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Année 2005 Réception de
M. Jorge Sampaio,
Le mardi 12 avril 2005, à quinze heures, M. Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée nationale, et M. Jorge Sampaio, Président de la République Portugaise, font leur entrée dans la salle des séances. ALLOCUTION DE M. JEAN-LOUIS DEBRÉ, Monsieur le Président de la République, c’est un très grand honneur que vous nous faites en acceptant l’invitation des Députés. Nous sommes d’autant plus heureux de vous recevoir que peu de peuples ont noué des liens personnels aussi denses que Français et Portugais. Nombreux sont les Français qui portent avec fierté leurs racines lusitaniennes. Nombreux sont les citoyens portugais que la France accueille, plusieurs centaines de milliers, une des toutes premières communautés étrangères dans notre pays, et certainement aussi l’une des plus remarquablement intégrées. Une communauté qui a tant apporté à la France, matériellement, culturellement, spirituellement, par son ardeur, par son courage et par son dynamisme, et dont témoignent plusieurs dizaines d’élèves, français et portugais, de lycées de la région parisienne qui sont venus aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, vous écouter. (Applaudissements.) J’y vois le gage d’une relation toujours plus étroite entre nos deux nations, entre nos deux peuples, dont le destin est aujourd’hui lié. Il y a une trentaine d’années, en effet, le peuple portugais tournait la page de la dictature et recouvrait la liberté. Les valeurs démocratiques, auxquelles les Portugais n’avaient jamais renoncé, étaient rétablies, les institutions représentatives et le pluralisme politique s’enracinaient, les libertés individuelles et les droits fondamentaux étaient restaurés. Et nous savons tous ici, Monsieur le Président de la République, quel fut votre engagement en ces années cruciales. Douze ans plus tard, votre pays rejoignait l’Europe, sa famille naturelle, dont elle avait été, dans une histoire glorieuse, la sentinelle avancée. On ne peut qu’admirer le chemin parcouru, avec courage, constance et ténacité, et les succès qui en sont les fruits. Nos relations économiques n’ont pas manqué d’accompagner cet essor remarquable, faisant aujourd’hui de la France votre troisième partenaire commercial, et un des tout premiers investisseurs étrangers, employant près de 80 000 personnes dans plus de 400 filiales. Tout se réunissait donc pour relancer un intense dialogue entre nos deux grandes nations, deux grandes nations qui partagent le même attachement à la liberté, à la démocratie, au progrès et à la paix. Il est ainsi naturel que la France et le Portugal soient aujourd’hui l’un pour l’autre, l’un et l’autre, des partenaires majeurs de cette Europe, et même, depuis l’année 2003 et l’institution d’un séminaire gouvernemental annuel, des partenaires privilégiés qui se retrouvent dans de multiples convergences. C’est ainsi que nous entretenons un dialogue intense sur l’évolution de l’Europe et recherchons une approche commune des problématiques européennes. Mais ces convergences, pour n’en citer que quelques autres, ont également pour nom l’Afrique, l’Afrique qui nous tient tant à cœur, où nos deux pays tiennent de l’histoire une longue expérience, et que nous devons aider sur le chemin de la démocratie, sur le chemin de la sécurité et sur la voie du développement. C’est bien animé de cette conviction que votre pays, Monsieur le Président de la République, organisait il y a cinq ans le premier sommet entre nos deux continents. Elles ont aussi pour nom la Méditerranée, à laquelle nous accordons la même priorité, car nous sommes convaincus de son importance pour l’avenir, pour la paix et pour la stabilité de notre continent. Nous reconnaissons la priorité que doit recevoir l’aide publique au développement, car nous savons que nous ne pourrons pas, ni humainement ni politiquement, laisser indéfiniment une part croissante de l’humanité à la misère et à la faim. Mais il est un autre domaine dans lequel la France et le Portugal sont et doivent être plus que jamais des partenaires naturels, celui de la culture et de la diversité culturelle. Qu’il s’agisse de l’éducation, de l’enseignement, des manifestations culturelles, de la radiotélévision, ou encore dans le domaine des sciences, où nous tirons fierté d’être votre premier partenaire, notre coopération est déjà très étroite, nos affinités culturelles si profondes qu’elles se nourrissent dans de nombreux établissements, instituts et fondations ; les liens qui unissent ces établissements sont des liens très forts. Il faut donc poursuivre, poursuivre dans la voie de nos écrivains, de nos penseurs, de nos artistes, qui ont, de très longue date, entretenu de passionnantes conversations. Nos musées en portent témoignage, les succès de vos grands écrivains, nous les vivons comme s’ils étaient nos succès ; vos musiciens, vos artistes de fado