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AMBASSADE DE FRANCE AU PORTUGAL - MISSION ÉCONOMIQUE
Situation économique et financière du Portugal au DÉBUT 2005
Fiche
actualisée au 21 mars 2005
Des progrès remarquables qui buttent sur
des obstacles structurels non surmontés
Après la
récession observée en 2003 et la reprise modeste de 2004, la
conjoncture économique du Portugal reste morose. Le nouveau
gouvernement doit s'attaquer aux obstacles de nature structurelle
qui empêchent ce pays de retrouver la voie de la convergence avec
ses partenaires européens.
Après avoir connu
un rythme de croissance variable mais soutenu depuis son accession à
la Communauté européenne en 1986, le Portugal est entré dans une
période prolongée de ralentissement depuis le second semestre 2000.
Le rythme de croissance du PIB a chuté en 2001 et 2002, il est
devenu négatif en 2003 et a été inférieur à la moyenne européenne en
2004. Alors que le PIB portugais avait sans discontinuité convergé
vers la moyenne européenne jusqu'en 2000, atteignant 75% de la
moyenne communautaire (à 15), il diverge depuis lors, se situant
dorénavant autours de 72%.
Entre 1986 et 2000
le Portugal a largement bénéficié non seulement des financements
communautaires, mais aussi d'un flux élevé d'investissements directs
étrangers, de transferts financiers importants des populations
immigrées, des recettes des privatisations et de l'ouverture des
marchés extérieurs. Cela a permis une amélioration sensible du
niveau de vie de la population et des infrastructures du pays sans
que certains obstacles structurels limitant le potentiel de
croissance ne soient réglés.
Les progrès n'ont
pas été uniformes et certains retards persistent ; le système
éducatif, le système de santé et la justice nécessitent
d’importantes améliorations. Par ailleurs, le poids de la fonction
publique reste élevé, les dépenses affectées au paiement des
salaires et retraites absorbent l'essentiel des recettes
budgétaires. L'Etat rencontre en outre beaucoup de difficultés à
percevoir l'impôt, limitant ainsi sérieusement ses marges de
manoeuvre.
Une croissance inférieure à la moyenne
européenne dans une conjoncture incertaine
L'année 2004 s'est
terminée sur des résultats décevants. La croissance du PIB a été
positive, mais modeste (1,0%), elle provient dans une large mesure
de la reprise de la demande intérieure (+2,1%) alors que les
autorités s'attendaient à une reprise fondée sur la demande
extérieure. Il en résulte une forte augmentation des importations de
bien et services (+7,0%) et une dégradation des comptes externes en
dépit du bon comportement des exportations (+5,0%).
Traditionnellement déficitaire, le solde de la balance des paiements
courants et de la balance des capitaux est passé de -3,3% du PIB en
2003 à - 5,1% en 2004. L'endettement des ménages et des entreprises,
déjà très élevé mais qui se stabilisait depuis 2002, est reparti à
la hausse. Les prix sont stabilisés à un niveau faible pour le
Portugal (2,5%) alors que le chômage poursuit sa progression (7,1%
fin décembre), mais reste inférieur à la moyenne européenne.
En dehors des salaires de la fonction
publique, aucune modération salariale n'a été observée en 2004.
Cette évolution, associée à la faible productivité du travail (64%
de la moyenne européenne), a pour conséquence une détérioration de
la compétitivité du Portugal.
Le nouveau ministre de finances, M.
Campos e Cunha, hérite d'une situation délicate
Le nouveau ministre des finances hérite
d'une situation difficile dans la mesure où les hypothèses sur
lesquelles a été bâti le budget 2005 sont loin de se confirmer. Les
recettes y sont surévaluées et les dépenses sous évaluées. Eurostat
n'a pas encore homologué les recettes exceptionnelles encaissées fin
2004 pour que le déficit public soit maintenu sous la barre des 3%
du PIB. Tous les économistes s'accordent en outre sur fait que le
modèle de croissance, basé sur la demande des ménages, n'est pas
viable à moyen et long terme en raison du niveau très élevé
d'endettement des ménages.
Le Premier ministre a demandé au
gouverneur de la Banque du Portugal de présider une commission
chargée d'évaluer l'état des finances publiques portugaises. Le
Ministre des finances va par la suite devoir préparer un correctif
budgétaire qui comprendra non seulement des réductions de dépenses,
mais surtout une augmentation des recettes. Il n'a d'ores et déjà
pas exclu d'augmenter certains impôts et devra rapidement trouver
les moyens de faire mieux rentrer les recettes fiscales.
Le nouveau Premier ministre, M.
José Socrates a annoncé un plan de redressement économique en cinq
points :
- la
récupération de la confiance qui devrait bénéficier de la stabilité
politique attendue au cours des prochaines années ;
- un plan
technologique misant sur des investissements importants dans les
domaines de l'innovation, les nouvelles technologies, la formation
et la recherche – développement ;
- l'efficacité
des investissements des entreprises en éliminant les obstacles
bureaucratiques et les entraves à la concurrence ;
- la
consolidation des finances publiques sur la période de la
législature en contrôlant mieux les dépenses et en assurant une
meilleure rentrée des recettes ;
- la
modernisation de l'administration publique en réduisant le nombre
des fonctionnaires et en harmonisant les statuts avec ceux du
secteur privé.
Ce programme devra
être réalisé en tenant compte des contraintes budgétaires qui
limitent fortement les marges de manoeuvre du nouveau gouvernement.
Les décisions qui ont été prises sur la révision du Pacte de
stabilité et de croissance sont, dans ce cadre, particulièrement
importantes pour la réalisation de programme électoral et
entreprendre les réformes indispensables pour assurer le retour à la
croissance. La négociation des perspectives financières pour la
période 2007 / 2013 détermineront quant à elle les montants qui
seront transférés par l'Europe au Portugal dans le cadre du prochain
Cadre communautaire d'appui.
Dans ce contexte
européen et mondial de plus en plus concurrentiel, le Portugal devra
donc avant tout se montrer plus attractif pour les investissements
directs étrangers, pour développer ses exportations de bien et
services, pour accueillir un nombre toujours plus importants de
touristes disposant de revenus élevé, et disposer ainsi des moyens
de ses ambitions. La stabilité politique à venir, la volonté du
nouveau Premier ministre de redonner confiance aux portugais, les
politiques ambitieuses en matière d'investissement public et de
rattrapage technologique devraient, à moyen terme, avoir un impact
positif sur la croissance et permettre au Portugal de retrouver un
rythme de croissance conforme à son potentiel et lui permettant de
retrouver la voie de la convergence avec la moyenne de l'Union
européenne. |