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Louis-Paul AUJOULAT 

AUJOULAT (Louis-Paul)

Né le 28 août 1910 à Saïda (Oran)

Décédé le 1er décembre 1973 à Paris (Seine)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Cameroun)

Député du Cameroun de 1946 à 1956

Sous-secrétaire d'Etat à la France d'outremer du 29 octobre 1949 au 17 février 1950

Secrétaire d'Etat à la France d'outremer du 17 février 1950 au 8 janvier 1953

Ministre de la santé publique et de la population du 19 juin au 3 septembre 1954

Ministre du travail et de la sécurité sociale du 3 septembre 1954 au 23 février 1955

Louis-Paul Aujoulat naît le 28 août 1910 à Saïda (département d'Oran, Algérie). Il accomplit ses études secondaires au collège de Sidi-Bel-Abbes, où son père est professeur, avant de venir, en 1928, à l'Université catholique de Lille (Nord) pour y suivre les cours de la Faculté de médecine.

Dès cette époque, son engagement est double : d'une part, sur le plan professionnel avec ses études médicales, et de l'autre, sur le plan spirituel, avec notamment, en liaison avec le cardinal Liénart et l'épiscopat français, la participation à l'association Ad Lucem de laïcat missionnaire. Louis-Paul Aujoulat est également président de la Ligue missionnaire des étudiants de France.

Il soutient, en 1934 à Nancy, sa thèse pour le doctorat en médecine. Lauréat de la Faculté, il poursuit, pendant deux ans, des travaux dans le laboratoire de physiologie du professeur Legrand et est chargé de cours à l'Ecole des infirmières de Lille.

En 1935, il effectue une enquête médicale au Cameroun et au Gabon. Il repart, dès 1936, après son mariage, pour implanter au Cameroun la fondation médicale Ad Lucem : il s'établit d'abord à Efok, près de Yaoundé (Cameroun), où Ad lucem crée un hôpital. De 1936 à 1945, le docteur Aujoulat est médecin-directeur de la fondation. Il crée encore, en 1937, l'Action catholique indigène du Cameroun et est mobilisé sur place, en 1939, comme médecin-chef. Toujours très sensible aux problèmes de la médecine et de l'action sociale, il ouvre, en 1945, un secrétariat social à Douala (Cameroun).

Candidat au Cameroun, sous l'étiquette MRP, pour le siège du collège des citoyens, le docteur Aujoulat est élu le 18 novembre 1945, au second tour, dans le cadre d'une élection triangulaire. A l'Assemblée nationale Constituante, il est nommé membre de la Commission des territoires d'outremer, et interpelle notamment le Gouvernement sur les conséquences des accords de tutelle pour le Cameroun.

Louis-Paul Aujoulat est réélu député du Cameroun à la seconde Assemblée nationale Constituante, pour le collège des citoyens, au second tour, avec 604 voix sur 1 017 votants. Député très actif, nommé à la Commission des territoires d'outremer, il est à l'origine de plusieurs résolutions portant notamment sur le reclassement des médecins africains du Cameroun anciens combattants des Forces françaises libres, et la réorganisation des services de la santé publique dans les territoires d'outre-mer.

Le docteur Aujoulat se présente pour le MRP, lors des élections du 10 novem-bre 1946, et est à nouveau réélu, au premier tour, par le collège des citoyens de statut français, député du Cameroun, avec 615 voix sur 1 201 suffrages exprimés. Il est nommé membre de la Commission de la défense nationale et de celle des territoires d'outre-mer, ainsi que juré de la Haute cour de justice. Il vote pour la confiance au cabinet Blum (17 décembre 1946) et pour la candidature de Vincent Auriol à la présidence de la République (16 janvier 1947).

Comme député, Louis-Paul Aujoulat est à l'origine de cinq propositions de loi. L'une d'elles tend à ce que les métis des territoires d'outremer de l'Union française bénéficient, dès leur naissance, des droits attachés au titre de citoyen français. Une autre a pour objet l'institution du Conseil général de la Haute-Volta. Trois propositions, déposées le 19 mai 1948, proposent une réorganisation d'ensemble de l'enseignement et de l'exercice de la médecine outremer. Il vote pour la question de confiance à la suite de laquelle Ramadier se sépare des ministres communistes (4 mai 1947) et pour le statut de l'Algérie (27 août 1947).

