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Mai 68 et ses suites législatives immédiates

 

 

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Chronologie générale

 

1964

Création à l'automne, à Berkeley, foyer de contestation étudiante, du Free Speech Movement, à  l'origine du Vietnam Day Committee (VDC). Plusieurs milliers de manifestants obtiennent des autorités universitaires un assouplissement des règles relatives à la propagande politique sur le campus.

1965

Janvier

Mouvement Provokratie aux Pays-Bas. Le mouvement Provo, créé par l'étudiant Roel Van Duyn, en opposition au capitalisme, prône une société non autoritaire et ludique. Les Provos lancent des actions contre la bombe atomique ainsi qu'une campagne des « vélos blancs », ayant pour but de faire du centre d'Amsterdam une zone sans voitures. Ils défient l'ordre social notamment par des happenings inspirés du théâtre participatif, mis en scène, à partir de  mai 1965, le samedi soir, sur le Spui, dans le centre d'Amsterdam.

Création en France des groupes marxistes-léninistes prochinois.

Incidents à la résidence universitaire d’Antony contre les nouvelles loges de contrôle des allées et venues des étudiants, les murs, l’interdiction de la mixité dans les bâtiments, la restriction des libertés collectives et individuelles.

7 février

Début des raids aériens américains massifs sur le Nord-Vietnam.

Mars

Crise de l’UEC (Union des étudiants communistes) et de la JEC (Jeunesse étudiante communiste). Manifestation de 2 000 étudiants à la résidence universitaire d’Antony.

17 mars

Des manifestations sont organisées à Washington par le Students for a Democratic Society (SDS) contre la guerre au Vietnam. Il s'agit de la première grande manifestation aux États-Unis contre la guerre. C'est alors que commencent les premiers autodafés de livrets militaires.

20 juin

Concert des Beatles au palais des sports à Paris. La « beatlemania » se déchaîne aussi aux États-Unis.

Juillet

Réforme des régimes matrimoniaux. Avant la réforme le régime matrimonial le plus courant était celui dit de la « communauté légale » soumettant tous les biens des époux, acquis avant ou pendant le mariage à la même règle : leur gestion par le mari. Le nouveau régime « de la communauté réduite aux acquêts » laisse à chaque époux l’administration et la jouissance de ses biens propres, chacun pouvant en disposer librement.

Août

Émeutes de Watts. Après l'arrestation de 3 membres d'une famille noire de violentes émeutes éclatent dans ce quartier du sud de Los Angeles faisant 34 morts, environ plus d'un millier de blessés et de nombreux dégâts matériels ; la police procédé à 4 000 arrestations.

1er octobre

Manifestation à la résidence universitaire d’Antony : 1 700 étudiants empêchent les ouvriers de construire une loge de concierge devant le pavillon des filles. Le recteur de l'Académie de Paris envoie plusieurs centaines de policiers monter la garde jusqu'à l'achèvement de la loge.

15-16 octobre

Des marches sont organisées dans une cinquantaine de villes américaines à l'appel du Vietnam Day Committee.

Novembre

Parution de Lire le Capital, transcription d'un séminaire tenu à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm entre la fin janvier et le début avril 1965. Louis Althusser 1918-1965) y déclare, ainsi que dans le recueil Pour Marx, entreprendre une lecture scientifique de l'œuvre opposée au discours idéologique. L’œuvre de Karl Marx est scindée par une coupure épistémologique en deux périodes, l’une classiquement philosophique et l'autre véritablement scientifique. En appelant Théorie la collection qu'il dirige chez Maspéro, Louis Althusser veut élucider le discours théorique, le discours scientifique du marxisme. Cette réinvention de Marx aura pour effet un renouveau de la pensée marxiste contre le marxisme et la version idéaliste enseignée généralement à l'Université.

Louis Althusser, « caïman » à l'École normale supérieure, ayant préparé des générations d'élèves à l'agrégation, a exercé une grande influence sur les fondateurs de l'UJCML.

29 novembre

Enlèvement de Ben Barka, leader du principal parti marocain d'opposition.

19 décembre

Le général de Gaulle est élu président de la République avec 55,2 % des suffrages exprimés contre François Mitterrand.

Décembre

Attribution du Prix Nobel de biologie à Jacques Monod, François Jacob et André Lwoff.

Prix Renaudot décerné à Georges Perec pour Les Choses, racontant la vie d'un jeune couple qui n'a pas les moyens de ses désirs dans la société de consommation.

    Éditions Julliard


    Roger Viollet/Getty Images

« Jérôme et Sylvie sont un couple de classe moyenne vivant à Paris. Ils sont tous deux psychosociologues, c'est-à-dire qu'ils sont chargés de mener des enquêtes sur des produits auprès de la population. Ils ne s'intéressent pas à leur métier et rêvent d'une vie grandiose, pleine de richesse et de belles choses. Mais leurs salaires ne leur permettent pas de faire des folies et dès qu'ils ont le moindre argent, ils le dépensent en achat de vêtements anglais très chers... »

« De station en station, antiquaires, libraires, marchands de disques, cartes de restaurants, agences de voyage, chemisiers, tailleurs, fromagers, chausseurs, confiseurs, charcutiers de luxe, papetiers, leurs itinéraires composaient leur véritable univers : là reposaient leurs ambitions, leurs espoirs. Là était la vraie vie.

 

 

1966

5 janvier

Le directeur de la résidence universitaire d'Antony, Jean Bressan, est remplacé par Jacques Balland, ouvert au dialogue.

8 janvier

Georges Pompidou est nommé Premier ministre.

31 janvier

Les États-Unis reprennent les bombardements du Nord-Vietnam interrompus depuis le 24 décembre 1965.

16 février

Annonce des mesures économiques, sociales et financières que le Gouvernement a décidé de mettre en œuvre sur la proposition de Michel Debré, le nouveau ministre de l'Économie et des finances. [Voir le dossier Michel Debré]

7 mars

Le général de Gaulle fait connaître au Président des États-Unis que la France, tout en demeurant dans le Pacte atlantique, retire ses forces du commandement intégré de l’OTAN, et qu'elle n'acceptera plus la présence sur son sol d'éléments militaires alliés.

10 mars

À Amsterdam la célébration du mariage de la princesse Beatrix et du diplomate allemand Claus von Amsberg provoque des émeutes menées les Provos.

Leur slogan : « Rends-moi ma bicyclette ! » est une référence à la confiscation des vélos sous l'Occupation.

Campagne Provo en faveur des vélos blancs

© Minbuza - Buitenlandse Zaken

Avril

Fondation de la Jeunesse communiste révolutionnaire, membre de la IVe Internationale.

20 avril

L'Assemblée nationale n'adopte pas la motion de censure déposée par le groupe socialiste et celui du Rassemblement démocratique et motivée notamment par le retrait de la France de l'OTAN.

30 avril

Tenue à Grenoble du Colloque sur la question de la transition vers le socialisme (Pierre Mendès France, le PSU, la CFDT et les clubs).

16 avril

Arrestation de Timothy Leary, professeur à Harvard propagandiste de la consommation du LSD et du psychédélisme.

5 mai

François Mitterrand désigne un « contre-gouvernement » formé de membres de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste, à l'instar du shadow-cabinet britannique.

18 mai

Début de la Révolution culturelle en Chine.

Mao Tsé Toung pendant la révolution culturelle

© Archives de l'INA

Juin

Pacte d’unité d’action entre la CGT et la CFDT.

13-14 juin

Manifestations des Provos à Amsterdam.

2 juillet

Loi relative aux Civil Rights aux États-Unis.

14 Juillet

Publication d'un programme de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste.

2-17 juillet

Conférence à La Havane de la Tricontinentale réunissant 600 délégués des peuples d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique et création de l’Organisation de Solidarité des Peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine (OSPAAAL).

Couverture de Tricontinentale Sorbonne, 1968
BnF / département Philosophie, histoire et sciences de l'homme

 

2-18 août

Session du Comité central du Parti communiste de la République populaire de Chine, qui proclame la nécessité d'une Révolution culturelle.

1er septembre

 

Discours du général de Gaulle à Phnom Penh condamnant l’intervention américaine au Vietnam.

