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Jean Jaurès

Quelques discours et professions de foi

 

 

Vidéo

Suzanne Flon lit une page de Jaurès

« Toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge. »

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Argent

« Eh bien, depuis quelques années, entre les intentions généreuses, honnêtes, qui viennent d’être exprimées ici, et la politique des gouvernements successifs, il y a une contradiction singulière. Que voyons-nous, en effet ? Qu’avons-nous constaté dans cette triste affaire de Panama ? D’abord – je le dis bien nettement – que la puissance de l’argent avait réussi à s’emparer des organes de l’opinion, et à fausser à sa source, c’est-à-dire, dans l’information publique, la conscience nationale. (…)

« Il a surgi dans ce pays des institutions financières et capitalistes qui se sont emparées des chemins de fer, de la banque, des grandes entreprises… Je dis qu’au moment où on fait une constatation semblable, qu’au moment où l’on voit qu’un État nouveau, l’État financier, a surgi dans l’État démocratique, avec sa puissance à lui, ses ressorts à lui, ses organes à lui, ses fonds secrets à lui, c’est une contradiction lamentable que de ne pas entreprendre la lutte contre cette puissance qui détient les chemins de fer, les banques, toutes les grandes entreprises. »

Chambre des députés, 8 février 1893

 

 

Capitalisme

« Entre cette société qu’on appelle régulière et polie, d’une part, et d’autre part, tous ces déshérités qui vivent sans pain, sans foyer, sans lendemain, au hasard des embauchages et des renvois, l’ordre capitaliste a creusé un tel abîme que, pour surprendre les pensées criminelles qui peuvent germer dans les cerveaux des misérables, il est obligé d’avoir recours précisément à ses compagnons de misère. C’est ainsi que vous êtes obligés de recruter dans le crime de quoi surveiller le crime, dans la misère de quoi surveiller la misère et dans l’anarchie de quoi surveiller l’anarchie. »

Chambre des députés, 30 avril 1894

 

 

Christianisme

« La France n’est pas schismatique, elle est révolutionnaire. Tantôt elle marche avec Rome, comme au temps lointain où les barbares francs se faisaient, contre les autres barbares imprégnés de la conception de l’arianisme, les serviteurs et les exécuteurs de la pensée de l’évêque de Rome : et quand notre pays échappe aux prises de Rome, quand il se dresse contre elle, il ne se refuse point à demi ; il ne se réfugie pas dans l’incertitude des compromis. Lorsque, aux douzième et treizième siècles, notre intrépide et ardente France méridionale se levait contre le despotisme d’Église, ce n’est pas un schisme, ce n’est même pas une hérésie qu’elle promulguait, c’était, par le dualisme manichéen, toute une autre métaphysique, toute une autre religion.

« Puis, au seizième siècle, quand ce grand mouvement de la Réforme se produit, quand éclate cet admirable réveil des consciences individuelles dont je ne parle jamais qu’avec profond et sérieux respect (…), lorsque ce mouvement s’ébauche, il grandit en Allemagne, il grandit en Angleterre et en Hollande ; en France, il se heurte à la résistance de l’immense majorité. Pourquoi ? Est-ce parce que la France était au-dessous de la Réforme ? (…) Non, messieurs ! C’est parce que déjà de grands génies, comme Rabelais, avaient entrevu toute la grandeur future de la science libre, parce qu’ils avaient glorifié symboliquement cette fibre de chanvre avec laquelle se fabriquaient les voiles des navires mettant en communication les terres et les mers et aussi les livres, les papiers de ces livres qui mettent en communication les esprits. Rabelais disait : ‘‘L’humanité ira plus haut encore : après avoir conquis les mers et la terre, elle s’élèvera vers les hauteurs de l’espace’’. Et, devançant le ‘‘plein ciel’’ de Hugo, il annonçait : ‘‘L’humanité ira loger un jour à l’enseigne des étoiles.’’

