Plénitude de la République
et extension du suffrage universel

La participation électorale


La participation électorale en France depuis 1815

Une limite du suffrage universel : Les électeurs potentiels non inscrits...

La vague électorale

Le bureau de vote

La participation électorale en France depuis 1815

Les trois diagrammes présentés ici indiquent pour chaque élection générale, plébiscite ou référendum, le pourcentage des votants par rapport aux électeurs inscrits.

LE DIAGRAMME 1 regroupe les élections législatives au suffrage restreint sous la monarchie censitaire. La participation, très faible dans les circonstances troublées (Cent Jours) s'élèvera constamment sous la Restauration et après le début de la Monarchie de Juillet : + de 80 %.

le DIAGRAMME 2 rassemble toutes les élections politiques et les plébiscites au suffrage universel masculin de 1848 à 1936. La participation demeure en longue période peu inférieure à celle du régime censitaire, y compris de 1924 à 1936 (plus de 80 % quatre fois de suite) malgré l' « usure du régime ». Les résultats témoignent globalement d'une adhésion très forte à la pratique du suffrage universel. Pendant ces 90 ans, plus des 3/4 des citoyens français en moyenne (76,7 %) ont accompli leur devoir électoral.

LE DIAGRAMME 3 réunit toutes les données concernant les référendums, les élections constituantes, législatives et présidentielles depuis la Libération jusqu'en 1988. L'électoral est composé des hommes et des femmes de plus de vingt-et-un ans jusqu'en 1974, de plus de dix-huit ans à partir de 1978. Le niveau moyen de participation (78 %) est à peine supérieur à celui de la période précédente. Il est trop tôt pour interpréter le recul de la participation depuis mai 1988 comme l'amorce d'un changement décisif.

Taux de participation électorale de 1815-1846

Taux de participation électorale de 1848-1936

Taux de participation électorale 1945-1962

Taux de participation
aux élections présidentielles depuis 1965

Taux de participation
aux élections législatives depuis 1958

1986 : Scrutin proportionnel de liste dans le cadre départemental.
Source : « La France aux urnes, 60 ans d'histoire électorale », P. Bréchon, La Documentation Française, 2004.

Taux de participation
aux élections européennes depuis 1979

Source : « La France aux urnes, 60 ans d'histoire électorale », P. Bréchon, La Documentation Française, 2004.
Source 2004 : Site de la Commission européenne.

Taux de participation
aux élections régionales depuis 1986

Taux de participation
aux élections municipales depuis 1959

Une limite du suffrage universel
Les électeurs potentiels non inscrits...

L'inscription sur les listes électorales est une obligation, mais de nombreux Français négligent de se faire inscrire. M. Duverger estime leur nombre à 8,5 % en 1954, à 6,7 % en 1957 ; Olivier Duhamel a avancé le chiffre de 10 % en 1992 ; le ministère de l'Intérieur donne alors une fourchette de 3 à 8,5 % en mesurant l'écart entre nombre d'inscrits et population française d'âge électoral (déchus des droits civiques mis à part), mais sans tenir compte des possibilités de double inscription ou de radiation tardive. En 1989 plus précisément, il estime à 2 millions (soit 5 % du corps électoral potentiel) le nombre des non-inscrits, résultat de la négligence ou d'une volonté délibérée (Q.E. nos 7513, 11863 et 12538, J.O. 13.03.89, 5.06.89 et 12.06.89). En 2007 a été enregistrée une hausse très significative des inscrits : 4,2 %, soit donc 1,8 million d'électeurs nouveaux par rapport au 1er mars 2006, bien qu'assez habituelle avant une élection présidentielle. L'augmentation avait cependant été de 3,7 % en 1981, de 1,9 % en 1988, de 2,1 % en 1995 et 2,03 en 2002.

En France le vote n'a jamais été obligatoire -à la différence d'autres pays, comme la Belgique ou l'Australie- de sorte qu'un certain nombre d'électeurs s'abstiennent.

Or, lors des élections -à la différence des scrutins à l'Assemblée nationale, du moins depuis la Ve République- il n'existe pas de vote spécifique d'abstention" : les votes blancs sont assimilés à des bulletins nuls (ils totalisent, par exemple au référendum de 1945, jusqu'à 5,2 % des bulletins). Quant aux abstentionnistes proprement dits (ceux qui ignorent le slogan "Voter, c'est régner* et qu'on appelait les pêcheurs à la ligne... jusqu'à ce que des listes se présentent sous cette étiquette), leur proportion varie entre 15 % (premier tour de l'élection présidentielle de 1965) et 63 % (référendum de 1988 sur la Nouvelle-Calédonie) selon les circonstances et les types de scrutin -d'autant que les partis (PSU en 1962, PC en 1969, PS en 1972, RPR en 1988) donnent parfois eux-mêmes des consignes d'abstention. L'abstentionnisme n'est sanctionné que par un biais : la nécessité d'obtenir un nombre minimum de voix (le quart des inscrits) pour être élu dès le premier tour (art. L. 126 du Code électoral).

