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La colonnade de la façade du Palais Bourbon

  
Bicentenaire de la construction de la colonnade de la façade du Palais Bourbon

© Assemblée nationale

            En 1806 le conseil d’administration du Corps législatif soumet à Napoléon Ier un projet de façade côté Seine. Napoléon adopte le projet et le 22 novembre 1806 le président, Louis de Fontanes, pose la première pierre de la façade que Poyet allait construire en cinq ans, à peu près telle que nous la connaissons.

            En effet, l’aménagement d’un hémicycle dans l’ancien palais de la duchesse Louise de Bourbon par Gisors et Lecomte, architectes désignés par la Convention, a bouleversé profondément l’harmonie du bâtiment. Les ouvertures de la façade avaient été obturées et un lourd attique avait été ajouté. D’autre part, l’alignement primitif réalisé par l’architecte du palais Giardini ne correspondait plus aux travaux réalisés sur la rive droite et la façade se présentait alors de biais devant le pont de la Concorde commencé sous Louis XVI par Perronet.

             L’architecte Bernard Poyet, proche de Lucien Bonaparte, reçoit mandat de repenser entièrement l’habillage du Palais Bourbon côté Seine. Dans un petit ouvrage publié en l'an VII Projets de places et édifices à ériger pour la gloire et l'utilité de la République il observait à propos du palais du Conseil des Cinq-cents : « Tout le monde est d'accord qu'il n'a nullement le caractère qui lui convient et qu'il serait facile de lui donner en construisant d'équerre avec le milieu du pont un portique dont les colonnes, élevées sur des marches au niveau du corridor supérieur de la salle, feraient disparaître par la hauteur de leur entablement ce détestable comble en pain de sucre. »

              Il y avait une symétrie à établir et une réplique architecturale à offrir face aux immeubles majestueux de la place de la Concorde et au noble péristyle de l’église de la Madeleine dont la construction avait été entreprise en 1764 et réactivée dans la perspective d’en faire un temple de la gloire consacré aux grands faits d’arme de l’empereur.

La réponse de Bernard Poyet tient en une colonnade de facture classique.

Sur le plan artistique nulle surprise : la Rome impériale constituant alors la référence obligée, le style corinthien est retenu pour le dessin des douze colonnes néanmoins lisses et aux tambours de pierre.

Poyet décrit lui-même ainsi le projet de façade remis le 23 mai 1806 au Président Fontanes : « Un péristyle à douze colonnades corinthiennes dont le fronton ferait disparaître le détestable comble de la salle des séances en pain de sucre et la lanterne qui le termine. »

On note aussi, dans la photo ci-dessus, l'entablement à frise de rinceaux, l'inscription de bronze doré et, dans celle ci-contre, le mur de la cella à l'appareil rustique et la frise à la grecque, les pilastres, le podium ainsi qu' une partie des gradins visible dans la photo du bas.


© Assemblée nationale

             La statuaire ornant le perron exalte très classiquement, elle aussi, la puissance de la loi et de l’État : sous le regard de Pallas et de Thémis, siègent quatre grands commis de l’État monarchique dont l’Empire revendique désormais l’héritage, incarnant chacun une vertu de l’action politique : Sully le réformateur, L’Hospital le conciliateur, d’Aguesseau l’unificateur du droit, Colbert le conciliateur de l’économie. Plus haut, le fronton sculpté par Antoine-Denis Chaudet, qui sera martelé lors du retour des Bourbons, représente pompeusement « Sa Majesté l’Empereur revenant de la campagne d’Austerlitz, reçu par le président du corps législatif et la députation. », alors que l’actuel fronton, achevé en 1841, sculpté pare Jean-Pierre Cortot représente la France entre la Liberté et l’Ordre public, appelant à elle les Génies du commerce de l’agriculture, de la paix, de la guerre et de l’éloquence.


