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COLLOQUE INTERNATIONAL
sur « LA NOUVELLE POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE »

Mercredi 25 novembre 1998
Assemblée nationale, Paris
Sous le haut patronage de M. Laurent FABIUS,
Président de l'Assemblée nationale

Colloque présidé par
M. Raymond FORNI
Vice-Président de l'Assemblée nationale,
Président de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales

Les participants :
-
Les intervenants
-
Liste des présidents et parlementaires des assemblées d'Afrique
-
Liste des parlementaires français

Sommaire

LES PARTICIPANTS
Les intervenants

MESSAGE D'ACCUEIL :

M. Raymond FORNI, Vice-Président de l'Assemblée nationale, Président de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales

ALLOCUTION D'OUVERTURE :
M. Laurent FABIUS,
Président de l'Assemblée nationale

INTERVENTIONS :
M. Jean GLAVANY,
Ministre de l'Agriculture
M. Blaise COMPAORÉ,
Président du Burkina Faso, Président en exercice de l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A.)

PREMIÈRE TABLE RONDE :
M. Yves TAVERNIER,
Rapporteur du budget des Affaires étrangères à la Commission des Finances
M. Pierre BRANA,
Rapporteur du Budget de la Coopération à la Commission des Affaires étrangères
M. Nicolas AMOUGOU NOMA,
Premier Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, Premier Vice-Président de l'Assemblée nationale du Cameroun
Dr Prega RAMSAMY,
Secrétaire exécutif adjoint de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (S.A.D.C.)
M. Ahmedou OULD ABDALLAH,
Secrétaire exécutif de la Coalition mondiale pour l'Afrique
M. Guy PENNE,
Sénateur représentant les Français établis hors de France, Rapporteur pour avis du budget des relations culturelles extérieures et de la Francophonie à la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat
DEUXIÈME TABLE RONDE :

M. Serge JANQUIN,
Président du groupe d'amitié France-Sénégal
M. Paul QUILÈS,
Ancien Ministre, Président de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées
Général Jean-Paul RAFFENNE,
Sous-chef d'état-major « relations internationales » à l'état-major des armées
M. Michel VOISIN,
Président de la Délégation française à l'Assemblée parlementaire de l'O.S.C.E.
Général Amadou Toumani TOURE,
Ancien Chef d'Etat de la République du Mali
M. Mohamed SAHNOUN,
Envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU en Afrique
M. Lansana KOUYATE,
Secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (C.E.D.E.A.O)

TROISIÈME TABLE RONDE :

Mme Nicole FEIDT
Membre de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales
M. François NICOULLAUD

Directeur général des Relations culturelles, scientifiques et techniques du Ministère des Affaires étrangères
M. Bruno AMOUSSOU

Président de l'Assemblée nationale du Bénin
M. Konan BANNY

Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest
M. Souleymane CISSE

Artiste, Metteur en scène
M. Serge MICHAILOF

Directeur à la Banque Mondiale des opérations pour l'Afrique centrale
M. Maurice ADEVAH-POEUF

Rapporteur du budget de la coopération à la Commission des Finances

CONCLUSION :

M. Raymond FORNI
Vice-Président de l'Assemblée nationale
Président de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales

ALLOCUTION DE CLÔTURE :

M. Charles JOSSELIN
Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie

PRÉSIDENTS ET PARLEMENTAIRES DES ASSEMBLÉES D'AFRIQUE

Angola :
M. Jaime Antonio CHINGUIMBO

Vice-Président de l'Assemblée nationale
Bénin :
M. Bruno AMOUSSOU

Président de l'Assemblée nationale
Burkina Faso :
M. Mélégué Maurice TRAORÉ

Président de l'Assemblée nationale
Burundi :
M. Léonce NGENDAKUMANA

Président de l'Assemblée nationale
Cameroun :
M. Nicolas AMOUGOU NOMA

Premier Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie
Premier Vice-Président de l'Assemblée nationale
M. Ebénézer NJOH MOUELLE

Député de l'Assemblée nationale
Cap-Vert :
M. Antonio do ESPIRITO SANTO FONSECA

Président de l'Assemblée nationale
Comores :
M. Salim DJABIR SALIM

Président de l'Assemblée Fédérale
Congo :
M. Justin KOUMBA

Président du Conseil national de Transition
Côte d'Ivoire :
M. Mamadou BAMBA

Vice-Président de l'Assemblée nationale
Egypte :
M. Abdelahad GAMALEDINE

Président de Commission de l'Assemblée du Peuple
Ethiopie :
M. Dawit YOHANNES

Président du Conseil des Représentants du Peuple
Gabon :
M. Guy NZOUBA-NDAMA

Président de l'Assemblée nationale
Gambie :
M. Mustapha WADDA

Président de l'Assemblée nationale
Ghana :
M. Daniel F. ANNAN

Président du Parlement
Guinée :
M. Boubakar Biro DIALLO

Président de l'Assemblée nationale
Madagascar :
M. Christophe ANDRIANARISOA

Président de l'Assemblée nationale
Mali :
M. Ali Nouhoum DIALLO

Président de l'Assemblée nationale
Maroc :
M. Abdelwahed RADI

Président de la Chambre des Représentants
Ile Maurice :
Sir Ramesh JEEWOOLALL

Président de l'Assemblée nationale
Mauritanie :
Cheikh Sid'Ahmed OULD BABA

Président de l'Assemblée nationale
Mozambique :
M. Mariano de ARAUJO MATSINHA

Député de l'Assemblée de la République
Niger :
M. Moussa MOUTARI

Président de l'Assemblée nationale
Président de l'U.P.A.
Sénégal :
Cheikh CISSOKHO

Président de l'Assemblée nationale
Seychelles :
M. Shelton JOLICOEUR

Vice-Président de l'Assemblée nationale
Tchad :
M. Wadal Abdelkader KAMOUGUÉ

Président de l'Assemblée nationale
Togo :
M. Dahuku PÉRÉ

Président de l'Assemblée Nationale
Tunisie :
M. Taïeb SAHBANI

Président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Députés

PARLEMENTAIRES FRANÇAIS

Députés :
M. Maurice ADEVAH-POEUF
M. Maurice ANGOT
M. André ASCHIERI
M. Alain BARRAU
M. Bruno BOURG-BROC
M. Pierre BRANA
M. Yves DAUGE
M. Jean-Paul DURIEUX
Mme Nicole FEIDT
M. Robert GAIA
M. Georges HAGE
M. Serge JANQUIN
M. Christian KERT
M. Jérôme LAMBERT
M. Jean-Pierre MARCHE
Louis MEXANDEAU
M. Paul QUILÈS
M. Yves TAVERNIER
Mme Odette TRUPIN
M. Michel VOISIN
M. Kofi YAMGNANE

Sénateurs :
M. Guy PENNE
M. Jacques LEGENDRE

SOMMAIRE

Message d'accueil de M. Raymond Forni,
Premier Vice-Président de l'Assemblée nationale
Président de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales

Allocution d'ouverture de M. Laurent Fabius,
Président de l'Assemblée nationale

Intervention de M. Jean Glavany,
Ministre de l'agriculture

Intervention de M. Blaise Compaoré,
Président du Burkina Faso,
Président en exercice de l'Organisation de l'Unité Africaine

Première table ronde : un dialogue élargi

Président :
M. Yves Tavernier
, Rapporteur du budget des Affaires étrangères à la Commission des Finances

Intervenants :
M. Pierre Brana

M. Nicolas Amougou Noma
Dr Prega Ramsamy
M. Ahmedou Ould Abdallah
M. Guy Penne

Débat :
M. Mustapha Wadda
Sir Ramesh Jeewoolal
M. Jacques Legendre
M. Guy Nzouba-Ndama
M. Ebénézer Njoh Mouelle

Deuxième table ronde : paix et sécurité en Afrique

Président :
M. Serge Janquin,
Président du groupe d'amitié France-Sénégal

Intervenants :
M. Paul Quilès
Général Jean-Paul Raffenne
M. Michel Voisin
Général Amadou Toumani Touré
M. Mohamed Sahnoun
M. Lansana Kouyate

Débat :
M. Antonio do Espirito Santo Fonseca
M. Mariano de Araujo Matsinha
M. Léonce Ngendakumana
M. Abdelahad Gamaledine

Troisième table ronde : vers de nouveaux partenariats

Présidente :
Mme Nicole Feidt
, Membre de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales

Intervenants :
M. François Nicoullaud
M. Bruno Amoussou
M. Charles Konan Banny
M. Souleymane Cissé
M. Serge Michailof
M. Maurice Adevah-Poeuf

Débat :
M. Jaime Antonio Chinguimbo
M. Christophe Andrianarisoa
M. Daniel Annan
M. Moussa Moutari

Conclusion de M. Raymond Forni

Allocution de clôture de M. Charles Josselin, Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie

Annexe :- Liste des Présidents des groupes d'amitié de l'Assemblée nationale avec les pays africains

Les travaux du colloque ont fait l'objet d'une traduction simultanée :

- Cabine française : Mme Isballe SEGUELA, Mme Madeleine GIROT

- Cabine anglaise : M. Daniel UNGAR, M. Marc VISCOVI

- Cabine portugaise : Mme Maria GONCALVES, Mme Luisa DA GAMA ASPAR

MESSAGE D'ACCUEIL DE M. RAYMOND FORNI,
VICE-PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PRÉSIDENT DE LA DÉLÉGATION DU BUREAU CHARGÉE DES ACTIVITÉS INTERNATIONALES

Monsieur le Président de la République du Burkina Faso,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Chers collègues et amis,

Mes premiers mots s'adressent à vous, Monsieur le Président du Burkina Faso, Président en exercice de l'Organisation de l'Unité Africaine, pour vous remercier d'avoir accepté notre invitation. Nous sommes très sensibles à cette marque d'intérêt et d'amitié.

Nous sommes également honorés d'accueillir dans le cadre de l'Assemblée nationale de nombreux Présidents de parlements africains.

Je voudrais saluer également la présence de toutes les personnalités africaines et françaises qui participeront aujourd'hui à nos travaux.

Je me réjouis bien évidemment de la tenue à Paris, à l'Assemblée nationale, de ce colloque portant sur " la nouvelle politique africaine de la France ". Il n'est rien d'autre que le volet parlementaire du Sommet des Chefs d'Etat d'Afrique et de France. Il inaugure, en quelque sorte, une semaine dense et importante pour les échanges entre la France et l'Afrique, toute l'Afrique.

Je souhaite évidemment que nos débats soient à la hauteur des attentes de l'ensemble des participants et je remercie Monsieur Laurent Fabius, Président de l'Assemblée nationale, de bien vouloir ouvrir ce colloque.

ALLOCUTION D'OUVERTURE DE M. LAURENT FABIUS, PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE

Monsieur le Président de l'Organisation de l'Unité africaine,

Messieurs les Présidents,

Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs,

Chers collègues,

Chers amis,

Je veux vous dire d'abord avec beaucoup de chaleur le plaisir que j'éprouve à vous accueillir à l'Assemblée nationale. L'initiative de cette rencontre est due à Jean Glavany qui, à peine en avait-il eu l'idée comme député, a été " emporté " comme ministre. Les liens entre l'exécutif et le législatif étant excellents, il nous fait cependant la gentillesse d'être ici aujourd'hui, et le Président Raymond Forni a pris sa succession.

Nous vous accueillons pour un colloque sur " la nouvelle politique africaine de la France ". Vous êtes ici chez vous. Nous formons une communauté vivante, qui s'incarne pour une partie d'entre nous dans une francophonie porteuse d'une certaine culture et d'une certaine société, et qui est ouverte sur d'autres langues, d'autres mondes ici représentés.

Nos liens sont très anciens. Ils sont souvent passionnés, parfois conflictuels, mais en tout cas toujours très étroits. La France serait-elle d'ailleurs tout à fait la France, si elle n'avait connu et aimé l'Afrique, mère des continents et terre des premiers hommes ? Nous avons besoin les uns des autres.

Nous allons devoir faire face à toute une série de défis pour le siècle prochain. Celles et ceux qui sont présents ici sont persuadés de la nécessité d'agir ensemble. On connaît ces défis : développement, démocratie, paix et sécurité. Un mur s'est effondré à l'est. Il serait absurde d'en construire un au sud. Cette journée parlementaire est une première. Souhaitons qu'elle soit utile au prochain Sommet qui s'ouvre.

Lutter pour le développement, ainsi que l'ont souligné le Président de la République française et le Premier ministre, c'est d'abord combattre la pauvreté. Violences, conflits, intolérance, fondamentalisme, tribalisme ; la pauvreté est à l'origine de tous ces maux. Famine, maladie, chômage, analphabétisme, sont à la fois les causes et les conséquences du malheur. Ce sont eux principalement qui confisquent l'espérance, qui empêchent le développement.

Bien sûr, il est nécessaire de poursuivre l'assainissement financier, la réduction des déficits, l'ouverture des marchés ; mais le développement durable souhaité ne sera pas le résultat automatique de recettes classiques. L'Afrique souveraine n'est pas la nouvelle province d'un empire ultralibéral. Les PNB par pays ont progressé, mais le revenu par habitant, lui, a diminué. On en connaît les causes : démographie, accidents climatiques, stratégies parfois discutables. Avant de nous tourner vers le futur, il faut dresser un constat honnête de la situation présente : 20 Etats vivent moins bien qu'il y a 20 ans. Priorité doit donc être donnée au développement en faveur des populations, à la modicité du prix des services et des produits de base, à la coopération décentralisée, aux nouveaux entrepreneurs, aux micro-projets. Priorité à la recherche et à l'éducation. Priorité aux progrès agricoles, au commerce autocentré, à la coopération sanitaire, pour vaincre des maladies qui, relativement contenues en Europe, dévastent l'Afrique.

Dans un esprit de partenariat, la France a montré la voie en matière de traitement de la dette extérieure. Elle doit maintenant conduire, dans la durée et sur des objectifs négociés, une mobilisation internationale, coordonner le franc CFA et un euro qui ne devra pas être surévalué, plaider auprès des Quinze pour le maintien des préférences commerciales, promouvoir une caisse européenne de développement, s'efforcer d'obtenir des Nations unies un plan mondial pour la sauvegarde de l'environnement... Telles sont quelques-unes de nos tâches pour les temps qui viennent.

Nous savons que l'économie et la démocratie sont liées. Nos parlements y sont particulièrement sensibles, puisqu'ils sont, sauf à ne pas mériter leur nom, fondés sur le droit, sur le contrôle de l'exécutif, et sur la présence simultanée de la majorité et de l'opposition. Un homme, une voix, ce n'est pas une affaire de montant de la richesse nationale ou de couleur de peau. Nous savons que le suffrage universel, la liberté d'opinion, le multipartisme et l'alternance sont fragiles. Les retours en arrière ne sont jamais exclus. Pour demeurer, la démocratie ne peut que se construire sur la transparence, l'efficacité des services publics, la dignité de la personne humaine et le respect d'un Etat de droit, de l'échelon local jusqu'au sommet de l'Etat.

La paix et la sécurité sont aussi des droits. Pour la France, la ligne définie par les plus hautes autorités est claire : ni ingérence, ni indifférence. Entre Méditerranée, Atlantique et Océan Indien, entre Islam, animisme et chrétienté, que de régions d'influences, que de zones de frictions possibles ! Des conflits frontaliers persistent, des guerres civiles renaissent, des coalitions opposées apparaissent. Il existe donc toujours une certaine menace au coeur du continent.

Pour ma part, je crois aux mécanismes diplomatiques, et notamment aux compétences de l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A.), qui doivent être pleinement utilisées. Il faut même parfois savoir imposer la concorde. N'existe-t'il pas un véritable devoir d'assistance à peuple en danger ? L'Afrique doit se doter de dispositifs de maintien de la paix, sur une base régionale avec, le cas échéant, le soutien logistique de ses amis. Nous avons d'ailleurs tous observé que certains pays font désormais preuve d'un intérêt nouveau, longtemps insoupçonné. Chacun se réjouira de cet apport, pourvu qu'il couvre la diversité des domaines et qu'il ait pour but réel la stabilisation du continent.

Monsieur le Président, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs, Chers amis, la France, sous l'impulsion du Président de la République et du Gouvernement, a entrepris une réforme des structures et des orientations de sa politique de coopération. Cela paraissait naturel dans la mesure où tout cela remontait à une époque assez lointaine.

Ni paternalisme, ni retour à je ne sais quel refoulement colonial ; la France, à sa place, avec son expérience et son absence d'hégémonie, veut simplement apporter sa contribution. Notre dispositif militaire a été réorienté dans cet esprit. Sans omniprésence ni désengagement, nous voulons seulement affirmer que notre pays, qui doit son rayonnement à ses valeurs, doit soutenir et soutient la nouvelle donne africaine. La question n'est pas d'être " afro-optimiste " ou " afro-pessimiste " , mais de comprendre les réalités, les aspirations des femmes et des hommes d'un continent. C'est aussi l'objet de cette réunion. Je suis persuadé que, grâce à votre travail, ce colloque y contribuera, et que nous pourrons ensemble préparer le siècle qui vient. Je souhaite à vos travaux la plus grande réussite.

Avertissement : Le texte des interventions a été établi à partir d'une transcription intégrale, réalisée par la société Hors Ligne, de la traduction française lorsque les interventions ont été prononcées en anglais ou en portugais. Les titres et intertitres en interligne ont été ajoutés dans un souci d'édition.

Jean GLAVANY, Ministre de l'Agriculture

Messieurs les Présidents,
Chers Amis,

Il y a quelques mois, encore premier Vice-Président de cette Assemblée, j'avais souhaité, avec la délégation du Bureau chargée des activités internationales, organiser ce colloque. Pourquoi cela ? Parce qu'il nous semblait que l'Assemblée nationale est toujours dans son rôle quand elle organise la réflexion, quand elle éclaire l'opinion par des débats publics comme celui-là, lorsque, parallèlement à l'action des gouvernements et à la diplomatie, elle prend le temps de la réflexion internationale. Elle est particulièrement dans son rôle lorsqu'elle noue des relations de connaissance, d'amitié et de partenariat avec des représentants des parlements qu'elle ne connaît pas encore assez.

Notre souhait a été de ponctuer les travaux de cette Assemblée par des grands rendez-vous de réflexion sur les principales questions internationales. Un colloque très réussi s'était ainsi tenu voilà six mois dans cette salle, sur l'élargissement de l'Europe et les réformes institutionnelles. Nous avions prévu de poursuivre ce cycle. Vient aujourd'hui le temps de réfléchir ensemble aux liens multiples, variés, qui unissent notre pays à votre continent. C'était évidemment bien naturel quand on sait ces liens historiques, politiques, économiques, culturels, amicaux, qui unissent la France et l'Afrique. C'était aussi utile et important dans la mesure où le gouvernement français a souhaité mettre en uvre une nouvelle politique africaine, fondée sur trois volets qui nourriront les trois tables rondes de cette journée.

· Le dialogue élargi

La France a en Afrique des partenaires traditionnels auxquels la lie une amitié très ancienne. Mais la France souhaite aussi s'ouvrir plus qu'elle ne l'a fait jusqu'à ce jour vers les régions anglophones et lusophones de l'Afrique, et élargir son champ d'intérêt à d'autres grands pays. Comment les uns et les autres réagissent-ils à cette volonté d'ouverture ? Quelles perspectives politiques ouvre-t'elle ?

· Paix et sécurité en Afrique

Si les thèmes de la sécurité et de la paix sont toujours à l'ordre du jour en Afrique, la France veut plus que jamais respecter le principe de non-ingérence et soutenir les initiatives africaines, notamment de médiation. Notre pays a pour cela redéfini sa présence militaire, et se tourne vers de nouvelles missions de formation et d'appui au maintien de la paix.

· Vers de nouveaux partenariats

Nous avons la volonté de débattre de la réforme de notre politique de coopération, qui doit être plus cohérente et plus efficace, afin d'accompagner la nécessaire adaptation de l'aide publique au développement.

Voilà ce que nous souhaitions faire aujourd'hui parce que demain et après-demain aura lieu à Paris le Sommet franco-africain. Il nous avait paru intéressant, sans pour autant que le Parlement s'immisce en quoi que ce soit dans le domaine de la diplomatie, géré par les subtils équilibres de la cohabitation et le respect scrupuleux des prérogatives des deux têtes de l'exécutif, que le Parlement apporte à cette occasion un enrichissement au rendez-vous franco-africain par un volet parlementaire non de décision, mais de réflexion. L'expérience nous montrera si cette ambition était utile et légitime.

Voilà tout ce que nous avions envisagé de mettre en uvre avec la Délégation internationale de l'Assemblée, lorsqu'une décision inattendue m'a empêché d'accompagner ce projet jusqu'au bout, et d'être présent parmi vous toute la journée, comme je le souhaitais. Puisque je vous avais invités à l'origine, je souhaitais malgré tout vous accueillir. Je dois aussi remercier très chaleureusement Laurent Fabius et Raymond Forni de m'avoir permis de le faire.

Comme nouveau ministre de l'Agriculture et de la pêche, je sais que je retrouverai votre continent à mon programme de travail. Je voudrais donc évoquer un seul sujet : il s'agit de la nécessité d'une meilleure intégration des économies africaines dans le commerce agricole mondial. Je vous propose de profiter de la prochaine négociation sur l'OMC, qui s'ouvrira en l'an 2000, pour organiser de façon concertée des séminaires de travail franco-africains, et peut-être euro-africains, afin de permettre une meilleure compréhension mutuelle des règles de la négociation, et afin de passer des alliances entre Européens et Africains. Il s'agit en d'autres termes de profiter de cette négociation multilatérale pour construire un axe euro-africain, tirant les leçons de la négociation de 1992, dont vous aviez été par trop exclus.

Je regrette de ne pouvoir rester parmi vous. Mais ma disponibilité totale dans mon nouveau domaine de compétence permettra d'approfondir nos coopérations fructueuses.

Raymond FORNI, Vice-Président de l'Assemblée nationale, Président de la Délégation du Bureau, Chargée des activités internationales

Je tiens à dire à M. Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso, le plaisir qui est le mien de le voir dans cette salle. Jusqu'à une période récente, je n'envisageais la coopération que sous un angle limité : celui des liens qui unissent le département dont je suis originaire avec le Burkina Faso. Je franchis aujourd'hui une nouvelle étape. Je me réjouis que vous puissiez nous donner votre point de vue, en tant que Président de l'Organisation de l'unité africaine, sur la manière dont vous appréhendez vous-même la coopération entre la France et les pays d'Afrique.

Blaise COMPAORE

Président du Burkina Faso

Président en exercice de l'Organisation de l'unité africaine (OUA)

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les Présidents des assemblées africaines, Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les députés,

Je voudrais exprimer ma profonde gratitude à son Excellence monsieur Laurent Fabius, Président de l'Assemblée nationale, pour m'avoir convié à cette importante rencontre sur le thème de " la nouvelle politique africaine de la France ". Monsieur Fabius, recevez mes hommages pour votre noble initiative qui permet aux Africains d'échanger avec les Français sur l'avenir de notre partenariat.

Je voudrais également exprimer ma sincère reconnaissance aux élus et au peuple français, pour l'intérêt constant qu'ils portent au développement du Burkina Faso et au bien-être de ses populations.

En ma qualité de Président en exercice de l'Organisation de l'Unité Africaine, je voudrais étendre cet hommage à l'engagement grandissant de la France en faveur du continent africain dans son ensemble. La preuve de cet engagement réside dans les prises de position sans ambiguïté de la France pour l'Afrique au sein des instances internationales où se décident l'avenir et le sort des nations du monde. La France a en effet toujours plaidé la cause d'une Afrique désavantagée par rapport aux autres régions du monde et pour laquelle des solidarités plus grandes doivent nécessairement s'organiser.

I - Adapter la coopération à un contexte international en évolution

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, l'évolution actuelle de la politique étrangère de la France laisse clairement percevoir une volonté d'intégrer le plus possible les actions de coopération dans le cadre général de la diplomatie, de façon à mieux adapter ces actions à l'environnement des relations internationales, en ce siècle finissant.

La mondialisation consacre chaque jour un peu plus l'effacement systématique des zones d'influence traditionnelles et l'ouverture sans précédent de tous les lieux habituels de rencontre entre les peuples, les cultures, les économies, les politiques. Demain commence cette grande rencontre entre la France et l'Afrique. C'est du jamais vu : presque toute l'Afrique est présente. L'intérêt de nos nations ne se trouve donc plus dans les cercles traditionnels. Nous sommes à la recherche de grandes ouvertures, il nous faut dépasser ce que l'histoire avait arrêté pour nous voici quelques années.

Dans cet environnement globalisant, il est certain qu'une politique de singularisation et de démarcation ne peut être qu'improductive. Les bases d'un partenariat fructueux demeurent la confiance et l'acceptation réciproques. Pour l'Afrique en particulier - que la pauvreté et le sous-développement chroniques ont trop habituée à une politique de la main tendue - il importe que soient dépassées certaines formes de coopération, fondées sur une logique d'assistanat et qui ne favorisent pas une responsabilisation pleine et entière des pays africains face à leurs difficultés économiques et politiques.

La France répond à une attente des populations africaines en adoptant avec la réforme de ses structures de coopération, une politique africaine résolument participative et qui fait des pays africains de véritables partenaires engagés dans une relation de partage, de confiance mais également d'exigences entendues, avec notamment un cadre que vous définissez vous-même comme " la zone de solidarité prioritaire ".

Votre Premier ministre, Son Excellence monsieur Lionel Jospin est très explicite à ce propos quand il dit: " Il faut rompre avec la tradition paternaliste en Afrique, établir des relations fraternelles et non paternelles, basées sur 1'égalité, sans ingérence ni indifférence ".

II -Respecter les conditions de la bonne gouvernance

Notre souhait est que cette réforme du dispositif français de coopération qui s'inspire du double souci d'efficacité et de pérennisation de l'amitié franco-africaine soit traduite dans les faits, tant l'urgence le commande.

Cette nouvelle orientation de la politique de coopération de la France devrait favoriser par ailleurs en Afrique l'expression de synergies productives dans un contexte de baisse généralisée de l'aide publique au développement.

Pour sa part, l'Afrique s'efforce de plus en plus, malgré la persistance des foyers de tension sur le continent et ses performances économiques encore modestes, de remplir les exigences de démocratie et de bonne gouvernance, et d'opérer les réformes économiques essentielles qui constituent désormais les nouvelles bases des conditionnalités du partenariat et de la solidarité.

Elle le fait à un rythme et selon un cheminement pour lesquels nous demandons simplement plus de compréhension car, au-delà de ses insuffisances et de ses limites historiques, l'Afrique demeure un continent aux potentialités non encore exploitées, qui peut offrir aux autres continents, des opportunités d'ouverture et d'échanges encore très importantes.

Monsieur le Président, dans un monde en pleine mutation, il n'est dans l'intérêt d'aucune nation, et surtout pas des nations d'Europe, que l'Afrique continue d'être marginalisée. Dans ce contexte, la coopération franco-africaine au développement se doit de jouer un rôle majeur et catalyseur en participant notamment à la réduction de la pauvreté et à l'amélioration des conditions socio-économiques des populations africaines.

Monsieur le Président, la réforme de la politique de coopération, pour répondre plus efficacement aux impératifs de la mondialisation, implique nécessairement des engagements significatifs et plus décisifs en matière de gestion des politiques nationales en Afrique. Au demeurant, en décembre 1996, le Président Chirac et moi-même avions partagé dans mon pays, les pertinentes conclusions de la XIXe Conférence des Chefs d'Etat de France et d'Afrique sur le thème :" Bonne gouvernance et développement ".

Après avoir souligné à l'époque la corrélation étroite entre la bonne gouvernance et le développement, nous nous sommes engagés entre autres à :

· assurer le respect des droits de l'homme par l'administration, les élus et les citoyens ;

· assurer l'égalité de tous devant la loi et l'indépendance véritable de la justice ;

· soumettre effectivement les forces armées et de sécurité à l'ordre constitutionnel ;

· garantir la liberté de la presse ;

· assurer une plus grande représentativité des femmes dans les instances de décisions.

Les pays africains se sont accordés, au cours de la même conférence, sur l'urgence de :

· disposer d'une administration plus efficace ;

· mettre en oeuvre une politique budgétaire accordant la priorité au développement humain et aux institutions démocratiques ;

· réaliser à tous les niveaux de l'Etat la transparence et la responsabilité et créer un environnement propice à l'activité économique, à l'investissement et au développement.

Je réaffirme ici, au nom de l'Afrique, la justesse de ces choix et de ces décisions, de même que l'engagement du continent africain à y veiller sans relâche.

III - Les points d'ancrage de la politique africaine de la France

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, en conclusion, les points d'ancrage déterminants de la politique africaine de la France dans l'intérêt de notre partenariat et du bien-être des africains pourraient reposer sur :

1/ une meilleure coordination de l'aide, en appui aux stratégies nationales, régionales de développement et de sécurité.

2/ Un plaidoyer pour une efficacité de l'aide internationale notamment celle orientée vers la sécurité humaine.

3/ Un soutien plus déterminé de la France aux initiatives du système opérationnel des Nations unies en faveur de l'Afrique.

4/ Un renforcement de la coopération décentralisée pour un meilleur rapprochement entre les communautés humaines ;

5/ Une plus grande affirmation du rôle de la France dans l'espace francophone en direction des domaines de la science, de la technologie, de l'économie et de I'Etat de droit.

Dans ce monde globalisant, je voudrais donc exhorter la France à maintenir cette politique de solidarité et de dialogue engagée avec une Afrique ouverte aujourd'hui à toutes les sources fécondantes de la coopération internationale. Je vous remercie.