sont chez eux en France. Deux nations, deux cultures aussi anciennes que les nôtres, qui ont déjà beaucoup apporté au monde, ont toujours un message à diffuser. Elles partagent le même attachement à leurs langues et aux valeurs qu’elles véhiculent et incarnent ; la même conviction que le monde de demain, pour conserver toute sa richesse, doit permettre le développement et le dialogue de toutes les cultures. Faisons-le ensemble partout où nous le pouvons. Français et Portugais ont noué des liens sur tous les continents, ils ont exercé et exercent des responsabilités à l’échelle de la planète, ils participent à la même entreprise commune en Europe. C’est dire l’importance, l’utilité du rôle de l’amitié luso-française, amitié essentielle pour faire face à tous les enjeux, à tous les défis d’un monde globalisé. Votre visite d’État, Monsieur le Président de la République, témoigne de cette remarquable proximité qui lie Français et Portugais. Au nom de tous les députés, je veux vous exprimer l’attachement qui est le nôtre à cette proximité et formuler le souhait qu’elle soit toujours plus forte. Monsieur le Président de la République, merci d’être ici aujourd’hui avec nous, et je vous invite maintenant à monter à cette tribune et à vous adresser aux Députés français. (Applaudissements.)
DISCOURS DE M. JORGE
SAMPAIO, (En français.) Monsieur le Président, c’est pour moi un grand honneur de répondre à votre invitation et de prendre la parole devant cette Assemblée nationale, où se fait entendre la voix souveraine d’un peuple auquel nous sommes rattachés par tant de liens et de réminiscences. Il s’agit d’un geste ami envers le Portugal, dont j’apprécie particulièrement la signification en tant qu’ancien parlementaire. C’est pourquoi je remercie très chaleureusement tous les représentants d’un pouvoir que Victor Hugo disait être invincible car il condensait en lui toute la force de la nation. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Messieurs les Ambassadeurs – et je salue aussi les étudiants, dont la présence me stimule dans la continuation de ce combat pour la démocratie et la liberté –, en prenant la parole dans ce lieu sacré de la démocratie européenne, je ne puis m’empêcher de ressentir une certaine émotion. Je regarde votre hémicycle et, par un automatisme presque imperceptible, j’aligne des noms et des instants de votre histoire parlementaire – Lamartine, Hugo, Jaurès, Clemenceau – appris au fil de mes lectures de jeunesse et qui, en fin de compte, ont servi d’assises à ma formation en tant qu’être humain et homme politique. Ce faisant, je me souviens avec émotion que c’est dans cette Assemblée nationale, en sa demeure actuelle et dans celles qui l’ont abritée précédemment, qu’ont été ébauchés quelques-uns des traits juridico-constitutionnels qui donnent à l’Europe et aux démocraties le visage éthique que nous leur connaissons aujourd’hui. Cela s’est fait, bien entendu, au cours de cet instant majeur de l’humanité que représente l’élaboration, par vos prédécesseurs, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; mais également, et pour ne citer qu’elles, au cours des batailles généreuses en faveur de la défense des droits individuels, du respect du suffrage universel, de la liberté de la presse, de l’école publique, de l’émancipation sociale des travailleurs et, enfin, de la légalité républicaine. J’appartiens, en effet, à une génération de Portugais qui doivent beaucoup à la culture française et ont établi avec elle, pour le restant de leur vie, un pacte inébranlable d’amitié et de complicité. Sans en avoir réellement conscience alors, nous recherchions dans celle-ci, à travers ses différentes étapes et ses différents auteurs, non seulement des idées et des expériences, mais aussi le réconfort d’une conviction : que notre lutte pour la liberté et la démocratie serait couronnée de succès. Le Portugal vivait, à cette époque-là, sous la chape de plomb d’un régime bloqué par des barrières arbitraires reposant sur la peur qu’il avait lui-même construites au fil des décennies. Ignorant les changements qui se produisaient dans le monde, le vieux dictateur n’avait pas été capable de suivre le courageux exemple du général de Gaulle et, "fier d’être seul", s’était laissé entraîné dans une violente guerre coloniale qui isolait le pays sur le plan diplomatique, hypothéquait son développement et multipliait, simultanément, les mouvements d’exil et d’émigration. Pour la génération universitaire à laquelle j’appartiens, cette période traduit un apprentissage de la citoyenneté, sous la forme de véritables leçons pratiques de vie, que nous remplissions de débats passionnés, de timides actions clandestines ou de fuites aux persécutions policières. Et, une fois encore, comme à d’autres époques, lors de précédentes crises nationales, c’est vers la France que la grande majorité d’entre nous se tournait : vers ses écrivains, vers ses journaux et revues, voire