxième alinéa de l'article 61 de la Constitution est remplacé par la
disposition suivante :
« Aux mêmes fins, les lois
peuvent être déférées au Conseil constitutionnel, avant leur promulgation,
par le Président de la République, le Premier ministre, le président de
l'Assemblée nationale, le président du Sénat ou soixante députés ou soixante
sénateurs. »
Dès réception de ces
communications, j'ai convoqué le Parlement.
Je le déclare constitué en
Congrès.
– 2 –
RÈGLEMENT
M. le président. Le règlement adopté par le précédent Congrès et déclaré
conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel, le 20 décembre
1963, demeure, par décision du bureau, applicable pour la présente réunion,
étant entendu que ce règlement ne sera pas applicable automatiquement aux
Congrès ultérieurs.
Ce règlement a été
distribué à tous les membres du Congrès.
– 3 –
VOTE SUR LE PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE
PORTANT RÉVISION DE L'ARTICLE 61 DE LA CONSTITUTION
M. le président.
L'ordre du jour appelle
le vote sur le projet de loi constitutionnelle portant révision de l'article
61 de la Constitution.
Le texte de ce projet,
annexé au décret de convocation, a été distribué à tous les membres du
Congrès.
Au cours de la réunion que
j'ai tenue tout à l'heure dans mon cabinet avec les présidents des groupes,
il a été prévu que la séance serait suspendue afin de permettre aux groupes
de désigner leurs orateurs.
Je les prie donc de faire
connaître au bureau, à l'issue de cette suspension de séance, le nom des
orateurs qui prendront la parole au nom des différents groupes des deux
assemblées.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à
dix heures quinze, est reprise à onze heures.)
M. le président.
La séance est reprise.
– 4 –
RAPPEL AU RÈGLEMENT
M. Edgar Tailhades.
Je demande la
parole pour un rappel au règlement.
M. le président.
La parole est à M. Tailhades
pour un rappel au règlement.
M. Edgar Tailhades.
Monsieur le
président, mesdames, messieurs, ayant appris que le Gouvernement avait
l'intention de prendre la parole dans le débat, le groupe socialiste m'a
demandé d'intervenir pour présenter un rappel au règlement.
Je ferai d'abord référence
aux dispositions de l'article 31 de la Constitution, en vertu duquel « les
membres du Gouvernement ont accès aux deux assemblées ». Avoir accès aux
deux assemblées, ce n'est pas avoir accès au Congrès du Parlement.
L'article 31 de la Constitution ne mentionne pas le Congrès. (Mouvements
divers et exclamations sur plusieurs bancs.)
Il est indiscutable que le
règlement de l'Assemblée nationale comme le règlement du Sénat font
référence aux dispositions de la Constitution, et notamment à celles de
l'article 31 que je viens d'évoquer.
Or, le règlement du
Congrès, lui, ne contient aucune disposition à cet égard..
En outre, son article 10 ne
précise pas qu'il y a débat et que le Gouvernement peut intervenir. Il
dispose notamment que le président peut autoriser des explications de vote,
ce qui vise les membres des assemblées et non le Gouvernement, qui, ne
votant pas, n'a pas à expliquer son vote.
Dans ces conditions, le
groupe socialiste estime que le Gouvernement ne peut prendre la parole
devant le Congrès.
C'est pour ces raisons que,
au nom du groupe socialiste, je demande au Congrès de décider que le
Gouvernement n'aura ni le droit ni la possibilité d'intervenir.
(Applaudissements sur plusieurs bancs. – Exclamations sur divers autres
bancs.)
M. le président.
Monsieur Tailhades, je
vous remercie de la courtoisie qui a marqué votre intervention. En ma
qualité de président du Congrès du Parlement, je ne prendrai pas la
responsabilité de dire qu'à partir du moment où le Gouvernement a accès aux
deux assemblées, il ne peut venir devant elles lorsqu'elles se trouvent
réunies. Cela ne me paraîtrait pas convenable. (Sourires et approbations
sur divers bancs.)
J'indique au Congrès
qu'avant le début de cette séance j'ai tenu à réunir dans mon cabinet
MM. les présidents des groupes, parmi lesquels figurent, d'ailleurs, le
président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale et le président du
groupe socialiste du Sénat. Je précise qu'aucun d'eux n'a alors soulevé
d'objection.
C'est d'ailleurs à la
demande expresse de M. Champeix, président du groupe socialiste du Sénat...
M. Marcel Champeix.
Je m'inscris en
faux contre cela, monsieur le président.
M. le président.
Vous étiez bien présent
à cette réunion, monsieur Champeix, et vous n'avez présenté aucune
objection.
M. Marcel Champeix.
Voulez-vous,
monsieur le président, me permettre une précision ?
M. le président.
Volontiers.
M. Marcel Champeix.
Monsieur le
président, j'ai simplement indiqué que je parlais à titre personnel, puisque
notre groupe n'avait pas tenu sa réunion et n'avait pas encore pris de
décision, et que, en toute hypothèse, si le représentant du Gouvernement
devait prendre la parole, il n'était pas concevable qu'il parlât après les
explications de vote.
C'est la seule observation
que j'ai présentée.
M. le président.
Monsieur Champeix, si
vous m'aviez laissé achever mon propos, vous auriez constaté qu'il n'y a
aucun faux, ni de votre part, ni de la mienne.
C'est à la suite de cette
observation, dont j'ai tenu le compte qu'elle méritait, que j'ai demandé à
M. le Premier ministre, quand il est venu me voir, de bien vouloir prendre
la parole au début de la séance, ce qu'il a volontiers accepté de faire.
Au surplus, le règlement
prévoit expressément, à l'article 16, que le vote par scrutin public est de
droit sur décision du président « ou sur demande du Gouvernement ». La
présence du Gouvernement et la possibilité pour lui de prendre la parole
sont donc explicitement prévues par le règlement.
L'incident est clos.
– 5 –
VOTE SUR LE PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE
PORTANT RÉVISION DE L'ARTICLE 61 DE LA CONSTITUTION (suite)
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre. (Applaudissements
sur de nombreux bancs.)
M. Jacques Chirac, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs, dans le
message qu'il vous a adressé le 30 mai dernier, au lendemain de son
élection, le Président de la République a inscrit l'affirmation du caractère
libéral et démocratique de notre société parmi. les fondements essentiels de
son action. Dès la session de printemps, vous avez adopté le projet de loi
concernant l'abaissement de l'âge de la majorité. L'Assemblée nationale a
organisé, comme cela lui était suggéré, des séances hebdomadaires de
questions orales au Gouvernement plus actuelles et plus vivantes que par le
passé améliorant ainsi l'information des députés et, à travers eux, celle de
la nation.
Dans le même esprit, le
Président de la République vous convoque aujourd'hui pour vous permettre de
délibérer d'une réforme plus fondamentale puisqu'elle touche nos
institutions : à travers une modification de procédure vous êtes, en effet,
appelés à vous prononcer sur une extension notable du contrôle de la
constitutionnalité des lois.
En fait, deux propositions
ont été soumises au vote de vos assemblées respectives.
La première concernait les
conditions dans lesquelles les membres du Gouvernement peuvent, lorsqu'ils
quittent celui-ci, retrouver leur rôle de parlementaire.
Il s'agissait à nos yeux –
et je l'ai clairement indiqué – d'adapter une règle justifiée dans son
principe mais, l'expérience l'a montré, mal ajustée à la réalité de notre
vie politique. Cette réforme, que de nombreux parlementaires avaient
d'ailleurs demandée, a été adoptée par la majorité d'entre vous. Vous avez
ainsi démontré qu'il existait un problème auquel il convenait d'apporter une
solution. Mais les débats ont aussi révélé que le large assentiment prescrit
par la Constitution, et qui s'impose pour des raisons morales et politiques
dans un tel domaine, ne s'est pas encore dégagé.
Il faut donc que le
Gouvernement et les Assemblées continuent à y réfléchir et recherchent
ensemble le meilleur aménagement d'une disposition qui concerne
essentiellement les parlementaires eux-mêmes.
Le contrôle de la
constitutionnalité des lois est, au contraire, une garantie des libertés et
des droits individuels qui intéresse l'ensemble des citoyens. C'est une
grande nouveauté esquissée dans la Constitution de 1946 et instaurée par
celle de 1958.
La suprématie de la loi,
expression du suffrage universel et de la volonté populaire, demeure la
règle fondamentale de l'État. Lorsqu'elle a fait l'objet de tous les débats,
lorsque tous les points de vue, toutes les opinions, ont pu être discutés
démocratiquement, lorsqu'elle a été promulguée par le chef de l'État, la loi
s’impose à tous et constitue un acte inattaquable, que les juridictions sont
tenues d'appliquer.
Mais autant il est
indispensable de maintenir sur ce point notre tradition, autant, dans le
cadre d'une société que nous voulons toujours plus attentive à la défense
des droits des individus et des minorités, il nous est apparu nécessaire de
renforcer encore leur protection contre toute disposition législative qui
risquerait de porter atteinte à la Constitution, dans son esprit comme dans
sa lettre..