- Jean Morin. Un Français sur dix ne s'inscrit pas sur les listes électorales.
in Économie et statistique - février 1983.

- André Berthol. Question écrite n° 12538. Réponse du Ministre de l'Intérieur.
Journal officiel
. Assemblée nationale du 12 juin 1989.

La vague électorale

- Août 1846 : 243 000 électeurs inscrits
dernières élections de la monarchie de Juillet ; régime censitaire.

- 23 avril 1848 (dimanche de Pâques) élections de l'Assemblée de constituants
premières élections au suffrage universel direct masculin au XIXe siècle électeurs inscrits : 9 395 035
(1848 = 1846 x 37).

- Législatives 26 avril et 3 mai 1936
élections de la Chambre de Front populaire : les dernières de la Ille République
inscrits : 11 736 899
(remarquable quasi stabilité du nombre des inscrits de 1848 à 1936).

- Législatives du 21 octobre 1945
élection de l'Assemblée nationale constituante
inscrits : 24 614 890
(plus du double par rapport à 1936 : incidence du vote des femmes.
Ordonnance du 21 avril 1944).

- Législatives des 4 et 11 mars 1973
inscrits : 29 901 822
(croissance démographique).

- Législatives des 14 et 21 mars 1978
inscrits : 35 204 152
(incidence du vote à 18 ans, loi du 5 juillet 1974).

- Législatives des 12 et 19 juin 1988
inscrits : 37 945 582
(1988 = 1848 x 4 environ).

- Législatives des 10 et 17 juin 2007
inscrits : 43 888 483
(2007 = 1848 x 4,67 )

Voir aussi : Les précédentes élections

Le bureau de vote

Beaucoup de gravures et de témoignages l'attestent : les opérations électorales dans la France du XIXe siècle ont mis du temps à se « républicaniser ».
Électeurs timides et empruntés, la casquette ou le bonnet à la main, faisant queue en attendant humblement leur tour pour déposer leur bulletin dans les mains de notables qui inspirent la déférence. Pas d'isoloir - il n'est obligatoire qu'à partir d'une loi de 1913. Pendant des décennies, on a voté à bulletin ouvert. L'électeur de base, citoyen obscur, ne participe pas au dépouillement du scrutin. Longtemps les différenciations sociales se sont perpétuées en ce lieu en dépit de l'égalité théorique de tous les électeurs.
Peu à peu, la démocratie républicaine est entrée dans le bureau de vote, en même temps qu'une réglementation empêchant ou limitant la fraude.

Le scrutin, qui dure un jour, a presque toujours lieu le dimanche pour que chacun puisse y participer. Bien des électeurs viennent accompagnés de leur famille.

Le bureau de vote est présidé par le maire et composé d'assesseurs en principe désignés par les candidats. Le bureau compte les enveloppes, vérifie l'urne, enregistre les votes, enfin surveille le dépouillement opéré par les scrutateurs. Il s'agit d'électeurs volontaires qui procèdent au décompte et au contrôle des bulletins et, enfin, à leur pointage.

Le bureau proclame les résultats et transmet le procès-verbal au bureau centralisateur. A l'exception des bulletins litigieux, tous les bulletins sont incinérés en présence des électeurs.

Ces travaux pratiques, en grandeur réelle, du suffrage universel garantissent la régularité du scrutin et en font comprendre les mécanismes à tous les citoyens.

Lieu de la décision démocratique, le bureau de vote est soustrait aux pressions. Il est interdit d'y pénétrer avec des armes. La décision est secrète et silencieuse. Silencieuse : la campagne électorale est terminée. Secrète : l'électeur peut s'il le souhaite, après avoir fait constater son identité, prendre un ou plusieurs bulletins. Il a l'obligation avant de glisser le bulletin de son choix dans une enveloppe de passer par une partie de la salle spécialement aménagée, appelée « isoloir ». Le vote de chaque électeur -mais non, bien sûr, le sens de ce vote- est constaté par sa signature apposée sous le contrôle d'un assesseur en face de son nom sur la liste d'émargement.

Ce qui était à l'origine un acte collectif, soumis aux influences, s'est peu à peu individualisé, devenant la décision d'une conscience libre.

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