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PREMIERE TABLE RONDE :

UN DIALOGUE ELARGI

PRÉSIDENT : YVES TAVERNIER

Rapporteur du budget des Affaires étrangères

à la Commission des Finances

M. Yves Tavernier - Notre première table ronde va se consacrer à mieux définir la notion de dialogue élargi, qui caractérise désormais la nouvelle politique africaine de la France. Cette notion recouvre tout à la fois une plus grande ouverture de la France vers de nouveaux partenaires, et la poursuite des relations anciennes et confiantes qu'elle entretient depuis longtemps avec ses partenaires traditionnels. Je reprends volontiers à mon compte la formule utilisée par le Ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, pour caractériser la démarche de la France :" fidélité et ouverture ".

La France entend s'ouvrir à l'ensemble des pays africains, sans exclusive d'aucune sorte, et entretenir désormais avec tous des relations pleines et entières, comme il se doit entre pays souverains. A l'aube du XXIe siècle, alors que la mondialisation est en marche dans tous les secteurs de l'économie, il est temps de faire table rase de certains comportements anciens qui plongent leur racines dans un passé révolu. Ainsi s'explique la réforme du ministère de la Coopération et son intégration dans l'administration des Affaires étrangères, réforme voulue par le Président de la République Jacques Chirac, et réalisée par le gouvernement de Lionel Jospin.

Au moment où le continent africain connaît de profondes mutations et s'ouvre largement sur le monde, il est normal et souhaitable que nous entamions un dialogue fructueux avec tous les pays, qu'ils soient francophones, anglophones ou lusophones. Il y va de l'intérêt de la France et des pays d'Afrique. L'absence de la France ne serait pas comprise et interprétée à juste titre comme un signe de repli sur soi ; la réciprocité est également vraie.

En s'ouvrant à la France, c'est à l'Europe que s'ouvre l'Afrique. Alors que, dans six semaines à peine, va naître une monnaie européenne commune, appelée à connaître un avenir planétaire, nombreux sont les pays africains intéressés à mieux connaître la politique de la France au sein de cette Union européenne dont le poids va croissant. C'est donc un immense domaine d'échanges économiques et culturels qui s'ouvre devant nous, et qu'il s'agit dorénavant de faire fructifier ensemble. La France doit aussi veiller à maintenir, à développer et améliorer les excellents rapports qui la lient depuis fort longtemps aux pays que l'on qualifiait de " pays du champ ", ou de " pré carré " français, en Afrique. La langue, la culture et l'histoire que nous partageons sont les meilleures garanties de la pérennité de cette aventure collective, et si quelques inquiétudes se manifestaient hélas, c'est justement le propos de notre table ronde que de travailler à les dissiper. Il s'agit désormais pour la France d'élargir à tous les pays du continent les relations particulières qu'elle a depuis longtemps avec une partie d'entre eux, et de leur dire à tous que les amis de nos amis sont nos amis.

Les enjeux sont d'importance : amener la paix et la démocratie par le développement, renforcer l'Etat de droit et éradiquer la pauvreté. Les priorités sont clairement définies : l'éducation , la santé, les infrastructures, la sécurité.

Pour atteindre ces objectifs, il n'y a pas de modèle qui s'impose à tous. L'approche du FMI, celle de la Banque mondiale, accordant des vertus majeures aux lois du marché et à la privatisation des économies, a marqué ses limites. L'Etat a joué un rôle majeur dans le développement économique de la France : le rôle de ce que nous appelons l'économie mixte, notre conception du service public, notre approche de la place relative des secteurs publics et privés, nous permet peut-être de comprendre mieux que d'autres les besoins et les objectifs de nos amis africains. Dans cette quête de la bonne gouvernance, nous avons beaucoup à nous apporter les uns les autres, dans le cadre d'un dialogue élargi, pour un nouveau partenariat.

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INTERVENANTS

Pierre BRANA

Rapporteur du budget de la Coopération

à la Commission des Affaires étrangères

Monsieur le Président de l'Organisation de l'Unité Africaine, Messieurs les Présidents, Messieurs les ministres, chers collègues, en tant que rapporteur du budget de la Coopération à l'Assemblée nationale, j'ai employé, lors de la présentation de ce budget, les maîtres mots d'une nouvelle politique de coopération : cohérence, clarté, efficacité.

Si ces principes s'appliquent à la réforme, nécessaire et attendue, du ministère de la Coopération et à la fusion de ses services avec ceux des Affaires étrangères, ils valent également pour une politique africaine rénovée. Cette nouvelle politique africaine, définie par Lionel Jospin dès son arrivée aux responsabilités, n'est pas celle de la rupture, mais de l'ouverture. Elle intègre les changements profonds, intervenus cette dernière décennie, dans le monde et en Afrique. Elle se veut à la fois élargissement géographique et modification des conditions de la coopération.

I - Un élargissement géographique

La nécessité d'un élargissement de notre champ d'action géographique est liée à au moins trois constats.

Premièrement, la France est d'ores et déjà un partenaire commercial important des pays africains non francophones. Ils représentent 50% de nos échanges avec l'Afrique.

Deuxièmement, l'effondrement du bloc communiste, et le retrait financier, militaire et stratégique russe ont aussi modifié la donne. La lecture du paysage africain ne se fait plus par les blocs.

Troisièmement, réapparaissent du coup d'autres oppositions, ou d'autres influences. On n'a jamais tant parlé de la présence américaine en Afrique, du nombre d'étudiants africains, même francophones dans les universités américaines, et la visite du Président Clinton est significative d'un intérêt qu'il ne faut ni exagérer ni sous-estimer.

La volonté de compléter l'ancrage francophone de notre pays en nouant des liens plus durables avec des pays anglophones, lusophones, arabophones, est donc liée à ces constats.

Cette nouvelle implication ne se traduira pas par un désengagement vis-à-vis de nos partenaires traditionnels. Des liens, historiques, culturels et économiques, sont établis depuis longtemps, et il n'y a pas de raison de les rompre.

II - L'exigence démocratique

Maintien de la coopération, extension de la coopération. mais aussi transformation. Car aux principes " cohérence, clarté, efficacité ", il faut en ajouter un autre : droits de l'homme. Et il faut ajouter un postulat : si la démocratie et l'Etat de droit n'apportent pas seuls la solution à une situation de crise, ils sont néanmoins incontournables, indispensables.

Aux anciens pays du " pré carré " comme aux nouveaux, auxquels elle s'adresse désormais davantage qu'hier, l'aide publique au développement doit être conditionnée. Elle doit soutenir la construction d'Etats démocratiques, c'est à dire respectueux des droits des citoyens. Soyons nets. Cela veut dire refuser l'absence des libertés, les exactions de toute nature, le racisme inter-ethnique. Cela veut dire mettre en place ou développer la liberté d'expression, le multipartisme, la multiplicité des candidatures, la transparence dans les élections et le respect du choix des peuples.

Développement et démocratie ne sont pas antinomiques. La démocratie n'est pas cette cerise sur un gâteau qui vient quand le développement est enfin acquis. L'Histoire montre, quelles que soient les cultures, que les régimes autoritaires, a fortiori les dictatures, freinent le développement économique, les initiatives, ne serait-ce que par la corruption, le détournement ou la mauvaise utilisation de fonds publics. Cette interactivité entre " les deux D " - développement et démocratie - détermine à mon sens les exigences d'une politique rénovée et élargie.

III - Une aide plus soucieuse d'efficacité

Ceci s'accompagne aussi d'une aide plus soucieuse d'efficacité, de suivi, et d'évaluation. Nous avons tous en tête des exemples d'équipements très importants, mais qui devenaient non opérationnels, faute de maintenance, faute de ce tissu économique intermédiaire entre économie vivrière et grandes structures industrielles. Nous savons tous que manquent à certains pays d'Afrique non pas des cadres supérieurs, mais des techniciens, non pas des juristes - il en est de très grande valeur - mais des spécialistes. C'est ce tissu intermédiaire, ce sont ces couches qu'il faut aider à former.

Il faut aussi contribuer à développer la coopération décentralisée, qui rapproche les hommes par des contacts directs sur leurs lieux mêmes de vie.

Mieux coordonnée grâce au Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (le CICID), utilisée de façon plus rigoureuse, périodiquement et publiquement évaluée sans crainte de reconnaître ses erreurs, l'aide de la France ne pourra être que plus efficace pour le plus grand bénéfice d'une Afrique non plus exclusivement francophone, mais au bénéfice de tout ce vaste continent, terre de l'homme, où homme est encore trop souvent oublié, cette Afrique que nous aimons, et avec laquelle nous devons enfin établir un vrai partenariat dans la clarté et l'exigence.

Nicolas AMOUGOU NOMA

Premier Vice-Président

de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie,

Premier Vice-Président de l'Assemblée nationale du Cameroun

Monsieur le Président de l'OUA,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Parlements,

Distingués délégués,

Chers collègues,

C'est pour moi un grand honneur de prendre la parole devant les participants de cet important colloque. Permettez-moi tout d'abord, en cette heureuse circonstance, de remercier sincèrement monsieur Laurent Fabius, Président de l'Assemblée nationale française pour l'aimable invitation qu'il a bien voulu m'adresser et qui me permet aujourd'hui de vous entretenir du thème de la nouvelle diplomatie française en Afrique.

J'interviens devant vous à un double titre. En effet, ce n'est pas en tant que parlementaire camerounais mais en tant que premier Vice-Président de l'Assemblée parlementaire de la francophonie que je m'exprimerai devant vous. Notre Assemblée, qui je vous le rappelle, regroupe aujourd'hui cinquante-huit parlements, est le Parlement de la Francophonie. C'est un parlement certes consultatif mais qui tient toute sa place au sein de l'institutionnel francophone.

J'interviendrai aussi, plus spécifiquement au nom des sections africaines de cette Assemblée car c'est bien la réaction d'un parlementaire africain que les organisateurs de notre colloque ont souhaité, par ma voix, recueillir.

I - Des liens historiques avec les pays d'Afrique francophones

Le thème de notre première table ronde est centré sur le dialogue élargi que souhaite mettre en oeuvre la France en Afrique. Je vais tenter de vous dire comment nous, parlementaires africains, réagissons devant ces changements que je crois profonds : quels sont, dans ce contexte nouveau, nos attentes, nos espoirs et nos craintes ?

Comme vous le savez, la France entretient avec le continent africain des relations séculaires et multiformes qu'elle a toujours su adapter aux réalités politiques et socio-économiques du moment. Hier, elle a participé activement, avec d'autres acteurs, au processus de décolonisation qui a permis à nos pays d'accéder à la souveraineté internationale, de s'insérer dans le concert des nations et d'y apporter leur contribution aux préoccupations de l'époque.

Aujourd'hui, elle est encore présente à nos côtés pour aider nos jeunes Etats à poursuivre leur développement harmonieux face aux phénomènes de la globalisation et de la mondialisation qui interpellent tous nos pays.

Dans ce contexte de mutations et à l'aube du troisième millénaire, il était important que de nouvelles orientations soient conçues en vue de définir un cadre adapté pour notre partenariat avec la France.

C'est en cela que les Etats africains, dans leur écrasante majorité, et en particulier mon pays, le Cameroun, saluent les efforts de la France visant à conduire une nouvelle diplomatie vis-à-vis de l'Afrique. Au demeurant, toute nouvelle politique en la matière relève uniquement de notre partenaire, bien qu'elle ne puisse pas nous laisser indifférents en raison des liens qui nous unissent à la France et des liens historiques qui se sont créés entre les pays francophones d'Afrique.

II - Vers une nouvelle diplomatie en Afrique

Je vais brièvement évoquer les premiers signes qui ont traduit l'évolution vers cette nouvelle diplomatie française, en vous disant très simplement, entre amis, comment nous en avons ressenti les premières manifestations.

1. L'ouverture aux pays non francophones

Au niveau politique, nous avons suivi avec intérêt les multiples visites en Afrique de personnalités françaises de haut rang dans diverses régions sans distinction des aires linguistiques (francophone, anglophone, arabophone, lusophone et hispanophone). Ceci traduit le souci d'ouverture de la France sur l'ensemble de l'Afrique et ne peut que contribuer à une meilleure connaissance, une meilleure approche des problèmes de ce continent. Nous nous en félicitons donc sans aucune restriction. Je rappellerai ici la phrase du Président Abdou Diouf devant cette Assemblée nationale, qui disait, à propos de la France, que : " la relation exceptionnelle que nous entretenons avec elle nous permet d'élargir notre ouverture au monde. "

J'ajouterai même que l'ouverture de la diplomatie française sur les autres grands pays africains non francophones est utile au continent africain dans la mesure où cette ouverture, si elle réussit, peut contribuer au rapprochement des Etats des différentes aires linguistiques et compléter ainsi l'action déjà menée par les organisations régionales, et en particulier par l'OUA, dans la perspective d'une réelle intégration africaine.

2. Le soutien à la démocratie

Nous nous félicitons également du chapitre réservé au volet démocratique et surtout pour l'aide que la France entend apporter, sans ingérence, aux politiques de démocratisation, de bonne gouvernance, de la promotion et du renforcement de l'Etat de droit. Une telle démarche rejoint les préoccupations qui sont au coeur du combat politique de nos dirigeants, soucieux de bâtir pour leurs peuples des Etats résolument tournés vers la modernité.

3. Le partenariat économique

Sur le plan socio-économique, il convient tout d'abord de relever qu'au lendemain des indépendances, la France avait apporté un volume d'aide important à ses partenaires africains et surtout francophones. Cette aide, conjuguée aux efforts déployés par les pays eux-mêmes pour leur développement, leur a permis de jouir d'une santé économique relativement bonne. La crise économique des années 80 et ses effets pervers ont durement compromis ce développement. Là aussi, la France a apporté un concours précieux pour éviter l'implosion sociale de nos pays, d'une part à travers son aide et celle de ses partenaires de l'Union européenne et d'autre part par son intervention auprès des institutions de Bretton Woods, afin qu'elles prennent en compte la dimension sociale dans les différents plans d'ajustement structurel auxquels nous étions soumis.

Cette politique de plaidoyer constant transparaît encore avec force dans la nouvelle vision diplomatique française. J'en veux pour preuve le souci manifesté d'un recours accru à l'aide multilatérale. A ce titre, les organisations telles que l'Union européenne, la Francophonie, le G7, sans oublier les autres, sont mises à contribution grâce au soutien de la France.

4. Un engagement en faveur de la paix

Sur le plan de la paix et de la sécurité, la France reste fidèle à ses engagements. En effet, tout en maintenant pour l'essentiel le dispositif de ses forces prépositionnées sur le continent, sa nouvelle conception évolue vers une approche multilatérale de la coopération dans ce secteur.

A cet égard nous apprécions aussi à sa juste valeur l'initiative conjointe franco-américano-britannique, qui consiste dans le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Dans le cadre de cette initiative, maintenant relayée par les Nations unies, la France apporte une contribution non négligeable pour la formation, l'entraînement et l'équipement des forces africaines.

5. La réforme institutionnelle de la coopération française

Sur le plan institutionnel, la réforme importante des structures susceptibles de traduire dans les faits cette nouvelle diplomatie mérite d'être relevée. Elle affiche pour objectif majeur de rendre davantage cohérente et efficace l'action extérieure de la France, dans la mesure où elle se situe dans un cadre diplomatique unique coiffé par le Ministre des Affaires étrangères, épaulé entre autres par le Ministre délégué chargé de la Coopération et de la Francophonie.

III - Des principes à respecter

Les orientations de cette nouvelle diplomatie rencontrent dans leur ensemble les préoccupations de nos Etats. Nous comprenons bien qu'ouverture vers d'autres ne signifie pas qu'une distance s'installera vis-à-vis des amis d'aujourd'hui. Nous savons également qu'il s'agira d'une action maîtrisée, menée avec clairvoyance. Toutefois, de notre point de vue, certains aspects mériteraient une attention plus soutenue.

Il en est ainsi de la coopération privilégiée qui doit continuer à exister entre la France et ses partenaires traditionnels, surtout francophones. En effet, tout en comprenant et en partageant la volonté légitime de la France de s'ouvrir sur l'ensemble du continent, il y aurait lieu de ne pas perdre de vue l'esprit et les objectifs poursuivis par les Etats membres de la Francophonie en vue de construire un espace de coopération francophone. Cette préoccupation ne nous semble pas nettement affirmée.

Par ailleurs, dans le contexte actuel de la politique du désengagement de nos Etats du secteur para-public et de délégation de certaines de leurs compétences, la mise en place des conseils généraux ou régionaux et d'autres collectivités, appelle une coopération décentralisée accrue qui devrait être plus clairement encouragée par la France. Il en est de même pour les organisations non gouvernementales dont le rôle ne nous semble pas suffisamment développé dans cette nouvelle vision de la diplomatie française.

Dans le même ordre d'idées, l'encouragement à la politique de bonne gouvernance et aux actions liées à la promotion des droits de l'homme occupent certes une bonne place. Il serait cependant souhaitable de mieux indiquer les mesures concrètes pour appuyer et accompagner les efforts des Etats africains dans cette direction. Cela suppose évidemment des ressources financières nécessaires., étant entendu que l'environnement démocratique ne peut se construire de manière viable dans un contexte de pauvreté et de misère auquel ces pays sont confrontés.

Enfin, les assemblées dont nous sommes les représentants participent de leur côté, par le biais de la diplomatie parlementaire, à la diplomatie tout court. Face aux enjeux du siècle à venir, il serait intéressant de resserrer davantage les liens de coopération entre nos parlements, en vue de susciter une synergie plus forte de leurs actions et de celles des gouvernements. Ce serait là une démarche de nature à aider concrètement et mieux encore les populations dans leur vécu quotidien.

Comme vous avez pu le remarquer tout au long de mon intervention, les parlementaires africains ne redoutent pas ce dialogue élargi que la France met actuellement en place. Pour autant, nous ne souhaitons pas non plus que cela se traduise par un relâchement de vos relations avec les partenaires traditionnels que nous sommes. Ici encore, comme dans beaucoup d'autres domaines, c'est le point d'équilibre qui sera difficile à trouver.

Je pense que de nombreux collègues africains, et en particulier les nombreux Présidents d'assemblées africaines présents dans cette salle souhaiteront apporter leur vision personnelle de la question qui nous est posée. Je les écouterai avec beaucoup d'attention. Je vous remercie.

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Dr Prega RAMSAMY

Secrétaire exécutif adjoint de la Communauté

pour le développement de l'Afrique australe (SADC)

C'est un très grand honneur pour moi que de m'adresser à cette éminente assemblée. J'interviens en anglais, qui est une des langues officielles de la SADC, l'autre étant le portugais. J'espère que le français s'ajoutera bientôt à la liste des langues officielles de notre organisation.

I - L'état du partenariat entre la France et la SADC

La SADC est désormais composée de 14 pays : Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Swaziland, Tanzanie, Afrique du Sud, Zambie, Zimbabwe, Seychelles, et enfin RDC qui vient de nous rejoindre. Notre coopération avec la France a un sens très particulier. Elle s'est construite au fil du temps, sur des bases très solides. Ce dialogue continu a eu pour point culminant la rencontre historique, au mois de juin dernier, entre le Président Jacques Chirac et le Secrétaire exécutif de la SADC. Cette réunion a permis de jeter les bases d'un partenariat à long terme entre la France et la SADC traduit dans un accord cadre de coopération signé très récemment entre le ministre français chargé de la Coopération et de la Francophonie et le secrétariat de la SADC.

Ce partenariat est la pierre angulaire de la nouvelle politique africaine de la France. Cela montre la détermination de la France à étendre la coopération politique, économique, sociale et culturelle à l'ensemble des pays africains, non seulement francophones, mais aussi lusophones ou anglophones de la SADC. Nous nous félicitons de cet esprit d'ouverture. A l'ère de la mondialisation, nous devons tous travailler ensemble. Personne ne peut se permettre de vivre sur un îlot de prospérité, entouré par un océan de pauvreté car tôt ou tard les vagues de l'océan de pauvreté recouvriront l'îlot de prospérité.

Nous nous félicitons aussi de l'approche pragmatique retenue par la France au sein de l'Union européenne dans ses contacts avec les pays ACP, en particulier les pays africains et de son souci de maintenir la cohésion des pays africains dans la négociation post-Lomé. Tout cela montre l'importance que vous accordez à l'Afrique dans son ensemble.

Monsieur le Président, vous affirmez votre détermination à participer au développement de nos pays. Nous en voyons effectivement la preuve dans le contenu de votre budget d'aide au développement, dont le montant se situe juste après celui du Japon, et l'augmentation de votre contribution au huitième programme du F.E.D pour empêcher une diminution des fonds disponibles pour le développement. Nous sommes nous aussi, à la SADC, prêts à tisser des relations de coopération constructive avec la France.

II - Les avancées de la SADC

Qu'avons-nous fait depuis une dizaine d'années pour promouvoir l'intégration régionale en Afrique australe ? Nous sommes partis du principe que la mondialisation est un processus irréversible, qui ouvre de grandes opportunités et lance de grands défis.

1. Les instruments de l'intégration régionale

Nous souhaitons relever le défi de la mondialisation, et nous avons donc pris des mesures destinées à améliorer la croissance de nos pays, à travers l'ouverture des marchés, l'amélioration des investissements, la diversification des produis exportés, l'amélioration de la productivité et de la qualité des biens et des services.

Depuis 1992, nous avons pris des mesures d'ordre politique et juridique afin de sous-tendre le processus d'intégration. Des protocoles ont été conclus après de très longues négociations dans les domaines du commerce, des transports, de l'énergie, de l'exploitation minière, des communications, du partage des cours d'eau, de l'enseignement, du tourisme, de la lutte contre les trafics de drogue ; d'autres protocoles sur les finances, l'investissement, l'agriculture, la pêche, le travail et l'emploi, la santé, sont en discussion ou en voie d'être signés. Quatre des neuf protocoles signés et ratifiés sont déjà entrés en vigueur : ils concernent les privilèges et immunités, les transports, les communications et la météorologie, le partage des cours d'eau et l'énergie. Nous espérons que le protocole sur le commerce, qui est essentiel dans le cadre de notre processus d'intégration, sera bientôt ratifié par un nombre substantiel de pays.

Mais les protocoles sont insuffisants pour assurer l'intégration régionale. Ils doivent se combiner avec la mise en place d'un cadre politique stable, favorable au développement. Nous y uvrons depuis 1992, et nous sommes maintenant rentrés dans un cercle économique vertueux, alors que nous étions encore enlisés voici dix ans dans un cercle vicieux. La région se lance dans un économie de marché plus déréglementée, sur la base d'un système de gestion macro-économique très sain.

2. La conjoncture économique de la sous-région

Les pays de SADC continuent d'avoir des taux de croissance positive depuis 1994, passant en moyenne de 3 % en 1994 à 4,1 % en 1996. En 1997, tous les Etats membres de la SADC sauf l'Afrique du Sud ont atteint une croissance réelle supérieure ou égale à 3 %. Le chiffre le plus élevé concerne le Mozambique, avec + 7,9 %, suivi d'assez près par le Botswana (6,9 %) et l'Angola (5,9 %) tandis que le Malawi et d'autres pays connaissaient des taux supérieurs à 5 %. La croissance de l'Afrique du Sud n'a en revanche été que de 1,7 % en 1997, ce qui nous donne pour l'ensemble de la région un taux de croissance moyen de l'ordre de 2,2 %

La situation macro-économique s'est beaucoup améliorée en 1997 : l'inflation et les déficits budgétaires sont en recul. Les déficits budgétaires de huit des Etats membres sont restés inférieurs à 6 %, et neuf pays membres ont eu une inflation en-dessous de 10 %.

La libéralisation du contrôle des changes a encouragé le développement des flux d'investissements à travers les frontières, entre Maurice, l'Afrique du Sud, la Namibie, le Zimbabwe, et au delà. Les bourses de la région sont très actives (elles représentent à elles seules plus de la moitié des transactions boursières réalisées en Afrique). Un véritable marché financier émerge, qui pourrait améliorer les performances économiques si les investisseurs saisissaient toutes les opportunités qu'offre la région.

III - Les perspectives de la SADC

Les gouvernements de la SADC se sont engagés en 1996 à créer vraiment une zone de libre-échange, lorsque le protocole commerce sera signé et ratifié. Il s'agit de développer le commerce à l'intérieur de la région, et de devenir ainsi un acteur important sur la scène internationale. La région comprend un marché potentiel de 199 millions d'habitants, avec un PIB de 176 milliards de dollars américains environ.

Nous considérons que l'augmentation des échanges commerciaux intra-régionaux (+ 22 %) va se poursuivre, avec la réduction des tarifs douaniers. Nous comptons sur une hausse de 35 % d'ici à l'an 2000. 70 % des échanges commerciaux intra-SADC se font déjà avec des tarifs douaniers inférieurs à 10 %. Nous comptons prochainement sur une zone de libre-échange partielle, qui porterait sur 70 % des échanges intra-régionaux de biens et services. Nous pensons que cette augmentation des échanges intra-régionaux est la meilleure solution pour que les Etats membres pénètrent avec plus de force les marchés internationaux. Nous dépendons beaucoup des exportations de produits de base dont les prix continuent de baisser et nous souhaitons nous diversifier vers des produits manufacturés, à plus grande valeur ajoutée, en utilisant les technologies et le savoir-faire que possède notre région. De ce point de vue, nous nous félicitons de l'appui offert par la France.

Nos gouvernements, désormais, s'occupent davantage de la prestation des services publics essentiels : éducation, santé, infrastructures, services dans les zones rurales. Les Etats mettent l'accent sur la mise en place d'institutions juridiques et politiques qui seront les bases d'une économie de marché concurrentielle et moderne. L'Etat de droit, la protection de la propriété, sont des préalables essentiels pour gagner la confiance des investisseurs. De ce point de vue, la SADC peut se vanter, par exemple, d'avoir mis en place des systèmes judiciaires indépendants et transparents, avec un système politique responsable de ses actes qui assure le respect essentiel des grands principes de la démocratie et des droits de l'homme.

Le secteur privé tient une position stratégique dans le développement de la région. Il a accepté de jouer un rôle essentiel pour créer une communauté. Toutes les politiques menées visent donc à créer un environnement permettant un fonctionnement efficace du secteur privé. La SADC s'intéresse particulièrement à la technologie française, dans le domaine de l'industrie mécanique, des machines-outils, de l'énergie, du transport, de la construction, des télécommunications, etc. Nous souhaitons donc de tout cur que la France investisse désormais en Afrique australe.

Ahmedou OULD ABDALLAH

Secrétaire exécutif de la Coalition mondiale pour l'Afrique

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

J'aimerais introduire mon intervention par trois observations.

Tout d'abord, je voudrais féliciter l'Assemblée nationale pour avoir pris l'heureuse initiative de tenir ce colloque qui permet de ne plus limiter les relations de la France et de l'Afrique à des tête-à-tête entre Chefs d'Etat et de Gouvernement. Un élargissement des rencontres officielles à d'autres milieux africains, dont les parlementaires, est devenu indispensable.

Ma seconde observation a trait au monde d'aujourd'hui qui, selon Pascal Boniface, Directeur de l'IRIS, est plus que jamais difficile à comprendre du fait de ses multiples contradictions : regroupements régionaux, mais montée du nationalisme ; absence de menaces, mais multiplication de conflits ; mondialisation, mais particularismes...

Troisième observation qui est utile à l'intelligence de nos discussions : les Africains, et pas seulement les élites urbaines, sont mieux informés que par le passé de leurs problèmes et de ceux du reste du monde. Une presse nationale plus libre, des médias internationaux comme RFI, la BBC, la Voix de l'Amérique, plus accessibles et surtout le vaste mouvement des personnes et le développement extraordinaire des communications ont largement ouvert le continent au reste du monde. Le point que je veux faire apparaître à ce niveau est qu'il n'y a plus de huis-clos possible. Le débat doit être élargi, afin de mieux gérer des situations de plus en plus complexes face à des populations mieux averties, plus exigeantes et tentées dans certains milieux, surtout jeunes et masculins, par la révolte, voire la violence.

I - La spécificité des relations franco-africaines

Les relations entre la France et les pays francophones d'Afrique, les amis traditionnels appartenant au " pré carré " ou encore au " village franco-africain ", sont à tout égard spécifiques. Elles forment un bon élément de l'ossature de la politique internationale de la France, tout en constituant l'essentiel de la diplomatie des " pays du champ ", autre appellation contrôlée. Mieux encore, ces relations font partie du débat de politique intérieure de Paris. Et dans nos propres pays, en Afrique, les hommes politiques ne cessent de spéculer sur ce que Paris est supposé vouloir ou pouvoir entreprendre dans nos affaires intérieures.

A ce propos, je pense qu'il n'est nul besoin de s'en offusquer ou même de s'en étonner. Cette densité de liens politiques, économiques et surtout humains, est tout à fait normale. Bien sûr, de part et d'autre, des ambiguïtés et des frustrations en ont résulté : envahissement, chantage, paternalisme, querelles de famille. Au lieu d'être sur la défensive ou d'afficher une susceptibilité inappropriée, les partenaires de cette relation doivent la gérer avec sérénité, et je dirais même avec humour. Les Africains le font d'ailleurs plutôt bien.

II - Approfondir le dialogue avec les pays francophones

Les freins aux efforts de modernisation sont réels, avec un blocage venant plus souvent du côté africain, où les rigidités sont fortes et les résistances aux changements plus tenaces. Ils viennent aussi de ceux qui, en France, évoquent de multiples motifs pour ne pas voir que, du fait des mutations internationales, le statu quo est condamné.

Récemment, un Président africain, non francophone, m'a dit ceci : " La France soutient l'Afrique dans toutes les enceintes internationales : le G7, l'Union Européenne, et toutes les Institutions financières internationales. Elle est la première nation pour l'aide à notre continent et défend partout la démocratie et le respect des droits de l'homme. Notre problème avec elle se trouve dans la nature de ses relations avec ses ex-colonies ", avant d'ajouter, avec un clin d'oeil, et non sans malice : " mais la France est-elle la seule à blâmer ? ".

