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Henri, Jean-Baptiste GRÉGOIRE

(1750 - 1831)

Informations générales
  • Né le 04/12/1750 à VEHO (MOSELLE - FRANCE)
  • Décédé le 26/05/1831 à PARIS (PARIS - FRANCE)

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • Présidence : du 18/01/1791 au 29/01/1791 ; du 15/11/1792 au 29/11/1792 ; du 05/02/1800 au 20/02/1800

    06/04/1789 - 30/09/1791 : Nancy (Bailliage)

    03/09/1792 - 26/10/1795 : Loir-et-Cher - Modérés

    15/10/1795 - 26/12/1799 : Finistère - Modérés

    25/12/1799 - 24/12/1801 : Loir-et-Cher - Modérés

    01/07/1819 - 01/07/1819 : Isère

Biographie

  • Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

    Député en 1789, membre de la Convention, député au Conseil des Cinq-Cents et au Corps législatif, membre du Sénat conservateur, député de 1819 à 1824, né à Veho (Meurthe) le 4 décembre 1750, mort à Paris le 26 mai 1831, il entra dans les ordres, après de sérieuses études théologiques.

    Il publia en 1772 un Eloge de la poésie couronné par l'académie de Nancy, et fut nommé curé d'Embermenil (Meurthe). Un Essai sur l'amélioration politique, physique et morale des juifs, présenté par lui en 1778, fut couronné par la Société royale de Metz. Il fonda dans son presbytère une bibliothèque publique dans laquelle chacun trouvait les ouvrages capables de le perfectionner dans son état, puis, dans des voyages d'instruction en Suisse et en Allemagne, il se lia avec les savants de son temps, notamment avec Lavater.

    Le 27 mars 1789, le clergé du bailliage de Nancy l'élut député aux états généraux. Il fut des premiers de son ordre à se réunir au tiers état, reprocha à son évêque d'avoir enlevé et interpolé les cahiers de son bailliage et de ne les avoir rendus que sur la menace que le peuple les lui arracherait par la force.

    Il prêta le serment du Jeu de paume. Lors de la séance royale du 23 juin 1789, fut du nombre des quelques députés qui, sous la présidence de Palasne de Champeaux, décidèrent de résister aux ordres de la cour, et formèrent le premier noyau du « Club breton », destiné à devenir la « Société des amis de la Constitution », et plus tard le « Club des Jacobins ». Lorsque le roi eut quitté l'Assemblée, Grégoire demanda que les représentants de la nation s'occupassent avant tout de donner une Constitution à la France. Le 13 juillet suivant, il proposa la création d'un comité « pour connaître et révéler les crimes ministériels » ; le 14, il présida la séance de nuit motivée par les troubles de la capitale ; quelques jours après, il demanda, avec Camus, qu'à côté de la « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen » on plaçât la « Déclaration de ses devoirs » ; cette motion fut rejetée par 570 voix contre 133. La nuit du 4 août, il fut un des plus ardents à voter l'abolition des privilèges, et réclama spécialement la suppression des annates.

    En toute occasion il se fit, au nom de l'humanité, le champion de la cause des juifs et des nègres, combattit le veto absolu du roi, en soutenant que « la nation n'avait pu autoriser ses mandataires à compromettre, encore moins à aliéner sa liberté », prit la défense des ordres religieux qui avaient rendu de grands services à l'agriculture, aux sciences, à l'histoire, citant les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés, et se prononça en faveur de la constitution civile du clergé par des motifs qui entraînèrent l'adhésion d'un grand nombre de ses collègues : « Beaucoup de pasteurs très estimables, dit-il, éprouvent des anxiétés parce qu'ils craignent que la Constitution française ne soit incompatible avec les principes du catholicisme. Nous sommes aussi inviolablement attaché aux lois de la religion qu'à celles de la patrie. Revêtu du sacerdoce, nous continuerons de l'honorer par nos mœurs ; soumis à cette religion divine, nous en serons constamment le missionnaire ; nous en serions, s'il le fallait, le martyr. Mais après le plus mûr, le plus sérieux examen, nous déclarons ne rien apercevoir qui puisse blesser les vérités saintes que nous devons croire et enseigner. Jamais l'Assemblée nationale n'a voulu porter la moindre atteinte aux dogmes, à la hiérarchie, à l'autorité spirituelle du chef de l'Eglise : elle reconnaît que ces objets sont hors de son domaine. Nulle considération ne peut donc suspendre l'émission de notre serment. Nous formons les vœux les plus ardents pour que, dans toute l'étendue de l'empire, nos confrères, calmant leurs inquiétudes. s'empressent de remplir un devoir de patriotisme si propre à porter la paix dans le royaume. » Il prêta ensuite, le premier, le serment.

    L'arrestation du roi à Varennes le fit monter à la tribune pour réclamer sa mise en jugement ; son intervention très animée en cette occasion provoqua des murmures : on lui reprocha, comme prêtre, de pousser aux mesures de rigueur. « Au lieu de comparer, répondit-il, mon opinion avec mon état, je demande qu'on me réfute, » et, après avoir combattu la doctrine de l'inviolabilité, il invoqua la maxime « révérée, dit-il, par tout l'univers : Salus populi suprema, lex esto ».