même vers ses polémiques idéologiques. En fin de compte, c’était un chemin auquel nous nous étions habitués, tout jeunes encore, avant d’échanger notre quotidien insouciant contre des préoccupations politiques autrement plus sérieuses, lorsque – à travers des reportages de Radio France Internationale – nous franchissions les Alpes du "Tour" avec Bobet ; au cinéma, nous perfectionnions notre français avec Gabin et Gérard Philipe et nous nous prenions d’amour pour Jeanne Moreau et, plus tard, Catherine Deneuve ; nous partagions fréquemment nos goûts musicaux entre Piaf et Gréco ; ou alors, en compagnie de Brassens, nous visitions le marché de Brive-la-Gaillarde, où il n’était pas rare de croiser quelques "gendarmes mal inspirés". (Sourires.) Par la suite, après avoir rapidement traversé la sinistre Espagne franquiste, la France surgissait – réponse à nos attentes et aux multiples doutes qui nous hantaient – comme la grande porte amie ouverte sur une Europe alors mythique et distante. Nous allions dans vos librairies dépenser nos maigres économies pour acheter des livres bannis au Portugal ; voir, d’affilée, dans les salles de la Rive Gauche ou à la cinémathèque de Langlois, les films décrits dans les Cahiers du Cinéma ; saisir les couleurs, les lignes et les abstractions de vos impressionnistes et de vos cubistes ; ou, tout simplement, pour mettre une touche finale à la fête, respirer la liberté dans une quelconque brasserie de Saint-Germain. Paris était, alors, la patrie de nombreux exilés politiques portugais, que l’on retrouvait dans plusieurs cafés du Quartier Latin, où ils avaient des places pour ainsi dire réservées et qu’ils choisissaient en fonction de leur credo idéologique. Ils tentaient de survivre économiquement en donnant des cours (le plus connu d’entre eux était Mario Soares) ou grâce à des petits boulots occasionnels, notamment comme concierges de nuit d’hôtels modestes, où ils amélioraient leurs connaissances linguistiques et usaient de stratagèmes pour organiser de petites réunions de conspiration avec les compatriotes tout juste arrivés de Lisbonne. De retour au pays, nous lisions L’Express de Servan-Schreiber et le Bloc-notes de Mauriac, qui allait, c’est indéniable, renforcer la volonté de décolonisation de beaucoup d’entre nous ; nous discutions Camus et son humanisme ; nous puisions chez Mendès France la garantie de la compatibilité entre la politique et l’éthique ; soutenus par les catholiques de gauche, nous établissions des ponts avec la revue Esprit de Mounier ; avec plus d’emportement, nous débattions les positions de deux de vos penseurs dont on célèbre le centenaire, nous répartissant entre ceux qui, comme ici d’ailleurs, préféraient errer avec Sartre plutôt qu’avoir raison avec Aron ; émus, nous lisions les mots de Malraux sur l’entrée au Panthéon de Jean Moulin (que nous considérions également comme l’un des nôtres) accompagné par son "terrible cortège du peuple né de l’ombre". Nous appartenions, il est vrai, au groupe privilégié qui avait eu la chance d’accéder à l’enseignement universitaire et, par la suite, aux professions libérales. Ainsi, lorsque nous venions à Paris, nous croisions la triste réalité de l’exode des années soixante, qui obligeait des centaines de milliers de Portugais à traverser clandestinement les frontières ibériques pour trouver, dans les pénibles travaux de construction de votre prospérité, une perspective d’avenir, révélant simultanément l’image cachée d’un pays qui se vidait de ses hommes, de ses ressources et de ses espoirs. Le temps, qui nous semblait insupportablement long et presque suspendu, fabriquait, cependant, sa toile d’événements et d’impondérables. C’est ainsi que, ayant passé trois jours à huis clos dans un conclave de conspiration en France, organisé quelque part non loin d’ici, je pense, avec mille soins et dans le plus grand des secrets, entre oppositions portugaises de l’intérieur et de l’extérieur, pour tracer les stratégies d’un avenir que personne n’imaginait immédiat, j’achète en rentrant à Paris le journal Le Monde et y apprends que le vieux dictateur est malencontreusement tombé de sa chaise. Ainsi se refermait, par un simple fait divers banal aux allures de vaudeville, un long chapitre de la vie portugaise et commençait – pour le régime – une agonie qui durerait encore sept longues années jusqu’à ce matin inattendu et libérateur de la Révolution d’Avril. Vous me pardonnerez cette évocation, assurément longue, de mes souvenirs et de mon expérience personnelle d’une époque qui, pour beaucoup d’entre vous, paraîtra lointaine. (Pour moi, c’est comme si c’était hier). Mais j’ai décidé de faire ce détour en guise d’hommage, simple mais sincère, d’une génération portugaise, ma génération, dans cette maison de la liberté, à la France solidaire et fraternelle, seconde patrie de tant de Portugais, pour lui exprimer notre éternelle reconnaissance. (Applaudissements.) (En portugais.) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, le Portugal que j’ai l’honneur de représenter ici aujourd’hui a su, depuis lors, consolider pleinement sa démocratie, réaliser de profondes transformations, briguer le progrès et la modernité. Le chemin n’a pas été facile, car, dans le contexte d’une grave crise énergétique internationale, il a fallu gérer, au début, de profondes tensions politiques, modérer les utopies et, simultanément, absorber, de façon organisée et révélatrice de la capacité d’intégration d’un peuple au long passé, presque un dixième de sa population, déplacé d’Afrique par le démantèlement tardif de l’Empire. En ces moments fondateurs de la nouvelle démocratie portugaise, l’adhésion à ce que l’on appelait alors la Communauté européenne a joué un rôle décisif, en garantissant l’irréversibilité du processus démocratique entrepris par le pays et l’appui indispensable pour réaliser les importantes tâches de rénovation, elles aussi bénéfiques – comme l’a été la PAC en France – à la cohésion souhaitable de l’espace européen. Entraîné pendant des siècles, par sa géographie et son histoire, dans l’exaltante aventure des découvertes, le Portugal revenait ainsi dans le giron de l’Europe, dont il avait, en fin de compte, aidé à diffuser les valeurs et la culture auprès d’autres peuples et sur d’autres continents. Cette option politique a été prise sur la base d’un consensus entre partis presque unique en son genre, avec l’heureuse sensation que seule celle-ci permettrait au pays de mobiliser les énergies nécessaires aux profondes transformations internes et de répondre correctement aux défis externes, en élargissant les échanges et les ententes. La participation au projet d’intégration européenne a permis aux Portugais d’entrer dans une nouvelle ère, en comptant sur l’appui lucide, en ces débuts difficiles, d’un Français à qui l’Europe doit beaucoup – Jacques Delors. Celle-ci a permis de mettre un terme à un isolement diplomatique contraire à la tradition séculaire d’un peuple ; elle a facilité l’ouverture de voies de développement longtemps ajournées ; elle a renforcé la mentalité ouverte et exigeante de la population ; elle a permis d’obtenir des droits de citoyenneté en faveur des vastes populations émigrantes ; elle a agrandi l’espace national d’intervention extérieure, notamment dans les zones où la présence historique des Portugais est ancienne et avec lesquelles nous maintenons aujourd’hui de très étroits liens d’amitié. Alors que l’Europe traverse actuellement une période complexe et, assurément, fondamentale pour l’avenir de son projet, il convient de mentionner l’expérience portugaise et de rendre hommage à deux Français – Monnet et Schuman – qui ont su écarter les scepticismes et concevoir l’idée généreuse d’un continent finalement en paix, solidaire et uni dans sa diversité. Ce qui n’était alors, pour beaucoup, qu’une utopie irréalisable, constitue aujourd’hui une victoire du multilatéralisme et du droit et, sans aucun doute, la construction politico-diplomatique la plus remarquable d’un siècle fait d’ombres et, dans une large mesure, maudit. Pour cette raison, alors que la conjoncture internationale nous lance de nouveaux défis, menaces, risques et responsabilités, il serait utile de regarder en arrière et d’observer le chemin déjà parcouru, pour en retirer des leçons et, surtout, la confiance nécessaire à l’accomplissement de notre destin commun d’Européens. Car, malgré certaines hésitations sans raison d’être, il est important de mettre en avant – outre ce bien sans prix que représente la paix – l’ensemble des progrès que le projet intégrateur a jusqu’ici réalisés : je pense à l’élargissement à l’Est, qui a corrigé d’inacceptables fractures sur notre continent ; à la réalisation du marché unique, base de prospérité et de coopérations ; à la création de la monnaie unique, extraordinaire moment fédérateur, ainsi qu’à l’établissement de la citoyenneté européenne ; je pense, enfin, au renforcement permanent de la politique régionale, instrument indispensable à la cohésion et à la solidité du territoire européen. En paraphrasant Monnet qui, dans une période elle aussi difficile, insistait sur le besoin de continuer, de "continuer toujours avec détermination", il nous incombe à tous, responsables politiques ou simples citoyens, de faire en sorte que l’Europe occupe, dans ce monde actuel en constante transformation, la position d’intervention et d’influence qui lui revient, en vertu de son histoire, de ses valeurs, de ses capacités intrinsèques et de ses intérêts. Et si le processus de construction européenne est parvenu, certes de façon pas toujours linéaire, à définir et à exécuter des objectifs répondant à de profondes modifications géostratégiques et sociétales, il importe que ses décideurs – dans les diverses institutions où ils se répartissent – s’intéressent le plus rapidement possible à l’établissement d’un espace