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La chute du Second Empire
Le 4 septembre, la foule envahit la salle des séances du Corps législatif. La République est proclamée. © Assemblée nationale Corps législatif : extraits du compte rendu de la séance du 4 septembre 1870 M. le président Schneider. Je crois qu’il y a lieu, à raison de l’urgence, de nommer une commission de neuf membres… (Oui ! oui !), et je propose à la Chambre de se réunir immédiatement dans les bureaux. La séance publique serait reprise quand le président aurait été informé que la commission a terminé son travail. (Marques générales d’assentiment.) (La séance est suspendue. Il est une heure quarante cinq minutes. Dans l’intervalle de la suspension, la foule stationnant sur le pont de la Concorde et devant la façade du Palais-Bourbon envahit la cour, les couloirs et les escaliers de la Chambre, et se précipite dans les tribunes publiques en poussant le cri : « La déchéance ! » mêlé aux cris : « Vive la France ! Vive la République ! » Douze ou quinze députés seulement sont dans la salle. M. le comte de Palikao, ministre de la guerre est au banc du Gouvernement. M. le président Schneider monte au fauteuil et s’y tient longtemps debout en attendant que le calme et le silence s’établissent dans les tribunes.) M. Crémieux, s’adressant au public des tribunes. Mes chers et bons amis, j’espère que vous me connaissez tous, ou au moins, qu’il y en a parmi vous qui pourront dire aux autres que c’est le citoyen Crémieux qui est devant vous. Eh bien, nous nous sommes engagés, nous, les députés de la gauche… (Bruit.) Nous nous sommes engagés, les membres de la gauche et moi… Voix dans les tribunes. Vive la République ! (M. Gambetta, se présente à la tribune à côté de M. Crémieux, dont la voix ne parvient pas à dominer le bruit qui se fait dans les galeries.) M. Gambetta. Citoyens, dans le cours de l’allocution que je vous ai adressée tout à l’heure durant la suspension de la séance, nous sommes tombés d’accord qu’une des conditions premières de l’émancipation d’un peuple, c’est l’ordre et la régularité ! Voulez-vous tenir ce contrat ?… (Oui ! oui !) Voulez-vous que nous fassions des choses régulières ? (Oui ! oui !) Puisque ce sont là les choses que vous voulez; puisque ce sont les choses qu’il faut que la France veuille avec nous, (Oui ! oui !), si vous le voulez, il y a un engagement solennel qu’il faut prendre envers nous et qu’il ne faut pas prendre pour le violer à l’instant même : cet engagement, c’est de laisser la délibération qui va avoir lieu se poursuivre en pleine liberté. Dans les tribunes. Oui ! oui ! (De nouveaux groupes pénètrent dans les tribunes. Un drapeau tricolore portant l’inscription : « 73e bataillon, 6e compagnie », est arboré par les nouveaux venus.) M. Gambetta. Dans les circonstances actuelles il faut garder le calme. Quelques voix. Vive la République ! M. Gambetta. Dans les circonstances actuelles, il que chacun de vous maintienne l’ordre; il faut que dans chaque tribune chaque citoyen surveille son voisin. Vous pouvez donner un grand spectacle et une grande leçon. Le voulez-vous ? Voulez-vous que l’on puisse attester que vous êtes à la fois le peuple le plus pénétrant et le plus libre ? (Oui ! oui !) Eh bien, si vous le voulez, je vous adjure de recueillir ma recommandation que dans chaque tribune il y ait un groupe qui assure l’ordre pendant nos délibérations. (Bravos et applaudissements dans presque toutes les tribunes.) M. le président Schneider. Messieurs, M. Gambetta, qui ne peut être suspect à aucun de vous, et que je tiens, quant à moi, comme l’un des hommes les plus patriotes de notre pays, vient de vous adresser des exhortations au nom des intérêts sacrés du pays. Permettez-moi de vous faire, en termes moins éloquents, les mêmes adjurations. Croyez-moi, en ce moment la Chambre délibère sur la situation la plus grave. (Approbation mêlée de rumeurs dans les tribunes.) M. le président Schneider. Je crois cependant pouvoir dire que j’ai donné à la liberté de mon pays assez de gages, pour qu’il me soit permis de vous adresser, du haut de ce fauteuil, les mêmes recommandations que M. Gambetta. Comme lui, je ne saurais trop vous dire qu’il n’y a de liberté vraie que celle qui est accompagnée de l’ordre… (Très bien ! – Rumeurs nouvelles dans les tribunes.) Je