    Lorsque le parti constitutionnel voulut restreindre aux citoyens actifs le droit de pétition, Grégoire protesta en faisant observer que « la classe d'hommes à laquelle on voulait ôter le droit de pétition était précisément celle qui avait le plus de doléances à présenter. Garantissez-lui alors, ajouta-t-il, un bonheur constant, sans quoi vos décrets auront l'air de vouloir étouffer ses soupirs : la loi qu'on nous propose est une loi qui me semble faire la cour à la fortune. »

    Il combattit également le cens électoral, « qui concentrait la représentation entre quelques citoyens riches et grands propriétaires. »

    Elu évêque constitutionnel dans la Sarthe et dans le Loir-et-Cher (1790), il opta pour Blois, et fut nommé (6 septembre 1791) administrateur du département de Loir-et-Cher, qui, le 3 septembre 1792, l'envoya siéger à la Convention, le 1er sur 6, par 303 voix sur 317 votants. Président de la députation chargée d'annoncer à l'Assemblée législative que la Convention était constituée, il appuya, le même jour, l'abolition de la royauté : « L'histoire des rois, dit-il, est le martyrologe des nations. » Dans une lettre particulière qu'il adressait, le 8 octobre 1792, a un chef de bataillon, on lit : « Tâchez de nous envoyer un jour, en don patriotique, quelque tête d'un Condé, d'un d'Artois, d'un Brunswick. » Dans la discussion pour la mise en jugement de Louis XVI (15 novembre), il se prononça hautement pour l'affirmative, mais, en même temps, il demanda l'abolition de la peine de mort, « reste de barbarie qui devait disparaître de nos codes, » et conclut ainsi: « Vous condamnerez Louis à l'existence, afin que l'horreur de ses forfaits l'assiège sans cesse et le poursuive dans le silence de la solitude. »

    Nommé, six jours après, président de la Convention, il reçut en cette qualité la députation de l'assemblée des Allobroges qui venait demander la réunion de la Savoie à la France : « La majeure partie du genre humain, leur dit-il, n'est esclave, selon le mot d'un philosophe, que parce qu'elle ne sait pas dire non. Estimables Savoisiens, vous avez dit non. Soudain, la liberté, agrandissant son horizon, a plané sur vos montagnes, et, dès ce moment, vous avez fait aussi votre entrée dans l'univers. » Le 27 novembre, il présenta le rapport sur l'incorporation de la Savoie, et fut mis au nombre des commissaires chargés d'aller organiser le nouveau département du Mont-Blanc. Il était à Chambéry avec ses collègues lors du jugement de Louis XVI ; il refusa d'abord de signer la lettre par laquelle ceux-ci envoyaient à la Convention leur vote pour la mort, et ne consentit à y apposer son nom que lorsque le mot mort eut été rayé. Il passa ensuite à Nice pour organiser le département des Alpes-Maritimes, et, de retour à la Convention, fut appelé au comité de l'instruction publique, dont il devint vite le membre le plus compétent et le plus actif. En l'absence du président Mallarmé, il présida la célèbre séance du 31 mai ; il ne prit point la défense des Girondins, et son intervention n'eut aucune influence sur cette journée. Quelques jours après, il demanda qu'on inscrivit dans la Constitution une « Déclaration du droit des gens » dans laquelle il subordonnait l'intérêt particulier de chaque peuple à l'intérêt général de l'humanité. Lorsque l'évêque de Paris, Gobel, vint abjurer sa foi à la tribune de la Convention, Grégoire, sommé de suivre son exemple, refusa absolument : « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j'ai été délégué par le peuple pour être évêque ; ce n'est ni de lui, ni de vous que je tiens ma mission. On m'a tourmenté pour accepter le fardeau de l'épiscopat, on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abdication qu'on ne m'arrachera jamais ; j'invoque la liberté des cultes. » Dans une brochure, il combattit aussi le changement du dimanche en décadi ; puis il demanda la liberté des prêtres réfractaires internés à Rochefort, et se consacra surtout à ses fonctions de membre du comité de l'instruction publique : ses nombreux rapports sur l'éducation, sur les livres élémentaires, sur l'abolition progressive des patois, sur les jardins botaniques, sur les fermes-écoles, etc., ne l'empêchèrent pas de contribuer pour la plus grande part à l'établissement du Bureau des longitudes, du Conservatoire des Arts-et-Métiers (sur son rapport du 10 octobre 1794), de l'Institut, dont il fut nommé membre.

