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Félix KIR 

KIR (Félix, Adrien)

Né le 22 janvier 1876 à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or)

Décédé le 25 avril 1968 à Dijon (Côte-d'Or)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Côte-d'Or)

Député de la Côte d'Or de 1946 à 1958

Félix Kir est né le 22 janvier 1876 à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or). Il est le dernier fils de Jules Kir, un ancien cheminot devenu barbier. La vocation sacerdotale lui vient à quinze ans ; il entre alors au petit séminaire de Plombières puis rejoint, cinq ans plus tard, le grand séminaire de Dijon. C'est aussi à Dijon qu'il suit, pendant plusieurs années, un cursus à la faculté des lettres.

Félix Kir débute son sacerdoce comme vicaire à Auxonne ; il est ensuite nommé, à l'initiative de l'évêque du diocèse, Mgr Petit de Julleville, sensible à ses talents de conférencier et de journaliste, à l'église Notre-Dame de Dijon et occupe les cures de Bèze et de Nolay. Félix Kir assiste aux incidents qui marquent, à Dijon, la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; lors des journées des "inventaires" des 30 janvier et 5 février 1906, il tente d'abord d'empêcher l'entrée des agents de l'enregistrement dans le sanctuaire de Notre-Dame de Dijon, mais adopte par la suite une attitude plus modérée, s'employant même à ramener le calme parmi les manifestants. Son attitude sera pourtant jugée "des plus critiquables" dans le rapport du commissaire central et, quelques temps après, il sera poursuivi pour "délit de messe". Ces petites altercations avec la police et avec la justice n'ont guère d'importance et n'ébranlent pas les convictions républicaines de Félix Kir ; elles contribuent en revanche à lui faire prendre conscience des possibilités d'action politique qui s'ouvrent à un homme d'église qui prêcherait la concorde.

Combattant de la première guerre mondiale (il est titulaire de la Croix de guerre), Félix Kir rejoint Dijon au lendemain de la démobilisation. Le prêtre en uniforme, barbu et moustachu, est déjà célèbre dans le département pour sa jovialité, sa bonhomie et sa verve redoutable. Il aime, par jeu, à poser en Tartarin : "c'est grâce à moi que la guerre a été gagnée, je ravitaillais une division entière en tabac chaque semaine. Si je flanchais, c'était cuit, car le moral tombait à moins que zéro".

Le curé de Bèze retrouve son presbytère. Le culte de la patrie devient alors l'un des thèmes récurrents de ses prêches, et il ne fait guère mystère de son opposition déterminée au Cartel des gauches qui se forme à l'occasion des élections législatives de 1924. En 1924, Mgr Petit de Julleville l'appelle à Dijon comme directeur des œuvres d'hommes ; il partage dès lors ses semaines entre l'animation de la Fédération nationale catholique et le marbre du journal Le Bien du Peuple. Dans les colonnes de cet hebdomadaire, Félix Kir manifeste un intérêt particulier pour le monde agricole ; il ne méconnaît pas l'importance de la classe ouvrière, mais se montre toutefois méfiant vis-à-vis des grandes revendications qui porteront le Front populaire au pouvoir, assimilant par exemple la lutte pour les quarante heures hebdomadaires à une "mystique de la paresse". La tentation de l'engagement politique le taraude déjà : il manifeste discrètement son intention de se présenter aux élections législatives de 1936, mais renonce quand Mgr Petit de Julleville lui oppose son veto.

Favorable aux accords de Munich - " rendons grâce à Dieu ", écrit-il au lendemain de leur signature -, Félix Kir acquiert dans les premiers jours de la débâcle de 1940 une forte popularité auprès de ses concitoyens. Alors que la municipalité socialiste de Dijon fuit devant l'assaut allemand, il intervient pour rassurer la population ; nommé délégué municipal par le préfet, il use de ses pouvoirs pour faciliter l'évasion de nombreux prisonniers. L'aide qu'il apporte à la population et ses activités de résistance à l'ennemi lui valent d'être arrêté par les Allemands le 11 octobre 1940. Deux tribunaux militaires allemands, coup sur coup, le condamnent à mort ; Félix Kir est cependant libéré le 7 décembre 1940 après un supplément d'enquête mené par le professeur Mommsen (petit-fils de l'illustre historien) au cours duquel il a recours à toutes les ruses de la dialectique et de l'humour pour se disculper.

