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Les derniers sommets de la francophonie

Le Sommet de Moncton : vers une francophonie plus politique ?

 3 - 5 septembre 1999
La VIIIème Conférence des chefs d'État et de Gouvernement qui s'est tenue à Moncton-Canada, Nouveau-Brunswick- du 3 au 5 septembre 2000 a marqué une évolution de la Francophonie vers une dimension plus politique. L'Assemblée parlementaire a participé à cette rencontre en tant qu'Assemblée consultative et à ce titre, elle a présenté un Avis aux dirigeants francophones. Au sein de la délégation de l'APF, étaient présents : MM. Louis Mexandeau, député (France), vice-président de l'APF, Jacques Legendre, sénateur (France), secrétaire général parlementaire et Pierre-André Wiltzer, député (France), président de la commission politique de l'APF.
Les parlementaires qui se sont rendus à Moncton pour participer à ce sommet ont été déçus. Le président de l'APF, M. Nicolas Amougou Noma n'a pas hésité à le dire aux chefs d'État et de Gouvernement dès les premières phrases de son intervention : « à Hanoï, la délégation de l'Assemblée avait pu assister à la totalité des travaux du Sommet », cette année, ce ne fut pas le cas. M. Amougou Noma en a conclu que « la démarche adoptée à Moncton ne correspond pas à l'idée que se font les parlementaires de ce que doit être une Assemblée consultative ».
Outre cette nécessaire mise au point, le président de notre Assemblée a voulu attirer l'attention des dirigeants francophones sur les problèmes de financement de l'APF. En effet, l'institution ne bénéficie d'aucune subvention de l'Organisation Internationale de la Francophonie pour son fonctionnement et ne reçoit aucune aide pour remplir le mandat qui lui est confié, même si d'importants crédits lui sont délégués au bénéfice des programmes de coopération interparlementaire. Or, la Charte de la Francophonie a fait de l'APF un acteur à part entière au sein de la Francophonie.
Il a enfin précisé devant les dirigeants francophones que « l'APF ne compte plus parmi ses membres un certain nombre de pays qui ne correspondent plus aux critères de la démocratie parlementaire tels les Comores, le Niger, le Ruanda ou encore le Congo et la République Démocratique du Congo » et conclu que « l'APF ne peut rester muette quand les principes qu'elle défend sont bafoués ». Selon lui, ce combat pour la démocratie passe également par des actions moins visibles mais combien importantes tels que les programmes de coopération interparlementaire.
Le contenu de l'avis
L'Avis qui a été présenté devant les chefs d'État et de Gouvernement à Moncton portait essentiellement sur la jeunesse puisqu'il s'agissait du thème retenu pour cette VIIIème rencontre. Le constat des parlementaires ne pouvait pas être optimiste en raison notamment de la dramatique implication des jeunes dans les conflits armés. Pour lutter contre ce fléau, l'Assemblée a proposé plusieurs pistes de réflexions. Elle a notamment soumis l'idée que la diffusion de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant soit traduite dans les langues locales et qu'elle soit largement publiée. Dans la même optique, pour lutter contre l'esclavage et le travail des enfants, les parlementaires suggèrent la création d'un Observatoire des droits de l'enfant au sein de l'OIF. Sénateurs et députés ont également mis l'accent sur les problèmes économiques des jeunes dans l'espace francophone préconisant une lutte permanente contre le chômage et la précarité chez les jeunes, lutte qui doit s'inscrire comme une priorité à la fois dans les politiques nationales et dans celles de la Francophonie.
L'Assemblée souhaite également sensibiliser les jeunes à leur appartenance à l'espace francophone. Concernant le dialogue des cultures par exemple, l'APF a pu constater le succès de certains événements tels que le MASA ou le FESPACO. Elle demande donc à ce que soit renforcée la diffusion de ces éléments culturels existants. Pour que la Francophonie constitue une véritable alternative à l'uniformisation culturelle de la planète, l'Assemblée suggère également que la priorité soit donnée aux politiques de développement des nouvelles technologies et des médias.
