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Député et président du Conseil
1946-1958

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 Pierre Mendès France

© Assemblée nationale

Vingt-cinq ans de mandat parlementaire sous la IIIe (1932-1940), la IVe (1946-1958) et la Ve République (1967-1968).

On a regroupé les pages des « tables » qui retracent législature après législature, comme pour chaque député, les activités parlementaires et gouvernementales de Pierre Mendès France pendant près de vingt-cinq années de mandat : dépôts de propositions ou de projets de loi, rapports, amendements, interventions...

Ces tables comportent environ trente-cinq pages à double colonne. Elles ne donnent d'ailleurs qu'une idée incomplète du travail du député, ne prenant pas en compte les questions écrites, les interventions en commission, non plus, bien entendu, que l'activité dans la circonscription.


 

Au Gouvernement
 

Photographie. Mendès France dans l'hémicycle le 17 juin 1954 attendant que commence le débat d'investiture.

Dans son discours, le « Président du Conseil désigné » va définir les termes de son pari pour mettre fin au conflit d'Indochine.

Photographie. Le Gouvernement Mendès France. 19 juin 1954.

• Pierre Mendès France a exposé dans sa déclaration d'investiture le 17 juin 1954 dans quel esprit il formerait son gouvernement : « Il n'y aura pas de ces négociations interminables que nous avons connues ; je n 'admettrai ni exigences, ni vetos. Le choix des ministres, en vertu de la Constitution, appartient au Président du Conseil investi et à lui seul. Je ne suis pas disposé à transiger sur les droits que vous m'auriez donnés par votre vote d'investiture ».

(Repris dans « Gouverner, c'est choisir » t. II, Sept mois et dix-sept jours. Julliard, 1955, p. 25).

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• La révision constitutionnelle du 7 décembre 1954 que fera voter Pierre Mendès France modifiera les modalités de formation du gouvernement, le Président du Conseil se présentant devant l'Assemblée en ayant déjà choisi ses ministres.


(Institut Pierre Mendès France)

Au premier rang, de gauche à droite : Jean Berthoin, François Mitterrand, Edgar Faure, Pierre Mendès France, René Coty, Président de la République, Général Koenig, Émile Hughes, Jacques Chaban-Delmas. Au dernier rang, troisième à partir de la droite, André Bettencourt. Ce gouvernement fut le premier de l'après-guerre et même depuis le Cabinet Blum, en 1936, à comporter un secrétariat d'État à la Recherche.

(Institut Pierre Mendès France)

 

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Quelques aspects de l'activité d'un grand parlementaire et d'un homme d'État

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La cessation des hostilités en Indochine

Quelques semaines après la bataille de Dien Bien Phu, Pierre Mendès France prend l’engagement de régler la question de l’Indochine dans un délai d’un mois ou de démissionner après avoir fait voter l’envoi d’ un contingent en Indochine, « ultimatum du vaincu au vainqueur » selon la formule de Raymond Aron. Les discussions sur l’Indochine débutent à Genève le 8 mai 1954. Les accords sont conclus dans la nuit du 20 au 21 juillet 1954.

 


© A.F.P.

A Genève, Pierre Mendès France et Pham Van Dong vers la paix.
De gauche à droite, Pham Van Dong, Guy de La Tournelle, adjoint de Jean Chauvel, Georges Boris et Pierre Mendès France.

Le 22 juillet 1954, comme il s’y était engagé, Pierre Mendès France rend compte des accords de Genève.

 [...] Des dispositions militaires comportent principalement la "désimbrication" des unités des deux camps, en vue de leur regroupement dans les secteurs de stationnement provisoires.

Le repli des forces franco-vietnamiennes du Tonkin vers le sud se fera en trois cents jours, par échelons successifs : Hanoi, quatre-vingts jours ; -Duong, cent jours ; Haïphong, trois cents jours, à partir de la date de mise en vigueur de l'accord.

Le repli des forces du Viet-minh qui se trouvent à l'heure actuelle en Annam ou en Cochinchine - repli symétrique de celui que nous opérons - le repli de ces forces du Sud vers le Nord se fera par échelons successifs, également dans un délai de trois cents jours.

La zone de regroupement placée sous le contrôle franco-vietnamien a pour limite Nord la rivière de tung, à une vingtaine de kilomètres au nord de la route n° 9, c'est-à-dire le 170e parallèle... C'est dans un délai de trente jours après le cessez-le-feu que tous les prisonniers seront libérés...

La déclaration finale stipule que les libertés fondamentales devront être garanties dans les deux zones, qu'aucune représailles ne sera exercée et qu'une large amnistie sera prononcée afin d'éviter les vengeances ou les mauvais traitements, dont la population risquerait d'être victime.

Enfin, le droit d'opinion a été proclamé et organisé, afin que tous les Vietnamiens, quels que soient leur domicile et leur résidence actuels, aient la possibilité, librement, de rejoindre la zone de leur choix.