Pour réussir l'élargissement des relations de la France avec le reste de l'Afrique, qui est déjà bien entamé, il faut d'abord approfondir le dialogue avec les Etats francophones. Celui-ci doit aller au delà des seuls interlocuteurs officiels. Il faut évidemment maintenir ce dialogue avec les officiels, qui représentent les Etats. Mais il faut aller au-delà. Outre les oppositions qui sont malheureusement, comme d'ailleurs bon nombre de gouvernements dans notre région, toujours marquées par la culture du parti unique, il convient d'atteindre de nouveaux acteurs de la vie nationale : les hommes d'affaires, les journalistes, les universitaires, mais aussi les militaires, qui ont eu ou continuent de jouer un rôle important.

III - Lutter contre la corruption

Dans ce contexte, le dialogue France-Afrique doit davantage intégrer les nouvelles valeurs qui, de plus en plus, se trouvent en compétition avec la souveraineté nationale : je pense aux droits de l'homme, à la démocratie, à la transparence gouvernementale et en particulier à la lutte contre la corruption.

Je souhaite d'ailleurs dire un mot à ce sujet. La corruption n'est certes pas spécifique à l'Afrique ; mais, du fait de la faiblesse des économies africaines et de l'indigence des contre-pouvoirs (presse, police, justice), la corruption est généralisée et ruine les espoirs du renouveau africain. Il faut en parler avec courage. Que peuvent en effet espérer les Africains quand, en plus de la loi internationale, des gouvernements légaux violent ouvertement leurs propres lois et règlements nationaux ? La corruption, impunie et louée comme preuve d'intelligence et de réussite, est devenue une conduite banale, généralisée et même non choquante. L'accaparement du pouvoir et des ressources par des groupes restreints est à l'origine des retards économiques et vraisemblablement de conflits civils. Je pense aussi qu'il explique en partie la présence des " sans papiers " sur votre territoire, ce qui empoisonne votre vie politique quotidienne et celle de vos voisins européens.

IV - Effets bénéfiques de l'élargissement de la coopération

L'élargissement et l'enrichissement du débat sur le plan bilatéral ne manquera pas de faciliter et d'encourager le développement de relations non seulement souhaitables, mais inévitables, entre Paris et le reste de l'Afrique, c'est-à-dire, hors du " village franco-africain ".

Cet élargissement incitera l'Afrique francophone à plus de transparence dans la gestion des affaires publiques. Mais surtout, en démontrant que rien n'est acquis, l'expansion française hors de sa zone traditionnelle d'influence, amènera les pays de cette zone à entreprendre des efforts supplémentaires pour être plus compétitifs. En d'autres termes, il y aura une concurrence bénéfique pour attirer l'attention politique et les ressources financières de l'ancienne métropole. Fidèle aux amis, la France les aidera davantage en les exposant à une plus grande et plus vive compétition politique et économique pour des ressources comme l'aide publique au développement et l'investissement direct étranger qui sont de plus en plus sollicitées et constituent la base des futures relations internationales. De fait, le protectionnisme, qu'il soit économique ou politique, est rarement source de vigueur ou de progrès Grâce à l'ouverture, nos gouvernements seront moins intransigeants vis-à-vis de leurs peuples et dans la conduite de leurs relations internationales.

V -Préparer l'ouverture diplomatique

Cependant, pour être réussie, l'ouverture diplomatique appelle une bonne préparation. A cet égard, Paris devra éviter la politique de rupture avec les gouvernements et avec les sociétés. Dans la longue histoire de la France, on constate souvent un manque souplesse et de commerce qui fait que, soit elle domine, soit elle se retire. Saint-Just disait ainsi que les Français sont des conquérants, et non des commerçants. Une cassure s'est produite dans le passé avec vos cousins du Canada, en Indochine ou en Algérie, sans doute par excès d'affection, mais aussi par manque de flexibilité. Je pense que ce péril devrait être évité aux amis africains.

Je tiens à faire un second rappel : la France ne doit pas être impuissante à exercer des pressions sur ses amis afin qu'ils poursuivent les réformes politiques et économiques indispensables à leur propre renouveau et à l'intérêt à long terme de Paris.

Une troisième recommandation s'impose enfin : dans les pays africains où la France est déjà présente, comme l'Angola, l'Afrique du Sud, l'Ethiopie et le Nigéria, elle doit éviter de trébucher sur un écueil traditionnel : ignorer les parlements et les sociétés civiles. Les pays francophones se réjouiront sans aucun doute de voir la France moderniser ses rapports avec eux-mêmes et les étendre au reste du Continent. Dans le monde complexe et difficile d'aujourd'hui, aucun groupe de pays ne peut, ni ne doit, chercher à monopoliser les relations de ses amis. L'ouverture ne peut que tirer vers le haut les membres de tout le groupe.

Cette journée de discussion, menée en toute liberté, devant des participants venus d'horizons divers et exerçant des activités variées, démontre clairement qu'au seuil de ce troisième millénaire, il faut s'ouvrir et non se refermer, élargir les champs d'action et non les limiter. Très critiquée à juste raison, la globalisation est déjà cependant un fait de notre vie. Pour y trouver sa place, la compétition est de rigueur et la réforme de la coopération française constitue une chance pour la France. Elle l'est aussi pour l'Afrique francophone, si celle-ci se bat et s'adapte pour la mériter. Chacun peut y gagner, non seulement la France, mais aussi l'Afrique dans sa globalité. Je vous remercie.

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Guy PENNE, Sénateur représentant les Français établis hors de France, Rapporteur pour avis du budget des Relations culturelles extérieures et de la Francophonie à la Commission des Affaires étrangères du Sénat

Je tiens d'abord, Monsieur le Président, à vous remercier. Nous nous situons bien dans le cadre du " dialogue élargi ", puisque l'Assemblée nationale a même invité un sénateur, ce qui est exceptionnel...

I - Pourquoi " élargir " ?

La France essaie d'élargir le dialogue depuis déjà de nombreuses années. Il faudrait pour le comprendre, remonter à M. de Guiringaud, qui fut le premier ministre des Affaires étrangères à tenter d'établir des liens plus importants avec les pays lusophones. Ce n'était pas simple à l'époque, car le monde était alors divisé par le mur de Berlin et la domination des idéologies. Pour une certaine partie de l'opinion politique française, il paraissait alors un peu osé de dialoguer avec le Mozambique et l'Angola, qui semblaient trop alignés sur le camp adverse.

Une distinction était alors opérée entre les pays " du champ " et les pays " hors champ ". Ce n'est que lorsque M. Pelletier est devenu ministre de la Coopération que ces deux pays ont pu être rattachés au " champ ". Au moment de la Conférence de La Baule, on a également commencé à parler de " bonne gouvernance " avec l'espoir que la démocratie se porterait mieux en Afrique et que, selon la formule même de Jacques Pelletier, le vent qui soufflait à l'Est, soufflerait un jour sur les cocotiers.

Aujourd'hui la mondialisation, qui est la conséquence de la chute du mur de Berlin, a forcément tout changé. On s'était beaucoup battu contre le linkage imposé à une certaine époque par l'Afrique du Sud à la Namibie. Lorsque j'ai entendu parler M. Ramsamy, Secrétaire exécutif de la SADC, beaucoup de souvenirs me sont revenus.

II - Le coût de la transition

Nos préoccupations sont désormais différentes. La " nouvelle politique de la France " correspond effectivement à une évolution. Mais il faut aussi parler d'une nouvelle politique des Africains à l'égard de la France qui nous oblige peut-être également à raisonner différemment. Après tout, la chute du mur a provoqué un dégel de la situation, y compris pour ce qui concerne les rapports intra-africains.

Les pays africains sont aujourd'hui moins conditionnés que dans le passé, et ils ont aussi davantage accès à la palette des Etats industrialisés du Nord, qui peuvent leur apporter aide, conseil ou partenariat, selon les formules choisies.

Cependant, tout cela est lié au difficile avancement de la démocratie. Le multipartisme n'est pas donné d'avance, et il faut s'efforcer d'assurer une transition sans trop de chaos. On constate ainsi que la démocratie a un coût ; elle coûte plus cher que ce qui n'est pas démocratique.

Il faut donc que la France continue à plaider la cause de l'Afrique. Ce continent ne doit pas être oublié au profit de l'Asie, ou du fait de l'élargissement de l'Europe.

Un parallèle peut être établi à cet égard : la France parle avec ses partenaires européens d'élargissement et d'approfondissement. Tout le monde souhaite l'élargissement. Quant à l'approfondissement, force est de reconnaître que son coût est plus grand. Or je ne suis pas certain que les pays industrialisés soient aujourd'hui disposés à offrir davantage d'aide que par le passé. Il devient donc beaucoup plus difficile pour les pays africains de gérer leurs économies. Ces problèmes avaient déjà été discutés lors de la conférence de Cancun. La situation a beaucoup évolué depuis lors, et les partenaires ont d'autres préoccupations.

La démocratie est une bonne chose, et il faut l'encourager. Malgré tout, les conflits se multiplient. Les lignes de démarcation ne sont plus celles du passé, entre francophones, anglophones, lusophones. De nouveaux ensembles économiques, voire défensifs, se créent, prouvant qu'existe une volonté de prendre en main son destin. Le recours aux anciennes tutelles coloniales n'est plus systématique. Mais la transition n'est pas facile. L'Etat de droit progresse difficilement.

Je suis pour ma part très préoccupé par la problématique de la drogue. Je crois que, dans le dialogue élargi que nous allons mener avec l'Afrique, il nous revient de poser clairement ce problème. Il existe maintenant de véritables circuits de la drogue, qui vont de la culture à la commercialisation et qui sont très importants. Certains pays africains deviennent ainsi des plaques tournantes et leur production aboutit au Québec ou en France. Il me semble que nous sommes un peu timorés sur ce sujet dont on ne parle pas assez. Je souhaiterais que la France entre en croisade sur ce sujet. L'argent ainsi produit permet en effet d'acheter des armes, favorisant aussi l'éclosion de conflits.

DÉBAT

Mustapha WADDA, Président de l'Assemblée nationale de la République de Gambie

Ma délégation considère que la nouvelle politique d'ouverture de la France est un pas en avant important dans la bonne direction. Cela ne signifie pas que la France ne se soit jamais intéressée aux pays non francophones. Les fortes affinités existant avec les pays francophones sont très compréhensibles et n'ont jamais complètement défavorisé les pays non francophones. La Gambie a toujours entretenu des relations étroites avec la France, et en a obtenu une aide considérable. C'est notamment grâce à la France que la Gambie s'est dotée d'un système de communications cité parmi les meilleurs d'Afrique.

Il est aujourd'hui d'autant plus important que la France adopte cette politique d'ouverture que les catastrophes naturelles ou provoquées par l'homme ne connaissent plus de frontières. Elles peuvent mettre à bas en quelques jours le fruit d'années d'efforts, dans un pays donné, chez ses voisins, ou même dans un pays plus éloigné. Nous partageons tous les mêmes infortunes. Il nous semble donc juste et raisonnable de répondre ensemble à tous ces défis, quelles que soient les langues que nous parlons. Nous nous efforçons de faire passer ce message au sein d'organisations régionales dépassant le clivage des langues, comme la SADC ou la CEDEAO. Il s'agit aussi de favoriser la libre-circulation des personnes et des biens par-delà les frontières.

Les pays francophones ont fait d'importants progrès pour apprendre l'anglais, et réciproquement. : Je voudrais d'ailleurs féliciter les membres de la délégation francophone présents ici. Les anglophones font des efforts de leur côté : le Président gambien, le Vice-Président ainsi que le personnel de certains ministères, parlent français. Etablir le bilinguisme serait un objectif important en ce sens. En Gambie, un grand nombre de nos concitoyens ont déjà, grâce à l'Alliance française, la possibilité d'apprendre le français.

Sir Ramesh JEEWOOLALL, Président de l'Assemblée nationale de l'Ile Maurice

Je lis dans votre document : " Un dialogue élargi : quelles perpectives de dialogue politique et de développement économique offrent ces relations nouvelles avec des pays qui disposent de riches potentiels ? ". Ce dernier point me paraît essentiel.

A Maurice, nous sommes à la fois anglophones et francophones. Si les relations de la France s'élargissent vers les anglophones ou les lusophones, cela ne nous posera nous pas de problèmes. Mais je me demande s'il ne faudrait pas commencer par un grand exercice de confidence-building entre les pays francophones de la région. Sans l'appui des pays francophones, la France pourrait avoir des difficultés à mener à son terme l'exercice qu'elle a entrepris. Nous croyons donc qu'il est essentiel de créer un peu plus de confiance. Je crois que notre discussion d'aujourd'hui va précisément dans la bonne direction.

Par ailleurs, je me demande s'il ne faudrait pas consolider les relations économiques existant entre la France et les Etats francophones, avant d'aller plus loin. La France peut déjà trouver ce qu'elle recherche parmi les pays amis traditionnels.

Enfin, je crois qu'il est essentiel de reparler de la dette des pays africains. Avant d'ouvrir des relations avec des pays qui ne sont pas des amis de longue date, il faudrait trouver des solutions aux problèmes des pays francophones. Je pense en premier lieu à la dette qui empêche ces pays de développer leur économie.

Jacques Legendre, Sénateur, Secrétaire général parlementaire de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie

Le Sénat, réputé conservateur, entretient depuis longtemps plusieurs groupes d'amitié franco-africains non strictement francophones. Je suis moi-même Président du groupe d'amitié Afrique de l'Ouest, qui existe depuis une quinzaine d'années et regroupe les pays anglophones, francophones et lusophones de la zone. Je crois que ceci nous a permis à plusieurs reprises de mener à bien une réflexion sur l'Afrique dans sa globalité. Ce qui se passe aujourd'hui me paraît donc évidemment aller dans le bon sens.

Je suis par ailleurs Secrétaire général de l'Assemblée parlementaire de la francophonie, et je souhaite à ce titre revenir sur les propos de Guy Penne concernant l'élargissement et l'approfondissement. Nous ressentons profondément cette double nécessité. M. le Président Amougou Noma a dit tout à l'heure très franchement que nos amis francophones doutent parfois de la profondeur de l'engagement français dans la cause de la francophonie. Je voudrais que ce ne soient pas des paroles en l'air. Nous débattons en ce moment à l'Assemblée et bientôt au Sénat, de l'avenir de l'Europe. Une des craintes exprimées par nos amis africains est que la France, tournée vers la construction européenne, néglige un peu l'Afrique. Je souhaiterais qu'à l'occasion de ce débat nous donnions à l'Afrique francophone un signe, en constitutionnalisant enfin la francophonie, de manière à bien montrer que, pour nous, il existe une solidarité géographique qui nous pousse à construire l'Europe, mais qu'il y a aussi une solidarité née de l'histoire, qui fait que nous reconnaissons le rôle très particulier de la francophonie dans l'ouverture de la France au monde. Je pense que nous ne pourrons pas refuser longtemps de donner ce signe, qui pourra être rassurant.

On peut s'inquiéter de savoir si la France aura la capacité de mener à bien à la fois l'approfondissement et l'élargissement. Mais à travers la francophonie, nous pouvons amener d'autres pays du Nord, francophones comme nous, à contribuer à l'action multilatérale francophone. Nous pouvons jouer ce rôle par notre présence en Europe ainsi qu'à travers les organisations internationales, comme l'ONU. Nous pouvons faire en sorte que soit défendus avec une particulière vigueur les besoins de l'Afrique. Je crois que notre pays a le devoir de jouer, à cet égard, le rôle de porte-parole, et qu'il est bon de le rappeler à l'occasion de ce colloque.

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Guy NZOUMBA-NDAMA, Président de l'Assemblée nationale du Gabon

Monsieur le Président, je souhaite d'abord remercier l'Assemblée nationale française, et particulièrement son Président, de nous avoir invités à prendre part au présent colloque. Ce colloque est en fait l'occasion pour les parlementaires français d'informer leurs homologues africains francophones, et non francophones, du nouveau dispositif français de coopération. C'est une bonne chose, dans la mesure où, souvent, au sein de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, nous nous sommes plaints de ce que les peuples étaient trop tenus à l'écart de la francophonie. Aujourd'hui, la francophonie sort de son cadre traditionnel de coopération au niveau des exécutifs, pour aller vers les peuples.

Permettez que je puisse vous manifester ma surprise. Dans les premières interventions de nos amis français, j'ai entendu parler de " coopération paternaliste " et autres. Cela m'étonne, car cela démontre une certaine frilosité chez les francophones, qui portent toujours un peu leur culpabilité. Que la coopération ait eu à un moment donné une coloration paternaliste, je crois que nous devons l'assumer. C'est notre passé commun qui a contribué à notre enrichissement.

La nouvelle politique africaine de la France relève de la souveraineté française. Vous nous y associez ; c'est une bonne chose. Mais, pour bénéficier d'un enrichissement de notre part, il aurait peut-être été bon que vous nous réunissiez alors que vous étiez en train d'y réfléchir. Aujourd'hui, nous n'avons plus le choix ; nous acceptons le nouveau dispositif comme tel, et nous l'assumons.

La France a plusieurs partenaires. Elle a plusieurs femmes. Dans nos sociétés, la polygamie existe. La France a plusieurs femmes, mais elle est un mari qui passe le plus clair de son temps à chercher de nouvelles femmes, en-dehors de sa maison, alors qu'il n'arrive pas à trouver l'énergie nécessaire pour subvenir aux besoins essentiels de ses femmes légitimes. Je crois que tel est le nouveau dilemme aujourd'hui : l'élargissement certes, mais la France sera-t-elle en mesure de satisfaire à la fois les femmes qui sont à l'intérieur de sa maison, et les femmes qu'elle convoite à l'extérieur de la maison ?

Yves TAVERNIER

Je ne suis pas certain que cette métaphore conjugale nous aide à éclaircir le champ de réflexion qui est le nôtre. Mais c'est une piste...

Ebénézer NJOH MOUELLE, Député, Assemblée nationale du Cameroun

Je voulais seulement dire ma satisfaction de participer à ce débat sur la nouvelle politique africaine de la France. J'ai compris qu'au fond l'une des justifications de notre réflexion était la mondialisation. Or, qui dit mondialisation dit obligation d'ouverture. La France s'ouvre au monde. Je note avec satisfaction qu'un membre du gouvernement français a reconnu l'importance de l'ouverture à l'Afrique. Je pense ainsi à l'intervention de Dominique Strauss-Kahn au mois d'août dernier devant les ministres de l'Economie et des finances africains - ce discours a d'ailleurs été appelé " Discours à l'Afrique ". Je crois que le problème posé du côté français a déjà trouvé une solution qui, dans les principes formulés par M. Strauss-kahn, peut aussi satisfaire l'Afrique. Dominique Strauss-Kahn dit que l'Afrique doit elle aussi s'ouvrir au monde. Elle doit entrer dans le monde avec son histoire et sa culture. L'Afrique a selon lui hérité d'une relation " forte et vivante " avec la France. Cette relation doit survivre à cette orientation : l'ouverture au monde de la France comme de l'Afrique. Il s'agit bien de l'Afrique francophone.

Ce qui me semble plus important encore, c'est cette autre affirmation du ministre français : " La nouvelle alliance, c'est la France, garante que l'Europe restera engagée aux côtés de l'Afrique. La nouvelle alliance, c'est la France qui se battra pour que l'ouverture de l'Afrique au monde se traduise, non par une solidarité diminuée, mais par une solidarité renouvelée ". Je pense que M. Amougou Noma voulait y faire référence en illustrant son propos par certaines actions concrètes engagées dans le passé par la France au profit de l'Afrique francophone. Nous n'attendons pas que cet engagement disparaisse dans un proche avenir.

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DEUXIEME TABLE RONDE :

PAIX ET SECURITE EN AFRIQUE

PRÉSIDENT : SERGE JANQUIN, Président du groupe d'amitié France-Sénégal

M. Serge Janquin - Depuis le début des années quatre-vingt-dix, sous la pression des crises locales, des organismes africains sous-régionaux se sont donné les moyens d'intervenir en Centrafrique, au Libéria, aux Comores ou ailleurs. En décembre 1993, les Etats membres de l'OUA ont décidé de se doter d'un mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits. Les Etats africains ont donc manifesté clairement leur volonté de prendre en main leurs propres problèmes. Les facteurs déclencheurs de l'évolution des politiques sont incontestablement là, dans les déterminations prises par les Africains eux-mêmes.

La France entend donc tenir compte de ces initiatives et y contribuer. De son côté, elle a redéfini les contours, les contenus et les méthodes de sa politique africaine. Le Président de la République et le Premier ministre ont décidé la réorganisation du ministère de la Coopération au sein du ministère des Affaires étrangères et l'établissement de liaisons plus fonctionnelles avec le ministère de la Défense dans le domaine de la prévention des conflits. Désormais, la politique de coopération de la France devient un volet essentiel de la politique de notre pays, conduite par le chef de la diplomatie. La politique de coopération acquiert ainsi le statut d'une véritable politique d'Etat, au service à la fois des intérêts de notre pays, et du développement des Etats partenaires.

Une prise de conscience des nécessités nouvelles s'est donc effectuée de part et d'autre. La formulation des objectifs et des moyens a été renouvelée notamment par l'appui des institutions internationales. Ces évolutions sont parfaitement convergentes. Il s'agit pour la France d'une politique de mouvement, qui met fin à une tradition de conservatisme qui ne satisfaisait plus personne et qui, dans le droit fil du discours de La Baule, s'appuie sur la conviction de la compatibilité de la démocratie et de l'Afrique. C'est une politique qui, pour reprendre une expression même du Premier ministre Lionel Jospin, " vise à mettre un terme à une relation paternelle, pour mettre en place un partenariat fondé sur l'égalité, sans ingérence ni indifférence ". S'il m'était possible de compléter cette pensée, j'ajouterais à titre personnel et pour répondre à quelques interventions : sans complexe aucun. De son côté, le Président de la République Jacques Chirac ne déclarait-il pas voilà six mois en Angola : " l'influence est une notion qui s'éteint, qui s'efface, qui s'effacera de plus en plus, au bénéfice d'une sphère d'amitié ".

Dans le respect de ces principes, notre pays soutient toutes les initiatives africaines en faveur de la paix et de la stabilité sur le continent. La France, par son expérience, peut apporter aux pays africains, aux armées africaines un appui précieux, dans la préparation et la conduite logistique de ces opérations fort complexes.

D'ores et déjà, cet appui se traduit déjà par différentes initiatives, comme l'initiative RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), ou par des actions de coopération et de formation dans le cadre de la mission de coopération militaire et autour notamment, des forces prépositionnées en Afrique et des écoles de formation au maintien de la paix. Il appartient aux personnalités qui vont intervenir lors de cette table ronde, de développer, en fonction de leurs compétences et de leur expérience, ces différents thèmes.

INTERVENANTS

Paul QUILES, Ancien ministre, Président de la Commission de la Défense nationale et des Forces Armées

En guise d'introduction, je voudrais saluer l'initiative de notre Assemblée d'organiser ce colloque à l'occasion du Sommet des Chefs d'Etat d'Afrique et de France. Je ne dirais pas qu'aujourd'hui l'Afrique est un continent oublié, mais il faut bien constater que notre société ultra-médiatisée parle surtout de l'Afrique quand éclate un conflit ou quand survient une catastrophe. L'Afrique ne mérite pas un tel traitement. Les problèmes qu'elle rencontre se retrouvent dans d'autres régions du monde, même s'ils ne prennent pas toujours la même forme. C'est notamment le cas pour la question cruciale de la sécurité.

Ce colloque a pour intitulé : " la nouvelle politique africaine de la France ". Y aurait-il donc une nouvelle politique africaine de la France en matière de sécurité ? Si oui, à quels impératifs répond-elle ? Quelle est l'analyse qui sous-tend cette nouvelle politique ? Voici quelques questions auxquelles je vais essayer d'apporter une réponse.

I - Une augmentation du nombre des conflits

Je note d'abord que l'analyse de l'état de la sécurité sur le continent africain peut avoir de quoi inquiéter. Contrairement à ce que l'on a cru pendant quelque temps, la fin de la guerre froide n'a pas été, tant s'en faut, synonyme d'un arrêt des conflits dans le monde. Or c'est certainement sur le continent africain qu'on a observé l'augmentation la plus importante du nombre de conflits.

On peut certes considérer que ces conflits sont de " basse intensité ", si l'on se réfère aux types d'armes employés. Il n'empêche qu'ils peuvent être parfois très meurtriers, comme l'ont prouvé le génocide rwandais et les différents massacres dans la région des Grands lacs, qui ont fait plus d'un million de morts en peu de temps. Comment expliquer les raisons de cette explosion de crises belligènes en Afrique ?

1. Des causes de conflits atypiques

Il y a d'abord selon moi l'effet de la fin de la confrontation Est-Ouest, qui a certainement permis de libérer des tensions interétatiques restées relativement contenues jusqu'alors. Auparavant, les conflits prenaient la forme d'affrontements avec des mouvements " rebelles ", aux motivations faisant appel au clivage idéologique Est-Ouest et que des Etats rivaux pouvaient entretenir à leurs frontières.

Mais jusqu'au début des années 90, les superpuissances ont pris soin de canaliser ces rivalités, pour ne pas être impliquées dans des conflits qu'elles ne souhaitaient pas. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et il faut bien constater que les crises se sont multipliées depuis dix ans dans tous les pays se trouvant tout au long de l'arc de cercle qui va de la Corne de l'Afrique jusqu'à la limite de l'Afrique australe, c'est à dire souvent des pays de l'Afrique non francophone. On peut notamment citer les conflits entre l'Éthiopie, la Somalie et l'Erythrée, mais également toutes les secousses qui ébranlent la région des Grands lacs.

Une autre explication de cet accroissement des crises violentes réside probablement dans la lenteur de la mise en place des processus démocratiques, notamment dans les pays avec un pouvoir autoritaire, où n'existaient que des Etats faibles, aux structures de représentation insuffisantes. Dans ce cas de figure, on trouve notamment l'Afrique francophone, qui a été protégée des agressions extérieures et de la rivalité Est-Ouest par son allié français, ce qui fut une bonne chose. Mais dans le même temps, le débat démocratique au sein de ces Etats n'a pas avancé très vite, ce qui fait que ces pays jusqu'ici épargnés par les conflits externes, apparaissent fragilisés dans leurs structures, alors même que le processus de démocratisation n'a pas encore abouti.

Enfin, il faut bien voir que ce paysage stratégique " instable " s'est installé sur fond de situation économique peu florissante, propice aux conflits, sans que des mécanismes de coopération économique suffisamment efficaces se mettent en place.

Tout ceci a débouché sur une série de conflits atypiques, sous-tendus par des rivalités inter-ethniques, qu'il ne faut ni nier ni surévaluer et qui ont structuré de véritables rivalités entre pays. C'est par exemple la situation qui règne aujourd'hui dans l'Afrique des Grands lacs, où la rivalité entre Tutsis et Hutus sert de toile de fond à une véritable lutte d'influence avec pour enjeu la suprématie régionale.

Dans ce paysage pour le moins agité, il est satisfaisant d'enregistrer 1'apaisement des tensions en Afrique australe à la suite de la fin de l'apartheid, ce qui fait que l'Afrique du Sud arrive même à jouer un rôle de pôle stabilisant. On note également, ce qui est très positif, qu'une véritable coopération économique unit les pays de cette région.

2. Des mécanismes de maintien de la paix impuissants

Face à ce constat, les mécanismes habituels de notre système de sécurité collective ont paru impuissants, notamment dans la zone de crise qui s'étend de la Corne de l'Afrique à la région des Grands lacs. Nous avons tous en mémoire l'exemple somalien, sans parler du Rwanda, où l'opération Turquoise fut accueillie du bout des lèvres par la communauté internationale et par les belligérants eux-mêmes. Il me semble pourtant, avec le recul, qu'une véritable mobilisation internationale sous l'égide de l'ONU aurait pu arrêter un des plus graves génocides de notre siècle. Ce que la France ne pouvait pas entreprendre seule pour d'évidentes raisons politiques, d'autres pays auraient pu contribuer à le faire à ses côtés.

Pour expliquer cet échec de la Communauté internationale à régler les conflits en Afrique, on peut avancer plusieurs explications.

En premier lieu, il est clair que la diplomatie traditionnelle, qui s'adresse avant tout aux Etats, a du mal à appréhender la complexité de situations où les acteurs sont multiples et bien souvent de niveau infra-étatique, et où les conflits internes peuvent interagir entre les différents pays.

En second lieu, force est de constater que les pays extérieurs à l'Afrique qui lui prêtent véritablement attention ne sont pas nombreux. La France est, me semble-t-il, le seul pays à avoir maintenu un intérêt qui ne s'est pas démenti dans le temps, et cela pour des raisons culturelles et politiques. On peut faire bien des reproches à la France, mais je considère que cette fidélité est à son honneur, dans la mesure où elle est la preuve d'un réel intérêt pour le développement du continent et pour l'expression autonome des pays qui le composent. Aujourd'hui, en Afrique occidentale, champ d'action privilégié de la France, il nous est difficile d'apporter des réponses " classiques " aux sollicitations qui nous sont faites. La guerre froide est finie, et l'enjeu n'est plus de protéger les pays de l'Afrique francophone contre le risque d'extension du conflit Est-Ouest. Les défis actuels sont ceux de pays en voie de développement, mais aussi en voie de démocratisation, où il est nécessaire de renforcer les Etats-nations, tout en favorisant la résolution des conflits identitaires.