Pour progresser sur cette
voie, il n'est pas de meilleur moyen que de donner à ceux que la nation a
choisis pour représentants la possibilité d'intervenir une dernière fois en
demandant solennellement au Conseil constitutionnel de vérifier si, dans une
loi que le Parlement aurait adoptée, il n'est pas de disposition contraire à
la loi suprême qu'est notre Constitution.
Au cours des débats d'une
très grande qualité qui ont eu lieu devant vos deux assemblées, vous avez
modifié le texte gouvernemental. Sur un point important – celui du nombre
des députés et des 'sénateurs; qui pourront saisir le Conseil
constitutionnel – vous avez retenu une solution conforme aux exigences du
bicaméralisme: un nombre égal de sénateurs et de députés pourra mettre en
œuvre cette nouvelle procédure.
Vous n'avez pas cru devoir
autoriser le Conseil constitutionnel à se saisir lui-même, lorsque des lois
votées mais non encore promulguées lui auraient paru contestables au regard
des libertés publiques.
Le Gouvernement avait pensé
que c'était là une protection supplémentaire qui était offerte aux citoyens
et que, dans ce domaine, aucune procédure de contrôle et de réflexion
n'était inutile. Vous avez craint que cette disposition ne conduise à ce que
certains ont appelé le « gouvernement des juges ». Nous n'avons pas cherché,
sur un point qui concerne si étroitement l'exercice du pouvoir législatif, à
vaincre les réticences du Parlement.
Telle qu'elle est
maintenant soumise au congrès, cette réforme constitutionnelle apparaît
comme un complément important de notre régime démocratique. II ne s'agit
pas, contrairement à ce que certains voudraient faire croire, d'un simple
aménagement de procédure ou d'un amélioration superficielle du texte. C'est
une protection nouvelle que nous apportons aux minorités ; c'est une
reconnaissance supplémentaire des droits de l'opposition.
Il n'est de véritable
démocratie que dans la sauvegarde du libéralisme politique, ce qui implique
le pluralisme des idéologies et donc le respect de la décision majoritaire..
C'est la charte
fondamentale de notre société : nos institutions sont toutes entières
dominées par le souci de concilier l'expression libre et démocratique de la
volonté populaire avec le respect de cette même volonté lorsqu'elle s'est
exprimée conformément à la loi.
Je regrette, certes, que
les votes émis aussi bien à l'Assemblée nationale qu'au Sénat aient montré
que les représentants de toute une partie de l'opinion n'ont pas cru devoir
s'associer à cette réforme. Je respecte leur décision, mais le jour ne
viendra-t-il jamais où, au-delà d'opinions légitimement opposées, nous
saurons ensemble reconnaître ce qu'il peut y avoir de bon et de salutaire
dans une institution nouvelle, toute entière dominée par le souci d'affermir
un peu plus cette démocratie qui est notre bien commun.
Pourquoi ce refus ?
A l'opposition, nous avons
voulu donner les moyens, de mieux remplir sa mission.
Elle affirme elle-même que,
dans l'hypothèse où elle deviendrait majoritaire, elle saurait respecter les
droits de la minorité.
En s'associant à ce que
nous proposons, elle aurait démontré qu'elle avait des droits de
l'opposition une conception et un respect identiques à ceux qui inspirent
notre action.
Par delà les antagonismes
doctrinaux, l'effort permanent que nous poursuivons, sous la haute impulsion
du chef de l'État, pour améliorer la protection de nos libertés, devrait
apparaître comme l'expression d'une volonté unanime de la nation.
Dans les mois à venir, nous
vous proposerons d'autres textes de nature législative ayant ce même
objectif. Nous préparons une réforme de la justice ; nous avons constitué
une commission chargée d'élaborer un code des libertés publiques et de
proposer au Gouvernement toutes les réformes de nature à renforcer la
protection des libertés individuelles.
Mesdames, messieurs, nous
vivons dans un monde dangereux où il est de plus en plus difficile de
concilier le respect des valeurs fondamentales de notre société et
l'agression d'une civilisation de plus en plus dure et contraignante.
Face à cette agression,
certains sont attirés par une attitude de refus global qui conduit à la
licence et à la négation de toute règle. D'autres appellent de leurs vœux un
ordre nouveau qui ne serait que la renonciation à plusieurs siècles de
conquête patiente et obstinée des libertés de l'homme..
Nous voulons à la fois
concilier l'autorité de l'État, sans laquelle il n'est pas de démocratie,
avec la protection inlassable, minutieuse des libertés individuelles.
C'est une tâche qui peut
nécessiter, comme c'est le cas aujourd'hui, l'amélioration de la loi suprême
de l'État.
C'est surtout une œuvre
permanente qui suppose de la part du Gouvernement, des élus de la nation et
des citoyens une vigilance sans relâche ; car les menaces ne viennent plus
seulement, comme par le passé, des ambitions politiques contestables, mais
elles peuvent être la conséquence de décisions apparemment justifiées sur le
plan technique.
Ce ne sont plus seulement
les hommes qui menacent nos libertés, c'est le progrès lui-même, qui peut,
sous les fallacieuses apparences des améliorations matérielles, écraser ce
qui constitue la plus haute valeur de la civilisation occidentale : la
dignité de l'homme et sa liberté.
Alors que nous avons à
résoudre de difficiles problèmes économiques ou sociaux, alors que les mois
et les années à venir exigeront un effort de tous, rien ne doit nous
paraître plus essentiel que de sauvegarder et de renforcer les principes
fondamentaux de notre démocratie. A ceux qui, par lâcheté, acceptent le
renoncement, à ceux qui, prônent la violence ou l'intolérance, nous devons
affirmer, avec sérénité mais avec plus de force encore que par le passé,
notre volonté de se protéger les libertés publiques et d'assurer à tous le
respect des règles fondamentales qui les protègent.
Il y a un peu moins de cent
ans, dans une enceinte toute proche de celle-ci, les représentants que la
France s'était donnés au lendemain d'une dure épreuve cherchaient à jeter
les bases d'un régime nouveau. A cette époque, la République n'était pas
encore devenue ce qu'elle est pour nous, un régime définitif, indissociable
dans notre esprit de la démocratie et de la liberté.
Au cours des ans, cette
République parlementaire a su, parfois de façon pacifique, trop souvent,
hélas ! dans les déchirements et les troubles, s'adapter .aux besoins du
pays.
L'épreuve du temps est
capitale pour les institutions. Tout système politique doit chercher une
difficile conciliation entre les impératifs, en apparence divergents, de la
stabilité et de l'adaptation.
Pour la première fois, sous
l'impulsion du général de Gaulle et de Georges Pompidou, la France s'est
dotée d'institutions stables et conformes à la dignité d'un grand pays. En
aucun cas, nous ne devons remettre en cause les principes sur lesquels elles
reposent, c'est-à-dire la Constitution. L'adaptation proposée aujourd'hui
n'est pas une modification de ces principes. Elle confirme l'esprit même de
nos textes fondamentaux.
C'est dans cet esprit,
mesdames, messieurs, que je vous demande de voter le texte qui vous est
proposé. Vous traduirez ainsi à la fois votre attachement aux institutions
de la Ve République et votre volonté de faire progresser la
France sur la voie d'une démocratie moderne. (Vifs applaudissements sur
de nombreux bancs.)
M. le président. Avant de donner la parole aux orateurs de chacune des assemblées,
inscrits dans les explications de vote, je donne lecture de l'article unique
du projet de loi constitutionnelle portant révision de l'article 61 de la
Constitution :
« Article unique. –
Le deuxième alinéa de l'article 61 de la Constitution est remplacé par la
disposition suivante :
« Aux mêmes fins, les lois
peuvent être déférées au Conseil constitutionnel, avant leur promulgation,
par le Président de la République, le Premier ministre, le président de
l'Assemblée nationale, le président du Sénat ou soixante députés ou soixante
sénateurs. »
Dans les explications de
vote, la parole est à M. Fosset.
M. André Fosset. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mes
chers collègues, au rendez-vous que leur a fixé le Président de la
République, les membres du groupe sénatorial de l'union centriste des
démocrates de progrès, au nom desquels je parle à cette tribune, sont
présents. Nous le sommes pour répondre tous positivement à la proposition de
réforme qui nous est soumise. Non pas qu'à nos yeux il ait jamais suffi,
pour émettre un vote favorable, qu'un Président de la République, quel que
soit le respect dont nous entourons sa personne et sa fonction, en fit la
demande.
Qu'il me soit permis
d'ailleurs de souhaiter pour le bon aboutissement des projets futurs de
révision constitutionnelle par la voie parlementaire, que la décision de
modification et l'élaboration du texte soient arrêtées après la plus large
consultation des instances parlementaires, en particulier du président de
l'Assemblée nationale et du président du Sénat. Le succès de la révision
dépend de cette concertation préalable. Pardonnez cette légère critique.
« Peu de gens, écrivait La
Rochefoucauld, sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à
la louange qui les trahit ». Tel n'est pas le cas aujourd'hui : notre vote
sera favorable parce qu'en notre âme et conscience, nous jugeons bonne et
utile la réforme proposée.