Il avait été prévu, dès le début de la conférence, par une décision unanime des neuf participants, que le règlement dont je viens de parler n'aurait qu'un caractère provisoire et que l'unité du pays serait rétablie le plus rapidement possible dans le cadre d'élections générales sous contrôle international.

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 Du discours imaginaire d'octobre 1949 au vrai discours de juin 1953.

• On a retrouvé dans les archives de Pierre Mendès France ce projet de discours d'investiture daté d'octobre 1949. Texte rédigé « à blanc », en apparence pour rien, alors que son auteur, semble-t-il, est loin, non seulement du pouvoir, mais de l'espérance du pouvoir. On peut lire dans ce texte la confirmation et l'annonce de thèmes classiques de la pensée et de la pratique mendésiennes : rigueur économique et financière, réduction des charges improductives, et aussi, sur le plan institutionnel, contrat de Gouvernement. Le discours de 1953 a parfois repris littéralement le brouillon de 1949, dans le même esprit de pédagogie civique et d'appel au citoyen.

(Institut Pierre Mendès France). (Page 19).

Texte reproduit dans Pierre Mendès France Œuvres complètes, t. 2, p. 259-288.

Octobre 1949

Juin 1953

Le gouvernement doit savoir prendre ses responsabilités sans autre préoccupation que la réalisation du programme arrêté en plein accord avec les Assemblées (...)• Le Parlement peut retirer sa confiance au gouvernement à chaque instant ; mais le gouvernement doit pouvoir agir à chaque instant comme s'il était assuré de durer vingt ans.


(Œuvres, tome II, p. 283).

Le Parlement légifère : il contrôle l'exécutif. Mais l'exécutif doit être en état de gouverner et d'administrer et de prendre ses responsabilités sans autre préoccupation que la réalisation du programme fixé en plein accord avec l'Assemblée nationale. Le Parlement a le droit de retirer sa confiance au gouvernement, à chaque instant ; le gouvernement doit, à chaque instant, pouvoir agir comme s'il était assuré de durer vingt ans.

(Assemblée nationale,
séance du 3 juin 1953, p. 2911).

Renonciation au droit de dissolution ?

• Discours d'investiture du 3 juin 1953.

A contre-courant de sa volonté de renforcer l'exécutif, Mendès France prend l'engagement, en cas de désaccord avec l'Assemblée sur l'armée européenne, de ne pas user de sa prérogative constitutionnelle de dissolution. C'est l'homme de la IIIe République, marqué par la répulsion pour le droit de dissolution, qui s'exprime ici, ont dit certains critiques.

Mendès France, « homme de la IIIe République » ? L'expression est équivoque. Elle ne signifie pas un attachement viscéral au « parlementarisme absolu ». Mais il est vrai que la République qu'a préférée Mendès France, c'est la Troisième. Il n'a pas aimé la Quatrième République, dont il n'a pas voté la Constitution. Il a eu peu d'estime pour la plupart de ses hommes politiques (cf. Itinéraires, Études en l'honneur de Léo Hamon, 1982, p. 484). Il n'a pas parlé son langage et a reproché à Vincent Auriol, dans sa transcription d'une conversation avec lui, avant l'investiture ratée de juin 1953, de lui prêter des termes du jargon parlementaire (« perchoir », « lever une hypothèque ») que, dit-il, il n'a jamais employés. Mais il a toujours eu la nostalgie de la IIIe République des premières années, si forte et si efficace, du « républicanisme de gouvernement » de Gambetta et Jules Ferry. « Si en mai 58 au lieu de Pflimlin nous avions eu Clemenceau, les choses auraient été différentes ».

(Service de la Séance de l'Assemblée nationale).

Un discours d'investiture le mercredi ?

• Lettre en date du 30 mai 1953.

En ces temps d'instabilité gouvernementale, il arrivait que les débats d'investiture se succèdent semaine après semaine sans qu'un Président du Conseil obtienne les suffrages de la majorité absolue des députés requise par la Constitution. Tel fut le cas en mai et juin 1953 où, après la démission de René Mayer, coururent successivement leur chance cinq présidents du Conseil désignés (art. 45 de la Constitution de 1946) : Paul Reynaud, Pierre Mendès France, Georges Bidault, André Marie, avant que Joseph Laniel soit finalement en mesure de former un gouvernement. L'urgence et la lassitude faisant loi, le Président du Conseil désigné était parfois obligé de solliciter l'investiture un mercredi, jour réservé par le Règlement aux réunions de commission. En ce temps-là, ces préséances comptaient. Dans une lettre du 30 mai 1953, Pierre Mendès France croit devoir s'excuser de ce manquement auprès de Marcel lot, Président de la commission du règlement.

(Service de la Séance de l'Assemblée nationale).

Un Président du Conseil renversé peut-il remonter à la tribune ?

