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En France, plusieurs grands avocats
(Maurice Garçon, Albert Naud,
René Floriot) mirent, dans les années soixante, leur notoriété et
leur talent au service de la cause abolitionniste, mais c'est à
partir de 1976 que se déploie l'offensive la plus vigoureuse. Elle
s'appuie sur trois affaires judiciaires qui secouèrent l'opinion et
conclurent, pour deux d'entre elles (Christian Ranucci et Jérôme
Carrein) par des exécutions, pour la troisième (Patrick Henry) par
une condamnation à perpétuité.
Robert Badinter, défenseur de Patrick
Henry, reprend dans plusieurs essais et articles le réquisitoire
contre la peine capitale dressé devant les jurés de l'Aube et
participe, avec d'autres praticiens du droit, au combat mené par
divers mouvements de défense des Droits de l'homme. L'Association
française contre la peine de mort propose d'assortir la perpétuité
d'une peine de sûreté conciliant la protection de la société et les
possibilités de réinsertion laissées au condamné.
La dernière exécution a lieu le 10
septembre 1977, mais une majorité de Français demeure favorable à la
peine capitale, selon un sondage publié en juin 1978. Aussi les
positions abolitionnistes adoptées lors de la campagne
présidentielle de 1981 par François Mitterrand, Georges Marchais et
Jacques Chirac ne flattent-elles pas une opinion dominante
principalement habitée par un souci sécuritaire.
Un principe ne se divise pas...
| Ni dans le coeur des
individus, ni dans les mœurs de la société, il n'y aura
de paix durable tant que la mort ne sera pas mise hors
la loi.
Albert Camus.
Réflexions sur la peine capitale, 1957 |
| L'État n'a pas le droit
de juger en dernier ressort du destin ultime de la
personne humaine. (...) Au fond de chaque homme civilisé
se tapit un petit homme de l'âge de pierre, prêt au vol
et au viol, et qui réclame à grands cris un oeil pour un
oeil. Mais il vaudrait mieux que ce ne fût pas ce petit
personnage habillé de peau de bêtes qui inspirât la loi
de notre pays.
Arthur Koestler.
Réflexions sur la peine capitale, 1957. |
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Est-elle
exemplaire, cette mort qu'on inflige à deux ou trois
heures du matin, dans une courette sale de prison,
entre officiels, clandestinement, et dont la presse
elle-même n'ose plus parler ? Peut-on croire encore que
ces trois lignes en quatrième page d'un journal
quotidien, destinées à proclamer urbi et orbi que X ou Y
est mort à deux heures cinquante-huit, sont capables de
frapper une opinion sollicitée par bien d'autres
préoccupations ? Une peine de mort dont on a honte ne
peut plus être qu'une barbarie.
Albert Naud.
Contre la peine de mort, 1967. |
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Un principe ne se divise
pas. On ne peut pas être hostile à la peine de mort,
sauf en certaines circonstances, sauf pour certains
crimes particulièrement affreux, sauf pour certains
coupables jugés irrécupérables. Ou bien on croit
aveuglément à la justice des hommes et on s'en tient à
l'une de leurs plus vieilles lois, la loi du talion. Ou
bien on pense que ce n'est pas si simple et que nul n'a
le pouvoir ni le droit de trancher délibérément le fil
d'une vie.
Pierre Viansson-Ponté.
Ce n'est pas si simple... Le Monde, 29
novembre 1972 (in La peine de mort, Chronique d'un
débat passionné, Le Monde, Librio) |
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