« C’est parce que notre génie français avait cette merveilleuse audace d’espérance et d’affirmation dans la pensée libre qu’il s’est réservé dans la Réforme, afin de se conserver tout entier pour la Révolution. (…)

« Ainsi, toute notre histoire proteste contre je ne sais quelle tentation de substituer les compromis incertains et tâtonnants du schisme à la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison. »

Chambre des députés, 15 avril 1905

 

« Vous n’avez pas la foi.  Vous ne l’avez plus et vous frappez, tour à tour, tout ce qui en vous est vivant, tout ce qui en vous est résonnant. Anathème sur la démocratie chrétienne d’Italie ! anathème sur la hardiesse de ceux de vos exégètes qui essayent de concilier, avec l’essentiel de vos dogmes, les découvertes impérissables de la science et de la critique ! anathème sur une loi républicaine de laïcité et de liberté qui vous mettait en communication avec le peuple vivant ! en vous la vie se retire de partout ! vous vous emmurez vous-mêmes. Ah ! vous voulez la paix, vous demandez la paix, et vous préparez la paix du sépulcre bien clos, où il n’y a pas de courants d’air, pas de souffle de liberté, où vos yeux pourront se rouvrir sans être blessés par un seul rayon. »

Chambre des députés, 13 novembre 1906

 

 

 

École

« L’enseignement public ne doit faire appel qu’à la raison. »

Chambre des députés, 22 octobre 1886

 

« L’école ne continue pas la vie de famille, elle inaugure et prépare la vie des sociétés. »

Chambre des députés, 22 octobre 1886

 

« Deux forces se disputent aujourd’hui les consciences : la tradition qui maintient les croyances religieuses et philosophiques du passé ; la critique, aidée de la science qui s’attaque non seulement aux dogmes religieux, mais aux dogmes philosophiques ; non seulement au christianisme mais au spiritualisme. Eh bien, en religion, vous pouviez résoudre la difficulté et vous l’avez résolu : l’enseignement public ne doit faire appel qu’à la raison, et toute doctrine qui ne se réclame pas de la seule raison s’exclut elle-même de l’enseignement primaire. Vous nous dites tous les jours que c’est nous qui avons chassé Dieu de l’école, je vous réponds que c’est votre Dieu qui ne se plaît que dans l’ombre des cathédrales. » 

Chambre des députés, 22 octobre 1886

 

 

Islam

« p;Vous savez bien que ce monde musulman prend conscience de son unité et de sa dignité. Deux mouvements, deux tendances inverses se le disputent : Il y a les fanatiques qui veulent en finir par la crainte, le fer et le feu avec la civilisation européenne et chrétienne, et il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux… Il y a toute une élite qui dit : l’islam ne se sauvera qu’en se renouvelant, qu’en interprétant son vieux lire religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix. C’est à l’heure où ce mouvement se dessine que vous fournissez aux fanatiques de l’Islam le prétexte, l’occasion de dire : comment se réconcilier avec cette Europe brutale ? Voilà la France, la France de justice et de liberté qui n’a contre le Maroc d’autre geste que les obus, les canons, les fusils. »

Chambre des députés, 27 mars 1908

 

Guerre

« Quand on parle, quelquefois à la légère, de la possibilité de cette terrible catastrophe, on oublie que ce serait un événement nouveau dans le monde par l’étendue de l’horreur et par la profondeur du désastre. (…)

« Il fut un temps, aux âges de la barbarie celtique et germanique, où les peuples se précipitaient tout entiers, par grandes masses de familles agglomérées. C’étaient des nations et des nations qui, du fond des forêts des bords du Danube et du nord de la Germanie, se ruaient à la conquête et à la bataille. Mais ces forces déchaînées, ces multitudes colossales, elles se mouvaient dans un monde primitif comme elles et leur puissance de destruction était limitée par la puissance même de production de la race humaine, encore inférieure et rudimentaire.

« Plus tard, ce ne sont plus des nations entières, mais au cours du Moyen Âge, au cours de la monarchie moderne, des armées de métier, puissamment armées, qui se déchaînaient à travers des civilisations déjà délicates et denses ; mais ce n’étaient que de petites armées. Aujourd’hui, messieurs, les armées qui surgiraient de chaque peuple, millions de Germains, millions de Russes, millions d’Italiens, millions de Français, ce seraient les nations entières, comme au temps des barbaries primitives, mais déchaînées cette fois à travers toutes les ressources de la civilisation humaine. Ce serait, au service de ces nations colossales, tous les instruments foudroyants de destruction créés par la science moderne.

« Et qu’on n’imagine pas une guerre courte, se résolvant en quelques coups de foudre et quelques jaillissements d’éclairs, ce sera, dans les régions opposées, des collisions formidables et lentes, comme là-bas celles qui se produisirent en Mandchourie entre Russes et Japonais. Ce seront des masses humaines qui fermenteront dans la maladie, dans la détresse, dans la douleur, sous les ravages des obus multipliés, de la fièvre s’emparant des malades, et le commerce paralysé, les usines arrêtées, les océans, traversés aujourd’hui en tous sens par les courants de fumée de leurs vapeurs, vides de nouveau et rendus aux solitudes sinistres d’autrefois. (Vifs applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs.)