Le discours prononcé par le chef de l'État, au lendemain de l'audience qu'il a accordée au Délégué général de la République du Nord-Vietnam à Phnom-Penh, M. Nguyen Thong, a un retentissement mondial.

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Octobre

Création à Oakland du mouvement des Black Panthers.

15 octobre

Conférence de mouvements gauchistes à Bruxelles.

26 octobre

Colloque de Caen sur la réforme de l’enseignement supérieur.

Novembre

Création des comités Vietnam de base (UJC-ML) en réaction contre le Mouvement de la Paix du Parti communiste et contre le Vietnam national, composé de militants trotskystes des JCR ainsi que du PSU.

15 novembre

Constitution à Londres du tribunal Russell présidé par Jean-Paul Sartre.

22 novembre

À Strasbourg lors de la cérémonie d'ouverture du Palais universitaire, les étudiants du bureau de l' Association Fédérative Générale des Étudiants de Strasbourg - (A.F.G.E.S. , affiliée à l'UNEF - Union Nationale des Étudiants de France) profitent de l'invitation pour distribuer aux représentants des autorités strasbourgeoises une brochure anonyme de 25 pages De la misère en milieu étudiant, considérée sous ses aspects économiques, politiques,, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels et quelques moyens pour y remédier. La brochure est massivement distribuée le lendemain aux étudiants strasbourgeois.

Les auteurs de la brochure dénoncent la répression sexuelle et plus généralement la condition d'étudiant : « Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que l'étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l'être le plus méprisé. » La brochure sera retirée l'année suivante à 10 000 exemplaires et distribuée à Nanterre.

28 novembre

Lors d'une réunion à la Mutualité « Six heures pour le Vietnam », Jean-Paul Sartre déclare : « Nous voulons la paix au Vietnam, et nous ne voulons pas cette paix seulement pour des raisons morales. Les motifs de notre combat doivent être politiques. Nous devons être solidaires du peuple vietnamien car son combat est le nôtre. C'est le combat contre l'hégémonie américaine, contre l'impérialisme américain. Le Vietnam se bat pour nous. »

30 novembre

Création du Comité Vietnam national (Laurent Schwartz, Alain Krivine, Bernard Kouchner).

Publication par les situationnistes de l’Université de Strasbourg de La Misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel notamment et de quelques moyens pour y remédier.

10 décembre

Création de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, UJC (ml), par de jeunes militants exclus de l’UEC (Benny Lévy, Robert Linhart, Jacques Broyelle) : la construction du parti communiste doit reposer sur l'initiative des masses populaires et les étudiants doivent s’allier aux ouvriers, abandonner leurs études et travailler à l’usine.

20 décembre

Accord de désistement mutuel entre la Fédération de la Gauche démocrate socialiste (FGDS) et le Parti communiste en vue des élections législatives.

Manifestation d’agriculteurs à Morlaix.

Publication de Les Mots et les Choses de Michel Foucault par les Éditions Gallimard. L'ouvrage, sous-titré une archéologie des sciences humaines, pose la question : comment l’être humain, à l’époque moderne et dans la culture européenne, finit-il par se trouver au centre de la connaissance et des sciences. Il constitue une critique de la notion de « science de l'homme ». L'homme a fait son apparition dans notre savoir au moyen d'une mutation intérieure de notre culture. Au XIXe siècle l'épistémè fondée sur la représentation et l'ordre est remplacée par l'obéissance des choses à leur propre devenir. Dans le rapport nouveau des Mots et des Choses, l'homme trouve le lieu de sa naissance. L'ouvrage est présenté non comme une histoire des sciences humaines mais comme une réflexion sur ce qui les rend actuellement possibles et d'une conscience critique : car le jour, prochain peut-être, où ces conditions changeront, l'homme disparaîtra, libérant la possibilité d'une pensée nouvelle.

Dans Le Nouvel Observateur, Maurice Clavel parle d'un nouveau Kant.

1967

Janvier

Début du mouvement flower power au Golden Gate Park de San Francisco.

3 janvier

18ème salon de la jeune peinture au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

Au cours du vernissage du salon, le groupe" BMTP (Daniel Buren, Olivier Mosset, Niele Toroni et Michel Parmentier) proclame dans un manifeste : « puisque peindre c’est peindre en fonction de l’esthétisme, des fleurs, des femmes, de l’érotisme, de l’environnement quotidien, de l’art, de dada, de la psychanalyse, de la guerre au Vietnam, NOUS NE SOMMES PAS PEINTRES. » et accroche « BMTP n’exposent pas ».

Mars

Grève à la Rhodiaceta.

4-11 mars

Élections législatives. Après l’annonce d’une victoire triomphale au soir du 1er tour, la majorité est reconduite de justesse.

16 mars

L’Association des résidents abolit le règlement intérieur qui interdit aux garçons de venir dans le bâtiment des filles. La police appelée par l’administration, encercle le bâtiment des filles le 21 mars et en expulse au petit matin les garçons qui s’y étaient barricadés.

1er avril

Démission du gouvernement de Georges Pompidou.

2 avril

Jacques Chaban-Delmas est réélu Président de l'Assemblée nationale

6 avril

Georges Pompidou est de nouveau nommé Premier ministre.

 Il constitue un nouveau gouvernement.

 

18 avril

Déclaration de politique générale du Gouvernement à l'Assemblée nationale.

26 avril

Le Conseil des ministres décide, conformément à l'article 38 de la Constitution, de demander l’autorisation de légiférer par ordonnances en matière économique et sociale

28 avril

Edgard Pisani démissionne de son poste de ministre de l’Équipement.

[Tables nominatives des interventions de M. Edgard Pisani devant l'Assemblée nationale]

Il est remplacé par François-Xavier Ortoli.

18 mai

La motion de censure déposée par des députés des groupes communiste et de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste n'est pas adoptée. Le projet de délégation de pouvoirs déposé par le Gouvernement est donc adopté en première lecture.

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30 mai

Déclaration d’indépendance du Biafra.

2 juin

A la suite d’une manifestation dirigée contre le Shah en visite à Berlin et la mort d’un étudiant, des étudiants du SDS (Sozialistischer deutscher Studentenbund, Ligue des étudiants socialistes) fondent l’Université critique ayant pour objectif un enseignement rejetant une « science manipulée au service d’un système répressif ». L’Union des étudiants allemands socialistes, née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est une émanation du Parti social-démocrate (SPD). A partir de 1959, l’idéologie de gauche du SDS se radicalise et conduit à la rupture d’avec le SPD. Dans les années 1960, l’Union rassemble les partisans de courants gauchistes. A la fin des années 60, le SDS compte entre 2 000 et 4 000 membres

5-10 juin

Guerre des Six-Jours entre Israël et l’Égypte.

9 juin

L'Assemblée nationale n'adopte pas une deuxième motion de censure relative à la délégation de pouvoirs demandée par le Gouvernement, qui a été rejetée par le Sénat.

11 juin

L'Assemblée nationale n'adopte pas une troisième motion de censure. La délégation de pouvoirs demandée par le Gouvernement est définitivement adoptée.

15-26 juillet

Le général de Gaulle effectue un voyage officiel au Canada.

A Montréal il prononce un discours favorable aux revendications du Québec.

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18 et 22 août

Ordonnances sur l’intéressement des salariés aux bénéfices de l’entreprise et sur la Sécurité sociale.

30 août

Sortie de La Chinoise, film de Jean-Luc Godard, dans lequel une étudiante de Nanterre installée dans l’appartement de ses parents en voyage avec des camarades lit avec eux à voix haute le Petit livre rouge et discute de la manière de faire triompher les idées de Mao Tsé Toung en France.

3 septembre

Le général Thieu et le général Ky sont respectivement élus Président et Vice-président de la République du Sud-Vietnam.

8 Octobre

Che Guevara.

D'après le cliché pris le 6 mars 1960 par Alberto Korda.

Cette image, diffusée sous forme d'affiche, par exemple, par l'éditeur et militant d'extrême gauche Feltrinelli,

et sur de multiples supports, dont des posters et des T-shirts,
n'a pas peu contribué à faire du portrait du Guerillero héroico une véritable icône planétaire.

Capture et mort de Che Guevara en Bolivie.

