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Pierre, Louis, Ernest, Armand ABELIN 

ABELIN (Pierre, Louis, Ernest, Armand)

Né le 16 mai 1909, à Poitiers (Vienne)

Décédé le 23 mai 1977 à Poitiers

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Vienne)

Député de la Vienne de 1946 à 1958 et de 1962 à 1974

Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil de novembre 1947 à juillet 1948 et en septembre 1948

Secrétaire d'Etat aux finances de septembre 1952 à janvier 1953

Secrétaire d'Etat aux affaires économiques de mars 1955 à janvier 1956

Ministre de la coopération du 27 mai 1974 au 12 janvier 1976

Pierre Abelin est le fils d'un professeur de Poitiers, Armand Abelin. Sa mère, née Marguerite Chevalier, était apparentée à Raoul Peret, ancien sénateur et député de la Vienne, ancien président de la Chambre des députés sous la IIIème République, ancien ministre. Le jeune Pierre Abelin effectue des études juridiques dans les facultés de droit de Poitiers et de Paris, qui le conduisent au doctorat ; il est en outre diplômé de l'Ecole libre des Sciences politiques. Après son service militaire, il devient, en 1931, secrétaire du Maréchal Lyautey en sa qualité de commissaire général de l'exposition coloniale. En juin 1932, il épouse la petite fille d'Edouard Branly, inventeur de la TSF, Mademoiselle Geneviève Terrat-Branly, dont il aura cinq enfants.

Il entre alors dans les affaires et anime plusieurs sociétés liées au commerce colonial. Mobilisé en 1939, il fait la guerre comme agent de liaison auprès de la 51ème légion britannique. Rendu à la vie civile, il, reprend sa carrière de directeur de sociétés. De 1940 à 1945, il est simultanément directeur de l'Union française des industries exportatrices et du Comité d'exportation de l'industrie cotonnière, directeur du Groupement national d'importation des cacaos et délégué général de la Chambre syndicale des chocolatiers et confiseurs.

Cependant, ses sympathies le portent vers la Résistance : il est membre du groupe d'éditions clandestines de la rue de Lille, qui regroupe des démocrates-chrétiens, hostiles au nazisme et à Vichy.

A partir de 1945, il mène de front une carrière d'homme d'affaires et une carrière politique. De 1945 à 1947, il est nommé membre du Comité directeur du journal La Tribune Economique ; en 1956, il devient président de l'Association de l'industrie et de l'agriculture française ; en 1958, il est président de la Compagnie des chemins de fer franco-éthiopiens.

Dès la constitution du Mouvement républicain populaire (MRP), Pierre Abelin lui apporte son adhésion et son cheminement politique ne va faire qu'un avec l'histoire de ce parti sous la IVème République. En son sein, il marque nettement son opposition au gaullisme du "Rassemblement du Peuple français" et se montre un partisan résolu de la Troisième Force.

Le premier mandat électif qu'il occupe est celui de conseiller municipal de la ville de Poitiers, en mai 1945. Au mois d'octobre, le MRP le présente comme tête de liste dans la Vienne pour l'élection à la première Assemblée nationale constituante. Pour quatre sièges à pourvoir, il y a 158 533 votants. Huit listes sont en présence. Seule la liste communiste dépasse le quotient électoral requis et obtient un élu direct. Les trois autres sièges sont répartis à la plus forte moyenne. La liste communiste obtient un autre élu. Pierre Abelin est élu avec 21 709 suffrages, le quatrième siège étant attribué à une liste de "Défense républicaine et de rénovation nationale".

Attiré par les questions économiques, Pierre Abelin est nommé membre de deux commissions, celle des finances et celle des affaires économiques. De février à avril 1946, il participe à la discussion de huit propositions de loi touchant aux finances et à l'économie. Le 7 février, il intervient sur la proposition tendant à modifier la loi relative à la nationalisation de la Banque de France et des grandes ban-ques de crédit. II y expose qu'il est nécessaire "de garantir aux anciens actionnaires une indemnisation correspondant à la valeur effective de leurs actions au moment de la nationalisation". Dans le même esprit, lors de la discussion de la proposition de loi tendant à la nationalisation des sociétés d'assurances, il indique "qu'il convient de faire le partage entre les activités que l'on peut laisser à ces entreprises et celles qui doivent être nationalisées". Au nom des commissions dont il est membre, il présente plusieurs avis sur les allocations familiales, les prêts aux jeunes agriculteurs, les programmes de production. Il est particulièrement actif dans les débats qui ont lieu sur la préparation de la loi de finances, le statut du fermage et du métayage. Il prend cinquante et une fois la parole sur ces sujets.

A la suite du rejet du projet de constitution par référendum pour lequel le MRP a préconisé le non, une seconde Assemblée nationale Constituante est élue le 2 juin 1946. Pierre Abelin est à nouveau candidat dans la Vienne. Cinq listes étant en présence, sur 160 081 votants, le MRP détient plus que le quotient électoral, 39 346 suffrages : avec 54 372 voix, Pierre Abelin est élu et devance son rival communiste. Les deux autres sièges sont répartis à la plus forte moyenne, revenant l'un au MRP, l'autre au parti communiste.

Pierre Abelin redevient membre des deux Commissions qu'il avait choisies dans la première Assemblée. Ses principales initiatives législatives concernent les questions agricoles. Le 25 septembre 1946, il intervient dans la discussion sur l'amendement de Madame Poinso-Chapuis, ministre de la santé publique, relatif à la composition des comités départementaux de confiscation des profits illicites. Il soutient la nécessité de subventions publiques pour les associations familiales qui gèrent des services "destinés à aider les familles éprouvant des difficultés matérielles pour l'instruction de leurs enfants".