public européen effectif. En réalité, il reste encore beaucoup à faire, dans tous les États membres, avant que ne s’exercent, de façon différente et éclairée, les devoirs de participation résultant de la nouvelle citoyenneté à l’échelle du continent. L’exercice de ces devoirs nous permettrait, à tous, de mieux prendre conscience non seulement des réalisations et des finalités de l’entreprise qui nous réunit, mais encore de notre diversité culturelle, en vue de la création d’un indispensable lien affectif entre chacun d’entre nous et cette grande patrie, qui est aussi notre seconde patrie. Dans ce contexte, nous voulons que le débat au Portugal tente de clarifier et de mieux faire connaître les objectifs essentiels du projet européen et ne soit pas entravé par des controverses ou des émotions qui lui sont étrangères. Pour ce faire, nous insistons auprès de nos citoyens sur le fait qu’il s’agit d’un moment extrêmement délicat pour notre parcours commun et que les blocages ou les éventuels reculs, tout aussi légitimes que puissent être les doutes de certains, ne contribuent pas à l’objectif prioritaire de protéger la normalité de ce processus. D’autant plus que – nous n’avons de cesse de faire passer ce message à tous ceux qui constituent l’opinion publique portugaise –, dans ce siècle qui vient à peine de commencer, le temps est, chaque fois plus, pour les décideurs politiques, un bien rare, raison pour laquelle il importe surtout de prôner, sans plus tarder, une affirmation accrue de la capacité européenne : tant sur le plan de la cohésion interne que sur l’échiquier international, aujourd’hui secoué par les réalités contradictoires de la mondialisation et par l’érosion préoccupante du système multilatéral. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, unis par une relation historique très ancienne, le Portugal et la France ont souvent été sur la même ligne de défense des priorités et des stratégies, tant sur le plan bilatéral que dans le cadre de l’Union européenne. En effet, nous partageons, malgré des intérêts et des sensibilités propres à chacun, une approche identique sur diverses matières et nous coopérons de façon étroite à la définition de positions et de politiques communes. Ainsi, nous souhaitons préserver l’unité de l’action européenne, comme il est fait mention dans le Traité, car c’est d’elle que dépendra en grande partie sa capacité d’intervention extérieure ; nous sommes préoccupés par la persistance impunie des nombreuses atteintes aux droits de l’homme, qui défient les normes éthiques et politiques de la communauté internationale et dont le Darfour n’est que l’exemple le plus récent ; nous sommes alarmés par les énormes et insupportables poches de pauvreté disséminées dans le monde, ainsi que par la fragilité de la lutte contre les pandémies qui déciment les populations et hypothèquent l’avenir de plusieurs États ; nous sommes inquiets de l’absence de règles face à une mondialisation porteuse de potentialités, mais également de terribles exclusions ; nous observons avec appréhension le phénomène du chômage et les secousses qui ébranlent le modèle social européen, patiemment conquis ; enfin, nous suivons avec beaucoup d’espoir le processus de réforme du système des Nations Unies, car de sa consolidation dépendra le renforcement de la légalité internationale. En parallèle, parce que nous sommes détenteurs d’expériences historiques semblables et que nous provenons de la même matrice culturelle latine, où nous puisons valeurs et sensibilités, nous nous sommes engagés ensemble dans la défense d’un cadre de relations plus ambitieux avec les pays du Bassin méditerranéen, en insistant sur l’urgence de stratégies porteuses de développement et de sécurité commune, ainsi que d’un dialogue respectant les différentes traditions culturelles et religieuses ; nous n’avons de cesse d’attirer l’attention de nos partenaires et alliés sur la nécessité de ne pas abandonner une partie de l’Afrique subsaharienne à son triste sort ; nous soutenons les politiques européennes de resserrement des relations avec l’Amérique Latine, en particulier avec le Mercosur, importante initiative d’intégration régionale. Bien évidemment, dans notre village planétaire, où il n’est désormais plus possible d’utiliser l’alibi d’une éventuelle méconnaissance de la réalité, les grandes questions du quotidien international nous interpellent et nous mobilisent également. Et puisque l’Atlantique continue d’être, pour le Portugal, la voie stratégique de communication tracée par l’Histoire, il est facile de comprendre que nous préconisions un dialogue normalisé entre l’Europe et les États-Unis, basé sur le respect mutuel et sur des valeurs communes, sans arrogances, impositions ou méfiances, car seul ce cadre d’entente favorisera l’entraide et la coopération nécessaires à la résolution des problèmes d’un monde chaque fois plus réfractaire aux hégémonies, au sein desquelles naissent de nouveaux et puissants pouvoirs régionaux. Ainsi l’exige – pour ne citer que les situations particulièrement urgentes – l’agenda actuel, en vue de parvenir à normaliser une conjoncture internationale complexe et à lutter efficacement, sur les fronts du développement et de la sécurité, contre le méga-terrorisme et le crime organisé. Ainsi l’exige, en fin de compte, une obligation incontournable de résultat, pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien et pour créer des conditions de stabilité et de sécurité au Proche et au Moyen-Orient. (En français.) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, il est naturel que deux des plus anciennes nations européennes, épargnées des crispations et des contentieux qui ont amené et amènent, parfois, des voisins géographiques à modifier le cours de l’histoire, entretiennent d’étroites relations bilatérales dans divers domaines – de la politique à la culture –, multipliant ainsi les échanges entre leurs peuples. C’est ce qui se passe aujourd’hui entre la France et le Portugal. Tout d’abord, sur le plan des relations humaines. Votre pays abrite l’une des plus importantes communautés portugaises, dont les membres ont su gagner, par leur capacité de travail, l’honnêteté de leur conduite et la cordialité de leur caractère, le respect du peuple français. (Applaudissements.) Arrivés dans des conditions pénibles, ils sont rapidement parvenus à adapter leur provenance rurale généralisée aux exigences des grandes métropoles et à atteindre une prospérité et une position dont ils peuvent aujourd’hui, à juste titre, s’enorgueillir. Leur intégration méritoire dans la société française ne fait que conforter mon message, maintes fois répété, selon lequel ils pourraient – je dirai même : ils devraient – être de bons Français, participant activement à la vie locale, tout en restant pleinement fidèles à leurs origines et à leurs racines nationales. Vous permettrez que, devant cette assemblée dont beaucoup sont déjà électeurs, je salue les immigrés portugais de cette période difficile, aujourd’hui à la retraite (Applaudissements), mais qui sont les véritables précurseurs de l’actuelle citoyenneté européenne, ainsi que leurs descendants de la deuxième et de la troisième générations, qui se sont tout naturellement intégrés dans les divers domaines d’activité de la vie française, notamment dans le monde culturel et dans la sphère politique. Sur le plan des relations politiques, au-delà de la traditionnelle entente, déjà mentionnée, en tant que partenaires de l’Union européenne, l’orientation inaltérable du renforcement des liens bilatéraux se consolide, grâce à une ligne de concertation et de dialogue permanente. C’est ce que démontrent clairement les fréquents contacts à divers niveaux entre les deux États et la récente et heureuse création de sommets entre gouvernements. En matière de relations économiques, la France occupe, depuis quelques années, une des trois premières places comme fournisseur, investisseur et client. Le volume commercial commun présente déjà une importance relative remarquable dans le contexte des échanges internationaux des deux pays. À celui-ci, il faut ajouter un flux touristique appréciable, qui génère non seulement des devises, mais également des liens affectifs et, bien entendu, des rapprochements. Dans le domaine culturel, la littérature, le cinéma et la musique contemporaine du Portugal attirent un public français de plus en plus étendu et intéressé ; en ce qui nous concerne, nous sommes entièrement disponibles pour soutenir des initiatives qui aident à corriger des uniformisations souvent appauvrissantes, en ravivant l’attention que méritent votre culture et vos créateurs actuels. (Applaudissements.) Cette base d’amitié commune, dont j’ai si brièvement fait état, nous impose l’obligation indiscutable d’assurer une volonté politique capable d’élargir les coopérations et les accords actuels, notamment sous la forme de partenariats stratégiques à l’intérieur et à l’extérieur de l’espace européen. Nous disposons, pour ce faire, d’un vaste espace au service de la capacité réciproque de réalisation de nos sociétés : qu’il s’agisse de créer une dynamique d’entreprise plus sûre d’elle-même, notamment en tirant parti des expériences utiles obtenues sur d’autres marchés, qu’il s’agisse de préconiser une plus grande activité d’échanges entre nos centres universitaires et scientifiques ; ou qu’il s’agisse encore de susciter une diversification des synergies entre l’espace francophone et l’espace lusophone ; à ce propos, l’espace lusophone réunit déjà, dans le cadre des structures de concertation diplomatique de la Communauté des pays de langue portugaise, huit pays sur quatre continents et deux cents millions de personnes liées entre elles par la même langue. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, un écrivain portugais a écrit que « l’universel, c’est le local sans les murs ». Dans l’espace européen solidaire de nos jours, il n’existe pas de murs entre la France et le Portugal. Ceci étant, osons être ambitieux dans le développement de nos relations : ainsi l’exigent l’histoire commune de notre latinité partagée et cette notion d’Europe, conçue chez vous, que, j’en suis convaincu, nous parviendrons, sur une base de coopération et de confiance, à poursuivre et à exalter. Je vous remercie. (Mmes et MM. les Députés, ainsi que Mmes et MM. les membres du Gouvernement, se lèvent et applaudissent.) Partie du discours de M.