Parution de L'Énarchie ou les Mandarins de la société bourgeoise, sous le pseudonyme de Jacques Mandrin (Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane et Alain Gomez).

21 octobre

Contre la guerre du Vietnam 10 000 personnes manifestent à Berlin-Ouest. Les manifestants sont 10 000 à Berkeley et 90 000 à Washington.

Novembre

Parution de La société du spectacle de Guy Debord.

Guy Debord (1931-1994), écrivain et cinéaste a été l’un des fondateurs de l’Internationale lettriste puis de l’Internationale situationniste.

La Société du spectacle, premier livre de théorie situationniste, est essentiellement une critique radicale de la marchandise et de sa domination sur la vie, par l’aliénation et la société de consommation. « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. [...] Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie.[…] Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non vivant. Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée.

Guy Debord préconise la destruction de l’État et de l’économie, l’abolition du salariat et de la marchandise, le pouvoir absolu des conseils ouvriers ainsi que le don au lieu du pouvoir absolu des biens sur les hommes.

En 1968 François Châtelet, comme un grand nombre d'intellectuels en France, portait une appréciation sévère de la théorie situationniste : « Des analyses vieillottes où tout se mêle, de Sade à Bataille, de Marx à Freud, de Fourier à Lautréamont et où se rassemblent maladroitement les thèmes du spiritualisme révolutionnaire – négation abstraite et tout aussi fade du spiritualisme normal, c’est-à-dire réactionnaire. »

Quelques jours plus tard, en décembre paraît le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem, critique de la marchandise et du consumérisme. Condamnation radicale du monde moderne, de ses illusions et de la fausse contestation, d'une vie quotidienne réduite aux impératifs économiques et au consommable, l'ouvrage invite à passer de la contrainte à la création.

17 novembre

Grève d’étudiants à la Faculté de Nanterre au sujet des équivalences.

18 novembre

Des étudiants pénètrent dans la salle de réunion de l’Assemblée de la Faculté des lettres, à la Sorbonne ; le doyen Durry lève la séance.

Décembre

Sortie de Playtime de Jacques Tati

Un groupe d'Américaines en voyage organisé débarquent à Paris découvrant une ville ultra-moderne et aseptisée, à l'aspect désespérément international, dans laquelle  M. Hulot a peine à s'intégrer. L'« ancien monde » se trouve réduit à un étal de fleuriste que des touristes veulent photographier comme symbole représentatif de ce qui a déjà disparu, s'extasiant néanmoins par un « It's really Paris ! ». Ils ne découvrent plus qu'un reflet des monuments, tels des cartes postales, dans les vitres des immeubles modernes qui renvoie à un passé architectural réduit à un décor pour touristes. Le nouveau cadre de vie n'est plus, en effet, qu'un espace uniforme de lieux fonctionnels : l'aéroport, les bureaux, les magasins analogue à celui de toutes les grandes zones urbaines de la planète.

12-13 décembre

Grève des cours à Paris pour soutenir l’action de la CGT et de la CFDT contre les ordonnances relatives à la sécurité sociale.

Nouvelle grève à la Rhodiaceta.

21 décembre

Conclusion entre la France et la République fédérale d'Allemagne d'un accord relatif au stationnement de troupes françaises sur le territoire allemand.

28 décembre

Promulgation de la loi Neuwirth. relative à la régulation des naissances.

Publication en français du Petit Livre rouge.

 

1968

8 janvier

A la Faculté de Nanterre, le ministre de la jeunesse et des sports, François Missoffe, venu sur place visiter la piscine, est apostrophé par Daniel Cohn-Bendit, se plaignant que la liberté sexuelle ne soit pas évoquée dans le livre blanc sur la jeunesse.


Rapport d'enquête du Ministère de la Jeunesse et des sports (1967)

19 janvier

300 étudiants japonais et membres du Zengakuren sont arrêtés alors qu'ils protestaient contre l'escale du porte-avions USS Enterprise.

24 janvier

Le Gouvernement rend publiques diverses mesures d'ordre fiscal et social en vue de la relance économique.

26 janvier

Incidents à la faculté de Nanterre

Violentes manifestations d’ouvriers et d’étudiants à Caen.

30 janvier

Une cinquantaine d'étudiants sont arrêtés alors qu'ils manifestaient contre l'interdiction d'une pièce de théâtre considérée comme anti-soviétique. Adam Michnik est exclu de l'Université.

Février

A l’instigation de la Fédération des Résidences Universitaires de France (FRUF) des assemblées générales des associations de résidences décident l’abrogation de fait des règlements.

Alain Peyrefitte, Ministre de l'Éducation nationale, indique dans un communiqué que « tout mineur hébergé collectivement hors du domicile de ses parents, est placé sous la protection de l’autorité publique. » Il annonce au CNOUS un nouveau règlement autorisant les étudiants majeurs à recevoir des jeunes filles dans leur résidence mais maintenant l’interdiction aux jeunes filles de recevoir des garçons.

9 février

Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque est démis de ses fonctions.

14 février

Manifestations de cinéastes et d’intellectuels en faveur de la réintégration d’Henri Langlois.

21 février

Manifestations anti-impérialiste et pour le Vietnam organisée à Paris au Quartier latin par le Comité Vietnam national, l'UNEF et le SNESup. L’effigie du Président Johnson est brûlée. Les étudiants scandent à pas sautés « Che ! Che ! Gue-vara », « Ho ! Ho ! Ho Chi Minh » et rebaptisent le boulevard Saint-Michel « boulevard du Vietnam héroïque ».

24 février

Déclaration commune du Parti communiste et de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste.

1er mars

Manifestation des étudiants à Rome. Les affrontements avec la police font 200 blessés. L'université de Rome est fermée. L'agitation des étudiants s'étend à Turin, Pise, Milan, Florence, Naples, Venise, Catane, Palerme et Trente.

8 mars

À Varsovie des étudiants manifestent devant le rectorat.

15 mars

Publication dans Le Monde de l’article de Pierre Viansson-Ponté La France s’ennuie. « La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Égypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité. Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme. (…) Seuls quelques centaines de milliers de Français ne s'ennuient pas : chômeurs, jeunes sans emploi, petits paysans écrasés par le progrès, victime de la nécessaire concentration et de la concurrence de plus en plus rude, vieillards plus ou moins abandonnés de tous. Ceux-là sont si absorbés par leurs soucis qu'ils n'ont pas le temps de s'ennuyer, ni d'ailleurs le cœur à manifester et à s'agiter. » L'article s’achève ainsi : « Dans une petite France […] qui n’est pas vraiment malheureuse ni vraiment prospère, en paix avec tout le monde, sans grande prise sur les événements mondiaux, l’ardeur et l’imagination sont aussi nécessaires que le bien-être et l’expansion. »


Manifestation contre la guerre au Vietnam
organisée à Paris par le Mouvement de la Paix,
le 15 mars 1968
© AFP  
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Une importante manifestation contre la guerre au Vietnam a lieu à Paris. La mobilisation intervient autour d'Ho Chi ont le portrait est brandi dans le cortège et de Che Guevara qui avait lancé le mot d'ordre « Créer deux, trois, plusieurs Vietnam ».

16 mars

Une unité américaine se rend coupable de massacres de civils dans le village de My Lai.

À  Rome, 5 000 manifestants protestent devant l'ambassade des États-Unis contre la guerre au Vietnam. Le recteur annule les examens.

17 mars

Réunion à Paris en assemblée générale de délégués des Comités d’Action lycéens.

Plasticage à Paris de façades de banques américaines.

À Londres, un cortège de 25 000 personnes manifestent devant l'ambassade des États-Unis à Grosvenor Square.

21 mars

A l'occasion de la conférence de Mme Revault d'Allonnes sur La Révolution sexuelle à Nanterre est réédité le manifeste de William Reich paru en 1936 dans la revue Sexpol « Ce qu'est le chaos sexuel, ce que n'est pas le chaos sexuel » et distribué par les membres de l'association des résidents de la cité universitaire de Nanterre.