3. Le désengagement des grandes puissances

Je dois ici vous livrer mon sentiment sur le rôle des Américains. On a sans doute surévalué leur rôle dans cette région depuis la chute du mur de Berlin, sans essayer dans le même temps de bien comprendre les objectifs qu'ils poursuivaient. Aujourd'hui, il apparaît clairement que, sauf intérêt économique ponctuel (qu'ils ne négligent pas habituellement), c'est la lutte contre le terrorisme, et notamment contre le régime soudanais, qui a justifié la politique américaine sur ce continent. Dans cette grille de lecture, l'épisode somalien apparaît presque comme une sorte d'accident, lié à leur volonté, face à une catastrophe humanitaire, de donner une réponse de nature médiatique à l'opinion publique américaine. En revanche, la nécessité de lutter contre le régime soudanais, explique le soutien américain à tous les régimes politiques ou toutes les factions armées qui étaient susceptibles de s'opposer à Khartoum, et ce dans toute la région.

Finalement, la réticence des Américains à s'engager dans des opérations visant à rétablir la paix en Afrique s'explique autant par l'échec somalien que par le fait que ce continent n'entre pas comme tel dans les intérêts de sécurité des Etats-Unis.

On a donc bien le sentiment d'assister à un désengagement des puissances occidentales, nécessaire dans certains cas, dommageable dans d'autres, mais ce qui est sûr, c'est qu'on ne voit pas encore d'autres relais se mettre en place pour aider à résoudre les conflits en Afrique. L'OUA se trouve globalement paralysée par les conflits entre ses membres et, si la France et les Etats-Unis ne s'engagent pas dans le règlement des conflits, aucun autre pays ne semble vouloir reprendre le flambeau du maintien de la paix.

Enfin, je remarque qu'on assiste pour la première fois à de véritables confrontations pour la suprématie régionale en Afrique. Dans la région des Grands lacs, ce ne sont plus les puissances extérieures à l'Afrique qui mènent le jeu, mais bien des pays comme l'Angola, l'Ouganda ou le Rwanda. Je crois que c'est pour ne pas avoir analysé cette évolution que la France, puis aujourd'hui les Etats-Unis, se sont trouvés placés au centre de querelles d'influence dans une région où il leur est aujourd'hui impossible de jouer le rôle de médiateur, car aucune des parties au conflit ne souhaite leur voir jouer ce rôle.

II - Des perspectives néanmoins positives

La situation n'est pas irréversible. Dans ce tableau qui n'apparaît pas très rose, on peut quand même trouver des raisons d'espérer.

1. Le renforcement des Etats-nations

Je note d'abord que, malgré tous ces soubresauts, ceux qui voyaient l'Afrique appelée à se désintégrer, et ses frontières devoir être remises en cause, n'ont pas vu leur prophétie se réaliser.

Paradoxalement, les conflits qui se déroulent actuellement témoignent que l'Afrique commence à s'émanciper de ses tuteurs, ce qui sera certainement positif sur le long terme. Au-delà des conflits inter-ethniques, ou supposés comme tels, dans la région de la Corne de l'Afrique et dans celle des Grands lacs, on voit bien la conscience de l'Etat-nation s'imposer. Même s'ils prennent en compte les revendications locales, les Chefs d'Etat se comportent de plus en plus souvent comme les dirigeants d'Etats-nations et non plus simplement comme les dépositaires d'intérêts particuliers.

2. Les solutions applicables dans ce nouveau contexte

Devant cette évolution, nous ne devons pas rester inactifs.

On pense naturellement tout d'abord au développement de la diplomatie préventive, qui peut-être le fait soit de l'OUA, soit de conférences au niveau de telle ou telle zone (par exemple dans la région des Grands lacs) pour examiner toutes les questions en litige. Je crois qu'il faudrait de manière générale encourager les phénomènes de structuration sub-régionale. Pourquoi ce qui a réussi en Afrique australe, avec comme leader l'Afrique du sud, ne pourrait pas se répéter dans d'autres régions ? Cela nécessiterait bien sûr que les pays prennent conscience qu'ils ont tout intérêt à mettre en place des mécanismes de coopération et d'intégration économique, et non à envisager leurs relations sur le seul mode de la compétition, voire de l'affrontement militaire.

Il faut aussi aider à la réconciliation des populations dans les zones particulièrement troublées, qui ont connu massacres et génocides. Dans ce cas, nous risquons de nous trouver confrontés à des phénomènes de cristallisation des conflits, où la mémoire des massacres perpétrés empêche les réconciliations durables et enracine bien au contraire les haines réciproques. Pour aller au-delà, il faudra mener un véritable travail en profondeur, ce qui nécessitera une mobilisation des instances de la communauté internationale.

Il sera également nécessaire de développer les capacités de maintien de la paix des forces africaines, ce qui peut être aidé par la coopération. Nos forces armées peuvent jouer un rôle particulier dans ce domaine, ainsi que notre gendarmerie pour ce qui est du maintien de l'ordre.

Enfin, la Communauté internationale doit s'engager de nouveau en Afrique, en n'hésitant pas à offrir sa médiation et en déployant, lorsque c'est nécessaire, sous la responsabilité de l'ONU, les forces multinationales adéquates. Je souhaite que l'exemple de la Somalie ne soit pas une sorte d'alibi pour justifier le désintérêt de la communauté internationale à l'égard de l'Afrique.

III - La France et la sécurité en Afrique.

C'est donc dans ce cadre général que la France doit inscrire son action. Si nous sommes toujours disponibles pour aider nos amis africains, cela doit se faire sur des bases claires, avec comme objectif de renforcer la démocratie, dans le respect des principes de la charte des Nations unies.

Dans la zone où la France a exercé son influence, le principal problème est justement la faiblesse de la structuration des Etats. Se retirer, cela veut dire laisser ces pays en proie aux forces centrifuges qui les menacent, sans que les conflits internes trouvent une issue pacifique, avec comme conséquence une fragilisation encore plus grande de ces Etats. Intervenir sans discernement aux côtés des pouvoirs en place, c'est prendre le risque de mettre sous le boisseau de véritables questions politiques qui doivent trouver leur résolution dans le débat démocratique, et en agissant ainsi, on empêche les processus démocratiques d'être menées véritablement à leur terme, et on risque, là aussi, de contribuer un peu plus à la fragilisation des Etats.

Il y a donc une voie médiane à trouver. C'est précisément cela l'objet de la nouvelle politique africaine de la France : trouver une politique qui permette d'aider les pays à développer les organes de la vie démocratique au sein de leurs institutions. Cette politique consiste également à offrir, quand cela est nécessaire, des modes de médiation pour régler pacifiquement les différends internes. Loin d'être synonyme de désengagement, cette politique nécessite un investissement plus important de nos organismes de coopération, afin d'être à l'écoute de toutes les composantes de la société civile de ces pays.

Contrairement à ce qu'on entend parfois, il me semble qu'il est rare que la France ait " trop agi " en Afrique, mais je pense qu'elle est parfois intervenue sans prendre suffisamment de recul par rapport à l'interprétation qui serait donnée de son action. Et c'est souvent cela qui a nourri ce que l'on a appelé " l'ambiguïté " de nos actions.

Voilà pourquoi nous sommes aujourd'hui obligés de prendre de la distance, ce que ne souhaiteraient peut être pas toujours nos amis africains. Je tiens à dire qu'il ne s'agit pas là d'une marque de désintérêt vis-à-vis de l'Afrique, mais bien au contraire la preuve que nous souhaitons agir à l'avenir sur ce continent plus positivement et plus efficacement.

Général Jean-Paul RAFFENNE, Sous-chef d'état-major Relations internationales à l'état-major des armées

Je vais essayer de concentrer mon propos sur ce que nous faisons dans le domaine militaire, quant au renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Pour le soldat que je suis, parler de maintien de la paix est je pense en soi une très bonne évolution.

I - Du déploiement de la MISAB au concept RECAMP

Ce concept nouveau n'est pas né en quelques semaines. C'est le fruit d'un long travail commun avec les Africains, qui se fait dans la durée, qui évolue et se précise au fur et à mesure des leçons tirées des différentes actions que nous menons. C'est en effet en 1995, au premier séminaire de Dakar, que militaires africains et français se sont réunis pour réfléchir ensemble, formellement pour la première fois, au problème du maintien de la paix en Afrique.

Les événements de Bangui de 1996 ont, malheureusement dirai-je, donné l'occasion de mettre en oeuvre cette nouvelle approche de la sécurité sur le continent africain, qui consiste en une implication majoritaire des pays africains eux-mêmes, soutenus par la France et d'autres pays, qui seront de plus en plus nombreux dans le futur, du moins l'espérons-nous.

Ce fut ainsi qu'eut lieu le déploiement de la Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui, la MISAB, regroupant le Gabon, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad,, le Sénégal, le Togo et la France. Cette force agissait sous l'autorité d'un Comité international de suivi, présidé par le général Amadou Toumani Touré ici présent et que j'ai l'honneur de saluer. Vous me permettrez, dans ces conditions, de ne pas en dire plus sur la MISAB, n'étant pas le mieux placé pour en parler, si ce n'est cependant pour souligner que ce fut un formidable succès, et une prise de conscience par l'Afrique tout entière mais aussi par la Communauté internationale, de ce succès. La relève de la MISAB par la MINURCA est la preuve, que désormais, les Africains sont et seront présents en tant que partenaires incontournables dans le maintien de la paix sur leur continent.

C'est donc en nous appuyant sur les enseignements de cette opération de maintien de la paix et en prenant en compte les demandes de nos partenaires africains, comme par exemple une approche régionale, que nous avons défini notre concept de Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, mieux connu aujourd'hui sous le vocable RECAMP.

II - Les domaines d'action de RECAMP

Ce concept s'exerce dans trois domaines d'action : la formation, l'entraînement et le prépositionnement de matériel.

1. La formation

La France, en réponse aux pays africains qui en font la demande, met en place des détachements d'instruction opérationnelle (DIO) ou des détachements d'instruction technique (DIT) destinés à former les soldats africains aux missions de maintien de la paix.

A titre d'exemple, au cours de l'année dernière, une quinzaine de DIO ont participé à la préparation de divers contingents africains pour le grand exercice de Guidimakha de février 1998.

Le 18 janvier prochain, un détachement d'instruction opérationnelle du 43ème BIMA ce type partira de Côte d'ivoire pour effectuer à Ouagadougou une mission de formation d'une compagnie des forces armées du Burkina Faso, portant sur les techniques de maintien de la paix. Si j'ai choisi ce dernier exemple, c'est pour vous montrer que notre dispositif militaire prépositionné en Afrique est tout particulièrement concerné par notre concept RECAMP, là encore dans une approche régionale, et non pas seulement cantonnée à son pays d'accueil.

Toujours dans le domaine de la formation, la France a lancé les travaux d'un centre de formation au maintien de la paix situé à Zambakro, à 20 km de Yamoussoukro. Le premier stage devrait débuter mi-1999 et sera ouvert à tous les pays de la sous-région, quelle que soit leur langue. Pour cela Zambakro devrait bénéficier du soutien d'instructeurs venus de pays étrangers, africains comme le Ghana, ou occidentaux. Cette formation contribuera, nous l'espérons, d'une part à former des contingents africains susceptibles d'être engagés dans des opérations de maintien de la paix, selon le principe des modules en attente et, d'autre part, à valoriser l'image des armées africaines.

2. L'entraînement

Le deuxième domaine d'action de notre concept se concentre sur l'entraînement. Après l'exercice Nangbeto qui a rassemblé en février 1997 le Togo, le Bénin, le Burkina Faso et la France, a eu lieu en février 1998 le grand exercice Guidimakha, qui a vu la participation de près de 3 000 soldats africains et 500 militaires français, à la frontière du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie. Outre ces trois pays co-organisateurs avec la France, cinq autres pays de la sous-région étaient présents : le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée et la Guinée-Bissau. Côté pays donateurs, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Belgique ont fourni des appuis logistiques en envoyant chacun un avion de transport de troupes.

Désormais des exercices multinationaux de maintien de la paix de grande envergure seront conduits en Afrique tous les deux ans. Entre chacun de ces grands exercices, des exercices d'état-major ainsi que des séminaires de réflexion pour en tirer les expériences, sont prévus. Le prochain exercice d'envergure est planifié pour janvier de l'an 2 000, au Gabon avec les pays de la sous-région. Cependant, étant donné le contexte actuel en Afrique Centrale cet exercice ne sera maintenu que si telle est la décision des Africains eux-mêmes, et notamment des autorités gabonaises.

La France, de plus, participe à d'autres exercices de maintien de la paix, dont elle n'a pas la direction ou le leadership, comme par exemple Kompienga en avril 1998 au Togo, ou encore Blue Crane en 1999 en Afrique du Sud. Là encore, cette participation française dans le domaine de l'entraînement repose essentiellement sur l'engagement de notre dispositif français en Afrique, sans lequel l'organisation de tels exercices ne serait pas possible.

Outre le fait d'entraîner, grandeur nature, des contingents africains au maintien de la paix, c'est aussi l'occasion de faire travailler ensemble les armées d'une même sous-région, qui donne un intérêt tout particulier à ces manifestations.

3. Le prépositionnement de matériel

Le troisième et dernier domaine d'action de notre concept réside dans le prépositionnement de matériel sur le continent africain.

Dès le mois de janvier de cette année, la France a mis en place à Dakar les matériels nécessaires à l'équipement d'un bataillon RECAMP, soit plus de 100 véhicules, ainsi que les matériels d'un hôpital médico-chirurgical de campagne. Stocké au sein des forces françaises stationnées au Sénégal, cet équipement est destiné à l'usage de tous les pays de la sous-région qui se porteraient volontaires pour une opération de maintien de la paix, même dans le cas où le Sénégal n'y participerait pas. Ces matériels peuvent également être utilisés à l'occasion d'exercices de maintien de la paix, comme ce fut le cas pour l'exercice Guidimakha

J'ajoute que, dès la fin de l'exercice, une partie de ces matériels a été acheminée à Bangui, pour être mis à la disposition des contingents africains de la Mission des Nations unies en République centrafricaine (MINURCA). Il est actuellement prévu de prépositionner un second bataillon dès 1999 à Libreville, et en l'an 2000 à Djibouti, le bataillon de Dakar devant, lui , être reconstitué.

Le but de ce prépositionnement est, bien évidemment, de permettre la mise en place des contingents africains au plus vite, à partir du moment où les instances internationales ont décidé le déclenchement d'une opération de maintien de la paix.

Quant au prépositionnement de ces matériels au sein des forces françaises, il est dû d'une part à une raison de maintien en condition, réalisé sous tentes à air sec, et, d'autre part, au fait que cet équipement est destiné à tous les pays de la sous-région qui se porteraient volontaires, même si le pays hôte ne participe pas.

Voilà donc, brièvement résumé, la part qu'apportent les armées françaises au maintien de la paix en Afrique.

Michel VOISIN, Président de la Délégation française à l'Assemblée parlementaire de l'OSCE

Il ne saurait y avoir de développement sans sécurité ; pour ma part j'aurais tendance à considérer que la réciproque est tout aussi pertinente : il ne saurait y avoir de sécurité sans développement. Le Président de la Commission du développement et de la Coopération du Parlement européen déclarait, à l'occasion d'un débat sur l'avenir de la Convention de Lomé, que les blocages au développement sont multiples, mais que l'histoire de l'Afrique montre bien que les plus graves d'entre eux sont de nature politique.

Je souhaiterais dans un premier temps livrer quelques considérations personnelles sur l'influence quelque peu perverse qu'ont pu revêtir, selon moi, les politiques de développement conduites par les pays développés en direction des pays africains. L'analyse que je présenterai, résulte d'une tentative d'approcher objectivement, à la lumière de l'expérience passée, le bilan de plusieurs décennies de coopération. Elle pourra sembler parfois iconoclaste.

I - Les causes des conflits en Afrique

La politique de coopération suivie par la majorité des pays européens a constitué bien souvent un prolongement selon des modes particuliers des rapports entre les anciennes autorités de tutelles avec les Etats issus de la décolonisation. Pour des raisons comportementales, et confrontée aux forces de l'habitude, l'aide apportée aux Etats naissants a souvent eu pour effet d'y transposer des organisations et des structures administratives ayant fait leurs preuves dans des pays répondant à des cultures et des civilisations fondamentalement différentes. Force est de constater que cette approche, appliquée à des Etats ayant hérité des frontières mises en place par la colonisation et sans tenir compte de l'histoire intrinsèque des peuples africains, n'est pas sans répercussion sur l'instabilité politique du continent.

Un constat s'impose a nous : le nombre des conflits sur le continent africain demeure, hélas, élevé... Les faits démontrent même que ceux ci se sont malheureusement intensifiés au cours de l'année écoulée. Nous ne pouvons que constater que, bien que l'origine de l'instabilité régionale se situe le plus fréquemment dans des conflits politiques, le plus souvent sur fond ethnico-politique, la nature de ces crises est telle, qu'elles s'étendent rapidement à l'ensemble d'une zone, par un phénomène d'osmose naturelle entre pays limitrophes. Il convient sans doute de s'arrêter un instant sur les causes de cette contagion aux pays frontaliers, en s'inspirant de la situation dramatique que connaît aujourd'hui la République démocratique du Congo.

Outre les incontournables mouvements de solidarité inter-ethnique qui ont conduit dans le passé aux massacres et au génocide du Rwanda, que je déplore, l'un des facteurs de déstabilisation des pays voisins résident principalement dans les importants déplacements de populations consécutifs aux conflits internes. Quand bien même dans les traditions africaines entre celle de l'hospitalité, l'économie des pays africain n'a pas la possibilité, malgré les aides en provenance des organisations humanitaires et de la Communauté internationale, de pourvoir aux charges occasionnées par les afflux de réfugiés. Les effets de ces accroissements subits des populations créent des chocs inabsorbables par les régions ou se pressent plusieurs milliers de personnes dans des états de dénuement extrême. Les secours apportés par les organisations internationales et caritatives, parfois à grand renfort de publicité, vont parfois jusqu'à créer des déséquilibres entre la population déplacée et les populations autochtones génératrices elles aussi de tensions et de conflits. Qui plus est, malgré les dispositions prises le plus souvent autours des camps de réfugiés, il n'est pas rare, pour ne pas dire courant, que ceux-ci servent de lieux de trafics en tous genres, que ce soient des trafics d'armes ou de denrées alimentaires, quand ils n'alimentent pas , dans le pays d'accueil, des guérillas, ou encore servent de camp de base au guérillas sévissant dans le pays d'origine.

Bien souvent aussi, l'existence de ces déplacements de populations sert d'alibi à des ingérences étrangères qui voient dans le soutien aux réfugiés la possibilité d'entretenir des résistances intérieures, au nom de la défense d'intérêts ethniques ou politiques, entretenant ainsi des conflits contre lesquels il convient de se mobiliser.

II - Le rôle des initiatives régionales sous la responsabilité de l'ONU

1. Les initiatives régionales

C'est dans le cadre de ces contagions régionales des crises, que se justifie la création d'institutions régionales de prévention des conflits. L'on ne peut que se réjouir de voir émerger, ici où là, de telles institutions sur le continent africain, même si elles ne sont encore aujourd'hui qu'à l'état embryonnaire. Elles sont appelées à jouer un rôle d'importance dans l'avenir, et je voudrais ici saluer avec insistance les initiatives de bons offices dans les actions de médiation dans lesquelles s'impliquent personnellement bon nombre de responsables africains. Ils démontrent ainsi, malgré des résultats mitigés, la volonté politique qui est la leur de vouloir faire en sorte que l'avenir de l'Afrique soit réellement pris en main par les Africains eux-mêmes et le sens des responsabilité qui est le leur. Je me bornerai ici à rappeler l'action du Président Bongo dans le cadre de la crise qui a agité la République centrafricaine, le rôle de la CEDEAO dans les crises du Libéria, en Sierra Leone et, en liaison avec la communauté des pays de langue portugaise, en Guinée-Bissau ; tout comme les efforts déployés par l'IGAD pour la Somalie ou le Sud-Soudan, et enfin ceux de la SADC pour la République démocratique du Congo.

2. La place de l'ONU

Si l'on peut appeler de ses voeux la matérialisation des initiatives régionales et notamment la mise en place d'institutions régionales de coopération et de stabilité en matière de sécurité et de maintien de la paix sur le continent africain, il convient également de faire en sorte que celles-ci, à l'instar de ce qui se passe sur notre vieux continent européen, n'agissent pas isolément, mais inscrivent leurs action dans un cadre plus vaste, celui des Nations unies.

Il m'apparaît en effet essentiel que le Conseil de Sécurité des Nations unies conserve une responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de sécurité internationale, en Afrique comme ailleurs. Tout comme en Europe, l'Organisation pour la coopération et la sécurité joue un rôle important dans la prévention ou la résolution des conflits, en liaison étroite avec le Conseil de Sécurité, il semblerait souhaitable de faire en sorte que la ou les institutions régionales qui verront le jour sur le continent africain, exercent leurs missions en liaison étroite avec les Nations unies.

Cette condition m'apparaît d'autant plus nécessaire, pour ne pas dire indispensable, qu'elle sera de nature à lever toute ambiguïté sur les actions et les médiations que ces organismes seront appelés à conduire face à des situations de crise. Intervenant au nom de l'ONU, ils puiseront dans cette mission se situant dans le cadre d'une résolution du Conseil de Sécurité, une légitimité les mettant à l'abri de toute suspicion d'ingérence. L'envoi préalable à toute autre action d'émissaires des Nations unies doit être dans la mesure du possible respectée, dans la mesure où elle conférera aux dispositions ultérieures qui pourront être prises un gage de neutralité indispensable à toute intervention régionale, quelle que soit sa forme, diplomatique ou militaire.

III - Le maintien nécessaire de la coopération militaire française

A ce stade je tiens à préciser mon total soutien, en ma qualité de Président de la Délégation parlementaire française auprès de l'Assemblée de l'OSCE, à toute initiative qui nous associerait à une coopération inter-régionale. L'histoire de nos deux continents me semble en effet si étroitement mêlée qu'il serait regrettable que, dans le cas où l'un d'entre eux venait à connaître des difficultés, l'autre soit amené à se désintéresser de son sort. Ceci d'autant plus que la caractéristique des conflits actuels nécessite à l'évidence une approche globale susceptible d'être réalisée dans le cadre de conférences internationales.

Dès lors que le Président François Mitterrand avait fait du développement démocratique l'une des priorités, voire l'une des conditions du maintien de l'aide de la France, les actions en faveur de l'instauration de la sécurité intérieure et extérieure des partenaires africains de la France a été au centre de notre politique de coopération militaire. Progressivement, le soutien de la France apporté aux forces armées des pays du champ, s'est déplacé en faveur de la constitution ou du renforcement des forces de gendarmerie africaines. C'est ainsi que les actions de formations se sont orientées vers des enseignements ayant pour objet principal les règles déontologiques, notamment celles devant présider aux enquêtes de police judiciaire.

Cette présence militaire de la France doit être impérativement maintenue dans le cadre des accords de coopération que notre pays a signé avec ses partenaires africains. Ceci constitue à mes yeux une ardente obligation, au moment ou, plus que jamais, l'Afrique a besoin de cette stabilité qui lui fait si cruellement défaut pour permettre dans les vicissitudes de l'économie mondiale son développement. La crise économique qui frappe de plein fouet les pays africains n'épargne pas non plus l'économie française, mais il serait regrettable que nous nous dégagions, comme hélas cela semble être un peu le cas, des obligations qui sont les nôtres vis à vis d'un continent auquel nous lient des décennies d'histoire commune et des relations amicales auxquelles je suis, pour ma part, profondément attaché.

Général Amadou TOUMANI TOURE, Ancien Chef d'Etat de la République du Mali

Monsieur le Président, depuis une dizaine d'années, et notamment depuis la fin de la guerre froide, l'Afrique est déchirée par des conflits internes d'une intensité et d'une violence extrêmes, provoquant des milliers de morts, et jetant sur les routes de l'exode et de l'abandon des millions de réfugiés. Cette situation conflictuelle ne s'arrête pas aux frontières, mais se propage ou se nourrit dans la sous-région, comme aujourd'hui dans la région des Grands lacs. La crise de l'Etat et les conflits politiques sont à l'origine de la plupart de ces tragédies, comme en témoignent les cas soudanais, angolais, libérien, somalien et rwandais, générant à leur tour de graves crises de société et des ruptures économiques.

Face à ces antagonismes, la Communauté internationale montre ses limites, intervenant trop tardivement, alors que le conflit est déjà avancé, ou, dans certains cas, optant seulement pour la non-intervention.

Pour résumer mes propos, je dois rappeler qu'il est très à la mode depuis quelques années d'organiser des colloques et des conférences portant sur les conflits en Afrique. Il semble même difficile de parler sans répéter ce qui a déjà été dit ailleurs. Cependant, je voudrais dégager quelques principes, concepts et engagements institutionnels, et compléter ce qu'a dit mon frère d'armes, le Général Raffenne.

I - Les principes à appliquer

Il apparaît que les défis auxquels l'Afrique doit faire face appellent une réponse d'ensemble. C'est ainsi que les Chefs d'Etat de l'OUA ont retenu un certain nombre de principes liés à l'avènement de la bonne gouvernance, de l'Etat de droit, du développement durable, comme facteurs essentiels de prévention des conflits en Afrique.

On a pu relever entre autres :

· l'instauration et l'enracinement de systèmes démocratiques performants, prenant en compte les réalités socioculturelles des Etats ;

· l'instauration d'un système de gouvernement axé sur le dialogue social permanent, et la recherche d'un consensus politique ;

· l'avènement et la pérennité d'une justice accessible à tous, crédible et indépendante ;

· le respect des droits de l'Homme et la lutte contre l'impunité ;

· le bannissement de l'exclusion et l'association de toutes les compétences à la gestion des affaires publiques ;

· la conduite d'une politique économique concertée au niveau des instances internationales (ONU, OMC, ACP), sur des thèmes essentiellement porteurs tels que la dette, l'intégration, les échanges régionaux, la femme, l'enfant et l'identité culturelle.

Les débats suscités ainsi portent souvent, parmi d'autres questions, sur la promotion de la démocratie, les garanties des droits de l'homme et les libertés fondamentales, et, surtout, la gestion des ressources. Mesurées à l'aune des pratiques européennes, ou observées sous le sceau des valeurs universelles, beaucoup d'approches africaines originales dans ces domaines, sont justifiées à travers les situations et spécificités sociales, traditionnelles, culturelles, religieuses, ethniques.

S'il est exact que les vertus du dialogue, de la conciliation, de la solidarité de groupe, et la corrélation étroite entre droits et devoirs, sont l'apanage des sociétés africaines, il n'empêche cependant que le respect des engagements internationaux souscrits appelle une attention particulière.

Des relations de confiance mutuelle et de compréhension entre autorités africaines, partenaires au développement, représentants de la société civile et des ONG, devraient mener à des solutions convenables, dans des délais raisonnables.

Il est dès lors évident que la concrétisation de l'ensemble de ces principes tournés vers la prévention des conflits et, avec comme facteurs essentiels, la bonne gouvernance, l'Etat de droit et le développement durable, appelle aussi le soutien de la communauté internationale et des institutions financières, dans un esprit de partenariat excluant toute volonté de tutelle.

II - Les mécanismes de prévention et de gestion des crises

Il reste que, parallèlement à la mise en application laborieuse des principes, un certain nombre de concepts ont été élaborés, pour la prévention et la gestion des crises africaines.

1. Les acquis sous-régionaux en matière de sécurité

Je voudrais d'abord citer la déclaration du Caire de 1993, qui a fixé l'anticipation et la prévention comme objectifs premiers du mécanisme de l'OUA pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Le principe du renforcement de l'organe central, à travers le Centre logistique d'Addis Abeba, a été retenu, lors du dernier Sommet de l'OUA. Le fonctionnement de ce Centre contribuerait pour beaucoup, à la mise en uvre indispensable de ce mécanisme.

L'OUA a pris acte des efforts sous-régionaux, en matière de maintien de la paix, et décidé le renforcement de leur coordination, avec l'Organe central. Nous relèverons que, pour diverses raisons, les cinq sous-régions Africaines ne sont pas aussi avancées les unes que les autres, dans le domaine de la gestion des crises. Nous remarquons un retard profond concernant les pays de l'Afrique centrale, mais une mention particulière doit être faite de la CEDEAO et de la SADC.

En Afrique de l'ouest, c'est le lieu d'évoquer un organe qu'on a tendance à oublier : l'ANAD, qui semble chercher encore ses marques depuis la gestion, en seconde main, de l'ancien différend frontalier, entre le Mali et le Burkina Faso. Son élargissement ou son adaptation au contexte actuel, semblent conditionner sa survie.

Nous saisissons l'occasion, pour saluer ici le Projet RECAMP, qui vise à apporter des réponses concrètes et raisonnables, en impliquant tous les principaux acteurs. Testé grandeur nature, lors des manoeuvres Guidimakha, organisées grâce au concours de la France, et regroupant le Mali, le Sénégal, et la Mauritanie, avec la participation des Etats-Unis d'Amérique et de la Grande Bretagne, le Projet RECAMP a permis de jeter les bases solides d'une Force multinationale et interarmées de maintien de la paix, dans ses multiples dimensions : architecture du commandement, organisation des forces, manoeuvres logistiques, coordination des actions civilo-militaires avec la gestion de l'information, sans oublier l'essentielle et indispensable transmission de savoir-faire. Sur ce dernier point, on s'en doute, la panoplie est aussi vaste que complexe et va bien au-delà du fait purement militaire.

2. L'avenir du projet RECAMP

Compte tenu de la belle réussite de Guidimakha, il serait souhaitable d'en préserver les acquis et d'aller de l'avant avec le Projet RECAMP, en lui conférant un volet préventif plus marqué. Ainsi, la Cellule de coordination et de suivi pourrait être activée et voir sa mission élargie à celle d'un observatoire de veille multi-sectorielle, à caractère diplomatique et militaire.

