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Charles DUPUY Présidence du 5 décembre 1893 au 30 mai
1894 Fils d’un huissier de préfecture, au Puy, normalien, Charles Dupuy réussit l’agrégation de philosophie en 1874, puis occupe successivement cinq postes d’enseignement au lycée avant de devenir inspecteur d’académie, puis vice-recteur de l’académie d’Ajaccio. Républicain opportuniste il est élu au scrutin de liste en octobre 1885 en Haute Loire commençant une carrière parlementaire de trente-huit ans ininterrompue jusqu’à sa mort. Il est proche des idées de Jules Ferry. En octobre 1889 il est réélu au deuxième tour de scrutin dans la 1ère circonscription du Puy et siège à l’Union républicaine. Il est rapporteur du budget de l’instruction publique en 1891, 1892 et 1893. Il est ministre de l’instruction publique dans le premier et le deuxième cabinet Ribot entre décembre 1892 et avril 1893. Après la chute du ministère Ribot sous l’effet des soubresauts du procès du scandale de Panama, il constitue, après une tentative de Jules Méline, son premier gouvernement, de tendance radicale, qui tombe en novembre après une interpellation de Jaurès et de Millerand. Une permutation intervient entre Jean Casimir-Perier, chargé par le président Sadi Carnot de former un nouveau gouvernement, et Charles Dupuy élu à la présidence de la Chambre le 5 décembre 1893 battant le radical Henri Brisson par 251 voix contre 213. Dans son allocution, il expose sa conception d’une présidence sous le signe de l’impartialité : « Non pas celle qui naît de l’indifférence aux idées ou du déclin des opinions, mais celle qu’engendrent le respect de la parole et le sentiment vif que la liberté de la tribune est la garantie commune des partis, la raison d’être et l’honneur du régime parlementaire.» La brève présidence de Dupuy est marquée, quatre jours après son élection, par l’attentat d’Auguste Vaillant lançant une bombe depuis la tribune vers l’hémicycle le 9 décembre 1893, au cours d'une séance de vérification des pouvoirs -les élections législatives avaient eu lieu les 20 août et 3 septembre 1893. Son geste est détourné par le bras d’un spectateur heurté par maladresse, si bien qu’il ne blesse que légèrement l'abbé Lemire, député du Nord, et plusieurs huissiers. Charles Dupuy se lève et prononce ces mots célèbres relatés par le compte rendu de séance : « Messieurs, la séance continue ! » A ce moment, indique le compte rendu, un projectile, lancé du côté droit des tribunes du public, fait explosion et blesse un certain nombre de personnes, à la galerie et sur les bancs des députés, à la droite de l'Assemblée – Vive émotion. Le 12 décembre sont votées les lois dites scélérates visant la presse anarchiste. Mais le gouvernement de Casimir-Perier est renversé le 23 mai 1894. Un nouveau chassé-croisé de présidence entre Dupuy et Casimir-Perier se produit. Charles Dupuy forme son deuxième ministère comprenant des hommes nouveaux : Poincaré, Leygues, Barthou, Hanotaux, Delcassé. Le 24 juin 1894 le Président Sadi Carnot est assassiné par l’anarchiste Caserio. Casimir-Perier lui succède, largement élu devant Brisson et Dupuy en troisième position. Il est cependant maintenu à la présidence du Conseil qu’il exerce une troisième fois. Il préside, contrairement à l’usage, le Conseil des ministres et prend soin de tenir le nouveau Président de la République à l’écart des informations qu’il détient. Le 14 janvier 1895 le gouvernement est mis en minorité, précédant la démission du Président de la République Casimir-Perier. Dupuy remet la démission du ministère au nouveau Président de la République Félix Faure. En mai 1898 il est réélu député. Après la chute de Brisson il constitue un quatrième cabinet. Il signe l’ordre d’évacuation de la troupe de Français commandée par le capitaine Marchand et installée à Fachoda. Il fait voter une loi tendant à faire juger la demande en révision du procès Dreyfus par les chambres réunies de la Cour de cassation. Le 16 février 1899 survient la mort du Président Félix Faure. « Encore un Président de la République qui me claque dans la main ! » aurait-il dit. Emile Loubet lui succède et maintient Charles Dupuy Président d’un cinquième cabinet mis en minorité en juin, dans un climat de profondes divisions dans le pays. La démission intervient, en effet, dans une atmosphère enfiévrée : un acquittement par les assises de la Seine de Déroulède ayant précédemment tenté d’entraîner l’armée à l’assaut de l’Élysée, la cassation du jugement de condamnation du capitaine Dreyfus, les incidents du champ de course d’Auteuil où le Président Loubet est frappé d’un coup de canne au cours d’une manifestation en faveur de Déroulède et la contre-manifestation républicaine au cours du grand prix de Longchamp. L’année suivante Dupuy se fait élire au Sénat. Renonçant aux ambitions ministérielles, il est constamment reconduit par le département de la Haute-Loire et meurt en cours de mandat en juillet 1923. Son portrait est tout entier résumé dans l’éloge prononcé par Gaston Doumergue : « Son goût de la méthode, de l’ordre et de la discipline paraissait lui être venu de son passage dans l’Université […]. Il était resté l’homme simple à qui suffisent, avec les satisfactions du devoir civique accompli dans un sublime désintéressement de lui-même, les joies familiales d’un intérieur modeste et celles que peut procurer une haute culture générale comme était la sienne.
L'attentat de Vaillant,
1893
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