22 mars

Occupation du bâtiment administratif (la « Tour ») de la faculté de Nanterre par des étudiants gauchistes et naissance du « Mouvement du 22 mars » animé par Daniel Cohn-Bendit et visant à l’abandon des techniques traditionnelles de contestation et à l’introduction de l’action à l’Université. Les étudiants quittent le bâtiment dans la nuit, à 1 h 45 avant l’intervention des forces de police.

28 mars

Suspension des cours à Nanterre, à la demande du doyen Pierre Grappin jusqu’au 1er avril.

29 mars

Création à la Sorbonne du Mouvement d’Action Universitaire (MAU) dont le programme vise à « remettre en cause l’autoritarisme académique et d’imposer le contrôle de l’institution par ses usagers ».

31 mars

Le Président des États-Unis Lyndon Johnson annonce qu'il ne se représentera pas en novembre, et que les bombardements au Nord-Vietnam vont être limités.

3 avril

Le Nord-Vietnam accepte le principe de l'ouverture de négociations avec les États-Unis.

4 avril

Martin Luther King est assassiné à Memphis. De nombreuses émeutes éclatent dans les villes américaines faisant 46 morts et 2 600 blessés. L'Université de Columbia à New York et celle de Boston sont occupées par des étudiants noirs et blancs qui y dénoncent des pratiques racistes.


Martin Luther King

« I have a am » (J'ai un rêve)

Discours en faveur des droits civiques
devant le Lincoln Memorial à  Washington, le 28 août 1963

© AFP
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11 avril

En Allemagne, l'attentat manqué contre Rudi Dutschke, chef de la Ligue des étudiants socialistes (SDS) à Berlin-Ouest fait suite aux manifestations lors de la visitedu Vice-président des États-Unis Hubert Humphrey. La colère des étudiants se tourne vers le groupe de presse Springer accusé d'avoir entretenu un climat de haine contre Rudi le Rouge.

Charles Wilp (1932-2005)

Rudi Dutschke avec Le Capital sous le bras

Bildarchiv Preußischer Kulturbesitz

Allemagne, Berlin, BPK

© BPK, Berlin, Dist RMN / Charles Wilp
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Des heurts violents avec la police ont lieu à Berlin-Ouest, Hambourg, Munich et Hanovre.

13 avril

Manifestations de soutien à Paris de l’UNEF, des étudiants du PSU,du Comité Vietnam national, des JCR et du Mouvement du 22 Mars.

15 avril

En Chine, les gardes rouges s’attaquent à l’armée.

21 avril

L'université de Columbia, à New York est occupée à l'initiative de Student for a Democratic Society (SDS).

22 avril

Mise à sac des locaux du Comité Vietnam national par des militants du mouvement Occident.

24 avril

L'Assemblée nationale n'adopte pas une motion de censure déposée par les députés de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste.

27 avril

Des manifestations ont lieu à Rome Piazza Cavour.

30 avril

Parution à Paris de L’homme unidimensionnel de Marcuse (Éditions de Minuit).

Herbert Marcuse en 1968

Figure du freudo-marxisme, Herbert Marcuse (1898-1979), professeur américain d'origine allemande, dont l'ouvrage Éros et civilisation (1955) avait paru en France en 1963, dénonce en 1964 dans L’homme unidimensionnel ou Essai sur l'idéologie de la société avancée la société de consommation dans laquelle de nouvelles formes de contrôle social privent totalement l'individu de sa liberté. Dans cette société, les hommes refoulent tout ce qu'il n'est pas besoin de produire et de consommer ; ils aspirent uniformément aux mêmes produits et aux mêmes loisirs, et ont tous les mêmes opinions.

Herbert Marcuse, qui considère que la stratégie à appliquer est celle du « grand refus », est considéré comme l'un des inspirateurs des mouvements étudiants de la fin des années soixante aux États-Unis et en Europe.

Présent à Paris le 10 mai 1968 où il assiste à une réunion de l'UNESCO, il ne se mêle pas aux événements.

Début de quatre jours d'émeutes à Madrid. L'agitation s'étend à Séville, Bilbao et Alicante.

 

Mai

 

Mercredi 1er mai

Pour la première fois depuis 1954, manifestation du 1er mai à Paris. Défilé CGT, PCF, PSU de la République à la Bastille.

Parution du 1er numéro de La Cause du Peuple.

Jeudi 2 mai

A 7 h 45, incendie à la Sorbonne attribué à Occident dans les locaux de la FGEL (Fédération des groupes d’études de lettres regroupant à Paris les militants de l’UNEF intervenant notamment à la Sorbonne) ;

Début du voyage de Georges Pompidou en Iran et en Afghanistan . Louis Joxe, garde des Sceaux, ministre de la Justice, exerce par intérim les fonctions de Premier ministre.

[Tables nominatives des interventions de Louis Joxe devant l'Assemblée nationale]

Louis Joxe

Incidents avec la police à Nanterre où les cours sont suspendus sine die. Appel du doyen Pierre Grappin.

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Huit étudiants nanterrois sont déférés devant le conseil de l’Université.

Vendredi 3 mai

 

Article de Georges Marchais dans L’Humanité « De faux révolutionnaires à démasquer » sur les groupuscules gauchistes.

« [...] En développant l’anti-communisme, les groupuscules gauchistes servent les intérêts de la bourgeoisie et du grand capital. [...] ».

Meeting de l’extrême gauche le matin et l’après-midi dans la cour de la Sorbonne contre l’incendie des locaux de la FGEL, la fermeture de Nanterre et la convocation des étudiants nanterrois devant la commission disciplinaire.

Alors qu’un cortège d’Occident menace d’arriver, évacuation par la police sur requête du recteur Roche afin d’évacuer la Sorbonne: Premières interpellations et manifestations au Quartier latin aux cris de « Libérez nos camarades ! »).

Suspension des cours à la Sorbonne Première nuit des barricades au Quartier latin. C'est le premier « vendredi rouge ».

Samedi 4 mai

Appel à la grève illimitée de l'UNEF et du SNESup.

Condamnation en flagrant délit de sept étudiants manifestants par la 10ème chambre correctionnelle de Paris arrêtés pour détention d'armes. Daniel Cohn-Bendit et Jacques Sauvageot, en garde à vue, sont libérés.

Dimanche 5 mai

Condamnation de manifestants du 3 mai, dont deux « enragés » à la prison ferme.

Lundi 6 mai

Grèves et manifestations dans de nombreuses universités.

Comparution de Daniel Cohn-Bendit et de 7 autres étudiants nanterrois devant la commission disciplinaire présidée par Robert Flacelière, directeur de l’École normale supérieure..

Nouvelles manifestations à Paris, le matin dans le Quartier latin, le soir à Denfert-Rochereau, et nouveaux affrontements violents avec la police, plus de quatre cents arrestations. Place de l'Étoile, des étudiants chantent l'Internationale autour de la tombe du soldat inconnu.

Extension de l’agitation aux universités de province.

À Madrid, l'université est rouverte après trente-six jours de fermeture.

Mardi 7 mai

Alain Peyrefitte, Ministre de l'Éducation nationale, reçoit le secrétaire général de la FEN et le secrétaire général du syndicat national des instituteurs.

Les leaders étudiants posent trois conditions préalables à toute négociation avec le Gouvernement : levée de toutes les poursuites engagées contre les étudiants et libération des détenus ; retrait des forces de police de tous les lieux universitaires et de leurs abords ; réouverture des établissements universitaires.

Manifestation de Denfert-Rochereau à l'Étoile via le pont de la Concorde. Au terme d'une marche de près de 15 kilomètres, des accrochages ont lieu dans la nuit entre militants maoïstes et forces de l’ordre.

Mercredi 8 mai

Début de négociations secrètes avec les leaders étudiants

Au Conseil des ministres, Alain Peyrefitte estime qu’il est essentiel « de parvenir à ce que les cours puissent reprendre dans des conditions normales, et d’assurer la liberté des examens et des concours. »

Séance de questions orales à l’Assemblée nationale.

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Répondant aux questions orales, Alain Peyrefitte [Tables nominatives des interventions d'Alain Peyrefitte devant l'Assemblée nationale] est interrompu par Fernand Dupuy l'informant de la présence à l'Assemblée d'Alfred Kastler et Jacques Monod, prix Nobel. Ceux-ci sont venus entamer une démarche avec plusieurs universitaires. Cinq prix Nobel dont François Mauriac, prix Nobel de littérature, demandent au général de Gaulle l'amnistie des étudiants emprisonnés et la réouverture des facultés.