La mise sur pied, sous des formes à définir, de quelques modules de base, aiderait aussi à raccourcir les délais de montée en puissance. A cet effet, la compatibilité et la complémentarité avérées entre le projet RECAMP et d'autres projets, devrait déboucher, le plus tôt possible, sur une configuration satisfaisante, en matière de prévention et de gestion des conflits sous-régionaux.

3. Les enseignements de la crise centrafricaine

Que s'est-il exactement passé à Bangui ? Trois mutineries ont eu lieu en huit mois ; elles avaient un sens particulièrement politique. C'était des forces de l'armée française, parachutistes et légionnaires, qui étaient encore présentes pour garder les portes de nos cases à Bangui. Après trente ans de coopération militaire, nous l'avons ressenti comme une véritable honte.

Après qu'une mission de médiation ait été désignée et une mission politique confiée au Comité international de suivi, il nous a fallu disposer d'une force militaire pour soutenir cette action, car lorsqu'on danse avec un aveugle, il faut parfois lui marcher sur les pieds pour lui rappeler qu'il ne danse pas seul.

Grâce à la solidarité de six pays d'Afrique, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Togo, le Tchad et le Gabon, une force de 800 hommes, placée sous commandement intégralement africain, gabonais, avec un état-major sénégalais. Ces 800 hommes sont restés dix-sept mois à Bangui. Il a fallu parfois se battre, et nous avons perdu huit soldats. Nous pensons donc que, après avoir fait leurs études dans des écoles occidentales, les officiers africains ont désormais toutes les qualités techniques et militaires requises pour conduire des opérations de maintien de la paix chez eux.

Il ne leur manque que la logistique, et la France l'a bien compris. Pendant ces dix-sept mois, la France a été la seule nation occidentale à nous offrir son appui logistique. Le concept de RECAMP doit, je crois, être encouragé. Il est très souple et ne requiert pas de consulter l'ONU. Je disposais à Bangui d'un instrument politique, le CIS, et d'un instrument militaire ; cela m'a permis de mener à bien les opérations de façon tout à fait satisfaisante.

Je pense donc que le concept de RECAMP est une trouvaille formidable et une importante marque de solidarité entre la France et nos pays. Cette formule doit être encouragée et élargie à d'autres pays. La France a déjà pris des engagements pour nous aider en ce sens. C'est grâce à elle que nous avons réussi à Bangui, et je vous en remercie.

Mohamed SAHNOUN, Envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU en Afrique

I - Les causes profondes des crises en Afrique

Il était devenu évident pour moi, quand j'effectuais ma mission en Somalie, en tant que Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU, que j'étais témoin d'une guerre civile dont les causes profondes étaient tant écologiques et économiques que politiques. Dans la corne de l'Afrique, et en particulier en Somalie et en Ethiopie, une bonne moitié du sol a été touchée par l'érosion en l'espace d'un peu plus d'un demi-siècle. Cela a nécessairement conduit à des mouvements de population particulièrement amples et à une précarité des situations économiques et sociales qu'une mauvaise gouvernance a encore accentué.

J'ai pris l'exemple de la Somalie, car ce pays présente le paradoxe d'être l'un des pays les plus homogènes culturellement en Afrique, mais qui se trouve aujourd'hui complètement disloqué du fait des facteurs que je viens d'évoquer. La plupart des pays de la corne de l'Afrique et du Sahel, où la France entretient des relations traditionnelles importantes, doivent faire face à ces défis. C'est aussi le cas de la région des Grands lacs, où la croissance démographique rurale est une des plus importantes du monde.

Une bonne gouvernance nationale, mais aussi internationale, c'est-à-dire aussi de la part des institutions financières internationales et de pays développés comme la France, doit pouvoir être avertie des perspectives de rupture écologique et sociologique dans une situation de sous-développement, et aménager les voies et moyens d'amortir les chocs et, au-delà, de mieux gérer les potentialités de toute société.

Dégradation de l'environnement, sous-développement et gouvernance déficiente , voilà les paramètres fondamentaux des crises latentes et ouvertes en Afrique.

II - Une institution militaire sécurisante

Voilà donc, si vous voulez, la première ligne de front sur laquelle il faut lutter pour assurer la paix et la sécurité en Afrique. C'est dans le cadre de ces paramètres que la France et les pays développés en général, peuvent contribuer à stabiliser et consolider les structures des institutions des Etats-Nations qui sont, dans beaucoup de cas, dans une phase cruciale d'édification.

1. La formation de l'armée

L'aptitude de ces institutions d'Etat à assumer leur fonction de sécurisation des populations est fondamentale pour renforcer l'action préventive. Parmi ces institutions se trouvent concernées au premier titre les forces armées. Il est nécessaire que les forces armées soient perçues non comme des forces répressives partisanes, mais comme une structure sécurisante au service de tous. D'où la nécessité d'une formation particulièrement adaptée et qui bénéficie de l'expérience vécue par d'autres.

I1 s'agit d'apprendre au soldat à savoir transcender sa propre filiation ethnique ou régionale et à concevoir sa tâche presque comme un sacerdoce national dont le but est de défendre l'intégrité territoriale du pays dans l'intérêt de tous les citoyens confondus, et de se protéger contre les sirènes de la sédition tribaliste. Cela seul pourrait éviter à l'avenir les aventures que nous avons connues récemment en Sierra Leone, au Libéria, et aussi dans la région des Grands lacs, et dans d'autres pays.

La coopération militaire française devrait pouvoir apporter sa contribution à une politique de formation qui vise à parachever cette transition, entre le soldat d'hier et le soldat de demain que plusieurs pays africains ont déjà engagée. Il s'agit, au-delà des compétences techniques qui doivent par nécessité se moderniser, d'inclure dans la formation des aptitudes de bâtisseur, voire de conciliateur dans le contexte africain.

La formation devrait par ailleurs inclure systématiquement un enseignement des principes fondamentaux du droit international humanitaire. Ceci s'avère d'autant plus utile qu'avec la création de la Cour pénale internationale, le crime de génocide, le crime contre l'Humanité et le crime de guerre peuvent maintenant entraîner des poursuites judiciaires internationales vis-à-vis de certains chefs de guerre potentiels. I1 ne faut pas sous-estimer l'effet dissuasif de cette nouvelle institution pour la création de laquelle, d'ailleurs, les pays africains se sont largement mobilisés.

2. La bonne gouvernance militaire

I1 est nécessaire aussi de clarifier les relations entre le pouvoir civil et la classe politique d'une part, et l'institution des forces armées d'autre part. Nous nous replaçons ici dans la logique de la bonne gouvernance. Cela implique, certes, la professionnalisation des cadres militaires mais il faut aussi le sens du respect et de la défense de la Constitution et, surtout, une autonomie de gestion dans les différents domaines opérationnels incluant celui du recrutement, de la promotion et de la logistique qui doivent être épargnés des interférences civiles induisant l'ethnicisme, le tribalisme et la corruption.

C'est en créant de telles conditions, dans le domaine de la formation et de la gouvernance militaire, que l'on pourra exorciser le syndrome de l'insécurité chez les populations. C'est là que se situe la vraie prévention. Une coopération militaire française et internationale doit être consciente de ces enjeux et éviter de se prêter d'une manière ou d'une autre à des manoeuvres plus ou moins suspectes. C'est donc plus une coopération de qualité à laquelle aspire l'Afrique, qu'à une présence militaire étrangère ostensible.

III - Le maintien de la paix et de la sécurité au niveau régional

Le chapitre VIII de la Charte des Nations unies requiert des Etats membres d'épuiser d'abord les aptitudes régionales pour remédier aux crises. La mise en place du mécanisme de l'OUA pour la résolution des conflits, et des structures sous régionales correspondantes, répond à cette préoccupation. J'ai été personnellement associé à une réflexion pour examiner les voies et moyens d'améliorer l'efficacité de ces mécanismes. I1 faut reconnaître que, malgré la présence ou la disponibilité de ressources humaines et de cadres tout à fait valables pour une intervention de médiation et de maintien de la paix, l'OUA et les organisations sous-régionales ne disposent pas de moyens logistiques adéquats et disponibles rapidement.

Il est indispensable d'assurer le suivi d'une médiation, sinon, on perd toute crédibilité. J'ai été le témoin des insuffisances passées quand l'OUA m'a demandé d'offrir mes bons offices aux différentes parties en conflit au Congo en 1993-1994, et lors de ma mission en tant que Représentant conjoint de l'ONU et de l'OUA plus tard. Nos efforts de médiation ont fait des progrès, mais nous nous sommes trouvés à chaque fois tout à fait paralysés, quand il s'est agi de transformer le résultat en mesures concrètes de déploiement de forces africaines, ou de démobilisation et de désarmement des milices, et pour trouver à ces milices des emplois ou des occupations dans les structures économiques et militaires du pays. Le Conseil de sécurité, sollicité, n'a pas répondu à notre appel, ce qui a été terriblement décevant pour les médiateurs et les populations concernées.

La communauté internationale devrait donc sérieusement envisager d'aider les institutions régionales et sous-régionales pour qu'elle établissent un système de prévention et d'autodéfense immunitaire aussi élaboré que possible vis-à-vis des conflits. On devrait sérieusement envisager la mise en place d'un fonds spécial alimenté par des contributions volontaires, et au niveau du siège de l'OUA, d'un comité de soutien composé de pays développés concernés, qui pourrait apporter sa contribution dans le domaine de l'early warning (alertes préliminaires), de l'information sensible et de la coopération avec le Conseil de sécurité.

IV - Le commerce des armes

Les conflits en Afrique prennent des proportions tragiques, à cause en particulier de l'ignoble trafic d'armes. Le trafic d'armes est un facteur aggravant fondamental. Les armes arrivent de partout, et en particulier depuis quelques temps d'Europe de l'Est. Il se trouve des pilotes qui livrent leur cargaison en pleine nuit, en pleine brousse, malgré les risques, tant ce commerce est lucratif. Ce sont très souvent les diasporas africaines à travers le monde qui sont privées du fruit de leur labeur pour payer ces trafiquants.

I1 y a aussi le commerce officiel des armes. Une partie de la dette africaine s'explique dans ce contexte. Je ne pense pas que nous puissions faire beaucoup de progrès dans le développement économique et la prévention des conflits si le commerce des armes demeure aussi florissant.

La France a, dans ce domaine, un rôle important à jouer. Elle devrait peut-être s'associer à des initiatives prises récemment par le Canada et la Norvège pour mener une campagne contre les armes légères, identique à celle qui a été menée contre les mines anti-personnel.

Soulignons en guise de conclusion que le rôle de la société civile n'est pas à négliger. Celle-ci, dans la plupart des pays africains, n'est pas encore organisée ou structurée. Il n'en demeure pas moins qu'il y a des forces que l'on peut discerner et utiliser pour la prévention et la résolution des conflits. Les institutions et les individualités du monde religieux, de la chefferie traditionnelle, du corps enseignant, des regroupements de femmes, les associations de droits de l'homme, représentent généralement des lignes de force qu'il faut pouvoir cimenter, conforter et encourager. Il faut aider ces forces à prendre un peu de distance pour élaborer une culture de la paix dans une situation marquée essentiellement par l'angoisse et les pulsions irrationnelles.

Lansana KOUYATE, Secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO)

L'Afrique est une terre de contrastes, qui peut nous inspirer simultanément des sentiments contradictoires, allant de la plus grande espérance au plus profond désespoir. L'Afrique du Sud a pu récemment nous offrir des images inoubliables de réconciliation nationale. Tout comme au Mozambique, en Namibie et, dans une certaine mesure, au Libéria, l'Afrique nous a gratifiés d'une paix retrouvée après de longues années de conflits. Dans le même temps, l'Afrique nous donne la vision insoutenable de peuples et de nations qui s'entre-déchirent jusqu'à l'extermination, jusqu'au génocide.

I - Des conflits aux origines diverses

La juxtaposition d'une Afrique qui s'ouvre au progrès et d'une Afrique qui s'enfonce dans la régression est parfois déconcertante. Mais l'Afrique qui gagne peut et doit l'emporter sur l'Afrique qui perd. L'idéal d'une Afrique stable est à la portée des Africains. On a parfois tenté de dégager les causes générales des conflits en Afrique. Cela ne me paraît ni judicieux ni approprié, chaque conflit ayant sa spécificité. Certains conflits ont été le résultat de dissensions nées au lendemain d'orientations politiques divergentes de la colonisation ; d'autres sont le résultat de haines tribales accumulées qui ont fait des massacres un cycle abominable et insidieux, d'autres encore sont assimilables aux convulsions révolutionnaires contre les dictatures. La fin de la guerre froide a par ailleurs libéré des instincts belliqueux jusqu'alors contenus. Mais au total, c'est la pauvreté, quand elle n'est pas la cause directe, qui est le facteur déterminant, le ferment le plus tangible des conflits.

De façon générale, l'Afrique est en transition. Si dans tous les pays, le passage était possible d'une période de centralisme excessif, ayant pour corollaire la domination des partis uniques, à une démocratie pluraliste sans ambages c'est-à-dire transparente et honnête, peut être que certains conflits auraient pu être évités. Mais la transition est laborieuse dans bon nombre de pays, nourrie de doute et de suspicion, entre les pouvoirs en place et des oppositions parfois trop pressées. La démocratie est pourtant un processus qui, par définition, se conjugue avec le temps, et donc avec la patience, la persévérance et la ténacité.

Quelle que soit la complexité de cette transition, l'Afrique doit assumer ses responsabilités dans la gestion des conflits. Ce rôle qui lui est aujourd'hui dévolu et aujourd'hui reconnu doit se jouer dans le cadre des principes de l'OUA et de la Charte des nations unies. A ce titre, les différentes initiatives africaines me paraissent à la fois justifiées, opportunes et responsables.

II - La place des institutions sous-régionales : l'exemple de la CEDEAO

L'expérience de la CEDEAO en matière de rétablissement et de maintien de la paix a commencé avec le Libéria. Il est dommage que certains aient seulement assimilé cette expérience à l'usage de la force, parce que le groupe d'observation du cessez-le-feu, de la CEDEAO, communément connu sous le nom de l'ECOMOG, a été très actif dans le rétablissement et le maintien de la paix. On oublie trop souvent que l'ECOMOG a été créée sur proposition du Comité permanent de médiation qui, le 20 août 1990, a perçu la nécessité d'une aile militaire pour soutenir ses efforts de négociation. Le 20 novembre 1990, les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont décidé de la création de l'ECOMOG. Son rôle a été fondamental dans le retour de l'ordre institutionnel au Libéria. Onze pays de la sous-région y ont participé, à un moment ou à un autre. Deux pays d'une autre sous-région de l'Afrique y ont également participé. L'ECOMOG a également perdu beaucoup de ses soldats dans des combats qui l'ont opposée aux factions libériennes. Malgré tout, elle a conduit sa mission jusqu'à terme, c'est-à-dire jusqu'à l'élection d'un Président de la République au Libéria.

Le Comité de médiation, qui était d'abord composé de 4 pays, puis de 9, a mené des contacts politiques et diplomatiques, autant avec les factions qu'avec la Communauté internationale. Plusieurs missions l'ont amené à New-York, où le soutien de pays tels que la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Japon, n'a jamais fait défaut. Je tiens à souligner que toutes les interventions de la CEDEAO dans la sous-région ont été menées en consultation étroite avec le Conseil de Sécurité des Nations unies, dont les déclarations présidentielles et les résolutions ont servi à guider les actions de la sous-région dans les conflits.

Au total, le schéma libérien a été appliqué à la Sierra Leone, avec la mise sur pied d'un Comité dit des Quatre, puis des Cinq -le Libéria ayant été admis- et le déploiement de l'ECOMOG. En dépit du retour du gouvernement légitime dans ce pays, les combats continuent. Les pires atrocités sont commises par la junte sur des populations innocentes, au moment où le gouvernement sierra-léonais applique le "tout-justice ", ce qui rend laborieux, complexe et difficile, le processus de réconciliation nationale. Je dois vous signaler que le dernier Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO a décidé non seulement de renforcer l'ECOMOG, mais aussi de mener des initiatives pour le dialogue avec la junte et le Front révolutionnaire unifié, en vue d'aboutir à une solution définitive.

Cette double approche a toujours été en fait celle de la CEDEAO, en tant que technique de règlement des conflits. Dans la perspective du renforcement prévu de l'ECOMOG, la France a promis d'octroyer des moyens logistiques à des contingents de l'ECOMOG. Je tiens ici à en remercier le gouvernement français.

Vous connaissez enfin comme moi la situation qui prévaut actuellement en Guinée-Bissau : un accord a été signé, il est en train d'être appliqué. Les consultations sont en cours pour la formation d'un gouvernement, et les consultations continuent pour envoyer des troupes qui relèveront les soldats sénégalais et bissau-guinéens sur le terrain. Nous avons l'espoir de parvenir à mobiliser à brève échéance les troupes requises, en tout cas pour une phase préliminaire. Nous nous rendrons bientôt à New-York afin de conférer avec le Conseil de Sécurité pour pouvoir asseoir le groupe de contact sur la Guinée-Bissau.

III - Les perspectives de la CEDEAO en matière de paix et de sécurité dans la sous-région

Les perspectives se dessinent déjà dans l'important document que viennent d'adopter les chefs d'Etat et de Gouvernement au cours de leur 21e sommet. Ce document, intitulé : " mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits et de maintien de la paix ", a été élaboré par des experts durant plusieurs séminaires, et discuté par les chefs d'état-major, les ministres de la Défense et de la Sécurité, les ministres des Affaires étrangères sur décision des Chefs d'Etat qui se sont réunis en session extraordinaire à Lomé, le 17 décembre 1997. Ce sommet extraordinaire a été soutenu par la France, qui a envoyé une importante délégation pour appuyer l'initiative de la création d'un tel mécanisme. Ce mécanisme a aujourd'hui été adopté par les Chefs d'Etat ; voyons quel en est le contenu.

1. Création d'un Conseil de médiation et de sécurité

Tirant les enseignements des expériences libérienne et sierra-léonaise, nous avons compris les hiatus, les ratés auxquels nous avons dû faire face : la structure de commandement de l'ECOMOG, la décision unilatérale par le pays le plus dominant.

Nous avons essayé d'en tirer les leçons. Ce n'est pas une situation spécifique à l'Afrique de l'Ouest ; toute opération de maintien de la paix connaît des difficultés de coordination. Tout pays, grand ou petit, participant au maintien de la paix, a tendance à se référer à sa capitale lorsqu'il doit prendre une décision. La coordination n'est pas une tâche facile. C'est pourquoi nous avons décidé de créer un Comité de médiation et de sécurité, comprenant 9 pays élus sur 16, qui prendront en main toute décision relative à la médiation ou au déploiement de forces en Afrique. Ce comité sera présidé par le Président en exercice de la CEDEAO, pour éviter les difficultés de coordination, comme a pu en connaître la SADC. Le pays du Président sortant en est membre également.

2. La création d'un Comité des sages

Ce Comité des sages ne sera pas uniquement ouest-africain : il viendra de partout, et permettra d'intervenir et d'alerter, quand il le faut, les Chefs d'Etat de la sous-région, signaler des problèmes qui pourraient être porteurs de lourdes conséquences à terme. Par exemple, si le salaire de l'armée n'est pas versé pendant plus de six mois, ou encore si la police harcèle les populations au marché, cela peut amener des crises majeures. Le Comité des sages aura donc pour mission d'intervenir en temps opportun pour endiguer les crises.

Des observatoires seront ouverts, et la modification de la structure de désignation du commandement de l'ECOMOG est également envisagée. Ce n'est plus le pays qui contribue qui nomme automatiquement , c'est le Secrétariat exécutif qui propose désormais une liste dans laquelle le Comité de médiation et de sécurité choisira.

IV - L'avenir de la coopération militaire Nord-Sud

En conclusion, le rôle de pays tels que la France sera précisément de nous aider à entraîner les forces en attente dans les pays, de leur apporter un soutien logistique en cas de déploiement, de soutenir politiquement et diplomatiquement le Comité des sages dans le cadre de ses actions de prévention, et de fournir un appui logistique aux futurs observatoires.

Lorsque l'on examine le parcours de la coopération des pays du Nord avec l'Afrique en matière de maintien de la paix, on remarque immédiatement que, depuis la Somalie et le Rwanda, l'intervention militaire du Nord en Afrique est en voie de disparition. Mais la coopération doit continuer. Le schéma généralement accepté aujourd'hui est la mobilisation de troupes africaines avec l'assistance financière et logistique du Nord. C'est certainement un chemin héroïque. L'Afrique a besoin à la fois de moyens financiers et matériels. Mais ne nous y trompons pas. Ce schéma risque un jour d'être dépassé si les pays africains ne font pas à terme l'effort, je dirais le sacrifice, de supporter toutes les charges relatives à leur sécurité et à leur stabilité. C'est une question de réalisme et de responsabilité.

Cela dit, le génie de la coopération est inépuisable ; d'autres voies nouvelles seront créées. A ce titre, la France aura je l'espère un rôle de premier plan à jouer.

DÉBAT

Antonio do ESPIRITO SANTO FONSECA, Président de l'Assemblée nationale de la République des Iles du Cap-Vert

Je remercie l'Assemblée nationale française de m'avoir invité. Je suis d'abord ici pour m'informer du contenu de la future politique de la France en direction de l'Afrique.

Sur le sujet de la paix et de la sécurité, je me réjouis que l'on ait mis l'accent sur la gouvernance et le respect des droits de l'homme, dans une optique de prévention des conflits. Il y a en Afrique un mouvement vers la démocratie, qu'il faut renforcer, notamment en crédibilisant les processus électoraux. Mais il me semble qu'un autre point très important est absent des démarches. Le rôle des parlements et des parlementaires dans la prévention des conflits et dans leur résolution n'a pas été évoqué. C'est peut-être le point faible de notre analyse. Beaucoup de questions demeurent à cet égard. En cas de conflit, une intervention militaire lancée sur la demande de n'importe qu'elle structure régionale doit-elle être considérée comme une action de maintien de la paix, ou bien s'agit-il de la répression pure et simple d'une rébellion ? Qui va tracer les frontières entre ces deux appréciations ? Est-il légitime qu'une organisation régionale intervienne contre 90 % d'une armée nationale ? Qu'est-ce qu'une opération de maintien de la paix ? Quand fait-on face à une rébellion ponctuelle, et quand cela doit-il être considéré comme une guerre ?

Je me demande enfin quel est le rôle des parlements dans ce contexte. Toutes ces questions sur la guerre et les interventions à l'étranger sont, selon moi, trop importantes pour être laissées à l'appréciation des gouvernements. Il faut que l'opinion publique, notamment africaine, ait son mot à dire. Or, ses représentants sont les parlementaires. Je crois donc qu'il faut dépasser une conception de la sécurité qui pouvait se passer de la démocratie. Il est aujourd'hui clair pour tout le monde que, sur le long terme, il n'existe pas de sécurité sans démocratie. Or, l'institution clé de la démocratie est le Parlement. Il faut donc que les parlementaires et les parlements exercent un contrôle préalable sur les décisions politiques concernant les interventions militaires, les actions et même leur gestion.

Serge JANQUIN

Président du groupe d'amitié France-Sénégal

Vous posez là une question difficile et passionnante : il s'agit d'abord du contrôle de l'exécutif par le législatif dans chaque Etat, mais aussi, au-delà, de la qualité de l'approche démocratique par les partenaires de l'Etat concerné. Il y a ici matière à beaucoup de réflexion pour définir des critères et des procédures.

Mariano de ARAUJO MATSINHA, Député de l'Assemblée de la République du Mozambique

J'aimerais commencer en vous disant que c'est pour moi un grand honneur de participer à ce très important colloque. Je salue l'Assemblée nationale française pour cette initiative, et vous remercie de l'invitation qui nous a été faite pour participer à cette rencontre au cours de laquelle sont débattues des questions essentielles pour l'Afrique.

Monsieur le Président, nous souhaitons que les Nations unies poursuivent et intensifient leur action, en application de l'article VIII de la Charte des Nations unies, sur la coopération avec les organisations régionales, qu'il s'agisse de la SADC ou de l'OUA. Je vais maintenant m'en tenir aux pays de la SADC.

1. Les conflits en Afrique australe

Les racines du conflit dans la région remontent à l'époque du colonialisme et de l'apartheid. Aujourd'hui encore, nous subissons les séquelles de cette époque. Au cours de la lutte pour la libration au Mozambique, le colonialisme portugais a attaqué la Tanzanie, la Zambie, pendant que le Malawi et le Swaziland étaient pris en otage. Ce qui était à l'époque la Rhodésie a attaqué le Mozambique, le Botswana, la Zambie et l'Angola. L'Afrique du Sud, alors sous le régime de l'apartheid, a attaqué tous les Etats de la région ainsi que d'autres Etats en-dehors de la région, comme les Seychelles et les Comores.

Les conflits entre les Etats membres de la SADC ont en fait les limites suivantes. A l'exception de l'Angola et de l'Afrique du Sud, la capacité d'intervention militaire de ces Etats est en fait infime. Ils n'ont pas de ressources financières matérielles vraiment importantes. Les interventions qui ont lieu en République démocratique du Congo sont essentiellement dues à des préoccupations de sécurité, surtout de la part de l'Angola, et aussi à des préoccupations de défense émanant de gouvernements légitimes, même si parfois, comme en RDC et au Lesotho, l'opinion publique de ces pays n'exprime pas une opinion consensuelle au sujet de la légitimité même de ces gouvernements.

2. Les causes économiques des conflits

La cause principale de ces conflits est donc de nature interne. C'est l'extrême misère dans laquelle se trouvent plongées les populations de ces pays, et l'exclusion sociale croissante qu'ils connaissent. Le Mozambique est l'un des pays les plus pauvres du monde, il a eu plus d'un million de morts pendant la guerre de libération et durant le conflit de déstabilisation qui a suivi. Les préjudices sur le plan matériel se montent à plus de 20 millions de dollars américains. La dette extérieure constitue un fardeau qui nous asphyxie. Elle atteint les 5 milliards de dollars et a été contractée essentiellement pour faire face à l'agression dont a été victime notre pays, et pour porter secours aux populations au cours du conflit. Le récent colloque de Vienne, qui a réuni en octobre de cette année des représentants de l'Europe et de la SADC, a conclu que les dettes contractées à cause de l'apartheid devaient être considérées comme odieuses et annulées.

Le Mozambique est l'un des pays de l'Afrique australe éligibles à l'initiative en faveur des pays pauvres lourdement endettés (HIPC), qui doit entrer en vigueur en juin 1999. Grâce à cette initiative, le Mozambique pourra consacrer 25 % de ses exportations au paiement de la dette.

Pour conclure, je tiens une fois de plus à saluer la France pour la façon courageuse dont elle a proposé de dépasser les barrières culturelles, les barrières de la tradition, en recherchant des relations de coopération avec des pays non francophones. La France a une longue expérience des pays africains et cette expérience doit s'étendre aux pays anglophones et lusophones de l'Afrique. Dans le domaine militaire, votre expérience du maintien de la paix doit être transmise aux pays africains. Le Président Chirac s'est récemment rendu en visite dans notre région. Il a entre autres visité le Mozambique. Nous avons apprécié cette visite, qui a permis le renforcement des liens économiques et financiers entre nos deux pays. C'est ce renforcement qui garantira à l'avenir la paix et la sécurité. Les émeutes de la faim, la criminalité organisée, sont des phénomènes liés à la misère qui règne dans notre région.

Léonce NGENDAKUMANA, Président de l'Assemblée nationale du Burundi

I - La problématique africaine de la paix et de la sécurité

Permettez-moi d'abord d'exprimer ma gratitude à monsieur Laurent Fabius, Président de l'Assemblée nationale française, pour avoir invité notre assemblée à participer à ce colloque.

La problématique de la paix et de la sécurité est très préoccupante en Afrique, où l'on observe beaucoup de foyers de tensions, de violences et de guerres injustes, dans des pays comme l'Algérie, l'Angola, le Burundi, les Comores, le Congo-Brazzaville, l'Erythrée, l'Ethiopie, la Guinée-Bissau, le Lesotho, la République démocratique du Congo, la Somalie et le Soudan. De tous ces conflits, celui de la RDC, qui implique aujourd'hui au moins sept autres pays africains, reste le plus préoccupant, parce qu'il risque d'embraser toute la sous-région, et même l'Afrique entière si l'on n'y prend pas garde. Derrière toutes ces guerres prolifèrent des intérêts et des mobiles politiques, sécuritaires, socio-économiques, ethniques, régionaux, géostratégiques, et même expansionnistes qui ne s'avouent pas. Les conséquences pour les populations de cette partie de l'Afrique sont catastrophiques, du moment qu'elles sont contraintes de vivre dans la misère, le dénuement et la mendicité, loin de chez elles ou en exil, alors que des milliards de dollars sont engloutis par des guerres insensées.

Face à une telle situation, nous interpellons la communauté internationale et la conscience de tout un chacun, pour qu'ils s'investissent et amènent tous les protagonistes de ces conflits à s'asseoir ensemble, à dialoguer, à négocier et à trouver des solutions appropriées à leurs conflits, pacifiquement.

II - La situation au Burundi

Au Burundi, nous connaissons des violations massives des droits de la personne humaine, basées sur des différences à caractère naturel, comme l'ethnie, la région et les opinions politiques. Pour sortir de ce conflit, nous sommes convenus d'opposer le dialogue et la négociation à la logique de la confrontation et de la guerre. En témoigne le partenariat en cours entre le gouvernement et l'assemblée nationale de transition, qui ont signé un acte constitutionnel et un accord sur la plate-forme politique du régime de transition le 6 juin 1998. Le dit accord stipule que les questions de la paix et de la sécurité pour tous sont au centre des préoccupations des gouvernements et de l'assemblée de transition, qui doivent trouver des solutions rassurantes et adéquates, des solutions qui corrigent les déséquilibres ethniques et régionaux observés au niveau des forces de l'ordre et de la sécurité en les rendant effectivement neutres, professionnelles et républicaines.

