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1870
LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE

 

4 septembre 1870
La proclamation de la République
 


1870
(audio)
 

© Assemblée nationale

Le 4 septembre, la foule envahit la salle des séances du Corps législatif. La République est proclamée.

Le 4 septembre, la foule envahit la salle des séances du Corps législatif.

La République est proclamée.

Assemblée nationale

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Voir aussi :

La dernière séance du Corps législatif, le 4 septembre 1870

4 septembre 1870 : la République proclamée - Chronologie

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  Naissance de la Troisième République

  Barodet

  Les campagnes électorales

  Le suffrage universel fonde la Troisième République

  Le Parti Républicain

  La Gauche et le suffrage universel en 1910

  Le 6 février 1934, place de la Concorde

Le 3 septembre 1870, Paris apprend le désastre de Sedan. A minuit, le Corps législatif se réunit. Jules Favre, député, demande la déchéance de l'Empire. Le 4 septembre la foule s'amasse devant le Palais-Bourbon.

Comme en 1793, comme en 1848, les grilles sont forcées et la salle des séances envahie. Gambetta prend la parole, déclare la patrie en danger et fait approuver la déchéance de la famille Bonaparte. Jules Favre harangue la foule et propose d'aller à l'Hôtel de Ville proclamer la République. Ce qui fut fait. Il y a là une scène classique de l'histoire politique française. Le long cheminement vers la IIIe République, qui ne sera instaurée qu'en 1875, et consolidée qu'en 1877, commençait.

Léon Gambetta
Léon Gambetta

Gambetta : Contre le plébiscite, discours au Corps législatif  (5 avril 1870)

Gambetta proclame la République devant le palais du Corps législatif, 4 septembre 1870

Assemblée nationale

[Texte manuscrit de la proclamation à l'Hôtel de Ville]

Les élections de janvier 1872 - un bureau électoral dans une commune des environs de Paris


Carte d'électeur d'Honoré Daumier pour le scrutin du 7 janvier 1872
Bibliothèque de l'Assemblée nationale

La République, s'identifie à l'unité de la nation. Elle s'incarne dans un État moderne organisant le corps élu conformément au principe de l'égalité des citoyens.

- Jules Ferry : Pour l'unité du collège électoral, Assemblée nationale (17 juin 1874)

Naissance de la Troisième République

—  L'amendement Wallon

Le fameux vote de la République « à une voix de majorité » est raconté comme suit par l'historien Daniel Halévy :

« Il était de plus en plus visible que l'obstacle tenait tout entier dans la prononciation d'un mot, et que les partis n'étaient plus séparés que par l'épaisseur d'une rédaction qui restait à trouver. Ce fut Wallon, membre de l'Institut, ami de Broglie, bon helléniste et bon historien, auteur d'une "Histoire de l'esclavage" toujours utile à lire, qui la trouva. Il proposa qu'on acceptât le texte de la commission, qu'on le votât d'abord "le pouvoir législatif s'exerce par deux assemblées, la Chambre et le Sénat". Puis aussitôt après : "Le Président de la République est élu à la majorité des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en une Assemblée nationale. Il est rééligible".

Ainsi se trouvait respectée la préséance conservatrice. D'abord le fait, l'ensemble institutionnel, puis, incluse dans le fait, non proclamée, simplement constatée, la République, le mot restant lié au titre présidentiel. "Je n'innove pas, je prends ce qui est", dit Wallon. Homme du centre droit, ses amis l'écoutaient. Quelques-uns d'entre eux, juste assez, le suivirent, et par 354 voix contre 353, l'amendement fut adopté ».

Daniel Halévy. La fin des notables. II. la République des ducs. Grasset. 1937. p. 136-137.

amendement Wallon

Manuscrit de l'amendement Wallon

 

Cliquer sur l'image pour lire l'amendement Wallon

- Procès-verbal de la séance du vendredi 29  janvier 1875

Procès-verbal de la séance du samedi 30  janvier 1875

- Compte rendu de la séance du vendredi 29 janvier 1875

- Compte rendu de la séance du 30 janvier 1875 : séance au cours de laquelle a été adopté, à une voix de majorité, l'amendement Wallon.

- Manuscrit de la proposition de loi Wallon sur les pouvoirs du Président de la République et le mode de révision des lois constitutionnelles

—  Loi constitutionnelle du 25 février 1875, relative à l'organisation des pouvoirs publics. Articles premier et 2.