Manifestation CGT, CFDT, FO, FDSEA, CDJA, UNEF en Bretagne et dans les Pays de la Loire.

A Paris, manifestations sans incidents au Quartier latin ; de la Halle aux vins à la place Edmond-Rostand, au premier rang de laquelle se trouve Alfred Kastler.

Le préfet de police Maurice Grimaud inspecte les forces de l'ordre stationnées au Quartier latin,
le 8 mai 1968

© AFP
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Le mot d’ordre de dispersion est mal accueilli par une grande partie des étudiants.

Apostrophé par des jeunes « Vos policiers sont des brutes », Maurice Grimaud répond : « J'ai été étudiant moi aussi et j'ai reçu des coups de matraque. »

L'opinion à Paris est alors plutôt favorable aux revendications des étudiants. Selon un sondage de l'IFOP établi d'après un échantillon de Parisiens interrogés le 8 mai, 61 % estiment les revendications des étudiants justifiées, 16 % qu'elles sont injustifiées ; 30 % pensent que les événements marquent le début d'une crise profonde et durable. Mais si 71 % estiment qu'il conviendrait être compréhensifs vis à vis des étudiants arrêtés, 59 % désapprouvent les professeurs qui se sont solidarisés avec les étudiants et qui ont manifesté avec eux dans la rue.

Jeudi 9 mai

Renvoi à une date ultérieure par le Conseil de l’Université de l’examen des sanctions proposées le 6 mai par la commission disciplinaire

Le mouvement s’étend et s’intensifie chez les étudiants en province, notamment à Nantes, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

A Lyon et Dijon, des ouvriers se joignent aux manifestations étudiantes.

Communiqué d’Alain Geismar, secrétaire général du Syndicat national de l’Enseignement supérieur (SNES-sup.), et de Jacques Sauvageot, vice-président de l’Union nationale des Étudiants français (UNEF), annonçant la poursuite de la grève du fait de la  non acceptation des trois préalables à la négociation.

Le recteur Roche annonce le renvoi sine die de la commission disciplinaire et une reprise progressive des cours.

Lors d’un meeting place de la Sorbonne, les leaders étudiants annoncent leur intention d'occuper la Sorbonne jour et nuit dès le départ des forces de l'ordre.

Alain Peyrefitte déclare que la Sorbonne restera fermée jusqu’au retour au calme.

Le doyen Grappin annonce la réouverture des cours pour le lendemain à la faculté de Nanterre.

Le Conseil de l’Université décide la reprise des cours.

Rencontre CGT-CFDT, puis CGT-CFDT-UNEF en vue d’une action commune.

Meeting à la Mutualité

Au nom  des Comités d’Action lycéens et du Mouvement du 22 Mars, un nouveau mouvement est créé, le Comité du 3 Mai

Vendredi 10 mai

Interdiction de la diffusion de l’émission télévisée de l’ORTF « Panorama ».

Réouverture de la faculté de Nanterre.

A l’appel des CAL, les lycéens se joignent aux manifestants place Denfert-Rochereau.

Ils dénoncent le caractère sélectif de la réforme Fouchet mise en œuvre progressivement depuis 1963.

 
Christian Fouchet

La manifestation retourne dans le Quartier latin où Daniel Cohn-Bendit expose les objectifs du mouvement.

    Le Quartier latin est occupé.

    Le dépavage des chaussées commence, des pavés sont stockés et des grilles d’arbres arrachées.

    A 21 h 30, rue Le Goff, une barricade est érigée.

Des négociations ont lieu entre le Gouvernement et les étudiants par l’intermédiaire de James Marangé, Jean Daubard, de Me Sarda, avocat de l’UNEF, et du recteur Roche. Elles sont bientôt rompues.

L’information sur l’élévation de barricades dans la nuit du vendredi au samedi 11 est relayée par les reportages depuis les voitures radio de RTL et d’Europe I. C’est la première « nuit des barricades ».

Les affrontements du « second vendredi rouge » sont violents.

Gérard Fromanger (né en 1939)

Album Le Rouge

© Gérard Fromanger
Paris, Musée national d'Art moderne - Centre Georges Pompidou
© Photo CNAC/MNAM, Dist. RMN / Georges Meguerditchian 
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Intervention de la police à partir de deux heures du matin.  Les forces de l'ordre prennent d'assaut 60 barricades. A 5 h 25 tombe la dernière barricade. A 5 h 30, Daniel Cohn-Bendit donne par radio l’ordre de dispersion.

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Manifestations violentes également à Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Grenoble, Toulouse, Lille.

Samedi 11 mai

La CGT, la CFDT et la FEN appellent à une manifestation de la place de la République à la place Denfert-Rochereau et à une grève générale de 24 heures pour le 13 mai. FO s’y associe.

Alain Geismar, Jacques Sauvageot et Daniel Cohn-Bendit
lors d'une conférence de presse le 11 mai 1968, en fin de matinée,
lancent un appel aux étudiants à manifester à Paris et en banlieue
 © AFP 
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Occupation de l’annexe de la Sorbonne, Censier.

L’Université de Strasbourg se proclame autonome. L’Université de Bordeaux est partiellement occupée.

Retour à 19 h 15 de Georges Pompidou d'Afghanistan.

A 23 h 30 Georges Pompidou prononce une allocution télévisée dans le sens de l’apaisement acceptant les trois revendications : réouverture de la Sorbonne pour le 13 mai, examen par la Cour d’appel des demandes de libération des étudiants arrêtés, évacuation du Quartier latin par les forces de police.


Déclaration télévisée du Premier ministre Georges Pompidou,
le 11 mai 1968
© AFP
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Dimanche 12 mai

Libération des étudiants appréhendés

Lundi 13 mai

Importante grève générale.

Manifestations en province. Manifestation parisienne d’ouvriers, d’enseignants et d’étudiants de la gare de l'Est à Denfert-Rochereau (500 000 à 700 000 personnes).

Les étudiants continuent jusqu'au Champ-de-Mars.

La Sorbonne rouverte le matin est occupée dans la soirée.

Lors d'une réunion du PSU à la Mutualité, Daniel Cohn-Bendit qualifie les leaders de la CGT de « crapules staliniennes ».

Ouverture à Paris des négociations entre les États-Unis et le Nord-Vietnam.

Des inscriptions à la peinture dont les messages symbolisent le mouvement général font leur apparition sur les murs.

La Cour d'appel met en liberté provisoire les condamnés du 5 mai.

Mardi 14 mai

Départ du Général de Gaulle pour la Roumanie en voyage officiel.

Déclaration du Gouvernement.

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« À travers les étudiants, c'est le problème même de la jeunesse qui est posé, de sa place dans la société, de ses obligations et de ses droits, de son équilibre moral même. » déclare Georges Pompidou dans son discours à l’Assemblée nationale.

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Dépôt d'une motion de censure à l'Assemblée nationale par les groupes communiste et FGDS : la majorité composant l'Assemblée n'est alors que d'une voix.

Occupation de l’usine Sud-Aviation de Bouguenais (près de Nantes), avec séquestration de la direction.

En Lorraine, à Woippy, grève de 500 métallurgistes.

Élection d’un premier comité d’occupation de la Sorbonne.

Henri Cueco

Marx Freud Mao, 1969-1970

Huile et laque glycérophtalique sur toile, 162 x 130 cm

Musée d'Art moderne de la Ville de Paris

©  Photo Parisienne de la photographie

© ADAGP Paris 2008 
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Occupation de divers lycées et établissements d’enseignement supérieur.

La Sorbonne se déclare « commune libre », et Nanterre « libre et autonome ».

Mercredi 15 mai


Une bousculade se produit lors du violent incident qui oppose
Michel Boscher, membre du groupe de l'UD Vème à François Mitterrand du groupe de la FGDS,
pendant la séance de l'Assemblée nationale du 15 mai 1968
© AFP
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Occupation du théâtre de l'Odéon, pour protester contre l’art de consommation. Sous le nom de « Permanence révolutionnaire créatrice » il sera, jusqu'à son évacuation le 14 juin, un haut lieu du mouvement de Mai.