Nous nous félicitons que le dialogue intérieur et les négociations entre toutes les parties au conflit se soit concentré sur la question de la paix et de la sécurité. Nous lançons un appel pressant à la France ainsi qu'à vous tous, pour que vous souteniez la médiation entreprise à Arusha en Tanzanie, afin que le conflit burundais soit réglé et que nous puissions stabiliser notre pays et profiter des bienfaits de la mondialisation.

Par la même occasion, nous vous demandons d'aider les Burundais à mener des contacts utiles et nécessaires pour que les trois défis importants trouvent des solutions. Il s'agit de : l'arrêt de la guerre et de toutes les formes de violences au Burundi, la levée de l'embargo imposé à notre pays depuis plus de deux ans, et la reprise de la coopération bilatérale et multilatérale.

III - Les principes à respecter pour maintenir la paix et la sécurité

Dans cette dynamique de sécurité globale, la nouvelle politique de la France et de tous ses partenaires africains devrait être centrée sur la médiation, tout en gardant à l'esprit les priorités suivantes.

· Créer des observatoires fonctionnels sur le continent africain et les doter de moyens d'alerte rapide, en cas de menace sérieuse pesant sur les droits de la personne humaine.

· Renforcer la capacité fonctionnelle de l'OUA, dans le cadre de ses mécanismes de prévention et de résolution des conflits.

· Finaliser les projets de mise sur pied de forces régionales et africaines d'intervention et de maintien de la paix.

· Soutenir toutes les médiations en cours, en particulier celle d'Arusha pour le Burundi, parce que sa réussite pourrait servir de modèle pour d'autres situations en Afrique.

· Amener tous les protagonistes du conflit de la RDC à s'asseoir ensemble, à dialoguer et à négocier, comme des frères et surs, une solution pacifique et équitable. La paix n'est pas humiliante. Tous les pays qui se trouvent sur le territoire de la RDC et qui n'ont pas déclaré la guerre à ce pays devraient se retirer, pour permettre au peuple congolais de négocier la paix.

· Financer davantage le développement socio-économique de l'Afrique, par la voie de la coopération au développement, pour que le pouvoir politique, source de toutes ces guerres, ne soit plus perçu comme la seule voie pour accéder au bien-être social.

· S'investir pour l'édification d'un Etat de droit soucieux de la bonne gouvernance en Afrique.

· Organiser une conférence internationale dans la sous-région, sur la paix et la sécurité.

Enfin, à l'attention de la Communauté internationale toute entière, nous affirmons que nous adhérons parfaitement aux principes de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Toutefois, nous pensons que, lorsque la paix et la sécurité sont sérieusement menacées, le devoir d'ingérence devrait s'exercer pour prévenir des violations massives, planifiées ou spontanées, des droits de la personne humaine, pour ne plus avoir à regretter des catastrophes humanitaires, et sauver ainsi l'essentiel : le droit à la vie.

Abdelahad GAMALEDINE, Président de commission, Assemblée du Peuple de la République Arabe d'Egypte

I - Une Afrique qui rêve de paix

Parmi les trois thèmes de ce colloque, qui sont d'une importance égale, celui qui est relatif à la paix et à la sécurité en Afrique mérite une attention spéciale, pour plusieurs raisons. La paix et le développement ont toujours été liés. Il n'y a pas de développement sans paix, et vice-versa. les trois notions de démocratie, de liberté et de paix, sont les piliers indispensables pour tout développement. Plus encore, l'absence de paix représente une entrave pour le processus démocratique et l'établissement de la paix en Afrique.

Les peuples africains, après avoir vécu longtemps les souffrances des guerres et de leurs retombées : (vols, viols, tueries et génocides, en plus des déplacements forcés de population), rêvent de vivre en paix. Or, depuis la fin de la guerre froide, plus de vingt-cinq conflits armés se sont déclarés en plusieurs endroits du continent. Tous ces conflits représentaient des foyers de tension et de déstabilisation et ont porté atteinte aux intérêts de l'Afrique en général, comme à ceux de la France. Les conflits ont aussi représenté une menace de guerre élargie, car le risque existe toujours qu'ils atteignent d'autres régions et des pays voisins. Tout cela représente aussi un grand défi pour l'OUA et son fragile nouveau mécanisme de prévention et de règlement pacifique des conflits. L'OUA dispose en effet de moyens trop limités pour envisager une intervention.

II - Le rôle de l'Egypte dans la recherche de la paix

C'est pourquoi, en tant que pays fondateur de l'OUA, qui a joué un rôle important dans le processus de libération politique des pays africains, l'Egypte s'intéresse toujours à la cause de la paix en Afrique.

Elle a déployé tous ses efforts pour mettre fin à plusieurs conflits. Elle a même entrepris plusieurs tentatives de médiation et de bons offices, parfois avec la France, parfois avec d'autres pays africains, et ceci notamment dans le cadre des conflits sénégalais, mauritanien, érythréen, yéménite et somalien. En 1982, elle a pris l'initiative de proposer la création d'un mécanisme pour la prévention et le règlement des conflits en Afrique. Cette initiative a été approuvée par l'OUA.

Toujours inspirée par le même souci d'uvrer pour la paix, l'Egypte a participé à plusieurs opérations pour le maintien de la paix en Afrique, opérations menées soit par l'OUA, soit par l'ONU. Elle a participé au processus de réconciliation des factions somaliennes antagonistes en janvier 1998, à des missions d'observation au Libéria et au Burundi, ou à des missions de contrôle des élections en Afrique du Sud, en Algérie et au Congo-Brazzaville.

III - La place de la France dans la problématique de la paix et de la sécurité en Afrique

Après avoir exposé notre point de vue sur la paix et la sécurité en Afrique, nous aimerions connaître celui de la France, et le rôle qu'elle peut assumer dans le cadre d'une redéfinition de sa présence militaire en Afrique. Nous voudrions connaître le nombre de bourses qu'elle peut offrir dans le domaine militaire, ainsi que son aide dans le suivi des processus de prévention et de règlement pacifique des conflits en Afrique.

Nous sommes reconnaissants à la France pour toutes ses contributions dans ce domaine, ainsi que dans d'autres ; elle a en effet rayé les dettes de quelques Etats africains, et a spécifié le montant de son aide à l'OUA.

Nous lui sommes aussi reconnaissants de la position prise en faveur de la démocratisation en Afrique. La position de la France rappelle à cet égard la nôtre : il n'y a pas de modèle spécifique de démocratie valable pour tous. Chaque pays doit choisir le modèle qui s'adapte le mieux à sa réalité et à ses besoins.

La paix et la sécurité sont les conditions sine qua non du progrès. Nous sommes donc obligés de coopérer ensemble pour les assurer en Afrique. Je demande à la France, puisque ce colloque concerne sa nouvelle politique africaine, de coopérer davantage avec l'ONU, d'appuyer de manière efficace le mécanisme africain de prévention des conflits, d'être présente de façon dynamique dans le règlement des conflits africains. On ne peut pas admettre l'absence de la France dans la résolution des conflits africains ; la France entretient en effet trop de relations traditionnelles avec les pays africains, et sa présence est acceptée par ceux-ci. C'est pourquoi nous souhaitons une coopération effective et efficace pour atteindre un état de paix et de sécurité dans les pays africains.

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TROISIEME TABLE RONDE :

VERS DE NOUVEAUX PARTENARIATS

PRÉSIDENTE : NICOLE FEIDT, Membre de la Délégation du Bureau Chargée des activités internationales

Mme Nicole Feidt - Les travaux de notre table ronde s'articuleront autour de la notion de partenariat. En effet la coopération n'est pas un acte unilatéral, elle engage différents acteurs qui doivent être en mesure d'intervenir sur un pied d'égalité, sur la base de contrats qui impliquent pour chacun d'eux des obligations précises.

Il convient tout d'abord que les acteurs de notre politique de coopération soient clairement identifiés, et que leurs interventions soient à la fois mieux coordonnées et plus transparentes. La réforme de la coopération française, outre l'intégration du ministère délégué à la Coopération à un dispositif diplomatique plus vaste sous l'autorité du ministre des Affaires étrangères, a prévu la mise en place de deux organismes chargés de répondre à ces impératifs. Il s'agit du Comité interministériel de la Coopération internationale et du développement (le CICID), qui regroupera les diverses administrations françaises concernées, et du Haut Conseil de la Coopération internationale, forum de concertation avec les associations, les organisations non gouvernementales et les collectivités locales.

Il est tout aussi nécessaire de mieux cibler nos partenaires africains, en concentrant davantage notre aide publique au développement vers les pays qui en ont le plus besoin et qui éprouvent le plus de difficultés à s'insérer dans le processus actuel de mondialisation. Ces principes aboutiront à la définition d'une nouvelle Zone de Solidarité prioritaire. Parallèlement, la France continuera à encourager les efforts d'intégration régionale menés en différentes parties du continent africain, et qui nous paraissent constituer une réponse appropriée au défi de cette mondialisation que je viens d'évoquer.

Avec l'ensemble de ces pays partenaires, la France a clairement choisi sa politique de coopération : soutien au développement, bien entendu, mais aussi un appui vigilant à la consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit, ainsi qu'à l'application des règles de bonne gouvernance. Ces objectifs seront menés sur la base de contrats passés avec chaque Etat concerné.

Nous aborderons également au cours de cette table ronde la coopération culturelle, à laquelle la France attache une importance particulière, et qu'elle souhaite rendre encore plus active et dynamique, afin non seulement de contribuer à renforcer la Francophonie, mais également de promouvoir la création artistique africaine, dans toute son extrême richesse et sa diversité.

Après cette rapide introduction au sujet retenu pour cette table ronde, je souhaiterais présenter brièvement les intervenants qui ont accepté d'y participer.

Monsieur François Nicoullaud, Directeur général des Relations culturelles, scientifiques et techniques du Ministère des Affaires étrangères, pourra nous exposer les objectifs et les modalités de la réforme des institutions françaises chargées de la coopération, dont il est l'un des principaux artisans.

L'intervention de M. Bruno Amoussou, Président de l'Assemblée nationale du Bénin, nous donnera un éclairage très utile sur les réactions que peut susciter cette réforme auprès de nos amis d'Afrique francophone.

Il sera également très intéressant d'entendre M. Charles Konan Banny, Gouverneur de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'ouest, particulièrement à un moment où des inquiétudes ont pu se manifester au sujet de l'avenir de la zone franc dans la perspective de l'avènement de l'Euro.

Monsieur Souleymane Cissé, célèbre cinéaste malien, nous fera part des attentes exprimées par les artistes africains en matière de coopération culturelle.

Monsieur Serge Michaïlof, actuellement Directeur des opérations pour les six pays de la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) à la Banque mondiale, nous fera profiter de sa grande expérience de praticien de l'économie du développement en Afrique, sujet sur lequel il est également l'auteur de plusieurs ouvrages.

Enfin mon collègue Maurice Adevah-Poeuf, député du Puy-de-Dôme, nous donnera l'avis d'un parlementaire français sur une réforme qu'il a eu l'occasion d'étudier de manière approfondie dans le cadre de ses fonctions de rapporteur du budget de la Coopération à la Commission des Finances de l'Assemblée nationale.

François NICOULLAUD, Directeur général des relations culturelles scientifiques et techniques au ministère des Affaires étrangères

Je suis très honoré de parler devant cette assemblée internationale des projets qui nous ont été confiés voici quelques mois et qui vont prochainement aboutir. La traduction administrative de la réforme avec la mise en place d'une nouvelle Direction générale de la coopération internationale et du développement prendra effet au 1er janvier de l'année prochaine, en même temps que l'avènement de l'euro. Ce sera aussi une sorte de révolution dans notre manière de travailler.

I - L'objectif de la réforme

Plus que de parler, il est pour moi essentiel de vous écouter, d'entendre vos questions, même si elles peuvent nous embarrasser. Je m'efforcerai donc d'être simple et bref, pour vous exposer les axes fondamentaux de la réforme entreprise par le gouvernement en février dernier.

Tout d'abord, cette réforme est imprégnée du principe de l'unité d'action. Pour la première fois depuis des décennies, une seule administration, une direction générale unique au sein des Affaires étrangères, aura une responsabilité mondiale et globale des affaires de coopération. Elle couvrira en effet le monde entier. Nous aurons une coopération aussi bien avec les Etats-Unis par exemple, qu'avec les pays africains, ou avec tous les pays de la planète, indépendamment de leur niveau de développement. Je parle de globalité parce que nous avons dans le même temps la charge de toutes les activités de coopération possibles, depuis l'aide directe au développement, jusqu'à l'action artistique, en passant par la coopération scientifique, technique, éducative ou institutionnelle. Nous couvrirons donc vraiment tout le champ de la coopération internationale.

II - La place de l'Afrique dans la nouvelle coopération française

L'Afrique sera sans doute dans la Zone de Solidarité Prioritaire que le gouvernement devra dessiner dans quelques semaines. Il a en effet été convenu , et c'est le deuxième grand principe de la réforme, qu'une seule administration couvrirait certes le monde entier, mais que le gouvernement donnerait à cette administration des instructions précises sur la concentration de l'aide bilatérale dans une zone donnée, zone avec laquelle nous sommes liés par des intérêts très divers. L'Afrique sera au cur de cette zone.

Quelle est donc la différence entre l'ancien " champ " et la nouvelle " zone " ? Il existe en fait une nouveauté fondamentale dans la réforme : dans l'ancien système, une administration était dédiée à un champ, une zone géographique donnée ; ce système a des avantages, en termes de concentration et de permanence des moyens ; l'inconvénient est qu'il enferme une administration dans une sphère donnée, sans lui permettre d'avoir une vision globale des problèmes. La part essentielle de nos moyens restera maintenant concentrée sur une zone ; mais, en revanche, une administration unique aura la responsabilité de la coopération dans le monde entier ; cela nous donne une capacité de souplesse et de réorganisation. C'est l'atout essentiel de la réforme. La zone que nous définirons est appelée à évoluer ; mais nous n'aurons pas besoin de modifier les structures administratives concernées. Le choix des priorités est politique et l'administration les met en uvre avec des moyens tous azimuts.

Cette réforme constitue donc un immense progrès. J'ai été très impressionné par un cas concret lorsque j'ai commencé à m'en occuper. J'avais eu l'occasion de rencontrer un scientifique spécialisé dans la tectonique des plaques, et qui travaille sur le grand rift africain : ce scientifique m'expliquait que, lorsqu'il menait des recherches sur le terrain, il devait s'adresser, suivant le pays dans lequel il se trouvait, à un ministère ou à un autre. Cela illustre bien certaines absurdités du système antérieur.

Par ailleurs, la notion de coopération est désormais vraiment placée au cur de notre action. En quoi cela est-il nouveau ? Tout ce qui était en dehors du Ministère de la Coopération était plutôt imprégné par des notions de diffusion, de " rayonnement de la France ", " d'influence "... Aujourd'hui, la coopération est le concept central de notre action. En quelque sorte, la disparition du ministère de la Coopération en tant que sigle administratif signe sa victoire finale : sa philosophie pénètre désormais, l'ensemble de notre action.

III - La coopération non gouvernementale dans le nouveau dispositif

Enfin, nous allons essayer d'apprendre à coopérer pour coopérer. L'administration d'Etat que nous sommes doit, en effet, apprendre à coopérer avec d'autres acteurs de la société française. Nous le faisons déjà, mais nous devons aller plus loin en ce sens. Nous voulons renforcer le travail de mobilisation en direction des ONG et des collectivités territoriales, qui ont maintenant de vraies aspirations à mener des actions internationales fondées sur la coopération. De ce point de vue, l'unité d'action nous offre une chance nouvelle. Notre ministre délégué, M. Charles Josselin a été très précis sur cette question, lorsqu'il s'est agi de dessiner l'organigramme de la nouvelle Direction générale : il a tenu à placer auprès du Directeur général une mission chargée de la coopération non gouvernementale, qui soit capable de mobiliser la société civile, entendue au sens le plus large : ONG, entreprises et collectivités territoriales. Nous avons reçu l'instruction de faire vraiment mieux que par le passé.

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Bruno AMOUSSOU, Président de l'Assemblée nationale du Bénin

Pour ma part, je me propose d'exposer nos attentes vis-à-vis du nouveau dispositif de coopération qui vient d'être présenté.

I - Les demandes africaines en matière de coopération

Tout d'abord, je suis heureux de constater que, quelle que soit l'intensité du phénomène de mondialisation, il existe bien une relation particulière entre la France, l'Europe et l'Afrique. La mondialisation ne peut effacer un certain nombre de données. Une conférence comme celle d'aujourd'hui rassemble un nombre exceptionnel de pays francophones et de pays associés à l'Europe. D'une manière ou d'une autre, des relations particulières subsistent donc entre le continent africain, l'Europe et la France. Nous devrons aussi souvent que nécessaire procéder ensemble aux adaptations nécessaires à l'indispensable coopération entre nous.

En matière de coopération, l'une des principales demandes africaines a trait à la sécurité. Sans sécurité, on ne peut pas parler de démocratie ou de développement. La paix est donc indispensable sur le continent. Il existe aussi une demande de coopération pour le développement. Nous pouvons enfin évoquer une demande de coopération pour l'édification de l'Etat de droit

L'exemple de l'Europe nous incite à consolider les regroupements régionaux qui s'esquissent ici et là, comme la CEDEAO, la SADC, l'IGADD (Autorité intergouvernementale contre la sécheresse et pour le développement en Afrique de l'ouest), la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), l'UMOA (Union économique et monétaire de l'ouest africain). Le renforcement de ces institutions peut apparaître comme une nécessité évidente. Pourtant, il y a encore peu, la résistance à la constitution de tels ensembles ne venait pas seulement de l'intérieur ; elle était aussi portée par des intérêts étrangers à l'Afrique. Il faut donc une volonté commune de construire ces ensemble sous-régionaux comme éléments importants pour impulser le progrès sur le continent africain.

II - Nos partenaires dans la coopération

Une fois ces demandes formulées, il nous faut identifier nos partenaires pour être les acteurs de ce partenariat. Les Etats ont été jusqu'à présent les partenaires privilégiés de la coopération franco-africaine. Les collectivités locales, à travers la coopération décentralisée, ont pris le relais ou complété l'action des Etats et introduit une nouvelle diversification au niveau des partenaires. Les entreprises ne sont à mon sens pas encore perçues comme des acteurs de la coopération ; je crois que la nouvelle politique africaine de la France devrait justement s'efforcer d'impliquer davantage les entreprises comme acteurs de cette politique.

Il en va de même pour nos Parlements. A travers l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, nous avons pu organiser entre nous, Parlements francophones, une coopération. Mais cette organisation ne vient d'être reconnue que récemment comme instance consultative de la Francophonie et n'est donc pas réellement intégrée dans le dispositif de coopération franco-africaine.

Dans notre effort de diversification des acteurs, nous devrions donc non seulement impliquer les Parlements, mais aussi prendre en compte les partis politiques, les organisations syndicales et, plus généralement, tous les acteurs de la vie publique dans chacun de nos pays et rechercher comment les impliquer dans le dispositif de ce nouveau partenariat. L'une des orientations possibles de la nouvelle politique française pourrait ainsi être de promouvoir la coopération, qui serait mise en uvre par des acteurs très diversifiés : Etats, collectivités décentralisées, Parlements, syndicats, toutes les structures qui peuvent contribuer à renforcer les liens de solidarité entre nos peuples.

Si nous pouvons emprunter ce chemin, nous aurons innové. La France dispose pour cela aujourd'hui d'un instrument essentiel : le Secrétariat général de la Francophonie. La place de la France au sein de la francophonie est essentielle. Dans le dispositif français de coopération à travers le monde, le Secrétariat général de la Francophonie doit donc, à nos yeux, jouer un rôle très actif, non seulement en tant qu'animateur des différentes structures francophones déjà existantes, mais aussi en ouvrant le dialogue avec d'autres organisations similaires, comme l'Organisation des pays de langue portugaise ou le Commonwealth. Aujourd'hui, la francophonie a un porte-parole qui peut entrer en relation avec d'autres structures et favoriser la coopération en Afrique. Par le passé, il est arrivé que les querelles linguistiques aient joué un rôle défavorable à la constitution des ensembles sous-régionaux. Maintenant que la francophonie a un visage, l'appui de toutes les instances régionales peut donner une impulsion nouvelle à la coopération entre la France et les pays africains.

Je suis heureux que nous ayons eu besoin d'interprètes aujourd'hui. C'est la preuve que la diversité est au rendez-vous et que nous sommes là pour échanger avec l'Afrique dans son ensemble. La France a toujours été notre porte-parole dans les forums internationaux, comme l'Union européenne ou le G7. Je souhaite désormais que l'appui de la France permette de trouver les ressources nécessaires pour soutenir, en amont, des projets qui seront ensuite pris en compte par les organisations internationales. Avant qu'un projet n'arrive à maturité, il est en effet nécessaire que des opérateurs anonymes s'occupent modestement de tâches qui n'occupent pas la une des journaux. La riche expérience de la coopération franco-africaine peut sans doute aider les pays africains à franchir ces étapes préliminaires. C'est ce que je souhaite.

Konan BANNY, Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest

Je ne suis ni parlementaire ni politicien, mais les autorités françaises m'ont néanmoins invité. Je dois en fait ma présence parmi vous à un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères français que j'ai rencontré il y a quelque temps et qui a jugé que ma présence pouvait être utile ici.

Ma génération a vu se transformer progressivement les relations franco-africaines, de la Communauté à l'assistance, puis par la coopération, jusqu'au partenariat aujourd'hui. Chacune de ces notions correspond à une époque précise : la Communauté a avorté, l'assistance technique s'est imposée après les indépendances, avant la coopération et maintenant le partenariat. Mais l'important est que, derrière ces mots, nous puissions donner à la relation un visage humain. J'ai moi-même fait mes études en France et je ne suis pourtant pas certain que mes condisciples se souviennent encore de moi ; je trouve pourtant que l'aspect humain de la coopération est absolument essentiel.

Je dois maintenant traiter des perspectives du développement économique et monétaire en Afrique. Je situerai mon propos dans le cadre dressé par les interventions de ce matin. Si nous supposons que la paix et la sécurité sont assurées sur le continent, quelle stratégie devons-nous suivre ?

I - Intégrer l'Afrique dans l'économie mondiale

Nous devons partir du principe que l'Afrique veut prendre sa part et toute sa place dans le monde. Nous nous situons donc dans le processus de mondialisation. Léopold Senghor aurait dit que nous souhaitons être " au rendez-vous du donner et du recevoir ". Mais comment y arriver ? Notre stratégie est simple : nous devons bâtir la croissance économique, qui est seule capable de faire reculer et disparaître la pauvreté, dans le processus de regroupement et d'intégration. Il s'agit de faire reculer les barrières, qu'elles soient historiques ou linguistiques. Nous tenons évidemment compte des solidarités géographiques ; nous ne les renions pas, nous les assumons, mais nous voulons intégrer toutes ces solidarités dans une optique de regroupement. L'intégration est donc notre maître mot.

Vous savez que la zone franc a toujours été un instrument privilégié de l'expression de la solidarité franco-africaine. Elle a bien joué son rôle, en permettant à des solidarités franco-africaines de s'organiser, en nous donnant un cadre de stabilité monétaire et de maîtrise de l'inflation, et en nous aidant à mettre en place des politiques économiques qui ont favorisé la croissance pendant plus de deux décennies.

Nous suivons la même voie que tous les autres pays du monde : la réforme de nos économies. Bien entendu, les réformes structurelles s'imposent à tous, pour obtenir des marges de compétitivité qui nous permettront de participer au commerce international. Cela passe par un assainissement des finances publiques, l'amélioration de la performance des entreprises, etc. En fait, il faut mettre en uvre tout ce qui peut concourir à une plus grande compétitivité de nos économies basée sur l'intégration c'est-à-dire la conquête des marchés, la mise en place de marchés africains vastes, la recherche d'une taille optimale pour aider nos entreprises à entrer dans la compétition économique mondiale. Voilà, en résumé, la stratégie que nous comptons suivre pour renforcer notre intégration dans les marchés mondiaux.

II - La place de la France dans cette stratégie

Dès lors, qu'attendons-nous de la coopération avec la France ? Nous voulons tout d'abord que le " partenariat " soit entendu au sens plein du terme.

Bruno Amoussou a rappelé tout à l'heure que les acteurs classiques du partenariat sont les Etats, les collectivités locales, les ONG, les syndicats... Il s'est demandé si les entreprises devaient être incluses dans cette liste. Les entreprises présentes en Afrique sont, pour l'essentiel, des entreprises françaises. Il faut le dire. Mais comment vivent-elles le partenariat ? De quelle façon participent-elles à l'économie nationale ? Est-ce qu'elles s'approprient l'économie nationale, est-ce qu'elles en subissent les crises ? C'est un sujet auquel il est essentiel de réfléchir. Nous voulons que les entreprises s'intègrent dans l'économie nationale, sans renier leur appartenance à la France, qu'elles vivent le partenariat et soient clairement identifiées comme des acteurs de cette nouvelle relation. Au-delà, il faut que l'ensemble de la société civile se sente concernée par ce nouveau défi.

La France doit nous accompagner sur cette voie. Elle nous a déjà largement appuyés sur le plan institutionnel et gouvernemental. Nous lui demandons maintenant d'appuyer toutes les initiatives qui pourraient être prises en matière de réduction de la dette. Je vous assure que le poids de la dette est encore aujourd'hui insupportable. Les Africains ont déjà mené à bien beaucoup de réformes, ils ont dégagé des ressources intérieures ; mais environ la moitié des ressources fiscales pour les pays de l'UEMOA est consommée par le service de la dette. Il nous reste donc très peu de moyens pour nos dépenses d'investissement et de fonctionnement courant. C'est un grave problème ; je sais, beaucoup d'efforts ont déjà été accomplis dans ce domaine. Je crois que la France reste le pays le mieux placé pour nous aider. Je pense que la culture de l'effort est désormais installée en Afrique ; les Africains ne reviendront pas en arrière, mais il faut les aider de façon encore plus profonde.

Au plan macro-économique, les Africains sont vraiment sur la bonne voie en matière d'ouverture, de finances publiques, de réforme des entreprises, de désengagement de l'Etat, de création d'un environnement juridique et judiciaire. Il nous faut maintenant profiter de ce contexte positif en animant un véritable partenariat d'entreprise. La France est certainement notre partenaire privilégié de ce point de vue. Il faut assumer ses amitiés, arrêter l'auto-flagellation et cesser de mettre en exergue tout ce qui pose problème. Nous avons hérité de vous l'habitude de mettre en relief tout ce qui ne va pas. Or je vous assure que beaucoup de choses vont bien aujourd'hui en Afrique. Il faut changer l'image de l'Afrique, et vous pouvez y contribuer. Il existe une Afrique qui travaille et qui gagne. Il est bon que les parlementaires le sachent. Nous avons besoin de le dire : il y a en Afrique beaucoup de femmes et d'hommes qui travaillent dur, dans des conditions difficiles. Je crois que la France peut nous apporter une aide précieuse dans ce cadre.

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Souleymane CISSE, Artiste, Metteur en scène

En parlant de " coopération à visage humain ", je crois que M. Konan Banny a tout dit. Je crois effectivement que toute coopération qui n'est pas incarnée dans une expérience humaine est vouée à l'autodestruction.

M. Konan Banny nous a aussi exhortés à changer l'image de l'Afrique. Nous pouvons le faire en montrant l'Afrique qui travaille, qui se bat tous les jours, et qui gagne. C'est possible à travers les images et la télévision.

Je m'exprime aujourd'hui pour la première fois devant des personnalités aussi honorables. Je ne suis pas un homme qui parle. J'ai seulement appris à faire des images. J'aimerais moi aussi faire sortir l'Afrique de cette misère que certains se contentent toujours de raconter et d'exploiter. Si vous pensez, comme beaucoup d'images le montrent, que l'Afrique est grise, il faut que vous y retourniez. Ce n'est pas vrai. Je sais que, pour moi, le continent est d'une beauté merveilleuse et qu'il recèle une richesse fondamentale. Je sais qu'il y a en Afrique des hommes et des femmes qui peuvent travailler comme ailleurs. Mais il nous reste à prendre nous-mêmes notre destin en main. La France est un pays ami. L'Histoire nous a liés. L'Histoire a lié la France avec d'autres pays avant nous, et ceux-ci se sont battus ; ils se sont relevés et se défendent désormais partout. J'ai honte à chaque fois que l'on me dit que le Mali est un des pays les plus pauvres du monde. J'ai honte parce que je sais que ce n'est pas vrai. Il y a des hommes et des femmes qui peuvent transformer le Mali, lui donner toutes sortes de richesses.

Par ailleurs, je regrette qu'une si petite place soit en général laissée à l'industrie culturelle dans des rencontres comme celle d'aujourd'hui. C'est dommage ; nous savons en effet très bien que, sans une culture forte, le développement d'un pays n'est jamais solide. Cela est vrai pour toutes les nations du monde.

I - Les objectifs d'une coopération culturelle en Afrique

L'histoire des rencontres entre la France et l'Afrique a été celle des chocs entre des civilisations et des cultures, dont la nature est suffisamment connue pour qu'on s'y attarde aujourd'hui. Il est tout à fait normal dans notre monde contemporain, d'associer les hommes de culture à la définition de la nouvelle politique africaine de la France.

La prise en compte par la France de la dimension culturelle doit favoriser un nouveau type de développement centré sur l'homme et enraciné dans la culture de chaque peuple.

