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1940
L'ÉTAT FRANÇAIS

 
  Les 80 et le suffrage universel

  Marianne blessée

  Léon Blum défend la République au procès de Riom (1942) 

 


1940 le suffrage universel est muselé
(audio)
 

© Assemblée nationale

 

Les 80 et le suffrage universel

Le 10 juillet 1940, moins d'un mois après l'armistice, les députés et les sénateurs se réunissent à Vichy en « Assemblée nationale » dans la grande salle du casino. Ils délèguent au Maréchal Pétain, chef du gouvernement depuis le 16 juin, les pleins pouvoirs pour préparer une nouvelle Constitution. Mort de la IIIe République, née en 1875.

Ce jour-là, 80 parlementaires seulement, parmi lesquels 61 députés, votèrent contre les pleins pouvoirs, 569 votèrent pour. Démenti au suffrage universel ? On dit encore parfois que c'est « la Chambre du Front populaire » qui avait abdiqué en faveur de Pétain. Cela est inexact ou du moins approximatif, car l'Assemblée nationale de Vichy était composée de la Chambre et du Sénat, où la gauche était minoritaire. Par deux fois, en juin 1937 et en avril 1938, le Sénat avait contraint Léon Blum, Président du Conseil, à la démission. Il n'est guère douteux, d'autre part, que, dans la situation de prostration nationale de l'époque, les électeurs, s'ils avaient été consultés directement, auraient été encore plus favorables à Pétain que leurs représentants.

- Compte rendu intégral de la séance de l'Assemblée nationale du mercredi 10 juillet 1940

- Loi constitutionnelle du 10 juillet 1940.

- « La séance historique de l'Assemblée nationale du 10 juillet dans la salle de théâtre du casino de Vichy ».
L'Illustration du 17 août 1940

.La séance de l'Assemblée nationale du 10 juillet 1940, au théâtre du Grand Casino de Vichy

Pierre Laval face aux parlementaires

- Vincent Badie. Vive la République. Entretiens avec Jean Sagnes, Privat, Toulouse, 1987.

[La déclaration Badie]

Lors de la séance, Vincent Badie, député radical-socialiste, élu à Lodève, tente de lire une « déclaration » dite « des 27 » (vingt-cinq de ces vingt-sept parlementaires faisant partie des quatre-vingts) excluant nettement la disparition du régime républicain. Mais il en est empêché.

« On arrive au moment où il va falloir voter, relate-t-il. C'est alors que du milieu de la salle, je me lève pour demander la parole... Du bruit, des cris, des cris, des vociférations.
J'escalade la scène. Je regarde le Président Jeanneney. Je vais lire le papier. C'est alors que je suis happé par deux ou trois de mes anciens collègues. Je vois surtout celui qui vient vers moi, furieux : c'est l'ancien président de la Chambre, Fernand Bouisson, le visage écarlate.
Fernand Bouisson me tire la veste, me bouscule, et s'efforce de me faire descendre de la scène.
Je n'ai pas besoin de vous dire que j'étais très pâle. Mon cœur battait très fort, néanmoins, maître de moi, je dis à Bouisson : "Je ne vous permets pas cela ! Lâchez-moi ou je vais vous repousser." Bouisson m'a lâché et il s'est empressé de regagner sa place. »

- Léon Blum. Mémoires. (Le 10 juillet 1940 à Vichy), in L'Œuvre de Léon Blum.
Paris, Albin Michel, 1955.

L'atmosphère de Vichy en juillet 1940.
Audience du vendredi 27 juillet 1945.

« ... j'ai passé à Vichy les journées des 9 et 10 juillet.
Cela aussi, c'est un spectacle Qu'il est difficile d'évoquer sans un certain frémissement. J'ai vu là, pendant deux jours, des hommes s'altérer, se corrompre comme à vue d'œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique. Ce qui agissait, c 'était la peur : la peur des bandes de Doriot dans la rue, la peur des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand, la peur des Allemands qui étaient à Moulins. Ce qu'on appelait le Marais dans les assemblées révolutionnaires a connu une peur de ce genre, le 31 mai ou le 9 Thermidor. J'ai compris, je vous assure, pourquoi on avait appelé cela le Marais. C'était vraiment un marécage humain dans lequel on voyait, je le répète, à vue d'œil se dissoudre, se corroder, disparaître tout ce qu'on avait connu à certains hommes de courage et de droiture. J'avais toujours pensé et j'avais toujours dit qu'il était impossible, après les événements du mois précédent, que la constitution de la France demeurât intacte.
J'avais dit tout haut, comme je le pensais, qu'il n'y a pas d'exemple, dans /'histoire, d'un régime constitutionnel qui ait survécu intact è un désastre comme celui-là ; mais ce dont il n'y a pas non plus d'exemple dans l'histoire, c'est un pays modifiant sa constitution en présence de l'ennemi, pendant qu'il était occupé par l'ennemi et, sinon sous la pression directe de l'ennemi, du moins pour s'aligner avec les institutions de l'ennemi. »

 

Marianne blessée

Née après Sedan en septembre 1870, la IIIe République meurt à Sedan en 1940. L'hebdomadaire de gauche Marianne, désormais suspect par son seul titre, échappe à la censure et réussit à paraître le 17 juillet une semaine après le vote de l'Assemblée nationale. Il montre la France et la République blessées à mort. Marianne tente de se soulever, malgré le poignard planté dans son dos. Ce fut le dernier numéro de Marianne, et la dernière image républicaine pendant quatre ans.

 

Léon Blum défend la République au procès de Riom (1942)

En 1942 Léon Blum, président du Conseil de mai 1936 à juin 1937 et en mars-avril 1938, est traduit, ainsi qu'Édouard Daladier, devant la Cour suprême de justice de Riom créée par la « loi » du 28 juillet 1940. Violant le principe de la non rétroactivité de la loi pénale, l'article 5 de ce texte prévoyait que la Cour pourrait juger des faits antérieurs à sa promulgation.

Avant même sa comparution, Léon Blum avait été condamné, par décision de Pétain et sans jugement, à la détention à vie dans une enceinte fortifiée.

Au cours de l'instruction, et devant la Cour, Blum prit la défense de l'idéal piétiné des Constituants de 89 et des principes et des lois de la République. Jamais l'identité entre République et suffrage universel ne fut mieux affirmée.

- Léon Blum. L'histoire jugera.
Paris, Éditions Diderot, 1945.

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Chronologie de l'appel du 18 juin 1940

 

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