Réhabilitation
d'Alfred Dreyfus par la Chambre des députés
Textes choisis
|
|
|
Journal de Dreyfus écrit à l'Île du Diable Souvenirs d'étudiant dreyfusard : Robert Debré Nationalisme et anti-dreyfusisme : Maurice Barrès Marcel Proust : Autour de « l'Affaire » Charles Péguy et le triomphe de la République « J'accuse !... » ( Émile Zola ) Discours d'Anatole France devant la tombe d'Émile Zola, en présence de Dreyfus Réintégration du capitaine Dreyfus dans les cadres de l’armée Demande de révision du procès d’Alfred Dreyfus par Henri Brisson Interpellation du gouvernement Sarrien par Francis de Pressensé (séance du 13 juillet 1906) |
|
|
|
Journal
de Dreyfus écrit à l'Île du Diable « Je viens d'être prévenu que je ne pourrai plus me promener dans la partie de l'île qui m'était réservée, je ne pourrai plus marcher qu'autour de ma case.
Combien de temps
résisterai-je encore ? Je n:en sais rien ! Je souhaite que cet
horrible supplice finisse bientôt, sinon je lègue mes enfants à la France,
la patrie, que j'ai toujours servie avec dévouement, avec loyauté, en
suppliant de toute mon âme, de toutes mes forces, ceux qui sont à la tête
des affaires de notre pays de faire la lumière la plus complète sur cet
effroyable drame. Et ce jour-là, à eux de comprendre ce que des êtres
humains ont souffert d'atroces tortures imméritées et de reporter sur mes
pauvres enfants toute la pitié que mérite une pareille infortune. » ________________
|
|
Lettre d’Alfred Dreyfus au Président de la République « Monsieur le Président de la République, Je me permets de vous demander que ce journal, écrit au jour le jour, soit remis à ma femme. On y trouvera peut-être, Monsieur le Président, des cris de colère, d'épouvante contre la condamnation la plus effroyable qui ait jamais frappé un être humain et un être humain qui n'a jamais forfait à l'honneur. Je ne me sens plus le courage de le relire, de refaire cet horrible voyage. Je ne récrimine aujourd'hui contre personne ; chacun a cru agir dans la plénitude de ses droits, de sa conscience. Je déclare simplement encore que je suis innocent de ce crime abominable, et je ne demande toujours qu'une chose, toujours la même, la recherche du véritable coupable, l'auteur de cet abominable forfait. Et le jour où la lumière sera faite, je demande qu'on reporte sur ma chère femme, sur mes chers enfants, toute la pitié que pourra inspirer une si grande infortune. »
________________
|
|
Il y eut, pour l’opinion publique, une initiation assez lente, une pénombre initiale. Pour les élèves de l’École Normale, rien de tel : Lucien Herr, renseigné sur tout leur éclaira tout. La bibliothèque de la rue d’Ulm devint un des foyers du mouvement dreyfusard. Clemenceau venait relancer Herr parmi ses livres ; Jaurès venait causer avec lui, heureux dans cette maison qui avait été sienne, parmi ces jeunes gens qu’il considérait toujours, avec sa puissante gentillesse, comme des camarades Dreyfus, Esterhazy, Picquart, fantômes d’un drame oublié, incarnèrent aussitôt pour eux tous l’innocence méconnue, la trahison glorifiée, la loyauté persécutée. Quelle cause une et triple, à servir, quelle aubaine pour cette jeunesse ! Péguy n’eut pas un doute : cette cause était sienne. Que faut-il sauver ? Comment faut-il sauver ? Il le savait maintenant, l’Affaire éclatait pour lui et ses amis. Au lieu d’une période, une époque s’ouvrait devant eux. Herr est le chef, Péguy son lieutenant , ensemble ils jettent dans la bataille la jeunesse du quartier latin. Daniel Halévy, Péguy et les cahiers de la Quinzaine, Grasset, 1941. ________________
|
|
Souvenirs d’étudiant dreyfusard : Robert Debré La nouvelle Sorbonne dont l’architecte Nénot terminait la construction, montrait encore ses palissades, ses chantiers, ses amas de matériaux. Nous suivions des couloirs de planches pour rejoindre les parties achevées de l’édifice. A travers ces dédales se poursuivaient les bagarres et se dressaient les embuscades à la sortie des cours, les combats à coups de pied et à coups de poing, parfois à coups de cannes, les vociférations troublaient périodiquement le Quartier latin, car nous vivions alors en pleine affaire Dreyfus. La tâche des groupes d’étudiants dreyfusards était difficile, car leurs adversaires venaient en foule interrompre des cours des professeurs partisans de la révision et, faute de pouvoir les expulser, nous montions comme eux sur