• L'incident du 5 février 1955 :

Mendès France renversé remonte à la tribune. Analyse de ce précédent par le service de la Séance.

Le 5 février 1955, lorsque le Président annonça le refus de la confiance au cabinet Mendès France par 319 voix contre 273, le Président du Conseil, bien que renversé remonta à la tribune pour dresser le bilan de ses sept mois de gouvernement. « Ce qui a été fait dans ces sept ou huit mois restera. Ce qui a été mis en marche ne s'arrêtera pas... ». Il provoqua un énorme mouvement de protestation. L'incident était parfaitement prémédité : il a existé, selon Michel Jobert*, trois versions successives du discours. Il n'était pas totalement inédit : Léon Bourgeois était revenu à la tribune de la Chambre, le 23 avril 1896, après avoir été renversé par le Sénat.

Sous la Ve République, le règlement de l'Assemblée nationale n'a pas repris la disposition adoptée, après le « scandale » du 5 février, à l'initiative de Marcel Prélot, selon laquelle un chef de gouvernement renversé ne peut reprendre la parole immédiatement.

* Mémoires d'avenir (Paris, 1974, p. 70). (Service de la Séance de l'Assemblée nationale).
 

La défaite de novembre 1958

Lettre signée, du 10 décembre 1958, à un électeur attristé

• Sur les élections de novembre 1958.

Réponse à un électeur après l'échec électoral de novembre 1958. On a beaucoup écrit à Mendès France pendant qu'il était au pouvoir et quelque temps après. Claude Nicolet cite le chiffre de 250 000 lettres en juillet 1954, 50 000 en février 1955 après la mise en minorité à l'Assemblée nationale. Il s'agissait souvent de demandes d'adhésion au Parti radical.

(« Mendès France, le(s) mendèsisme(s) et la tradition républicaine ». Pouvoirs n° 27, 1983).  (Bibliothèque de l'Assemblée nationale).
 

Au parti radical
 

Lettre signée, du 8 mars 1955, à Édouard Herriot

• Sur la démission de ce dernier de son mandat de maire de Lyon.

Plutôt que dans le texte un peu fade qu'il lui a consacré dans l' Information radicale en avril 1957, la juste note sur les relations de Mendès France avec Herriot est donnée par l'introduction à la reprise de cet article dans La vérité guidait leurs pas. « Pour juger de son action, il faut, en tout cas, faire la part de l'époque ; les habitudes politiques qu'il avait reçues de son temps le rendaient moins sensible que moi à certaines réalités et il demeurait fidèle à un style qui ne correspondait plus à toutes les exigences de la vie moderne. Cependant, il a encouragé ma tentative à la tête du Gouvernement et je garde un souvenir reconnaissant de l'appui qu'il m'a apporté lorsque j'essayais de ranimer et de rajeunir le Parti radical. Je reste persuadé que ses convictions fondamentales ont toujours été tournées vers la gauche, sa volonté vers la justice et le progrès. Son action politique a été intimement liée à l'histoire d'une génération dont la vie fut difficile ; elle reste liée aux meilleurs élans, aux meilleurs mouvements de la République pour la coopération internationale, la justice, la liberté ». (Pages 141-142). Qu'Édouard Herriot ait été un grand républicain au sens que la IIIe République donnait à ce mot l'emportait sur toute autre considération aux yeux de l'auteur de ce texte. Qu'il ait été aussi et si longtemps radical l'approchait de la perfection politique. Léon Bourgeois l'avait constaté dès 1908 : le Parti radical « n'est plus un parti au sens étroit du mot, c'est la démocratie française tendant à s'organiser dans la liberté et dans la paix. »

(Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

Célébration en l'honneur de Dupont de l'Eure, avec Édouard Herriot, Gaston Monnerville, André Marie, René Mayer

• Dupont de l'Eure (1767-1855) fut en 1848, à plus de 80 ans, Président du Gouvernement provisoire de la IIe République, après avoir siégé dans la plupart des assemblées depuis le Directoire. Type du « grand ancêtre » républicain. Le discours qu'Herriot lui consacra ce jour-là est repris dans le recueil « Études françaises ». (Genève, 1950).

Selon Françoise Chapron, Mendès France « a été attiré dans l'Eure vraisemblablement par Robert Mordret, arrière petit-neveu de Dupont de l'Eure, vice-président du Parti radical en 1927 ». (« Pierre Mendès France dans l'Eure », Études normandes, n° 1983). Selon Ephraïm Marquer, Robert Mordret, « exemple type (des) notables radicaux de la IIIe République, persuade en 1927 le jeune Mendès France de venir travailler dans l'Eure ». (Le Horsain, l'ascension du Parti radical à Louviers : un tremplin pour Pierre Mendès France - Mémoire de D.E.A., dirigé par le Professeur Pierre Avril, soutenu en février 1994, Université Paris II ).

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