Jorge SAmpaio, Senhor Presidente, Senhoras e Senhores Deputados, O Portugal que hoje com orgulho aqui represento soube, desde então, consolidar caminhos de democracia plena, assumir profundas transformações, buscar progresso e modernidade. Não foi um trajecto fácil, pois, sob o pano de fundo de uma grave crise energética internacional, houve que gerir, de início, agudas tensões políticas, moderar utopias e, ao mesmo tempo, absorver de uma forma ordenada, reveladora da capacidade de integração de um velho povo, quase um décimo da sua população, deslocada de África pelo desmantelamento tardio do Império. Nesses momentos fundadores da nova democracia portuguesa, a adesão à então Comunidade Europeia ocupou um lugar decisivo, pois com ela garantiu-se a irreversibilidade do rumo democrático do país e o indispensável apoio para as importantes tarefas renovadoras, afinal também benéficas – como foi a "PAC" em França – para a desejável coesão do espaço europeu. Empurrado durante séculos, pela geografia e pela história, para a exaltante aventura dos descobrimentos, Portugal retornava assim à matriz europeia, cujos valores e cultura ajudara afinal a difundir em outros continentes e povos. Esta foi uma opção política assente num raro consenso partidário e na feliz percepção que só através dela o país poderia mobilizar energias para as extensas transformações internas e responder adequadamente aos desafios externos, alargando intercâmbios e entendimentos. A participação no projecto integrador europeu iria abrir um novo tempo para os portugueses, que contaram nesse início difícil com a ajuda lúcida de um francês a quem a Europa muito deve – Jacques Delors. Com ela se pôs termo a um isolamento diplomático contrário à antiquíssima tradição de um povo; se tornou possível abrir rumos de desenvolvimento longamente adiados; se reforçou na população uma mentalidade aberta e exigente; se obtiveram direitos de cidadania para as extensas comunidades emigrantes; se alargou o espação nacional de intervenção externa, designadamente em áreas de antiga presença histórica, com quem hoje mantemos relações da mais estreita amizade. Neste periodo complexo que a Europa agora atravessa, seguramente de fulcral importância para o futuro do seu projecto, valerá a pena referir a experiência portuguesa e prestar homenagem aos dois franceses – Monnet e Schuman – que souberam afastar cepticismos e conceber a ideia generosa de um continente finalmente em paz, solidário e unido na sua diversidade. O que então para muitos era utopia irrealizável, configura hoje um triunfante momento do multilateralismo e do direito, constituindo sem qualquer dúvida a construção político-diplomática mais notável de um século manchado de sombras e, em larga medida, maldito. Por isso, num momento em que a conjuntura internacional nos coloca perante inéditos desafios, ameaças, riscos e responsabilidades, será útil olhar para trás para o caminho já percorrido e retirar dele ensinamentos e, sobretudo, confiança para cumprir o nosso destino comum de europeus. Porque apesar de algumas desnecessárias hesitações, importa reconhecer – para além desse bem sem preço que é a paz – o inventário de progresso que o projecto integrador vem registando: penso no alargamento a leste, corrigindo fracturas inaceitáveis do nosso continente; na realização do mercado único, base de prosperidade e cooperações; na criação da moeda única, extraordinário momento federador, e no estabelecimento da cidadania europeia; penso enfim no continuado reforço da política regional, instrumento indispensável para a coesão e para a solidez do território europeu. Seguindo Monnet – que numa altura também difícil – advertia que era preciso continuar, "continuar sempre com determinação", cabe-nos a todos, responsáveis políticos ou simples cidadãos, contribuir para que a Europa possa ocupar no mundo em acelerada mudança dos nossos dias o lugar de intervenção e influência que lhe é devido – pela sua história, pelos seus valores, pelas suas próprias capacidades e interesses. E se o processo de construção europeia tem conseguido, decerto nem sempre de forma linear, definir e executar objectivos em resposta a profundas alterações geo-estratégicas e societais, importa que os seus decisores – nas varias Instituições por que se repartem – prestem uma mais urgente atenção ao estabelecimento de um efectivo espaço público