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Georges Pompidou

« Pour rétablir une vérité »

 

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J'étais décidé à démissionner. Je rédigeai ma lettre. Et, dès le matin du jeudi 30, je fis venir Tricot pour l'en informer et demander à voir le Général dès son retour.

En fait, je ne pus le voir qu'à 14 h 30 avant le Conseil des ministres. D'emblée, je retrouvais le grand de Gaulle. « Vous restez. Je parle au pays. Voilà ce que je lui dis. » Et il me lut son projet d'allocution.

Je ne me sentis pas la force de maintenir ma démission. Mais, quelle que fût l'exceptionnelle qualité de cette allocution, il y manquait quelque chose d'essentiel : la dissolution. C'est là-dessus que la discussion s'engagea. Je n'eus pas de peine à démontrer que la majorité, très fragile, était ébranlée, que la victoire électorale était certaine. Le Général, lui, s'obstinait à me dire : « On ne peut pas faire les élections. La preuve, c'est que je n'ai pas pu faire le référendum. » Je répliquai que les deux choses étaient fort différentes, qu’un référendum sur un vague sujet de régionalisation n’intéressait guère et ne répondait ni de loin ni de près aux inquiétudes du pays, que le rendre pratiquement impossible par la grève n’indignait pas l’opinion alors qu’elle n’accepterait pas qu’on empêchât les élections, forme ancienne, enracinée dans les esprits, de la consultation populaire. A la fin, voyant que je ne convainquais pas, je déclarai : « Mon Général, vous me demandez de rester. Je vous demande la dissolution. »

 Le Général me regarda, puis prit une feuille de papier à lettre et rédigea une lettre à Monnerville, président du Sénat. Il se conformait ainsi à la Constitution qui prévoit la « consultation » des présidents des Assemblées. Je lui précisai qu’il était inutile de consulter M. Chaban-Delmas qui partageait entièrement mon avis et m’avait autorisé à en faire état.

Nous entrâmes en Conseil.

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Pour rétablir une vérité. Paris, Flammarion, 1982.