les tables et nos cris augmentaient le tumulte. Un jour que, juchés sur un pupitre, nous hurlions, Jean-Paul Coulon et moi, « Vive la République », nous fûmes assez vigoureusement assaillis. Je l’ai rappelé, les échanges d’injures et de coups, pour violents qu’ils fussent, ne provoquaient pas de graves dégâts. Faut-il ajouter que nous n’étions, comme tous les jeunes, pas très mécontents de prendre part à ces désordres et à ces combats. […] Il semble que jusqu’à l’affaire Dreyfus la plupart de [nos maîtres] avaient mené une existence un peu séparée de celle de la nation. […] L’affaire Dreyfus avait bouleversé l’Université peut-être plus encore que d’autres corps de l’État. C’est avec passion que jeunes et vieux professeurs prenaient part à la grande dispute nationale. Beaucoup à l’appel de leurs maîtres parmi les plus éminents, voire les plus illustres, et aussi de Jean Jaurès sorti de leurs rangs, s’étaient lancés furieusement dans le combat en faveur de la révision du procès de Dreyfus. D’autres, au contraire, guidaient la foule hostile. Aux républicains et à ceux qu’attiraient les doctrines propagées par les différentes écoles du socialisme s’opposaient les nationalistes avant que ne se développent un peu plus tard les mouvements d’Action française. Robert Debré, L’honneur de vivre, Hermann, Stock, 1974. ________________
|
|
Nationalisme et anti-dreyfusisme : Maurice Barrès La mise en liberté du traître Dreyfus serait après tout un fait minime, mais si Dreyfus est plus qu'un traître, s'il est un symbole, c'est une autre affaire : c'est l'affaire Dreyfus ! Halte-là ! Le triomphe du camp qui soutient Dreyfus-symbole installerait décidément au pouvoir les hommes qui poursuivent la transformation de la France selon leur esprit propre. Et moi je veux conserver la France. C'est tout le nationalisme, cette opposition. Vous songez et vous prétendez nous plier sur vos songeries. Nous constatons les conditions qui peuvent seules maintenir la France et nous les acceptons. En vérité, je m'inquiète bien de savoir ce que valent dans un cabinet clos vos « généreuses » préférences ! In abstracto, on peut soutenir cette thèse-ci et cette thèse-là, on peut, selon le coeur qu'on a, apprécier ou déprécier l'armée, la juridiction militaire, les luttes de race. Mais il ne s'agit pas de votre coeur; il s'agit de la France et ces questions doivent être traitées par rapport à l'intérêt de la France. Il ne faut pas supprimer l'armée, parce qu'une milice ne suffirait point, je vous prie de le croire, en Lorraine. Il ne faut point supprimer la juridiction militaire parce que certaines fautes insignifiantes chez le civil deviennent par leurs conséquences très graves chez le militaire. Il ne faut point se plaindre du mouvement antisémite dans l'instant où l'on constate la puissance énorme de la nationalité juive qui menace de « chambardement » l'État français. C'est ce que n'entendront jamais, je le crois bien, les théoriciens de l'Université. Ils répètent (...) : « je dois toujours agir de telle sorte que je puisse vouloir que mon action serve de règle universelle ». Nullement, messieurs, laissez ces grands mots de toujours et d'universelle et puisque vous êtes Français, préoccupez-vous d'agir selon l'intérêt français à cette date. Maurice Barrès, « L'état de la question », in Le journal, 4 octobre 1898. ________________
|
|
Marcel Proust : Autour de « l’Affaire » Tandis que la Cour de cassation achevait l'examen du pourvoi en révision de Dreyfus, l'enquête faite par la chambre criminelle et sur laquelle elle avait à se prononcer, paraissait tous les jours dans Le Figaro. A vrai dire, la seule chose qui était en question dans cette enquête, c'étaient des choses comme celle-ci : Dreyfus restera-t-il à l'île du Diable, sera-t-il recondamné à être fusillé ? Le général de Boisdeffre sera-t-il obligé de se faire sauter la cervelle, le colonel du Paty de Clam sera-t-il obligé de fuir à l'étranger sans plus voir une seule des personnes dont le commerce et la considération lui avaient fait jusque-là ce qu'on appelle une existence enviable ? Le colonel Picquart, depuis déjà un an en prison, allait-il ou non passer devant un conseil de guerre qui le condamnerait à vingt ans de travaux forcés, c'est-à-dire que jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans il ne pourrait plus jouir de l'existence et de la liberté ? Mais c'était dans un