Enfin, les parlementaires francophones qui sont en contact direct avec leurs jeunes électeurs s'inquiètent du moindre engagement citoyen de la jeunesse actuelle. Ce constat s'explique probablement par la perte des repères, au Nord comme au Sud. L'Assemblée a donc mis en évidence dans son Avis, l'urgence d'agir pour recréer un espoir pour la jeunesse à l'aube du prochain millénaire. Convaincue que la Francophonie peut devenir un tremplin pour les jeunes qui souhaitent devenir citoyens du monde, elle préconise par exemple la mise en oeuvre de moyens pédagogiques qui permettraient de mieux faire connaître la démocratie représentative et en particulier la vie parlementaire. Le parlement francophone des jeunes pourrait être un de ces moyens et l'idée a été accueillie favorablement par les dirigeants présents à Moncton.
Les décisions des chefs d'État et de Gouvernement
Le Sommet de Moncton a défini plusieurs axes d'actions prioritaires en faveur de la paix, de la démocratie et de l'Etat de droit, de la promotion de la diversité linguistique et culturelle, de l'éducation et de la formation, de la coopération économique et des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Au Canada cette année, il a surtout été question des droits de l'homme. Les responsables francophones ont promis de s'employer à les promouvoir pour que ces droits, civils et politiques mais aussi économiques, sociaux et culturels ainsi que le droit au développement trouvent leur protection dans la vie quotidienne des individus. Dans cette optique, la création d'un Observatoire de la démocratie a été une nouvelle fois envisagée. Ce projet, déjà évoqué lors des Sommets de Cotonou et de Hanoï, n'a pu jusqu'à présent voir le jour, faute de crédits. L'APF appuie entièrement la création de cet organe, rappelant que la Francophonie n'a pas de complaisance particulière à l'égard des dictatures.
A Moncton, les responsables des pays ayant le français en partage ont également encouragé les efforts entrepris pour le règlement des conflits notamment en République Démocratique du Congo où le cessez le feu de Lusaka a finalement été signé par toutes les parties. L'Assemblée parlementaire de la Francophonie a réitéré à cette occasion sa position sur le sujet : elle souhaite que le règlement des crises s'effectue le plus en amont possible. Pour cela, elle préconise le développement de missions de bons offices.
Comme le réclamait la résolution adoptée à Ottawa par les membres de l'APF, les État francophones se sont engagés à Moncton à appuyer la Cour pénale internationale, ils ont invité tous les État à devenir parties du statut de Rome du 17 juillet 1998 afin d'en accélérer l'entrée en vigueur.
Parce que les chefs d'État et de Gouvernement estiment que la jeunesse représente non seulement la relève mais également une véritable force dans la société, ils encouragent l'ensemble des pays francophones à se doter de structures représentatives souples et proches des populations. C'est dans ce cadre que s'inscrit le projet d'un parlement francophone des jeunes proposé par l'APF. Le secrétaire général de la Francophonie, M. Boutros Boutros-Ghali a fait savoir qu'il soutenait cette initiative.
Le volet culturel
Évidemment, les chefs d'État et de Gouvernement ont abordé le dossier de l'exception culturelle, de l'appui à la diversité culturelle. Convaincus que les biens culturels ne sont en aucune façon réductibles à leurs seules dimensions économiques, ils ont affirmé que ces biens et services, reflets des identités nationales et régionales ne devaient pas être traités comme de simples marchandises. Les parlementaires ont noté avec beaucoup d'intérêt ces déclarations sur la diversité linguistique, une diversité en faveur de laquelle ils se sont toujours engagés vigoureusement.
Le prochain Sommet de chefs d'État et de Gouvernement aura lieu à Beyrouth en 2001 et aura pour thème « le dialogue des cultures et des civilisations ».

Le sommet de Hanoï

14 - 16 novembre 1997.
Le VIIème Sommet de la Francophonie s'est tenu à Hanoï, au Vietnam, du 14 au 16 novembre 1997.
Le Sommet a accordé à la Moldavie, ainsi qu'à Saint-Thomas et Prince, le statut de membre à part entière de la Francophonie. Elle a également accueilli, à titre d'observateurs, l'Albanie, la Pologne et l'ancienne République yougoslave de Macédoine. Ces adhésions portent à 52 le nombre des membres du "club francophone".