Il y a encore onze ans, le
20 décembre 1963, ceux d'entre nous qui appartenaient alors au Parlement
s'étaient, dans cette enceinte, prononcés favorablement sur une proposition
de réforme constitutionnelle d'initiative parlementaire dont la minceur
n'avait nulle part été invoquée comme un motif de rejet.
Celle que nous examinons
aujourd'hui revêt une tout autre importance dans sa signification et dans
ses effets. L'honorable rapporteur de l'Assemblée nationale a justement
remarqué que la disposition projetée n'était pas sans incidence sur la
compétence du Conseil constitutionnel et, par conséquent, sur le rôle qui
sera le sien au sein des institutions.
Le contrôle de conformité
qu'en vertu des dispositions de la Constitution de 1958 il exerce sur les
textes délibérés par le Parlement ne peut actuellement, en dehors du cas
particulier des lois organiques qui lui sont obligatoirement soumises,
intervenir qu'à l'initiative des quatre plus hautes autorités de l'État. Il
a été démontré déjà que cette faculté de recours, mise en œuvre par le
président d'une assemblée, pouvait constituer une garantie contre
d'éventuels empiétements de la majorité qui vote la loi, sur les règles
fondamentales édictées par la Constitution. Mais son emploi constitue, dans
ces conditions, un acte politique grave qui ne peut intervenir que dans des
circonstances exceptionnelles. Le fait que seront plus nombreuses les
possibilités de le saisir conduira le Conseil constitutionnel à des
décisions qui, positives ou négatives, s'appuieront sur des motifs
permettant d'établir progressivement une jurisprudence qui dotera de plus
«d'efficacité les garanties constitutionnelles.
« Les querelles, écrivait
encore La Rochefoucauld, ne dureraient pas longtemps si les torts n'étaient
que d'un côté.» Devant la définition sommaire de la démocratie, selon
laquelle elle serait le système où la volonté de la majorité suffit à
établir une loi qui s'impose à tous, Tocqueville lançait cet avertissement:
« Nous irons à une tyrannie de la majorité. » N'est-ce pas, en effet, ce qui
se produit dans les États où la démocratie est invoquée pour imposer des
lois destinées à assurer le maintien au pouvoir de ceux qui les font.
L'abus de majorité est un
danger qui menace la démocratie. La disposition qui nous est aujourd'hui
proposée contribuera à le mieux conjurer.
La garantie des droits des
minorités politiques est une idée neuve, un progrès vers une plus profonde
réalité démocratique. Elle est, me semble-t-il, le premier pas vers ce
statut de l'opposition qu'il faudra bien, un jour, définir et appliquer.
Elle est la main que déjà
tend la majorité à l'opposition. Quel message d'espérance en l'avenir
démocratique de la France, lui délivrerait aujourd'hui le Congrès si, par
les uns, cette main était largement offerte, si, par les autres, elle
n'était pas refusée. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
M. le président. La parole est à M. Chandernagor.
M. André Chandernagor. Mesdames, messieurs, ira... n'ira pas ? La question était
constamment sous-jacente aux débats que nous avons consacrés la semaine
dernière aux projets de révision constitutionnelle.
D'une assemblée à l'autre,
d'une navette à l'autre et de compromis en compromis, vous voici enfin à
Versailles, monsieur le Premier ministre. Mais dans quel état!
Le navire menaçant de faire
eau de toutes parts, vous avez dû in extremis jeter du lest, si bien
que ce qui était accessoire de vos projets en est devenu l'essentiel. Que
M. le président me le pardonne, mais pour une fois accessorium non
sequitur principale, comme on dit en latin. (Applaudissements et
sourires sur plusieurs bancs.)'
En ce qui nous concerne,
mes amis du groupe socialiste et radicaux de gauche de l'Assemblée nationale
et du Sénat, au nom desquels je parle, et moi-même n'avons pas changé d'avis
d'une lecture à l'autre et nous ne voterons pas le projet de révision que
vous nous proposez, même amputé de dispositions qui, d'ailleurs,
encourraient de notre part les mêmes reproches que ce qu'il en reste.
Telle quelle, cette
révision nous apparaît inopportune, dérisoire, inadéquate enfin aux
problèmes particuliers qu'elle prétend résoudre.
Elle est inopportune parce
que, complètement étrangère aux préoccupations des Français dans le moment
présent. (Applaudissements sur de nombreux bancs.) L'inflation, la
hausse continuelle des prix, le déficit du commerce extérieur, la
raréfaction de l'énergie, l'emploi menacé, les inégalités aggravées, voilà
ce qui, légitimement, intéresse nos compatriotes et ce sur quoi, en
définitive, ils vous jugeront.
Ce matin, le commentateur
de France-Inter ouvrait les informations de la manière suivante : « Deux
nouvelles, ce matin, à retenir : la France vient de passer le cap des
500 000 chômeurs, le Congrès du Parlement se réunit à Versailles ». Je vous
laisse à penser quel sera le sentiment du peuple français sur la nouvelle la
plus importante.
Les Français, c'est
regrettable, ne se sentent que très rarement concernés par les problèmes
institutionnels. Il est probable qu'ils ne se sentiront pas plus concernés
par cette révision-ci que par celle de 1963 qui avait motivé notre dernière
réunion en Congrès. On rivalise, à la vérité, d'insignifiance.
Inopportune, votre réforme
est également dérisoire, car elle n’apporte aucun commencement de solution à
notre problème constitutionnel fondamental qui résulte, selon nous, du
profond déséquilibre qui affecte le fonctionnement de nos institutions.
L'exécutif envahit tout, je
veux dire – car je ne nie pas le pouvoir prépondérant des grands intérêts
économiques et financiers – toute la superstructure de l'État, mais aussi
l'administration qui croit le bien servir en vidant de sa substance toute
réforme inspirée du désir de déconcentrer, de décentraliser ou de
rééquilibrer les pouvoirs, si bien qu'il n'y a ni initiative, ni
responsabilité véritable hors du sommet et qu'il n'y a pas non plus, sur
celui-ci, dé contrôle réel. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Nous avions proposé, en
première lecture, des amendements qui, bien qu'en nombre limité par rapport
aux réformes constitutionnelles prescrites dans le programme commun de la
gauche, tendaient à démocratiser nos institutions, à instaurer un meilleur
équilibre des pouvoirs.
C'est ainsi que nous
demandions la suppression ou la correction des dispositions ayant servi à
l'instauration du pouvoir personnel, l'abrogation de l'article 16 de la
Constitution, la limitation et le contrôle de l'emploi du référendum, la
suppression des différentes mesures plaçant le Parlement, en ce qui relève
de sa compétence propre, dans la dépendance de l'exécutif.
Usant, avec une rigueur
extrême, des dispositions de l'article 98 du règlement, vous avez écarté ces
propositions d'entrée de jeu, sans examen ni discussion.
En refusant d'élargir le
débat à ce qui débordait vos propres propositions, mais à un niveau combien
plus élevé, vous leur avez conféré ce caractère circonstanciel, opportuniste
et dérisoire que nous déplorons et que nous nous refusons à cautionner.
Troisième raison de notre
opposition: la révision, limitée à l'objet particulier auquel vous l'avez
réduite, n'apporte pas, aux problèmes posés par les dispositions de
l'article 61 de la Constitution, de solutions satisfaisantes.
Quels sont les problèmes
posés par l'article 61 et, d'une manière générale, par les dispositions qui
régissent le Conseil constitutionnel ?
Ils concernent à la fois
l'étendue des pouvoirs du Conseil, son mode de désignation et les modalités
de sa saisine. Il n'est pas sérieux d'en traiter un des aspects, de manière
fort étroite et limitée d'ailleurs, en négligeant tous les autres.
Dans l'état actuel des
textes et de leur usage, le contrôle du Conseil constitutionnel s'exerce
uniquement à rencontre du Parlement. Ainsi que le disait fort bien le
regretté professeur Prelot, c’est un organe politique contribuant à contenir
les Chambres dans les limites précises entre lesquelles la Constitution les
enserre et l'on constate que, composé dans sa majorité comme il le fut,
surtout à l'origine, le Conseil y a veillé avec un soin scrupuleux.
Dans le même temps, le
Président de la République et le Gouvernement échappent, pour bon nombre de
leurs actes, et des; plus importants, à tout contrôle. C'est vrai,
notamment, des .décisions à caractère législatif prises en vertu de
l'article 16, ainsi que des ordonnances résultant des articles 38 et 47 de
la Constitution.
C’est vrai des lois
référendaires dont le projet ne peut pas être soumis au contrôle
constitutionnel que la procédure choisie pour le faire aboutir. On l'a bien
vu, en 1962, lorsque le Conseil s'est déclaré incompétent pour connaître du
recours introduit alors par le Président du Sénat contre la procédure
référendaire choisie par le Président de la République.
A cette carence grave, qui
a permis, dans les années écoulées, les plus regrettables abus et notamment
l'instauration d'un pouvoir personnel qui envahit peu à peu tous les
domaines de l'activité publique, le projet qui nous est soumis ne tente
absolument pas de remédier.
