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70ème anniversaire de l’appel du 18 juin 1940

Portrait du Général de Gaulle au micro pendant la guerre - DR


Chronologie de l'appel historique du général de Gaulle

1935

Paul Reynaud défend devant la Chambre des députés les thèses de Vers l'armée de métier

Conférence de Stresa : la France et la Grande-Bretagne se prononcent pour le statu quo en Europe.

1936

Les troupes d'Hitler occupent la zone démilitarisée de la Rhénanie

L'Allemagne et le Japon signent un pacte anti-Komintern.

1937

Hitler dénonce la clause de culpabilité de l'Allemagne inscrite dans le traité de Versailles.

1938

L'Anschluss

Les accords de Munich

1939

La signature du pacte germano-soviétique

L'invasion de la Pologne

L'entrée en guerre de la Grande-Bretagne et de la France

La drôle de guerre (3 septembre 1939-10 mai 1940)

1940

Le mémorandum à 80 personnalités: « doter la France d'un corps de réserve mécanique »

La Campagne de Norvège (8 avril-9 juin 1940)

La Bataille de France (10 mai-25 juin 1940)

Sous-secrétaire d'État à la Défense nationale et à la guerre

La défaite

18 juin : l'Appel

Le départ du Massilia

L'Armistice

Le pouvoir constituant délégué au maréchal Pétain

Les Forces françaises libres

La Bataille d'Angleterre (10 juillet-31 octobre 1940)

Les premiers ralliements territoriaux à la France Libre : l'AEF

11 novembre 1940 : Manifestation de résistance à Paris

Témoignage de Lucien Neuwirth

Epilogue

1935

La Discorde chez l'ennemi
Bibliothèque de l'Assemblée nationale

La Discorde chez l'ennemi est le premier ouvrage de Charles de Gaulle, publié en 1924. En cinq études (relatives à la désobéissance du général von Kluck, la déclaration de guerre sous-marine illimitée de janvier 1917, l'opposition entre les chefs d'état-major allemand et autrichien, la dictature militaire de Ludendorff, la gestion par les Allemands des reculs de l'été 1918 face aux contre-offensives alliées) qui expliquent les causes de la défaite allemande, le capitaine de Gaulle considère qu'il n'y a pas de système universel à la guerre, que la conduite générale de la guerre incombe au gouvernement auquel est subordonné le pouvoir militaire et que l'unité de commandement entre alliés est essentielle.


Le Fil de l'épée, Paris, Berger-Levrault, 1932. In-8°
Envoi autographe à Paul Painlevé
Bibliothèque de l'Assemblée nationale

Publié pour la première fois en 1932, aux éditions Berger-Levrault, le Fil de l'épée regroupe trois conférences prononcées en 1927 à l'École de guerre et deux autres textes, une version remaniée d'un article de 1925 Doctrine a priori ou doctrine des circonstances et un chapitre intitulé « le politique et le soldat ».

« Il n'y a pas dans les armes de carrière illustre qui n'ait servi une vaste politique, ni de grande gloire d'homme d'Etat que n'ait dorée l'éclat de la défense nationale », écrit Charles de Gaulle en conclusion du Fil de l'épée. Le futur général de Gaulle y développe ses idées sur la contingence propre à toute action, sur l'attitude de l'homme de caractère, sur le rôle du prestige dans l'art de commander, et sur les relations du politique et du soldat.

« En somme, le Fil de l'épée le peint admirablement. Qu'il soit tout entier dans ce livre n'est du reste pas pour nous étonner : la plupart des grands hommes expriment leur destin avant même de l'avoir vécu ; phénomène étrange que toutes les biographies nous permettent de vérifier. » (André Malraux, cité par Claude Mauriac)

1935

Le 5 mai 1934, est publié chez Berger-Levrault le livre manifeste du lieutenant-colonel de Gaulle, Vers l'armée de métier, en faveur de l'arme blindée. L'auteur défend une guerre du mouvement : « Le moteur paraît […] Soudain, le voilà cuirassé. Le char bouleverse la tactique. Par lui renaît la surprise. Par lui la manœuvre est restaurée. » Afin d'être « capable d'agir sans délai », cet instrument doit être utilisé par des troupes professionnelles, au sein d'une armée d'appelés et de réservistes. Le groupement de chars évalué à six divisions cuirassées réunissant 3 000 engins, serait capable d'intervenir partout en Europe et à tout moment. Ce corps cuirassé ouvrirait « le chemin des grandes victoires, celles qui, par leurs effets profonds et rapidement étendus, provoquent chez l'ennemi un ébranlement général, comme la rupture d'un pilier fait, quelquefois, crouler la cathédrale ».

De Gaulle ne manqua pas de diffuser ses conceptions auprès de journalistes et critiques, André Pironneau de L'Écho de Paris, Rémy Roure et le général Baratier, qui écrivaient dans le Journal Le Temps, André Lecomte, dans L'Aube, le colonel Émile Mayer, Lucien Nachin, ainsi que, avec l'aide de son ami l'avocat Jean Auburtin, d'hommes politiques très différents tels que Philippe Serre, Alexandre Millerand, Marcel Déat, Joseph Paul-Boncourt, Camille Chautemps, Léo Lagrange, Léon Blum, Paul Reynaud, rencontré le 5 décembre 1934.

L'ouvrage souleva, de l'aveu de Charles de Gaulle, « d'abord, de l'intérêt mais point d'émotion ». Dans la Revue des deux Mondes, le 15 juillet 1935, le général Debeney écrivait : « Soyons de notre époque, comme le furent Louvois et Carnot et contentons-nous de saluer l'armée de métier dans les salles glorieuses du musée des Invalides. » En revanche, l'ouvrage a inspiré le général Guderian, créateur de la force mécanique allemande et promoteur, dans son livre Achtung Panzer !, publié en 1936, de l'utilisation des chars en unités autonomes et très mobiles.

Vers l'armée de métier
Berger-Levrault, 1934

15 mars

Dans une communication du Gouvernement à la Chambre des députés, le président du Conseil expose les mesures destinées à pallier le déficit des classes creuses de 1936 à 1940.

Paul Reynaud défend le principe d'une armée de métier dont la théorie est celle exposée par Charles de Gaulle dans Vers l'armée de métier.

M. Paul Reynaud me parut, par excellence, qualifié pour cette entreprise. Son intelligence était de taille à en embrasser les raisons ; son talent, à les faire valoir ; son courage, à les soutenir. En outre, tout notoire qu'il fût, M. Paul Reynaud donnait l'impression d'être un homme qui avait son avenir devant soi. Je le vis, le convainquis et, désormais, travaillai avec lui. » (Mémoires de guerre, tome 1, p. 13)

Mais Jean Sénac, rapporteur du contre-projet de Paul Reynaud, conclut au rejet du « Corps Spécialisé », l'estimant « impossible, non souhaitable, ayant contre lui, la logique et l'Histoire » [Rapport au nom de la commission de l'armée chargée d'examiner le projet de loi portant modification à la loi du 31 mars 1928 sur le recrutement de l'armée ].

