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Alphonse de Lamartine

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« Poète égaré dans la politique » (Guizot) ou « pleurard à nacelle » (Musset), les critiques ne manquent pas pour décrier le représentant du peuple autant que le poète. « M. de Lamartine n’est pas un homme sérieux », affirme Guizot : depuis son entrée à la Chambre en décembre 1833, le député de Bergues (Nord) est raillé comme un rêveur et un amateur face à un monde politique en voie de professionnalisation. On moque une « élévation des sentiments » stérile en politique. Orateur sans être un véritable chef de file, ses succès oratoires sont décrits comme des « triomphes éphémères » qui émeuvent les tribunes sans jamais les persuader. On l’accuse d’être « trop épris de lui-même » (Hippolyte Castille), de ne rechercher que sa gloire personnelle, d’être démagogique et « d’amuser le peuple par des discours » (Proudhon). Il est vrai qu’il se montre fort soucieux des réactions de son auditoire, très attentif aux transcriptions publiques que le Journal des Débats ou le Moniteur donnent de ses discours à la Chambre. Il les juge essentielles car elles sont censées donner « la chair et la vie » aux paroles qui tombent de la tribune et prolonger l’action oratoire hors de la Chambre. Son isolement à la Chambre est mal perçu : Canalis le flamand rose (Balzac) ne se réclame d’aucun parti et se veut indépendant du ministère comme de l’opposition. « Conservateur progressiste », il s’est abrité sous la bannière d’un parti social, ou parti de ralliement général, drapeau lamartinien pour une société idyllique, une Chambre harmonieuse et une politique idéale fondée sur l’unanimité des sentiments. Il se fait une haute idée de la mission du député : il prétend ne pas « aspirer à prendre un rôle dans ce drame fugitif des ambitions de palais ». Ses discours sont parfois teintés d’anti-parlementarisme. Déplorant l’air « vicié » de la Chambre, qu’il oppose à l’air libre des clubs et des sociétés populaires, il est proche d’un Alfred de Vigny qui affirme « l’esprit de la nation est généreux, celui des Chambres l’est moins ». C’est que le député de Bergues s’identifie au peuple et à la nation : parlant pour et au nom du peuple, il est l’inventeur de ce que Charles de Rémusat appelle lyrisme démocratique De 1834 à 1849, la carrière de Lamartine à la Chambre traverse la monarchie de Juillet (1830-1848) et accompagne la naissance de la République, le 24 février 1848. Né à Mâcon (Saône-et-Loire) dans une famille de royalistes intransigeants, Lamartine fut élevé dans des principes religieux et légitimistes, chez les Pères de la Foi. Député de 1833 à 1849, d’abord de Bergues (Nord) puis de Mâcon (Saône-et-Loire), Lamartine fut aussi diplomate, ministre des affaires étrangères et chef du gouvernement provisoire en 1848. La trajectoire politique de l’orateur démocratique, fort de 2000 pages de discours, peut s’articuler en trois temps. En 1834-1835, il débute à la tribune par un discours sur la question d’Orient, et connaît ses premiers succès parlementaires grâce à ses discours de politique intérieure. Les années 1836-1847 sont marquées par des discours humanitaires (abolition de la peine de mort, de l’esclavage), d’une part ; des discours économiques et prolétaires, d’autre part, qui permettent au poète de conquérir une aura nationale et populaire et de s’ériger en « père de la patrie ». En 1848, les discours dominés par les questions de politique intérieure retracent les étapes de la déchéance paradoxale de l’orateur démocratique, tardivement converti aux idées républicaines.
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