Il vise seulement à armer
la pu les minorités parlementaires contre les excès du pouvoir législatif de
la majorité parlementaire.
Mais, contrairement à ce
qui a été affirmé samedi soir sur les antennes d'I.N.F. 2 par un
commentateur trop zélé ou incomplètement informé, il ne vise pas du tout à
prémunir le Parlement lui-même, ni la nation, contre ceux des excès de
pouvoir de l'exécutif qui viendraient à trahir la Constitution elle-même et
à en dévier le sens. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Tel quel votre projet passe
à côté de la question. Circonstance aggravante, la démarche suivie par
l'exécutif tout au long de cette affaire pose plus de problèmes
constitutionnels qu'elle n'en résout.
Il s'agit, avez-vous
déclaré, monsieur le Premier ministre, d'un pas important vers la
réalisation d'un statut de l'opposition.
Ce que l'opposition demande
avant tout, monsieur le Premier ministre, et demande depuis seize ans, c'est
que l'exécutif cesse d'en prendre à son aise avec le texte de la
Constitution. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
Or il se trouve qu'au
moment même où vous prétendez, pour les besoins de votre propagande, nous
reconnaître des droits, vous outrepassez une fois de plus ceux que vous
tenez du texte constitutionnel. La démonstration en a été faite excellemment
dans un récent article du professeur Duverger. Je ne reprends que
l'essentiel de son argumentation.
Aux ternies de l'article 89
de la Constitution, lorsque les deux assemblées ont adopté, en termes
identiques, un texte de révision constitutionnelle et dès lors qu'à aucun
moment des navettes vous n'avez – s'agissant d'une révision à l'initiative
du Gouvernement – usé de votre droit de retirer votre projet, il reste au
Président de la République le choix entre deux solutions, le référendum ou
le Congrès.
Or, en ce qui concerne la
révision de l'article 25 relative aux suppléants, vous avez in extremis,
c'est-à-dire après le vote identique des deux assemblées, opté pour
l'abandon pur et simple de ce projet.
Lorsque, en 1973, le
Président de la République avait, pour des raisons identiques, renoncé à la
procédure du Congrès,on pouvait nourrir l'illusion que le référendum
interviendrait à ce sujet un jour ou l'autre.
Désormais, nous sommes
fixés. Nous sommes fixés en ce qui concerne le projet de 1973 : il est tombé
aux oubliettes ; nous sommes fixés en ce qui concerne la révision de
l'article 25 : vous-même, monsieur le Premier ministre, venez de nous fixer,
reprenant à cette tribune les propos que vous teniez vendredi dernier sur
les antennes de R.T.L., à savoir : « Le Gouvernement entend continuer avec
le Parlement le dialogue et concertation pour arriver, sur cette affaire des
suppléants, à un texte qui puisse être définitivement adopté ».
Est-ce que cela ne veut pas
dire que le texte qui a été adopté récemment à la majorité, par les deux
assemblées, est purement et simplement jeté aux oubliettes, puisque le
Gouvernement envisage à nouveau la concertation et le dialogue ?
En réalité, vous avez
choisi un troisième terme non prévu dans la Constitution. Il y avait le
référendum, il y avait le Congrès : nous savons maintenant qu'il y a les
oubliettes ! (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Je ne sais si le peuple
français se rendra compte de ce que ce précédent peut avoir de gravité. Vous
parlez des droits de l'opposition; mais l'opposition, comme toute
opposition, et c'est légitime, entend devenir demain la majorité. Que nous
soyons demain la majorité et que nous ayons le désir, et nous l'avons, de
réformer la Constitution, de la réviser, alors nous ferons voter, par les
deux assemblées, un texte dans des termes identiques ; après quoi, le
Président de la République, que ce soit le même ou que ce soit un autre,
aura le choix entre le Congrès ou le référendum.
Mais ce troisième choix,
les oubliettes, est-ce que vous vous rendez compte de sa gravité ? Il permet
de s'opposer à toute tentative de révision par la voie parlementaire ; il
octroie au président de la République un droit de veto que ne lui reconnaît
nullement la Constitution. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
Ainsi, au moment même où
vous dites au peuple français : « nous sommes en train de reconnaître des
droits à l'opposition, à la minorité, » par une interprétation unilatérale
des textes, vous préparez une violation supplémentaire de nos droits, une
violation d'une taille extraordinaire, à la dimension de celle de 1962.
Dans ces conditions,
comment pourrions-nous croire à votre sincérité lorsque vous nous dites :
« nous voulons vous ouvrir des droits »? Je dis que ce n'est pas sérieux.
En première lecture,
nous avions déposé des amendements portant sur ces problèmes essentiels et
tendant à démocratiser la désignation des membres dû Conseil – c'est
important, certes – à lui confier le contrôle du caractère non équivoque des
questions soumises à référendum et de la procédure utilisée pour celui-ci.
Ils ont été délibérément écartés, de même que l'ont été les amendements de
la commission des lois du Sénat qui proposaient l'extension de la compétence
du Conseil constitutionnel à certaines décisions prises en vertu de
l'article et des ordonnances résultant des articles 38 et 47 de la
Constitution.
Dans ces conditions, et
nous refusant à cautionner ce qui n'est, une fois de plus, qu'une apparence
de solution au problème tel qu'il se pose réellement, nous voterons contre
votre projet.
Nous sommes partisans d'une
profonde réforme constitutionnelle, nous l'avons très clairement dit et nous
en avons publié les modalités. Mais nous sommes trop respectueux du pouvoir
constituant pour en galvauder l'exercice dans des improvisations de
circonstance et de fausses solutions.
S'il nous était donné
quelque jour de vous « conter Versailles », à notre tour, nous souhaiterions
que ce fût pour une grande histoire, une histoire à la dimension de ce qui
s'est passé dans cette ville il y a 185 ans, l'histoire du peuple français
recouvrant la plénitude de ses responsabilités et de ses droits. (Vifs
applaudissements sur de nombreux bancs.)
M. le président. La parole est à M. Foyer.
M. Jean Foyer. Mesdames, messieurs, les deux assemblées du Parlement réunies en Congrès
en ces lieux historiques pour ajouter quelques mots à la Constitution,
voilà, selon certains, un bien grand appareil pour un bien mince objet.
Opinion doublement inexacte
et, d'ailleurs, contradictoire.
Pour la ratification des
révisions constitutionnelles, ou de certaines d'entre elles, la voie
parlementaire du congrès, celle que nous suivons aujourd'hui, tient lieu, au
jugement du Président de la République, de la voie populaire du référendum.
Pour répondre à
M. Chandernagor, je préciserai que, cette voie du congrès n'étant applicable
qu'aux projets de loi constitutionnelle et qu'un projet de loi pouvant
toujours être retiré tant que la procédure législative n'est pas parfaite,
rien, dans l'état actuel du droit, n'interdit au Président de la République,
à qui appartient l'initiative des révisions, de retirer un projet de loi –
ce qu'il ne pourrait faire pour une proposition de loi – tant que ce projet
n'a pas définitivement abouti sur le terrain de la procédure parlementaire.
(Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Plus rapide, plus simple et
plus économique, cette voie est celle qui convient aux révisions limitées
dans leur portée et dont l'objet exclut toute dramatisation.
Le texte qui nous est
soumis n'est pas pour autant un texte dépourvu d'importance. Il achève et
couronne une institution introduite par la Constitution de 1958, il renforce
les prérogatives individuelles des parlementaires et il confère aux droits
des citoyens, par l'intermédiaire de leurs élus, une nouvelle et appréciable
garantie.
La Constitution du 4
octobre 1958 a mis fin à l'antique souveraineté que s'étaient arrogée les
assemblées sous les régimes précédents, source d'instabilité, d'incohérence
et de paralysie du pouvoir. Notre constitution a subordonné le législateur
lui-même à la légalité supérieure de la Constitution et a introduit, dans
notre droit, un contrôle de la constitutionnalité des lois qu'elle a confié
au Conseil constitutionnel.
Ce Conseil a reçu la
mission de se prononcer sur la conformité à la Constitution des lois votées
par le Parlement. Il n'exerce du reste pas un simple contrôle formel comme
celui qui avait été dévolu au Comité constitutionnel par la Constitution de
1946 puisqu'il a le pouvoir et le devoir d'apprécier la conformité des lois
non seulement aux dispositions organiques et procédurales du corps de la
Constitution proprement dite, mais encore aux droits de, l’homme, aux
libertés, aux droits économiques et sociaux affirmés par la Déclaration des
droits de 1789, ainsi que par le préambule de la Constitution de 1946.
Pouvoir considérable qui
permet au Conseil constitutionnel, au nom du droit, de tenir en échec la
volonté du Parlement. Il importait, en 1958, de s'avancer avec prudence sur
un terrain si nouveau et de limiter au départ le droit de saisir le Conseil
constitutionnel afin d'asseoir l'institution. Or, celle-ci a fait ses
preuves en donnant des exemples d'une indépendance que personne ne peut
contester. A chaque fois que le Conseil constitutionnel a été saisi d'une
question de conformité à la Constitution d'une loi, il l'a fait en déclarant
non conformes à la Constitution certaines parties des textes et – singulier
paradoxe – il l'a fait par des raisonnements qui, du point de vue juridique,
n'étaient pas à l'abri de la contestation et que, personnellement, je n'ai
jamais trouvés exacts.