« Oui, messieurs, terrible spectacle et qui surexcitera toutes les passions humaines. »

Chambre des députés, 17 juin 1913

 

« Notre projet, messieurs, est d’accroître la puissance défensive de la France. Plus nous voulons qu’elle porte haut son idéal, son action sociale et humaine, plus nous voulons qu’elle puisse mettre toute sa force au service de cet idéal en pleine sécurité et en pleine indépendance. (…)

« Nous qui voulons précisément que la France ait dans le monde une grande mission historique et morale, nous qui, maintenant l’affirmation du droit, voulons répudier à jamais toute politique d’aventure et de revanche (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche), nous qui voulons préparer par la paix définitive et garantir une civilisation supérieure où la force, partout présente de la démocratie et de la liberté, réparera les antiques violences, nous voulons que nul ne puisse imputer cette offre magnanime de paix à la débilité peureuse d’un peuple mal assuré de lui-même. (Applaudissements à l’extrême gauche.) »

Chambre des députés, 17 juin 1913

 

« Citoyens, je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole. Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie. 

« La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

« Eh bien ! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne. (…)

« Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe (…). Quels massacres, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. »

À se (Rhône), 25 juillet 1914 (dernier discours public de Jean Jaurès)

 

Peine de mort

« Parmi ces têtes qui tomberont, il y aura des têtes d’innocents ! »

Chambre des députés, 18 novembre 1908

 

« Ce qui m’apparaît surtout, c’est que les partisans de la peine de mort veulent faire peser sur nous, sur notre esprit, sur le mouvement même de la société humaine, un dogme de fatalité. Il y a des individus, nous dit-on, qui sont à ce point tarés, abjects, irrémédiablement perdus, à jamais incapables de tout effort de relèvement moral, qu’il n’y a plus qu’à les retrancher brutalement de la société des vivants, et il y a au fond des sociétés humaines, quoi que l’on fasse, un tel vice irréductible de barbarie, de passions si perverses, si brutales, si réfractaires à tout essai de médication sociale, à toute institution préventive, à toute répression vigoureuse mais humaine, qu’il n’y a plus d’autre ressource, plus d’autre espoir d’en empêcher l’explosion que de créer en permanence l’épouvante de la mort et de maintenir la guillotine.

« Voilà ce que j’appelle la doctrine de fatalité qu’on nous oppose. Je crois pouvoir dire qu’elle est contraire à ce que l’humanité, depuis deux mille ans, a pensé de plus haut et a rêvé de plus noble. Elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) »

« Le christianisme a été, pour les hommes, une grande prédication d’humilité et de confiance. Il a proclamé, avec l’universelle chute, l’universelle possibilité du relèvement. (…)

« Qu’est-ce donc, dans son fond, dans son inspiration première, que la Révolution française ? C’est une magnifique affirmation de confiance de la nature humaine en elle-même. Les révolutionnaires ont dit à ce peuple, asservi et enchaîné depuis des siècles, qu’il pouvait être libre sans péril, et ils ont conçu l’adoucissement des peines comme le corollaire d’un régime nouveau de liberté fraternelle. (…)

« Ils ont été obligés à une lutte à outrance par la révolte même des forces atroces du passé. Mais savez-vous ce qui les excuse, s’ils avaient besoin d’excuses ? Savez-vous ce qui les glorifie ? C’est que, à travers les violences mêmes auxquelles ils ont été condamnés, ils n’ont jamais perdu la foi en un avenir de justice ordonnée. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) C’est qu’ils n’ont jamais perdu confiance en cette révolution au nom de laquelle ils avaient tué et au nom de laquelle ils étaient tués ! (…)

« Ce qu’on demande, en effet, au parti républicain, c’est d’abandonner cette politique d’espérance, cette politique d’humanité ; c’est de substituer à cet idéalisme révolutionnaire, considéré comme une chimère creuse et surannée, ce qu’on appelle le réalisme nouveau et qui ne serait que la consécration indéfinie du droit de la force ! (…)

