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Raymond MARCELLIN 

MARCELLIN (Raymond)

Né le 19 août 1914 à Sézanne (Marne)

Décédé le 8 septembre 2004 à Paris

Député du Morbihan de 1946 à 1958

Sous-secrétaire d'Etat à l'intérieur du 11 septembre 1948 au 28 octobre 1949

Sous-secrétaire d'Etat et secrétaire d'Etat à l'industrie et au commerce du 29 octobre 1949 au 2 juillet 1950

Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil du 20 janvier 1952 au 8 janvier 1953

Secrétaire d'Etat à la fonction publique et à la réforme administrative du 12 novembre 1957 au 14 mai 1958

Fils d'un banquier, Raymond Marcellin fréquente le collège de Meaux puis les facultés de droit de Strasbourg et de Paris. Docteur en droit, il exerce comme avocat à la Cour de Paris durant trois ans.

Mobilisé en septembre 1939, il est fait prisonnier lors de la déroute de l'armée française de 1940. Il s'évade et occupe des fonctions au sein du régime de Vichy. Lié à Maurice Bouvier-Ajam, directeur de l'Institut d'études corporatives et sociales, chargé de "diffuser les idées sociales de la Révolution nationale par l'illustration de la doctrine corporative du Maréchal dans les milieux professionnels et les organisations de jeunesse". Il dirige le bureau d'orientation et de formation professionnelle, puis est nommé secrétaire général de l'Institut. C'est à ce titre qu'il est décoré de la Francisque. Mais, il s'engage par ailleurs dans la Résistance et appartient au réseau de renseignement Alliance de Marie-Madeleine Fourcade et de Georges Loustaunau-Lacau. Ce parcours complexe, de "vichysto-résistant" selon la définition désormais d'usage, lui a valu d'être décoré par Vichy puis de voir reconnaître son action résistante.

La Libération venue, célibataire de toujours, Raymond Marcellin consacre toute sa vie à son activité politique. Il rejoint " l'Union gaulliste pour la IVème République " dirigée par René Capitant. Jeune avocat talentueux, Raymond Marcellin est désigné comme délégué à la propagande de l'Union gaulliste dans le Morbihan. Pour les élections à la première Assemblée de la IVe République en novembre 1946, Raymond Marcellin, qui se dit domicilié à Auray, s'impose comme tête de liste " Union gaulliste et parti paysan ", comprenant essentiellement des candidats de tendance PRL (Parti républicain de la liberté). Dans ses profession de foi, il affirme "seul un gouvernement énergique, s'appuyant sur les partis d'ordre, peut sauver la France". Sa qualification de "gaulliste" est discutée localement, mais le secrétaire général de l'Union gaulliste fait une mise au point "confirmant la confiance que le mouvement accorde à M. Marcellin". En dépit de ce parachutage difficile, il est élu avec 29 009 suffrages sur 327 169 inscrits et 259 338 exprimés, soit 8,8 % des inscrits pour sa liste. Il s'apparente au PRL et débute un mandat de parlementaire du Morbihan qui s'étend sur plus de cinquante années.

Raymond Marcellin rapidement récupère l'héritage électoral de la droite conservatrice, provisoirement capté par le MRP à la Libération, et s'impose comme l'un des principaux élus de la droite bretonne, tandis que René Pleven occupe le centre. L'étiquette gaulliste est de courte durée pour lui, puisqu'il ne rejoint pas le général de Gaulle lors de la formation du Rassemblement du peuple français (RPF) et s'inscrit parmi les " Indépendants ". Il se situe tout d'abord aux marges de la Troisième force avant de l'intégrer. Il vote ainsi l'investiture de Léon Blum en décembre 1946 et celle de Ramadier en janvier 1947, mais refuse le projet de statut pour l'Algérie et contribue à renverser le gouvernement à l'automne. Vice-président de l'Union démocratique des indépendants à partir de 1948, il occupe la double fonction de secrétaire général du groupe parlementaire du Centre national des Indépendants à l'Assemblée nationale et de secrétaire général adjoint de ce parti, à partir de l'année suivante. Il est alors l'ami et le bras droit de Roger Duchet, l'accompagnant volontiers dans ses tournées provinciales mais participant peu à la vie active du mouvement, selon le portrait que Duchet dresse de lui dans La République épinglée. Le 17 juin 1951, il est réélu sur une liste dite "Union (Action sociale et paysanne) ", alliée avec le MRP, qui s'oppose à la liste du RPF car le siège national de ce mouvement a refusé l'alliance conclue entre les représentants départementaux du Rassemblement et la liste " d'Union ". Il affirme alors : "Voter pour la liste RPF, c'est risquer de faire élire un communiste ". Avec 105 260 voix sur 321 022 inscrits et 248 979 exprimés, sa liste obtient quatre élus et Raymond Marcellin est reconduit au Palais-Bourbon, où il s'inscrit dans le groupe du "Centre républicain d'action paysanne et sociale et des démocrates indépendants ".