Quoi qu'il en soit,
effectivement exercé, ce contrôle de la constitutionnalité des lois est
désormais entré dans notre pratique politique, dans notre vie
parlementaire ; il est accepté. La prudence initiale ne s'impose plus et,
sans trahir aucunement l'esprit de la Constitution, il est possible
désormais de parachever son œuvre.
C'est une modification de
conséquence, quoi qu'en ait dit M. Chandernagor, que nous allons approuver
aujourd'hui.
Actuellement, seules quatre
autorités peuvent saisir le Conseil constitutionnel durant le délai de
promulgation de la loi : le Président de la République, le Premier ministre
et le président de l'une et l'autre assemblée.
Pour des raisons très
simples qu'il est aisé de comprendre, on voit difficilement le chef de
l'État ou le Premier ministre prendre l'initiative de déférer au Conseil
constitutionnel un projet de loi voté à son initiative ; or, chacun sait
qu'en régime parlementaire les projets de loi sont beaucoup plus nombreux et
plus importants que lès propositions de loi. De même, on voit mal le
président d'une assemblée déférer d'une manière systématique au Conseil
constitutionnel un texte qui a reçu la sanction de la majorité des suffrages
de l'assemblée aux débats de laquelle il préside. Si bien qu'à la limite on
ne voit guère à l'heure actuelle de possibilité de saisine du Conseil
constitutionnel, sauf dans le cas où une loi a été votée grâce au droit du
dernier mot reconnu à l'Assemblée nationale, après la procédure de la
commission mixte paritaire. Le Conseil constitutionnel est alors saisi par
le président du Sénat, la loi ayant été en définitive adoptée contre le
sentiment de cette assemblée. C'est d'ailleurs ainsi que, les trois fois où
il a été appelé à se prononcer, le Conseil constitutionnel avait été saisi.
Demain, soixante députés ou
soixante sénateurs auront exactement le même droit. La minorité
occasionnelle ou structurelle qui s'est opposée dans l'une ou l'autre
assemblée au vote de ce texte aura un recours auprès d'une autorité
indépendante contre la loi votée par la majorité.
On comprend mal que
l'opposition, une fois de plus, ait parlé à côté de la question et que,
pratiquant une fois encore la politique du «tout ou rien», elle ait fait la
fine bouche devant une procédure, devant une réformé qui l'arme en réalité
d'un pouvoir redoutable dont elle ne manquera certainement pas de faire
usage après avoir refusé de l'instituer. Ce n'est pas la première fois, ce
n'est point la dernière sans doute, dans notre histoire politique, qu'une
reforme sera réalisée en dehors de la gauche et même parfois malgré son
opposition.
A moins peut-être que, dans
son subconscient, l'opposition ne soit, quoi qu'elle en dise, si convaincue
de notre respect de la liberté qu'elle juge inutiles de nouvelles garanties,
ce qui serait de sa part, malgré ses propos officiels, une juste
reconnaissance tacite de notre libéralisme. (Applaudissements sur
certains bancs ; sourires sur d'autres.)
« Amorce d'un statut de
l'opposition », a-t-on écrit. Oui et non. La formule est excessive car le
droit nouveau pourra tout aussi bien être exercé par des parlementaires qui
ordinairement votent avec la majorité, mais qui, sur telle ou telle
disposition, se seraient séparés d'elle, alors que le Gouvernement, pour
faire voter son texte, aurait eu recours dans cette circonstance à une
majorité de rencontre. Il n'est pas impossible d'imaginer une telle
conjoncture dans la vie politique contemporaine.
Quoi qu'il en soit, les
prérogatives parlementaires importent moins que les droits et les libertés
des citoyens auxquels le projet apporte de nouvelles et d'incontestables
garanties. Celles-ci n'auront, souhaitons-le, que de rares occasions de
jouer. Souhaitons même qu'elles n'aient jamais lieu de s'appliquer. Mais si,
par malheur, un législateur venait à méconnaître les droits de l'homme et
les libertés publiques, les dispositions que le Congrès va approuver
garantissent pratiquement que le Conseil constitutionnel serait saisi.
Au cours du XIXe
siècle et au début de ce siècle, le Conseil d'État – œuvre admirable – a
progressivement soumis l’administration au respect de la légalité. J'ai,
tout à l'heure, entendu avec quelque surprise M. Chandernagor affirmer que
le recours pour excès de pouvoir était irrecevable contre les ordonnances de
l'article 38. J'avais le sentiment que la jurisprudence du Conseil d'État
s'était fixée en sens contraire dès la fin de la IIIe République.
Nous apportons une nouvelle
pierre à la construction qui tend à soumettre le Parlement à la
Constitution. Nous allons franchir une nouvelle étape dans la construction
de l'état de droit. Notre droit actuel n'est pas, de ce point de vue,
tellement lacunaire, car finalement, si l'on y regarde de près, il ne reste
qu'une catégorie d'actes, excepté les actes résiduaires qualifiés jadis
d'actes de Gouvernement, qui échappent à un contrôle juridictionnel, ce sont
les actes qui sont accomplis par le peuple lui-même, parce que c'est à lui
qu'appartient la souveraineté.
Par conséquent, le groupe
U.D.R. de l'Assemblée nationale, fidèle à l'esprit de nos institutions,
approuvera un texte qui marque un progrès, non spectaculaire peut-être parce
qu'il est juridique, mais incontestablement utile dans la défense du droit
et de la liberté. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
M. le président. La parole est à M. Donnez.
M. Georges Donnez. Monsieur le président, mesdames, messieurs, nous sommes
parfaitement conscients, les uns et les autres, du peu d'intérêt que
suscite, dans toutes les couches sociales de ce pays, ce débat qui nous
réunit en Congrès.
Nous ressentons tout
particulièrement, nous, réformateurs, centristes et démocrates sociaux, les
préoccupations journalières qui assaillent la vie des Français. L'inquiétude
réelle du pays, née de l'inflation, rejette à l'arrière-plan, dans l'esprit
de tous, une réforme constitutionnelle. La hausse des prix, la hantise du
chômage, le malaise profond ressenti par notre agriculture, les craintes des
petites et moyennes entreprises sont malheureusement des réalités concrètes
et quotidiennes.
Nous ne devons donner, en
aucun cas, l'apparence d'une confusion des priorités. Il faut que les
Français sachent que, si nous nous attachons à améliorer le fonctionnement
de nos institutions, notre, priorité absolue est d'un ordre tout à fait
différent. (Applaudissements sur certains bancs.) Ils doivent savoir
que notre activité essentielle ne se limite pas aux réformes
constitutionnelles, mais que nos travaux sont menés conjointement avec une
recherche constante des moyens propres à adapter la France aux changements
profonds que nous vivons, en permettant à chaque Français de vivre
véritablement à l'échelle humaine.
Dans son principe, notre
débat n'est ni stérile ni inutile.
On ne peut sérieusement
dénier que notre Constitution, à l'image de toutes les institutions
humaines, ne saurait présenter un caractère statique. Son esprit étant
respecté, elle ne saurait être considérée comme une bible intangible,
immuable. Son adaptation à l'évolution des mœurs, des habitudes, des
exigences de chaque jour est indispensable si nous voulons éviter une
véritable sclérose institutionnelle.
Il est donc important de
savoir si le Parlement est capable de réformer notre Constitution, même si
la réforme qui lui est présentée n'a qu'un objet très limité..
Nous aurions souhaité, mes
amis et moi-même, aller plus loin, élever le débat et, en particulier, tirer
des conclusions institutionnelles de l'élection du Président de la
République au suffrage universel. Mais nous savons qu'en l'état actuel des
choses, toute modification constitutionnelle ne peut être faite que par
touches successives, par une concertation permanente entre le Gouvernement
et le Parlement.
C'est pourquoi, tout en
regrettant l'insuffisance des propositions qui nous ont été faites, nous
acceptons toute réforme constitutionnelle qui renforce les libertés
publiques et tel est bien l'objet du texte qui nous est soumis.
Actuellement, le Conseil
constitutionnel, création originale de 1958, ne peut être saisi que par les
plus hautes autorités de l'État : le Président de la République, le Premier
ministre, les présidents des deux Assemblées du Parlement.
Au nom de la garantie des
droits et des libertés publiques, il est bon que la faculté de le saisir
puisse être exercée par l'opposition.
En fait, le problème se
pose en ces termes : est-il bon, en un régime démocratique comme le nôtre,
de réserver uniquement aux plus hautes autorités de l'État la possibilité de
contester la constitutionnalité de nos lois ou faut-il permettre à
l'opposition d'user de cette même faculté ? (Applaudissements sur divers
bancs.)
Le projet qui nous est
soumis répond à cette question. Il propose un moyen supplémentaire
d'accroître la protection des droits et des libertés garantis par la
Constitution en donnant le droit de contrôle à soixante députés ou soixante
sénateurs.
Un tel texte ne saurait, à
mon sens, que recevoir une approbation unanime.
