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Léopold Sédar SENGHOR

(1906 - 2001)

Informations générales
  • Né le 09/10/1906 à JOAL (SÉNÉGAL)
  • Décédé le 20/12/2001 à VERSON (CALVADOS - FRANCE)

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • 21/10/1945 - 10/06/1946 : Sénégal-Mauritanie - Socialiste

    02/06/1946 - 27/11/1946 : Sénégal-Mauritanie - Socialiste

    10/11/1946 - 04/07/1951 : Sénégal - Socialiste

    17/06/1951 - 01/12/1955 : Sénégal - Indépendants d'outre-mer

    02/01/1956 - 08/12/1958 : Sénégal - Indépendants d'outre-mer

    09/12/1958 - 15/07/1959 : Sénégal

Biographie

  • Biographie de la IVe République

    SENGHOR (Léopold Sédar)
    Né le 9 octobre 1906 à Joal (Sénégal)
    Décédé le 20 décembre 2001 à Verson (Calvados)

    Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante en (Sénégal)
    Député du Sénégal de 1946 à 1959
    Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil, du 1er mars1955 au 24 janvier 1956
    Ministre conseiller du 23 juillet 1959 au 19 mai 1961

    La naissance de Léopold Sédar Senghor est déclarée le 9 octobre 1906 par son père Basile Diogoye Senghor, lors d'un de ses rares voyages à Gorée. Mais son acte de baptême est daté du 15 août précédent et il pourrait être né une ou deux années auparavant. Ses ancêtres seraient des guerriers d'origine noble et son père est à la fois éleveur, "maître de la terre", et traitant avec des commerçants bordelais. Notable fortuné, résidant en dehors des quatre communes de plein exercice, et ne possédant de ce fait pas la nationalité française, chrétien, il pratique pourtant la polygamie et aura au moins vingt-cinq enfants ; Léopold Sédar étant l'aîné des garçons. Dans son "royaume d'enfance", le jeune sérère pris en charge par son oncle paternel reçoit une éducation traditionnelle, marquée par une profonde religiosité et l'animisme. Il est scolarisé, vers sept ans, à la mission catholique de Joal, puis à celle de Ngasobil en 1914 où il débute l'enseignement secondaire. Il pense devenir prêtre et enseignant et poursuit ses études durant cinq années à Dakar, au collège-séminaire Libermann tenu par les pères du Saint-Esprit. Un affrontement avec le père supérieur le conduit à s'inscrire au cours secondaire public et laïc de la rue Vincens, le futur lycée Van Vollenhoven. Il est reçu aux deux parties de son baccalauréat avec mention et obtient une demi-bourse d'études littéraires. En septembre 1928, il arrive à Paris et s'inscrit aux cours du lycée Louis-le-Grand, en hypokhâgne. Il a pour condisciples de futurs parlementaires et hommes politiques, Georges Pompidou, Aimé Césaire, Robert Verdier, ou écrivains, comme Paul Guth, Robert Merle et Henri Queffelec. Avec Georges Pompidou, il s'engage aux Etudiants socialistes en juillet 1930, attiré par la pensée humaniste de Léon Blum, découvert par la lecture de l'éditorial quotidien du Populaire ; sans véritablement militer. Trois ans plus tard, en 1931, il s'inscrit à la Sorbonne, où il est désigné à la présidence de l'Association des étudiants ouest-africains. Après un échec en 1934, il est reçu à l'agrégation de grammaire en 1935, alors qu'il accomplit son service militaire (tout d'abord au 150ème régiment d'infanterie à Verdun, puis à la caserne Lourcine à Paris, où il s'occupe de la bibliothèque). Il est le premier agrégé africain. Deux ans plus tôt, il a obtenu la nationalité française.

    Nommé en octobre 1935 au lycée René-Descartes de Tours - puis au lycée Marcellin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (actuel Val-de-Marne) trois ans plus tard - le jeune professeur de Lettres milite dans le syndicat des enseignants du second degré et adhère à la SFIO en 1936, dans l'effervescence du Front populaire. Il fréquente aussi les chrétiens de gauche de la revue Esprit.

