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Michel JACQUET 

JACQUET (Michel, Claudius)

Né le 16 février 1907 à Saint-Étienne-le-Molard (Loire)

Décédé le 9 avril 1975 à Saint-Étienne-le-Molard

Député de la Loire de 1952 à 1958

Né le 16 février 1907 d'une famille d'agriculteurs implantée à Saint-Étienne-le-Molard depuis plus de trois siècles, Michel Jacquet, qui s'est toujours plu à évoquer cet enracinement local et terrien, éprouvait une seconde fierté quant à ses origines : depuis les débuts de la Troisième République, la famille Jacquet avait tenu la mairie, faisant d'elle une sorte d'aristocratie municipale légitimée périodiquement par le suffrage universel.

Le jeune Michel étudie à l'institution Victor de Laprade à Montbrison, puis s'engage à son tour dans la profession agricole (et plus tard, le commerce des vins) dans son village natal, où il épouse Jeanne Denis dont il aura trois enfants. Maire de Saint-Étienne-le-Molard de 1943 à sa mort, il s'oriente progressivement vers une action politique de plus grande envergure : élu en 1949 conseiller général du canton de Boën-sur-Lignon, (il exerce ce mandat jusqu'en 1970) il se présente, à l'occasion d'une élection législative partielle le 18 mai 1952, à la fonction de représentant du peuple français, avec le patronage d'Antoine Pinay, son voisin de département, alors ministre des finances et président du Conseil. Sa culture politique sera d'ailleurs très proche de celle d'Antoine Pinay, attaché à améliorer la condition des catégories les moins favorisées par la consolidation de la monnaie, la restauration de la confiance et la sécurité des biens.

C'est sous l'étiquette du Centre national des Indépendants, des paysans et d'action républicaine et sociale que Michel Jacquet se présente à l'élection partielle des 4 et 18 mai 1952 qui avait pour objet de remplacer Madame Bastide, députée communiste décédée. La liste menée par Michel Jacquet, avec 141 270 des 231 300 suffrages exprimés, recueille une confortable majorité des voix et devance largement sa rivale communiste qui n'obtient que 73 112 voix.

Michel Jacquet est nommé membre de cinq commissions : famille, population et santé publique ; intérieur ; territoires d'outre-mer ; travail et sécurité sociale ; il est enfin membre titulaire de la Commission des immunités parlementaires. Son travail législatif est réduit : il dépose, le 13 juillet 1955, une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à étudier avec bienveillance la situation au regard de l'allocation de salaire unique des travailleurs salariés exploitant des parcelles de terrain. Il intervient à cinq reprises, sur des questions rurales ou générales, par exemple le 31 décembre 1953, pour défendre une augmentation de 10% de l'allocation aux vieux travailleurs salariés. Mais le fait marquant de son mandat est qu'il est nommé secrétaire de l'Assemblée nationale peu avant la fin de la législature, le 4 octobre 1955.

Michel Jacquet accorde son investiture à Joseph Laniel le 26 juin 1953, et s'abstient volontairement lors de celle de Pierre Mendès France, le 17 juin 1954. Il tente en vain de sauver le projet de Communauté européenne de défense (CED) le 30 août 1954, en votant contre la question préalable opposée par Édouard Herriot et le général Aumeran à la discussion du projet de ratification du traité. Le 12 octobre 1954, il s'abstient volontairement lors du vote en faveur des accords de Londres qui mettent un terme à l'occupation de l'Allemagne, et fait de même lors du vote sur les accords de Paris le 29 décembre, qui permettent le réarmement de la RFA et son entrée dans l'OTAN. Il accorde sa confiance à Edgar Faure en 23 février 1955, et le soutient encore lors de la chute de son cabinet, le 29 novembre 1955.

La réélection de Michel Jacquet, second sur la liste du CNI le 2 janvier 1956, est facilitée par le prestige d'Antoine Pinay qui en prend la tête, et par un apparentement avec les listes UDSR et MRP, apparentement qui, avec 103 006 des 328 899 suffrages exprimés, remporte trois sièges (le troisième allant à Georges Bidault). Les cinq autres se répartissent entre les communistes (deux sièges), les socialistes (deux sièges) et les poujadistes.

A l'Assemblée nationale, Michel Jacquet va retrouver son poste de secrétaire au bout de quelque temps, le 2 octobre 1957. Entre-temps, il est nommé membre de la Commission de l'agriculture, de la Commission du travail et de la sécurité sociale, de celle des pensions, de celle des moyens de communication et du tourisme, enfin de celle de la famille, de la population et de la santé publique. Son activité reste modérée et éclectique : agriculture ; réglementation des tracts, affiches et brochures ; réglementation de l'utilisation de certains produits capillaires ; etc.