Jean-Louis Barrault, directeur du Théâtre de France-Odéon, s'adresse, le 16 mai 1968
aux étudiants contestataires qui ont occupé,
à l'appel du Mouvement du 22 Mars, le Théâtre de France à Paris
© AFP
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Occupation de l’École des Beaux-Arts transformé en « atelier populaire ». Un groupe s'y constitue spontanément afin de créer et de réaliser des affiches dessinées selon les mots d'ordre transmis par diverses AG (assemblées générales). L'atelier populaire utilise artisanalement les procédés de lithographie et de sérigraphie. Environ 1 000 affiches sont produites quotidiennement jour et nuit. Quelques grandes affiches sont produites en linogravure ou au pochoir. Des affiches à grand impact déjà réalisées en sérigraphie ou en lithographie sont produites à l'extérieur en offset.

« Depuis l'occupation de l'École des Beaux-Arts, des élèves et artistes progressistes mettent dans l'anonymat le plus complet, leurs capacités au service des luttes menées chaque jour par les travailleurs.

Ce n'est pas un travail de laboratoire : des ouvriers viennent apporter des slogans, discuter avec les artistes et étudiants, critiquer les affiches produites ou les diffuser à l'extérieur.

A l'entrée de l'atelier on peut lire : "Travailler dans l'atelier populaire, c'est soutenir concrètement le grand mouvement des travailleurs en grève qui occupent leurs usines contre le gouvernement gaulliste anti-populaire. En mettant toutes ses capacités au service de la lutte des travailleurs, chacun dans cet atelier travaille aussi pour lui, car il s'ouvre par la pratique au pouvoir éducateur des masses populaires." [...] » (article paru dans La Cause du Peuple, n° 11 des 6 et 7 juin 1968)

Occupation de l'usine Renault à Cléon

Début de la grève des chauffeurs de taxi.

Jeudi 16 mai

Le mouvement de grève et d’occupation s'étend dans les entreprises (notamment Renault Flins, puis Billancourt, à la SNCF, à la RATP, à Air France et dans la métallurgie).

Une motion est approuvée à l’Odéon-Théâtre de France après six heures de débats :« […] L’ex-Théâtre de France cesse pour une durée illimitée d’être un théâtre. Il devient un lieu de rencontre entre ouvriers, étudiants et artistes, une permanence révolutionnaire créatrice, un lieu de meeting ininterrompu. » Daniel Cohn-Bendit déclare à minuit « Nous devons considérer le théâtre en tant qu’instrument de combat contre la bourgeoisie. » Approuvant le leader étudiant, Jean-Louis Barrault déclare sous les applaudissements : « Barrault n’est plus directeur de ce théâtre, mais un comédien comme les autres. Barrault est mort. »

Allocution radiodiffusée de Georges Pompidou.

Vendredi 17 mai

Rencontre Mitterrand – Waldeck Rochet.

L’intersyndicale décide la grève à l'ORTF

États généraux du cinéma français votant également la grève.

Les situationnistes quittent la Sorbonne et forment le Conseil pour le maintien des occupations (CMDO).

Dans la soirée, cortège étudiant du Quartier latin à Boulogne-Billancourt.

Samedi 18 mai

Retour de Roumanie à Paris du Général de Gaulle, qui a écourté de douze heures son voyage. Il déclare à ses ministres, qui l'attendent à l'aéroport d'Orly, que « la récréation est terminée ».

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Le général de Gaulle, accompagné du Premier ministre Georges Pompidou regagne
le 18 mai 1968 le palais de l'Élysée à Paris, après le  voyage officiel de cinq jours qu'il a accompli en Roumanie.
© AFP
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Grève générale, la paralysie économique gagne l'ensemble du pays (entre 3 et 6 millions de grévistes).

Début des rassemblements d’extrême droite le soir place de l’Étoile (quelques milliers)

La CGT propose une rencontre à la FGDS qui refuse.

Dimanche 19 mai

À l'issue d'un conseil restreint tenu à midi, le ministre de l'information Georges Gorse rapporte que le général de Gaulle avait conclu la réunion par ces propos : « La réforme oui, la chienlit non. »

Interruption du festival de Cannes sur demande unanime du jury.

Jean-Paul Sartre dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.


Jean-Paul Sartre s'adresse aux étudiants contestataires
réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne,
le 19 mai 1968
© AFP 
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Lundi 20 mai

Conférence de presse de la CFDT et de l’UNEF.

Occupation de lycées par les CAL.

Mardi 21 mai

Ouverture à l’Assemblée nationale du débat sur la motion de censure.


Le Premier ministre Georges Pompidou intervient à la tribune de l'Assemblée nationale,
le 22 mai 1968, au cours du débat sur la motion de censure
© AFP
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François Mitterrand, député FGDS, passe devant le banc du Gouvernement lors de la première séance de l'Assemblée nationale consacrée
au débat sur la motion de censure
déposée par les partis de l'opposition, le 21 mai 1968
© AFP 
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Daniel Cohn-Bendit est frappé par arrêté d’une interdiction de séjour en France. Forte extension du mouvement de grève : après les postes et télécommunications, la chimie, le textile et d’autres (Peugeot, Michelin, Bréguet, Citroën), EDF, GDF, la fonction publique et les grands magasins entrent en grève.


Affiche dite des trois U réalisée le 14 mai
par l'Atelier populaire des Beaux-Arts

Entre 8 et 10 millions de grévistes.

Occupation des locaux du Conseil national de l’Ordre des médecins -transformé  en Maison de l'indépendance médicale et de l'expression, de l’Ordre des architectes et de la Société des gens de lettres, notamment par Michel Butor, Jean Duvignaud, Jean-Pierre Faye et Nathalie Sarraute.

Mercredi 22 mai

Contre l’interdiction de séjour de Cohn-Bendit, manifestations dans la soirée et dans la nuit à l’appel du Mouvement du 22 mars, de l’UNEF et du SNESup. Les étudiants se rendent à l'Assemblée nationale en scandant : « Nous sommes tous des juifs allemands »

   

Le slogan « Nous sommes tous des juifs allemands » est transposé dans une première version de l'affiche.
Seule la seconde version  « Nous sommes tous des indésirables » est avalisée par l'AG de l'Atelier populaire des Beaux-Arts.
Sérigraphie, 34 x 52 cm

Rencontre CGT-CFDT.

Création du Comité national de défense de la République (CDR).

Lors de la discussion de la motion de censure Georges Pompidou déclare : « Les vieilles structures ne suffisent plus, ne contentent plus, à la fois parce qu'elles sont routinières et sclérosées et parce qu'elles ont été conçues et réalisées à une époque qui n'était pas la nôtre. »

La motion de censure déposée par les groupes communiste et de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste est rejetée, elle ne recueille que 233 voix alors que la majorité requise est de 244.

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Le journal, Le Monde daté du jeudi 23 mai 1968 titre :

Alors que l'activité du pays est totalement paralysée.

L'Assemblée nationale se prononce sur la censure.

Deux membres de la majorité donnent leur démission de député :

M. Edgard Pisani, qui vote la censure, et M. Capitant, qui la refuse.

Manifestation d'étudiants dans la soirée et dans la nuit.

Jeudi 23 mai

Conseil des ministres consacré au projet de référendum.

Les radios ont l’interdiction d’utiliser leurs voitures émettrices et donc de faire des reportages en direct.

Manifestations d’étudiants dans la soirée et dans la nuit.

Vendredi 24 mai

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Manifestation parisienne de la CGT. Manifestations dans toute la France.

A 20 heures le général de Gaulle annonce, à la télévision, un référendum sur la participation (entreprises, universités) pour le mois de juin. Il s'agira, déclare le général de Gaulle, « de donner à l'État et, d'abord, à son chef un mandat pour la rénovation ».


Le général de Gaulle s'adresse au pays lors d'une allocution radiotélévisée, à Paris, le 24 mai 1968,
pour la première fois depuis le début des événements de mai 1968.
© AFP
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L'allocution du général de Gaulle est mal accueillie par les syndicats et les partis de gauche.

Nouvelle manifestation parisienne à l’appel de l’UNEF et du SNESup et nouvelle « nuit des barricades » jusqu’à 6 heures du matin.

