Arrêt en date du 30 avril 1954 de la Cour de
cassation, cassant le jugement du tribunal militaire de la XIIIe
région du 9 mai 1941 qui a « prononcé condamnation contre
Mendès France »
• Pierre Mendès France ressentit sa
condamnation comme une blessure inguérissable. « L'annulation
en bloc, en 1944, de toutes les condamnations prononcées à des
fins politiques par les autorités judiciaires du Gouvernement de
fait, dit de Vichy, ne le satisfait pas (...). C'est une
révision de son procès qu 'il requiert en 1945, c'est un arrêt
de la Chambre criminelle de la Cour de cassation qu 'il exige.
Sa condamnation a été politique, il entend que sa réhabilitation
s'entoure des formalités solennelles d'un jugement de la Cour de
cassation. »
(Alain Gourdon, Mendès France ou le rêve
français).
Lettre, en date du 25
novembre 1943, de Pierre Mendès France, commissaire aux Finances
du Comité de la Libération nationale, à Félix Gouin, Président de
l'Assemblée consultative provisoire à Alger
• En novembre 1943,
Pierre Mendès France est nommé par le Général de Gaulle
commissaire aux Finances du Comité français de Libération
nationale à Alger.
(« Pierre Mendès
France, quittant sur mon ordre le groupe d'aviation "Lorraine",
assumait la charge des Finances en remplacement de Couve de
Murville qui devenait, comme il l'avait demandé, représentant de
la France à la commission des Affaires italiennes. »)
(De Gaulle, Mémoires de
guerre. Tome II : L'Unité). (Club français du livre, 1969, page
418).
• Trois thèmes associés
ici : la présence dans un gouvernement sous l'autorité du
Général de Gaulle ; la spécialisation économique et financière ;
la relation avec ce que de Gaulle appela « un début de
résurrection des institutions représentatives » : l'Assemblée
consultative d'Alger.
Le destinataire de
cette lettre, Félix Gouin, député S.F.I.O., succédera au Général
de Gaulle à la tête du Gouvernement provisoire de la République
française après la démission de celui-ci le 20 janvier 1946.
Émile Katz, Secrétaire général de l'Assemblée consultative
d'Alger, à qui une copie de cette lettre était adressée,
deviendra par la suite Secrétaire général de l'Assemblée
nationale sous la IVe
et la Ve République, jusqu'en 1971 (Émile Blamont).
(Service des Archives
de l'Assemblée nationale). (Page 14).
Procès-verbal en date du 10 avril 1945 de la
commission de coordination des Affaires économiques et sociales de
l'Assemblée consultative provisoire
• Le Président de la commission, Albert
Gazier, constate la démission de Pierre Mendès France,
intervenue quelques jours auparavant, de ses fonctions de
ministre de l'Économie nationale.
Albert Gazier sera ministre des Affaires
sociales en janvier 1956 dans le Gouvernement de Front
républicain dirigé par Guy Mollet, et vice-présidé par Mendès
France.
(Service des Archives de l'Assemblée
nationale).
Une démission
|
« Comme il est naturel, Pierre Mendès
France quitte le Gouvernement, sur sa demande, au mois
d'avril. Il le fait avec dignité. Aussi gardai-je mon estime
à ce collaborateur d'une exceptionnelle valeur. Au
demeurant, si je n'adopte pas la politique qu'il préconise,
je n'exclus nullement de la faire mienne un jour, les
circonstances ayant changé. Mais, pour que Mendès France
soit, éventuellement, en mesure de l'appliquer, il faut
qu'il sache rester fidèle à sa doctrine. C'est dans ce sens
que, pour un ministre, le départ peut être un service rendu
à l'État. »
Charles de Gaulle
« Mémoires de guerre : Le Salut »
(Club français du livre, 1969 - p. 126) |
Photographie. Le Général
de Gaulle et Pierre Mendès France à Louviers, le 8 octobre 1944
• « Une semaine plus tard, j'étais en
Normandie, province qui battait le record de la dévastation. Les
ruines y semblaient d'autant plus lamentables qu'il s'agissait
d'une région pleine de richesses anciennes et récentes.
Accompagné de Mendès France et de Tanguy-Prigent, conduit par
Bourdeau de Fontenay, commissaire de la République, et le
Général Legentilhomme, commandant de la région militaire, je
visitai, en particulier Le Havre, Rouen, Évreux, Lisieux et Caen
ou, pour mieux dire, leurs décombres. »
Charles de Gaulle « Mémoires de guerre » : Le
Salut.
(Club français du livre, 1969 - p. 28).