Il dépose également deux propositions de résolution dont l'impact va être plus important : le 19 décembre 1957, il invite le gouvernement à rétablir l'exemption de service en Tunisie et au Maroc en faveur des militaires du contingent dont un proche parent est mort pour la France ou dont un frère ou un demi-frère est appelé au service en Algérie ; et le 7 février 1958, il l'invite à exonérer de l'impôt sur le revenu les soldes des militaires opérant en Afrique du Nord.

Son combat pour toute mesure permettant d'améliorer les conditions de vie des militaires français en Afrique du Nord fait l'objet de ses deux interventions à la tribune ; visant le décret du 7 mai 1957 enlevant aux militaires appelés et maintenus en Afrique du Nord le bénéfice de l'indemnité exceptionnelle de service, il déclare le 4 février 1958 : " L'impôt du sang se suffit à lui seul. Mais qu'on ne vienne pas y ajouter, sous le fallacieux prétexte d'économie, une aggravation de la situation de ceux qui, là-bas, accomplissent tout leur devoir, parfois même beaucoup plus. " Il s'en prend, un peu plus tard, aux effets néfastes des " innombrables sursis pris pour les besoins de la cause dans les différentes facultés, au conservatoire des arts et musique, où de pseudo étudiants ne recueillent que les lauriers d'un absentéisme permanent facilement vérifiable. "

Michel Jacquet s'abstient volontairement lors du vote de confiance au gouvernement Guy Mollet (25 octobre 1956), mais soutient le programme de M. Bourgès-Maunoury (12 juin 1957). Il vote pour la ratification des traités instituant la Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l'énergie atomique (9 juillet 1957) ; il accorde au gouvernement les pouvoirs spéciaux en Algérie le 12 novembre 1957. Lors de la crise qui emporte la Quatrième République, il s'oppose en vain à l'investiture de Pierre Pflimlin (13 mai 1958), vote pour la révision de la Constitution (27 mai 1958) et soutient l'investiture du général de Gaulle (1er juin 1958), de même qu'il accorde, le 2 juin 1958, les pleins pouvoirs au gouvernement.

Sous la Cinquième République, Michel Jacquet sera constamment réélu par la 7ème circonscription de la Loire et sera notamment questeur de l'Assemblée nationale de 1958 à 1962, puis de 1966 jusqu'à son décès, en exercice, qui survient le 9 avril 1975 des suites d'une longue maladie.

JACQUET (Michel)

Né le 6 février 1907 à Saint-Etienne-le-Molard

Décédé le 9 avril à

Député de la Loire de 1952 à

Notre collègue Michel Jacquet nous a quittés le 9 avril ; il souffrait depuis plus d'un an d'un mal inexorable mais dont les périodes de rémission nous avaient permis de le retrouver actif et heureux dans nos rangs et à son poste jusqu'à la fin de notre précédente session. Le 2 avril, lors du renouvellement de notre bureau, nous l'avions de nouveau désigné comme l'un des questeurs de notre Assemblée. Nous savions alors que ses jours étaient strictement comptés. Il ne nous appartenait pas de prendre parti, pour la circonstance, dans le difficile et douloureux débat qui oppose des écoles de pensée également respectables. A-t-on le devoir de dispenser la vérité à un moment où l'être, proche de sa fin humaine, peut en avoir le plus grand usage ? Mais a-t-on le droit de détacher l'espérance de la vie tant que celle-ci n'est pas éteinte, ne risque-t-on pas de l'amoindrir dans ses derniers dons ? Il nous a suffi de considérer que nous devions à notre collègue une nouvelle et ultime marque d'une confiance qu'il méritait si bien. Il répondait encore au téléphone et, bien que sa voix fût méconnaissable, je puis témoigner que ce fut pour lui une dernière joie.

Michel Jacquet était né le 6 février 1907 à Saint-Etienne-le-Molard, d'une famille d'agriculteurs qui s'y trouvait implantée depuis au moins trois siècles. I1 se plaisait à évoquer cet enracinement local et terrien, et il éprouvait une juste fierté de son appartenance à une véritable noblesse municipale. La mairie de son village était occupée, presque depuis le début de la IIIème République, par des membres de la famille Jacquet : arrière-grand-père, grand-père, père et fils se succédant en ligne directe comme dans les Etats monarchiques, mais avec l'onction du suffrage universel. Il avait fourni personnellement un bon tiers de ce siècle de continuité familiale et de dynastie républicaine.