Dans une lettre adressée le lendemain à Paul Reynaud, Charles de Gaulle, qui a assisté aux débats en séance publique, se déclare enthousiasmé par cette intervention.
Dans une lettre antérieure à Paul Reynaud, de Gaulle écrivait : « Les Allemands auront [...] dès la fin de cette année, mis sur pied le Corps Spécialisé alors que chez nous il n'yen a encore aucun commencement sérieux de réalisation.
Ainsi donc, non seulement la France ne joue pas la seule carte efficace dont elle pourrait disposer eu égard au réarmement allemand, mais encore cette carte c'est le Reich qui la joue. [...]
Je n'insiste pas sur la douleur que peut ressentir un officier qui, ayant trouvé pour son pays un plan de salut, voit ce plan appliqué intégralement par l'ennemi éventuel et négligé par l'armée à laquelle lui-même appartient. » (Charles de Gaulle, Lettres, notes et carnets , 1919-juin 1940, Plon, 1980)

Devant la commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945, Paul Reynaud déclarera après la guerre :
« La position prise par le général de Gaulle était parfaitement juste [...]
« [Celui-ci] vint me voir au début de 1935 et il me dit : "Il va y avoir à la Chambre un grand débat militaire au sujet des deux ans. En réalité, les deux ans, c'est du ravaudage. Il s'agit de boucher les trous des classes creuses qui sont dus à la baisse de notre natalité pendant la guerre précédente ; mais cela ne résout en rien le problème militaire". Et, sur l'incohérence de notre politique militaire, nous sommes tombés tout de suite d'accord.
« Vous savez que la pensée militaire allemande, dès le lendemain de la défaite de 1918, a été la constitution d'une armée extrêmement rapide, qui serait capable de porter le désordre dans les arrières de l'ennemi et qui, d'après von Seeckt, devait empêcher la mobilisation française. Il n'osait pas parler de chars d'assaut parce qu'ils étaient interdits par le traité, mais tout le monde comprenait.
« Je suis intervenu dans le débat qui a eu lieu, le 15 mars 1935, devant la Chambre pour dire : "Vous avez une armée défensive. Or, vous avez pris des engagements vis-à-vis de certains pays, comme la Pologne, la Tchécoslovaquie. Votre armée défensive est incapable d'attaquer l'armée allemande le jour où celle-ci attaquera vos allies. Il faut donc : ou bien changer de politique militaire, ou bien changer de politique étrangère" ».
[Rapport fait au nom de la commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945 par Charles Serre, Rapporteur général, Député (8 août 1947) - Annexe (dépositions) ]

[Jean Auburtin : Le lieutenant-colonel Charles de Gaulle, Espoir n° 27, 1979.]

Vidéo : Prologue - de Gaulle, cet officier peu conformiste

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16 mars

Hitler dénonce les clauses militaires du traité de Versailles et rétablit en Allemagne le service militaire obligatoire à l'encontre des stipulations du traité.

28 mars

À l'unanimité, la commission de la défense rejette le contre-projet de Paul Reynaud visant à instaurer une armée de métier dotée d'un corps cuirassé.

11-16 avril

À la conférence de Stresa, la France et la Grande-Bretagne se prononcent pour le statu quo en Europe.

La conférence de Stresa réunit l'Italie représentée par Mussolini, la Grande-Bretagne par MacDonald et sir John Simon, la France par Flandin et Laval, afin de riposter à l'abrogation unilatérale par l'Allemagne des clauses militaires du traité de Versailles. En janvier 1935 avaient eu lieu les entretiens Laval-Mussolini : Laval recherchait l'appui de Mussolini, qui avait contribué à faire échouer la tentative d'Anschluss de juillet 1934. Les trois puissances établissent un front commun contre l'Allemagne, réaffirmant leur fidélité au traité de Locarno, signé en 1925 - comportant l'engagement de l'Allemagne à ne pas remilitariser la Rhénanie et de respecter les frontières occidentales imposées par le traité de Versailles - et à l'indépendance de l'Autriche. Toutefois ce front devait se dissoudre à la suite de la crise provoquée par l'expédition italienne en Éthiopie. Mussolini entreprendra alors un rapprochement progressif avec Hitler.

21-25 juin

Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, à la Mutualité à Paris.

1936

7 mars

Remilitarisation de la Rhénanie

4 juin

Constitution du Gouvernement de Front populaire sous la présidence de Léon Blum.

8 juin

Signature des accords de Matignon.

18 juillet

Les militaires espagnols, avec à leur tête le général Francisco Franco, se soulèvent contre la République.

14 octobre

Le lieutenant-colonel de Gaulle expose, sans succès, à Léon Blum, président du Conseil la nécessité de créer une armée blindée.

25 novembre

L'Allemagne et le Japon signent un pacte anti-Komintern pour cinq ans.

1937

30 janvier

Hitler dénonce la clause de culpabilité de l'Allemagne inscrite dans le traité de Versailles.

21 juin

Démission du Gouvernement de Front populaire de Léon Blum.

14 mars

Le pape Pie XI condamne le nazisme dans l'encyclique Mit brennender Sorge adressée aux catholiques allemands.

6 novembre

L'Italie adhère au pacte anti-Komintern.

1938

21 janvier

Le général Maurice Gamelin est nommé chef d'état-major de la Défense nationale.

11 mars

Démission du chancelier autrichien Schuschnigg, sous la pression de l'Allemagne.

12-13 mars

Signature de l'Anschluss

Entrée des troupes allemandes dans Vienne.
Deutsches Bundesarchiv

14 mars

Hitler souligne le retour de 10 millions d'Allemands dans le Reich.

Septembre

Revendication des Sudètes

15 septembre

Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain rencontre Hitler à Berchtesgaden. Hitler prévient qu'il est prêt à la guerre pour venir en aide aux Sudètes.

27 septembre

Publication de La France et son armée.

La France et son armée, Paris, Plon, 1938. In-8°
Bibliothèque de l'Assemblée nationale

« Ce livre est une biographie. Son sujet, c'est la France, militante, souffrante et triomphante, dont il évoque la vie millénaire dans le but de la faire aimer. Mais, comme nous n'aimons que ce qui nous émeut, La France et son armée s'applique à mettre en relief ce qu'il y a d'émouvant dans le destin d'une nation qui s'élève et s'abaisse en même temps que sa force militaire et pour d'innombrables raisons. » (Lettres, notes et carnets, 1919-mai 1940, p. 474-475.)

29-30 septembre

Accords de Munich

Signature des accords de Munich
Neville Chamberlain, Premier ministre de Grande-Bretagne,
Edouard Daladier, président du Conseil français, le chancelier Adolf Hitler
Benito Mussolini et le comte Ciano, ministre italien des affaires étrangères.
Deutsches Bundesarchiv

. Les accords prévoient la cession à l'Allemagne des territoires habités par les Allemands des Sudètes.

Après les accords de Munich, le colonel écrit à sa femme : « Voici donc la détente, les Français comme des étourneaux, poussent des cris de joie, cependant que les troupes allemandes entrent triomphalement sur le territoire d'un État que nous avons construit nous-mêmes, dont nous garantissions les frontières, et qui était notre allié. Peu à peu nous prenons l'habitude du recul et de l'humiliation, à ce point qu'elle nous devient une seconde nature. Nous boirons le calice jusqu'à la lie. » (Lettre, notes et carnets, 1919-mai 1940, p. 476)

Le colonel de Gaulle est à Metz où il assure le commandement du 507e régiment de chars.

9-10 novembre

Nuit de cristal, gigantesque pogrom sur tout le territoire du Reich.

1939

2 mars

Le cardinal Pacelli est élu pape et prend le nom de Pie XII.

5 avril

Albert Lebrun est réélu président de la République.

ALBERT LEBRUN

© Présidence de la République
Diffuseur La Documentation française

7 avril

Attaque de l'Albanie par l'Italie

29 juin

La Chambre des Représentants des États-Unis décide de maintenir l'embargo total sur les armes et les munitions.

23 août

Pacte germano-soviétique. Les deux parties s'engagent mutuellement à ne pas soutenir l'agresseur de l'une ou de l'autre, en cas de guerre.

Joseph Staline et Joachim von Ribbentrop, ministre des affaires étrangères allemand, après la signature du traité de non-agression entre le Reich allemand et l'Union soviétique, le 23 août 1939, à Moscou.

Deutsches Bundesarchiv

Défaite de la Pologne
(1er septembre-5 octobre 1939

La Pologne est attaquée de manière foudroyante par des forces allemandes modernes et puissantes. Sous-équipées, les forces polonaises sont coupées par les blindés allemands couverts par les bombardements aériens. Les soldats polonais se replient vers la Vistule et se regroupent autour de Varsovie. La ville est assiégée le 15 septembre. L'armée rouge occupe l'est de la Pologne. Varsovie capitule le 27 septembre. Les dernières poches de résistance sont anéanties le 5 octobre. 80 000 soldats polonais s'échapperont vers des pays neutres et rejoindront la résistance.

1er septembre

Invasion de la Pologne.

2 septembre

La mobilisation générale est décrétée en France

Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA)

3 septembre

Le Royaume-Uni exige la fin immédiate des hostilités en Pologne de l'Allemagne, l'ultimatum prenant fin à 11 heures.

Six heures plus tard, la France qui avait adressé un ultimatum séparé, entre en guerre.