n’espère pas prononcer ici des paroles qui conviennent à tout le monde, mais j’accomplis un devoir de citoyen, en vous conjurant de respecter l’ordre dans l’intérêt même de la liberté qui doit présider à nos discussions. (Assentiment dans plusieurs tribunes. – Exclamations et bruit dans d’autres.) Un député. Si vous ne pouvez obtenir le silence des tribunes, levez la séance, monsieur le président ! (En ce moment, M. le comte de Palikao, ministre de la guerre, se lève et quitte la salle. Plusieurs députés qui étaient rentrés en séance, imitent son exemple et sortent par le couloir de droite.) M. le président Schneider se couvre et descend du fauteuil. M. Glais-Bizoin. Messieurs, on va prononcer la déchéance ; prenez patience, attendez ! (Agitation en sens divers.) M. le président Schneider sur les instances de plusieurs députés, reprend sa place au fauteuil. M. Girault. Je demande à dire deux mots… (Tumulte dans les tribunes.) Vous ne me connaissez pas ? Je m’appelle Girault (du Cher). Personne n’a le droit de me tenir en suspicion. Le pays a sa volonté, il l’a manifestée. Les représentants qui siègent ici viennent de s’entendre; ils sont d’accord avec le pays. Laissez-les délibérer : vous verrez que le pays sera content. Ce sera la nation tout entière se donnant la main. Le voulez-vous ? Je vais les aller chercher; ils vont venir, et le pays tout entier ne fera qu’un. Il ne faut plus de parti politique devant l’ennemi qui s’approche. Il faut tous s’unir pour repousser l’invasion. Voilà ce que je vous demande. (L’agitation et le tumulte s’accroissent dans les tribunes. – La séance est interrompue durant plusieurs minutes.) MM. Steenackers et Horace de Choiseul montent auprès de M. le président et s’entretiennent quelques instants avec lui. MM. Gambetta et de Kératry paraissent en même temps à la tribune. (Plusieurs députés, MM. Glais-Bizoin, Planat, le comte d’Hésecques, Marion, le duc de Marmier, le comte Le Hon, Wilson quittent leurs places et, du pourtour, s’adressent aux citoyens qui sont dans les galeries.) Quelques voix dans une tribune publique. Écoutons Gambetta ! M. Gambetta. Citoyens (Bruit), il est nécessaire que tous les députés présents dans les couloirs et dans les bureaux, où ils ont délibéré sur la mesure de la déchéance, aient repris place à leurs bancs et soient à leur poste pour pouvoir prendre la mesure. Il faut aussi que vous attendiez, dans la modération et dans la dignité du calme, la venue de vos représentants à leur place. On est allé les chercher ; je vous prie de garder un silence solennel jusqu’à ce qu’ils rentrent. Ce ne sera pas long. (Oui ! oui ! – Applaudissements prolongés. – Pause de quelques instants.) Citoyens, vous avez compris que l’ordre était la plus grande des forces. Je vous prie de continuer à rester silencieux. Il y va de la bonne réputation de la cité de Paris. On délibère et on va vous rapporter le résultat de la délibération. Il va sans dire que nous ne sortirons pas d’ici sans avoir obtenu un résultat affirmatif. (Bravos et applaudissements.) (En ce moment, il est trois heures, un certain nombre de personnes se précipitent dans la salle par la porte qui fait face à la tribune. Des députés essayent en vain de les refouler. La salle est envahie. On crie : Vive la République ! Le tumulte est à son comble.) M. le président Schneider. Une délibération dans ces conditions étant impossible, je déclare la séance levée. (Un grand nombre de gardes nationaux en uniforme et sans uniforme entrent dans la salle par les couloirs de droite et de gauche et par les portes du pourtour. Une foule bruyante et agitée y pénètre en même temps, occupe tous les bancs, et remplit tous les couloirs et l’hémicycle en criant : La déchéance ! la déchéance ! Vive la République !) M. le président Schneider quitte le fauteuil et se retire. (Il est trois heures et quelques minutes.) _____________________________________________________ Compte rendu analytique des séances du 4 septembre 1870 Compte rendu intégral de la séance publique Compte rendu analytique après le départ du Président Schneider [Version manuscrite : Document 1 - Document 2] 4 septembre 1870 : la République proclamée Liste des députés de la IVe législature du Second Empire Liste des députés de la IIIe législature du Second Empire
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