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Irène DE LIPKOWSKI 

LIPKOWSKI (Irène, Aurélie, Juliette de, née MARIE)

Née le 3 décembre 1898 à Dun-sur-Auron (Cher)

Décédée le 16 août 1995 à Paris

Députée de la Seine de 1951 à 1955

Irène de Lipkowski est la fille du docteur Auguste Marie, conseiller général de la Seine, la belle-fille de Charles Dumont, député (1898-1924) puis sénateur (1924-1939) du Jura, ancien ministre, et l'épouse de Henri de Lipkowski, ingénieur des Arts et Manufactures, déporté et mort à Buchenwald en 1944. Mère de quatre enfants, l'un de ses fils est mort en combattant dans l'armée Leclerc, l'autre, Jean-Noël de Lipkowski, ancien des Forces françaises libres, est devenu député de Seine-et-Oise en 1956 après une carrière dans la diplomatie.

Après des études secondaires au lycée Lamartine à Paris, Irène de Lipkowski s'est d'abord consacrée aux œuvres sociales, notamment dans la lutte contre la tuberculose. Elle est la fondatrice et la directrice du centre de "La Cure immédiate" destiné aux enfants en attente de préventorium. Elle est présidente de l'Association de l'hygiène antituberculeuse et des comités de la Croix Rouge française d'Orly et de Vitry. Après s'être également consacrée aux familles de prisonniers pendant la guerre, elle préside à la Libération l'Association nationale des familles de résistants et des otages morts pour la France. Officier de la Légion d'honneur, elle est titulaire de diverses décorations françaises et étrangères.

Irène de Lipkwoski se présente aux élections du 10 mars 1946 dans le territoire de Belfort sous l'étiquette de l'Union gaulliste démocratique et socialiste, avec Jacques Debu-Bridel comme tête de liste. Avec seulement 7 731 voix sur 39 462 suffrages exprimés, sa liste, n'a pas d'élu. Fidèle à ses convictions gaullistes, elle adhère au Rassemblement du peuple français en 1947 et est élue en octobre conseiller municipal et maire-adjoint d'Orly, ville dont son père avait été maire pendant dix-sept ans. Elle sera réélue en 1953. Elle anime diverses associations féminines, tel un Comité de travail féminin et une Association des élus municipaux en vue d'informer et de former des femmes à la vie politique.

En vue des élections de juin 1951, elle est désignée par son parti comme candidate, en troisième position, sur la liste RPF conduite par Louis Vallon dans la quatrième circonscription de la Seine (Seine Sud-Est). Avec 99 429 voix sur 366 132, cette liste obtient 27,8 % des suffrages exprimés et trois élus. Sa profession de foi mettait l'accent sur la nécessaire réforme constitutionnelle, la restauration de l'Etat et l'assainissement des finances publiques.

Son élection étant validée, Irène de Lipkowski s'inscrit à la Commission de la famille, de la population et de la santé publique dont elle est élue vice-présidente, ainsi qu'à la Commission des pensions. Elle se révèle d'emblée comme une députée extrêmement active. Elle dépose de nombreuses propositions de loi et de résolution dans deux domaines qu'elle juge prioritaires. L'amélioration de la condition matérielle et morale des victimes de guerre : internés, déportés, prisonniers, anciens combattants, invalides et mutilés. Elle soutient à ce titre une proposition de loi du sénateur Edmond Michelet visant à consacrer le dernier dimanche d'avril au souvenir des victimes de la déportation (8 février 1954). Sa sollicitude se porte également en faveur des "exclus" de la société civile : tuberculeux, invalides du travail, vieux travailleurs, malades de longue durée, handicapés... Ses interventions en séance publique sont concentrées sur les budgets des anciens combattants et de la santé publique. Elle recourt fréquemment à l'artifice de procédure qui consiste à déposer un amendement réduisant de 1000 francs les crédits de tel ou tel poste budgétaire, puis à le retirer après explication. En fin de législature, elle intervient dans les questions de logement puis dans la législation sur les bouilleurs de cru, déposant plusieurs amendements limitatifs de leur privilège (séances du 25 octobre et 8 novembre 1955).

Soucieuse d'incarner un gaullisme avant tout social, Irène de Lipkowski intervient peu dans les débats politiques. Le 18 mars 1952, elle dénonce pourtant, en termes très vifs, l'entrée tardive des communistes dans la Résistance et l'appropriation politique de celle-ci par le Parti communiste. Ses votes la rapprochent progressivement du régime. Après avoir voté les lois Marie et Barangé, elle s'abstient volontairement lors des investitures d'Edgar Faure, d'Antoine Pinay, de René Mayer et de Joseph Laniel. Mais elle vote l'investiture de Pierre Mendès France le 17 juin 1954 et soutient jusqu'au bout son gouvernement.

A l'inverse, elle vote contre l'investiture d'Edgar Faure et vote contre la loi sur l'état d'urgence en Algérie le 31 mars 1955. Après avoir préconisé en vain un référendum sur le choix d'un nouveau mode de scrutin (28 octobre 1955), elle refuse sa confiance au dernier président du Conseil de la législature le 29 novembre 1955.

Entre temps, en mars 1955, Irène de Lipkowski a quitté les rangs de l'URAS, nouvelle appellation parlementaire du RPF, pour siéger parmi les non-inscrits. Cette scission est étroitement liée aux divisions engendrées dans les rangs gaullistes par l'élection partielle de Seine-et-Marne du 28 février, qu'a vu l'affrontement de M.Jollivet, soutenu par les parlementaires de l'URAS, et Yvon Morandat soutenu par les gaullistes de gauche parmi lesquels Irène de Lipkowski. Ce fut en fait une candidate MRP qui fut élue au second tour, le 14 mars.

Ces divisions augurent mal des futures élections. Le 2 janvier 1956, Irène de Lipkowski se présente dans le même secteur du département de la Seine comme tête de liste Front républicain. Mais elle doit affronter une liste des Républicains sociaux conduite par Michel Peytel et une autre d'Union des gauches conduite par Louis Vallon. Irène de Lipkowski n'obtient que 10 373 voix, soit 2,2 % des suffrages exprimés, et n'est pas réélue. Sa candidature pâtit ainsi de la poussée des listes mendésistes et poujadiste qui obtiennent chacune un élu.

Irène de Lipkowski n'a pas retrouvé l'Assemblée nationale. Battue comme candidate de "réforme républicaine" dans la 5lème circonscription de la Seine (Orly-Choisy-le-Roi) les 23-30 novembre 1958, elle n'est plus candidate par la suite. Toujours gaulliste de gauche, membre du Comité directeur de l'Union démocratique du travail, elle est maire de Marennes (Charente-Maritime) de 1965 à 1971 et membre de la première Assemblée régionale Poitou-Charentes.