Raymond Marcellin, ministre de seize gouvernements dans l'ensemble de sa carrière, occupe cinq postes ministériels durant la IVe République. Le 11 septembre 1948, à trente quatre ans, il entre au cabinet d'Henri Queuille comme sous-secrétaire d'Etat à l'intérieur du ministre socialiste Jules Moch. Il noue des liens d'amitiés avec le ministre socialistes et acquiert dans cette période de guerre froide marquée par une agitation sociale et politique intense, une expérience qui lui sera utile comme ministre de l'intérieur vingt ans plus tard. Après le renversement d'Henri Queuille, Georges Bidault, son successeur, nomme le 29 octobre 1949 Raymond Marcellin comme sous-secrétaire d'Etat à l'industrie et au commerce. Après le remaniement du 7 février 1950 consécutif à la démission des ministres socialistes, il accède au titre de secrétaire d'Etat. Sa décision de dissoudre la Chambre des métiers de la Seine contrôlée par les communistes depuis la Libération suscite de violentes protestations des élus du PCF et une interpellation mouvementée. Sa décision de renvoyer sept contractuels membre du Parti communiste et de la CGT qui occupent des postes clés au Centre national du cinéma est suivie par l'occupation de son ministère par des manifestants, par l'apposition sur les murs de la capitale de grandes affiches le dénonçant et par une nouvelle interpellation à l'Assemblée. Mais la majorité fait corps derrière lui à ces deux occasions. Totalement intégré à la majorité gouvernementale, il vote le projet de convention collective du travail en 1950 et approuve les apparentements l'année suivante lors du vote de la loi électorale du 9 mai 1951. Après les élections de 1951, il appui l'évolution à droite de la nouvelle Assemblée. Il approuve notamment les lois Marie et Barangé d'aide à l'enseignement privée. Edgar Faure formant son cabinet le 20 janvier 1952, confie à Raymond Marcellin un poste de secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil, chargé de le représenter à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le cabinet ne dure que deux mois et Antoine Pinay qui succède le 8 mars 1952 à Edgar Faure pour dix mois reconduit Raymond Marcellin dans ses attributions, lui ajoutant en plus le ministère de l'information. Le député du Morbihan lance à cette occasion la construction de la maison de la Radio et fait financer l'accroissement du réseau de télévision en province. Il impose aussi le premier service minimum de radio et de télévision en cas de grève de la RTF. Après la chute d'Antoine Pinay en décembre 1952, Raymond Marcellin ne participe plus aux gouvernements suivants mais demeure dans la majorité jusqu'à la formation du gouvernement Mendès France. Favorable à une politique de maintien de la France en Indochine, il s'abstient sur l'investiture de celui-ci en juin 1954, vote contre le traité de Communauté européenne de défense en approuvant la motion préalable du général Aumeran le 30 août 1954 et contribue à la chute du cabinet en février, comme il contribue à la chute d'Edgar Faure en décembre 1955.

Pour les élections du 2 janvier 1956, l'entente nouée dans le Morbihan en 1951 avec le MRP n'est pas renouvelée. Raymond Marcellin est tête de liste "d'Union des indépendants et des paysans et des républicains nationaux " présentée par le "Centre national des Indépendants et paysans ". Il obtient 42 097 suffrages sur 339 358 inscrits et 275 315 exprimés (soit 13,9 % des exprimés). Il siège dans le "groupe des indépendants et paysans d'action sociale ". Son adversaire principal étant le patron MRP du journal Ouest-France, son ancien colistier de 1951, Paul Hutin-Desgrées, la presse locale n'a pas fait écho à sa campagne de terrain.

Raymond Marcellin s'abstient sur le vote de la confiance à Guy Mollet en février 1956 mais, homme d'ordre "défenseur farouche de l'Algérie française" selon Roger Duchet, il approuve ensuite sa politique algérienne. Il vote les pouvoirs spéciaux au gouvernement le 12 mars 1956 et les renouvellements de ceux-ci par la suite. Il approuve la politique d'intervention à Suez en octobre et novembre. Par contre, il contribue à la chute du cabinet à direction socialiste le 21 mai 1957, par opposition aux mesures fiscales revendiquées par les socialistes pour financer les frais de la guerre d'Algérie. Mais, les deux gouvernements suivants de Bourgès-Maunoury et de Félix Gaillard marquant un recentrage de la majorité, il vote leur investiture et réintègre totalement la majorité.

Eloigné du pouvoir direct durant plus de quatre années, Raymond Marcellin revient dans le cabinet de Félix Gaillard le 12 novembre 1957 comme secrétaire d'Etat à la fonction publique et à la réforme administrative dans une période ou l'agitation sociale augmente et où des menaces de grève de la fonction publique couvent. Après la chute du gouvernement Gaillard, Raymond Marcellin n'approuve pas les intentions attribuées à Pierre Pflimlin de changer de politique en Algérie et vote contre son investiture. Le 1er juin 1958, il vote l'investiture du général de Gaulle comme dernier président du Conseil de la IVe République

Durant la IVe République, Raymond Marcellin occupe une place modeste dans la vie du département du Morbihan. Député, il consolide sa position en se faisant élire conseiller général de Sarzeau en 1953. Réélu en 1955, il préside plusieurs syndicats d'intérêt local, le Syndicat d'adduction d'eau de la presqu'île de Rhuys, le syndicat d'assainissement des marais de Trévolo et le syndicat de repurgation de la presqu'île de Rhuys.

Mais son véritable enracinement local et l'essentiel de sa carrière nationale devaient avoir lieu sous la Ve République.