Elle doit valoriser les ressources humaines, accroître les capacités propres de création et encourager les créateurs et les savants africains à s'épanouir dans leurs activités. Je parle des créateurs et des savants parce que l'on n'entend jamais nos savants s'exprimer et on ne les voit pas déposer de brevets. Il est temps que nos responsables politiques admettent que la promotion de nos chercheurs passe par l'édition de leurs recherches. Voilà un grand handicap qui nous affecte aujourd'hui. Il y a des savants africains, et ceux-ci ont besoin que leur recherche soit reconnue. Il est ici essentiel de relever la tête.

La nouvelle coopération française doit intégrer la culture dans tous les aspects de la coopération et surtout créer un partenariat honnête, un échange fécond et mutuellement bénéfique pour la France et les pays africains.

Dans ce domaine, tous les arts, tous les aspects culturels, sont interpellés, surtout l'art cinématographique, qui est l'art le plus populaire, et dont je peux parler avec un peu plus d'expertise puisque tel est mon domaine.

La coopération culturelle peut contribuer à un développement global de l'Afrique, par région et par pays. Ce domaine est devenu celui de l'industrie culturelle dont la promotion peut être accélérée à travers un partenariat direct et de type nouveau, solidement soutenu par l'action extérieure de la France.

II - Suggestions pour la mise en uvre de la coopération culturelle

Les moyens de mise en oeuvre de cette forme de coopération sont, entre autres, les suivants :

1. Vers une politique du cinéma et de l'audiovisuel

La sensibilisation des pouvoirs publics africains et français sur l'urgence de la mise en place d'une véritable politique juridique et financière, pour le développement de l'industrie cinématographique et de l'audiovisuel, cela suppose de travailler suivant différents axes :

· initier et renforcer le partenariat entre les professionnels du cinéma et de l'audiovisuel d'une part et les instances africaines et françaises d'autre part,

· inciter les secteurs bancaires à s'impliquer dans le financement de l'industrie du cinéma et de l'audiovisuel,

· inciter les Etats du sud à inscrire le cinéma et l'audiovisuel dans le Code des investissements et dans les priorités des programmes indicatifs nationaux avec les institutions internationales.

Il existe en Afrique des organismes régionaux et sous-régionaux réduits à la simple mission de distribution et d'exploitation de films produits ailleurs et ayant peu d'impact sur l'évolution du couple culture / développement mais qui, par contre, aliènent nos enfants et ancrent une culture de violence en ce moment où plus que jamais l'Afrique a besoin de paix.

2. Les efforts déjà accomplis

Nonobstant la grande disparité des cultures et des sociétés africaines, de meilleures conditions existent aujourd'hui pour leur valorisation et leur intégration harmonisées sur les plans tant sous-régional que régional. Dans cette perspective, des efforts ont déjà été accomplis par les professionnels, notamment :

· la naissance de la FEPACI (Fédération panafricaine des cinéastes),

· la création, en janvier 1997, à Bamako, de l'UCECAO (Union des créateurs et entrepreneurs du cinéma et de l'audiovisuel). Cette organisation regroupe les professionnels du cinéma et de l'audiovisuel des 16 pays de la CEDEAO.

La pérennité des efforts en vue d'une véritable relance de l'industrie cinématographique en Afrique dépend de beaucoup du concours des Etats, de l'investissement des professionnels eux-mêmes et de celui des opérateurs économiques.

Il est permis de penser que ce qui est valable pour le septième art, que je m'efforce de pratiquer avec plus ou moins de bonheur, pourrait l'être dans les autres domaines de l'activité culturelle.

Nous osons espérer que l'espoir suscité par le colloque international que nous tenons aujourd'hui sur la nouvelle politique africaine de la France impulsera une nouvelle dynamique, à plus ou moins long terme, à la promotion de l'industrie culturelle en Afrique. Le nombre et la qualité des éminentes personnalités qui ont participé à ce colloque fondent notre optimisme.

Nous vous remercions pour votre aimable attention et vous prions de bien vouloir excuser les possibles maladresses de l'homme de cinéma parlant devant vous, honorables parlementaires, hommes de sciences et chefs d'Etat.

Nicole FEIDT, Membre de la Délégation du Bureau chargée des activités internationales

M. Souleymane Cissé, vous auriez pu continuer à parler d'images parce que c'était le cur qui parlait. Si on laisse parler le cur, j'ai pour ma part une très belle image, en ce qui concerne l'Afrique, c'est celle de la femme africaine qui porte tout : elle porte les enfants, elle porte les charges, elle porte une partie de l'économie de ces pays et je voudrais leur rendre hommage.

Serge MICHAILOF, Directeur à la Banque mondiale des opérations pour l'Afrique centrale

Après avoir entendu s'exprimer les précédents intervenants, j'ai très envie de sortir de mon rôle de représentant d de la Banque mondiale, pour vous faire part de quelques convictions personnelles fortes.

Mes premiers souvenirs africains remontent à près de 40 ans, lorsque j'étais encore lycéen. Je suis alors parti voyager en stop à travers l'Afrique, et j'en garde un merveilleux souvenir de lumière.

Je voudrais vous faire part de ma perception des grandes évolutions structurelles de l'Afrique ces quinze dernières années. Je résumerai les derniers développements de la conjoncture, qui est aujourd'hui assez maussade. J'examinerai ensuite avec vous où nous nous trouvons, et quels sont les chemins qui s'ouvrent à l'Afrique. Je crois qu'il n'y a pas beaucoup de chemins possibles ; je n'en vois en réalité que deux. Je pense d'ailleurs que l'analyse que l'on fait de ces perspectives doit inspirer le type de soutien que les pays occidentaux, et en particulier la France, peuvent proposer à l'Afrique.

I - Les tendances lourdes de l'économie africaine

Les statistiques et l'image que les médias donnent de l'Afrique nous inciteraient plutôt au pessimisme. Les médias présentent en fait une vision complètement déformée de l'Afrique. Je crois en fait que l'on peut aujourd'hui distinguer trois grandes Afrique. La première est une Afrique à la dérive : c'est l'Afrique des conflits, de la désorganisation. La deuxième est une Afrique qui stagne : c'est l'Afrique des villages intemporels, des espaces infinis, c'est une Afrique qui attend. Je vois enfin une troisième Afrique, qui est une Afrique en émergence. C'est celle dont parlait tout à l'heure le gouverneur Konan Banny. Cette Afrique-là impressionne : ayant mis en place des réformes économiques profondes, elle est en train de sortir de l'ornière, de se développer, et par là même de résoudre nombre des conflits internes qui hantent le continent.

Mon impression est que l'Afrique qui est encore la majorité de l'Afrique c'est-à-dire cette Afrique qui stagne, où l'Etat est encore une réalité mais où il n'y a pas de réelle croissance économique, contrairement à l'image qu'on peut en avoir c'est-à-dire d'une Afrique stable et intemporelle, cette Afrique se trouve actuellement dans une situation de très grande instabilité. La population du continent va en gros doubler au cours des trente ans à venir. Dans ces conditions, l'absence de croissance économique conduit nécessairement à une exacerbation des tensions, des conflits, et débouche nécessairement sur de grandes difficultés. Par conséquent, je dirais que l'Afrique qui stagne est aujourd'hui " sur le fil du rasoir ". Elle peut tomber du côté des pays émergents ; il existe en effet des facteurs d'espoir dans la zone franc, depuis la dévaluation du franc CFA et la mise en uvre de certaines réformes. La croissance est au rendez-vous dans de nombreux pays, alors que l'on assistait dans le passé à une véritable dégringolade du revenu par habitant. Mais cette Afrique qui hésite peut aussi basculer de l'autre côté, du côté de l'Afrique à la dérive, l'Afrique des conflits.

II - Les aléas de la conjoncture

La conjoncture n'est pas très bonne aujourd'hui. Après une décennie d'afro-pessimisme, un vent d'optimisme soufflait depuis 1994. La reprise de la croissance était alors nettement perceptible. Mais les résultats alors obtenus sont désormais fragilisés par deux grands phénomènes : l'impact de la crise asiatique sur l'Afrique, et l'extension de la zone des conflits.

L'Afrique est a priori plutôt protégée de la crise financière asiatique. Ses marchés financiers sont en effet très peu connectés aux marchés mondiaux. Mais la crise asiatique a un impact très important sur les cours des matières premières. Or la croissance africaine de ces dernières années a été avant tout tirée par la croissance des exportations, qui était en moyenne de l'ordre de 8 %. Le retournement des termes de l'échange va maintenant avoir un effet brutal. La crise asiatique aura donc nécessairement un impact négatif sur la croissance des économies africaines ; les résultats jusqu'ici obtenus, au prix de grandes difficultés, seront nécessairement fragilisés.

L'extension géographique du champ des conflits est un deuxième facteur très négatif pour les économies africaines. Il s'agit d'un élément très préoccupant.

III - Les deux voies qui s'ouvrent à l'Afrique

Je crains que deux voies seulement s'ouvrent : il me semble que deux modèles seulement sont viables en Afrique.

Le premier de ces modèles est inacceptable du point de vue éthique. Je l'appelle le " modèle des seigneurs de la guerre ". Il s'est illustré au Libéria, en Somalie, etc. Dans ce modèle, le développement des conflits conduit à la désorganisation et à la disparition de l'Etat, à l'établissement de zones complètes de non-droit. Ce sont les zones blanches, les terra incognita que l'on voyait s'étendre sur les cartes africaines au XIXe siècle. Ces zones blanches, où aucun observateur étranger n'ose plus s'aventurer, ont tendance aujourd'hui à s'élargir. Ce modèle est viable à moyen terme dans la mesure où les guerres amènent une régulation naturelle de la démographie. On constate aussi une autonomisation progressive de ces conflits par rapports aux soutiens qu'ils recevaient des grandes puissances dans le cadre de la guerre froide. Les conflits sont désormais appuyés sur une base économique locale, dépendante parfois du pétrole, des mines, ou de trafics divers, y compris de drogue. On voit apparaître au sein des zones blanches des îlots protégés par des milices privées ou des chefs de guerre. Ce modèle, qui est très inquiétant et totalement inacceptable, est malheureusement viable sur le long terme.

Le seul autre modèle viable est celui des économies émergentes, de type tunisien ou mauricien. Il en existe aujourd'hui quelques exemples en Afrique subsaharienne. La réalisation de ce modèle passe par la mise en uvre de certaines réformes économiques, qui ont fait leurs preuves dans de nombreux pays d'Asie et d'Amérique latine. On ne voit donc pas pourquoi cela ne fonctionnerait pas en Afrique. Des résultats positifs sont déjà observés depuis 1994 dans plusieurs pays de la zone franc. Ces réformes ne peuvent plus attendre. Elles portent sur le soutien au secteur privé, sur les équilibres macro-économiques, sur les politiques en matière d'éducation, de santé, des transports, des politiques de la ville, de l'agriculture. Ces réformes sont malheureusement difficiles à conduire. Elles sont politiquement difficiles car elles touchent à certains intérêts. Elles sont par ailleurs financièrement très coûteuses.

C'est là que l'aide institutionnelle internationale a un rôle à jouer. Le soutien à la fois financier et politique d'un pays comme la France peut être fondamental pour la mise en uvre des réformes. Beaucoup de pays risquent en effet de " caler " face aux difficultés qu'ils rencontrent. Ici, beaucoup de parlementaires ont déjà eu à débattre de ces réformes, à les accepter ou bien à les rejeter si elles risquaient de causer de trop grands déséquilibres internes. Une aide financière et politique d'un pays comme la France peut vraiment aider à faire la différence. Je pense que l'Afrique, en raison d'un très fort taux de croissance démographique, ne peut pas se permettre d'attendre.

La coopération internationale et française en particulier a donc un rôle primordial à jouer pour aider les pays qui hésitent à choisir entre le succès économique, qui est à portée de main, et le dérapage, qui conduirait à la dérive et au désastre. En cette période où l'Histoire hésite, je crois que la coopération française se doit d'agir. C'est important pour l'Afrique, mais aussi pour la France et pour nos enfants.

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Maurice ADEVAH-POEUF, Rapporteur du budget de la coopération à la Commission des Finances

Je commencerai par citer un général, personnage un peu hors-norme : il s'agit d'Amadou Toumani Touré, ou ATT, comme on l'appelle au Mali. Ce dernier a dit fort justement au sujet de son expérience de médiation difficile réussie en Centrafrique que " lorsqu'on danse avec un aveugle, il faut de temps en temps lui marcher sur les pieds pour qu'il se souvienne qu'il ne danse pas tout seul ".

Cette phrase me semble particulièrement pertinente, si on la rapporte aux débats d'aujourd'hui. Nous ne faisons pas ici de la diplomatie clandestine ou subreptice : nous exerçons tous des fonctions de parlementaire, dans le cadre d'institutions, et nous affirmons, en nous réunissant, la volonté que les Parlements deviennent des acteurs plus importants dans les politiques de développement bilatérales. Mais nous sommes l'aveugle. Et il est bon que le peuple nous marche de temps en temps sur les pieds pour nous rappeler que chaque Parlement ne tire sa légitimité que de ses responsabilités à l'égard du peuple, notamment le parlement français. Je nous souhaite en fait à tous que la manière utilisée par le peuple pour nous marcher sur les pieds soit d'ordre électoral et qu'elle soit la plus démocratique possible.

I - L'impact de la mondialisation

Quelques mots clés, maintenant. La mondialisation, tout d'abord. Elle est revenue une bonne trentaine de fois dans la bouche des orateurs, pas toujours d'ailleurs dans la même acception. Elle existe, bien sûr. Je la constate. La planète n'est qu'un village, du point de vue économique, et même culturellement. Mais la mondialisation ne dispense personne de défendre son identité et d'assumer son histoire et, pour ce qui concerne notre discussion, de conserver ses relations particulières. Pour la France, la mondialisation entraîne des changements en termes de pratiques de coopération et de développement. Il s'agit de passer de pratiques d'aide consistant principalement en des préférences commerciales unilatérales -pratiques qui n'ont pas eu de très bons résultats- à des pratiques de véritable développement par un amarrage des économies des pays africains dans les sous-régions, et des économies de ces sous-régions dans l'économie mondiale. J'espère et je crois que nous saurons faire tout cela avec un visage humain ; c'est en fait la seule justification à notre action, qu'elle soit individuelle ou collective.

II - Les avantages de l'euro

Vous le savez désormais : le franc CFA entrera dans la zone euro, en étant rattaché à la Banque de France et au Trésor Public français. Cela signifie que tous les pays de la zone franc bénéficieront d'un effet de levier supplémentaire, l'effet monétaire, c'est-à-dire que tous les pays de la zone franc bénéficieront de la monnaie unique qui, dans quelques années, sera une monnaie de réserve internationale. Voilà un moyen puissant de nous aider les uns les autres pour que l'argument économique moteur du développement serve aussi à l'ensemble de l'Afrique et, en tout premier lieu, à sa composante francophone.

Cela concerne au premier chef les pays francophones de la zone franc. Pourtant, nous ne nous désintéressons pas des pays non francophones. Ainsi, les engagements de l'Agence française de développement en 1997 étaient pour 60 % en dehors de la zone franc. C'est une innovation considérable. Cela signifie que les instruments techniques et financiers de la politique française de coopération ont ouvert la zone du champ depuis dix-huit mois environ.

En outre, pour la première fois en 1997, la part des encours non souverains, c'est-à-dire non garantis par les Etats, de l'Agence française de développement a dépassé les 55 %. Cela a deux significations essentielles : les Etats ne s'endettent pas et l'on peut désormais se passer de leur couverture de risque. Il existe donc des acteurs, collectivités, ONG, entreprises petites et moyennes qui investissent dans les pays africains, dans de véritables projets de développement. J'y vois plus qu'un signe d'espérance tangible, la preuve que le discours sur le développement débouche sur une véritable pratique.

III - Ne pas confondre mondialisation et libéralisation

Monsieur Michailof, vous avez tenté de nous faire oublier que vous appartenez à la Banque Mondiale ; mais nous ne l'oublions pas. Je voudrais vous dire un mot amical au nom de nos amis africains. Sachez que nous ne confondons pas la mondialisation et le libéralisme. Si l'on considère le libéralisme comme un dogmatisme idéologique nouveau, que l'on veut plaquer sur toutes les réalités nationales, cela entraînera forcément des problèmes.

Je puis vous en donner un exemple précis. Vous exercez une très forte pression en faveur de la privatisation de la compagnie malienne des textiles, alors que celle-ci fonctionne de façon remarquable. C'est le premier producteur et le premier exportateur africain de coton fibre. Son résultat financier est largement positif. Son activité a un impact important sur le niveau de vie et la qualité des infrastructures dans les campagnes. Pourquoi donc vouloir à tout prix la faire entrer dans une sphère privée qui a déjà complètement échoué dans certains pays africains ? Si c'est l'idéologie qui vous inspire, je crois que les Africains la refuseront à un moment ou à un autre. Si ce type de structure par filière ne fonctionnait pas, je vous suivrais. Mais je crois que, dans un cas d'espèce de ce genre, vous avez fondamentalement tort, et que cela peut poser un gros problème de lisibilité des institutions de Bretton Woods.

IV - Problème des villes - Rôle des femmes

Pour moi, cher Souleymane Cissé, le Mali est l'un des pays les plus riches du monde. Il y a des pays d'Afrique où les gens sont encore plus pauvres qu'au Mali, alors que les Etats devraient être riches, car ils contrôlent d'importantes réserves minières. Ce constat devra influer sur nos priorités d'intervention à l'avenir. Sans doute faudrait-il, par exemple, envisager de ne plus faire de dons à des pays riches, mais seulement des prêts éventuellement gagés sur les richesses minières.

Le développement des villes est l'un des plus grands défis qui attendent le continent africain. D'immenses conurbations se construisent, sans aucun souci d'urbanisme, entraînant des problèmes de logements, d'assainissement des eaux, d'organisation des transports... C'est un immense champ de coopération potentiel, notamment pour les collectivités territoriales.

Quant aux femmes, si elles ne sont pas très nombreuses aujourd'hui en situation de décision, force est de constater que les projets économiques qui réussissent le mieux sont ceux portés par les femmes. Il faut évidemment que nous en tenions compte. Faisons leur davantage confiance dans le domaine économique, car elles gèrent souvent mieux que les hommes.

Comment ne pas parler de l'immigration au cours d'un colloque de ce genre ? Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'on va reconstruire un système d'apartheid à l'échelle du monde alors que l'on vient à peine de se débarrasser de celui qui avait été institutionnalisé en Afrique australe. Personne ne le pense au sein de l'Assemblée nationale française. Personne ne croit non plus que c'est en édifiant des murailles de Chine que l'on empêche les mongols de s'emparer du pouvoir dans l'Empire du milieu. Mais nous éprouvons des difficultés, difficultés dans les pays d'origine, dans les pays d'accueil, difficultés de masse liées à des immigrations d'ayants droit qui font que nous sommes obligés de prévoir des clauses de sauvegarde, pour des durées temporaires. La France est en train d'initier un projet intéressant d'aide au retour, en partenariat avec les pays d'origine, visant à utiliser les compétences acquises par les immigrés pour des projets soutenus par la France dans leur pays d'origine.

L'innovation, enfin, est d'une importance considérable. Elle est trop souvent vue de manière unilatérale : nous nous considérons comme les plus beaux, les plus riches, les plus intelligents, qui apportons tout notre savoir-faire en Afrique. C'est parfois vrai. J'encourage cependant tous mes concitoyens à aller en Afrique, car il y a en Afrique beaucoup à apprendre. Nos sociétés traversent actuellement des périodes de troubles liées à la perte complète du lien social. Je voudrais donc rappeler que l'Afrique est le seul continent où il y a de l'innovation sociale ; à ce titre-là au moins, elle peut nous apporter beaucoup.

DÉBAT

Jaime Antonio CHINGUIMBO, Vice-Président de la République Populaire d'Angola

Je me pose une seule question au sujet de la coopération. Dans certains pays africains, notamment l'Angola, des liens de coopération très étroits existent avec la France. Concernant la nouvelle politique africaine de la France, l'importance de la sécurité a été mise en avant à maintes reprises. Plus concrètement, qu'est-ce que la France se propose d'apporter à l'Afrique ? Elle a certes son expérience. Mais, au-delà, la coopération française va-t-elle se limiter à la sphère francophone, comme certaines interventions le laissent à penser ? Mon pays se situe en Afrique australe ; il fait partie de la SADC, mais c'est aussi un pays indépendant, susceptible d'entretenir des relations bilatérales avec n'importe quel pays dans le monde. Nous souhaitons pour notre part mettre en uvre avec la France une coopération mutuellement bénéfique, fondée sur une réciprocité des avantages.

Christophe ANDRIANARISOA, Président de l'Assemblée nationale de Madagascar

Lorsque l'on parle de partenariat, il faut insister sur le renforcement des capacités du pays. On parle souvent des résultats, envisagés du point de vue du donateur. Une nouvelle donne prévaut aujourd'hui sur le continent africain. Je souhaite citer Albert Bourgi, soulignant en 1998 dans Jeune Afrique qu'il était indispensable que la France resitue sa coopération dans un cadre plus vaste, aussi bien européen que dans le cadre des institutions financières internationales. Elle doit s'inscrire en complémentarité avec d'autres donateurs, afin de définir des actes prioritaires pour une efficacité optimale : élaboration de stratégies et de programmes d'action dans le cadre des partenariats ; renforcement de la souveraineté économique et intégration à l'économie mondiale ; consolidation de l'Etat de droit et de la démocratie ; lutte contre la pauvreté, couverture des besoins sociaux, ouverture à la recherche, accès à l'information scientifique, poursuite des processus d'intégration et de coopération régionale. Il faut aussi penser à la réinsertion sociale des personnes qui subissent les privatisations. Nous ne devons pas non plus négliger les apports financiers qui participent au développement des collectivités locales. On a aussi parlé du secteur éducatif et culturel, les scientifiques souhaitant être davantage valorisés, de même que de la réciprocité du transfert technologique.

Nous savons que ces recommandations ne sont pas acceptées d'avance. Nous ne sommes pas préparés sur le plan psychologique ; il est nécessaire d'envisager des changements dans les pratiques et les comportements, qui s'ajouteraient à une transformation de la culture du travail. Il faudra donc un effort d'ensemble : les interventions des différents acteurs doivent se renforcer mutuellement.

Daniel F. ANNAN, Président du Parlement de la République du Ghana

Je ne suis guère que le troisième orateur à m'exprimer ici en anglais. Il semble pourtant que si ce colloque veut avoir un vrai retentissement dans l'ensemble de l'Afrique, il faut que la participation des pays anglophones soit plus marquée. Venant d'Afrique de l'Ouest, nous comprenons néanmoins la signification de la nouvelle politique africaine de la France. Notre région comprend en effet des pays francophones, anglophones, lusophones, et nous arrivons très bien à coopérer ; une telle initiative va largement dans le bon sens.

Je voudrais insister sur la question de l'intégration régionale, qui me semble être l'un des piliers de cette nouvelle politique de partenariat. Nous pensons qu'il faut promouvoir de véritables instances régionales qui aient une responsabilité en matière de développement. On a évoqué la SADC, la CEDEAO ; il existe encore d'autres institutions, mais je ne crois pas qu'il faille encourager l'apparition d'organismes concurrents. Un organe régional compétent pour chacune des sous-régions est suffisant.

Je souhaitais également souligner le fait qu'il existe déjà des zones de bonne gouvernance. On parle de droits de l'homme, de multipartisme, de liberté d'expression ; ce sont des concepts qui entrent dans la bonne gouvernance. Mais l'essentiel aujourd'hui est d'obtenir le soutien des pays développés pour renforcer nos capacités. Les Etats qui ont une longue tradition parlementaire pourraient nous aider : les parlements de nos pays ont souvent des besoins fondamentaux non satisfaits. Lorsque l'on parle de bonne gouvernance, il faut aussi être concret.

Je souhaite également insister sur l'importance du développement. On en parle beaucoup, trop peut-être ; on dit que le développement est lié à la sécurité et à la paix. Mais comment nous développer ? On nous a peint un tableau assez sombre de la situation économique du continent. Si la situation est aussi difficile, qu'allons-nous faire ? L'Afrique sera-t'elle laissée de côté, ou bien la Communauté internationale va-t-elle au contraire élaborer des solutions concrètes ? Dans quelle mesure la Banque Mondiale peut-elle être tenue responsable de la dégradation de la situation de certains pays ? Certains problèmes relèvent de causes internes à nos pays : mais d'autres renvoient à des politiques imposées de l'extérieur. Il faut examiner tout cela de plus près.

Revenons enfin sur l'enjeu parlementaire. Nous avons eu le plaisir, voici quinze jours, d'accueillir la première délégation du Parlement français à se rendre au Ghana. Il faut insister sur la coopération entre parlementaires, car elle permet de se forger une bonne idée de la réalité du terrain en Afrique.

Dans nos pays, l'anglais et le français sont des langues importantes. Lorsque l'on vient au Ghana, on apprend quelques mots d'anglais. Depuis que je suis en France, j'ai moi-même appris quelques mots de français... Nous pouvons tous faire un petit effort linguistique.

Moussa MOUTARI, Président de l'Union des Parlements Africains

(contribution écrite)

Permettez que je dise, au nom de l'Union des Parlements Africains (U.P.A.), toute notre joie d'être convié au présent colloque et notre haute appréciation de l'initiative de l'Assemblée nationale française d'organiser, parallèlement au Sommet des Chefs d'Etat d'Afrique et de France, ce forum d'échanges sur la nouvelle politique africaine de la France.

En suscitant une telle occasion de concertation, l'Assemblée nationale française témoigne de son attachement profond à la meilleure des traditions françaises, celle des lumières, faite de dialogue entre partenaires et de transparence dans les choix démocratiques qui engagent le présent et l'avenir de nos peuples.

Et justement, une nouvelle diplomatie française, l'action de la France pour le maintien de la paix et de la sécurité en Afrique et la modernisation de sa politique de coopération auront un impact direct sur nos populations, aussi bien celles des villes que celles des campagnes les reculées.

Il est par conséquent très approprié que les représentants librement élus de ces mêmes populations soient associés aux débats sur ces thèmes, pour que, eux aussi, apportent au côté des exécutifs, leur contribution positive dans la recherche d'une démarche commune pour la promotion des intérêts mutuels de nos peuples.

C'est dans cet esprit que l'Union des Parlements Africains accueille favorablement la tenue du présent colloque qui s'inscrit pleinement dans le cadre de son option de faire des Parlements africains des acteurs qui comptent dans la recherche des solutions aux grands problèmes de notre temps.

Conformément aux décisions prises à Harare (Zimbabwe) en avril 1998, l'Union des Parlements Africains, dont le Parlement nigérien a l'honneur d'assumer la présence, a pour mandat d'uvrer à rassembler tous les Parlements africains, qu'ils soient arabophones, francophones, anglophones ou lusophones, de façon à leur permettre de faire entendre la voix des peuples dans les forums sous-régionaux, régionaux et mondiaux.

Cette vocation de l'U.P.A. à constituer en quelque sorte une O.U.A. des parlements et à prendre activement part à la diplomatie parlementaire africaine et mondiale résulte, tout naturellement du processus de démocratisation en cours dans nos pays, processus lui-même favorisé par la libéralisation accélérée des échanges mondiaux.

Monsieur le Président, en Afrique, l'élargissement des relations internationales de la France en direction de nouveaux partenaires et la consolidation de ses liens traditionnels avec les pays francophones ne se présentent pas sous forme d'alternative dont les termes s'excluraient mutuellement.

La conciliation entre les deux options s'esquisse déjà à travers l'appui de la France aux initiatives d'intégration sous-régionale, régionale et continentale, en particulier par l'assistance substantielle qu'elle apporte aux actions des institutions régionales africaines de maintien de la paix, institutions qui elles-mêmes rassemblent aussi bien les Etats anglophones, francophones, qu'arabophones et lusophones.

La question, dès lors, est de savoir comme gérer les ressources existantes de façon à faire plus et mieux face à des besoins de plus en plus croissants et s'exprimant en terme d'impératifs.

En effet, l'émergence de nouveaux acteurs tant au niveau national qu'au niveau international commande une adaptation de la politique de coopération au contexte actuel.

Ces nouveaux acteurs, constitués essentiellement d'organisations représentatives des sociétés civile et politique aspirent à participer activement à la chaîne de solidarité si nécessaire entre les pays et populations nanties du Nord, et celles encore démunies du Sud.

Ces acteurs aussi doivent être soutenus. Il y va de la pérennité de la démocratie et à terme de la création des richesses qui seront bénéfiques au Sud comme au Nord.

Malheureusement, cette multiplication des acteurs ne va pas sans poser des problèmes de gestion de la coopération internationale ; car les ressources de la France, pas plus que celles des autres pays, ne sont indéfiniment extensibles.

C'est pourquoi, il nous appartiendra d'abord de tirer les leçons des quarante dernières années de coopération afin de dégager les voies les meilleures d'un partenariat responsable et mutuellement avantageux. Il nous faudra alors faire preuve d'ingéniosité et d'initiative dans la mobilisation et l'affectation des ressources limitées disponibles entre les acteurs toujours plus nombreux et de plus en plus exigeants.

Des choix souvent difficiles doivent être opérés. Mais dans ces choix, il doit être dûment tenu compte des données historiques et culturelles ainsi que de l'environnement social de chaque pays ou de chaque communauté de pays.

