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Alexis, Charles, Henri CLÉREL DE TOCQUEVILLE

(1805 - 1859)

Informations générales
  • Né le 29/07/1805 à VERNEUIL (EURE - FRANCE)
  • Décédé le 16/04/1859 à CANNES (ALPES-MARITIMES - FRANCE)

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • 02/03/1839 - 12/06/1842 : Manche - Indépendant

    09/07/1842 - 06/07/1846 : Manche - Indépendants

    01/08/1846 - 24/02/1848 : Manche - Indépendants

    23/04/1848 - 26/05/1849 : Manche - Centre droit

    13/05/1849 - 02/12/1851 : Manche - Droite

Biographie

  • Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

    Député de 1839 à 1848, représentant en 1848 et en 1849, et ministre, né à Verneuil (Seine-et-Oise) le 29 juillet 1805, mort à Cannes (Alpes-Maritimes) le 16 avril 1859, fils d'Hervé Clérel de Tocqueville (1772-1856), pair de France, Alexis de Tocqueville passa son enfance au château de Verneuil, près de Mantes.

    Ses études terminées au collège de Metz, il se rendit à Paris (1823) pour y étudier le droit, se fit recevoir licencié (1826), et voyagea en Italie et en Sicile. Nommé, le 5 avril 1827, juge auditeur au tribunal de Versailles, il se lia d'une étroite amitié avec un jeune substitut, M. Gustave de Beaumont, qu'il associa à ses travaux et à ses recherches historiques.

    Il se déclara contre le ministère Polignac, prêta serment à la monarchie de Juillet, et, peu après, obtint du ministre de l'Intérieur, M. de Montalivet, d'être envoyé avec M. de Beaumont aux Etats-Unis pour y étudier la question pénitentiaire. Son séjour en Amérique dura une année (2 avril 1831-mars 1832).

    De retour en France, les deux voyageurs publièrent en commun le résultat de leur mission officielle sous ce titre : Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application (1832). Cet important travail fut couronné par l'Académie française.

    Peu après, M. de Beaumont ayant été destitué pour avoir refusé de prendre la parole dans l'affaire de la baronne de Feuchères, M. de Tocqueville saisit cette occasion pour donner sa démission et renoncer à une carrière qui était peu dans ses goûts (21 mai). Il se fit inscrire sur le tableau de l'ordre des avocats, plaida quelques causes, notamment celle de M. de Kergorlay, compromis dans l'affaire légitimiste du Carlo-Alberto, voyagea en Angleterre, et se livra, de 1832 à 1834, à la composition de l'ouvrage la Démocratie en Amérique, qui devait fonder sa réputation et dont le succès fut très vif. Couronné par l'Académie, hautement loué par Royer-Collard qui déclara que « rien de pareil n'avait paru depuis Montesquieu », ce livre valut à son auteur l'accueil le plus flatteur de la part de la société anglaise et irlandaise : les cercles aristocratiques de Londres comme les meetings populaires se disputèrent sa présence. Tocqueville épousa (octobre 1835) une jeune Anglaise, miss Motley.

    Chevalier de la Légion d'honneur le 6 juin 1837, membre de l'Académie des sciences morales et politiques (6 janvier 1838), il s'était présenté pour la première fois à la députation le 4 novembre 1837, dans le 4e collège de la Manche (Valognes) : il y obtint 200 voix contre 245 à M. Le Marois, élu.

    Il fut plus heureux le 2 mars 1839 ; élu député de Valognes par 317 voix (560 votants, 649 inscrits), contre 241 à M. Le Marois, député sortant, (il avait repoussé l'appui du ministère Molé), il prit à la Chambre une attitude indépendante, et se mêla activement aux travaux parlementaires, « où sa parole élégante, élevée, nourrie, dit un historien, avait quelque chose d'un peu tendre, laborieux et terne. » Ses rapports sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies (1839), sur l'organisation et la réforme des prisons (1840) furent très remarqués. Chargé, par la commission compétente, d'examiner la situation de l'Algérie, il visita cette colonie à deux reprises (1841 et 1846), et posa dans son rapport des principes nouveaux en matière de colonisation.

    Réélu, le 9 juillet 1842, par 465 voix (644 votants, 741 inscrits), contre 177 à M. Le Marois, il combattit, lors de la discussion de la loi de régence (18 août 1842), le système, présenté par le gouvernement.

    En 1843, il inséra dans le Siècle plusieurs articles favorables à l'abolition de l'esclavage, et se déclara aussi pour la liberté de l'enseignement (1844) et pour le système du libre-échange.