sentiment tout différent que cette enquête était lue par toutes les personnes qui désiraient l'élargissement de Dreyfus s'il était innocent, l'élargissement de Picquart, et qui ne voulaient aucun mal à du Paty de Clam ni au général de Boisdeffre. Ce sentiment, probablement exemple de l'angoisse des conséquences qui allaient résulter de cette enquête et où tendaient les questions du Président, les réponses des témoins, le fait même de l'enquête, ce sentiment était celui d'une satisfaction profonde manifestée le soir par le sourire sur lequel on s'endormait en se disant : demain matin, qu'est-ce que va nous apporter dans notre lit, sur le plateau, Le Figaro, aussi frais que le croissant placé à côté, d'une essence aussi raffinée ? Car c'étaient les généraux les plus connus qui nous dévoilaient leur opinion sur l'affaire la plus passionnante, et à cause de cela aussi, aussi réconfortante, aussi salutaire que le café au lait bouillant qui fume dans son bol et que nous boirons à petits coups pendant la lecture du Figaro, car on ne peut boire sans s'arrêter ni lire sans s'arrêter. Et rien ne vaut une bonne gorgée de café au lait bien sucré et bien chaud pour savourer l'attente de savoir ce que va révéler M. Bertulus dont nous n'avons encore lu que l'entrée en matière. In Jean Santeuil. ________________
|
|
Charles Péguy et le triomphe de la République
La République avait
triomphé le 11 novembre par la décision de la Haute Cour : cent
cinquante-sept juges contre quatre-vingt-onze avaient ce jour-là repoussé
les conclusions de la défense, présentées et défendues la veille par Me
Devin, tendant à faire déclarer l'incompétence. Puis la République avait
triomphé le jeudi 16 par le vote de la Chambre : trois cent dix- sept
députés contre deux cent douze avaient voté l'ordre du jour, présenté par
les Gauches, « approuvant les actes de défense républicaine du
Gouvernement »; les mots de défense républicaine avaient été
proposés par M. Vaillant et plusieurs socialistes, et acceptés d'eux par le
Président du Conseil. Enfin la République
triompha dans la rue par la procession du peuple parisien le dimanche 19, le
grand dimanche. Comme les prêtres catholiques réconcilient ou purifient par
des cérémonies expiatoires les églises polluées par l'effusion du sang ou
par le crime honteux, comme ils ont récemment fait une réparation pour
l'église Saint-Joseph, ainsi trois cent mille républicains allèrent en
cortège réconcilier la place de la Nation. La Petite République
et Gérault-Richard avaient eu l'initiative de cette
manifestation, comme ils avaient eu, avec toute l'opinion publique,
l'initiative, en des temps plus difficiles, d'aller à Longchamp. Nous
rendrons cette justice aux adversaires de la République de constater que
cette fois-ci encore ils firent tout ce qu'ils pouvaient pour que la
manifestation fût grandiose. M. Paulin Méry fit coller sur les murs de
grandes affiches rouges, émanant d'un Comité d'action socialiste et
patriotique dont il s'intitulait, bien entendu, le délégué général. Le
bureau du Conseil municipal fit donc apposer des proclamations officieuses.
La Commission exécutive de l'agglomération parisienne du Parti ouvrier
français avait fait poser des affiches beaucoup plus modestes, un quart ou
un demi-quart de colombier, car officiellement les guesdistes n'ont pas
d'argent ; ces affiches d'un rouge modeste, au nom de je ne sais plus
combien de groupements parisiens, avertissaient le lecteur que, le
gouvernement et M. Bellan ayant interdit le drapeau rouge, les vrais
socialistes et les vrais révolutionnaires étaient par là même exclus de la
manifestation. Il était midi et demi passé
quand on forma le cortège. Quelques vieux militaires âgés de vingt-deux ans,
récemment échappés de la caserne, chantonnèrent en riant la sonnerie : Au
drapeau ! quand on sortit du magasin le rouge étendard. L'idée que l'on
allait marcher en rangs, au pas, au milieu de la rue, éveillait chez
beaucoup d'assistants d'agréables souvenirs militaires, car invinciblement
une foule qui marche en rangées au pas tend à devenir une armée, comme une
armée en campagne tend à marcher comme une foule. Et ce qui est mauvais dans
le service militaire, c'est le service, la servitude, l'obéissance passive,
le surmenage physique, et non pas les grandes marches au grand soleil des
routes. On se forma. Quelques-uns commandèrent en riant : En avant !