28 septembre

Le traité germano-russe de délimitation et d'amitié scelle le partage de la Pologne et des États baltes.

La drôle de guerre
(3 septembre 1939-10 mai 1940

La période de la « drôle de guerre », sans attaque ni offensive, s'étend du 3 septembre 1939, déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à l'Allemagne, au 10 mai 1940, invasion de la Belgique et des Pays-Bas par les troupes allemandes. Roland Dorgelès, correspondant de guerre, a revendiqué la paternité de l'expression une expression utilisée dans un reportage sur les armées alliées qui attendaient l’offensive en trompant l’ennui dans leurs retranchements, notamment la ligne Maginot.

19 octobre

Installation du corps expéditionnaire britannique en France

23 octobre

Le Président de la République Albert Lebrun, visitant le front, passe en revue l'unité de chars du colonel de Gaulle, commandant des chars de la Vème armée. Il se fait expliquer la tactique des chars de combat. « Vos idées me sont connues, me dit-il aimablement. Mais, pour que l'ennemi les applique, il semble bien qu'il soit trop tard.

C'est pour nous qu'il était trop tard. »
(Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1, p. 23)

4 novembre

Loi de neutralité des États-Unis. Le Congrès approuve la loi cash and carry permettant aux belligérants qui accèdent aux ports américains d'acheter des armes s'ils paient immédiatement.

11 novembre

De Gaulle adresse au ministre de la Guerre Edouard Daladier et aux commandants en chef des armées un mémorandum préconisant la constitution urgente d'un corps blindé.

30 novembre

Début de la « guerre d'hiver » : la Finlande est envahie sans déclaration de guerre par l'Union soviétique. L'URSS est exclue de la SDN le 14 décembre.

2 décembre

La Chambre des députés et le Sénat votent les pleins pouvoirs au gouvernement pour la durée de la guerre.

1940

26 janvier

Le colonel de Gaulle envoie à 80 personnalités un mémorandum, intitulé L'avènement de la force mécanique, les exhortant à « doter la France d'un corps de réserve mécanique ».

« À aucun prix le peuple français ne doit céder à l'illusion que l'immobilité militaire actuelle sera conforme au caractère de la guerre en cours. C'est le contraire qui est vrai. Le moteur confère aux moyens de destruction modernes une puissance, une vitesse, un rayon d'action tels que le conflit présent sera, tôt ou tard, marqué par des mouvements, des surprises, des irruptions, des poursuites, dont l'ampleur et la rapidité dépasseront infiniment celles des plus fulgurants événements du passé.
[...] Le conflit qui est commencé pourrait bien être le plus étendu, le plus complexe, le plus violent de tous ceux qui ravagèrent la terre. La crise politique, économique, sociale, morale, dont il est issu, revêt une telle profondeur et présente un tel caractère d'ubiquité qu'elle aboutira fatalement à un bouleversement complet de la situation des peuples et de la structure des États.
Cette guerre n'est pas seulement franco-allemande, mais planétaire. Rien n'est perdu pourvu que les moyens utilisés par l'ennemi soient un jour à notre disposition. »

13 mars

Signature à Moscou du traité de paix soviéto-finlandais.

19-20 mars

À la Chambre des députés, réunie en comité secret, Edouard Daladier est critiqué quant à son manque de fermeté ainsi qu'aux conditions d'entrée en guerre.

21 mars

Cabinet Paul Reynaud (gouvernement d'union nationale).

22 mars

Paul Reynaud déclare devant la Chambre des députés : « La France est engagée dans la guerre totale [...]. Par le fait même, l'enjeu de cette guerre totale est un enjeu total. Vaincre c'est tout sauver. Succomber c'est perdre tout ». [Tables nominatives des interventions de Paul Reynaud devant la Chambre des députés et l'Assemblée nationale] Le gouvernement obtient l'investiture par 268 voix pour, 156 contre et 111 abstentions.

28 mars

Lors de la réunion du Conseil suprême interallié est adoptée une déclaration franco-britannique aux termes de laquelle les deux gouvernements s'engagent « à ne pas négocier ni conclure d'armistice ou de traité de paix durant la présente guerre, si ce n'est d'un commun accord. »

La Campagne de Norvège
(8 avril-9 juin 1940)

8-9 avril

Les forces allemandes pénètrent au Danemark sans résistance, s'emparent d'Oslo et envahissent la Norvège.

14 avril

Des troupes britanniques débarquent en Norvège rejointes le 19 par des unités françaises. Après des pertes infligées par la Royal Navy aux navires allemands à Narvik, les Allemands sont repoussés le 27 mai. Refusant de se soumettre aux volontés des envahisseurs, qui lui demandent de prendre pour Premier ministre un nazi, le roi Haakon VII sera évacué le 7 juin par les forces britanniques et formera un gouvernement en exil.

La Bataille de France
(10 mai-25 juin 1940)

Les forces françaises et britanniques sur le continent sont brisées par la guerre éclair menée par une combinaison allemande de blindés rapides et d'appui aérien.

Le général Gamelin, commandant en chef français, ordonne à l'armée française et au corps expéditionnaire britannique de se déplacer vers le nord afin de soutenir les forces néerlandaises et belges le long de la Dyle

L'offensive lancée par les Allemands, recourant aux attaques aériennes et aux parachutistes, a bien lieu sur le front Ouest. Les Pays-Bas, pays neutre, sont anéantis en quatre jours et la Belgique vacille. Une partie de l'armée française et des forces expéditionnaires britanniques marchent vers la Belgique. Cette percée devait être suivie d'une offensive sur Paris. Mais Hitler décide d'adopter un plan alternatif du lieutenant général Erich von Manstein, chef d'état-major du groupe d'armées A, dirigée par le général Gerd von Rundstedt : une percée blindée, dans le sud à travers la forêt des Ardennes, hors des fortifications de la ligne Maginot et faiblement défendue, car considérée par les Alliés comme imperméable aux opérations blindées. Trois colonnes de chars allemands et d'infanterie motorisée traversent la Meuse ; puis, couverts par les bombardiers Stuka, les Allemands se dirigent vers la Manche menaçant d'encerclement les lignes alliées en Belgique. Dunkerque tombe le 4 juin, Paris le 14 juin. La capitulation est signée le 21 juin.

Les deux tiers de la France sont soumis au régime d'occupation allemand. L'autre partie est dirigée par le gouvernement de Vichy.

Les pertes enregistrées au cours de la bataille de France s'élèvent à 290 000 Français, 68 000 Britanniques et 111 000 Allemands.

Pendant la bataille de France jusqu'à l'armistice, les Allemands font 1 850 000 prisonniers dont 1575000 sont transférés en Allemagne et immatriculés dans les Oflags , s'agissant des officiers et des Stalags quant aux soldats.

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Vidéo : La Bataille de France

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« Nous venons de subir une incroyable défaite. A qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. A tout le monde, en somme, sauf à eux. Que le père Joffre était donc plus sage ! « Je ne sais pas, disait-il, si c'est moi qui ai gagné la bataille de la Marne. Mais il y a une chose que je sais bien : si elle avait été perdue, elle l'aurait été par moi. » Sans doute entendait-il surtout rappeler, par là, qu'un chef est responsable de tout ce qui se fait sous ses ordres. {...] La grande vérité que cet homme si simple exprimait si simplement prend cependant aujourd'hui un sens encore plus plein. Au retour de la campagne, il n'était guère, dans mon entourage d'officier qui en doutât ; quoi que l'on pense des causes profondes du désastre, la cause directe - qui demandera elle-même à être expliquée - fut l'incapacité du commandement. (Au surplus, c'est le général Weygand, ancien directeur du Centre des hautes études militaires, ancien généralissime, qui l'a dit, le 25 mai 1940- les documents secrets de l'Etat-major général français, p.140 - : « La France a commis l'immense erreur d'entrer en guerre n'ayant ni le matériel qu'il fallait, ni la doctrine militaire qu'il fallait » -juillet 1942 -) »

Marc Bloch, L'étrange défaite

10 mai

Début de la première phase de l'offensive allemande à l'ouest depuis la mer du Nord jusqu'à la frontière méridionale du Luxembourg.

Winston Churchill, ministre de la marine, devient Premier ministre en remplacement de Neville Chamberlain.