Ces premiers démêlés avec la justice de l'occupant n'empêchent pas Félix Kir de poursuivre ses actions en faveur de la résistance. Accusé d'avoir fait passer des évadés en Angleterre, il est encore arrêté le 22 octobre 1943, mais parvient à nouveau à se disculper. La police allemande, exaspérée, tente alors de se débarrasser de lui : le 26 janvier 1944 dans la soirée, deux individus pénètrent à son domicile ; l'un d'eux l'aperçoit, le vise, tire et le blesse. Félix Kir parvient toutefois à prendre la fuite, et se réfugie pour soigner ses blessures en Haute-Marne. Aux premières heures de la Libération, il prend à pied la route du sud et entre dans Dijon le 11 septembre au matin, au moment même où les premiers blindés français débouchent devant l'Hôtel de Ville. Cette attitude courageuse lui vaudra la Croix de la Légion d'honneur à titre militaire.

L'autorité morale que chacun à Dijon lui reconnaît vaut à Félix Kir d'être désigné pour siéger au conseil municipal provisoire ; puis il est porté avec une majorité écrasante à la mairie aux élections d'avril 1945 sur le programme d'urgence " nourrir, vêtir, loger ". La voie du Palais Bourbon s'ouvre alors devant lui : Félix Kir se présente le 21 octobre aux élections pour la première Assemblée nationale Constituante dans le département de la Côte-d'Or, à la tête d'une liste dite " indépendante d'union démocratique " ; il marque déjà, pendant cette campagne législative, une nette distance vis-à-vis du grand parti chrétien qui s'est formé sous le nom de Mouvement des républicains populaires (MRP). Le chanoine Kir remporte un considérable succès électoral : sa liste recueille 79 683 voix sur 164 219 suffrages exprimés, alors que la liste du MRP ne recueille que 3 169 voix, la liste communiste, 20 688 voix, et la liste SFIO, 56 754 voix. Les quatre sièges à pourvoir sont donc répartis à part égale entre la liste de la SFIO, avec Jean Bouhey et Claude Guyot, et la liste du chanoine Kir, où le docteur Félix Roclore figure à la deuxième place.

Félix Kir fait donc son entrée, à soixante-dix ans, à l'Assemblée nationale. Il s'inscrit au groupe des Républicains indépendants et siège à la Commission du ravitaillement, à la Commission de l'éducation nationale et des beaux-arts, de la jeunesse, des sports et des loisirs et à la Commission des pensions civiles et militaires et des victimes de la guerre et de la répression. En quelques semaines, il s'affirme comme l'une des figures les plus hautes en couleur de l'Assemblée nationale. Frondeur, il intervient à de très nombreuses reprises dans les débats. Il prend ainsi part, le 26 décembre 1945, en présence du général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, aux discussions sur le projet de loi portant création du FMI et de la BIRD. En fait, il profite surtout de sa présence à la tribune pour livrer une charge contre la politique financière du gouvernement et la dévaluation du franc. Dans ces occasions, Félix Kir sait se montrer habile : il joue des rires de ses collègues et gagne leur sympathie lorsqu'il se vante, tout en s'avouant " pas financier pour un sou, même un sou dévalué ", d'être " le seul à lire les statistiques douanières " de la Côte-d'Or.

Une figure parlementaire est née.

A plusieurs dizaines de reprises au cours des quelques mois durant lesquels siège l'Assemblée Constituante, Félix Kir interrompt l'orateur. Mieux que tout autre, il sait le déstabiliser d'une pique ou le tourner en ridicule d'un bon mot. Cette propension, plaisante peut-être mais à la longue fâcheuse, lui vaut un jour un rappel à l'ordre, d'ailleurs peu sévère, du président de l'Assemblée, Vincent Auriol : " M. le chanoine, rassemblez maintenant toutes vos interruptions et vous nous ferez tout à l'heure un discours ". Tonitruant dans les débats, Félix Kir est plus discret lorsqu'il s'agit de déposer des textes ; son activité en la matière se résume au dépôt, le 19 mars 1946, d'un rapport au nom de la Commission de l'éducation nationale et des beaux-arts sur le projet de loi qui institue l'Ordre des géomètres-experts.

Le rejet du projet constitutionnel par les Français, auquel le chanoine Kir s'est d'ailleurs associé, provoque en juin 1946 des élections pour une seconde Assemblée nationale Constituante. Candidat au renouvellement de son mandat à la tête d'une liste de Républicains indépendants, Félix Kir recueille 91 923 voix sur 167 006 suffrages exprimés. Ce second succès électoral, encore plus considérable que le premier, assure l'élection des candidats placés en deuxième et en troisième position sur sa liste, Marcel Roclore et Albert Lalle ; le dernier des quatre sièges à pourvoir échoit au député socialiste sortant, Jean Bouhey.