La Bourse est incendiée.

Un commissaire de police est tué à Lyon par un camion lancé par les manifestants.

Violences à Bordeaux, Strasbourg, Nantes, Toulouse.

L'atmosphère générale commence à provoquer un retournement de l'opinion, d'abord favorable aux revendications des étudiants puis critique vis-à-vis du mouvement.

Samedi 25 mai


Le leader étudiant Daniel Cohn-Bendit, entouré de manifestants allemands,
proteste à la frontière franco-allemande, le 25 mai 1968
© AFP
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Conférence de presse de Georges Pompidou.

Ouverture des négociations au ministère du Travail, rue de Grenelle. Sont présents à la table des négociations : Georges Pompidou [Tables nominatives], Jean-Marcel Jeanneney [Tables nominatives], Jacques Chirac [Tables nominatives] et Édouard Balladur [Tables nominatives] face aux représentants du C.N.P.F. et des syndicats. Le Gouvernement envisage de proposer des hausses de salaire en vue d'une reprise du travail. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est alors de 406 francs pour quarante-quatre heures de travail hebdomadaire, dans la région parisienne et de 400 francs en province. Le salaire minimum horaire est alors de 2,15 francs à Paris.

Dimanche 26 mai

Réunion du bureau national du PSU

Début des négociations sociales dans le secteur nationalisé.

 

Lundi 27 mai

A 7 h 15, constat (dit « Accords ») de Grenelle entre les syndicats, le patronat et le gouvernement (augmentation du SMIG et des bas salaires, suppression des abattements de zone, réduction progressive de la durée du travail en vue d’aboutir à la semaine de 40 heures, abaissement de l'âge de la retraite, révision des conventions collectives, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise et augmentation des droits syndicaux, …).

 


Le ministre des Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney, deuxième à gauche sur la photo,
avec le Premier ministre Georges Pompidou, Jacques Chirac, secrétaire d'État chargé de l'Emploi [Tables nominatives] et Georges Séguy, secrétaire général de la CGT,
le 27 mai 1968, à la table des négociations pour un protocole d'accord, au ministère des Affaires Sociales, rue de Grenelle à Paris.
© AFP
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A 8 h 30, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, vient à l’île Seguin, usine Renault de Billancourt) présenter les résultats des discussions ; les ouvriers votent la poursuite de la grève.

 

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Le Conseil des ministres approuve le projet de référendum.

A 16 h 30, réunion de l’État-major sous la présidence du général Fourquet.

Meeting au stade de Charléty organisé par l'UNEF, le PSU et la CFDT, en présence de Pierre Mendès France

[Voir le dossier Pierre Mendès France]


Étudiants et travailleurs en grève, le 27 mai 1968 au stade de Charléty
© AFP
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Mardi 28 mai

Georges Pompidou accepte la démission d'Alain Peyrefitte et assure l'intérim du ministère de l'Éducation nationale.

A 11 heures, conférence de presse de François Mitterrand qui, considérant qu’il y a vacance du pouvoir, annonce sa candidature à la présidence de la République.

Déclaration à la presse de Georges Pompidou [Vidéo]

A 16 heures, Waldeck Rochet propose un gouvernement à participation communiste.

Les députés des groupes communiste et FGDS refusent de siéger.

Jean-Marcel Jeanneney, Ministre des Affaires sociales, expose en quatorze points à l'Assemblée nationale les résultats des négociations de Grenelle.

 Jean-Marcel Jeanneney

Centre d’histoire de Sciences Po (CHSP)
Fonds Jean-Marcel Jeanneney

Tables nominatives des interventions de Jean-Marcel Jeanneney devant l'Assemblée nationale

 

Vidéo : communication de Jean-Marcel Jeanneney à l'Assemblée nationale sur la situation sociale

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Négociations entre la FGDS et le PCF

A 21 heures Georges Pompidou est reçu à l’Élysée.

Mercredi 29 mai

9 h 30, le Conseil des ministres est reporté.

11 h 15, départ du général de Gaulle pour Baden, quartier général de l'armée française en Allemagne, où il a rencontré le Général Massu, puis retour à Colombey-les-deux-Églises.

Manifestations CGT de la Bastille à Saint-Lazare.


Jean Helion

Choses vues en Mai - Titre attribué : Triptyque de Mai

Acrylique sur toile AM1991-102

© ADAGP

Paris, Musée national d'Art moderne - Centre Georges Pompidou

© Photo CNAC/MNAM, Dist. RMN / Philippe Migeat
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16 h 30. Conférence de presse d’Eugène Descamps apportant l’appui la CFDT à Pierre Mendès France.

A 19 heures une déclaration de Georges Pompidou à l’Assemblée nationale est annoncée pour le lendemain.

A 21 heures, déclaration de Pierre Mendès France.

À Milan, l'université d'État est rouverte sous protection policière. L'université de la Cattolica est occupée. Des barricades sont érigées.

À Bruxelles, les commencent l'occupation des bureaux administratifs de l'université qui durera 46 jours.

Jeudi 30 mai

A 11 heures déclaration de Valéry Giscard d’Estaing. [Tables nominatives des interventions de M. Valéry Giscard d'Estaing devant l'Assemblée nationale]

12 h 25 Retour du général de Gaulle à l’Élysée.

14 h 30 Georges Pompidou convainc le général de Gaulle de dissoudre l’Assemblée nationale.

15 heures Conseil des ministres.

A 16h30 le Général de Gaulle annonce, à la radio, l'ajournement du référendum, la dissolution de l'Assemblée nationale et le remaniement du Gouvernement. Il appelle les citoyens à l'action civique.

  

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17 h 30 - Jacques Chaban-Delmas annonce aux députés la dissolution de l’Assemblée nationale.


Le Président de l'Assemblée nationale Jacques Chaban-Delmas
annonce la dissolution de l'Assemblée nationale,
le 30 mai 1968
© AFP
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Une manifestation de soutien au général de Gaulle réunit jusqu’à un million de personnes aux Champs-Élysées.


Les élus de la majorité quittent l'Assemblée nationale pour rejoindre
la manifestation de soutien au général de Gaulle, le 30 mai 1968
© AFP
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Manifestation des sympathisants gaullistes le 30 mai 1968
© AFP
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Vendredi 31 mai

Remaniement ministériel.

Maurice Couve de Murville devient ministre de l'Économie et des finances et Michel Debré ministre des Affaires étrangères. François-Xavier Ortoli est ministre de l'Éducation nationale et Marie-Madeleine Dienesch secrétaire d'État à l'Éducation nationale.

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Manifestations de soutien au Général de Gaulle en province.

Engagement de négociations de branches améliorant les dispositions du « constat » de Grenelle. Ces négociations se poursuivent jusqu’au 19 juin. Dans la fonction publique, des négociations se déroulent du 28 mai au 2 juin et se concluent par un constat. Elles sont complétées par des négociations dans les ministères.

Affiche validée par l'AG le 8 juin
réalisée en lithographie et en sérigraphie, en divers formats, dont 62 x 85 cm, reprise en offset

Déblocage des dépôts d'essence et retour à la normale de la distribution d’essence à Paris.

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Juin

1er juin

Manifestation parisienne de l’UNEF au cri de « Élections, trahison ».

1er-3 juin

Réapprovisionnement des villes en essence.

3 juin

Occupation par l’armée des installations techniques de l’ORTF.

Début de la reprise du travail à EDF-GDF, dans les mines, la sidérurgie et les travailleurs de l’État.

4 juin

La police met fin violemment à l'occupation de l'université de Columbia, faisant 200 blessés et arrêtant  plus de 700 étudiants.

6 juin

Reprise à la RATP, à la SNCF et dans la fonction publique.

Début de l’opération Jéricho à l’ORTF.

Assassinat de Bob Kennedy, après sa victoire aux primaires présidentielles de Californie.

7 juin

Évacuation violente de l’usine Renault de Flins par les CRS ; affrontements.

Amnistie des dirigeants de l’OAS emprisonnés.

Interview télévisée du général de Gaulle par Michel Droit. Le général de Gaulle explique aux Français les décisions qu'il a prises et la politique qu'il entend mettre en œuvre.