Après avoir poursuivi ses études à l'école primaire de sa commune, puis à l'institution Victor de Laprade à Montbrison, il s'était engagé à son tour dans la profession agricole. Maire en 1943, il avait été élu en 1949 conseiller général du canton de Boën-sur-Lignon et il exerça ce mandat jusqu'en 1970. Il fut élu député en 1952 à l'occasion d'une élection partielle et constamment réélu depuis lors.

Notre collègue était un homme de manières affables, très direct, prêt au dialogue et nullement fermé à la conciliation, mais fortement ancré dans ses convictions et dans ses attachements. Les unes et les autres s'étaient aisément composés dans l'ascendant qu'exerçait sur lui son voisin de département et son parrain dans la vie publique, le président Antoine Pinay. Les dispositions d'esprit de Michel Jacquet, les préférences et les références de sa pensée le portaient tout naturellement à approuver les vues générales et les thèmes d'action du président du conseil de 1952. Il ne pouvait manquer d'apporter son adhésion profonde à une gestion gouvernementale qui tendait à protéger le peuple français contre le mal pernicieux de l'inflation, et qui y parvint dans une importante mesure si l'on considère les difficultés de l'époque et la brièveté du temps qui lui fut mesuré. Sept années seulement après la fin de la guerre, la France n'avait pas encore relevé toutes ses ruines, elle n'entendait rien retrancher à la solidarité nationale dans l'oeuvre de la reconstruction, elle était encore engagée dans une guerre lointaine.

Michel Jacquet approuva, comme une grande majorité des Français, un effort qui tendait, malgré les lourdes charges des finances publiques, à ne pas porter la pression fiscale au-delà du niveau qui est physiquement et psychologiquement supportable et qui se préoccupait d'éviter, dans la mesure irréductible où cette pression demeurait nécessaire, tout ce qui pouvait l'aggraver par des méthodes irritantes ou par une bureaucratie inquisitoriale.

Observateur sensible de la vie quotidienne autour de lui, Michel Jacquet était très attaché - ses nombreuses interventions en témoignent - à tout ce qui pouvait améliorer la condition des catégories les moins favorisées ; mais il pensait fermement, comme son éminent collègue de la Loire, que le progrès social ne pouvait être obtenu que par la consolidation de la monnaie, par la restauration de la confiance, par l'encouragement à l'initiative, par la sécurité des biens légitimes, et non par les voies inverses.

Quand vint l'heure de la seconde expérience ministérielle du président Antoine Pinay, Michel Jacquet la soutint avec d'autant plus de ferveur que, bien qu'il s'inspirât des mêmes principes, les circonstances permirent au ministre des Finances du général de Gaulle de mieux équilibrer ses efforts entre la stabilité et l'expansion. Cette fois encore, Michel Jacquet se félicita d'un succès qui, malgré les divergences des appréciations, était reconnu par la plupart et ne pouvait être totalement dénié par personne.

Lorsqu'une nouvelle fois Antoine Pinay se trouva dans la situation d'interrompre sa carrière gouvernementale, Michel Jacquet en éprouva une profonde déconvenue. Cette circonstance, jointe à d'autres motifs, l'induisit à modifier son appartenance politique et à rejoindre la tendance que l'on appelait à l'époque le centrisme d'opposition.

Il se présenta en 1962 comme candidat indépendant et paysan avec l'étiquette du centre démocrate et il adhéra, à l'Assemblée, au groupe Progrès et démocratie moderne. Le 23 mai 1967, il fut l'un des membres de ce groupe qui, à l'instar de René Pleven auquel notre collègue fit référence dans sa profession de foi, estimèrent de leur devoir de refuser le vote de la censure. Il se présenta aux suffrages de ses électeurs comme candidat républicain indépendant pour la défense de la République et vint siéger, après sa réélection, sur les bancs des républicains indépendants.

Ses adversaires affectèrent de s'étonner d'un comportement qu'ils jugeaient versatile : mais ce n'était pas un grief qui pouvait porter contre un homme de sa trempe, dont on savait qu'il agissait toujours selon sa conscience. Il s'en expliquait sans gêne, et non point sans hauteur : "Je veux rester un homme libre, proclamait-il je ne veux être l'inconditionnel ri d'une majorité ni d'une opposition. Mon action se situe dans le cadre de la Constitution de la Vème République que j'ai votée et nue nul n'a le droit de monopoliser. C'est la loi de la nation tout entière."

Michel Jacquet fut parmi nous, durant un quart de siècle, un parlementaire assidu, efficace, estimé. Il intervenait souvent sur les problèmes qui intéressent l'agriculture ; il fut un des précurseurs de l'étude spécifique de l'agriculture de montagne et plus généralement de la ruralité. Il soulignait inlassablement la nécessité de développer les équipements collectifs. Il portait son attention aux catégories sociales en difficulté, aux personnes âgées, à la sécurité sociale des travailleurs indépendants. Il préconisait avec insistance l'abaissement de l'âge de la retraite.