Article premier. - Le pouvoir législatif s'exerce par deux assemblées : la Chambre des députés et le Sénat. - La Chambre des députés est nommée par le suffrage universel, dans les conditions déterminée par la loi électorale. - La composition, le mode de nomination et les attributions du Sénat seront réglés par une loi spéciale.

Art. 2. - Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible.

- Les lois constitutionnelles de la Troisième République

 

- M. Wallon, par Gill.
Henri Wallon, sortant des nuées, présente le bébé Constitution coiffé du bonnet phrygien.
L'Éclipse du 6 mars 1875

Henri Wallon (1812-1904), un itinéraire au service de la République

 

- Les législatures de la Troisième République

Le Barodet

 



Désiré Barodet (1823-1906)
représentant à l'Assemblée nationale de 1873 à 1876,
député de la Seine de 1876 à 1896,
sénateur de la Seine de 1896 à 1900

Assemblée nationale

 

Dans le langage parlementaire, on appelle Barodet le document établi depuis les débuts de la IIIe République à chaque législature pour recueillir les programmes et engagements électoraux des candidats élus députés. C'est « un tableau d'ensemble des engagements pris devant les électeurs par les députés ».
Le recueil doit son nom à Désiré Barodet (1823-1906), maire de Lyon en 1872, député de la Seine de 1873 à 1906, qui en fit adopter le principe par la Chambre en novembre 1881.

Selon Barodet, le rappel des engagements pris par les députés lors de leur campagne électorale devait permettre de répondre aux « deux questions que doit se poser toute assemblée délibérante au début de ses travaux » :

1. Qui sommes-nous ?

2. Pourquoi sommes-nous ici ?

Dès l'origine, cependant, le Barodet a été critiqué par ceux qui y voyaient l'expression d'un mandat impératif. Les électeurs, a-t-on dit, ne votent pas pour les multiples détails plus ou moins cohérents d'un programme, mais pour la tendance générale qui s'en dégage. La majorité gouvernementale ne peut d'ailleurs résulter que d'un compromis conclu entre les différents programmes soumis aux électeurs



Désiré Barodet (1823-1906)
Caricature de Barodet (détail)
In Les hommes d'aujourd'hui, Portraits-charge par A. Gill

Assemblée nationale

De nos jours, l'appartenance de la plupart des candidats à des partis structurés, dotés de programmes précis et contraignants à réduit la portée de ce débat. La même évolution a fait perdre beaucoup de leur variété, et de leur pittoresque, aux « professions de foi » reproduites dans le « Barodet », qui tend à n'être plus qu'un recueil de déclarations identiques, à quelques variantes locales près, pour les candidats de chaque parti.

 


Lettre autographe de Désiré Barodet du 6 septembre 1881,
proposant la nomination d'une commission
chargée de rassembler les professions de foi relatives aux élections

Assemblée nationale

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La résolution déposée le 11 novembre 1881 par le député Désiré Barodet a été adoptée le 7 février 1882, avec effet rétroactif, si bien que, depuis les législatives de 1881, toutes les professions de foi des candidats élus sont réunies sous la forme de registres imprimés par le Journal officiel. Surnommé « le Barodet », le recueil ainsi créé a paru jusqu’à la fin de la Troisième République.

Sa confection a été reprise depuis les législatives de 1951, conformément à la résolution du 28 juillet 1950 : « Il est établi, au début de chaque législature, par les soins du Secrétariat général de l'Assemblée nationale, un recueil des textes authentiques des programmes et engagements électoraux des députés élus à la suite des élections générales. » Cette formule a d'ailleurs été intégrée au Règlement de l'Assemblée nationale (art. 164).

- Proposition de résolution tendant à la nomination d’une commission chargée d’opérer le dépouillement des professions de foi et des programmes électoraux de 1881, et de présenter à la Chambre un rapport sur les vœux et les volontés qui y sont exprimés.

 

Les campagnes électorales

 

- La campagne des élections législatives de 1910 vue par Jules Fournier. Lettres de France

Jules Fournier, journaliste québécois (1884-1918) successivement au Canada de Montréal, au Nationaliste, au Devoir, puis au journal La Patrie dont il est l'envoyé spécial, couvre la campagne pour les élections législatives de 1910. Il assiste aux réunions électorales de Maurice Barrès, rencontre Anatole France, Jules Lemaître, Frédéric Mistral et Henri Rochefort. Il est aussi l'auteur d'une Anthologie des poètes canadiens.

