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Félix HOUPHOUËT-BOIGNY

(1905 - 1993)

Informations générales
  • Né le 18/10/1905 à YAMOUSSOUKRO (CÔTE D'IVOIRE)
  • Décédé le 07/12/1993 à YAMOUSSOUKRO (CÔTE D'IVOIRE)

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • 21/10/1945 - 10/06/1946 : Côte-d'Ivoire - Républicains et Résistants

    14/06/1946 - 27/11/1946 : Côte-d'Ivoire - Union républicaine et résistante

    10/11/1946 - 04/07/1951 : Côte-d'Ivoire - Union républicaine et résistante

    17/06/1951 - 01/12/1955 : Côte-d'Ivoire - Rassemblement démocratique africain

    02/01/1956 - 08/12/1958 : Côte-d'Ivoire - Union démocratique et socialiste de la Résistance et du RDA

    09/12/1958 - 08/02/1959 : Côte-d'Ivoire

Biographie

  • Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)


    Né le 18 octobre 1905 à Yamoussoukro (Côte d 'Ivoire)

    Décédé le 7 décembre 1993 à Yamoussoukro

    Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Côte d'Ivoire)

    Député de la Côte d'Ivoire de 1946 à 1958 Ministre délégué à la Présidence du Conseil du 1er février 1956 au 13 juin 1957

    Ministre d'Etat du 12 juin au 6 novembre 1957

    Ministre de la Santé publique et de la population du 6 novembre 1957 au 15 avril 1958

    Ministre d'Etat du 14 mai 1958 au 8 janvier 1959.

    Félix Houphouët-Boigny est né à Yamoussoukro le 18 octobre 1905 dans une famille de chefs Baoulés de Côte d'Ivoire. A Boigny qui signifie bélier, il associa le prénom de Félix quand il devint catholique. Elève de l'Ecole de médecine de Dakar, il en sortit major en 1925 et jusqu'en 1940 se consacra à l'assistance médicale.

    A la mort de son frère, Félix Houphouët-Boigny devint le grand chef du pays Baoulé et ainsi un grand propriétaire terrien. En 1944, il fonde à Abidjan le Syndicat agricole africain de la Côte d'Ivoire et en devint président. Il défend alors les intérêts des planteurs ivoiriens qui refusent de vendre leur production à un prix dérisoire. L'action syndicale déboucha sur l'engagement politique.

    Comme il fut décidé que les territoires d'outre-mer auraient des représentants à l'Assemblée nationale constituante, Félix Houphouët-Boigny prit la résolution de poser sa candidature devant le collège des non-citoyens. En dépit de l'opposition de l'administration, il devança son adversaire de plus de mille voix. Le 4 novembre 1945, Félix Houphouët-Boigny fut élu député au deuxième tour avec 12 980 voix sur 31 081 suffrages exprimés. A la seconde Assemblée nationale Constituante, il fut réélu sans difficulté avec 21 099 voix sur 37 888 suffrages exprimés. A Bamako, Félix Houphouët-Boigny, Gabriel Lisette ou bien encore Gabriel d'Arbousier fondèrent le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) en 1946.

    Au Palais Bourbon, le député de la Côte d'Ivoire est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer. Le 1er mars 1946, il dépose une proposition de loi tendant à la suppression du travail forcé dans les territoires d'outre-mer et dépose le 30 mars un rapport sur son propre texte. Cette loi, communément appelée « loi Houphouët-Boigny » et adoptée en 1947, met un terme définitif au travail forcé dans les territoires d'outre-mer. Dans le prolongement, il dépose, le 3 avril 1946, une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à unifier la réglementation du travail dans les territoires de l'Afrique continentale, Madagascar et dépendances. Mais, il fallut attendre 1952 pour que le code du travail préparé par les socialistes soit adopté. Le 27 septembre 1946, il dépose un rapport au nom de la Commission des territoires d'outre-mer sur une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à soumettre à l'Assemblée nationale un plan de réorganisation des services de la santé publique, dans les territoires d'outre-mer de l'Union française.