Le premier rang était formé de porteurs de La Petite République. Ils
avaient leur casquette galonné, l'inscription en lettres d'argent. Trois
d'entre eux portaient l'étendard et les deux cartouches. Quand on aura
socialisé même les fêtes socialistes, les militants porteront eux-mêmes leur
drapeau. Je ne désespère pas de voir Jaurès porter un drapeau rouge de ses
puissantes mains. Nous partîmes cinq cents
par la rue Réaumur, mais nous fûmes un prompt renfort pour L'Avenir de
Plaisance, la puissante société coopérative de consommation, avec
laquelle nous confluâmes au coin de la rue Turbigo, et qui avait une
musique, ce qui accroissait l'impression de marche militaire. Place de la
République, c'était déjà la fête. Quelques gardes républicains à cheval ne
nuisaient nullement au service d'ordre. Au large de la place, des files de
bannières luisaient et brillaient. Un peuple immense et gai. Nous allâmes
nous ranger boulevard Richard-Lenoir, je crois. C'est beau. Il passe des
enfants, petits garçons et petites filles, délégations des écoles ou des
patronages laïques. On leur fait place avec une sincère et universelle
déférence. On pousse en leur honneur de jeunes vivats. Ils y répondent. Ils
passent en criant de leurs voix gamines, comme des hommes : Conspuez
Rochefort, conspuez. Cela est un peu vif, un peu violent, fait un peu
mal. Mais par-dessus toutes les
conversations, par-dessus tous les regards, par-dessus toute rumeur
montaient les chants du peuple. Dès le départ, et sur tout le trajet, et
pendant la station, et puis tout au long du cortège, le peuple chantait. Je
ne connaissais pas les chants révolutionnaires, sauf La Carmagnole,
dont le refrain est si bien fait pour plaire à tout bon artilleur, et que
tout le monde chante. Je ne connaissais que de nom l'immense et grave
Internationale. A présent je la connais assez pour accompagner le
refrain en ronronnant, comme tout le monde. Mais le ronron d'un peuple est
redoutable. Ceux qui savent les couplets de l'Internationale sont
déjà des spécialistes. Aussi quand on veut lancer l'Internationale,
comme en général celui qui veut la lancer ne la sait pas, on commence
toujours par chanter le refrain. Alors le spécialiste se réveille et
commence le premier couplet. Les chants
révolutionnaires, chantés en salles closes, n'ont assurément pas moins de
paroles déplaisantes que de paroles réconfortantes. Chantés dans la rue
contre la police et contre la force armée, ils doivent être singulièrement
et fiévreusement, rougement ardents. Chantés pour la première fois dans la
rue avec l'assentiment d'un gouvernement bourgeois républicain, ils avaient
un air jeune et bon garçon nullement provocant. Ces chansons brûlantes en
devenaient fraîches. A mesure que l'on approchait de cette place, le service
d'ordre, insignifiant d'abord, devenait notoire. Il avait été convenu qu'il
n'y aurait pas de police. De fait la haie, très clairsemée, un simple
jalonnement au milieu du boulevard, était faite par des gardes républicains.
Mais il y avait de place en place des réserves d'argent massées sur les
trottoirs, taches noires ponctuant la mobilité de la foule. Si ces hommes
aux poings lourds ont des âmes subtiles, les officiers, sous-officiers,
brigadiers et simples gardes, les commissaires de police, les officiers de
paix, les brigadiers et les simples agents durent s'amuser chacun pour son
grade. En fait, plusieurs de ces gardiens de la paix riaient dans leurs
moustaches. La plupart se tenaient obstinés à regarder ailleurs avec une
impassibilité militaire. Quelques uns se tenaient un peu comme des condamnés
à mort, ce qui était un peu poseur, inexact, mais compréhensible. Ce qui
devait le plus les étonner, c'était de se voir là. Nous sommes si bien
habitués nous-mêmes à ce que les hommes ainsi costumés nous sautent sur le
dos quand nous poussons certaines acclamations que nous demeurions stupides,
poussant ces acclamations, qu'ils n'en fussent pas déclenchés. Eux qui
doivent avoir, depuis le temps et par la fréquence, une autre habitude que
nous, comme ils devaient s'étonner de ne pas se trouver automatiquement
transportés sur nos épaules ! Mais ils ne bougeaient pas, droits,
encapuchonnés d'obéissance passive. Au long du boulevard nous les
considérions comme on regarderait si une locomotive oubliait de partir au
coup de corne du conducteur. Ils négligeaient de partir. Le peuple était
d'ailleurs d'une correction parfaite. Sans doute il s'amusait à crier en
passant devant eux les acclamations qui naguère les faisaient le plus
parfaitement sauter hors de leur boîte, les Vive la Commune ! et les
Vive la Sociale. Mais de cette foule immense et toute-puissante pas
un mot ne sortit qui fut une attaque particulière à la police adjacente; pas
une allusion ne fut faite aux vaches ni aux flics, et cela en
des endroits où il y avait dix-huit cents manifestants pour un homme de
police. Si lentement que l'on aille à la place de la Nation, si éloignée que
soit cette place, tout de même on finit par y arriver. Depuis longtemps
La Carmagnole avait à peu près cessé, abandonnée un peu par les
manifestants, un peu moins respectée, plus provocante, moins durable, un peu
délaissée. L'Internationale, toute large et vaste, régnait et
s'épandait sans conteste. Le tassement de la marche nous avait peu à peu
mêlés au groupe qui nous suivait. Ce groupe avait un immense drapeau rouge
flottant et claquant. On y lisait en lettres noires : Comité de
Saint-Denis, et je crois, Parti ouvrier socialiste révolutionnaire.