Le général de Gaulle interrogé à la télévision par Michel Droit, le 7 juin 1968
© AFP
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10 juin

Nouveaux affrontements avec la police. Mort, à Flins, du lycéen Gilles Tautin.

Ouverture de la campagne électorale pour les élections législatives.

L'UDR et le Parti communiste présentent un candidat dans chacune des 487 circonscriptions.

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11 juin

Affrontements avec la police devant les usines Peugeot à Sochaux : mort d’un manifestant. Réoccupation de Flins par les grévistes. Manifestations violentes à Paris (au départ de la gare de l’Est) et dans plusieurs grandes villes de province.

12 juin

Reprise des cours dans les lycées.

Interdiction de toute manifestation sur la voie publique pendant la durée des élections.

Dissolution de plusieurs mouvements d'extrême-gauche (dont certains sous différentes appellations : Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), Voix ouvrière, Groupes "Révoltes", Fédération des étudiants révolutionnaires (FER), Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER), Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCML), Parti communiste internationaliste (PCI), Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF), Fédération de la jeunesse révolutionnaire, Organisation communiste internationaliste (OCI), Mouvement du 22 mars).

14 juin

Évacuation de l’Odéon par la police.

Reprise aux usines Wonder à Saint-Ouen. La reprise se généralise.

15 juin

Le général Salan est gracié ainsi que dix autres condamnés.

16 juin

Évacuation de la Sorbonne par la police.

17 juin

Reprise du travail à la Régie Renault.

Intervention de la police antiémeute à l'université de Tokyo, en vue d'évacuer le bâtiment administratif.

18 juin

Reprise du travail dans plusieurs secteurs de l’automobile et de la métallurgie.

20 juin

Lors d'une réunion électorale à Paris, André Malraux prophétise :« Nous ne sommes pas en face de besoins de réformes, mais en face d'une des crises les plus profondes que la civilisation ait connues. »

 

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23 juin

Pouvoir populaire - Sérigraphie 77 x 49 cm

L'affiche reprise en offset a été produite par l'Atelier populaire des Beaux-Arts
avant le premier tour des élections législatives

Premier tour des élections législatives.


Le Président de la République Charles de Gaulle vote
le 23 juin 1968 à Colombey-les-deux-Églises
lors du premier tour des élections législatives.
© AFP
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24 juin

Reprise du travail chez Citroën.

27 juin

Reprise du travail à l’ORTF. Évacuation de l’École des Beaux-arts par la police.

30 juin

Second tour des élections législatives. 22 millions de votants (78% de participation). Raz-de-marée gaulliste. L’UDR et les RI regroupent 43,6% des voix et le Centre démocratique 10,3%, le PCF 20%, la FGDS 16,5% et le PSU 3,9%. [Voir les résultats]

L'UDR obtient 293 sièges.

 

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Juillet

3- 9 juillet

Assises nationales des universités à Grenoble.

5 juillet

Début d'une grève des étudiants, à Tokyo, qui durera 4 mois.

10 juillet

Démission du gouvernement de Georges Pompidou. Maurice Couve de Murville succède à Georges Pompidou au poste de Premier ministre.

11 juillet

Début de la IVe législature

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Maurice Couve de Murville, Premier ministre,
le 11 juillet 1968 au banc du Gouvernement.
© AFP
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[Vidéo]

Séance du 11 juillet 1968 (ouverture de la IVe législature de l'Assemblée nationale et de la session de droit prévue par la Constitution)

 

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Extraits de la déclaration du Gouvernement et du débat sur cette déclaration
[Compte rendu intégral de la 1ère séance du mercredi 17 juillet 1968]

 

Arrestation d’Alain Krivine à la suite de la dissolution de la JCR.

12 juillet

Nomination par le général de Gaulle des membres du nouveau Gouvernement.

15-31 juillet

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Incidents au Festival d'Avignon.

26 juillet

Une énorme manifestation d’étudiants a lieu à Mexico en l’honneur du mouvement du 26 juillet de Fidel Castro. La police tire et fait 10 morts.

29 juillet

Paul VI rend publique l’encyclique Humanae vitae condamnant la contraception.

Août

20- 21 août

400 à 500 000 hommes des troupes du Pacte de Varsovie pénètrent dans le pays.

La direction du parti communiste tchécoslovaque dénonce la violation des principes de souveraineté mais n’appelle pas à la résistance armée.

L’entrée des chars soviétiques en Tchécoslovaquie met fin au Printemps de Prague.


Chars soviétiques dans Prague, le 21 août 1968
© AFP
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La grève générale est suivie à Prague figée par le silence.

27 juillet

À Mexico a lieu une grève de protestation.300 000 manifestants défilent dans les rues, alors que les premiers athlètes commencent à arriver pour participer aux Jeux olympiques qui doivent s’ouvrir le 12 octobre.

25 août

Concert rock dans Lincoln Park, à Chicago.

28 août

La police évacue Lincoln Park, à Chicago. Des manifestants se regroupent à Grant Park près de l'hôtel Hilton où se trouvent la plupart des délégués à la Convention démocrate. Jerry Rubin, fondateur, avec Abbie Hoffman, en décembre 1967, au lendemain du fameux «été de l'amour», du Youth International Party (YIP), est arrêté et inculpé d'incitation à l'émeute.

4 septembre

500 policiers antiémeutes évacuent l'universté privée Nihon occupée par des étudiants.

18 septembre

La cité universitaire de Mexico est encerclée par les troupes qui pénètrent dans l'Université autonome. 3 000 personnes sont arrêtées.

22 septembre

Des barrages sont érigés autour de l'école professionnelle n° 7 de Mexico.

Octobre

L'agitation des étudiants reprend en Italie, notamment à la faculté d'architecture de Milan.

2 octobre

À Mexico l’armée ouvre le feu sur les étudiants place des Trois-Cultures faisant au moins vingt morts et 75 blessés. Des milliers de personnes sont arrêtées. Jean-Paul Sartre et Bertrand Russell appellent au boycott des Jeux Olympiques.

8 octobre

Lors des émeutes de Shinjuku à Tokyo on dénombre 800 blessés et 150 arrestations.

10 octobre

Adoption en première lecture à l’Assemblée nationale de la loi d'orientation de l'enseignement supérieur.

17 octobre

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Aux Jeux olympiques de Mexico les Américains Tommie Smith et John Carlos arrivés premier et troisième du 200 mètres lèvent le poing sur le podium lors de la remise des médailles afin de condamner publiquement la condition des Afro-américains aux États-Unis. Ce geste symbolique est la marque de leur soutien au mouvement politique noir américain des Black Panthers et du Black power (pouvoir noir aux États-Unis).

25 octobre

800 étudiants occupent la London School of Economics à Londres ; sur des banderoles placées à l'entrée est écrit le slogan Victory for the Vietnam Revolution.

31 octobre

Création de la Gauche prolétarienne par des membres de l’UJCML dissoute.

12 novembre

Promulgation de la loi d'orientation de l'enseignement supérieur.

La loi d'orientation bouleverse l'organisation de l'Université. Napoléon Ier avait créé l’Université impériale, englobant tout l’enseignement public divisé en académies (loi du 10 mai 1806). Sous la IIIe République, la loi Liard de 1896 a décentralisé le système en rétablissant les universités, héritées du Moyen Age.

Le cadre des anciennes facultés est éclaté en deux instances, l'une plus réduite, les unités d'enseignement et de recherche (U.E.R.), et l'autre, plus large, l'université.

24 novembre

Le général de Gaulle annonce que le franc ne sera pas dévalué, malgré la crise spéculative qui vient de se dérouler.

Décembre

4 décembre

Adoption en première lecture à l’Assemblée nationale de la loi relative à l'exercice du droit syndical dans les entreprises.

5 décembre

Grève générale à Rome.

7 décembre

Création de l’Université de Vincennes, centre expérimental d’enseignement universitaire. 240 enseignants tels que Pierre Bourdieu, Michel Butor, François Chatelet, Hélène Cixous, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Lacan, Jean-François Lyotard , Michel Serres, y bouleverseront les méthodes pédagogiques traditionnelles.

27 décembre

Promulgation de la loi relative à l'exercice du droit syndical dans les entreprises