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Jean CAPDEVILLE 

CAPDEVILLE (Jean)

Né le 8 novembre 1912 à Estang (Gers)

Décédé le 30 janvier 1977 à Nantes (Loire-Atlantique)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Seine-Inférieure)

Député de Seine-Inférieure de 1946 à 1955

Jean Capdeville est né le 8 novembre 1912 à Estang, une petite commune rurale de l'arrondissement de Condom (Gers), proche d'Aire-sur-Adour. Après ses études à l'Ecole normale d'instituteurs de Rouen, de 1928 à 1931, il passe le brevet supérieur, et devient instituteur à Rouen. Le 17 août 1933, il épouse à Dieppe Renée Drouin, elle-même institutrice depuis 1927, et dont il aura un fils. Très attiré par l'action politique, Jean Capdeville s'engage rapidement dans la vie militante, et est notamment membre actif des Jeunesses socialistes, dont il devient secrétaire fédéral. Il sera également président de la section départementale du Syndicat national des instituteurs.

Pendant la seconde guerre mondiale, Jean Capdeville est très actif dans la Résistance, comme responsable régional du réseau NAP (Noyautage des administrations publiques), membre du Comité départemental et du Comité régional de Libération, et chef militaire pour la Normandie du groupe " Libération Nord ", alors dirigé par Henri Rivière. A plusieurs reprises, il échappe de peu à la Gestapo, et, à la Libération, est chef de bataillon à l'Etat major du général Legentilhomme. Ses activités pendant les hostilités lui vaudront d'être fait, le 30 mai 1948, chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire. Il est également titulaire de la Croix de guerre (1939-1945), et de la Médaille de la Résistance.

Secrétaire fédéral de la SFIO et secrétaire général de la Fédération socialiste de la Seine-Inférieure, Jean Capdeville conduit la liste de ce parti dans la première circonscription de ce département (Rouen) aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale Constituante. Avec 38152 voix sur 191 036 suffrages exprimés, la liste SFIO obtient l'un des six sièges à pourvoir et Jean Capdeville est donc élu. Son intérêt non démenti pour les problèmes de l'armée le fait nommer membre de la Commission de la défense nationale (1945), et il intervient, à ce titre, dans les discussions parlementaires portant notamment sur le budget militaire. Il vote, le 19 avril 1946, pour le projet de Constitution qui sera repoussé par le référendum du 5 mai. Le 24 avril, il se prononce pour la nationalisation des sociétés d'assurances.

Lors des élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale Constituante, Jean Capdeville conduit, toujours dans la même circonscription, la liste du Parti socialiste SFIO. Celle-ci rassemble 33 171 voix sur 205 376 suffrages exprimés et Jean Capdeville est donc réélu. Il est à nouveau nommé membre de la Commission de la défense nationale, et désigné comme juré à la Haute cour de justice. Il vote, le 12 décembre 1946, pour la candidature de Léon Blum comme président du gouvernement provisoire de la République.

Jean Capdeville est toujours à la tête de la liste du Parti socialiste SFIO dans la première circonscription de la Seine-Inférieure aux élections législatives du 10 novembre 1946. Malgré un tassement certain, la liste, avec 27 939 voix sur 196 333 suffrages exprimés, emporte un siège sur six, et il est donc élu député pour la première législature.

A l'Assemblée, Jean Capdeville est nommé membre de nombreuses Commissions parlementaires : défense nationale (1946, 1948, 1949 1950 1951), moyens de communication (1946, 1949, 1950), finances et contrôle budgétaire (1946), marine marchande et pêches (1950, 1951), enfin, réforme administrative (1951). Il est en outre nommé, par la Commission de la défense nationale, membre de la sous-commission chargée de suivre et de contrôler l'emploi des crédits affectés à la défense nationale (1951). Enfin, il est à nouveau désigné comme juré à la Haute Cour de justice (1946, 1948). Député très actif, Jean Capdeville dépose un grand nombre de textes, relatifs notamment aux problèmes militaires, mais aussi à des questions d'intérêt régional (crédits accordés à la Seine-Inférieure à l'occasion de calamités agricoles, etc.). Il vote, le 4 mai 1947, pour la question de confiance à la suite de laquelle Paul Ramadier se séparera de ses ministres communistes, puis, le 27 août suivant, pour le projet de loi sur le statut de l'Algérie. Le 14 novembre 1947, il se prononce pour le projet de loi sur l'introduction du franc en Sarre. Jean Capdeville est encore, le 22 novembre 1950, rapporteur, au nom de la Commission de la défense nationale, sur la proposition de loi d'Edouard Daladier relative au titre de "combattant volontaire", question sur laquelle il reviendra dans la séance du 10 mai 1951. Lors de la séance du 7 mai précédent, il avait voté pour l'adoption de la réforme électorale instituant le scrutin de liste majoritaire départemental à un tour avec apparentements. Enfin, il intervient très fréquemment dans les discussions parlementaires, et sera notamment, pendant onze ans, rapporteur du budget de la marine nationale.

