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1967
La légalisation de la pilule |
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Jacques Tournouer
Avant
l'examen en deuxième lecture, jeudi, de la proposition de loi de M. Lucien
Neuwirth relative à la régulation des naissances, les députés avaient été
l'objet de démarches parfois pressantes des milieux médicaux. Ils ont
rétabli certaines des dispositions qu'ils avaient adoptées en première
lecture, et ont même assoupli quelques-unes d'entre elles, abaissant par
exemple à dix-huit ans l'âge limite au-dessus duquel les mineurs n'auront
plus besoin de l'autorisation des parents pour obtenir des « pilules ».
Mais ils ont, en revanche, modifié les conditions de délivrance de ce
produit, dont la prescription devra fait l'objet soit d'une ordonnance du
médecin, soit d'un « certificat de non contre-indication » et d'un bon
détaché d'un carnet à souches spécial, suivant sur ce point le Sénat. M. NEUWIRTH (U.D.-Ve Rép.), rapporteur de la commission
des affaires sociales, a indiqué que celle-ci avait, pour six articles sur
sept, accepté le texte du Sénat, et que des divergences ne subsistaient, en
fait, que sur l'article 3. à propos duquel la commission s'était prononcée
en faveur du certificat de non contre-indication, préférant en outre l'âge
de dix-huit ans à celui de vingt et un ans pour la vente ou la fourniture,
sous conditions, de contraceptifs à des mineurs. Dans la discussion générale on entend Mme
THOME-PATENÔTRE (Féd.-rad.), M. JEAN MOULIN (P. et D.M.). Selon le docteur BENOIST (Féd.-S.F.I.O.), le corps
médical, dans sa majorité, ne s'oppose pas formellement, aux contraceptifs
oraux et hormonaux mais considère qu'il est indispensable que le médecin
prenne, en signant une ordonnance, la responsabilité de la prescription
d'un contraceptif. Il espère que ceux des députés qui sont catholiques ne
réserveront pas leur vote parce que Rome n'a pas encore statué
définitivement. M. FILLIOUD (Féd-Conv.) se prononce lui aussi pour l'obligation d'une
ordonnance médicale. Le docteur GEORGES (U.D.-Ve Rép.) reste hostile à la « pilule », qui peut,
par son action sur l'hypophyse, engendrer des thromboses artérielles et des
monstruosités. M. LACAVE, député de la Guadeloupe (apparenté aux communistes),
craint que la « pilule » n'entraîne aux Antilles « un nettoyage de la
jeunesse par le vide ». Un « certificat de non contre-indication » En séance du soir et après une suspension demandée par
M. Henry REY au nom du groupe de l'Union démocratique pour la V*
République, l'Assemblée entame la discussion des articles dans le texte du
Sénat. A l'article 3 traitant des conditions de vente des
contraceptifs, des précautions spéciales prises pour certains d'entre eux
et des mesures de protection relatives aux mineurs, M. MAINGUY (U.D. - Ve
Rép.) propose tout d'abord que les contraceptifs inscrits sur un
tableau spécial soient délivrés non seulement sur ordonnance médicale, mais
également sur « certificat de non contre-indication », M. JEANNENEY approuve cet amendement car, précise-t-il,
« le médecin peut ordonner des pilules ou bien à des fins thérapeutiques
ou bien à des fins de convenance personnelle ». Estimant qu'une telle mesure tendrait à jeter le, doute
sur la conscience professionnelle des médecins et à dégager leur
responsabilité, MM. VINSON (Féd.- Conv ) et BENOIST (Féd.-S.F.I.O.)
demandent un scrutin public. L'amendement est adopte par 262 voix contre
203. Un « bon » spécial Une longue discussion s'engage ensuite à propos d'un
amendement de M. PEYRET (U.D.-Ve Rép ) tendant à mettre en accord les
dispositions adoptées précédemment et le texte du Sénat prévoyant que
l'ordonnance serait remise accompagnée d'un bon tiré d'un carnet à souches. MM. VERTADIER. MAINGUY (U.D.-Ve Rép.), BENOIST (Féd,-S.F.I.O,),
FILLIOUD (Féd.-Conv.) s'opposent à un tel contrôle, que défend M.
JEANNENEY, estimant qu'il y a là un moyen de faire appliquer effectivement
la loi. L'amendement est finalement adopté, ainsi qu'un autre
amendement, présenté par M. NEUWIRTH et précisant que les praticiens
habilités à exercer la médecine sont bien seuls autorisés « à procéder à
l'insertion des dispositifs anticonceptionnels intra-utérins », mais
sans que leur qualification soit déterminée par un règlement
d'administration publique, comme l'avait voulu le Sénat. L'âge limite abaissé à dix-huit ans L'âge au-dessous duquel les mineurs non émancipés ne
peuvent pas obtenir de contraceptif en l'absence de consentement écrit des
parents ou du représentant légal fait à son tour l'objet de plusieurs
interventions. L'Assemblée nationale en première lecture et le Sénat avaient adopté des
textes spécifiant que l'âge retenu serait de vingt et un ans. M. DREYFUS-SCHMIDT (Féd,-Conv.) et BENOIST proposent qu'aucune
limite d'âge ne soit fixée, la liberté d'appréciation étant laissée au
médecin. L'Assemblée ne les suit pas. M. NEUWIRTH estime pour sa part que l'âge limite pour les mineurs non
émancipés peut être ramené à dix-huit ans. Il obtient gain de cause. A l'article 5, interdisant toute propagande antinataliste, et malgré
l'opposition du gouvernement, un amendement de M. VERTADIER — qui est
pharmacien — tendant à la suppression du mot « commerciale », ajouté
par le Sénat à la « publicité concernant les médicaments de nature à
prévenir les grossesses », est voté. Le ministre n'est pas davantage suivi à propos de l'article 5 bis (nouveau)
adopté par le Sénat et prévoyant qu'un règlement d'administration publique
pourra déroger à certaines prescriptions des articles 3 et 4 de la loi pour
adapter celle-ci à la situation particulière des départements de la
Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion. M. ROUX (U.D. Ve Rép.) estimant « qu'il n'est pas imaginable de faire
une discrimination entre des territoires de la République » propose de
supprimer cet article. Il est suivi par l'Assemblée. M. HABIB-DELONCLE (U.D. Ve Rép.) déclare que le rejet à l'article 3 du
sous-amendement de M. Roux, maintenant jusqu'à vingt et un ans
l'application des mesures de protection relatives aux mineurs, modifie son
point de vue et qu'il ne peut plus voter pour une proposition de loi qui
traduit une conception de la famille qui n'est pas la sienne. L'ensemble de la proposition de loi est adoptée à main
levée. © Jaques Tournouer - Le Monde du 16 décembre 1967
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