11 mai

Le colonel de Gaulle reçoit le commandement de la 4ème division cuirassée.

14-16 mai

Le front français est enfoncé à Sedan par les blindés allemands aux ordres du général Guderian.

L'armée néerlandaise capitule.

Après les civils belges les Français du nord fuient sur les routes en grand nombre devant l'arrivée de la Wehrmacht. C'est l'exode. Un ordre du général Gamelin interdisant l'évacuation des civils restera sans effet.


AFP photo STF

L'exode

« Alors, au spectacle de ce peuple éperdu et de cette déroute militaire, au récit de cette insolence méprisante de l'adversaire, je me sens soulevé d'une fureur sans bornes. Ah ! C'est trop bête ! La guerre commence infiniment mal. Il faut donc qu'elle continue. Il y a, pour cela, de l'espace dans le monde. Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu'il faudra, jusqu'à ce que l'ennemi soit défait et lavée la tache nationale. Ce que j'ai pu faire par la suite, c'est ce jour-là que je l'ai résolu. » (Mémoires de guerre, tome 1, p.31)

Vidéo : Général de Gaulle, Mémoires de guerre, L'Appel, 1940-1942

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17 mai

La 4e Division cuirassée de réserve, composée de 5 000 hommes et de 85 blindés et placée sous le commandement du colonel de Gaulle, contre-attaque à Montcornet, puis à Crécy-sur-Serre et au nord de Laon..

18 mai

Le maréchal Pétain entre au gouvernement en qualité de vice-président du Conseil.

19 mai

Les troupes allemandes atteignent Abbeville. Le piège se referme sur les unités franco-britanniques.

Le poste de commandant en chef des forces terrestres de l'armée française, auquel avait été nommé le général Gamelin, est supprimé par décret. Le général Weygand est nommé par décret chef d'état-major général de la Défense nationale et commandant en chef de l'ensemble des théâtres d'opérations.

21 mai

Le colonel de Gaulle, prononce depuis son PC de Savigny-sur-Ardres une allocution radiodiffusée :
« C'est la guerre mécanique qui a commencé le 10 mai. En l'air et sur la terre, l'engin mécanique - avion ou char - est l'élément principal de la force. L'ennemi a remporté sur nous un avantage initial. Pourquoi ? Uniquement parce qu'il a plus tôt et plus complètement que nous mis à profit cette vérité.
Ses succès lui viennent de ses divisions blindées et de son aviation de bombardement, pas d'autre chose !
Eh bien ! Nos succès de demain et notre victoire,- oui ! notre victoire - nous viendront un jour de nos divisions cuirassées et de notre aviation d'attaque. Il y a des signes précurseurs de cette victoire mécanique en France. Le chef qui vous parle à l'honneur de commander une division cuirassée française. Cette division vient de durement combattre ; eh bien ! On peut dire très simplement, très gravement - sans nulle vantardise - que cette division a dominé le champ de bataille à la dernière heure du combat.
Tous ceux qui servent, général aussi bien que le plus simple des troupiers, ont retiré de cette expérience une confiance absolue dans la puissance d'un tel instrument.
C'est cela qu'il nous faut pour vaincre. Grâce à cela, nous avons déjà vaincu sur un point de la ligne. Grâce à cela, un jour nous vaincrons sur toute la ligne.

22 mai

Les troupes allemandes atteignent Arras.

26 mai

Début de l'évacuation vers l'Angleterre des troupes alliées encerclées par les forces allemandes à Dunkerque. Environ 1 000 navires civils et militaires traversent la Manche pour sauver près de 340 000 soldats français et britanniques. Dynamo est l'une des plus grandes opérations d'évacuation par mer de l'histoire militaire.

27-30 mai

La 4e Division cuirassée de réserve arrête l'ennemi débouchant d'Abbeville.

Le général Altmayer, commandant la Xe armée indiquera dans son appréciation en date du 13 juin 1940 : « 1940, la 4e Division cuirassée a été à la disposition du groupement A de la VIIe Armée - pendant quelques jours. Son chef, le général de Gaulle y a donné de nouvelles preuves de son caractère, de son esprit de décision, de son jugement, de son sang-froid dans les circonstances difficiles et de sa grande intelligence, - en particulier pendant l'attaque de tête-de-pont allemand d'Abbeville du 28-30 mai qu'il a commandée avec les renforts de partie de la 2e D.L.C. et de la 51e D.I.W. »

31 mai

Les troupes françaises encerclées à Lille se rendent.

1er juin

Paul Reynaud, président du Conseil, nomme Charles de Gaulle général de brigade à titre temporaire. [Tables d'archives]

Vidéo : Du Colonel au Général, septembre 1939 - 1er juin 1940

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4 juin

Dunkerque est prise par les Allemands.

6 juin

Paul Reynaud nomme le général de brigade à titre temporaire Charles de Gaulle au poste de sous-secrétaire d'État à la Défense nationale et à la guerre.

Paul Reynaud et les membres de son gouvernement, 6 juin 1940
De gauche à droite, MM. Frossard (Travaux publics), Albert Chichery (Commerce), Jean Prouvost (Information), Bouthillier (Finances),
Paul Reynaud (président du Conseil, ministre de la Défense nationale et de la guerre et des Affaires étrangères),
André Février, sous-secrétaire d'État, Yvon Delbos (Éducation),
général de Gaulle, sous-secrétaire d'État au ministère de la Défense nationale et de la guerre, Georges Pernot (Famille)

AFP

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Vidéo : quelques jours qui vont changer l'histoire

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« Sans renoncer à combattre sur le sol de l'Europe aussi longtemps que possible, il faut décider et préparer la continuation de la lutte dans l'Empire. Cela implique une politique adéquate : transport des moyens vers l'Afrique du Nord, choix des chefs qualifiés pour diriger les opérations, maintien de rapports étroits avec les Anglais, quelques griefs que nous puissions avoir à leur égard. Je vous propose de m'occuper des mesures à prendre en conséquence. » M. Paul Reynaud me donna son accord. Je vous demande, ajouta-t-il, d'aller à Londres au plus tôt. »

1er juin

Charles de Gaulle est nommé général de brigade à titre temporaire.

9 juin

Première rencontre de de Gaulle avec Churchill

10 juin

Le gouvernement quitte Paris pour Tours.

L'Italie entre en guerre contre la France et la Grande-Bretagne.

11 juin

Conseil interallié de Briare. Le général de Gaulle rencontre une deuxième fois Winston Churchill.

13 juin

Conseil interallié de Tours. Le général de Gaulle rencontre une nouvelle fois Winston Churchill.

14 juin

Les troupes allemandes victorieuses défilent dans Paris, déclarée ville ouverte le 11 juin. Le gouvernement français s'installe à Bordeaux.

15 juin

Les dernières unités britanniques et polonaises quittent la France pour l'Angleterre.

Au Conseil des ministres, après avoir entendu le général Weygand, rejetant la capitulation, et l'amiral Darlan refusant que la flotte soit livrée à l'Allemagne, Paul Reynaud plaide pour la poursuite des combats auprès de la Grande-Bretagne, puis, face au poids de Pétain et aux ministres partisans de la cessation des combats, pour le refus de l'armistice et la signature de la capitulation militaire.

16 juin

Le général de Gaulle est à Londres pour quelques heures où il est arrivé via la Bretagne avec pour objectif la signature du traité d'union franco-britannique par Paul Reynaud et Winston Churchill.

À Bordeaux, avant la réunion du Conseil des ministres, Jules Jeanneney, Président du Sénat, et Édouard Herriot, président de la Chambre des députés, affirment aux ministres qu'ils approuvent la poursuite du combat et le transfert du gouvernement en Afrique du Nord. À 11 heures, au début du deuxième Conseil des ministres, Pétain annonce sa démission, car le gouvernement n'a pas décidé de demander l'armistice.