Un citoyen non moins immense tenait infatigablement ce drapeau arboré,
brandi à bout de bras, et chantait infatigablement la chanson du Drapeau
rouge. Les camarades groupés autour du drapeau accompagnaient en chœur,
à pleine voix, le refrain. Cela pendant des heures. Cette admirable chanson
réussissait beaucoup, parce qu'elle était lente et large, comme une hymne,
comme un cantique et, pour tout dire, comme l'Internationale. C'était
un spectacle admirable que la marche, que la procession de cet homme au bras
et à la voix infatigable, fort et durable comme un élément, fort comme un
poteau, continuel comme un grand vent. Et ce qui parfaisait le spectacle
était que l'homme et ses camarades chantaient une chanson qui avait tout son
sens. Le drapeau rouge qu'ils chantaient n'était pas seulement le symbole de
la révolution sociale, rouge du sang de l'ouvrier, c'était aussi leur
superbe drapeau rouge, porté à bout de bras, à bout de son bras,
présent, vraiment superbe et flamboyant. Soudain les barrages, les haies se
resserrent. On sépare le cortège de la foule. Pelotons de gardes
républicains, pied à terre. Compagnies de pompiers, attention délicate. Nous y sommes. Il est
convenu qu'en passant devant Loubet on lui criera Mercier au bagne,
Mercier, pour lui signifier que le peuple ne veut pas de l'amnistie.
Nous y sommes. Plus de soldats, mais seulement des gardiens paisibles aux
habits bleus ou verts, gardiens de squares et jardins. Tout à coup un grand
cri s'élève à cinquante pas devant nous : Vive la République ! Nos
prédécesseurs ont oublié Mercier. Nous-mêmes sommes saisis devant la
République de Dalou et nous crions comme eux : Vive la République. Ce
n'était pas la République amorphe et officielle, mais vive la République
triomphante, vive la République sociale, vive cette République de Dalou qui
montait claire et dorée dans le ciel bleu clair, éclairée du soleil
descendant. Il était au moins quatre
heures passées. Tout cela en un seul cri, en un seul mot : Vive la
République, spontanément jailli à l'aspect du monument, cri condensé où
l'article la recouvrait sa valeur démonstrative. Aussi quand le
monument se leva pour nous, clair et seul par-dessus l'eau claire du bassin,
nous n'avons pas vu les détails de ce monument, nous n'avons pas vu les
détails de la place. Nous n'avons pas vu les deux anciennes colonnes du
Trône, si libéralement attribuées par les journalistes à Charlemagne, à
Philippe-Auguste, et à Saint-Louis. Nous avons vu le triomphe de la
République et nous n'avons pas vu les moyens, les artisans de ce triomphe,
les deux lions attelés, le forgeron, madame la justice et les petits
enfants. La République triomphante, levée sur sa boule, s'isolait très bien
de ses serviteurs et de ses servantes. Nous l'acclamions, nous la voyions
seule et haute, et nous passions au pas accéléré, car il fallait que le
fleuve de peuple coulât. Quand nous voudrons regarder à loisir le monument
de Dalou, nous retournerons à quelques-uns place de la Nation, et nous
emporterons dans nos poches le numéro du Mouvement où est l'article
de Deshairs. Il est bien peu de citoyens
qui n'aient alors donné un souvenir, une rapide pensée à Déroulède, qui
était venu chercher deux régiments si loin de l'Élysée et si près de la
soupe du soir. Vite on se ressaisit pour passer devant la tribune
officielle, à gauche. On avait, au long du cortège, crié quelque peu :
Vive Loubet. On s'entraîne, on s'aveugle, on s'enroue sur le Au bagne
Mercier, les chapeaux en l'air, les mains hautes, les cannes hautes. On
marche porté, sans regarder sa route. On tourne autour du bassin. On s'est
enlevé. On arrive. On cherche Loubet, pour qui on criait tant. Il n'est pas
là. Vraiment, à la réflexion, il eût été fou qu'il restât là pour tout ce
que nous avions à lui dire. De la tribune on répond à nos Vive la
Sociale ! Beaucoup d'écharpes aux gens de la tribune. Ces citoyens n'en
sont pas moins ardents. Un dernier regard au peuple innombrable qui suit et
qui tourne autour de ce bassin. C'est fini. Au coin quelqu'un me dit : « ça
été violent ici au commencement, la police a enlevé un drapeau noir ». Cet
incident passe inaperçu dans le perpétuel mouvement du peuple. Je n'oublierai jamais ce
qui fut le plus beau de la journée : la descente du faubourg Antoine. Le
soir descendait, la nuit tombait. Tout ignorants que nous soyons de
l'histoire des révolutions passées, qui sont le commencement de la prochaine
révolution sociale, nous connaissons tous la gloire de légende et d'histoire
du vieux faubourg. Nous marchions sur les pavés dans cette gloire. Avec une
sage lenteur les porteurs de La Petite République marchaient en avant
de ce nouveau cortège. Les gens du faubourg s'approchaient, épelaient,
lisaient La - Petite - République - socialiste ; Ni - Dieu - ni -
maître, applaudissaient, acclamaient, suivaient. Rien ne distinguait
plus le cortège et les spectateurs. Le peuple descendait dans la foule et se
nourrissait d'elle. On rechanta la vieille Marseillaise, récemment
disqualifiée auprès des socialistes révolutionnaires par la faveur des
bandits nationalistes. Tout le faubourg descendait dans la nuit, en une
poussée formidable sans haine. La dislocation eut lieu pour nous place de
la Bastille. Ceux de la rive gauche s'en allèrent par le boulevard Henri IV.