© DR (Collection Françoise Chapron)

© DR (Collection Françoise Chapron)
Hommage au général de
Gaulle
(novembre 1954)
|
« Le Général de
Gaulle a incarné la France au combat dans une coïncidence si
complète avec le sentiment national le plus profond qu'il
n'a jamais séparé la République à rétablir de l'indépendance
à recouvrer. Dès l'origine, ses premiers appels dénonçaient
à la fois les deux formes liées d'une même abdication qui
renonçait à la lutte en même temps qu'à la légalité
républicaine. Au principe de son action, la Résistance
posait la souveraineté nationale, revendiquée dans la
liberté des frontières aussi bien que dans celle des
institutions démocratiques.
Réduit par la
nécessité immédiate à une sorte de dictature temporaire du
salut public, le mouvement de libération voulait du moins
marquer dans les faits sa tendance et son intention :
introduire, même dans son organisation provisoire, un
élément qui amorçât l'évolution qu'il souhaitait vers le
fonctionnement normal et complet du régime parlementaire.
Par là prenait
toute sa portée la création de l'Assemblée consultative
prévue dès la période de Londres, dès le 24 septembre 1941.
»
Pierre Mendès France
Discours commémoratif de l'installation à Paris
de l'Assemblée consultative - 9 novembre 1954
(Œuvres complètes, t. III - p. 446 et suiv.) |
Discours prononcé à
l'Assemblée nationale le 1er
juin 1958, lors de l'investiture du Général de
Gaulle,
« président du Conseil désigné »
• « La IVe République périt de ses propres fautes. Ce régime disparaît parce qu’il n’a pas su résoudre les problèmes auxquels il était confronté. […] Le " système " que le général de Gaulle
a si souvent critiqué et qui méritait, en effet, bien des
critiques, a échoué. Mais ce n’est pas la République, ce n’est
même pas le système parlementaire qui méritent d’être condamnés.
Seul, le mauvais usage qui en a été fait nous a réduits à
l’impuissance et nous a conduits à tant de déconvenues. […]
Quoiqu’il en coûte aux sentiments que j’éprouve pour la personne
et pour le passé du général de Gaulle, je ne voterai pas en
faveur de son investiture ; et il n’en sera ni surpris, ni
offensé. Tout d’abord, je ne puis admettre de donner un vote
contraint par l’insurrection et la menace d'un coup de force militaire
(applaudissements à l'extrême gauche et à gauche) car la
décision que l'Assemblée va prendre - chacun ici le sait
n'est pas une décision libre, le consentement que l'on va donner
est vicié (protestations à droite - applaudissements à
l'extrême gauche et à gauche) […] Car enfin, ce gouvernement, qui nous l’impose ? Hélas ! ce sont les mêmes hommes qui, dans le passé, ont fait échouer toutes les tentatives de règlement raisonnable et humain en Afrique du Nord, qui ont rendu la guerre inévitable, l’ont orientée vers la répression sans issue politique, ont joué sur les nerfs d’une population européenne affolée, et exultent en ce moment parce qu’ils se flattent d’avoir porté le général de Gaulle au pouvoir.
Ah ! puissent-ils être déçus ! Je veux l’espérer pour la France et pour la gloire du général de Gaulle lui-même. Certes, il n’a rien révélé des solutions qu’il envisage pour mettre fin à la guerre d’Algérie. […] Mais on connaît assez son intelligence des grands courants de l’histoire pour être confiant qu’il voudra les orienter dans les voies de la liberté et de l’association. Seulement, ceux qui l’ont conduit au pouvoir le lui permettront-ils ? Puisse l’Histoire dire un jour que de Gaulle a éliminé le péril fasciste, qu’il a maintenu et restauré les libertés, qu’il a rétabli la discipline dans l’administration et dans l’armée, en un mot qu’il a consolidé et assaini la République. Alors, mais alors seulement, le général de Gaulle incarnera la légitimité ».
[Compte
rendu intégral de la séance du dimanche 1er juin 1958]
Dans ses « Mémoires
d'espoir », le Général de Gaulle se borne à qualifier de «
malveillante » cette intervention.
(Tome I - Le Renouveau, p. 33, Plon, 1970).
« Une grande destinée
» par Pierre Mendès France
• Article paru dans
Le Monde du 12 novembre 1970, le lendemain de la mort du
Général de Gaulle.
Dans cet article, sans
doute longuement mûri, Pierre Mendès France oppose sans souci de
nuance le chef de la France libre et le fondateur de la Ve
République. Pour le premier, l'éloge est sans réserve : sa
décision d'appeler à la résistance, les qualités qu'il a
révélées dans la mission qu'il a assumée (« lucidité », «
caractère », « autorité », « courage »), mais aussi la
volonté de transcender ses propres origines intellectuelles pour
devenir non seulement le héros de l'honneur de la Nation, mais
aussi celui de « la liberté », de la « légalité
républicaine » et des droits souverains du peuple, ont fait
de lui l'incarnation du « cœur pur » des « soldats de
l'an II », « l'interprète et l'instrument de la nation en
son vrai destin ». De Gaulle, pour Mendès France, ancien
aviateur des F.F.L., a « un moment, en effet, été la France ».