    Elu, le 23 vendémiaire an IV, député au Conseil des Cinq-Cents par plusieurs départements, il y siégea jusqu'en germinal an VI, et, après le coup d'Etat de brumaire, fut choisi (4 nivôse an VIII) par le Sénat conservateur comme député de Loir-et-Cher au nouveau Corps législatif ; il devint président de cette assemblée. A cette époque, pendant les négociations qui précédèrent le Concordat, il fut question, ou tout au moins le bruit courut de sa promotion au cardinalat ; il démentit cette nouvelle dans une lettre du 30 fructidor au député Bordes : « Croyez, écrivait-il, que cet ornement prétendu (le chapeau rouge) n'est pas réserve pour les têtes qui sont simultanément religieuses et républicaines. »

    Présenté trois fois comme candidat au Sénat conservateur, mais attaqué à la fois par les incrédules à cause de ses pratiques religieuses, et par les courtisans à cause de ses opinions républicaines, il n'entra au Sénat conservateur que le 4 nivôse an X. Plusieurs sénateurs avaient demandé préalablement que, tout en conservant ses croyances, il renonçât à leur manifestation extérieure, « inconciliable avec la dignité sénatorial ». Grégoire repoussa sans hésiter ces humiliantes conditions: « J'ai sacrifié, écrivit-il à Sieyès le 3 nivôse, à la religion, à la République, repos, santé, fortune, mais je ne ferai pas le sacrifice de ma conscience : je sais souffrir, je ne sais pas m'avilir. J'aurai soin que ma lettre vous soit remise avant la séance dans laquelle le Sénat fera son élection: cela importe à ma conscience, à ma délicatesse, à mon honneur, à mon repos. » Il n'en fut pas moins élu sénateur le lendemain. Il fit partie de la minorité, protesta contre l'occupation des Etats romains, contre les droits réunis, contre les tribunaux d'exception, vota, avec deux autres sénateurs, contre l'établissement de l'Empire, parla seul contre le rétablissement des titres nobiliaires, se prononça contre le divorce de Napoléon, et n'assista pas au mariage de Marie-Louise.

    L'empereur l'avait fait membre de la Légion d'honneur (9 vendémiaire an XII), commandeur (25 prairial suivant) et comte de l'Empire (2 juillet 1808). Son opposition ne se détendit pas, et, en 1814, il rédigea d'avance un projet de déchéance des plus énergiques contre l'empereur.

    Le retour des Bourbons lui inspira une brochure dans laquelle il rappelait la condition acceptée d'une Constitution.

    Tenu à l'écart par la Restauration et pendant les Cent-Jours, il fut, à la seconde Restauration, exclu de l'Institut ; sa pension d'ancien sénateur fut également supprimée il vendit ses livres, et se retira à Auteuil, où il prépara son Essai historique sur les libertés de l'Eglise gallicane, paru en 1818.

    L'année suivante, après la crise de réaction qu'avait traversée l'Isère, les électeurs de ce département l'élurent, au grand collège, député de l'Isère, le 12 septembre 1819, par 512 voix sur 997 votants et 1 293 inscrits. Cette élection déchaîna les passions contre-révolutionnaires, et les royalistes se vantèrent de l'exclure de la Chambre comme « indigne ». L'opposition libérale, n'osant prendre ouvertement la défense d'un républicain, l'engagea à donner spontanément sa démission : il s'y refusa ; le 6 décembre 1819, la Chambre prononça l'annulation de l'élection de l'Isère, mais sans la motiver. Ce demi-succès n'apaisa pas la presse royaliste, et les plus violentes attaques furent dirigées contre Grégoire ; il se défendit, notamment par une lettre à la Quotidienne, du 4 octobre 1820, en protestant contre l'épithète de régicide : « Le devoir de souffrir chrétiennement, écrivit-il, n'ôte pas le droit de repousser la calomnie. J'étais absent aux quatre appels nominaux du procès de Louis XVI ; dans un discours à la Convention, j'avais demandé la suppression de la peine de mort et que Louis XVI en profitât tout le premier. » La censure mutila sa lettre, et, le 8 octobre, il demanda justice au ministre duc de Richelieu : « Mon âme inflexible se raidira toujours contre la calomnie, l'iniquité ; je suis comme le granit, on peut me briser, mais on ne me plie pas. »

    Lorsque l'ordonnance royale qui prescrivait le remplacement des anciens brevets de la Légion d'honneur par des nouveaux lui fut signifiée en 1822, il renonça à son titre de commandeur.

    Aux élections de 1824, le gouvernement ne l'inscrivit pas sur les listes électorales, malgré ses réclamations. Il vécut dès lors dans sa retraite d'Auteuil, en correspondance avec la plupart des savants de l'Europe, sans que le gouvernement de Juillet songeât à réparer envers lui les injustices du règne précédent.

    Mourant, il demanda les secours de la religion ; l'archevêque de Paris exigea d'abord qu'il rétractât son serment à la constitution civile du clergé : Grégoire se montra encore inflexible ; mais l'abbé Guillon lui administra quand même les sacrements. Mort, l'Eglise lui refusa la sépulture ; l'administration fit porter le corps à l'Abbaye-au-Bois, où la messe fut dite par un prêtre étranger. Après la cérémonie, quelques jeunes gens dételèrent les chevaux du char funèbre, et traînèrent le cercueil à bras au cimetière Montparnasse.

    On a de lui un grand nombre de publications politiques et religieuses. Son Essai sur l'utilité et la possibilité d'abolir les douanes le met au rang des premiers libre-échangistes.

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