En novembre 1948, le docteur Aujoulat abandonne le MRP pour le groupe des Indépendants d'outremer, dont il est président pour la session 1949. Il vote notamment, le 9 juillet 1949, en faveur du Conseil de l'Europe.

Louis-Paul Aujoulat assiste, en 1946, à l'Assemblée générale de l'ONU comme conseiller de la délégation française et y intervient le 13 décembre pour faire approuver les accords de tutelle sur le Togo et le Cameroun. Il participe, en outre, en 1948, aux travaux du Conseil de tutelle comme conseiller technique, et fait partie de la délégation française à l'ONU, en 1949.

Le docteur Aujoulat est nommé sous-secrétaire d'Etat à la France d'outremer dans le gouvernement Bidault (29 octobre 1949-17 février 1950), puis secrétaire d'Etat à la France d'outremer lors du remaniement de ce cabinet. Il est à nouveau secrétaire d'Etat à la France d'outremer dans le deuxième cabinet Queuille (2-12 juillet 1950), puis dans le premier cabi-net Pleven (13 juillet 1950-10 mars 1951), enfin, dans le troisième cabinet Queuille (10 mars-11 août 1951).

En cette qualité, il doit notamment défendre, devant l'Assemblée, le projet de loi instituant un Code de travail dans les territoires d'outremer (loi du 15 décembre 1952). Ce texte prévoit l'abrogation renouvelée de tout travail forcé, la mise en place des droits fondamentaux des travailleurs, la protection du travail et la réglementation des conditions de travail, la fixation des filières de formation professionnelle, le règlement des différends du travail, la signature des conventions collectives, enfin, l'organisation de l'inspection du travail. "Cet événement, note-t-il, passé inaperçu en Europe, connut parmi les populations concernées un long et profond retentissement (...). Le Bureau international du travail n'hésitait pas à le présenter comme un important monument de législation sociale, le plus complet sans doute offert aux populations du tiers monde... ".

En 1950, le docteur Aujoulat préside le Plan de développement économique et social et son organe d'exécution, le Fonds d'investissement (FIDES). Il lance égale-ment l'Union catholique de coopération internationale (UCCI) et le Mouvement international pour l'union fraternelle entre les races et les peuples (UFER).

Louis-Paul Aujoulat est à nouveau réélu, le 17 juin 1951, député du Cameroun (3e circonscription), cette fois pour le deuxième collège (28 309 voix sur 111 183 suffrages exprimés). Il est également élu député à l'Assemblée territoriale du Cameroun, qu'il présidera pendant deux ans.

A Paris, le docteur Aujoulat est nommé membre de la Commission de la justice et de la législation, de la Commission des affaires étrangères et de celle de la production industrielle et de l'énergie.

Il est nommé secrétaire d'Etat à la France d'outremer dans le deuxième cabinet Pleven (26 septembre 1951 - 20 janvier 1952), charge qu'il conserve dans les cabinets Edgar Faure (28 janvier - 8 mars 1952), et Antoine Pinay (14 mars - 8 janvier 1953). Enfin, il est ministre de la santé publique et de la population dans le cabinet Mendès France (19 juin - 3 septembre 1954), puis ministre du travail et de la sécurité sociale dans ce même cabinet remanié (3 septembre 1954 - 23 février 1955).

Louis-Paul Aujoulat se présente aux élections du 2 janvier 1956 au Cameroun, mais, avec 20 529 voix sur 158 061 suffrages exprimés, il n'est pas réélu.

Il abandonne alors la vie parlementaire, et est délégué de la France à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Professeur à l'Ecole nationale de la santé, il donne de très nombreuses conférences. Conseiller technique au ministère de la santé publique, il devient, en 1958, chef du service de la coopération technique de ce ministère.

Louis-Paul Aujoulat avait lancé, en 1947, l'hebdomadaire Méridiens. Il a publié notamment, outre sa thèse et des articles spécialisés, Aujourd'hui l'Afrique, en 1958.