Aux élections législatives suivantes, le 17 juin 1951, Jean Capdeville conduit à nouveau la liste du Parti socialiste S.F.I.O. dans la première circonscription de la Seine-Inférieure. Il obtient 23 487 voix sur 192 439 suffrages exprimés, et est donc à nouveau réélu député. Son rôle à l'Assemblée devient progressivement plus important : vice-président de la Commission de la défense nationale pendant toute la législature et membre de celle de la marine marchande et des pêches, il est désigné par cette dernière pour faire partie de la sous-commission chargée de suivre et d'apprécier la gestion des entreprises nationalisées et des sociétés d'économie mixte (1954, 1955).

Toujours très actif, Jean Capdeville dépose de nombreux textes relatifs notamment aux problèmes militaires, et intervient sur les mêmes questions. Le 13 décembre 1951, il vote pour la ratification du traité de Paris instituant la CECA, puis, le 6 mars 1952, contre l'investiture d'Antoine Pinay. La même année, au Congrès national du Parti socialiste, il explique le vote d'approbation donné par le groupe socialiste lors du scrutin sur les crédits militaires. Le 18 juin 1952, il avait déclaré devant l'Assemblée, au nom du groupe socialiste : "nous regrettons profondément que les conquêtes en pleine paix (...), les annexions de la fin de la guerre, (...) le surarmement intensif de la Russie aient obligé les nations libres à préparer leur défense... La responsabilité écrasante de l'impérialisme soviétique apparaît encore dans cette obsession de la haine que professent tous les partis staliniens, dans leur obstination criminelle à recréer un ennemi héréditaire, dans leur entreprise de bourrage de crâne quotidien préparant à un conflit. C'est ce qui nous a amenés à approuver les pactes défensifs conclus entre les nations de l'Occident... ". Opposé à l'investiture de Joseph Laniel (26 juin 1953), Jean Capdeville se prononce, le 27 octobre suivant, contre l'ordre du jour gouvernemental déposé en conclusion des interpellations sur l'Indochine. Il est à nouveau, de manière régulière, rapporteur du budget de la marine nationale, et intervient largement à ce propos, notamment dans les séances des 25 février, 16 et 19 mars 1954. Le projet de budget de la défense nationale pour 1954 n'ayant pas été déposé, les votes portent sur des douzièmes provisoires, que le groupe socialiste refuse d'approuver : "C'est le moral de la nation qui constitue l'arme la plus puissante en matière de défense nationale", déclare notamment Jean Capdeville. Les crédits sont cependant adoptés, par 403 contre 203. Enfin, il se prononce, le 17 juin, pour la confiance à Pierre Mendès France. Le 30 août suivant Jean Capdeville vote pour la question préalable opposée par Edouard Herriot et le général Aumeran à la ratification du traité de Paris sur la CED, puis, le 10 décembre, pour la confiance au gouvernement à propos de sa politique en Afrique du Nord. Il se prononce encore pour la confiance à Pierre Mendès France, le 4 février 1955, contre la confiance à Edgar Faure le 23 février, puis contre l'état d'urgence en Algérie le 31 mars suivant, et à nouveau contre la confiance à Edgar Faure (29 novembre 1955).

Mais, cette même année, Jean Capdeville est lourdement impliqué dans une affaire d'escroquerie sur des fournitures à la défense nationale, affaire compliquée par un double assassinat à Montfort-l'Amaury. Accusé par Francis Bodenan, l'un des inculpés, de lui avoir versé des sommes d'argent, il est exclu du Parti socialiste par le Comité directeur, exclusion confirmée par le Congrès du parti. Le 8 juillet 1955, Jean Capdeville est confronté avec Bodenan dans le bureau du juge d'instruction de Rambouillet, et porte plainte contre lui pour dénonciation calomnieuse. Cette affaire l'oblige à se retirer de la vie politique, et à ne pas se représenter aux élections du 2 janvier 1956 pour la troisième législature. En 1957, il est engagé volontaire comme chef de bataillon au 15ème RTS en Algérie, et, par la suite, suit toujours avec attention la situation des anciens combattants d'Algérie. Le 7 décembre 1957, il doit déposer très longuement dans l'affaire Bodenan devant le tribunal de Versailles.

Jean Capdeville était président régional de l'Association nationale des officiers et cadres de la Résistance, et avait en outre participé étroitement à la création du périodique Paris-Normandie. Enfin, il avait joué un rôle de figuration (un maréchal d'Empire) dans le film Napoléon de Sacha Guitry en 1954.