Le troisième et dernier Conseil des ministres du gouvernement de Paul Reynaud, dont la réunion se tient de 17 heures à 20 heures, au cours duquel le président du Conseil défend le projet d'union de la France et de la Grande-Bretagne inspiré par Jean Monnet, soutenu par de Gaulle puis proposé par le Premier ministre Winston Churchill. Le projet vise à mettre en commun toutes les ressources de la France et de la Grande-Bretagne afin de poursuivre ensemble la guerre. Mais le gouvernement ne donne pas suite à cette solution. Un échange très vif a lieu entre Camille Chautemps, qui déclare que la France doit demander à l'Allemagne à quelles conditions elle cesserait les hostilités, et Georges Mandel qui s'y oppose. Paul Reynaud propose sa démission au Président de la République Albert Lebrun qui d'abord la refuse, puis l'accepte. Il suggère que le maréchal Pétain lui succède.

À 23 heures, le Président Lebrun charge le maréchal Pétain de former le nouveau gouvernement.

Formation du gouvernement du maréchal Pétain. [Composition du gouvernement Pétain]

À sa descente d'avion, à Mérignac en provenance de Londres, le général de Gaulle apprend le changement de gouvernement.

À minuit se réunit le gouvernement Pétain décidant de demander les conditions de l'armistice.

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Vidéo : le jour du destin

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17 juin

Le général de Gaulle gagne l'Angleterre accompagné de son officier d'ordonnance, le lieutenant Geoffroy de Courcel et de Sir Edward Spears, agent de liaison personnel de Winston Churchill auprès du gouvernement français, qu'il avait rencontré aux conseils interalliés de Briare, le 11 juin, et de Tours, le 13 juin. Il est à Londres à 14 heures 30 disposant d'une somme de 100 000 francs que Paul Reynaud lui avait fait remettre sur les fonds secrets et installe ses bureaux à Seymour Grove (aujourd'hui Curzon Place). « Je m'apparaissais à moi-même seul et démuni de tout, comme un homme au bord d'un océan qu'il prétendrait franchir à la nage. » écrira le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre (tome 1).

Le général de Gaulle rend visite à Winston Churchill au 10 Downing Street, en milieu d'après-midi. Le Premier ministre britannique décide de mettre la BBC à la disposition du général de Gaulle dès lors que le gouvernement Pétain aurait demandé l'armistice.

Le gouvernement du maréchal Pétain annonce qu'il demande l'armistice. « [...] C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.[...] », déclare le maréchal Pétain dans un discours radiodiffusé.

« Le jour même de notre arrivée à Londres, je conduisis de Gaulle chez Churchill, au numéro 10 Downing Street, écrira Edward Spears. Une des premières choses qu'il lui demanda fut l'autorisation de parler à la France par la BBC, ce que le Premier ministre lui accorda sans un instant d'hésitation. Churchill obéit sans doute à l'impulsion généreuse de donner satisfaction à ce Français, fugitif et solitaire, qui demeurait fidèle à notre cause, mais il pensa aussi certainement que le simple fait d'une voix française, éloquente, appelant à la résistance, pouvait éveiller des échos inattendus. »

Vidéo : le saut dans l'inconnu, 17 juin 1940

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Source : Sébastien Albertelli, Atlas de la France Libre
Éditions Autrement, collection Atlas/Mémoires
© Autrement, 2010

Ce 17 juin, Jean Moulin, préfet d'Eure-et-Loir depuis juillet 1939, refuse de signer un document établi par les Allemands accusant à tort les troupes sénégalaises de l'Armée française de massacres sur les civils à La Taye, un hameau près de Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombardements allemands. Maltraité et emprisonné pour refus de complicité avec les Allemands, il tente de se trancher la gorge pour éviter le déshonneur. Il passe l'affaire sous silence et demeure à son poste pour protéger la population des exactions de l’occupant. [Jean Moulin (1899-1943)]


18 juin

Vidéo : Des difficultés à lancer un appel (18 juin)

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À 10 heures Elisabeth de Miribel dactylographie le texte du discours que le général de Gaulle s'apprête à prononcer.

À la fin de la séance du cabinet de Guerre élargi tenu à partir de 12 heures 30, le ministre de l'Information Alfred Duff Cooper indique que le général de Gaulle lui a communiqué le texte d'une allocution qu'il souhaite radiodiffuser, dans laquelle il expose que la France n'a pas été vaincue et invite tous les soldats français à se joindre à lui.

À 18 heures le général de Gaulle se présente dans les locaux de la BBC.

Le général de Gaulle lance un premier appel radiodiffusé par la BBC. L'appel, annoncé à 20 heures 15 au début de l'émission en français, est diffusé à 22 heures, sur 1 500 m grandes ondes, 373 m ondes moyennes, et ondes courtes.

L'appel a été enregistré mais l'enregistrement n'a pas été conservé. Les bulletins d'écoute radiophonique de la Suisse attestent une rediffusion sur ondes courtes le 19 juin à 12 heures 15.

L'affiche À tous les Français ayant suivi l'appel du 18 juin
Le liseré et les drapeaux tricolores symbolisent les valeurs fondamentales de la République française

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Vidéo : un appel, plusieurs versions (Jean-Louis Crémieux-Brilhac)

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Parmi les tous premiers à rejoindre l'Appel il y a déjà à Londres avant même que de Gaulle eût prononcé son discours historique Christian Fouchet [Tables d'archives], le capitaine Pierre de Chevigné, Claude Hettier de Boislambert, Gaston Palewski, véritables pionniers de la France Libre.

Le discours du 18 juin a été très peu entendu, à l'inverse du discours du maréchal Pétain. En fait l'Appel n'a été capté que par de rares auditeurs de la BBC ! C'est à tort que nombre d'auditeurs confondirent le discours du 18 juin avec les appels à la résistance lancés les 19, 22 et 24 juin suivants par le Général de Gaulle.

C'est par l'affiche « La France a perdu une bataille, elle n'a pas perdu la guerre » ou par la presse que les Français en ont eu connaissance à l'origine. En Grande-Bretagne, le Times, retranscrit intégralement le texte de l'Appel sous le titre « La France n'est pas perdue ! ».

Le 19 juin, des quotidiens régionaux paraissant en zone non occupée rendent compte du discours. Le Petit Provençal, tiré ce jour-là à 115 000 exemplaires reproduit, en première page, l'appel lancé la veille par le général de Gaulle — orthographié « de Gaule ».

Le Progrès de Lyon relate le discours par une dépêche de deuxième page : « Londres, 18 juin. Le général de Gaulle, auteur de nombreuses études sur le rôle des chars d'assaut, a prononcé ce soir une allocution à la radio de Londres. »

Des personnalités de premier plan se souviennent de l'avoir entendu : Pierre Mendès-France, André Philip, Maurice Schumann, par exemple. Il en est de même du gouverneur d'Afrique équatoriale française Félix Eboué, de la garnison française d'EI Kantara, des marins de l'Ile de Sein ralliés entre le 24 et le 26 juin.

« C'est seulement le lendemain matin, le 19 juin, [que] j'appris à Bayonne qu'un général français avait la veille, proclamé en substance à la radio de Londres : "La France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre. Cette guerre a un caractère mondial. Je fais appel aux officiers, ingénieurs et techniciens se trouvant en Angleterre pour continuer le combat." Cette nouvelle me frappa comme un trait de lumière. » témoigne René Cassin (Les hommes partis de rien : le réveil de la France abattue (1940-1941), Paris, Plon, 1974)

L'absence d'enregistrement, le relais seulement assuré par certains organes de la presse écrite et par l'affiche contribuent à conférer à l'Appel un caractère immatériel.

19 juin

C'est à bord du modeste bateau de commerce et de transport Ar Zénith, Qu'un groupe de jeunes civils volontaires rejoint par quelques militaires quitte l'île de Sein et traverse la Manche pour rallier le général de Gaulle à Londres. Ils sont suivis le 21 juin par 124 hommes embarquant sur des bateaux de pêche. Ils signeront leur engagement le 1er juillet 1940. [L'Île de Sein, compagnon de la Libération]

Vidéo : Silence radio ! (19 juin)

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21 juin

A Londres, le général de Gaulle propose à André Maurois de devenir porte-parole de la France libre. Celui-ci décline la proposition et gagne les Etats-Unis.