« C’est sur ce bloc de fatalités qu’ils dressent la guillotine. Elle a pour mission de signifier aux hommes que jamais le progrès social, jamais le progrès de l’éducation et de la justice ne dispensera les sociétés humaines de tuer et de répondre à la violence individuelle par le meurtre social. C’est le signal du désespoir volontaire, systématique et éternel ; c’est le disque rouge projetant ses lueurs sanglantes sur les rails et signifiant que la voie est barrée, que l’espérance humaine ne passera pas ! (Vifs applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) (…)

« Ah ! c’est chose facile, c’est procédé commode : un crime se commet, on fait monter un homme sur l’échafaud, une tête tombe ; la question est réglée, le problème est résolu. Nous, nous disons qu’il est simplement posé : nous disons que notre devoir est d’abattre la guillotine et de regarder, au-delà, les responsabilités sociales. (Applaudissements à l’extrême gauche.) (…)

« Eh bien ! de quel droit une société qui, par égoïsme, par inertie, par complaisance pour les jouissances faciles de quelques-uns, n’a tari aucune des sources du crime qu’il dépendait d’elle de tarir, ni l’alcoolisme, ni le vagabondage, ni le chômage, ni la prostitution, de quel droit cette société vient-elle frapper ensuite, en la personne de quelques individus misérables, le crime même dont elle n’a pas surveillé les origines ? »

« La peine de mort, c’est dans la race humaine l’absolu de la peine. Eh bien ! nous n’avons pas le droit de prononcer l’absolu de la peine parce que nous n’avons pas le droit de faire porter sur une seule tête l’absolu de la responsabilité. (…)

« Il est trop commode de trancher le problème avec un couperet, de faire tomber une tête dans un panier et de s’imaginer qu’on en a fini avec le problème. Il est trop commode de créer ainsi un abîme entre les coupables et les innocents. Il y a, des uns aux autres, une chaîne de responsabilité. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) Il y a une part de solidarité. Nous sommes tous solidaires de tous les hommes, même dans le crime. (Applaudissements sur les mêmes bancs.) »

Chambre des députés, 18 novembre 1908

 

République

« La France désormais ne peut trouver l’ordre, la liberté et la sécurité du travail que dans le Gouvernement établi, le Gouvernement républicain.

« Ne séparons donc jamais, chers Concitoyens, le cri de Vive la France ! du cri de Vive la République ! »

Profession de foi de sa liste aux élections législatives de 1885

 

 

Socialisme

« Si le mouvement socialiste n’est qu’une effervescence passagère, s’il n’est que la fièvre momentanée d’un organisme d’ailleurs résistant et sain, il suffira pour le calmer d’un peu d’hygiène gouvernementale. On enverra aux préfets de bonnes circulaires pour que tous les fonctionnaires, petits ou grands, donnent contre le socialisme, on demandera aux procureurs généraux des rapports confidentiels ; on consignera les députés socialistes dans leurs circonscriptions, et, puisqu’il paraît qu’ils ne sortent plus maintenant qu’avec leurs écharpes, et comme le peuple devenu fétichiste a une sorte de piété pour les emblèmes parlementaires, il ne sera permis de les porter que dans les grandes cérémonies, dans les processions solennelles où la confrérie parlementaire se déroulera toute entière précédée par les chanoines ministériels. (Rires.) »

Chambre des députés, 22 novembre 1893

 

« Et c’est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c’est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c’est parce qu’il veut que la République soit affirmée dans l’atelier comme elle est affirmée ici, c’est parce qu’il veut que la nation soit souveraine dans l’ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l’ordre politique, c’est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain. C’est la République qui est le grand excitateur, c’est la République qui est le grand meneur : traduisez-la donc devant vos gendarmes ! »

Chambre des députés, 22 novembre 1893

 

« Ce que nous disons pour justifier le socialisme, ce n’est pas seulement, je dirai presque ce n’est pas surtout qu’il réalise une idée de justice supérieure, c’est qu’il est l’aboutissement, l’accomplissement de tous les efforts antérieurs des hommes. (…) C’est parce que les hommes et surtout les hommes des temps modernes ont conquis un commencement de lumière, un commencement de liberté, que par cette lumière et par cette liberté ils tendent vers une justice plus haute. (…) Non, parce que nous disons : ‘‘Maintenant les fruits sont mûrs et l’heure est venue de les cueillir’’, nous ne méprisons pas la fleur et nous ne détruisons pas la racine. »

Chambre des députés, le 19 juin 1906