Pour des raisons étrangères
à son objet même, certains s'y sont déjà opposés et continuent de le faire.
Si nous devions nous ranger
à de telles raisons, nous déciderions, par la même occasion, qu'une réforme
constitutionnelle ne saurait être réalisée par la voie parlementaire.
(Applaudissements sur divers bancs.)
Non, mesdames, messieurs,
ce débat n'est ni stérile, ni inutile. Il se place peut-être à un mauvais
moment. Voilà tout !!
Il n'est pas stérile car il
permettra de renforcer les libertés publiques.
Il n'est pas inutile car il
sera le prélude à d'autres modifications institutionnelles.
Le projet qui nous est
soumis est sans doute modeste, par son objet, mais il est important, par son
esprit. C'est pourquoi nous le voterons. (Applaudissements sur de
nombreux bancs.)
M. le président. La parole est à M. Villa.
M. Lucien Villa. Mesdames, messieurs, le Gouvernement voulait que le
Parlement se réunisse en Congrès à Versailles.
Eh bien, nous y sommes.
Mais quel écart entre les
projets initiaux et le texte qui subsiste aujourd'hui ! Balayé, le droit d'autosaisine
du Conseil constitutionnel ! Disparu, le projet sur les suppléants !
Des trois objectifs que le
Gouvernement s'était assignés, il n'en reste qu'un seul : le droit, pour les
minorités parlementaires, de saisir le Conseil constitutionnel..
C'est peu pour justifier
cette réunion du Parlement en Congrès.
Sur le fond, les
parlementaires communistes ont déjà eu l'occasion, à l'Assemblée nationale
et au Sénat, d'insister sur le fait que la nécessaire réforme de la
Constitution exigeait bien autre chose, qu'elle devait notamment permettre
au gouvernement de gouverner et au Parlement de légiférer et de contrôler
l'action gouvernementale.
Le Gouvernement a refusé la
discussion des amendements que nous avons déposés en ce sens, ainsi que
celle de nos propositions tendant à rendre plus démocratique la désignation
des membres du Conseil constitutionnel.
Le Gouvernement a refusé au
Parlement le droit de discuter des problèmes réels que pose le
fonctionnement de nos institutions..
Et aujourd'hui il voudrait,
en utilisant la tribune du Congrès, faire croire à l'opinion qu'il s'agit
d'élargir les pouvoirs du Parlement et les droits de l'opposition.
Cela n'est pas vrai.
Je rappelle que le
Gouvernement a refusé de convoquer l'Assemblée nationale en session
extraordinaire pour examiner les problèmes agricoles, session qui avait été
demandée par le groupe communiste.
Le Gouvernement a également
refusé l'organisation d'un débat, que nous avions réclamé, sur la politique
économique et sociale. Un tel débat aurait permis d'examiner les diverses
revendications formulées par les salariés en raison de l'aggravation de leur
situation, aggravation due à votre politique qui frappe tous les Français,
hormis les privilégiés de ce régime : les monopoles et les grandes sociétés
capitalistes. (Murmures sur divers bancs.)
Le Gouvernement refuse un
débat sur sa politique étrangère alors que toutes ses déclarations indiquent
clairement qu'il y a alignement de plus en plus net sur les positions
américaines et abandon des principes antérieurement affirmés.
Certes, si le texte qui
nous est soumis est adopté, il sera permis à soixante députés ou sénateurs
de déférer au Conseil constitutionnel un texte de loi. Mais rien n'est
changé quant aux conditions dans lesquelles ce texte de loi aura été élaboré
au sein des Assemblées.
La pratique quotidienne,
qui consiste à rogner sans cesse le pouvoir législatif, ne s'en poursuivra
pas moins.
Le Premier ministre, comme
il l'a fait la semaine dernière pendant la discussion du texte sur la
sécurité sociale, continuera d'agiter toutes sortes de menaces à rencontre
des parlementaires qui, en adoptant un amendement qui lui déplaisait, ne
font pourtant qu'exercer souverainement le pouvoir législatif que leur
confère la Constitution. Ce sont cette attitude et cette pratique qu'il
faudrait d'abord réformer ; c'est à les masquer aux yeux de l'opinion que:
vise la réformette d'aujourd'hui.
Nous ne sommes pas dupes.
Nous refusons de cautionner devant le peuple vos pratiques
antidémocratiques, votre refus d'une véritable réforme constitutionnelle
mettant un terme à l'autoritarisme croissant du régime et permettant au
Parlement de jouer pleinement son rôle, tout son rôle.
C'est pourquoi les députés
et sénateurs communistes voteront contre le texte qui est aujourd'hui soumis
au Congrès. (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
M. le président. La parole est à M. Gerbet.
M. Claude Gerbet. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre,
mesdames, messieurs, l'unité de pensée des sénateurs et des députés
républicains indépendants les a conduits à désigner un unique porte-parole.
C'est donc au nom de nos
deux groupes fraternellement unis que j'ai l'honneur, dont je mesure tout le
prix, de m'exprimer à la tribune du Congrès du Parlement.
Assurer le respect de la
constitutionnalité des lois, veiller à la sauvegarde, du domaine de la loi
et de celui du règlement, sont des problèmes difficiles à résoudre.
Ce contrôle, nécessaire
et délicat, a été réalisé de façon plus ou moins heureuse et dans une mesure
plus ou moins large en de nombreux pays.
En France, comme le
souligne l'exposé des motifs du projet de loi, la création du Conseil
constitutionnel, en 1958, a donné au principe de la supériorité de la
Constitution sur la loi la sanction qui lui a fait longtemps défaut.
Obligatoire pour les lois
organiques et pour le règlement des assemblées, ce contrôle est seulement
facultatif pour les lois ordinaires.
En fait, on l'a déjà dit,
il n'a revêtu jusqu'à présent qu'un caractère exceptionnel puisque c'est
seulement à trois reprises qu'il a eu à s'exercer dans le passé.
Certes, il serait anormal
que le Conseil constitutionnel devienne un super parlement contrôlant de
façon systématique et quasi-permanente le travail législatif et puisse
mettre en échec la volonté de la représentation nationale. Mais on peut
penser que le contrôle aurait été plus large si les règles de saisine de
l'organisme constitutionnel avaient été différentes.
Il faut le proclamer avec
force, il n'est pas bon que le respect de la Constitution n'ait d'autre
sanction que la volonté du législateur.
A l'expérience, la saisine
du Conseil constitutionnel limitée à l'initiative du Président de la
République, du Premier ministre, du président de l'Assemblée nationale ou de
celui du Sénat, est apparue comme trop restrictive ; elle risquait, à la
longue, de donner au contrôle de la constitutionnalité un caractère
illusoire.
La plupart des lois étant
issues de projets gouvernementaux, on comprend que le Président de la
République et le Premier ministre n'aient pas eu l'occasion de saisir le
Conseil constitutionnel.
Personnages politiques
pouvant être élus par une majorité identique ou voisine, les présidents des
deux assemblées peuvent hésiter à recourir au Conseil constitutionnel pour
lui demander de contrôler la constitutionnalité d'un texte voté par la
majorité dont ils sont issus.
Pour renforcer le respect
de la conformité de la loi avec la Constitution, il était donc nécessaire
d'étendre la faculté de saisir le Conseil constitutionnel à une partie des
membres de l'une et de l'autre assemblée en garantissant par là même les
droits de l'opposition.
Depuis longtemps persuadés
de cette nécessité, les républicains indépendants avaient déposé sur le
bureau de l'Assemblée nationale une proposition de loi tendant à conférer à
un quart des membres de l'Assemblée ou du Sénat le droit de saisir le
Conseil constitutionnel.
C'est dire, mes chers
collègues, que notre appui va, sans réserve, au texte en discussion, qui
correspond, sur ce point, très exactement à ce que nous souhaitions.
La réforme doit être
approuvée en ce sens que, sans remettre en discussion le caractère
exceptionnel de l'intervention du Conseil constitutionnel à l'égard des lois
ordinaires, elle libéralise la saisine en permettant à une partie des
parlementaires de déclencher la procédure destinée à contrôler la
constitutionnalité d'un texte et, par voie de conséquence, de mieux protéger
les citoyens en assurant une meilleure défense de leurs libertés et une
meilleure protection des libertés publiques.
Fallait-il aller plus loin
en donnant aux citoyens eux-mêmes le droit de contester la
constitutionnalité d'une loi ?
Certes, de grands pays sont
allés jusque-là, soit en autorisant le recours individuel, soit en
prévoyant, à l'occasion d'un litige, la recevabilité d'une exception
d'inconstitutionnalité.
La constitution allemande,
la constitution italienne, la constitution yougoslave, le système américain
permettent à leurs ressortissants d'engager d'une manière ou d'une autre la
procédure de contrôle.
Force est bien de
reconnaître que l'absence de recours direct des individus lésés enlève une
partie de son efficacité au contrôle du respect du préambule de la
Constitution française, encore que les droits et libertés des citoyens,
comme le reconnaît le professeur Duverger lui-même, soient beaucoup mieux
protégés par l'actuelle Constitution qu'ils ne l'étaient sous la IVe
République, par exemple.