 

- L'autobus électoral: un candidat à l'élection législative parlant aux électeurs, du haut de sa plate-forme ambulante
   L'Illustration - 8 novembre 1919

 


Philibert Besson posant devant sa voiture électorale

Le suffrage universel fonde la Troisième République

Le libérateur du territoire par Jules-Arsène Garnier
22 janvier 1847 - 25 décembre 1889

Assemblée nationale

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La scène décrite par ce tableau a lieu au cœur de la crise politique dont l'issue va enraciner la IIIe République. Le 16 juin 1877, quelques heures avant que la dissolution de la Chambre des députés soit décidée par le maréchal Mac Mahon, président de la République, le ministre de l'Intérieur Fourtou remercie la Chambre d'être l'auteur de la libération du territoire après la guerre de 1870. La gauche républicaine rectifie et fait une ovation à Thiers, son chef de file dans le combat qui s'engage : « le véritable libérateur du Territoire, le voici » s'écrient-ils en désignant Thiers. Jules Garnier, contrairement à l'exactitude historique a fait de Gambetta l'auteur de cette phrase célèbre.

 

 

En 1877 la République instituée par les lois constitutionnelles de février et juillet 1875 n'est pas à l'abri d'un retour offensif des monarchistes.

Le 16 mai, Mac Mahon, président de la République depuis mai 1873 et partisan de la monarchie renvoie le président du Conseil, Jules Simon, qu'il estime responsable devant lui autant que devant la Chambre des députés. Celle-ci est dissoute le 25 juin, avec l'avis conforme du Sénat qu'exigeait la loi du 25 février 1875 (art. 5).

Gambetta prévient : « Quand le pays aura parlé, il faudra se soumettre ou se démettre. »

- Léon Gambetta : Discours prononcé le 15 août 1877 à Lille.

Pendant la campagne électorale, Gambetta déclare voir dans le suffrage universel une loi fondamentale de la démocratie

- Léon Gambetta : Le suffrage universel, « Cette institution fondamentale de la liberté démocratique »
Discours au Cirque du Château d'Eau, Paris : 9 octobre 1877

363 députés républicains conduits par Léon Gambetta contractent alliance et publient un manifeste invitant les électeurs à combattre « une politique de réaction et d'aventure ».

318 d'entre eux furent réélus aux élections législatives des 14 et 28 octobre 1877 (contre 208 conservateurs). La participation fut élevée : 80,6 % des suffrages exprimés. 98 % des sièges sont pourvus dès le 1er tour.

La crise du 16 mai résolue par la victoire du camp républicain puis, quelque temps après, par la démission de Mac Mahon, a frappé les trois coups de la IIIe République.

- Lettre autographe de Léon Gambetta à Léonie Léon, 17 mai 1877.

« A Léonie Léon
(Paris, jeudi) 17 mai 1877.

Chère mignonne adorée,
J'ai livré bataille et je crois bien l'avoir gagnée, comme tu le verras dans le journal. La Question est maintenant posée : ou un gouvernement républicain ou la dissolution. Broglie prend les affaires, nous allons avoir trois mois difficiles,laborieux, et au bout la revanche, le châtiment des intrigants et des pervers.
J'en réponds.
Je ne peux te dire à quel point je suis touché des vibrantes sympathies de la population de Paris ; j'ai retrouvé le coeur du peuple d'août et de septembre 1870. Je vaincrai, ne crains rien ; nous avons pour nous le droit, la force, l'opinion, l'Europe ; la victoire est au bout de nos efforts. Je t'attends demain, chez moi, vers six heures ; il faut que je t'embrasse. »

Lettre autographe de Léon Gambetta à Léonie Léon, 17 mai 1877
Lettre autographe de Léon Gambetta à Léonie Léon, 17 mai 1877
Bibliothèque de l'Assemblée nationale
 

politique

Le 16 mai, Mac Mahon, président de la République, a ouvert une crise politique majeure en contraignant à la démission le président du Conseil Jules Simon.