La principale décision prise à Hanoï fut l'adoption de la Charte de la francophonie, dont l'objectif est de rénover l'architecture des instances de la Francophonie. Ce document avait été préparé par la Conférence ministérielle de la francophonie qui s'était tenue en décembre 1996 à Marrakech. Il prévoit d'importantes modifications relatives notamment au Conseil permanent de la francophonie (CPF). En effet ce dernier sera dorénavant composé de représentants personnels des chefs d'État et de gouvernement de l'ensemble des membres de la Francophonie (le nombre de ces représentants était jusqu'alors limité à quinze). Par ailleurs, le CPF se voit confier le conseil d'administration de l'Agence de la francophonie (ancienne Agence de coopération culturelle et technique). Enfin , la Francophonie s'est dotée d'un Secrétaire général, à qui est confiée la responsabilité des plus hautes instances (Sommets, Conférence ministérielle et CPF). Elu pour quatre ans, il est chargé de promouvoir la dimension politique de la Francophonie et de lui donner une plus grande visibilité. Le Sommet de Hanoï a désigné à ce poste M. Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de l'ONU, tandis que M. Roger Dehaybe était nommé administrateur général de l'Agence de la francophonie.
Contrairement aux précédents Sommets, les travaux de Hanoï ne se sont pas achevés par l'adoption de résolutions, mais par une Déclaration et l'adoption d'un Plan d'action.
Par la Déclaration de Hanoï, les dirigeants francophones s'engagent à apporter une contribution active à la prévention et au règlement pacifique des conflits, à accroître les moyens apportés à la coopération multilatérale francophone, notamment dans le domaine de l'éducation-formation en faveur des jeunes et des femmes. Ils confient à la Conférence ministérielle de la francophonie le soin d'adopter une convention sur la culture.
Le nouveau Secrétaire général de la francophonie est par ailleurs chargé de veiller à la bonne exécution, par les différents opérateurs concernés, des directives contenues dans le Plan d'action, lesquelles sont regroupées en plusieurs chapitres :
- "Un espace de liberté, de démocratie et de développement".
Après avoir examiné la situation dans plusieurs zones en conflit de l'espace francophone (région africaine des Grands-Lacs, Comores, Centrafrique, Congo, Proche-Orient), et avoir préconisé un réglement pacifique de ces crises, le Plan d'action insiste sur l'engagement de la Francophonie en faveur d'une justice "forte et indépendante", notamment par le suivi de la Conférence du Caire d'octobre 1997. Il prévoit également des actions en faveur des Droits de l'Homme, ainsi que de la promotion de la démocratie, en liaison avec l'AIPLF.
- "Un espace de culture et de communication".
Dans ce domaine les dirigeants francophones marquent leur souhait de consolider les programmes d'appui aux moyens de communication (presse, radio, TV5, ...), et aux manifestations culturelles organisées par l'Agence de la francophonie (Marché des arts du spectacle africain, ...). Ils décident la création d'un Fonds de développement des inforoutes.
- "Un espace de savoir et de progrès".
Le Plan d'action souligne la priorité accordée aux secteurs de l'éducation et de la formation. Il prévoit la tenue d'Assises de la formation professionnelle et technique au premier semestre de 1998, sous la responsabilité conjointe de l'Agence de la francophonie et de la Conférence des ministres de l'éducation (Confémen).
- "Francophonie, économie et développement".
Il est décidé la tenue d'une Conférence des ministres francophones de l'Économie au cours du prochain biennum, afin de poursuivre la réflexion sur le développement d'un espace de coopération économique francophone. Cette Conférence sera préparée par l'Agence de la francophonie, en consultation avec le Forum francophone des affaires.
- "La francophonie dans le monde".
Les dirigeants francophones conviennent de mettre en place un "plan d'urgence pour la relance du français dans les organisations et les relations internationales, assorti de moyens spécifiques". Ils s'engagent également à promouvoir le multilinguisme. Enfin, il est décidé que le prochain Sommet se tiendra, en 1999, à Moncton, au Nouveau-Brunswick (Canada).