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Philippe
BUCHEZ
Présidence du 5 mai 1848 au 5 juin 1848) Né à Montagne-la-Petite, village de l’ancien pays wallon qui, avant 1815, faisait partie du département des Ardennes, Philippe Buchez a, à la veille de la Révolution de 1848, un long passé d’errances politiques, de conspirations, de sociétés secrètes et de procès. Franc-maçon, il a été l’un des fondateurs, dans les années vingt, de la Charbonnerie qu'il anime en compagnie de Bazard. Il se fait un peu plus tard le propagandiste des idées de Saint-Simon. Il se sépare de celui-ci lors de son retour à la foi catholique car il ne cautionne pas la hiérarchie ni l'église du mouvement saint-simonien. Son idée maîtresse, c’est alors la conciliation du catholicisme et de la Révolution. Son modèle, c’est « le sans-culotte Jésus ». Aussi François Furet écrira-t-il que Buchez « se réapproprie l’héritage révolutionnaire au nom d’une messianisme catholique ». C’est sous le règne de Louis-Philippe que Buchez entreprend et termine son Histoire parlementaire de la Révolution française, immense ouvrage de 40 volumes, fait de la compilation de débats, d’articles de journaux, de motions de clubs, le tout entrecoupé de commentaires par lesquels il expose longuement ses idées. En 1840 il inspire la création de l'Atelier, journal rédigé par des ouvriers, synthèse des idées républicaines, socialistes et catholiques. Il ne prend pas part à la révolution de 1848. Élu le 23 avril 1848 représentant de la Seine, le 17ème sur 34, Buchez est porté à la présidence de l’ Assemblée le 5 mai suivant. Il est ainsi le premier président d’une assemblée française véritablement élue au suffrage universel direct – suffrage uniquement masculin, il est vrai. Buchez le fait remarquer à ses collègues lors de son discours de remerciement : « Jamais, dans aucune assemblée, il n’y a eu une plus grande autorité que dans celle-ci. Vous avez été élus par des millions de suffrages ; vous représentez ici l’unité de la France ; vous avez manifesté avec unanimité sa volonté pleine et entière. » Il poursuit en assignant un grand dessein à ses collègues : « Je le constate ici, citoyens, je le constate, parce que c’est un engagement que nous avons pris avec l’avenir. Nous nous sommes engagés, nous qui sommes les élus de tous, à nous occuper de tous, et particulièrement de cette classe, de cette portion pauvre, malheureuse, de la population dont jamais personne ne s’était occupé. » Ce discours inaugural ambitieux est aussi son testament. Sa présidence effective ne dure, en effet, qu’une huitaine de jours, et tous les partis s’accorderont à reconnaître que son passage au fauteuil présidentiel fut peu brillant. En effet, Buchez préside la séance le 15 mai suivant. Au nom de l’indépendance de la Pologne, des milliers de manifestants envahissent le Palais Bourbon jusqu'à la salle des séances. Dans Choses vues Victor Hugo relate l'événement : « L'invasion du 15 mai fut un étrange spectacle. Qu'on se figure la halle mêlée au Sénat. Des flots d'hommes déguenillés descendant ou plutôt ruisselant le long des piliers des tribunes basses et même des tribunes hautes jusque dans la salle, des milliers de drapeaux agités de toutes parts, les femmes effrayées et levant les mains, les émeutiers juchés sur le pupitre des journalistes, les couloirs encombrés ; partout des têtes, des épaules, des faces hurlantes, des bras tendus, des poings fermés ; personne ne parlant, tout le monde criant, les représentants immobiles ; cela dura trois heures. « Le bureau du Président, l'estrade des secrétaires, la tribune avaient disparu et n'étaient plus qu'un monceau d'hommes. Des hommes étaient assis sur le dossier du Président, à cheval sur les griffons de cuivre de son fauteuil, debout sur la table des secrétaires, debout sur les consoles des sténographes, debout sur les rampes du double escalier, debout sur le velours de la tribune. » Prévenu et craignant des troubles, Buchez avait demandé la présence de quatre bataillons de la garde mobile. Mais son attitude manqua de fermeté. Il se couvrit puis se découvrit, indiquant par là que la séance n’était pas interrompue. Il ordonna ensuite l’intervention des gardes mobiles puis, quelques instants plus tard, il révoqua son ordre. Il quitta l’Assemblée. L’un des insurgés s’installa à son fauteuil. Finalement, Buchez revint, après la dispersion des manifestants par la troupe. Quelques semaines plus tard, devant la Haute cour de Bourges qui jugea les émeutiers, Buchez avoua assez piteusement : « Tout ce que je désirais à ce moment était d’être chassé de mon fauteuil (…) Mon système a été de laisser faire et de ne consentir à rien. » Il ne fut pas réélu à l’issue de son éphémère mandat, le 5 juin 1848, l'élection du Bureau ayant lieu à cette époque non plus pour une durée d'un an mais d'un mois. L’Assemblée, sanctionnant son insuffisance, lui donna Antoine Sénard comme successeur. Buchez ne fut pas non plus réélu à l’élection législative de 1849 et abandonna, dès lors, la vie politique.
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