    Mais, ce sont les projets constitutionnels et la place des Africains dans la future République qui retiennent son attention. Le 19 septembre 1946, il intervient lors de la discussion générale sur l'Union française. Félix Houphouët-Boigny plaide pour une Union Française « vitale pour l'avenir de la France et des Territoires d'outre-mer qui doit être à base de confiance réciproque et de mutuelle compréhension ». A condition, ajoute-t-il de ne pas voir dans l'Union Française uniquement un marché, une base militaire ou une menace de séparatisme. Il s'étonne que l'Union française fasse débat dans l'Assemblée. Rappelant les sacrifices consentis et la loyauté des colonies durant le dernier conflit, il pensait que « l'Union Française avait obtenu l'adhésion quasi unanime des députés ». Il se dit inquiet de l'évolution des territoires et s'étonne de la représentation qui leur est accordée au sein de la future Assemblée nationale. A Edouard Herriot qui avait mis en garde les constituants du danger pour la France de devenir la colonie de ses colonies si le collège unique était appliqué, Houphouët-Boigny note que les Africains ne risquent pas « de submerger les parlementaires européens ». Il ajoute que le mandat de député n'est pas une fin en soi mais un moyen de contribuer à l'évolution des territoires : « Nous prétendons être les artisans d'une union sincère entre le peuple de France et les autres peuples de l'Union. ». « Il ne faut pas qu'il y ait deux politiques, une métropolitaine démocratique et une coloniale réactionnaire. ». Et il conclut : « Quand nous vous demandons de briser l'oppression politique et économique dont nous sommes souvent victimes, nous ne vous demandons pas de nous libérer de la France, mais d'une infime minorité de Français, hélas ! combien puissants qui oublient trop souvent dans notre territoire qu'ils sont les descendants des révolutionnaires sublimes de 1789 et 1848 (...). La France n'a aucun intérêt à nous laisser attendre encore dans les bras de la misère et de l'ignorance. ».

    Le 5 octobre 1946, Houphouët-Boigny participe à la discussion des propositions de loi relatives aux assemblées locales dans les territoires d'outre-mer. Le député de la Côte d'Ivoire exprime à cette occasion sa profonde amertume : « Vous allez élire sans nous le premier président de la République française, le premier président de l'Union française. (...). Le gouvernement nous a tout refusé ; nous ne sommes donc pas des constituants mais de simples figurants. Nous demandons à rester dans la République française (...) mais acceptez au moins que nous participions dès maintenant à la gestion des affaires de notre pays. ». Pour autant, il approuve le 28 septembre le second projet constitutionnel comme il avait approuvé le premier texte le 19 avril.

    En novembre 1946, le collège unique ayant été établi, Félix Houphouët-Boigny à la tête d'une liste du RDA est réélu ainsi que ses deux colistiers Kabore Zinda et Coulibaly Ouezzin. Il est nommé membre de la Commission du règlement et du suffrage universel (1946) et de la Commission des territoires d'outre-mer dont il devient le secrétaire en 1947 et 1948. Il fut, en outre, secrétaire de l'Assemblée nationale en 1949. Au cours de la législature, il dépose deux propositions de loi tendant à fixer le régime électoral et la composition du conseil général des territoires de l'AOF et de l'AEF et du Conseil fédéral, le 18 février 1947. Le 9 mai 1947, il participe aux interpellations relatives aux événements de Madagascar. Il met le gouvernement en garde contre les risques de contamination et regrette que le gouvernement monte les députés d'outre-mer les uns contre les autres, or « nous savons que c'est du triomphe de la démocratie en France que nous devons attendre le salut de l'Afrique. » Le 22 juillet 1947, comme il l'avait fait lors des précédentes législatures, il réclame à nouveau la création d'assemblées locales en Afrique. La France qui a promis d'amener ces territoires à la liberté, fait-il observer, doit consentir à ce que les Africains fassent l'apprentissage de l'autonomie et de la gestion. Quant aux Assemblées de groupe, telles qu'elles sont envisagées, ce sont des caricatures d'assemblées coloniales. Il le rappelle le 4 août 1947. Quant au statut de l'Algérie, il dénonce le 1er septembre l'adoption du double collège.