Le nouveau projet de Constitution ayant été voté et le référendum du 27 octobre 1946 l'ayant entériné, il est procédé à l'élection d'une Assemblée nationale législative, le 10 novembre 1946. Dans la Vienne, pour quatre sièges à pourvoir, cinq listes sont en présence. La liste MRP voit la réélection de ses deux députés sortants, Pierre Abelin et Henri Gallet, avec 58 564 suffrages sur 152 786 votants ; il en va de même pour le parti communiste avec 48 849 suffrages.

Dans la nouvelle Assemblée, il est à nouveau membre de la commission des finances qui lui confie des missions de contrôle dans deux sous-commissions : en mars 1947, pour suivre l'emploi des crédits affectés à la défense nationale ; en février 1951, pour suivre la mise en œuvre de la convention de Coopération économique européenne et du Programme de Relèvement européen.

En octobre 1947, il est réélu conseiller municipal de Poitiers et le demeurera jusqu'en mars 1953.

Pierre Abelin est nommé secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le premier gouvernement de Robert Schuman du 24 novembre 1947 au 26 juillet 1948, puis dans son second gouvernement du 5 au 10 septembre de la même année il est chargé de la coordination des services dépendant de la présidence du conseil, du commissariat au plan, des relations avec le Parlement et de l'information. Après avoir quitté le gouvernement, Pierre Abelin, jusqu'à la fin de la législature, dépose vingt-neuf propositions de loi et intervient régulièrement dans les débats budgétaires.

Les élections pour la deuxième Assemblée nationale législative du 17 juin 1951 sont dominées par le système des apparentements qu'établit le nouveau mode de scrutin. Dans la Vienne, la liste d'Union nationale et républicaine présentée par le MRP et conduite par Pierre Abelin, conclue un apparentement avec les autres listes à l'exclusion du RPF et des communistes. Les listes apparentées obtiennent 80 220 suffrages sur 155 010 votants, la liste conduite par Pierre Abelin recevant pour sa part 20 464 suffrages. Elles remportent les quatre sièges à pourvoir. Pierre Abelin est le seul élu du MRP. Les communistes, avec 36 152 voix et le RPF avec 31 963 voix n'ont aucun élu.

Réélu député, Pierre Abelin se retrouve, en juillet 1951, membre de la commission des finances, qui le désigne pour continuer à suivre le programme de relèvement européen. En janvier 1954, il fait son entrée à la commission de la défense nationale qui, en février 1955, le désigne comme membre de la commission de coordination pour l'examen des problèmes intéressant les Etats associés d'Indochine.

Sa carrière ministérielle reprend son cours. Du 19 septembre 1952 au 7 janvier 1953, il est secrétaire d'Etat aux finances dans le gouvernement d'Antoine Pinay et, du 1er mars 1955 jusqu'au 1er février 1956, secrétaire d'Etat aux affaires économiques dans le gouvernement d'Edgar Faure. Parallèlement, son rôle international s'affirme : il préside la délégation française au conseil économique et social et à la commission asiatique des Nations unies. Ses responsabilités ministérielles et internationales n'ont pas diminué son activité parlementaire : si ses interventions rlèvent de domaines divers, ses centres d'intérêt continuent de le porter vers les questions économiques et financières.

En 1953, pour les élections municipales, il quitte Poitiers pour Châtellerault, où il remporte un siège de conseiller municipal.

L'Assemblée élue en 1951 ayant été dissoute, de nouvelles élections ont lieu le 2 janvier 1956. Dans la Vienne, douze listes cette fois sont en présence. Pierre Abelin mène la liste présentée par le MRP qui n'a pu s'apparenter qu'avec la liste du Rassemblement des gauches républicaines. La Troisième Force a éclaté. Le deuxième apparentement concerne la SFIO et le Parti radical et radical socialiste. Le troisième est constitué autour de la liste poujadiste, Union et Fraternité française. Aucun des trois regroupements n'obtient la majorité absolue et les quatre sièges sont répartis à la proportionnelle. Le Parti communiste, sur 169 391 votants, recueille 36 867 suffrages et a un élu ; le Parti radical a le deuxième siège avec 27 816 suffrages ; la liste poujadiste avec 30 522 voix remporte le troisième. Pierre Abelin obtient le quatrième siège, réunissant personnellement 21 133 suffrages sur son nom, tandis que sa liste recueille 19 189 suffrages. Dans sa profession de foi, il indique : "Il convient de mettre en couvre des formules souples visant à accorder une plus grande indépendance aux populations d'outremer, tout en sauvegardant les liens fondamentaux qui les attachent à la France métropolitaine".

Dans la nouvelle législature, il est nommé vice-président de la Commission des affaires économiques et en devient président le 16 juin 1957. A côté de ses responsabilités à l'ONU, de 1956 à 1958, il assure la présidence du Conseil supérieur de la Coopération technique pour les relations avec les pays étrangers. A l'Assemblée, ses convictions européennes l'amènent à marquer un intérêt particulier aux négociations qui conduisent à la signature du traité de Rome instituant la Communauté économique européenne et l'Euratom. Il prend part à tous les débats et dépose, le 2 juillet 1957, un avis, au nom de la Commission des affaires économiques, sur le projet de loi autorisant le Président de la République à ratifier les traités.

En 1958, Pierre Abelin défend les institutions de la IVème République et déplore publiquement la rupture de la Troisième Force. Il soutient le gouvernement Pflimlin et ne cache pas son opposition au général de Gaulle. Néanmoins, comme son groupe parlementaire, le 1er juin 1958, il votera en faveur de son investiture.