europeu. Na verdade, muito há ainda a fazer, em todos os Estados membros, para um diferente e esclarecido exercício dos deveres de participação resultantes da nova cidadania à escala do continente. Este será o meio de favorecer uma mais partilhada consciência não só das realizações e finalidades do empreendimento que nos reúne, como ainda da nossa diversidade cultural, com vista à criação de um indispensável vínculo afectivo de cada um para com a sua grande e segunda pátria. Neste contexto, temos procurado que o debate em Portugal contribua para clarificar e dar a conhecer melhor as metas essenciais do projecto europeu, não se deixando perturbar por controvérsias ou emoções que lhe devam ser estranhas. Por isso, temos insistido junto dos nossos cidadãos ser este um momento de extremo melindre para o nosso percurso comum, em que bloqueios ou eventuais recuos, por mais legítimas que possam ser algumas das suas dúvidas, não servem a necessidade prioritária de proteger a normalidade deste processo. Até porque – temo-lo referido a uns e outros da opinião pública portuguesa –, neste novo século, tão mal começado, o tempo é cada vez mais para os decisores políticos um bem escasso, pelo que importa sobretudo favorecer com urgência uma maior afirmação da capacidade europeia: tanto no piano da coesão interna, como no domínio internacional, agora sacudido pelas realidades contraditórias da mundialização e pelo preocupante desgaste do sistema multilateral. Senhor Presidente, Senhoras e Senhores Deputados, Ligados por uma antiquíssima relação histórica, Portugal e a França têm-se encontrado com frequência na mesma linha de defesa de prioridades e estratégias, tanto no plano bilateral, como no quadro da União Europeia. Partilhamos, com efeito, naturalmente sem prejuízo de interesses e sensibilidades próprias, idênticas abordagens em diversas matérias, cooperando de forma estreita na formação de posições ou políticas comuns. Preocupa-nos, assim, a preservação de uma unidade de acção europeia, afinal inscrita no Tratado, porque dela dependerá muito da sua capacidade de intervenção externa; olhamos com alarme a impune persistência de numerosas violações dos Direitos do Homem, de que Darfur é apenas o exemplo mais recente, num desafio ao normativo ético e político da comunidade internacional; angustiam-nos as extensas e insuportáveis manchas de pobreza que afectam o mundo, bem como a fragilidade do combate às pandemias que dizimam populações e hipotecam o futuro de vários Estados; inquieta-nos a ausência de regras perante uma mundialização portadora de potencialidades mas também de perigosas exclusões; vemos com apreensão o fenómeno do desemprego e os abalos que vêm sacudindo o modelo social europeu, pacientemente conquistado; enfim, acompanhamos com expectativa o processo de reforma do sistema das Nações Unidas, por cuja consolidação passará o reforço da legalidade internacional. Em paralelo, porque somos detentores de semelhantes experiências históricas e derivamos da mesma matriz cultural latina, de onde colhemos valores e sensibilidades, temo-nos empenhado conjuntamente na defesa de um mais ambicioso quadro de relacionamentos com os países da área mediterrânica, insistindo pela urgência de estratégias portadoras de desenvolvimento e de segurança comum e de um diálogo respeitador de diferentes tradições culturais e religiosas; vimos chamando a atenção de parceiros e aliados para a necessidade de não se abandonar parte da África sub-sahariana a um destino de infelicidade; temos apoiado as políticas europeias de estreitamento das relações com a América Latina, designadamente com o Mercosul, importante iniciativa de integração regional. Decerto que nesta nossa aldeia planetária, onde não mais será possível lançar mão do álibi de um eventual desconhecimento da realidade, também as grandes questões do quotidiano internacional nos interpelam e nos mobilizam. E porque o Atlântico continua a ser para Portugal a via estratégica de comunicação que a História lhe abriu, compreender-se-á que apoiemos entre a Europa e os EUA um diálogo normalizado, assente no respeito mútuo e nos valores comuns, sem arrogâncias, imposições ou desconfianças, pois só este quadro de entendimento permitirá uma desejável entre-ajuda e cooperação para fazer face aos problemas de um mundo cada vez mais refractário a hegemonias, em que emergem novos e pujantes poderes regionais. Pede-o – apenas para citar situações de urgência singular – a actual agenda para uma desejável normalização da complexa conjuntura internacional e para um combate eficaz, nas frentes do desenvolvimento e da segurança, ao mega terrorismo e ao crime organizado. Pede-o, afinal uma inadiável obrigação de resultado para pôr termo ao conflito israelo-palestiniano e para criar condições de estabilidade e segurança no Prõximo e no Médio Oriente. _________________________________________
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