Les parlementaires reçoivent l’ordre de gagner le Verdon où un paquebot, le Massilia, affrété sur les instructions du gouvernement, est mis à leur disposition. Vingt-sept parlementaires - vingt-six députés et un sénateur - embarquent le 21 juin 1940 à destination de Casablanca. Ils espèrent voir transférer le siège des pouvoirs publics dans les départements d’Algérie, afin de poursuivre la lutte contre l’ennemi sur les terres africaines françaises. Ils ne seront pas présents lors des débats et du vote du 10 juillet à Vichy.

le Massilia
Le Massilia
Collection Association French Lines

Les parlementaires passagers du Massilia :

- Les députés :
Paul Bastid (Cantal, Radical-socialiste), Marcel Brout (Seine, Union populaire française), César Campinchi, (Corse, Radical-socialiste), ancien ministre de la Marine, Camille Catalan (Gers, Radical-socialiste), Édouard Daladier (Vaucluse, Radical-socialiste), Gabriel Delattre (Ardennes, Radical-socialiste), Yvon Delbos (Dordogne, Radical-socialiste), Joseph Denais (Seine, Fédération républicaine), Marius Dubois (Oran, SFIO), André Dupont (Eure, SFIO), Léandre Dupré (Pas-de-Calais, SFIO), Galandou Diouf (Sénégal, Gauche indépendante), Bernard Quénault de la Groudière (Manche, Fédération républicaine), Salomon Grumbach (Tarn, SFIO), Jean-Marie Guastavino (Alger, Radical-socialiste), Robert Lazurick (Cher, SFIO), André Le Troquer (Seine, SFIO), Georges Lévy-Alphandéry (Haute-Marne, Radical-socialiste), Georges Mandel (Gironde, Républicain indépendant), Pierre Mendès France (Eure, Radical-socialiste), Camille Perfetti (Haute-Marne, Radical-socialiste), Jammy Schmidt (Oise, Radical-socialiste), Jean-Marie Thomas (Saône-et-Loire, SFIO), Pierre Viénot (Ardennes, SFIO), Alex Wiltzer (Moselle, Action populaire), Jean Zay (Loiret, Radical-socialiste).

- Le sénateur Tony Révillon (Ain, Radical-socialiste).

22 juin

Le gouvernement Pétain conclut l'armistice avec l'Allemagne

La convention d'armistice est signée dans la clairière de Rethondes dans le wagon où avait été signé l'armistice de 1918.

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Vidéo : Quand l'armistice d'un maréchal fait renaître un général, 22 juin 1940

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Le général de Gaulle prononce un nouveau discours radiodiffusé à la BBC, prenant la forme d'un réquisitoire, par lequel il exhorte les Français continuer le combat. Les discours des 22, 24, 26 et 28 juin sont des réponses aux actions du maréchal Pétain. Le général de Gaulle se pose comme le chef de la résistance militaire française. C'est le début d'une guerre des ondes entre de Gaulle et Vichy.

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Audio

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« Tous les huit jours environ, je parlais moi-même, avec l'émouvante impression d'accomplir, pour des millions d'auditeurs qui m'écoutaient dans l'angoisse à travers d'affreux brouillages, une espèce de sacerdoce. Je fondais mes allocutions sur des éléments très simples : le cours de la guerre, qui démontrait l'erreur de la capitulation ; la fierté nationale, qui au contact de l'ennemi, remuait profondément les âmes ; enfin l'espoir de la victoire et d'une nouvelle grandeur pour notre dame la France ». (Mémoires de guerre, tome 1, p. 132)

Outre les discours radiodiffusés, le général de Gaulle s'adresse aussi par courriers et télégrammes aux autorités civiles et militaires de la France métropolitaine et des colonies.

L'affiche À tous les Français ayant suivi l'appel du 18 juin
a été imprimée et placardée à Londres et dans les grandes villes britanniques à partir du 3 août 1940.
Musée de l'Ordre de la Libération

23 juin

Le maréchal Pétain nomme Pierre Laval et Adrien Marquet ministres d'État.

Hitler visite Paris.

Par décret signé du président de la République, le général de Gaulle est mis à la retraite d’office par mesure de discipline.

Vidéo : les tracas d'un général qui voulait aller trop vite , 23 juin 1940

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24 juin

À Rome est signée la convention d'armistice franco-italien.

27 juin

Les Allemands entrent à Bordeaux.

Laval est vice-président du Conseil.

Le sous-marin Narval (capitaine de corvette François Drogou) est le premier bâtiment de guerre à répondre à l’Appel.

28 juin

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Vidéo : la longue marche vers les sommets, 24-28 juin 1940

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Le gouvernement britannique reconnaît publiquement le général de Gaulle comme « Chef des Français Libres ». « Vous êtes tout seul ! Eh bien ! Je vous reconnais tout seul » avait déclaré Churchill à de Gaulle, la veille au soir. Le général de Gaulle est officiellement investi comme représentant de la seule autorité française à poursuivre la lutte aux côtés des Alliés.

29 juin

Le gouvernement s'installe à Clermont-Ferrand, puis choisit de s'installer à Vichy.

30 juin

L’amiral Muselier rallie la France Libre et crée les Forces navales françaises libres (FNFL). Il assure à titre provisoire le commandement des Forces aériennes françaises libres (FAFL).

Une centaine de bateaux de pêche (dont la quasi totalité des bateaux de l'île de Sein) sont arrivés en Grande-Bretagne.

Les ralliements individuels dans la France Libre sont le fait de jeunes gens, ayant 25 ans d'âge moyen. Tous volontaires, ils refusent la défaite de la France. Les engagements sont d'abord favorisés par la présence de combattants sur le sol britannique, évacués de Dunkerque ou du corps expéditionnaire de Norvège ou transitant par des territoires sous souveraineté britanniques. Des pilotes, ou d'autres venus par bateau, tel Pierre Messmer [Portrait] [Tables d'archives] et le commandant de marine marchande Vuillemin, gagnent l'Angleterre via Gibraltar. Plusieurs centaines de volontaires embarquent aussi fin juin, à Bayonne et Saint-Jean-de-Luz.

1er juillet

Le gouvernement s'installe à Vichy : Pétain, Laval et les services d'information siègent à l'Hôtel du Parc..

3 juillet

Vidéo : l'été de tous les dangers (juillet-août 1940)

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Une escadre britannique attaque et détruit l'escadre française au mouillage à Mers el-Kébir, faisant plus de 1 200 victimes.

« [...] il n'est pas un Français qui n'ait appris avec douleur et avec colère que des navires de la flotte française avaient été coulés par nos Alliés. Cette douleur, cette colère, viennent du plus profond de nous-mêmes. [...]

Ensuite, m'adressant aux Français, je leur demande de considérer le fond des choses du seul point de vue qui doive finalement compter, c'est-à-dire du point de vue de la victoire et de la délivrance. » (Extrait du discours prononcé à la radio de Londres, 2 juillet 1940)

« Les jours qui suivirent me furent cruels. J'éprouvais les impressions d'un homme dont un séisme secoue brutalement la maison et qui reçoit sur la tête la pluie des tuiles tombant du toit.

À Londres, une tempête de colères ; à Washington, un ouragan de sarcasmes, se déchaînèrent contre moi. Pour la presse américaine et beaucoup de journaux anglais, il fut aussitôt entendu que l'échec de la tentative était imputable à de Gaulle. [...]

Quant à la propagande de Vichy, elle triomphait sans retenue. » (Mémoires de guerre, tome 1, p.108 et 109).

4 juillet

Le tribunal militaire de la 17e région condamne le colonel de Gaulle à quatre ans de prison et 100 francs d’amende pour refus d’obéissance.

Les relations diplomatiques sont rompues entre Londres et Vichy.

10 juillet

Réunie à Vichy, l'Assemblée nationale délègue le pouvoir constituant au maréchal Pétain : « L'Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l'État français. »

[Compte rendu intégral de la séance de l'Assemblée nationale du mercredi 10 juillet 1940]

11 juillet

Pétain se proclame chef de l'État. Les pleins pouvoirs sont accordés au gouvernement. Les assemblées sont ajournées. Le projet de Constitution du maréchal Pétain, rédigé en vertu de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, n'a jamais été officiellement promulgué.

12 juillet

Démission du gouvernement du maréchal Pétain.

Nomination du premier ministère de l'État français composé de douze ministres et trois secrétaires d'État. Pierre Laval est vice-président du Conseil. Raphaël Alibert est ministre de la Justice. Adrien Marquet est ministre de l'Intérieur. Le général Weygand est ministre de la Défense nationale.