Le prestige immense
qu'il en a tiré lui avait donné une capacité inégalée pour agir
sur l'avenir du pays, c'est-à-dire des responsabilités
considérables, tout comportement médiocre pouvant alors
constituer « une sorte de trahison de sa vocation historique
». Le chef de la Ve République est accablé de
critiques : il est parvenu au pouvoir par la ruse et la
duplicité ; en matière de décolonisation, ses conceptions furent
sans envergure ; en Algérie, il fut incapable d'imposer sa
solution, si tant est qu'il en ait eu une, et ses revirements à
vue ont mené à la pire des solutions. En politique étrangère, il
a mené une politique d'orgueil et de nostalgie, et conduit le
pays à l'isolement. Le réquisitoire continue. Le régime
gaulliste, prétend Mendès France, fut géré à coup de
manipulations et de mépris du peuple ; alors que « la
démocratie politique et sociale, c'est d'abord la gestion des
affaires au profit du plus grand nombre », de Gaulle aura
présidé à l'aggravation des inégalités tandis que son parti aura
glissé vers la défense des « intérêts que défend toujours la
droite, ceux du grand capitalisme national et de ses associés de
l'extérieur ». Pierre Mendès France annonce la fin proche
d'un régime qui, ayant échoué auprès des jeunes, la société de
l'avenir, n'aura pas dans l'avenir l'ancrage social
indispensable pour surmonter ses inévitables crises
institutionnelles... Cet article fut ressenti comme inadmissible
par les gaullistes. Jean-Marcel Jeanneney, vainqueur de Mendès
France à Grenoble en juin 1968, après avoir refusé de se
présenter contre lui l'année précédente, estima que « ce
texte était inexcusable ». « Il critiquait de bout en bout toute
l'œuvre du Général de Gaulle à partir de 1945 (...). Cette
injuste hostilité n'était-elle pas du dépit amoureux ? »
(In « Le citoyen Mendès France, 15
témoignages recueillis et présentés par Jean Daniel et Jean
Lacouture, Seuil, 1992).
(Pages 42 et 43).
Ce qui aurait pu être ?
|
« ... Ce que j'ai
cru et ce que je crois toujours, c'est que la conjonction de
Pierre Mendès France et de de Gaulle eût été ce qui aurait
pu arriver de plus heureux pour la nation. L'impossibilité
en est inscrite dans la nature même de Pierre Mendès France,
dans cette inflexibilité qui fait sa grandeur, mais qui aura
fait aussi sa destinée et l'aura condamné à ne pas servir
autrement que par une action toute spirituelle. Pourtant,
Pierre Mendès France est plus proche de de Gaulle, je serais
tenté de dire infiniment plus proche, que de Mitterrand, que
de Guy Mollet ou que des chefs communistes. De Gaulle, et
Mendès, chacun de son côté, se sont fait de la France une
idée qui, au fond, et quoi qu'ils en pensent, est la même :
une France indépendante dans le siècle et dans les cieux et
maîtresse d'indépendance et de liberté pour tous les peuples
et d'abord pour ceux que nous avons dominés ».
François Mauriac
Bloc Notes, 26 décembre 1966
(Seuil, t. IV, 1965-1967, réédition 1993) |
|
« La
dernière fois que j'ai vu le Général de Gaulle, trois jours
avant le référendum qui devait l'éloigner du pouvoir, il m'a
dit textuellement : « J'ai toujours regretté que Mendès
France n'ait pas voulu travailler avec nous (...) C'est un
homme d'État ». Il ajouta sur un ton qui ne lui était
pas habituel : « et pourtant je l'avais soutenu en 1954 ».
Maurice Schumann
Le Monde, 20 octobre 1982 |
|
« La question est
souvent posée de savoir pourquoi P.M.F. n'a pas pu
s'accorder d'une manière durable avec le Général de Gaulle
alors que leurs rapports personnels étaient bons et que leur
concours aurait été avantageux pour l'un et pour l'autre
comme pour le pays. Les grandes divergences de vues ne
fournissent pas d'explication décisive. En fait, les
circonstances ont été plus déterminantes : à aucun moment
elles ne les ont incités à unir leurs destins. »
René de Lacharrière
« Mendès France et le Général de Gaulle :
L'impossible rapprochement »
(Pouvoirs, n° 27, 1982 - p. 120) |
|