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Paul-Jean SAUZET
(1800-1876)

Paul-Jean SAUZET

Présidence du 13 mai 1839 au 12 juin 1842,

du 5 août 1842 au 6 juillet 1846,

et du 29 août 1846 au 24 février 1848

(8 ans et 6 mois)

 

[Biographie et mandats]

Né à Lyon le 23 mars 1800, bachelier à 15 ans, il étudie le droit à Paris et revient à Lyon exercer la profession d’avocat. Il ne tarde pas à se faire remarquer par sa connaissance juridique et l’aisance de son élocution, plaidant avec succès aussi bien les grandes causes criminelles que les questions administratives les plus compliquées ou les affaires de commerces les plus difficiles, le tout sans l’aide d’aucune note.

Malgré son ralliement à la monarchie de Juillet, il défend devant la Chambre des pairs Chantelauze, le dernier garde des Sceaux de Charles X, et dans cette plaidoirie remarquée il soutient que la responsabilité des ministres n’ayant été introduite dans la Charte que pour sauvegarder l’inviolabilité du roi, elle perd sa raison d’être avec la chute de la monarchie. Guizot rapporte cet événement dans ses mémoires : « Monsieur Sauzet, défenseur de Monsieur de Chantelauze, frappa la cour et le public par une éloquence élevée, abondante, pleine d’idées, d’émotions et d’images, et qui révélait dans l’orateur beaucoup d’intelligence et d’équité politique. »

Élu député de Lyon le 21 juin 1834, il siège au centre-gauche, non loin de Lamartine. Vice président de la chambre en 1836, il défend le principe de la conversion des rentes contre le ministère Broglie qui tombe sur cette question. Nommé ministre de la justice de Thiers, il met en place le 25 août 1836 la grande commission chargée de préparer la réforme hypothécaire par la révision de l’expropriation forcée. A la chute du ministère Thiers le 6 septembre, il siège dans l’opposition avec le tiers parti.

A la chute du ministère Molé, il est élu président de la Chambre le 13 mai 1839 en battant Thiers de quelques voix et se montre dévoué à la monarchie constitutionnelle. Il est réélu au « perchoir » sans discontinu jusqu’en février 1848. Le début de sa présidence est relativement calme, mais son autorité est mise à mal dès 1844, lors des discussions sur la question du droit de visite et sur la réforme électorale. « Son action est nulle, son titre dédaigné, sa parole inécoutée » relate La Gazette des tribunaux. Dupin décrit sa présidence en ces termes : « M. le président Sauzet est essentiellement un homme de bien ; il est doué d’éminentes qualités : une noble prestance, une voix sonore, une élocution brillante,…Aimable et bon président en temps calme, au moindre symptôme d’agitations il éprouvait un tremblement nerveux qui se communiquait à tout son être….Pouvait-il empêcher ce qu’il a laissé faire ? »

Alors que le 24 février 1848 la duchesse d'Orléans se trouve dans l’hémicycle pour y faire investir son fils dans l'espoir de sauver la royauté, le Palais-Bourbon est envahi par les révolutionnaires qui, en accord avec les élus de l'extrême gauche, repoussent toute solution monarchique et font proclamer un gouvernement provisoire. Sauzet est incapable de rétablir l’ordre et Tocqueville qui se moque de sa « dignité de suisse de cathédrale », écrit à ce sujet « Ce fut un grand malheur pour la maison d’Orléans d’avoir un honnête homme de cette espèce à la tête de la Chambre un jour pareil : un coquin hardi eût mieux valu ».

Sauzet se défend pourtant d’avoir fait preuve de faiblesse : « Ce n’est pas le pouvoir parlementaire qui a manqué à la force publique, mais la force qui a manqué au pouvoir parlementaire…Ce n’était pas la Chambre seule, c’étaient la régente et le roi que la Révolution tenait assiégés dans le palais législatif…Ah ! qu’on accuse la fatale rapidité d’une catastrophe qui a surpris tous les pouvoirs, troublé les plus sages esprits, paralysé les plus fermes courages. »

A la suite de ces événements, âgé seulement de 48 ans, il se retire de la vie publique, s’installe à Lyon, fait plusieurs voyages en Italie, de longs séjours à Rome et se consacre à l’écriture d’ouvrages et de brochures politiques et juridiques.


© Bibliothèque de l'Assemblée nationale

Proclamation de la République devant le Palais Bourbon (1848)