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Hommage solennel à la mémoire de Pierre
Mendès France (...) Il faudrait être bien inattentif pour croire que l'action de Pierre Mendès France fut limitée aux quelque sept mois et dix-sept jours passés de juin 1954 à février 1955 à la tête du gouvernement de la République. Un été, un automne, quelques jours. L'histoire ne fait pas ces comptes-là. Léon Blum, pour un an. Gambetta et Jaurès, pour si peu, pour jamais, pour toujours. Cet homme qui fut brièvement mais pleinement homme de gouvernement avait pour le Parlement un respect qui ne fut pas, il faut le dire, payé de retour. Les témoins se souviennent de la clameur qui couvrit ces propos en ce jour du 5 février 1955, alors qu'abattu par une coalition d'intérêts contraires – et sans doute s'était-il refusé à compter tous les suffrages qu'il eût pu réunir –, il tentait, contre les usages, d'exposer les sentiments qui étaient les siens et l'ampleur de la tâche qui attendait son successeur. J'ai vécu avec lui ce moment et j'entends encore son cri : « Le devoir interdit tout abandon ». Tout Mendès France était dans ce double aveu : la peine qu'il ressentait à se voir privé du moyen de poursuivre la politique qu'il croyait bonne pour le pays, la conviction qu'une politique juste serait tôt ou tard reprise par d'autres, après lui. J'ai gardé jusqu'ici pour moi le récit de cette scène que nous avons été quelques-uns à partager. Dans le bureau du Chef du Gouvernement au Palais Bourbon, Pierre Mendès France, le visage dans les mains, refermé sur lui-même, puis nous regardant, creusé de chagrin et laissant échapper cette plainte à mi-voix : « J'ai fait ce que j'ai pu. Que deviendra la République ? » (...)
Source : Discours de
François Mitterrand, Président de la République, prononcé dans la cour d'honneur
de l'Assemblée nationale,
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