Il avait appartenu successivement à la commission des lois, à celle de la production et des échanges, à celle des affaires étrangères, à celle des affaires culturelles, familiales et sociales, enfin, dans la période la plus récente, à celle de la défense nationale et des forces armées.

Son attachement au terroir, sa connaissance des problèmes de la vie provinciale et des campagnes ne l'empêchaient pas de porter son regard sur d'autres horizons et il militait pour la construction de l'Europe. Ainsi fut-il désigné comme membre de l'assemblée parlementaire du conseil de l'Europe de 1962 à 1967. Il fut également notre délégué à l'assemblée parlementaire de l'Union de l'Europe occidentale.

Mais surtout, dans notre souvenir, Michel Jacquet demeure et demeurera le "questeur". Il occupa ce poste à deux reprises, de 1958 à 1962, puis de juin 1966 jusqu'à la date de sa mort. Nous savons toits sur ces bancs combien ces fonctions de questeur sont importantes pour nous, représentants de la nation, donc pour la nation elle-même, puisque ce sont nos questeurs qui, sous l'autorité du bureau mais avec une très large part d'initiative que renforce la permanence, nous administrent et, en quelque sorte, nous régissent.

Dans ce ministère du Parlement qu'est en somme la questure, Michel Jacquet fit, quatorze années durant, la preuve de son dévouement et de sa compétence. Nul de nous n'ignore combien cette charge est lourde, qu'elle représente pour les parlementaires qui en sont investis un travail de tous les instants et due le caractère collectif et technique de ces fonctions n'en fait pas un lieu où l'on puisse chercher des bénéfices politiques ou la notoriété des mass media. Nos collègues questeurs accomplissent pour notre bien à tous et donc pour le bien général, une tâche lourde et souvent obscure, ce qui en rend l'accomplissement des plus méritoires.

Le long passage de Michel Jacquet à la questure, sous les présidences successives de Jacques Chaban-Delmas, d'Achille Peretti et de celui qui vous parle aujourd'hui, aura coïncidé avec une période où - nous devons le reconnaître sans forfanterie mais aussi sans fausse modestie - notre Assemblée aura refusé de rester confinée, sur le plan de ses moyens matériels et de son organisation, dans une médiocrité, voire dans une pénurie qui ne correspondait plus à l'époque et aux besoins d'une assemblée parlementaire moderne.

Nos questeurs dirigent des services dont la qualité et le dévouement sont connus de chacun de nous.

Les fonctionnaires qui travaillaient auprès de Michel Jacquet s'étaient attachés à lui et nous savons la part émouvante qu'ils ont prise à notre deuil.

Nous savons tous aussi, parce que tel est le cadre de notre vie journalière, ce qui a été réalisé au cours de ces dernières années et si nous pouvons désormais travailler de manière décente et utiliser des locaux fonctionnels et modernes, nous n'ignorons pas que nous le devons, pour sa juste part, au travail opiniâtre de celui qui vient de nous quitter.

Plus récemment, il avait soutenu avec chaleur le projet collégial relatif aux assistants parlementaires. Au cours d'une conversation que j'eus avec lui sur ce sujet, il s'était plu à évoquer les difficultés qu'il avait lui-même affrontées pour s'adapter à sa tâche lors de ses débuts parmi nous comme jeune député : député paysan, disait-il, mais aussi paysan député, et cependant les problèmes étaient loin de comporter, à l'époque, une charge technique aussi lourde que de nos jours.

Il considérait que l'amélioration de nos conditions de travail, non seulement par les installations matérielles, mais aussi par les collaborations personnelles, était une condition nécessaire pour que notre Assemblée continuât à s'ouvrir à un large recrutement et pour que, dans une nation démocratique, on pût concevoir l'ambition d'être un député efficace sans avoir pris la précaution d'être d'abord un technocrate confirmé. Il pensait aussi que cet ensemble de moyens nouveaux appellerait en contrepartie de la part de chacun de nous cette assiduité dont il avait souvent donné l'exemple et dont il avait le souci de voir réaliser les conditions. Puisque nous sommes dans une circonstance qui prête à la méditation, vous permettrez à votre président de dire que cette assiduité serait pour nous l'un des moyens de soutenir le prestige de l'institution parlementaire et par là même, dans un monde pour elle menaçant, d'en assurer la survie.

A la mémoire de celui qui a longuement servi cette institution et qui l'aimait, j'apporte l'hommage de notre reconnaissance et à Madame Jacquet, à ses proches, à ses amis, j'adresse les condoléances émues de l'Assemblée nationale.