Groupés en gros bouquets aux lueurs de la nuit, les drapeaux rouges
regagnaient de compagnie leurs quartiers et leurs maisons. Les bals
commençaient bientôt. Charles Péguy,
Les Cahiers de la Quinzaine,
5 janvier 1900.
________________ |
|
Discours d'Anatole France devant la tombe d'Émile Zola, « Devant rappeler la lutte entreprise par Zola pour la justice et la vérité, m'est-il possible de garder le silence sur ces hommes acharnés à la ruine d'un innocent et qui, se sentant perdus s'il était sauvé, l'accablaient avec l'audace désespérée de la peur ? Comment les écarter de votre vue, alors que je dois vous montrer Zola se dressant, faible et désarmé devant eux ? Puis-je taire leurs mensonges ? Ce serait taire sa droiture héroïque. Puis-je taire leurs crimes ? Ce serait taire sa vertu. Puis-je taire les outrages et les calomnies dont ils l'ont poursuivi ? Ce serait taire sa récompense et ses honneurs. Puis-je taire leur honte ? Ce serait taire sa gloire. Non, je parlerai.
« Envions-le : il a honoré sa patrie et le
monde par une œuvre immense et un grand acte. Envions-le, sa destinée et son
cœur lui firent le sort le plus grand. Il fut un moment de la conscience
humaine. » ________________ |
|
Extraits de l'arrêt de la Cour de cassation « Attendu en dernière analyse que de l'accusation portée contre Dreyfus rien ne reste debout, « Et que l'annulation du jugement du Conseil de guerre ne laisse rien subsister qui puisse, à sa charge, être qualifié crime ou délit ; « Attendu dès lors que, par application du paragraphe final de l'article 445 du Code d'instruction criminelle, aucun renvoi ne doit être prononcé ; « Par ces motifs, « Annule le jugement du Conseil de guerre de Rennes qui, le 9 septembre 1899, a condamné Dreyfus à dix ans de détention et à la dégradation militaire par application des articles 76 et 463 du Code pénal et l'article 1er de la loi du 8 juin 1850 ; « Dit que c'est par erreur et à tort que cette condamnation a été prononcée ; « Donne acte à Dreyfus de ce qu'il déclare renoncer à demander l'indemnité pécuniaire que l'article 446 du Code d'instruction criminelle permettait de lui allouer ; « Ordonne qu'en conformité de cet article, le présent arrêt sera affiché à Paris et à Rennes et sera inséré au Journal officiel, ainsi que dans cinq journaux au choix de Dreyfus ; « Autorise Dreyfus à le faire publier aux frais du Trésor et aux taux des insertions légales dans cinquante journaux de Paris et de province, à son choix ;
« Ordonne que
l'arrêt sera transcrit sur les registres du conseil de guerre de Rennes et
que mention en sera faite en marge de la décision annulée ». ________________ |
|
Réintégration du capitaine Dreyfus Saint-Cyrien, capitaine à 25 ans, Adolphe Messimy quitte l’armée pour la politique : républicain convaincu, il est élu député en 1902, dans le XIVe arrondissement de Paris, à l’âge de 33 ans. C’est cet ancien officier que les députés désignent comme rapporteur du projet de loi portant réintégration de Dreyfus dans l’armée Messieurs, la cour de cassation, toutes chambres réunies, a rendu hier un arrêt définitif et irrévocable dans l’affaire qui depuis douze ans émeut profondément dans ce pays la conscience publique, et qui a donné lieu ici même aux débats les plus passionnés ; elle a proclamé que « de l’accusation contre Dreyfus, il ne reste rien debout, et ne subsiste rien pouvant lui être imputé à crime ou délit » ; et elle a cassé et annulé le jugement du conseil de guerre de Rennes « qui l’a condamné par erreur et à tort ». La lumière a été faite, limpide, éclatante, absolue sur tous les points de la cause. Le capitaine Alfred Dreyfus est reconnu innocent du crime qui lui était imputé, et qu’il a payé du sacrifice de son honneur, de la perte de son grade, d’une détention cruelle aggravée de mesures de rigueur particulières (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche), enfin, de longues années d’incertitude et de doute. Désormais – et l’aveu en éclate dans le camp même de ceux qui luttèrent dix années durant pour que la lumière et la clarté ne soient pas faites – il faudra être obstinément et volontairement aveugle pour pouvoir élever la moindre restriction ou le plus petit doute, et pour ne pas se rendre à l’évidence de la vérité. Reste à donner à l’arrêt de la cour de cassation les sanctions indispensables, et, avant tout, à procéder aux réparations nécessaires. […] Votre commission de l’armée a été unanime à vous demander de ratifier les propositions faites par le Gouvernement, et je suis son interprète en remerciant celui-ci d’avoir pris, sans retard, l’initiative