    Fondateur d'un nouveau journal, le Commerce, destiné à être l'organe de l'opposition indépendante qu'il rêvait, il obtint encore sa réélection, le 1er août 1846, par 409 voix (495 votants, 770 inscrits), contre 70 à M. Le Marois. Il n'hésita plus à se déclare nettement contre le ministère Guizot, et, dans un discours du 27 janvier 1848, il prononça ces paroles : « On prétend qu'il n'y a point de péril parce qu'il n'y a point d'émeute. Permettez-moi de vous dire que vous vous trompez. Sans doute le désordre n'est point dans les faits; mais il est entré profondément dans les esprits... Est-ce que vous ne sentez pas, par une sorte d'intuition instinctive, que le sol tremble de nouveau en Europe ? Est-ce que vous n'apercevez pas, que dirai-je ? un vent de révolution qui est dans l'air ? Ce vent, on ne sait où il naît, d'où il vient, ni, croyez-le bien, qui il enlève. Et c'est dans de pareils temps que vous restez calmes en présence de la dégradation des mœurs publiques ! »

    Les prévisions de l'orateur furent bientôt justifiées, et M. de Tocqueville fut envoyé, le 23 avril 1848, à l'Assemblée constituante par le département de la Manche, le 3e sur 15, par 110 764 voix. Il travailla à entourer la République d'institutions conservatrices, fit partie du comité de l'instruction publique, et vota presque constamment avec la droite :
    - pour le rétablissement du cautionnement et de la contrainte par corps,
    - pour les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière,
    - contre l'amendement Grévy,
    - contre le droit au travail,
    - pour l'ordre du jour en l'honneur de Cavaignac,
    - pour la proposition Rateau,
    - pour l'interdiction des clubs,
    - pour les crédits de l'expédition romaine,
    - contre l'amnistie, etc.

    Il fit aussi partie du comité de constitution, attaqua les doctrines socialistes, parla avec chaleur contre l'amendement Grévy, adjurant l'Assemblée de ne pas se méfier du peuple et de s'en rapporter pleinement à lui pour le choix d'un président de la République, et se prononça pour les deux Chambres, et pour la nomination du président de la République par le vote à deux degrés. Le général Cavaignac, devenu chef du pouvoir exécutif, le chargea de représenter la France à la conférence diplomatique de Bruxelles, convoquée pour le règlement des affaires d'Italie.

    Tocqueville combattit la candidature présidentielle de Louis-Napoléon Bonaparte, mais il renonça presque aussitôt à toute opposition systématique ; car, après avoir été réélu, le 13 mai 1849, le 1er sur 13, par 82 404 voix (94 481 votants, 163 192 inscrits) représentant de la Manche à l'Assemblée législative, qui le choisit pour un de ses vice-présidents (1er juin), il accepta, dans le cabinet Odilon Barrot et Dufaure (3 juin), le portefeuille des Affaires étrangères. Ce fut pendant son passage au pouvoir qu'eurent lieu le siège et la prise de Rome. Cette campagne lui donna beaucoup de soucis : « Ce malheureux gouvernement de prêtres, écrivait il à Lamoricière le 9 octobre 1849, a un appétit de vengeance politique dont vous ne pouvez vous faire une idée, et je crains bien que Corcelles qui était excellent quand il fallait prier le pape, ne vaille plus rien maintenant qu'il faut lui résister. » Il avait pris part aux débats que souleva cette grave question et envoyé aux conférences de Gaëte MM. de Corcelles et de Rayneval, en les chargeant de poursuivre ce triple but : « Etablir en Italie la juste influence qui était due à la France, rendre au pape l'indépendance nécessaire au gouvernement des nations catholiques, et obtenir pour les Etats romains des réformes et des institutions sérieuses. »

    Mais le cabinet ayant donné sa démission (30 octobre 1849) après la lettre de Louis-Napoléon Bonaparte à M. Edgar Ney, M. de Tocqueville fut remplacé aux Affaires étrangères par Alphonse de Rayneval. Il alla passer une partie de l'hiver en Italie pour rétablir sa santé altérée, et, de retour à l'Assemblée, continua de voter avec la droite, mais en se séparant de plus en plus de la politique de l'Elysée.

    À cette époque, il se prononça contre l'application en Algérie du régime militaire, appuya la révision de la Constitution, se déclara contre le coup d'Etat, et fut du nombre des protestataires qui se réunirent à la mairie du 10e arrondissement. Arrêté et conduit à Vincennes, il fut relâché peu après et rentra complètement dans la vie privée, refusant même de siéger dans le conseil général de la Manche, dont il faisait partie.

    Il se rendit en Italie, puis en Allemagne, et écrivit la première partie de l'Ancien régime et la Révolution (1856). Il travaillait à la seconde partie, lorsque la maladie l'obligea de se rendre à Cannes, où il mourut (1859), honoré de tous les partis pour la droiture et l'aménité de son caractère.

    Il était membre de l'Académie française depuis le 23 décembre 1841.

    Outre les ouvrages cités, on a de lui :
    - divers mémoires, rapports et lettres, publiés à part ;
    - une Histoire philosophique du règne de Louis XV (1846) ;
    - le Droit au travail (1848) ;
    - Coup d'œil sur le règne de Louis XVI depuis son avènement à la couronne jusqu'à la séance royale du 23 juin 1789 (1850), etc.


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