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© Bibliothèque de
l'Assemblée nationale. Photo Irène Andréani
Toute sa vie Victor Hugo a été un farouche abolitionniste. Ce combat contre la peine de mort est d'abord mené au moyen de son oeuvre littéraire. Dans deux romans, Le dernier jour d'un condamné (1829) et Claude Gueux (1834), il dépeint la cruauté des exécutions capitales auxquelles il a assisté dans son enfance. S'il avoue que l'écriture l'a libéré d'une culpabilité, il ajoute, dans la préface de 1832 du dernier jour d'un condamné, que « se laver les mains est bien, empêcher le sang de couler serait mieux ».
Élu pair de France, Victor Hugo tente sans succès de convaincre ses collègues lors du procès de Pierre Lecomte, accusé de tentative d'assassinat sur Louis-Philippe, d'écarter le châtiment suprême. Mais, c'est au cours de la séance de l'Assemblée constituante du 15 septembre 1848 qu'il prononce son discours le plus célèbre pour l'abolition de la peine de mort.
Déjà, en 1830, à l'Assemblée nationale, cette question avait donné lieu à un débat public.
La proposition de loi de Destutt de Tracy déposée le 17 août 1830 est suivie
d'un vote par la Chambre des députés d'une Adresse au Roi demandant l'abolition.
Puis la loi du 28 avril 1832 modifiant le code pénal supprime neuf cas passibles
de la peine capitale (complot sans attentat, fausse monnaie, contrefaçon des
sceaux de l'Etat, certains incendies volontaires, vol avec circonstances
aggravantes notamment) et généralise les circonstances atténuantes. En 1838 ont
lieu de nouveaux débats au cours desquels intervient
Lamartine. En 1848 deux
jours après la proclamation de la Deuxième République, un décret du Gouvernement
provisoire abolit la peine de mort en matière politique. Dans
une lettre à Lamartine du 27 février 1848, Victor Hugo approuve l'abolition.
Candidat à l'Assemblée constituante lors du scrutin complémentaire du 4 juin
1848, il explique, dans sa profession de foi du 26 mai 1848, ce qu'il attend de
la République : « une liberté sans usurpation et sans
violence, une égalité qui admettra la croissance naturelle de chacun, une
fraternité non de moines dans un couvent, mais d'hommes libres, donnera à tous
l'enseignement comme le soleil donne la lumière. »
Après les émeutes de juin, il intervient, pendant tout le mois de juillet, en
faveur de nombreux prisonniers politiques menacés d'exécution et de déportation.
Quelques mois après la proclamation de la République, il s'agit pour les représentants de la Nation de
la doter d'une
Constitution.
L'article 5 du projet, inspiré par le développement du romantisme
révolutionnaire et par le fait que dans une période si troublée les opposants
d'aujourd'hui, parfois qualifiés de « criminels », ont vocation à devenir les
dirigeants de demain, dispose que « la peine de mort est abolie en matière politique ».
Trois députés, Coquerel,
Rabuan et
Buvignier, déposent alors des amendements
identiques visant à supprimer les mots : « en matière politique. »,
ce qui a pour conséquence de proposer d'étendre l'abolition aux crimes de droit commun. C'est pour soutenir
cette rédaction de l'article que
Victor Hugo intervient
« à l'improviste », mais il ne parvient pas à la faire adopter.
Les amendements sont rejeté par 498 voix contre 216.
Victor Hugo poursuivra ce combat jusqu'à sa mort. Lors de l'exil, il mènera une campagne auprès de la population de Guernesey pour la commutation de la peine du criminel John Tapner et échoue face à l'inflexibilité du secrétaire d’État de l’Intérieur, Lord Palmerston. Ses espoirs de voir sa cause progresser avec le retour de la République seront déçus par la sanglante répression des « communards ».
Pour autant, ce discours constituera une référence pour ceux qui militeront pour l'abolition de la peine de mort jusqu'à la loi du 9 octobre 1981.
[Fiche biographique] [La lutte pour l'abolition de la peine de mort] [Victor Hugo et le combat contre la peine de mort]
Assemblée nationale constituante (séance du 15 septembre 1848)
Extrait du Moniteur Universel, journal officiel de la République