L'acte constitutionnel n° 4 désigne Pierre Laval successeur du maréchal Pétain, chef de l'État.

Les conseils généraux et d'arrondissement sont épurés de leurs membres considérés comme hostiles au régime de Vichy.

14 juillet

Le général de Gaulle passe en revue les premiers détachements des Forces françaises libres

Musée de l'Ordre de la Libération

Le général de Gaulle passe en revue à Whitehall les premiers contingents des Forces françaises libres qui défilent dans les rues de Londres.

Il dépose une couronne au monument du maréchal Foch.

« Mais il n'y a pas de France sans épée. Constituer une force de combat, cela importait avant tout. [...]

« Le 13 juillet, je me risquais à annoncer : "Français ! Sachez le ! Vous avez encore une armée de combat." Le 14 juillet, je passai à Whitehall, au milieu d'une foule saisie par l'émotion, la revue de nos premiers détachements, pour aller ensuite à leur tête déposer une gerbe tricolore à la statue du maréchal Foch. » ( Mémoires de guerre, tome 1, p.74, 78)

Les FFL

La composante terrestre des FFL (Forces françaises libres est constituée à l'origine de quelques volontaires des troupes rapatriées de Norvège, de soldats français présents en Grande-Bretagne et d'engagés venus de France. Elle comprend environ 3 000 hommes en juillet 1940. En août 1940 elle deviendra une petite armée de 17000 hommes après le ralliement des territoires du Pacifique et de l'Afrique équatoriale française.

S'agissant de la marine, le général de Gaulle charge l'amiral Muselier d'organiser les Forces navales françaises libres (FNFL). Après l'accord franco-britannique du 7 août 1940, la France Libre disposera du vieux cuirassé Courbet, utilisé comme navire école, d'un croiseur, de quatre torpilleurs ainsi que de quelques avisos et sous-marins.

Les premiers pilotes français de la France Libre, tels René Mouchotte, combattent dans la Royal Air Force et ce n'est qu'en juin 1941 que les Forces aériennes françaises libres (FAFL) seront constituées, placées sous le commandement du général Valin.

Le général de Gaulle attache une grande importance à la formation des cadres des FFL. Plusieurs écoles et pelotons d'élèves-officiers sont créés . A l'automne 1940, il crée l'Ecole de Camberley. (infanterie, artillerie, chars). Les plus jeunes volontaires seront orientés vers une formation bientôt dispensée par l'Ecole des Cadets.

17 juillet

Loi d'épuration de l'administration.

22 juillet

Les autorités françaises du condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides se rallient au général de Gaulle.

Promulgation de la loi de révision des naturalisations acquises depuis la promulgation de la loi du 10 août 1927 sur la nationalité. La loi du 10 août 1927 avait modifié le code de la nationalité de 1889 et ouvert des procédures d’acquisition de la nationalité française. La loi du 22 juillet 1940 institue une procédure systématique de révision et, à cet effet, une commission présidée par le garde des Sceaux, Raphaël Alibert, chargée d’instruire les dossiers.

23 juillet

Loi prononçant la déchéance de la nationalité française et la confiscation des biens des personnes ayant quitté le territoire métropolitain entre le 10 mai et le 30 juin 1940.

24 juillet

Le général de Gaulle transfère le QG de la France libre de l'appartement de Saint Stephen’s House à l'immeuble du 4, Carlton Garden, à proximité de St James' Park, dans le quartier de Westminster.

Carlton Gardens
À la fois centre de décision et point de ralliement de la France Libre

DR

30 juillet

Création d'une Cour suprême de justice de l'État français compétente pour juger les anciens ministres « accusés d'avoir commis des crimes ou délits dans l'exercice ou à l'occasion de leurs fonctions ou d'avoir trahi les devoirs de leur charge ».

2 août

Ultimatum japonais à l'amiral Decoux nommé par le maréchal Pétain gouverneur général de l'Indochine en remplacement du général Catroux.

3 août

Le tribunal militaire permanent de la 11e région, siégeant à Clermont-Ferrand, condamne par contumace le colonel d’infanterie breveté d’état-major, en retraite, Charles de Gaulle, à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens meubles et immeubles. La décision est motivée par la trahison, la désertion à l’étranger en temps de guerre, sur un territoire en état de guerre et de siège.

6 août

Les trois États baltes deviennent des Républiques soviétiques.

7 août

Un accord entre le gouvernement britannique et le général de Gaulle, préparé par René Cassin, consacre la reconnaissance de la « France Libre » par la Grande-Bretagne et fixe les règles qui régiront leurs rapports.

Reconnu chef des Français libres par Churchill, le 28 juin 1940, le général de Gaulle obtient par l'accord du 7 août 1940 une première victoire diplomatique. L'accord consiste en un échange de lettres entre Churchill et de Gaulle ainsi qu' en un mémorandum annexé énonçant le statut des Forces françaises libres (FFL). Les FFL ne sont pas une légion dans l'armée britannique mais une force française dont de Gaulle est le commandant suprême. Dès le 29 juin, le général de Gaulle avait chargé René Cassin de rédiger un texte fondé sur un principe :« Nous sommes la France ». [Comment furent signés les accords Churchill - de Gaulle du 7 août 1940, par René Cassin] La France Libre peut se doter des attributs régaliens d'un État.

« L'accord du 7 août eut, pour la France Libre, une importance considérable, non seulement parce que, dans l'immédiat, il la tirait matériellement d'embarras, mais encore pour cette raison que les autorités britanniques, ayant maintenant une base officielle pour leurs rapports avec nous, n'hésitèrent plus à nous faciliter les choses. Surtout, le monde entier connut qu'un commencement de solidarité franco-anglaise était, malgré tout, rétabli. » (Mémoires de guerre, tome 1, p. 81)

La Bataille d'Angleterre
(10 juillet-31 octobre 1940)

L'Allemagne paraissait avoir gagné la guerre au début de l'été. Le 7 septembre a lieu le premier raid massif de jour au-dessus de Londres. Pendant deux mois 13000 tonnes de bombes explosives et un million de bombes incendiaires sont larguées, faisant 13 000 mots et laissant 250 000 personnes sans abri. Mais le moral civil ne faiblit pas. Le 15 septembre, la Royal Air Force s'impose au-dessus de la capitale britannique. Entre juillet et novembre la Luftwaffe perd 1 537 appareils et la RAF 925. 415 pilotes anglais perdent la vie dans l'affrontement. Leur héroïsme suscite la reconnaissance de Churchill : « Jamais dans l'histoire des guerres un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre ». La défaite de la Luftwaffe a fait repousser le plan d'invasion de la Grande-Bretagne que devait précéder le Blitz. Hitler renonce, en effet, le 12 octobre à cet objectif et préfère concentrer l'effort stratégique sur le plan Barbarossa d'attaque de l'Union soviétique, même si les bombardements se poursuivent jusqu'en mai 1941.

13 août

Loi prononçant la dissolution des sociétés secrètes en France visant essentiellement la franc-maçonnerie.

La Luftwaffe lance, le « jour de l'Aigle », un plan d'attaque destiné à clouer au sol l'aviation de chasse britannique, puis à désorganiser l'économie du pays par des bombardements intensifs, préalables à une opération d'invasion depuis la mer.

18 août

Dans une interview au journal national-socialiste Das Reich, Pierre Laval déclare : « Les Français ont été trop longtemps gâtés et repus, ils ont eu la vie trop belle, il leur faudra réapprendre les exigences du devoir. »

15 août

Le Bulletin officiel des Forces françaises libres est publié à Londres sous son premier numéro dans la présentation du Journal officiel de la République française.

Il contient le texte de l'accord du 7 août signé par le général de Gaulle et Winston Churchill.

Les premiers ralliements territoriaux à la France Libre : l'AEF

L'Appel du général de Gaulle est largement diffusé dans l'Empire par les radios britanniques. Après les Nouvelles-Hébrides, et même si en Afrique du Nord le général Noguès reste au service de Vichy, le ralliement des territoires de l'Afrique équatoriale française (AEF) permet à la France Libre d'exercer une souveraineté territoriale. « Dans cette guerre mondiale et totale, dans cette guerre où tout compte, déclare le général de Gaulle, l'Empire français est un faisceau de forces capital ».