Le Conseil constitutionnel
français est une institution originale. C'est à la fois un organisme
politique par son mode de désignation et une juridiction par sa compétence.
Aussi paraît-il difficile, à moins de modifier profondément l'institution
elle-même, de permettre aux citoyens d'exercer directement un recours.
On peut discuter à perte de
vue sur le droit des tribunaux ordinaires d'examiner ou d'admettre
l'exception d'inconstitutionnalité opposée à l'occasion d'un litige. En
pratique, nous le savons bien, aucun tribunal français ne l'a accepté et ne
l'accepterait. Après tout, c'est beaucoup mieux ainsi.
Des deux textes soumis à
nos assemblées, un seul reçoit les honneurs du congrès. Ce serait une erreur
de croire qu'il s'agit du texte le moins important, et le journal Le
Monde a bien tort d'écrire que députés et sénateurs feront pour bien peu
de chose le voyage de Versailles.
La réforme que nous allons
voter est une réforme importante, ouvrant peut-être le chemin dans l'avenir
à la création d'une véritable cour constitutionnelle que certains appellent
de leurs vœux.
Mais cette réforme est
importante, car elle donne à l'opposition un droit légitime, qu'elle a
repoussé et qu'aucun régime ne lui avait reconnu dans le passé. Elle est
donc profondément libérale.
Cette réforme est également
importante, car sans tomber dans le danger du gouvernement des juges, et des
abus des anciens parlements, elle augmente considérablement les garanties
des citoyens dont les libertés fondamentales seront mieux protégées. Les
libéraux que nous sommes s'en réjouissent profondément.
Elle est sage, enfin, car
elle ne remet pas en cause l'équilibre d'une Constitution qui a eu l'immense
mérite de mettre fin à l'instabilité dont notre pays a si longtemps
souffert.
Il a plu à M. Chandernagor,
s'exprimant voilà un instant, au nom des socialistes et des radicaux de
gauche, de qualifier d'inopportune et de dérisoire la réforme qui vous est
proposée.
Pour nous, une meilleure
protection des droits de l'opposition, une meilleure garantie du respect des
libertés publiques et des libertés fondamentales des citoyens, loin d'avoir,
monsieur Chandernagor, un caractère dérisoire face aux extrémistes qui n'ont
peut-être pas renoncé à les étouffer un jour si, par malheur, ils prenaient
le pouvoir, constituent un problème fondamental car, pour les Français, la
liberté demeure le bien le plus précieux. (Applaudissements sur divers
bancs.)
Pour ces raisons, les
sénateurs et députés républicains indépendants voteront avec joie le texte
sur lequel les deux assemblées ont eu la sagesse de réaliser un accord.
(Applaudissements sur de nombreux bancs.)
M. le président. La parole est à M. Marcilhacy.
M. Pierre Marcilhacy. Monsieur le président, mesdames; messieurs les membres du
Gouvernement, mesdames, messieurs les membres du congrès, je dois à l'amitié
et au grand libéralisme du groupe des non-inscrits du Sénat, auquel
j'appartiens, de pouvoir m'exprimer à cette tribune.
En fait, la grande majorité
de mon groupe ne fera pas comme moi ; elle votera ce texte pour une raison
principale que, par loyauté, je crois devoir communiquer au congrès, à
savoir qu'il apporte un élément substantiel dans un mécanisme de protection
des citoyens contre les empiétements éventuels de l'exécutif ou de la loi.
Cela étant, ma position
personnelle est aussi celle de quelques-uns de mes collègues.
Je voudrais tout de suite
dire, mesdames, messieurs, que nous sommes, me semble-t-il, dans cette
assemblée, un certain nombre à avoir un peu tenu la Constitution de 1958 sur
les fonts baptismaux. Le Sénat compte encore six ou sept anciens membres du
comité consultatif constitutionnel et sans doute doit-il s'en trouver aussi
à l'Assemblée nationale ; je n'en ai point fait l'inventaire. En tout cas
j'ai remarqué à cette tribune, et cela nous a tous rajeunis, la présence de
M. Chandernagor et Jean Foyer qui étaient conseillers juridiques des
ministres d'État lors des débats qui se sont déroulés an Palais-Bourbon.
(Sourires.)
Ainsi donc, mesdames,
messieurs, je ne voterai pas ce texte car, à mes yeux, il présente l'énorme
défaut non seulement de ne pas sortir de la doctrine constitutionnelle
française de l'équivoque dans laquelle elle se trouve, mais encore de
l'aggraver.
En effet, cette
Constitution est née constitution de régime parlementaire – au Palais-Royal,
nous l'ayons entendu dire, à maintes reprises – puis le fait
constitutionnel, la coutume constitutionnelle comme disait le professeur
Capitant, ont fait que le régime est devenu de plus en plus présidentiel.
Je dois tout de suite
indiquer aux membres de l'Assemblée nationale ici présents et qui ne le
sauraient pas, que je suis loin d'être hostile au régime présidentiel –
s'ils en ont la curiosité, ils retrouveront une proposition de
loi constitutionnelle, dont je suis l'auteur, allant dans ce sens. Mais
attention, un régime présidentiel complet, comportant les garanties que tout
régime présidentiel doit comporter sous peine de n'avoir de démocratie que
le nom, à savoir, essentiellement, une cour suprême et un vice-président.
Je déplore ici, mesdames,
messieurs en dépit de l'intérim exemplaire qui a été celui de M. Poher lors
de la dernière crise (Applaudissements) que l'on ne réfléchisse pas
suffisamment au péril qu'il y a à le laisser à la tête de l'État, qu'un seul
homme susceptible d'avoir à prendre à la minute, des décisions
indispensables. Nous savons combien un tel péril peut être grand ; le destin
ne choisit jamais son moment. Par conséquent, c'est peut-être l'absence de
dispositions appropriées à cette situation qui me paraît être le plus grave
inconvénient, présenté par ce projet.
D'autre part, en se
contentant de diversifier les possibilités de saisine du Conseil
constitutionnel sans pour autant accroître ses compétences – je voudrais
qu'il n'y ait aucune équivoque sur ce point – on risque de donner à
l'opinion publique le sentiment que l'on s'achemine vers une vraie cour
suprême, ce qui est absolument faux.
C'est précisément pour ne
pas laisser s'ancrer dans l'opinion publique l'idée que l'on s'achemine vers
une véritable cour suprême que je suis obligé de voter contre cette
proposition dont, au demeurant, mesdames, messieurs les membres du
Gouvernement, je ne méconnais pas le léger progrès qu'elle représente.
En vérité, mes chers
collègues, il faudra un jour lever l'équivoque qui pèse sur le régime
constitutionnel de la France. Il faudra la dissiper dans l'ordre, dans la
raison, je dirai même dans la méditation.
La procédure de l'article
89 de la Constitution est bonne. Elle est en train de faire ses preuves ; le
fait est acquis. Mais la méditation d'un texte constitutionnel devrait se
faire presque dans le silence, par la concertation de tous les groupes des
assemblées du Parlement et même de tous les apports de l'extérieur. Alors,
un jour peut-être – c'est un rêve que je caresse – on réunira le Parlement
dans cette magnifique salle. Comme l'a indiqué tout à l'heure un orateur, je
souhaite que ce jour-là non seulement le congrès donne à la France une
constitution sérieuse et bien faite, mais encore et surtout qu'elle soit
l'expression de ce grand courant de foi et de liberté qui est né, ne
l'oublions pas, mesdames, messieurs, à quelques mètres de la salle où nous
siégeons. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. Monichon.
M. Max Monichon. Monsieur le président, mesdames, messieurs, sur l'objet qui
nous occupe et qui nous réunit en cet instant, le groupe des républicains
indépendants d'action sociale du Sénat, en guise d'explication de voe,
désire formuler brièvement quelques remarques avant d'annoncer sa position.
Nous nous sommes demandés
si une révision constitutionnelle limitée justifiait un refus de révision,
au risque de figer les textes. Nous sommes de ceux qui ne le pensent pas.
La modification du second
alinéa de l'article 61 de la Constitution, votée en termes identiques par
les deux assemblées et sur laquelle nous avons à nous prononcer, comporte la
saisine, au profit du Parlement, dans des conditions qui sont définies par
le nouveau texte. Cette novation constitue, à nos yeux, un accroissement du
pouvoir parlementaire et, à ce titre, elle est de nature à nous satisfaire.
Si, comme nous le pensons,
ce texte est voté, il apportera la preuve que le Parlement peut ainsi
modifier la Constitution sans avoir recours au référendum. Une telle
conclusion ne peut que fortifier utilement le principe du régime
démocratique et parlementaire inscrit dans nos institutions.
Sous le bénéfice de ces
remarques, les membres du groupe des républicains indépendants d'action
sociale du Sénat, en vertu de l’esprit libéral qui les anime, voteront le
texte proposé. (Applaudissements.)
M. le président.
La parole est à M. Caillavet.
M. Henri Caillavet. Mesdames, messieurs, je formulerai simplement deux brèves
observations, l'une au plan de la procédure, l'autre au plan politique et
ce, au nom de la gauche démocratique du Sénat.