Félix Kir retrouve la Commission de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports et la Commission du ravitaillement. Au nom de celle-ci, il dépose trois rapports sur l'organisation administrative du ravitaillement en France. Il vote contre la nationalisation du crédit (2 décembre 1945), contre le projet de Constitution qui sera rejeté par le référendum du 5 mai 1946 (19 avril 1946) et contre le second projet de Constitution (28 septembre 1946).

Félix Kir se porte de nouveau candidat à la députation lors des élections législatives du 10 novembre 1946. Des cinq sièges à pourvoir cette fois, la liste du chanoine Kir, avec 84 887 voix sur 160 591 suffrages exprimés, soit plus de la majorité absolue, en emporte trois. Les deux autres élus sont le socialiste Jean Bouhey et le directeur de cabinet de Maurice Thorez, Pierre Meunier.

Félix Kir retrouve, en qualité de secrétaire, les rangs de la Commission de l'éducation nationale (1946, 1948, 1950, 1951) et de la Commission du ravitaillement (1948, 1949). Il siège aussi à la Commission du travail et de la sécurité sociale (1950, 1951) et, comme juré, à la Haute cour de justice.

Durant ces années où le statut des établissements d'enseignement privé suscite de violents affrontements parlementaires, le chanoine Kir adopte sur la question scolaire une position plutôt nuancée : évidemment favorable à " l'enseignement libre ", il se montre toutefois soucieux de ne pas provoquer de polémiques, allant jusqu'à se désigner lui-même comme un " enfant de la laïque ". Félix Kir s'embarrasse moins de nuances sur la question algérienne : s'il considère que l'Algérie doit demeurer intégrée à la France, il juge excessif le nombre de Nord-Africains résidant en France : " Mieux vaut qu'ils restent chez eux où ils ne manquent ni de soleil, ni de vitamines fournies par les fruits. Et puis ces pays sont bien loin de souffrir d'un excédent de population. Il y a là-bas des superficies immenses qui sont encore inoccupées ". Félix Kir s'attache aussi à promouvoir la place de l'héritage gaulois dans la mémoire nationale, avec le dépôt, le 9 mars 1949, d'une proposition de résolution " tendant à inviter le gouvernement à associer la Nation tout entière aux manifestations et cérémonies qui doivent commémorer le bimillénaire de la bataille d'Alésia ".

Au cours de la législature, Félix Kir se prononce contre la nationalisation des écoles des houillères, le 15 mai 1948, mais approuve le statut de l'Algérie le 27 août 1947, la création du Conseil de l'Europe, le 9 juillet 1949 et la loi électorale du 7 mai 1951 instituant le scrutin majoritaire départemental avec apparentement.

Félix Kir ne bénéficie plus, lors des élections législatives du 17 juin 1951, du soutien des Indépendants de Côte-d'Or, ses anciens colistiers ayant conclu un apparentement avec la liste du RPF conduite par le général Pierre Billotte. Refusant le siège au Conseil de la République qu'on lui promet en échange de son retrait de la compétition électorale, il décide de poser une nouvelle fois sa candidature à la tête d'une liste de " concentration républicaine " qui compte un radical-socialiste en deuxième position et un MRP en troisième position. Les listes apparentées n'obtenant pas la majorité absolue, les cinq sièges sont cette fois répartis entre les cinq listes. Félix Kir, dont la campagne est axée sur le refus simultané du gaullisme et du communisme (" ni aventure, ni dictature "), recueille sur son nom propre 32 579 des 156 694 suffrages exprimés, soit nettement plus que les 27 111 voix obtenues par la liste. Le chanoine Kir, en prouvant qu'il restait l'un des acteurs majeurs sur la scène politique de Côte-d'Or, a gagné son pari.

Il retrouve la Commission de l'éducation nationale (1951, 1953, 1954, 1955) dont il demeure secrétaire et se fait nommer à la Commission des pensions (1955). Il est aussi désigné par la Commission de l'éducation nationale pour représenter l'Assemblée nationale au sein de la Commission supérieure des sites, perspectives et paysages.

Félix Kir dépose fort peu de textes - trois en tout, dont l'un est un avis donné au nom de la Commission de l'éducation nationale sur le projet de loi relatif à la protection du titre d'œnologue ; à coup sûr l'avis d'un expert puisque c'est du nom du député de la Côte-d'Or qu'on rebaptise un des apéritifs les plus populaires en France : le Kir, vin blanc de Bourgogne sur crème de cassis de Dijon. Le chanoine Kir intervient en revanche à de très nombreuses reprises et sur les sujets les plus variés.