de ces mesures : elles seront, j’en suis sûr, suivies d’autres dont l’urgence est évidente ; du moins elles apportent à la conscience universelle une première et décisive réparation de l’attentat inouï commis contre le droit commun et la justice, par une juridiction spéciale qui s’est donné ainsi à elle-même le coup de grâce. […] La proclamation de l’innocence de Dreyfus démontre la légitimité des efforts que le lieutenant-colonel Picquart tentait courageusement dès 1896 pour faire réformer le jugement du conseil de guerre de 1894. […] La grandeur de ses sentiments, la noblesse et la haute dignité de tous ses actes peuvent consoler, du reste, tous les vrais amis de l’armée des sottises, des insanités et des vilenies dont sont responsables quelques officiers dont il faut se garder d’exagérer le chiffre, mais qui furent néanmoins, hélas ! beaucoup trop nombreux. […] Si j’ai accepté avec joie, messieurs, l’honneur, qui m’a été offert, de rapporter brièvement devant vous les propositions du Gouvernement, c’est qu’il m’a paru qu’il n’était pas indifférent que ce soit un ancien officier qui vienne vous demander de ratifier les mesures de réhabilitation et de réparation.
Un ancien
ministre de la guerre, un certain nombre d’officiers de la section
statistique ont, pendant trop longtemps, multiplié les manœuvres odieuses et
louches, pour préserver l’édifice d’inventions et de légendes absurdes,
laborieusement créé par eux. Les uns pour sauvegarder leur amour-propre
personnel, les autres pour cacher leurs premières machinations mensongères
vite aggravées de nouvelles machinations, de nouveaux mensonges et de
nouveaux faux, ont tenté de faire croire à l’armée tout entière qu’elle
était engagée à leur suite dans cette aventure, et que son honneur exigeait
qu’elle couvrît leurs manœuvres et leurs vilenies. ________________ |
|
Demande
de révision du procès d’Alfred Dreyfus Henri Brisson, député des Bouches-du-Rhône, est président du Conseil quand ministre de la Guerre Cavaignac produit devant les députés des «preuves » qu'on ignore encore être des faux. D’abord convaincu de la culpabilité de Dreyfus, il change d'avis et souhaite révision du procès : le 26 septembre 1898, il obtient du conseil des ministres l’autorisation de saisir la Cour de cassation. Président de la Chambre en 1906, il évoque en séance ce moment décisif
Vous oubliez, monsieur, que le faux Henry avait été présenté au ministère que j’avais l’honneur de présider par M. Cavaignac, que lorsque M. Cavaignac a été obligé de proclamer lui-même que le faux Henry était un faux, j’ai demandé immédiatement qu’il fût procédé à la révision du procès Dreyfus ; que M. Cavaignac a résisté à cette révision et que, malgré toutes les injures, tous les outrages, d’autres vilenies que je vous raconterai, si vous voulez, et qui s’attaquaient à mon cœur, j’ai marché à cette révision jusqu’au bout ; et l’acte pour lequel j’ai été le plus injurié est celui dont je m’honore le plus. Ah ! messieurs, peut-être, trouve-t-on qu’ici je laisse trop voir et mon ancienne opinion et mon opinion actuelle ; mes chers collègues, je dois à chacun de vous l’impartialité ; c’est tout. Mais je ne connais pas de situation officielle qui commande, qui permette même à un galant homme, ou plus simplement à un honnête citoyen, de conserver l’indifférence entre le crime et l’honneur. ________________ |
|
Interpellation du gouvernement Sarrien Messieurs, vous comprendrez que c’est avec émotion que je monte à cette tribune à l’heure actuelle, d’une part pour célébrer avec vous le triomphe de la justice et la clôture judiciaire de cette grande crise, d’autre part pour prendre acte des réparations auxquelles le Gouvernement nous a associés en ce qui concerne l’une des plus grandes iniquités qui aient été commises dans les temps modernes, et aussi pour demander au Gouvernement s’il ne compte pas donner quelque satisfaction plus ample à la conscience nationale. […] A l’heure actuelle, on peut dire que le drame judiciaire est clos, que le droit a été dit, que l’innocent a recouvré officiellement l’honneur que depuis huit ans il avait reconquis pour tous ceux qui avaient des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. […] Malgré cela, messieurs, j’estimerais manquer au premier de mes devoirs, si je me déclarais satisfait à l’heure actuelle, et si je ne posais pas au Gouvernement, dès maintenant, les questions qui, j’en suis sûr, sont déjà posées au fond de la conscience de la plupart d’entre vous, et qui monteraient spontanément à vos lèvres si je ne les posais pas moi‑même à cette tribune. […] je me