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CONCLUSION

Raymond FORNI, Président de la Délégation du bureau chargée des activités internationales

Même si nous avions disposé de " cinq jours d'une vie ", M. Cissé, pour faire la lumière, " Yeelen ", sur le sujet de la coopération entre la France et l'Afrique, cela n'aurait sans doute pas suffi. Cependant, en tant que responsable de la Délégation du Bureau de l'Assemblée chargée des activités internationales, permettez-moi de me réjouir que ce colloque ait pu se tenir. C'est une première. Le colloque ne visait pas évidemment à faire de l'ombre au Sommet des Chefs d'Etat d'Afrique et de France qui se tiendra demain, mais à établir une heureuse complémentarité et de reconnaître le lien entre le travail des exécutifs et celui des parlements. Je souhaite que cette manière d'associer les parlements ne reste pas isolée ; je reprends à cette occasion les paroles du Président Fabius pour souhaiter que nous ayons à l'avenir de nouvelles occasions de rencontrer nos collègues parlementaires africains, pour approfondir nos échanges, mieux nous connaître et nous respecter. Tout cela fonde évidemment la politique d'échanges et de coopération telle que nous la souhaitons, telle que vous la voulez, qui réponde à la fois aux réalités et aux aspirations des Africains, mais aussi des Français. Il n'y a pas de coopération possible sans intérêt, au sens noble du terme, pour les deux parties, grâce à ces échanges que nous voulons multiplier à l'Assemblée nationale.

Il est évidemment difficile de faire la synthèse d'un pareil colloque. Je me contenterai donc de survoler d'abord le contexte, avant de rappeler les objectifs de la nouvelle politique française et les difficultés qu'elle soulève. Je suggérerai enfin quelques pistes qui permettront d'approfondir notre réflexion, au travers des échanges bilatéraux ou de rencontres que nous comptons organiser à l'avenir.

I - L'évolution du contexte

Quel est le contexte dans lequel nous évoluons ? Le monde bouge, les continents évoluent et nul n'est à l'abri de ces évolutions, dans tous les domaines. Depuis quelques années, les rapports de force, qui créaient dans le monde un équilibre de terreur, ont changé : l'écroulement du bloc soviétique, l'émergence d'une superpuissance unique, les Etats-Unis, pour l'instant mal compensée par la construction européenne, conduisent évidemment à définir de nouvelles relations entre les peuples, entre les Etats. C'est ce qui a justifié l'attitude du gouvernement français, lorsqu'il a décidé de fondre sa politique de coopération dans un ensemble plus vaste, celui du ministère des Affaires étrangères, permettant ainsi une unité d'action, une plus grande efficacité et une coopération globale.

Il faut également compter avec les difficultés que rencontre chaque continent. La démocratisation est en route, mais elle est difficile et souvent lente. Elle rencontre des obstacles. Passer d'Etats considérés comme la propriété de quelques-uns, à un Etat de droit, propriété de tous, ne peut pas se faire simplement. Il faut pour cela une lente évolution, qui est précisément en train de se produire aujourd'hui en Afrique : nous nous en réjouissons.

Nous nous félicitons également de l'évolution économique de l'Afrique. Malgré les problèmes, c'est un continent qui travaille ; le cur de l'Afrique bat ; l'Afrique est vivante et souhaite aller de l'avant, évoluer pour atteindre l'autonomie qui lui est nécessaire pour le bien-être de chacun des peuples de ce continent. Je crois qu'il y a là plus de motifs d'espoir que de raisons d'être pessimiste.

Mais la vision de l'Afrique est contrastée. On constate parallèlement une multiplication des conflits et des affrontements entre puissances régionales en Afrique, ce qui complique considérablement la tâche de ceux qui tentent de faire sortir leur pays de l'ornière. A chaque fois, les populations sont les premières victimes des conflits entre chefs de guerre, entre clans, entre partis qui parfois, pour des raisons obscures, s'affrontent. Les guerres entraînent un cortège de misère et de désolation, des déplacements de réfugiés qui peuvent conduire à l'immigration, amener en Europe des clandestins attirés par un mirage de prospérité. On constate aussi l'émergence de trafics de drogue, de trafics d'armes, ce qui suscite évidemment des craintes, en Europe, en France, mais aussi en Afrique. Alors que l'Afrique paraît se déliter, l'Europe devient chaque jour plus forte et risque à terme de ne se préoccuper que de ses propres problèmes. Par ailleurs, à partir du moment où les Etats-Unis ont été libérés par la chute du communisme, ils ont considéré l'Afrique comme un champ d'action nouveau.

Nous devons bien comprendre ce nouveau contexte, le définir, non pour en tirer une conclusion optimiste ou pessimiste. J'estime de toute façon qu'un responsable politique doit intégrer dans sa démarche un certain optimisme. Sans cela, il est impossible de croire, d'espérer et d'agir.

II - La nouvelle politique française

Dans ce contexte, revenons sur les objectifs de la nouvelle politique française de coopération. Il ne s'agit pas pour la France d'oublier ses partenaires traditionnels, d'abandonner l'Afrique francophone. Mais puisque l'Afrique change et que les influences sont aujourd'hui différentes, il est de l'intérêt de tous d'ouvrir notre coopération à un cadre beaucoup plus large, intégrant l'ensemble du monde africain.

Sachant que la coopération n'est pas un geste désintéressé de la part de la France, on ne peut envisager de politique de coopération qu'en termes d'échange. Nous pouvons apporter à l'Afrique, mais celle-ci nous apporte beaucoup, sur le plan culturel et de l'histoire. Connaître et apprécier l'Afrique, saisir ce qu'il y a de meilleur dans les peuples africains, est pour nous un enrichissement essentiel. C'est le sens du partenariat à visage humain dont parlait Souleymane Cissé. Nous espérons donc que la France, au travers de cette nouvelle politique, servira de lien entre les différentes aires linguistiques de l'Afrique. Nous serons aussi parfois, avec d'autres intervenants comme l'ONU et l'OUA, un arbitre, un médiateur, pour faire avancer l'Afrique dans la bonne direction.

La priorité de la France est bien entendu avant tout la paix. Les opinions publiques européennes sont chaque jour frappées par les images données de l'Afrique, aujourd'hui au Soudan ou dans d'autres territoires, avec les guerres, les famines, cette pauvreté terrible et insupportable. Le sort du monde intéresse forcément les parlementaires que nous sommes. Comment les parlementaires pourraient-ils vivre confortablement en autarcie à l'intérieur de leur parlement, sans perspective de faire avancer, toujours dans l'échange, les principes du droit et de la démocratie ? Avec la paix, nos priorités sont aussi le développement, la démocratisation et l'intégration de l'Afrique dans l'économie mondiale. Je pense pour ma part que dans quelques décennies, l'Afrique jouera sur le plan mondial un rôle essentiel. Qui pouvait prévoir la rapidité et l'ampleur de la crise asiatique, qui a entraîné l'écroulement spectaculaire de certaines économies ? Qui peut dire encore que l'Afrique est vouée à la stagnation ? L'émergence sera peut-être beaucoup plus rapide que nous ne l'imaginons. De toute façon, notre responsabilité consiste à accompagner autant que faire se peut cette émergence, afin de rétablir dans le monde un équilibre nécessaire à la paix.

III - Les efforts financiers

Nous rencontrons évidemment des difficultés pour accomplir ces tâches. Les financements en matière de coopération apparaissent toujours insuffisants ; rappelons cependant que la France consacre 0,45 % de son PNB à la coopération, c'est-à-dire seize fois plus que les Etats-Unis et cinq fois plus que le Japon. Cela s'explique sans doute par notre responsabilité historique à l'égard de l'Afrique. Il n'en demeure pas moins que nous accomplissons un effort important, même si certains parlementaires rêvent d'atteindre le chiffre fatidique des 1 % du PNB. Cet objectif avait été fixé par différents programmes politiques, et je ne désespère pas que nous y arrivions un jour, peut-être grâce à des financements croisés dans le cadre de l'intervention de l'Union européenne entraînée par la France.

La réduction de la dette reste par ailleurs un problème primordial. Dans tout pays qui connaît de très grandes difficultés, la suppression de la dette facilite grandement le redémarrage économique ; on le voit aujourd'hui au Honduras et dans les pays victimes de l'ouragan « Mitch », et c'est sans doute vrai aussi des pays d'Afrique. Personne ne peut se permettre de vivre enfermé sur une île de prospérité entourée par un océan de pauvreté, car l'océan finit par submerger l'île.

Nous apprécions les efforts menés par la SADC, dans un certain nombre de pays africains. Mais nous constatons trop souvent l'impuissance des mécanismes habituels de sécurité collective. C'est pour cette raison sans doute que, dans la nouvelle politique de présence militaire de la France, le principe de fidélité nous guide, et aussi celui de non-ingérence qui doit rester en permanence à notre esprit. Mais jamais nous ne devrons nous montrer indifférents à ce qui se passe en Afrique.

C'était la synthèse, trop rapide, que je souhaitais vous livrer de nos travaux riches d'enseignements. Comme M. le Président de l'Assemblée du Ghana, je me suis réjoui d'avoir aujourd'hui entendu des orateurs anglophones et lusophones. C'est pour moi la preuve des changements qui interviennent à l'heure actuelle en Afrique. Votre présence ici est pour moi un signe d'espoir. Je me félicite de l'intérêt manifesté par les participants pour ce colloque qui n'avait pas d'autre visée que de compléter les échanges qui auront lieu demain entre le Président de la République, le Premier ministre et les Chefs d'Etat africains. Il se voulait modeste pour une première. Espérons qu'il le sera moins à l'occasion d'autres rencontres que nous organiserons si vous le souhaitez. En tout cas, la France continuera à plaider la cause de l'Afrique dans tous les forums internationaux. Il faut maintenant mettre en uvre la politique de la main tendue, non pas celle qui reçoit l'obole, mais la main tendue en vue d'un échange, en vue d'un d'enrichissement de l'un et de l'autre.

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ALLOCUTION DE CLÔTURE DE M. CHARLES JOSSELIN, Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie

Je voudrais avant tout rendre hommage à Laurent Fabius et Jean Glavany pour avoir eu l'heureuse initiative d'organiser cette journée sur la nouvelle politique africaine de la France, au moment où, par la volonté du Premier ministre Lionel Jospin, et avec l'accord du Président de la République, la coopération française entreprend sa mutation

L'initiative est d'autant plus pertinente qu'elle invite l'Assemblée nationale et ses représentants à débattre de la politique africaine de la France à la veille du sommet Afrique France. Ce n'est pas dû seulement au hasard du calendrier. Il n'est pas interdit de profiter de l'actualité pour bénéficier d'un meilleur éclairage. J'y vois une bonne occasion d'élargir le cercle pour partager nos réflexions en y associant nos amis africains, qui sont présents et nombreux dans cette salle.

Mes propos ne sont pas de circonstance. Je crois profondément qu'il est important de débattre au sein d'une telle enceinte -mais aussi ailleurs- de la politique africaine de la France. D'abord parce qu'elle est encore trop souvent perçue par l'opinion publique, les médias, mais aussi par certains responsables politiques, à travers le prisme simplificateur et désormais trompeur des affaires douteuses, des relations post-coloniales obscures D'un autre côté, qui est pour l'essentiel vécu, 1a multiplication des conflits violents en Afrique, la crainte d'une marginalisation des économies bénéficiant pourtant de l'aide publique au développement, ternissent l'image de l'Afrique et, par voie de conséquence, de notre coopération.

Allons au fond des choses ; c'est profondément injuste pour l'Afrique. Car elle change : sa situation dans le monde évolue, sa relation au monde se modifie. Elle sera l'un des très rares continents où la croissance demeurera significative dans les prochaines années. Nous avons l'espoir que l'an prochain sa croissance reste largement au-dessus de la progression démographique. C'est la bonne nouvelle de cette fin de millénaire, et c'est particulièrement vrai dans la zone franc.

C'est pourquoi, notre rencontre est utile pour donner de l'Afrique une vision dynamique, elle est aussi utile à la rénovation de la politique française de coopération. Au demeurant, c'est par le débat public que tout cela s'appréhende et se concrétise.

Mesdames et Messieurs, le véritable défi, ce qui est en jeu, c'est 1a légitimité de l'aide publique au développement. On ne convaincra pas tout le monde tout de suite. Une réforme a besoin de temps pour s'épanouir et s'exprimer. Il y a le poids des habitudes, la marque de l'histoire, le rythme des administrations et la contrainte des aléas politiques. Citons à cet égard Gramsci : " La crise, c'est quand le vieux meurt et que le neuf hésite à naître ".

Nous vivons avec l'Afrique cette période de transition, Certains s'inquiètent du changement. D'autres s'impatientent. Je crois avoir compris que certains souhaitent demain participer à une manifestation, sur les lisières de la Conférence Afrique France, percevant plus de continuité dans je ne sais quelle " ancienne " politique africaine de 1a France, que de signes immédiatement tangibles d'un bouleversement qui tarderait à se faire sentir. Je respecte la pluralité des jugements et je peux même comprendre les impatiences. Mais prenons garde de ne pas perdre de vue l'essentiel. L'Afrique est en marche et notre réforme l'accompagne. Saluer les avancées est une façon plus positive de dénoncer les lenteurs.

Votre colloque touche maintenant à sa fin. L'heure est venue de poursuivre les conclusions que présentait Raymond Forni.

Chacun des trois grands thèmes de vos tables rondes reflète une dimension de la nouvelle politique africaine de la France. Le débat sur « le dialogue élargi » a contribué à fonder un principe essentiel : l'ouverture de ce qu'on appelait traditionnellement " le champ ". Celui sur " la paix et 1a sécurité en Afrique " a illustré l'une de nos priorités africaines : 1a prévention des conflits. Enfin, la dernière table ronde a traité d'une des modalités majeures de la réforme : « un nouveau partenariat » qui associe les nouveaux acteurs de la coopération française : les ONG, les collectivités territoriales, le monde de l'entreprise, et aussi le monde syndical.

Et c'est justement sur les principes, les priorités et les acteurs de cette nouvelle coopération avec l'Afrique que je voudrais insister, afin de nous rendre attentifs aux changements qui s'opèrent, au mouvement que nous avons lancé.

Quelques mots sur la réforme tout d'abord. Au-delà de l'image à restaurer, c'est de cohérence et d'efficacité dans un monde qui change dont la France avait besoin dans l'approche de sa diplomatie et de sa coopération. La France se donne avec la réforme, les moyens de son adaptation à un monde en pleine évolution, et singulièrement à cette Afrique en mutation : aspiration à la démocratie politique, ouverture des marchés, acuité des problèmes environnementaux, effets de l'intégration européenne...

La politique africaine de la France doit être insérée dans la politique extérieure française. La politique de coopération au développement devient dès lors une dimension importante, probablement essentielle de notre politique étrangère. Le pôle diplomatique ainsi réunifié garde en cohérence, en visibilité politique, en lisibilité au yeux de l'opinion, et donc en efficacité. C'est la fondation sur laquelle se construit notre nouveau dispositif administratif. C'est aussi le cadre où vivront les principes qui nous guident.

Au premier rang de ces principes, fidélité et ouverture. Je sais que certains d'entre vous craignent que la nouvelle politique africaine de la France annonce une sorte de désengagement rampant. Je profite de cette occasion pour réaffirmer notre fidélité à l'Afrique. Notre relation a été façonnée par les liens de histoire. Nous n'y renonçons pas. Mais, je dis aussi que cette fidélité ne doit pas résonner comme une force de l'habitude. La fidélité se nourrit au contraire de la juste appréciation des engagements de chacun et de la critique constructive. C'est clair : nous n'abandonnons pas l'Afrique aux vicissitudes de son mal développement. Nous serons ses partenaires, responsables et déterminés. Dores et déjà, nous en faisons la preuve

Sur le plan politique, la France est le premier bailleur de fonds pour l'aide au continent africain. En 1997, 49% de notre aide publique au développement (aide bilatérale, multilatérale, européenne) s'est concentrée sur l'Afrique. L'APD est aujourd'hui plutôt au niveau de 0,45 % du PIB et non de 0,50 %. Nous devons nous donner les moyens d'éviter que l'érosion se poursuive. On a insisté récemment sur certaines inefficacités dans la mise en uvre de l'APD, mais elle demeure essentielle. La crise de certains continents doit nous rappeler avec force le besoin absolu d'une aide publique au développement qui vienne appuyer l'investissement privé et le développement du commerce. Si l'Assemblée nationale veut nous aider à aller vers cet objectif du 1 % déjà cité, d'avance je vous en remercie.

Sur le plan économique, le niveau de nos investissements et de notre commerce en Afrique fait de celle-ci un partenaire de premier ordre, où se déploie un authentique intérêt mutuel. Nous avons multiplié les initiatives en ce qui concerne la zone franc. Nous avons entrepris de mieux stimuler l'investissement, notamment avec l'ouverture d'un site Internet « Investir en zone franc ». Je vous invite tous à le découvrir, car il est remarquable. Nous l'avons monté, en liaison étroite avec le MEDEF-international, et lors de la réunion " Investir en zone franc ", organisée le 12 octobre dernier au Ministère des Finances, plus de 450 investisseurs étaient présents. Je veux croire que les craintes sont enfin dissipées sur les conséquences de l'euro sur la relation franc français/franc CFA, et que les investisseurs vont reprendre le chemin de l'Afrique.

Pour autant, la fidélité ne signifie pas l'exclusivité. Notre nouvelle approche nous commande de ne plus ignorer le reste du continent africain et c'est bien là le sens des voyages du Président de la République, d'Hubert Védrine, ou de moi-même dans plusieurs pays où notre présence n'avait été jusqu'ici qu'épisodique ou anecdotique. Cette ouverture à de nouveaux horizons répond d'ailleurs aux vux de nos partenaires francophones eux-mêmes, tout autant qu'à ceux des autres pays d'Afrique. Récemment, une délégation de parlementaires, en visite au Ghana, me rapportait par la voix de certains de vos collègues, combien elle avait été frappée de la volonté des Ghanéens de renforcer leur coopération avec la France. Faut-il évoquer les signes que nous adressent le Mozambique ou le Nigeria et qui témoignent que notre relation avec ces pays-là, peut aussi servir les intérêts de tous les pays africains, y compris ceux de la zone franc ?

Fidélité et ouverture, donc. Mais aussi responsabilité, exigence et efficacité ; aussi coopérer, c'est agir ensemble dans un dialogue libre et exigeant. Il faut en finir avec les approches paternalistes et indulgentes. C'est Hampaté Bâ qui le disait : " la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit ".

Désormais l'accompagnement partenaire définit notre démarche. C'est pourquoi notre coopération, avec chaque pays, s'inscrira dans un accord de partenariat et de développement. Vous en avez parlé cet après-midi. Je voudrais ajouter que ce processus, déjà engagé au Mali et en Mauritanie depuis juin dernier, va se poursuivre en décembre avec la Côte d'ivoire. Il sera systématique. C'est un principe fort de notre réforme. C'est notamment à travers ces accords de partenariat que nos politiques envers les migrants peuvent connaître des avancées significatives.

Dernier principe enfin : la non-ingérence. Ce principe découle des précédents. Vouloir rompre avec des pratiques paternalistes et refuser de soutenir des régimes qui à l'évidence en prennent à leur aise avec les règles démocratiques, c'est choisir la non immixtion dans les affaires intérieures des pays. Mais la non-ingérence n'est pas une façon de se réfugier derrière une neutralité plus ou moins bienveillante. Ce n'est pas non plus de l'indifférence. La non-ingérence ne nous dispense pas d'être exigeants et de réviser nos projets de coopération, si les droits de l'homme et l'Etat de droit ne sont pas respectés.

Prenons l'exemple du Togo. Nous avons pris acte à 1a fois de la réélection du Président Eyadéma, mais aussi des conditions dans lesquelles le scrutin s'est déroulé et les résultats proclamés, selon les observateurs européens et selon le rapport de la députée Mme Nicole Feidt. Aujourd'hui, notre coopération avec le Togo, comme avec celle de l'Union européenne, reste en attente d'une reprise du processus démocratique.

J'en viens à nos priorités. J'évoquais à l'instant la non-ingérence en vous assurant qu'elle ne signifiait pas le désengagement. Nous sommes très attachés à la consolidation des institutions de l'Etat. Ce n'est pas forcément la coopération la plus visible, mais elle est essentielle : elle est le préalable à une véritable stabilité politique et constitue à nos yeux le fondement indispensable, et sans doute premier, du développement. Toute politique de coopération, parce qu'elle vise le développement durable, est une politique des droits de l'homme et de la construction de l'Etat de droit. Nous préférons, et je l'ai déjà dit, une présence critique à une absence moralisatrice, posture qui peut apparaître plus confortable mais fondamentalement improductive. Cette aide à la consolidation de l'Etat de droit passe par la remise en ordre des systèmes judiciaires, la réforme de la fonction publique, la lutte contre la corruption, l'appui à la sécurité et à la protection civile. La coopération française consacre 1 milliard de francs au développement institutionnel, et 400 millions à l'amélioration de l'Etat de droit.

Je m'autoriserai une digression sur la relation à l'argent, selon que l'on est député français ou africain. J'ai été parlementaire pendant plus de 25 ans. J'ai alors tenu des permanences, reçu des personnes dans le besoin. Il m'est arrivé de donner de ma poche un peu d'argent, dans des situations d'extrême détresse. Mais la plupart du temps, on ne nous demande pas de l'argent, mais bien d'intervenir auprès d'organismes qui vont pouvoir en donner. Dans beaucoup de pays africains, il n'existe pas d'organismes sociaux. Ce que l'on demande alors au député africain, c'est de donner directement de l'argent. Ceci ne disculpe pas par avance des comportements excessifs. Mais il faut néanmoins intégrer ces réalités spécifiques dans notre réflexion et dans notre relation.

La prévention des conflits est également prioritaire pour nous et les Africains. Nous voulons être les soutiens actifs de leurs politiques à cet égard, tout comme l'Union européenne, qui a adopté une position commune le 2 juin 1997 sur la prévention et le règlement des conflits en Afrique.

Dans le domaine de la sécurité, je n'insiste pas puisque c'est un thème que vous avez développé ce matin, notre pays apporte une contribution bilatérale active au règlement ou aux efforts de règlement de certaines crises. Dans la région des Grands lacs par exemple, où la situation requiert toute notre attention, nous avons défendu l'idée d'une conférence sur la paix. Notre objectif est surtout de donner les moyens aux Etats africains pour qu'ils prennent désormais une part déterminante aux opérations de maintien de la paix. Dans le cadre du programme RECAMP, nous finançons dès 1998 un appui de 180 millions de francs aux Etats africains, pour le renforcement de leurs capacités à s'intégrer à des opérations de maintien de la paix.

La prévention des conflits dans un cadre régional constitue d'ailleurs l'un des thèmes nouveaux du volet politique de la future convention qui liera l'Union européenne aux pays ACP. C'est bien là notre troisième priorité : privilégier une approche régionale des politiques de coopération. La renégociation de 1a convention de Lomé constitue à cet égard l'occasion d'adapter cet instrument unique de coopération aux évolutions internationales. Avec nos partenaires européens, nous insistons sur la promotion de l'intégration régionale sur le continent africain et à la mise en place d'accords de partenariat économique et commercial avec des groupes sous-régionaux qui émergent comme la SADC, l'UEMOA, la CEMAC...

J'insiste sur l'UEMOA et la CEMAC parce qu'elles constituent un excellent exemple d'intégration sous-régionale en marche. Grâce à la zone franc, elles bénéficient de l'existence d'une monnaie commune stable, jouissant dans quelques jours d'un taux de change fixe par rapport à l'euro, monnaie de référence et facteur de stabilité au sein de marchés de capitaux trop volatils.

J'ai parlé d'Europe. Laissez-moi en profiter pour souligner notre souci de coordination en matière de développement avec nos partenaires européens. C'est l'aspect le plus prometteur d'une démarche générale, qui consiste sans cesse à rechercher 1a meilleure synergie entre les aides bilatérale et multilatérale. C'est précisément pourquoi le Premier Ministre a confié à Yves Tavernier, député et vice-Président de la Commission des Finances, une mission sur le sujet. Ses conclusions sont très attendues Elles seront remises dans les prochains jours.

J'en viens aux nouveaux acteurs de la coopération : ceux d'une société civile associée à la politique de la France, à ses orientations comme à sa mise en oeuvre. J'ai mentionné tout à l'heure les plaintes, les reproches et les critiques qu'avaient suscitées la transparence insuffisante de la politique de coopération, notamment en Afrique. L'opinion publique française n'est pas toujours convaincue de la nécessité et de l'efficacité de 1'aide publique. C'est une première raison d'associer toujours plus étroitement 1a société civile à notre action, qu'il s'agisse des ONG, des entreprises ou des collectivités territoriales. Le Haut conseil de la coopération internationale sera l'instance appropriée pour ce dialogue puisqu'il les réunira tous aux côtés des syndicats que nous voulons aussi associer.

Car associer, c'est aussi le gage d'une meilleure efficacité, d'une plus grande adéquation aux besoins des acteurs locaux du développement et des citoyens d'Afrique. Je prendrai l'exemple de la coopération décentralisée. Elle ouvre des perspectives encore mal explorées mais considérables. Les collectivités territoriales multiplient les initiatives, les parrainages de projets, les assistances techniques avec les administrations et les populations locales. C'est une forme d'échange à laquelle la réforme de notre dispositif de coopération donne toute sa place et j'y tiens personnellement beaucoup. Les projets de coopération décentralisée dans bien des cas apportent au développement la relation humaine, j'oserai dire charnelle, qui permet des partenariats durables et proches des populations. Ce type de coopération encourage par ailleurs la décentralisation, qui reste un très bon moyen d'enraciner la démocratie.

Des rencontres nationales de la coopération décentralisée se tiendront en avril prochain pour capitaliser l'expérience et ouvrir de nouveaux chantiers. J'aurais pu dire la même chose des organisations internationales de solidarité. Les assises d'octobre 1997 ont donné un nouveau départ. Les réflexions s'affirment et les projets se renforcent. Nous poursuivrons dans cette voie.

Mais je ne saurais oublier le monde de l'entreprise. Notre concertation avec le secteur privé s'approfondit et se traduit par un engagement désormais partagé, et je m'en félicite.

Je le dis, ici, a l'Assemblée nationale, l'amélioration dans la définition des priorités et dans l'efficacité des programmes passe aussi par l'attention vigilante des parlementaires et par leur participation active à cette évolution. Les missions qu'ils mènent sont essentielles. J'ai cité celle de M. Tavernier, mais je pense aussi à la mission d'information sur les événements au Rwanda, ou à la mission d'information sur le rôle des compagnies pétrolières.

Je viens de rappeler rapidement les nouvelles inflexions que nous souhaitons donner à la politique africaine de la France. Vous me pardonnerez d'avoir été si long ; j'aurais pourtant pu m'étendre encore sur un sujet essentiel : le dossier considérable des instruments multilatéraux et le rôle que la France, avec ses partenaires européens, pourrait jouer pour faire mieux entendre sa différence, au sein de la Banque mondiale ou du FMI. Nous pourrions, si l'Europe et l'Afrique savaient mieux s'associer, réunir souvent une majorité au sein de ces grandes instances multilatérales, où l'essentiel se joue désormais.

Je voudrais évoquer le jugement d'Emmanuel Berl, dans La France irréelle, paru en 1957 où il écrit : " La politique française me semble moins évoluer comme une histoire que comme une névrose ". Cette remarque a pu sonner de façon particulièrement juste si on l'applique à la politique africaine. J'espère que la réforme engagée par le gouvernement, en accord avec le Président de la République, contribuera à surmonter cette névrose. Bien servir l'Afrique et son développement, bien servir aussi le rôle éminent que la France veut continuer à jouer dans le domaine de l'aide au développement exige lucidité et sérénité. C'est ainsi que nous voulons conjuguer solidarité et mondialisation.

ANNEXES

Liste des Présidents des groupes d'amitié de l'Assemblée nationale avec les pays africains

Afrique du Sud :

Angola :

Algérie :

Bénin :

Botswana :

Burkina Faso :

Burundi :

Cameroun :

Cap Vert :

Centrafrique :

Comores :

Congo :

Côte d'Ivoire :

Djibouti :

Egypte :

Erythrée :

Ethiopie :

Gabon :

Gambie :

Ghana :

Guinée :

Guinée Bissau :

Guinée Equatoriale :

Kenya :

Lesotho :

Liberia :

Madagascar :

Malawi :

Mali :

Maroc :

Ile Maurice :

Mauritanie :

Mozambique :

Namibie :

Niger :

Nigéria :

Ouganda :

Rép. Dém. du Congo :

Rwanda :

Saint-Thomas et Prince :

Sénégal :

Seychelles :

Sierra Leone :

Somalie :

Soudan :

Tanzanie :

Tchad :

Togo :

Tunisie :

Zambie :

Zimbabwe :

Mme Nicole BRICQ

M. Jean-Yves LE DEAUT

M. Jérôme LAMBERT

M. Maurice ADEVAH-POEUF

M. Claude GATIGNOL

M. Jean-Michel MARCHAND

M. Bernard ACCOYER

M. Bernard ROMAN

M. Jean-Pierre FOUCHER

M. Alain COUSIN

Mme Sylvie ANDRIEUX

M. André BERTHOL

M. Francis HAMMEL

M. Arnaud MONTEBOURG

M. Patrick BLOCHE

M. Jacques PELISSARD

M. Daniel FEURTET

M. Robert GAIA

M. Pierre HERIAUD

M. François SAUVADET

M. Jacques GODFRAIN

M. François DELUGA

M. Jean BESSON

M. Jean-Jacques WEBER

M. André ANGOT

M. André SCHNEIDER

Mme Michèle RIVASI

M. Jean-Claude LENOIR

M. Serge BLISKO

M. Michel CREPEAU

M. François ROCHEBLOINE

M. Nicolas FORISSIER

M. Jean-Pierre BAEUMLER

M. Bernard BIRSINGER

M. Claude DESBONS

M. Patrick OLLIER

M. Pierre CARDO

M. Dominique DUPILET

M. Jean-Louis BERNARD

M. Jacques KOSSOWSKI

M. Serge JANQUIN

M. Alain NERI

M. Yves COUSSAIN

M. Jacques BARROT

M. Hervé GAYMARD

M. Christian JACOB

M. Henri CUQ

M. Kofi YAMGNANE

M. Etienne PINTE

M. Jean-Claude LEMOINE

M. Gilles de ROBIEN

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