    A l'Assemblée, l'attitude hostile aux intérêts coloniaux des députés RDA leur valent d'être tenus en suspicion par une large partie de l'Assemblée. D'autant qu'ils ont accepté l'offre des communistes de s'apparenter à leur groupe. Cela ne pose guère de problèmes à l'époque du tripartisme. Mais, une fois les communistes dans l'opposition et la guerre froide établie, les députés du RDA sont accusés de faire en Afrique le jeu des communistes voire de l'URSS. Les tenants du statu quo dénoncent le « stalinien Houphouët ». Certes, il mêle souvent sa voix à celles du groupe communiste ou quand il ne le fait pas se réfugie dans l'abstention ou ne prend pas part au vote. Mais, rien dans ses déclarations ou son attitude ne justifie une telle analyse. Houphouët-Boigny comprend qu'il est dans une impasse. Or, de janvier 1949 à février 1950, la Côte d'Ivoire est le théâtre de graves incidents responsables de la mort d'une vingtaine de personnes. L'Afrique noire est au bord du gouffre. L'Assemblée nationale décide du reste, le 28 mars 1950, d'envoyer une commission parlementaire. René Pleven devenu président du Conseil et son ministre de la France d'Outre-mer, François Mitterrand, décidèrent d'ouvrir des négociations secrètes avec Houphouët-Boigny et le RDA. L'opération n'était pas sans risques. Qu'elle fût connue et le gouvernement aurait été accusé de faire le jeu des indépendantistes. Mais, l'enjeu était de taille. Il s'agissait de détacher le RDA du PCF et de lui permettre de mener son action à l'intérieur et dans le respect de l'Union française. Houphouët-Boigny y consentit d'autant plus volontiers qu'il ne réclamait pas l'indépendance, car il était instruit de l'incapacité de l'Afrique noire à assumer seule son destin, et il mesurait tout ce que l'assimilation du RDA au PCF pouvait avoir de négatif : « Nous n'avions pas le droit de permettre l'utilisation du prétexte communiste pour justifier une politique rétrograde » devait-il expliquer. Il était, en effet, commode à l'administration de justifier son hostilité par la menace communiste. Or, Houphouët-Boigny n'avait jamais réclamé l'indépendance mais une évolution consentie vers l'autonomie. En octobre 1950, le RDA fit ainsi connaître son désapparentement du groupe communiste. En juillet 1950, Gabriel Arbousier qui s'était opposé à la stratégie d'Houphouët-Boigny avait démissionné du RDA.

    En 1951, pour les élections législatives, Houphouët-Boigny est toujours à la tête de la liste du RDA. Mais le nombre de sièges à pourvoir étant passé de trois à deux, il est seul réélu. Coulibaly Ouezzin n'est pas réélu. La liste du RDA en obtenant 67 200 voix sur 109 759 suffrages exprimés a dû consentir un siège à la liste de l'Union française conduite par Sanogo Sekou et soutenue par le MRP qui dispute au RDA le contrôle de la Côte-d'Ivoire. Au parlement, la position du RDA consiste à soutenir tout gouvernement qui contribue à faire évoluer la situation des territoires d'outre-mer tant sur le plan politique qu'économique ou social. Houphouët-Boigny est nommé sous cette législature membre de la Commission de l'éducation nationale. Le 8 août 1951, le député de la Côte d'Ivoire prend la parole au cours du débat d'investiture du président du Conseil désigné René Pleven. Son intervention est attendue. Il lui faut expliquer à nouveau - comme il l'a fait au cours de la campagne électorale - les raisons de son ancien apparentement avec le PCF et convaincre de sa bonne volonté. Il se défend d'être à la tête d'un mouvement qui ait jamais été communiste. Accueillie avec scepticisme, son intervention ne convainc guère ; il fallut attendre l'apparentement des élus du RDA au groupe de l'UDSR en 1952 pour que Houphouët-Boigny soit cru. Le 24 août 1951, lors de la discussion du rapport sur les élections de la Côte d'Ivoire, il dénonce avec force la politisation de l'administration des territoires d'outre-mer, les fraudes électorales et la propension des gouvernements à considérer les députés africains comme de simples pions, des figurants, en somme des « machines à voter ». Il demande l'annulation des élections car estime que le RDA a été lésé. Le 13 août 1954, il participe à la discussion de la proposition de loi relative à l'organisation municipale dans les territoires d'outre-mer. Il s'agissait du projet déposé en 1951 et qui ne fut adopté qu'en 1955.