Au plan de la procédure,
nous devons délibérer sur un texte voté de façon identique par les deux
assemblées. La question que je pose est de savoir si nous devons nous
contenter seulement de quelques minutes d'explication alors qu'il s'agit
d'une révision constitutionnelle.
En effet – et M. Marcilhacy
qui m'a précédé à cette tribune en est Ie témoignage vivant – le vote que
nous allons émettre, réunis en Congrès, est un voté personnel ; or, nous
sommes invités à parler au nom des groupes.
Monsieur le président, vous
avez dit tout à l'heure excellemment qu'après une, délibération du bureau,
le règlement actuel ne pouvait pas appréhender l'avenir et ne condamnait pas
l'avenir. Nous nous en réjouissons parce que, bien évidemment, nous
souhaiterions pour un prochain Congrès, celui qui pourrait aborder une
authentique révision constitutionnelle, une plus grande liberté.
Car, passe encore pour
aujourd'hui – je m'en excuse auprès de M. le Premier ministre – nous sommes
venus pour assez peu de choses, nous sommes venus pour ce qui était à
l'origine subsidiaire et qui est devenu un principal, monsieur le Premier
ministre. Nous pensons qu'une véritable réforme de la Constitution, qui
engagera profondément l'avenir, devra faire l'objet, dans un Congrès du
Parlement, d'un véritable dialogue, car – et ce sont mes derniers mots,
monsieur le Premier ministre, mes chers collègues – il est vrai que nous
sommes favorables à une réforme de la Constitution.
Nous pensons que
nécessairement la coutume constitutionnelle qui est mise en œuvre chaque
jour davantage réduit les droits du Parlement. Il faut dès lors, que le
Parlement, réuni en congrès, puisse pleinement s'exprimer. C'est
essentiellement pour cela, que nous souhaitons, enfin, monsieur le Premier
ministre, une réforme fondamentale. Comme l'a dit M. nbsp;Marcilhacy en des
termes excellents, nous avons une Constitution hybride, qui n'est ni
parlementaire ni présidentielle. Nous sommes dans une sorte de flou
constitutionnelle. Il nous faudra en sortir, ne serait-ce que pour mieux
préserver l'esprit démocratique dans ce pays. (Applaudissements sur
plusieurs bancs.)
M. le président.
La parole est à M. Carous, dernier orateur inscrit.
M. Pierre Carous. Mesdames et messieurs, la situation de dernier orateur
inscrit, surtout après un débat de la qualité de celui qui vient de se
dérouler (Murmures sur quelques bancs), est une situation peu
confortable.
Heureusement pour moi – et
plus peut-être encore pour tous ceux et celles qui m'écoutent – mon
excellent ami M. Foyer a, dans une brillante intervention, développé les
thèmes que j'avais l'intention d'exposer à cette tribune (Mêmes
mouvements) et qui sont les raisons pour lesquelles le groupe U.D.R. du
Sénat apportera son soutien au texte qui nous est présenté. Je ne tomberai
pas dans le piège qui consisterait à répéter en des termes beaucoup moins
bons ce qui a déjà été dit. Je me bornerai donc à vous livrer ma conclusion.
Mes amis et moi ne
considérons pas que les textes soient absolument intangibles. Nous sommes
prêts à accueillir les réformes, lorsqu'elles nous paraissent valables et
souhaitables, et à les voter comme nous allons le faire, même si nous
estimons que les circonstances n'étaient peut-être pas les meilleures
possibles.
Mais il faut tout de même
rappeler que la Constitution est la loi qui règle notre vie publique au
niveau le plus élevé. Elle n'est valable que dans la mesure où elle
bénéficie d'un large consensus populaire. C'est tellement vrai que certaines
constitutions, telle la constitution britannique, ne sont écrites nulle part
et ont cependant une solidité qui brave les siècles au nom de vieilles
traditions.
Ce que nous souhaitons,
c'est que la retouche aujourd'hui apportée à la Constitution de 1958 –
laquelle a été votée, elle, par l'ensemble du pays à une très large majorité
– soit, elle aussi, votée à une très large majorité.
Je sais bien que pour
certains d'entre vous – et je serais tenté de dire : pour certains d'entre
nous – quelques réserves peuvent être émises. Mais, au point où nous en
sommes du débat, je souhaite – et c'est l'appel que je lance ici au nom de
mes amis du groupe U.D.R. du Sénat – que la majorité des trois cinquièmes
soit tout à l'heure très largement dépassée. (Applaudissements sur de
nombreux bancs.)
M. le président. Mes chers collègues, les présidents de groupes, que j'ai ce
matin réunis, ont estimé que, si la délibération se terminait vers cette
heure-ci, nous pourrions procéder immédiatement aux formalités du vote.
(Mouvements d'assentiment.) Cela permettrait d'effectuer le
dépouillement pendant la suspension de séance et de proclamer le résultat du
scrutin dans l'après-midi. (Assentiment.)
Je constate que cette
proposition reçoit l'agrément du congrès.
Personne ne demande plus la
parole ?...
Je vais mettre aux voix
l'ensemble du projet de loi constitutionnelle.
Je rappelle qu'en vertu du
troisième alinéa de l'article 89 de la Constitution, « le projet n'est
approuvé que s'il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages
exprimés ».
En application de l'article
16 du règlement du Congrès, le vote va avoir lieu par scrutin public à la
tribune.
Les opérations de vote se
dérouleront comme suit :
Un huissier appellera les
différentes lettres de l'alphabet en commençant par la lettre tirée au sort.
Les membres du Congrès dont
le nom commence par la lettre appelée voudront bien – et eux seuls – se
grouper au pied de l'escalier de gauche donnant accès à la tribune.
Un autre huissier
appellera, selon leur rang alphabétique, les membres du Congrès dont le nom
commence par la même lettre et que j'invite à ne monter à la tribune qu'à
l'appel de leur nom.
Lorsque l'appel nominal
sera terminé, il sera procédé à un réappel (Sourires) – mettons à un
contre-appel : la parole est libre, mais la plume est serve. (Nouveaux
sourires.)
A la fin de ce
contre-appel, le scrutin sera clos.
Je prie Mmes et MM. les
membres du Congrès disposant d'une délégation de vote de vérifier
immédiatement si leur délégation a bien été enregistrée à la présidence et
de ne venir voter par délégation qu'à l'appel du nom de leur délégant.
J'invite Mme et MM. les
secrétaires à désigner l'un d'entre eux pour surveiller les opérations de
vote.
Je vais tirer au sort la
lettre par laquelle commencera l'appel nominal.
(Le sort désigne la
lettre I.)
M. le président. Le scrutin va être annoncé dans le Palais et sera ouvert
dans cinq minutes.
. . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . .
Je mets aux voix l'ensemble
du projet de loi constitutionnelle.
Ceux qui sont pour
l'approbation mettront dans l'urne un bulletin blanc, ceux qui sont d'avis
contraire un bulletin bleu et ceux qui désirent s'abstenir un bulletin
rouge.
Je précise que le vote par
délégation ne doit pas être émis par un bulletin ordinaire mais au moyen
d'une consigne écrite sur laquelle sont portés le nom du délégant, le sens
du vote, le nom et la signature du délégué. Des formules imprimées ont été
prévues à cet effet.
Le scrutin est ouvert.
Huissier, veuillez
commencer l'appel nominal.
(Le scrutin est ouvert à
douze heures quarante. Le vote a lieu à la tribune. Il est procédé
à l'appel de Mmes et MM. les membres du Congrès.).
M. le président.
L'appel nominal est
terminé. Il va être procédé au réappel.
(Le réappel a lieu.)
M. le président.
Le réappel est terminé.
Personne ne demande plus à
voter ?...
Le scrutin est clos.
J'invite Mme et MM. les
secrétaires à se retirer dans la salle 32 pour procéder au dépouillement des
bulletins qui vont y être portés.
Le résultat du scrutin sera
proclamé ultérieurement.
La séance est suspendue
pendant le dépouillement du scrutin.
(La séance, suspendue à quatorze heures cinq, est reprise à quinze heures
trente-cinq.)
M. le président.
La séance est reprise.
Voici le résultat du
dépouillement du scrutin :
Nombre des votants
.................... 764
Suffrages exprimés
.................... 761
Majorité requise pour
l'adoption du projet de révision (3/5 des suffrages exprimés) : 457
(Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Pour l'adoption .........
488
Contre
..................... 273
Le Congrès a adopté.
Le projet de loi
constitutionnelle, approuvé à la majorité des trois cinquièmes des suffrages
exprimés, sera transmis à M. le Président de la République.
– 6 –
CLÔTURE
DE LA SESSION DU CONGRÈS
M. le président.
Je déclare close la
session du Congrès du Parlement.
La séance est levée.
(La séance est levée à quinze heures quarante.)
Le Directeur du service du compte rendu sténographique de
l'Assemblée nationale,
Jacques Raymond Temin.
Le Directeur du service
du compte rendu sténographique du Sénat,
André bourgeot.
__________
Annexe au Procès verbal de
la Séance
(au format PDF)
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