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Modibo KEITA 

KEITA (Mamado, dit Modibo)

Né le 4 juin 1915 à Bamako (Soudan français)

Décédé le 17 mai 1977 à Bamako (République du Mali)

Député du Soudan de 1956 à 1958

Secrétaire d'Etat à la France d'outre-mer du 17 juin au 6 novembre 1957

Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil du 18 novembre 1957 au 14 mai 1958

Né à Bamako dans une famille musulmane de race malinké, fils d'un fonctionnaire de l'administration coloniale, diplômé de l'école primaire supérieure de Bamako puis de l'école normale William Ponty de Dakar, Modibo Keita a d'abord exercé le métier d'instituteur au Soudan, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, il est cofondateur de l'Union soudanaise qui adhère en 1946, au Congrès de Bamako, au Rassemblement démocratique africain (RDA). Considéré par l'autorité française comme un dangereux opposant, il est interné quelques mois. Mais il est élu, en 1948, à l'Assemblée territoriale du Soudan, dont il devient vice-président, et, en octobre 1953, à l'Assemblée de l'Union française qui le désigne comme président de la Commission du plan d'équipement. Entretemps, il a suivi Félix Houphouët-Boigny dans la voie du rattachement du RDA à l'UDSR de René Pleven et François Mitterrand.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Modibo Keita est élu en second sur la liste de l'Union soudanaise conduite par Mamadou Konaté. Elue au collège unique et à la proportionnelle, cette liste devance largement (215 419 voix contre 161 911 sur 433 000 suffrages exprimés) la liste du Parti progressiste soudanais, proche de la SFIO, menée par Dabo Sissoko, qui obtient néanmoins les deux autres sièges.

Nommé membre des commissions des affaires économiques, de l'éducation nationale et du suffrage universel, Modibo Keita est élu secrétaire de cette dernière. Il vote la confiance au gouvernement Mollet le 31 janvier 1956 mais ne prend pas part au vote des pouvoirs spéciaux en Algérie le 12 mars. Le 2 juin, il est élu vice-président de l'Assemblée nationale, succédant à Mamadou Konaté décédé le 11 mai. Il préside notamment, avec autorité et habileté, les débats des séances des 2 et 3 février 1957 qui voient l'adoption des décrets d'application de la loi-cadre Defferre du 23 juin 1956.

Après la chute du gouvernement Mollet, Modibo Keita est nommé secrétaire d'Etat à la France d'outre-mer, plus spécialement chargé des affaires économiques, dans le cabinet Bourgès-Maunoury. Il donne sa démission de vice-président le 20 juin 1957. Maire de Bamako depuis 1956, il remporte aisément les élections territoriales du Soudan en 1957 et il est porté à la présidence du Grand conseil de l'Afrique occidentale française. Le 16 novembre, il devient secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le cabinet Félix Gaillard, sans attributions précises. Il n'hésite pas à mettre à mal la solidarité gouvernementale en critiquant publiquement à Bamako, début mars 1958, devant le ministre de la France d'outre-mer Gérard Jacquet, la lenteur de la France à réaliser la Communauté franco-africaine.

Modibo Keita vote l'investiture du général de Gaulle le 1er juin et la loi des pleins pouvoirs le 2 juin. Rallié avec Houphouët-Boigny à la Communauté franco-africaine, il fait campagne pour le " oui " lors du référendum du 27 septembre 1958. Mais il se sépare du leader ivoirien en refusant la balkanisation de l'Afrique française. Favorable à une voie fédéraliste, il se tourne vers les dirigeants de Dakar pour former une Fédération du Mali unissant le Sénégal et le Soudan. Cette éphémère fédération (janvier 1959-août 1960) éclate à la suite d'un différend avec Léopold Sédar Senghor. Devenu président de la République du Mali en 1961, Keita engage son pays sur la voie d'un socialisme bureaucratique et autoritaire, de plus en plus assisté par les pays de l'Est. En novembre 1968, il est renversé par un coup d'Etat militaire et remplacé par le lieutenant Moussa Traoré. Longtemps interné, il meurt le 17 mai 1977 à Bamako.