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De la Révolution à la
Troisième République, des grandes voix contre la peine de mort
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Il
vaut mieux hasarder de sauver un coupable que condamner un innocent.
Zadig,
1747. Voltaire
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Je
voudrais assurément que l'abolition de la peine de mort
pût être, en Europe, dans ce siècle même, un fait
accompli ; mais j'ai foi au moins qu'au siècle prochain
elle s'accomplira dans le monde civilisé.
La peine de mort au
vingtième siècle. 1877. Valentine de Sillon |
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Vains
efforts ! périlleuse audace !
Me disent des amis au geste menaçant,
Le lion même fait-il grâce
Quand sa langue a léché du sang ?
Taisez-vous ! ou chantez comme rugit la foule ?
Attendez pour passer que le torrent s'écoule
De sang et de lie écumant !
On peut braver Néron, cette hyène de Rome !
Les brutes ont un coeur ! le tyran est un homme :
Mais le peuple est un élément ;
Élément
qu'aucun frein ne dompte,
Et qui roule semblable à la fatalité ;
Pendant que sa colère monte,
Jeter un cri d'humanité,
C'est au sourd Océan qui blanchit son rivage
Jeter dans la tempête un roseau de la plage,
La feuille sèche à l'ouragan !
C'est aiguiser le fer pour soutirer la foudre,
Ou poser pour l'éteindre un bras réduit en poudre
Sur la bouche en feu du volcan !
Souviens-toi
du jeune poète,
Chénier ! dont sous tes pas le sang est encore chaud,
Dont l'histoire en pleurant répète
Le salut triste à l'échafaud.
Il rêvait, comme toi, sur une terre libre
Du pouvoir et des lois le sublime équilibre ;
Dans ses bourreaux il avait foi !
Qu'importe ? il faut mourir, et mourir sans mémoire :
Eh bien ! mourons, dit-il. Vous tuez de la gloire :
J'en avais pour vous et pour moi !
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Contre la
peine de mort. 1830. Alphonse de Lamartine
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Alphonse de
Lamartine
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La
veuve, auprès d'une prison,
Dans un hangar sombre, demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu'il faut qu'un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu'accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.
Avec des airs d'enterrement
Qu'il gèle, qu'il vente ou qu'il pleuve,
Elle s'habille lentement,
La veuve.
Les témoins, le prêtre, la
Loi
Voyez, tous est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir c'est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le panier plein de son :
La corbeille de mariage.
Alors tendant ses longs bras
roux,
Bichonnés, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La veuve.
La veuve, 1887.
Poésie de Jules Jouy |
La
vie n'appartient qu'à Dieu, et c'est pourquoi il est écrit :
"vous ne tuerez point".
Quand la loi tue, elle n'inflige pas un châtiment, elle
commet un meurtre.
Le Livre du
peuple. 1837. Félicité de Lamennais |
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Genève
est à la veille d'une de ces crises normales qui, pour
les nations comme pour les individus, marquent les
changements d'âge. Vous allez réviser votre
constitution. Vous vous gouvernez vous-mêmes ; vous êtes
vos propres maîtres ; vous êtes des hommes libres ; vous
êtes une république. Vous allez faire une action
considérable, remanier votre pacte social, examiner où
vous en êtes en fait de progrès et de civilisation, vous
entendre de nouveau entre vous sur les questions
communes ; la délibération va s'ouvrir, et parmi ces
questions, la plus grave de toutes, l'inviolabilité de
la vie humaine, est à l'ordre du jour.
C'est de la peine de
mort qu'il s'agit. Hélas, le sombre rocher de Sisyphe !
quand donc cessera-t-il de rouler et de retomber sur la
société humaine, ce bloc de haine, de tyrannie,
d'obscurité, d'ignorance et d'injustice qu'on nomme
pénalité ? quand donc au mot Peine substituera-t-on le
mot Enseignement ? quand donc comprendra-t-on qu'un
coupable est un ignorant ? Talion, oeil pour oeil, dent
pour dent, mal pour mal, voilà à peu près tout notre
code. Quand donc la vengeance renoncera-t-elle à ce
vieil effort qu'elle fait de nous donner le change en
s'appelant Vindicte ? Croit-elle nous tromper ? Pas plus
que la félonie quand elle s'appelle Raison d'État. Pas
plus que le fratricide quand il met des épaulettes et
qu'il s'appelle la Guerre. De Maistre a beau farder
Dracon ; la rhétorique sanglante perd sa peine, elle ne
parvient pas à déguiser la difformité du fait qu'elle
couvre ; les sophistes sont des habilleurs inutiles ;
l'injuste reste injuste, l'horrible reste horrible. Il y
a des mots qui sont des masques ; mais à travers leurs
trous on aperçoit la sombre lueur du mal.
Genève et la peine de
mort ; lettre du 29 novembre 1862. Victor Hugo
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Victor Hugo
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Ils
sont là, au Palais-Bourbon, se chamaillant, feignant d'être fort en
colère, au fond soutenant des thèses, et résolus, quoi qu'il arrive,
à ne rien changer. Ils maintiennent la peine de mort, mais en beau
langage, avec une rhétorique qui vient du concours général, et des
arguments que l'État fournit aux jeunes normaliens qui veulent faire
leur chemin dans le monde. Ils ne se jugent pas méchants, parce que
beaucoup d'entre eux aiment quelque chose ou quelqu'un ; ils se
croient très cultivés, parce que quelques-uns savent ce qu'ont dit
les autres ; ils se croient très libres d'esprit, parce qu'ils ne
sont solidement attachés à rien ; ils se croient même vertueux pour
des sous arrachés par quelque misère criante, ou des billets de
banque par l'Église. Et confortablement installés dans cette forte
estime d'eux-mêmes, ils sont bien à leur aise pour cingler de leur
mépris la canaille hurlante de la place publique de Laval. Vraiment
! Barbares est bientôt dit. Ce qu'ils viennent chercher ces
barbares, c'est le spectacle du sang versé par vous. Ce couteau,
c'est votre instrument d'ordre social. Ce bourreau, c'est votre
fonctionnaire. Ce sang, c'est un ordre de vous qui le fait couler.
Pourquoi ceux qui n'ont rien ordonné se détourneraient-ils de votre
acte ? Pourquoi auraient-ils la pudeur qui vous fait défaut ? Ils
sont grossiers, répugnants, c'est vrai ; mais eux, du moins, ne sont
pas responsables. Vous, vous proclamez que sans cet acte sacré d'une
vie humaine détruite méthodiquement par la machine sociale, la
société est en péril. Alors, laisser le peuple se repaître de
l'enseignement de l'acte sacré. Il ne sait pas, lui ! Il ne fait pas
de lois.
Le Grand Pan.
1896. Georges Clemenceau
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biographique de
Georges Clemenceau
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