place sur le terrain plus spécialement politique et je demande au Gouvernement : ne pensez-vous pas que ce qu’il y a d’essentiel, d’indispensable à l’heure présente, c’est de faire que rien ne puisse atteindre dès maintenant le crédit, la puissance, l’autorité morale de l’arrêt qui vient d’être rendu ? Croyez-vous que vous ne porteriez pas dès maintenant le discrédit sur cet arrêt, si vous mainteniez dans l’armée ceux qui ont été flétris par lui, ceux qui ont commis tant de crimes qui n’ont pas été réparés, mais simplement catalogués et dénoncés ? Serait-ce là une situation tolérable ? Ne voyez-vous pas que vous sèmeriez à pleines mains de nouveaux germes de division dans cette armée ? Est-ce que vous pouvez admettre la pensée de confier le commandement d’enfants de la France, d’enfants du peuple français à quelques-uns de ces hommes, en petit nombre heureusement, mais s’il en reste un seul dans l’armée, c’est trop. Je vous demande nettement, catégoriquement, si vous voulez donner cette prime au crime, si vous voulez faire courir ce péril à la République, si vous voulez infliger cet outrage à la conscience. Je ne le pense pas, messieurs, je ne pourrais le croire que devant une démonstration irrésistible ; il m’en coûterait trop de devoir enregistrer la défection d’anciens frères d’armes. […] Je vous ai dit, messieurs, ce que j’avais à dire sur cette grande affaire ; je viens de vous exprimer ma pensée tout entière. Je vous ai dit avec quelle joie j’ai salué l’aube du jour de la justice. Nous y avons travaillé avec énergie et nous avons le droit d’être fiers de l’œuvre que nous avons faite tous ensemble. Nous n’étions guère plus d’une poignée d’hommes au début, mais nous avons eu foi dans la puissance intrinsèque de la vérité, foi dans la raison et la conscience de la France ; nous nous sommes dit que quand on s’adresse à la raison et à la conscience de la France on n’est jamais vaincu (Très bien ! très bien ! à gauche) ; nous avons mis au hasard nos libertés, nos intérêts, notre repos, nos vies parfois ; nous avons remporté la victoire ; cette victoire nous voudrions qu’elle fût complète et qu’elle ne fût pas vaine.
________________ |
|
Hommage à Émile Zola
(séance du 13 juillet 1906) La séance du 13 juillet 1906 se termine par un hommage à Émile Zola, que Jules-Louis Breton, député du Cher, propose de faire entrer au Panthéon. La cérémonie aura lieu en 1908. « L’un des premiers, il dénonça les monstrueuses infamies que cachait l’affaire Dreyfus ; loin de s’enfermer, comme tant d’autres, dans un étroit et lâche égoïsme et de se contenter de déplorer dans l’intimité les iniquités commises et les crimes accomplis, Zola se jeta courageusement dans la mêlée pour défendre la justice et la vérité. Une fois sa conviction faite, il n’hésita pas ; sacrifiant sa tranquillité et ses intérêts personnels, il mit son immense talent, sa glorieuse réputation si légitimement acquise, son nom universellement connu, au service de la justice et, avec un courage admirable, il révolutionna le monde entier par sa belle lettre « J’accuse ». Ce fut un éclair formidable qui fit jaillir la lumière ; ce fut le point de départ de la longue et pénible lutte au cours de laquelle Zola ne faiblit pas une seconde, malgré toutes les injures odieuses et les calomnies abjectes de la « presse immonde », malgré les invraisemblances et les répugnantes perfidies de la réaction nationaliste et cléricale. Sans l’initiative héroïque de Zola l’innocent serait encore au bagne, à moins que la mort ne l’eût libéré des tortures morales et physiques que lui infligeaient ses criminels bourreaux ; la lumière n’aurait pu traverser tous les faux qui l’obscurcissaient, la vérité n’aurait pu triompher des mensonges accumulés et la justice ne serait pas encore venue apporter une réparation nécessaire et bienfaisante non seulement à la victime innocente, mais encore à la France elle-même. Plus que tous ses chefs-d’œuvre, cette ferme, courageuse et admirable attitude fera de Zola une des plus belles et des plus grandes figures de l’histoire de notre époque. Quant à la formidable œuvre littéraire de Zola, elle est trop connue de tous pour qu’il soit utile de la rappeler en ce moment ; il n’en est pas de plus belle, de plus haute, de plus puissante, de plus féconde ; il n’en est pas de plus capable de justifier pleinement la proposition que nous vous soumettons. La Chambre s’honorera en rendant aujourd’hui même, cet hommage posthume à cet homme de bien, à ce grand citoyen dont le souvenir planera sur les générations futures dans l’immortalité du génie et du courage civique.
|