De gauche à droite, les statues d'Henri-François d'Aguesseau (par Foucou), de Thémis (par Houdon)

 et de Jean-Baptiste Colbert (par Dumont)

© Assemblée nationale - Photo Laurent Lecat

            La colonnade est décalée par rapport à la salle des séances et plus élevée que le palais qu’elle habille. Esthétiquement dépourvue de surprises, la colonnade imaginée par Poyet est en revanche, sur le plan technique, riche d’audaces et d’innovations. La première d’entre elles tient dans le positionnement même de l’édifice. L’enjeu étant d’intégrer le palais à un paysage urbain déjà constitué, Poyet prend le parti d’aligner son paravent non sur l’axe du bâtiment  à « habiller », mais sur des axes donnés par des éléments extérieurs : le pont de la Concorde et la façade de la Madeleine. « J'ai pensé, écrit Poyet au sujet du péristyle, qu'il fallait lui donner la même largeur que celui de la Madeleine. Mais je me suis gardé de faire porter mes colonnes au niveau du rez-de-chaussée comme celles de ce portail, attendu que de la place de la Concorde on ne pourrait voir que les deux tiers seulement de mon péristyle.» De ce choix résulte le décalage de 17 degrés entre la salle des séances et son paravent.


© Assemblée nationale

             Poyet imagine aussi le « perron-podium » de trente-deux marches soutenant l’édifice, qui ne répond à aucune nécessité sinon à celle de surélever la colonnade pour la rendre visible dans son entier depuis la rive opposée de la Seine, malgré le bombement du pont de la Concorde.

             Lorsqu'en décembre 1806 Poyet adresse un rapport au conseil des Bâtiments civils relatif aux thèmes d'ornementation de la façade, il se préoccupe déjà du décor de deux salles, une salle de garde et un salon, devant être aménagées derrière celle-ci pour l'empereur.

Dans le salon, dit de l'empereur, le Président du Corps législatif et les Questeurs viendraient accueillir le chef de l'État à chaque ouverture de session. Le décor est confié à Évariste Fragonard. Les motifs décoratifs réalisés sont publiés dans un ouvrage intitulé Recueil des peintures, sculptures faites au Corps législatif sous la direction de M. Poyet, dessiné par Fragonard et gravé par Jorand. L'ouvrage présente une frise d'entablement ornée de cent huit aigles dans des rinceaux destinée à la salle des gardes.


Palais du Corps législatif
Salle des gardes, entablement réalisé d'après un dessin de Poyet, 1806
Gravure de Jorand d'après Evariste Fragonard, 1811

© Bibliothèque de l'Assemblée nationale



Palais du Corps législatif,
Motif peint au plafond de la salle des gardes par Évariste Fragonard
sous la direction de Poyet, 1806
Gravure de Jorand, 1811
© Bibliothèque de l'Assemblée nationale


Au-dessus des portes sont sculptés des aigles entourés de foudres. Les murs sont ornés de trophées. La salle des gardes est aujourd'hui devenue un grand vestibule. Dans le grand salon le plafond est orné de caissons contenant des foudres et des casques à l'antique.


Caisson, plafond initial du Salon de l'empereur
Bernard Poyet, architecte ; Evariste Fragonard, peintre
© Assemblée nationale
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Sur des pilastres, soutenant une corniche et encadrant deux bas-reliefs représentant la prise de Vienne et l'empereur d'Autriche visitant Napoléon à son bivouac, est peinte une enseigne indiquant les victoires remportées sur les différents peuples par Bonaparte. Au-dessus des portes et des croisées, deux Renommées présentent la couronne de lauriers qui contenait les profils de l'empereur et de l'impératrice remplacés sous la Restauration par un fleuron de bronze peint surmonté d'un lys.

Palais du Corps législatif, salon de l'empereur
Dessus de porte réalisé par Évariste Fragonard
sous la direction de Poyet, 1806

Gravure de Jorand, 1811

© Bibliothèque de l'Assemblée nationale



Dessus-de-porte, 1806-1811 (état actuel)

Salon de l'empereur
© Assemblée nationale
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Dessus-de-porte, 1806-1811 (état actuel)

Salon de l'empereur
© Assemblée nationale
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Un aigle orne chaque chapiteau de pilastres et le linteau de la cheminée en marbre blanc.

Cheminée et glace, 1810-1811
Cheminée et glace, 1810-1811
Salon de l'empereur
© Assemblée nationale - photo Laurent Lecat
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Malgré les transformations de la pièce, une partie du décor est aujourd'hui encore en place : celui des emblèmes impériaux et le plafond à caissons toutefois masqué, sous la présidence de Floquet en 1888, par l'installation d'un plancher au-dessus de la corniche authentique.