Félix Kir se prononce naturellement en faveur des lois scolaires du 21 septembre 1951, dites lois André Marie et Charles Barangé, favorables à l'enseignement privé. Le 13 décembre, il vote pour la ratification du traité de Paris instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier et se prononce, le 6 mars 1952, pour l'investiture d'Antoine Pinay comme président du Conseil. Le 26 juin 1953, Félix Kir vote la confiance à Joseph Laniel puis, le 27 octobre, l'adoption de l'ordre du jour gouvernemental à la suite du débat sur la situation en Indochine. Le 13 mai 1954, après Diên-Biên-Phû, il vote la confiance au gouvernement Laniel puis s'abstient volontairement lors du scrutin d'investiture de Pierre Mendès France (17 juin), ainsi que sur les accords de Genève qui mettent fin aux hostilités en Indochine (23 juillet). Enfin, le 30 août 1954, Félix Kir refuse la question préalable opposée par Edouard Herriot et le général Aumeran à la ratification du traité sur la Communauté européenne de défense et, le 18 décembre suivant, la confiance au gouvernement sur sa politique en Algérie. Il refuse enfin, le 4 février 1955, la confiance à Pierre Mendès France lors du scrutin sur la situation en Afrique du Nord, scrutin à la suite duquel le gouvernement est renversé. Le 23 février, il se prononce pour l'investiture d'Edgar Faure et, le 31 mars, pour l'état d'urgence en Algérie. Enfin, le 29 novembre, Félix Kir accorde sa confiance au gouvernement Edgar Faure sur la date des élections et le maintien du mode de scrutin mais le cabinet est renversé. Le 2 décembre 1955, l'Assemblée nationale est dissoute et Félix Kir revient un mois plus tard devant les électeurs.

Toujours pragmatique, et adepte d'alliances locales à géométrie variable, Félix Kir retrouve l'appui officiel du Centre national des indépendants, et décide de conclure un apparentement avec la liste d'Union des indépendants d'action démocratique et paysanne conduite par son ancien adversaire gaulliste, le député sortant Pierre Billotte. Ce dernier n'est pas réélu mais la liste de Félix Kir remporte, avec 63 383 voix sur 169 836 suffrages exprimés, trois sièges : le sortant Albert Lalle est réélu et Marcel Roclore retrouve l'Assemblée dont il était absent depuis cinq ans. Deux autres députés sortants, le communiste Pierre Meunier et le socialiste Jean Bouhey, sont réélus.

Félix Kir retrouve la Commission de l'éducation nationale et la Commission des pensions. Son activité parlementaire se limite à quelques interventions au cours desquelles il prend position, successivement pour l'augmentation des crédits budgétaires alloués aux Beaux-Arts (14 juin et 27 novembre 1956), pour la construction d'un tunnel sous le Mont-Blanc (24 janvier 1957), pour l'accroissement des moyens budgétaires des communes urbaines qui s'étendent rapidement avec l'exode rural (10 juillet 1957) et pour l'action du gouvernement en Algérie (12 novembre 1957).

Félix Kir vote le 26 octobre 1956 la confiance au gouvernement Mollet mais s'abstient volontairement lors du vote de confiance à Maurice Bourgès-Maunoury, le 12 juin 1957. Le 2 juillet suivant, il se prononce pour le plan de développement de l'énergie atomique puis, le 9, pour la ratification des traités instituant la CEE et l'Euratom. Le 30 septembre, Félix Kir vote pour le projet de loi-cadre sur l'Algérie, scrutin entraînant la chute du cabinet Bourgès-Maunoury. Il vote la confiance à Pierre Pflimlin (13 mai 1958) et pour l'état d'urgence (16 mai). Le cabinet Pflimlin présente sa démission dès le 25 mai ; Félix Kir oublie les philippiques anti-gaullistes dont il n'avait pourtant pas été avare et vote le 27 mai la proposition de résolution tendant à la révision constitutionnelle ; la démission du gouvernement ayant été acceptée le 31 mai, il se prononce pour la confiance au général de Gaulle (1er juin) puis pour les pleins pouvoirs et la nouvelle rédaction de l'article 90 de la Constitution.

Félix Kir sera réélu aux deux premières législatures de la Vème République. Il se représentera en 1967 mais n'arrivera qu'en quatrième position au premier tour.

Il meurt à 92 ans, le 25 avril 1968, à Dijon. Il était commandeur de la Légion d'honneur et titulaire de nombreuses décorations étrangères.