    En 1956, après la dissolution décidée par Edgar Faure, Houphouët-Boigny non seulement est réélu mais obtient le retour au Palais Bourbon de Coulibaly Ouezzin. Avec 502 711 voix sur 579 550 suffrages exprimés, la liste du RDA ne laisse que des miettes pour les treize autres listes en présence. Ce succès témoigne de la popularité du leader africain. Il est désormais totalement intégré à la République. Son lointain apparentement avec les communistes est oublié. Le temps de sa participation au conseil de gouvernement est venu. Houphouët-Boigny fait figure de modéré et incarne une politique qui pourrait servir de modèle pour les Algériens.

    Durant la dernière législature de la Quatrième République, le député de Côte d'Ivoire est nommé membre de la Commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions. Les neuf élus du RDA forment avec les députés UDSR un groupe commun.

    Félix Houphouët-Boigny est nommé ministre délégué à la Présidence du Conseil dans le gouvernement de Guy Mollet. Pour la première fois, un élu africain occupe dans un gouvernement un poste de tout premier plan. En cette qualité, le 1er août 1956, il dépose un projet de loi créant une organisation commune de régions sahariennes et défend ce projet devant l'Assemblée le 13 décembre. Il répond aux attaques des communistes qui présentent ce projet comme un moyen de piller la région. Il s'agit, au contraire, précise Félix Houphouët-Boigny, de « valoriser un patrimoine commun à l'Afrique et à la France ». Quant à l'accusation qui consiste à le présenter comme un colonisé qui s'associe à un gouvernement qui exploite d'autres peuples colonisés, il rappelle qu'il avait défendu en 1947 pour l'Algérie le collège unique qui aurait donné, s'il avait été retenu, des interlocuteurs valables. L'organisation saharienne a pour but d'assurer l'indépendance énergétique de l'Union française. Il rappelle que l'indépendance politique sans l'indépendance économique est bien peu de chose - « nous ne confondons pas le cadre doré de l'indépendance avec le contenu effectif de l'indépendance ». Le projet présenté a précisément pour but de faciliter le développement économique et social des territoires d'outre-mer. Sa nomination comme ministre est précisément le symbole de la volonté du gouvernement de « poursuivre, parfaire et défendre la communauté franco-africaine ». Il rappelle que le gouvernement avait fait l'objet des mêmes critiques de dénigrement lorsque le projet de loi-cadre sur les Territoires d'outre-mer était venu en discussion devant l'Assemblée en mars dernier. La loi-cadre Defferre qui accordait l'autonomie aux TOM portait en partie la marque de Félix Houphouët-Boigny. Dans le gouvernement Bourgès-Maunoury, il est nommé ministre d'Etat puis ministre de la santé publique et de la population dans le gouvernement Gaillard. le docteur Houphouët-Boigny présente en janvier et en mars 1958, plusieurs projets de loi modifiant le code de la santé publique.

    Symbole de l'entente entre la France et l'Afrique, Houphouët-Boigny est nommé ministre d'Etat dans le cabinet Pierre Pflimlin. Il est acquis à l'idée du retour au pouvoir du général de Gaulle Celui ci du reste le nomme ministre d'Etat dans le gouvernement qu'il forme le 1er juin. Le même jour, Houphouët-Boigny dépose un projet de loi relatif aux pleins pouvoirs ainsi que le projet de loi modifiant l'article 90 de la Constitution. Il approuve le nouveau texte constitutionnel et la création d'une Communauté. Le mot appartenait du reste au vocabulaire de l'UDSR et du RDA. Aussi, ne fut-il guère favorable au démantèlement de la Communauté qu'entraîna l'accès à l'indépendance de ses membres car il craignit qu'elle ne se traduise, comme il l'avait annoncé, par la balkanisation et la pauvreté. Parce qu'il ne put s'y opposer, il proclama à son tour l'indépendance de la Côte d'Ivoire le 7 août 1960 et en devint le premier président de la République.

    Réélu sept fois à ce poste, Félix Houphouët-Boigny décède à Yamoussoukro le 7 décembre 1993.



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