    Mais, Senghor joue surtout en cette décennie un rôle important dans l'affirmation en métropole de l'identité négro-africaine, de ce qu'il nomme la conscience de "race". Avec Césaire, il participe au redressement du journal des étudiants martiniquais, L'Etudiant noir et se penche sur le problème des rapports entre les deux blocs ethniques. Poète et humaniste, il prône un retour aux sources africaines, se fait le chantre de la "négritude", vocable qu'il invente avec Césaire et Léon Damas, et du métissage culturel. Il proclame la complémentarité et l'égalité entre Blancs et Noirs, écrivant Ce que l'homme noir apporte, célébrant, après l'américain William E. B. Dubois, son legs au patrimoine commun de l'humanité. Dans Négritude et Humanisme, il écrit : "Pour nous, notre souci, depuis les années 1932-1934, notre unique souci a été de l'assumer, cette Négritude, en la vivant et, l'ayant vécue, d'en approfondir le sens. Pour la présenter au monde comme une pierre d'angle dans l'édification de la Civilisation de l'Universel." (Liberté 1, p. 9)

    La guerre constitue une rupture provisoire dans son itinéraire et le propulse vers de nouveaux horizons politiques. Fantassin de deuxième classe dans un bataillon volant de la coloniale, le 31ème RIC, Senghor est fait prisonnier de guerre le 20 juin 1940, après avoir participé aux combats de la Charité-sur-Loire. Passant deux ans dans les Front-stalags en France, il rédige Hosties noires en hommage aux tirailleurs sénégalais et anime la Résistance dans son camp ; ce qui lui vaut d'être envoyé fin 1941 en commando de représailles dans les Landes. Réformé pour maladie en février 1942, il reprend les cours au lycée de Saint-Maur et fréquente la Résistance, par l'intermédiaire du Front national universitaire. Ses idées, qu'il a élaborées à la fin des années trente, mûrissent par la réflexion sur les civilisations méditerranéennes " métisses ", aboutissant à une subtile dialectique entre trois éléments, la Négritude, la Voie africaine vers le socialisme et la Civilisation de l'universel. Elles aboutissent à des thèses plus achevées prononcées devant les deux congrès des écrivains et artistes noirs, tenus à Paris en 1956 et à Rome en 1959.

    En 1944, à l'initiative de Robert Delavignette, Senghor occupe la chaire de langues et civilisations négro-africaine à l'Ecole nationale de la France d'outre-mer. Aussi, il est désigné par le ministre des colonies Marius Moutet pour siéger dans la commission chargée d'étudier la représentation des colonies à la future Assemblée constituante. Alors que paraît un recueil de poèmes, Chants d'Ombre et qu'il participe avec son ami Alioune Diop à la fondation de la revue Présence africaine, Senghor qui rêve de carrière universitaire hésite, selon son expression, à "tomber dans la politique". Mais il subit de nombreuses sollicitations l'invitant à devenir "député de la brousse". Il se décide lors d'une tournée en pays sérère, premier retour au pays depuis 1937.

    Senghor se présente aux élections au Sénégal dans le deuxième collège, celui des non-citoyens, pour représenter la région Sénégal-Mauritanie, son camarade socialiste Lamine Gueye, maire de Dakar, briguant le siège de député du premier collège essentiellement représenté dans les quatre communes de plein exercice (Dakar, Gorée, Ruffisque et Saint-Louis). Son élection le 21 octobre 1945 ne constitue pas sa première intrusion dans la politique sénégalaise, même s'il a jusqu'alors surtout milité à Tours puis à Paris. Au temps du Front populaire, il a soutenu la candidature de Lamine Gueye contre Galandou Diouf. En rejoignant le maire de Dakar, l'homme fort du socialisme africain qui s'inscrit dans la tradition de Blaise Diagne, il entre dans des réseaux politiques établis et dominants.