26 août

Le gouverneur Félix Eboué rallie le Tchad à la France Libre.

« Je sentis qu'il me donnait, une fois pour toutes, son loyalisme et sa confiance. En même temps, je constatais qu'il avait l'esprit assez large pour embrasser les vastes projets auxquels je voulais le mêler. [...]

Cependant, il ne s'agissait de rien moins, pour le Gouverneur, que d'entreprendre un immense travail de communications, afin que le Tchad fût à même de recevoir de Brazzaville, de Douala, de Lagos, puis de porter jusqu'aux frontières de la Libye italienne, tout le matériel et tout le ravitaillement qu'il faudrait aux Forces Françaises Libres pour mener une guerre active. » (Mémoires de guerre, tome 1, p.112)

Félix Eboué, gouverneur du Tchad et le Général de Gaulle - DR

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Vidéo : de l'Empire à la France, automne 1940

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27 août

Ralliement du Cameroun à la France Libre sous l'impulsion de Leclerc (le capitaine Philippe de Hauteclocque), arrivé en pirogue avec Boislambert et 22 hommes, qui investit le palais du gouvernement à Douala et prend le commandement militaire du territoire.

28 août

Larminat rallie le Moyen Congo à la France Libre.

29 août

Ralliement de l'Oubangui-Chari à la France Libre sous l'impulsion du gouverneur Pierre de Saint-Mart.

Du 26 au 29 août, au cours de ces « trois glorieuses », la France Libre s'installe sur le sol africain d'où débutent la reconquête et les premiers pas vers la Libération.

31 août

Le général Catroux, gouverneur général de l'Indochine, limogé par Vichy, arrive à Londres.

2 septembre

Ralliement de Tahiti à la France Libre.

6 septembre

L'émission en français de la BBC est intitulée : « Les Français parlent aux Français ».

7 septembre

Début du Blitz à Londres. La famille royale participe à la protection civile.

9 septembre

Le gouverneur Bonvin rallie les Etablissements Français de l'Inde à la France Libre.

22 septembre

Les Japonais débarquent à Haiphong au Tonkin. L'amiral Decoux, gouverneur de l'Indochine, signe un accord permettant le stationnement des troupes japonaises. Début de la Résistance en Indochine.

24 septembre

Le gouverneur Sautot rallie la Nouvelle-Calédonie à la France Libre.

23-25 septembre

L'opération franco-britannique, menée à Dakar afin d'obtenir le ralliement de l'Afrique Occidentale Française à la France Libre, échoue.

3 octobre

Loi portant statut des Juifs signée par le maréchal Pétain et les principaux membres de son gouvernement, publiée au Journal officiel du 18 octobre : « est regardée comme juif pour l'application de cette loi toute personne issue des trois grands-parents de la même race, si son conjoint est lui-même juif ».

Aux terme de la loi du 4 octobre relative aux ressortissants étrangers de race juive, ceux-ci pourront être internés dans des camps spéciaux ou assignés à résidence.

Une loi du 7 octobre abroge le décret Crémieux du 24 octobre 1870, aux termes duquel les Juifs d'Algérie avaient été déclarés citoyens français.

11 octobre

Discours du maréchal Pétain annonçant le programme de la révolution nationale.

22 octobre

Dans une Note sur les conditions nécessaires à la formation d'un gouvernement de la France Libre susceptible d'être reconnu par les gouvernements anglais et américain, René Cassin souligne qu'un « gouvernement implique l'existence d'une autorité consistante et représentative qui exerce les attributs de la souveraineté : armée, finances, justice, production économique, administration, représentation extérieure, au moyen de services publics organisés ». Le régime de Vichy ne saurait être représentatif : « en effet, l'organisme qui est à Vichy, et qui prétend porter ce nom, est inconstitutionnel, et soumis à l'envahisseur ».

24 octobre

Hitler convoque Pétain à Montoire. Pétain accepte le principe de la collaboration franco-allemande.

Rencontre Pétain-Hitler le 24 octobre 1940 à Montoire-sur-le-Loir
Deutsches Bundesarchiv

Pétain justifie quelques jours plus tard sa poignée de main au Führer : « C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer. [...] Cette collaboration doit être sincère. [...] Cette politique est la mienne.. Les ministres ne sont responsables que devant moi. C'est moi seul que l'histoire jugera. »

27 octobre

A Brazzaville, le général de Gaulle crée le Conseil de Défense de l'Empire [manifeste de Brazzaville].

« Or, il n'existe plus de Gouvernement proprement français. En effet, l'organisme sis à Vichy et qui prétend porter ce nom est inconstitutionnel et soumis à l'envahisseur. Dans son état de servitude, cet organisme ne peut être et n'est, en effet, qu'un instrument utilisé par les ennemis de la France contre l'honneur et l'intérêt du pays.

Il faut donc qu'un pouvoir nouveau assume la charge de diriger l'effort français dans la guerre. Les événements m'imposent ce devoir sacré, je n'y faillirai pas.

J'exercerai mes pouvoirs au nom de la France et uniquement pour la défendre, et je prends l'engagement solennel de rendre compte de mes actes aux représentants du peuple français dès qu'il lui aura été possible d'en désigner librement. » (Manifeste de Brazzaville)

2 novembre

En raison de ses idées républicaines marquées, Jean Moulin, préfet d'Eure-et-Loir, est révoqué et placé en disponibilité

5 novembre

Roosevelt est réélu président des États-Unis.

9 novembre

Ralliement du Gabon à la France Libre.

11 novembre

La préfecture de police communique : « Les administrations et les entreprises privées travailleront normalement le 11 novembre à Paris et dans le département de la Seine. Les cérémonies commémoratives n’auront pas lieu. Aucune démonstration publique ne sera tolérée. ». Ce jour-là des étudiants et lycéens manifestent contre l'occupant à l'Arc de Triomphe brandissant symboliquement deux gaules. La police française et les autorités allemandes interviennent. La répression est brutale. L'université est fermée jusqu'au 20 décembre. Ce 11 novembre 1940 est devenu un véritable symbole de la résistance.

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Vidéo : Pierre Lefranc est l’un des organisateurs
de la manifestation des étudiants aux Champs-Elysées, le 11 novembre 1940

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Les quatre principaux journaux clandestins de Paris Pantagruel, Libération, Valmy et le bulletin du réseau du Musée de l'homme, Résistance, font mention du général de Gaulle.

Dès juillet-août 1940, des premiers tracts avaient été édités par le groupe de Résistants du Musée de l’Homme. Le réseau du Musée de l'Homme s'était formé autour de l'ethnologue Boris Vildé, avec Paul Hauet, Anatole Lewitzky, chef du département de technologie comparée, et Yvonne Oddon. Ceux-ci sont rejoints par l'ethnologue Germaine Tillion et sa mère Émilie Tillion ainsi que d'autres issus de la Bibliothèque nationale ou de l'Université de Paris.

14 novembre

Bombardement allemand de Coventry. Plus de 40 000 bombes sont larguées par 450 avions faisant 554 morts et 865 blessés.

16 novembre

Le général de Gaulle signe la Déclaration organique de la France Libre complétant le manifeste du 27 octobre 1940.

Le général de Gaulle considère que « l'organisme dit gouvernement de Vichy » n'a ni légitimité constitutionnelle ni légitimité morale.

Création de l'Ordre de la Libération par l'ordonnance n° 7 du Général de Gaulle.

9 décembre

Un bataillon de la France Libre participe à la contre-offensive britannique en Libye.

24 décembre

Le gouvernement britannique reconnaît le Conseil de Défense de l'Empire.

• • •

Le 14 juin 1944, à l'aube, le général de Gaulle mettait le pied sur le sol de France qu'il avait quitté quatre ans auparavant.

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Vidéo

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Epilogue

Vidéo : quand le 18 juin devient le 18 juin

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La République dans la tourmente

L'État français

Troisième République (XVIe législature)

Rapport n° 2344 de la commission chargée d'enquêter
sur les événements survenus en France de 1933 à 1945 (Charles Serre, Rapporteur général)

Compte rendu intégral de la 2e séance du 15 mars 1935 (Chambre des députés)

[Intervention de Paul Reynaud]

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