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LA CITOYENNETÉ POLITIQUE DES FEMMES
le vote et l'éligibilité des femmes...
... vers la parité

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LE VOTE ET L'ÉLIGIBILITÉ DES FEMMES ...

VERS LE DROIT DE VOTE DES FEMMES
DE LA RÉVOLUTION A LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE

« Elle voulut être homme d'État
et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice
d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe
».

(Le Moniteur, novembre 1793 sur Olympe de Gouges)

De l'influence de la Révolution sur les femmes

Révolutions de Paris. Troisième année n° 83 (février 1791).

«... Les femmes jouissant du droit de cité comme les hommes, doivent avoir leurs entrées dans toutes les assemblées de la commune, et même dans celles de la nation constituante ou législatrice. Ils ont prétendu que les femmes avaient tout autant que les hommes le don de la parole... »

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© Assemblée nationale

Un précurseur

« Sur l'admission des femmes au droit de cité » par Condorcet

Journal de la Société de 1789 - n° V, 3 juillet 1790.


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Dans le Journal de la société de 1789, Condorcet aborde la question de « l'admission des femmes au droit de cité ». Il affirme qu' « il faudrait prouver que les droits naturels des femmes ne sont pas absolument les mêmes que ceux des hommes ou montrer qu'elles ne sont pas capables de les exercer, ce qui est insoutenable. »

« Le cri de l'innocence » par Olympe de Gouges

Affiche (juillet 1790).

Annonce d'un « pacte national ». « Je vais, moi, me faire connaître et apprendre aux factieux de tous les partis à respecter une femme comme moi ».

Affiche (juillet 1790), Annonce d'un « pacte national »
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Olympe de Gouges (1755-1793), femme de lettres et publiciste, réclama l'émancipation des femmes dans une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1792) qui contient la formule célèbre : « La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».

Portrait d'Olympe de Gouges

« Vous la voyez, cette couronne... » par Desrais.

Frontispice des « Remarques patriotiques » l'une des nombreuses oeuvres d'Olympe de Gouges, publiées en 1788 ou 1789.

Desrais y célèbre l'alliance de la Couronne et de la Nation contre les privilégiés.


© Assemblée nationale
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L'Assemblée nationale reçoit le 13 février 1792 une lettre de citoyens et de citoyennes demandant qu'on « avertisse les pères et les maris de respecter les droits de l'égalité et les droits de la nature ».

Le 1er avril 1792 une délégation réclame aux députés « pour les filles une éducation égale à celle à celle de l'homme, qu'elles soient déclarées majeures à vingt et un ans, que la liberté politique et l'égalité des droits soient communs aux deux sexes, que le divorce soit décrété ».

Olympe de Gouges prit la défense de Louis XVI lors de son procès en proposant aux Français le libre choix de leur gouvernement dans une affiche qui lui valut la peine de mort.

Son dernier écrit, dont l'unique exemplaire est conservé à l'Assemblée nationale, est un émouvant plaidoyer - Une patriote persécutée -, écrit en prison peu avant son exécution.


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Projet de constitution française par J.-M. Rouzet, le 18 avril 1793

· « De l'État des personnes ».

Les mères de familles pouvaient jouir des droits de citoyen.

Jacques-Marie Rouzet (1743-1820), conventionnel, arrêté avec les Girondins en 1793, rentré à la Convention le 17 frimaire an III et élu au Conseil des Cinq Cents en l'an IV.

Représentant modéré, il n'approuva pas les mesures les plus radicales de la Convention et quitta, sans congé, le Conseil des Cinq Cents.

Il devint alors, et jusqu'à sa mort, le conseiller de la duchesse d'Orléans, mère du futur roi Louis-Philippe, qu'il avait connue lors de son incarcération.

Assemblée nationale, collection Portiez de l'Oise (volume 29).



© Bibliothèque de l'Assemblée nationale

Le 29 avril 1793 Pierre Guyomar, député des Côtes-du-Nord présente à la Convention un ouvrage « le partisan de l'égalité politique entre les individus » : « Apôtres de l'égalité, traitons les femmes égales et marchons de front dans la carrière politique. »

Claude Tillier - Pamphlets, 1840-1844


Lire le pamphlet

· Dans un « post-scriptum à la quatrième lettre au système sur la réforme électorale », Claude Tillier, pamphlétaire libéral, répond à la question : « pourquoi n'admettons- nous pas les femmes dans les collèges électoraux ? ». « La raison en est simple : c'est qu'il n 'y a plus d'Amazones ; c'est que les femmes sont des enfants qu'il faut éloigner du pêle-mêle de nos assemblées ; en termes plus élevés, c'est que les femmes ne sont pas faites comme nous, qu'elles ont des goûts, des instincts, des passions et des capacités différentes des nôtres. (...) qui a jamais vu une idée politique se loger sous un bonnet de gaze ? (p. 99).

