Jean Jaurès
Éloge funèbre
4 août 1914
M. Paul Deschanel, président de la Chambre de députés :
« Dans les graves événements que la France traverse, un affreux malheur est venu nous frapper. Jaurès… (Tous les députés se lèvent) … Jaurès a été assassiné par un dément, à l’heure même où il venait de tenter un suprême effort en faveur de la paix et de l’union nationale. Une éloquence magnifique, une puissance de travail et une culture extraordinaires, un généreux cœur, voué tout entier à la justice sociale et à la fraternité humaine et auquel ses contradicteurs eux-mêmes ne pouvaient reprocher qu’une chose : substituer, dans son élan vers l’avenir, à la dure réalité qui nous étreint ses nobles espoirs, voilà ce qu’un odieux forfait nous a ravi. (Vifs applaudissements sur tous les bancs.) La douleur des siens et de ses amis est la nôtre. Ceux qui discutaient ses idées et qui savaient sa force sentaient aussi ce que, dans nos controverses, ils devaient à ce grand foyer de lumière. Ses adversaires sont atteints comme ses amis et s’inclinent avec tristesse devant notre tribune en deuil. Mais, que dis-je ? Y a-t-il encore des adversaires ? Non, il n’y a plus que des Français… (Acclamations prolongées et unanimes.) »