Les élections de 1877 à Paris  -  le boulevard des Italiens, dans la soirée du 14 octobre
 

Union de tous les groupes républicains. Déclaration des sénateurs. Déclaration des députés.
Union de tous les groupes républicains. Déclaration des sénateurs. Déclaration des députés.
Souvenir des élections de 1877. Mouchoir de soie.
Riposte, après le 16 mai 1877, à la dissolution du 2 juin ; l'un des nombreux objets destinés à mobiliser le pays, avec la caution de Thiers et Léon Gambetta.

Le Parti Républicain


Waldeck-Rousseau photographié par Nadar.

L'Illustration, 13 août 1904
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Waldeck-Rousseau forme le 22 juin 1899, en pleine affaire Dreyfus, un gouvernement qui durera jusqu'au 7 juin 1902, la plus longue durée de la IIIe République. Ce record, égalé par Raymond Poincaré (1926-1929), ne sera battu qu'au début de la Ve République par le gouvernement de Michel Debré (janvier 1959-avril 1962).

La longévité de Waldeck-Rousseau fut rendue possible par un vote sans équivoque du suffrage universel en faveur de ce que l'on appelait encore au début de ce siècle le « parti républicain ». Ensemble en réalité composite comportant principalement, de la gauche à la droite, des socialistes qui « soutiennent » mais ne « participent pas », des radicaux, des « progressistes »... Ces tendances très diverses furent assez unies pour voter un programme de « défense » et « d'action républicaine » dont un livre bilan exposa, à la veille des élections de 1902, les résultats. C'est pendant cette période que furent votées quelques unes des grandes lois de la République, par exemple la loi du 1er juillet 1901 sur les associations.

- Waldeck-Rousseau. La défense républicaine. Paris, Charpentier, 1902.

- Waldeck-Rousseau. Action républicaine et sociale. Paris, Charpentier, 1903.

 

La Gauche et le suffrage universel en 1910

 

En juin 1910, Albert Thomas (1878-1932), jeune député de Sceaux, qui fit longtemps figure de dauphin de Jean Jaurès [Dossier Jaurès], présente au début de la nouvelle législature le programme du parti socialiste S.F.I.O . Voir :  Albert Thomas. La politique socialiste. Paris, Marcel Rivière. 1913.

Après avoir demandé l'adoption de nombreuses mesures sociales -impôt sur le revenu, nationalisation, assurances sociales, salaire minimum-, Albert Thomas réclame « l'organisation du suffrage universel », par le vote des femmes et la moralisation du scrutin. Il mourra, prématurément, sans obtenir gain de cause sur le suffrage féminin. Mais dès 1913 une première étape avait été franchie vers la transparence du vote, avec la loi du 29 juillet 1913 ayant pour objet d'assurer le secret et la liberté du vote, ainsi que la sincérité des opérations électorales.

C'est de cette loi - tardive - que date l'isoloir, mobilier devenu inséparable de toute opération électorale dans notre pays.

Apparition de l'isoloir à la suite de la loi du 29 juillet 1913 garantissant le vote secret

 © Roger-Viollet

Aboutissement d'une longue lutte parlementaire, les lois du 29 juillet et du 20 mars 1914 améliorent, en effet, la sincérité de l'expression du suffrage.

La loi du 29 juillet 1913 réglemente l'établissement de la liste électorale. Elle assure, pour la première fois depuis la Révolution, la liberté de l'électeur en instaurant un espace où il peut s'isoler avant de déposer sous enveloppe, son bulletin dans l'urne. Il s'agit de la cabine d'isolement ; le terme « isoloir » est en fait plus tardif.

Voir aussi : L'enveloppe, l'urne et l'isoloir - Loi du 29 juillet 1913 ayant pour objet d’assurer le secret et la liberté du vote

La loi du 20 mars 1914 fixe les règles de l'affichage électoral.

Le 6 février 1934, place de la Concorde

La manifestation de rue est de 1919 à 1940 un des modes d'expression favoris des « ligues » de droite ou d'extrême droite. Le 6 février 1934, l'assaut tenté contre le Palais Bourbon aboutit à des scènes de guerre civile, les premières à Paris depuis la Commune. Il y eut 19 morts, et des centaines de blessés.

Le 6 février déclenche le processus qui conduira à la formation et à la victoire du « Front populaire », union des partis et mouvements de gauche, en mai 1936.

 


Manifestation du 6 février 1934, à Paris

Manifestation du 6 février 1934, place de la Concorde, à Paris

 

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