Paris, Bertout, 1906.

En 1848, Eugénie Niboyet, qui préside le club des femmes et crée « La voix des femmes » déclare : « Quand le moins intelligent des citoyens a droit de vote, la plus intelligente des citoyennes est encore privée de ce droit. » Elle ajoute : « A son tour et pour être apte à comprendre ses devoirs, la femme réclame par de nouvelles lois, la prise de possession de ses droits politiques, l'élection et le vote, en fait. »

Sophie Saint-Amand - De l'avenir des femmes dans la République

Paris, Librairie politique et littéraire, 1848.

· « Jeune République qui avez signalé votre avènement par une abolition de la peine de mort, faites que par vous les femmes trouvent enfin une place dans les remaniements des grands intérêts de l'humanité, et toutes faibles que nous sommes, croyez-le, votre plus ferme appui sera dans nos coeurs, ces coeurs qui ont battu d'espoir et d'effroi quand vous avez été proclamée ».

La conclusion témoigne de l'inusable patience des femmes : « Loin de nous l'égoïste pensée de réclamer des améliorations soudaines ; dévouées aux intérêts de tous, nous saurons attendre, et déplorons comme funeste, comme contraire au retour du calme et de la confiance, cet empressement fiévreux et irréfléchi à vouloir jouir des chauds rayons du soleil quand l'aurore se lève à peine ».

Elles attendront, en effet, un siècle.

Bulletin de la République

1848 - n° 12 par George Sand

· Les Bulletins de la République, publiés sous le timbre du ministère de l'Intérieur, ont paru régulièrement, tous les deux jours, du 13 mars au 6 mai 1848. Ils n'étaient insérés ni au Moniteur, ni au Bulletin des Lois, mais placardés sur les murs de Paris. Un curieux texte « en guise de préface », paru fin 1848, introduit le recueil des vingt-cinq numéros du Bulletin. Rien mieux que cette condamnation moralisante des « fautes du gouvernement » de février ne montre à quel point la page de la révolution a été vite tournée.

Le bulletin n° 12 est consacré en grande partie au sort que doit réserver aux femmes la nouvelle République. La « préface » le commente ainsi :

« Le Bulletin n° 12 ; entre autres, trahit une origine particulière ; on y reconnaît sans peine, les idées, le style et la touche habituelle d'un bas bleu célèbre, vouée, depuis quelques années, à la défense de son sexe ; l'auteur de Loelia et de Valentine se laisse deviner à chaque ligne, George Sand y occupe une chaire de morale à l'usage des femmes ».

En fait, George Sand est loin de réclamer le droit de suffrage pour les femmes. Il y a plus urgent : « En admettant que la société eût beaucoup gagné à l'admission de quelques capacités du sexe dans l'administration des affaires publiques, la masse des femmes pauvres et privées d'éducation n'y eût rien gagné ».

Voir aussi : George Sand, repères biographiques

Victor Considérant,
député à l'Assemblée constituante, déclare le 13 juin 1848 : « Une constitution où l'on admet le droit de vote pour les mendiants, les domestiques, il est inconséquent et injuste de ne pas l'admettre pour les femmes. »

Pierre Leroux,
propose à l'Assemblée nationale le 21 novembre 1851 que les « électeurs communaux » soient non seulement les « Français majeurs », comme dans le texte en discussion, mais aussi les « Françaises majeures ».

Alexandre Dumas fils - Les femmes qui tuent et les femmes qui votent

· Bien qu'agressivement antiféministe, Dumas fils donne raison à Hubertine Auclert d'avoir refusé de payer l'impôt puisqu'elle n'a pas le droit de le voter, n'étant pas électrice. « Avant dix ans, les femmes seront électeurs comme les hommes. Quant à être éligibles, nous verrons après si elles sont bien sages ».

Paris, Calmann-Lévy, 1880.


© Bibliothèque de l'Assemblée nationale

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