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Joseph Henri Joachim LAINĖ
(1767-1835)

Joseph Henri Joachim Lainé
© BnF

Présidence du 11 juin 1814 au 20 mars 1815
et du 12 octobre 1815 au 5 septembre 1816
(1 an et 8 mois)

[Biographie et mandats]

Né le 11 novembre 1768 à Bordeaux, il devient avocat à Paris en 1789 puis, après un séjour à Saint-Domingue, exerce au barreau de Bordeaux de 1796 à1808.

Rallié au Consulat et à l’Empire, il est élu par le Sénat conservateur député de la Gironde au Corps législatif le 18 février 1808. En 1813 il préside la commission chargée de prendre connaissance des documents relatifs aux négociations avec les puissances coalisées et ne craint pas par son rapport et par les propos tenus devant ses collègues de déplaire fortement à l’empereur. Il exprime en effet « le vœu de tout l’empire pour une paix honorable et durable », ce à quoi l’empereur rétorque que le rapport de la commission est une « motion sortie d’un club de jacobins » et que Lainé est « un traître qui correspond avec le prince-régent », puis ordonne la destruction du rapport et fait ajourner l’Assemblée par un décret du 31 décembre 1813.

Rentré à Bordeaux il est nommé préfet provisoire de la Gironde par le duc d’Angoulême en avril 1814, puis rentre à la « Chambre des députés des départements » et en est nommé président par le roi le 11 juin. Il occupe le « perchoir » jusqu’aux Cent-Jours. Royaliste modéré, c’est un président exigeant qui aime à la fin de chaque discussion générale présenter un résumé de ce qui s’est dit en rappelant les étapes de la discussion. Sa présidence est résumée en ces termes dans la biographie de tous les ministres depuis la Constitution de 1791 à nos jours: « Il se sert de la parole avec talent et autorité, et se fait toujours écouter. Il a de la chaleur à la tribune et de l’élévation dans la pensée, mais vise trop à l’effet ».

Élu, député de la Gironde le 22 juillet 1815, Louis XVIII le nomme président de « la Chambre introuvable » où il s’efforce de défendre les garanties constitutionnelles dans cette chambre réactionnaire dominée par les ultraroyalistes. Plusieurs incidents marquent cette seconde présidence et il ne reste au « perchoir » que parce que le duc de Richelieu lui fait parvenir une lettre le lui ordonnant : « cette lettre, ajoute Lainé, explique la présence du président à ce fauteuil ».

Il quitte la présidence à la fin de la session et son successeur lui rend hommage en ces termes : « Combien ne devez-vous pas regretter cette sagesse, cette rare sagacité, cette fermeté qui distinguaient mon prédécesseur ! »

Nommé ministre de l’intérieur, il contresigne en septembre 1816 l’ordonnance royale prononçant la dissolution de la « Chambre introuvable », puis fait voter la loi électorale du 8 février 1817 (élection directe en un seul collège par département), ce qui permet dès 1817 l’entrée à la Chambre de vingt-cinq libéraux. Redevenu député, il s’associe aux tentatives de modification de « sa » loi dans un sens moins libéral.

Nommé à l’académie française par l’ordonnance de 1816, il ne s’y rend que lorsqu’il en est élu directeur à l’unanimité : « Ah ! Cette fois, s’écria-t-il en apprenant la nouvelle, je suis de l’Académie ! ».

Élevé à la dignité de pair en février 1822, il continue de défendre les libertés constitutionnelles et s’écrie à la nouvelle des Ordonnances de juillet 1830 : « les rois s’en vont ! ». Il prête serment au nouveau Gouvernement mais ne parait presque plus au palais du Luxembourg et se retire à Bordeaux.

Louis XVIII disait de cet homme qui n’avait cessé d’aider les indigents : « Je n’oserai jamais demander une injustice à mon ministre, tant je sais qu’il a l’âme d’un spartiate. »