    La rencontre entre le jeune intellectuel, chantre de l'identité négro-africaine et la SFIO peut paraître paradoxale. Entre le jeune chrétien, nourri de la culture et des traditions africaines, et le socialisme français, anticlérical, rationaliste, assimilationniste et très européocentriste en dépit de son discours laïque et universaliste, le rapport n'est pas évident. La rencontre s'explique par des conjonctions personnelles et intellectuelles. Senghor cherche à marier christianisme, socialisme et marxisme. Et, alors qu'il fréquente par ailleurs la revue Esprit, où il rencontre Jean Rous, il ne nie jamais à la SFIO ses convictions chrétiennes. Métis culturel, Senghor veut concilier l'âme nègre avec le meilleur de la culture européenne, il n'y a pas d'antinomie avec un assimilationnisme qui respecterait les identités. Qui plus est, son itinéraire n'est pas particulier sur ce plan, car les mouvements nègres n'ont pas coupé les liens idéologiques et sentimentaux qui les unissent depuis leur formation au début des années vingt avec la gauche française. Leur objectif est soit une union fraternelle avec la France des Droits de l'homme, soit la synthèse entre lutte des classes et conscience de race. Et, pour quelques-uns dont Senghor, c'est aussi l'émergence d'un humanisme noir, entre le socialisme européen et la tradition nègre.

    Senghor est élu député socialiste de l'ensemble Sénégal-Mauritanie à la première Assemblée nationale constituante, le 7 novembre 1946, obtenant 15 095 voix, sur 25 188 inscrits et 20 376 votants. Il est nommé membre de la commission des territoires d'outre-mer et surtout entre à la commission de la Constitution en février 1946, succédant à André Philip devenu ministre. Il s'y montre très actif, combattant âprement les thèses du député MRP Viard sur l'Union française, prônant une orientation fédéraliste de l'Union française et intervient régulièrement sur les questions culturelles, défendant les langues locales et le bilinguisme outre-mer. Il accepte un compromis entre ses positions et celle de son parti et des autres forces politiques, accepte une dose d'assimilation en matière politique, mais s'oppose résolument à l'assimilation culturelle et exige que la l'Union française soit une démocratie effective. "Nous voulons faire partie de l'Union française, dit-il à la tribune le 21 mars 1946, à cette seule condition que la démocratie ne craigne pas de se mouiller les pieds en traversant la Méditerranée". Le 5 avril 1946, il est chargé d'un rapport supplémentaire au nom de la commission sur les principaux textes des groupes et sur celui du rapporteur Guy Mollet. Il intervient aussi dans les débats publics sur la déclaration des droits et est désigné comme rapporteur général du chapitre sur l'Union française.

    Senghor est réélu à la deuxième Assemblée nationale constituante, le 2 juin 1946. Il obtient 20 718 suffrages, sur 28 461 inscrits et est reconduit à la commission de la Constitution. Il intervient à la tribune dans les débats sur la liberté de l'enseignement, sur l'Union française et sur les départements et territoires d'outre-mer. Récusant toute "charte octroyée", il présente le 25 juillet 1946 un texte de tonalité fédéraliste qui admet pour les peuples coloniaux le droit de "libre disposition d'eux-mêmes". Senghor participe à la constitution avec les élus "indigènes" d'un intergroupe que préside Lamine Gueye. Il contribue à faire évoluer durant plusieurs mois les positions socialistes sur la question coloniale. La SFIO trouvait en lui une vitrine politique, valorisante et quelque peu édifiante. Lamine Gueye, avocat, et Senghor, professeur agrégé, sont deux exemples des bienfaits de la colonisation. Le 19 septembre 1946, lendemain d'un grand discours prononcé à l'Assemblée en faveur d'une "fédération de Républiques", Le Populaire le présente ainsi :

    "(Il) était particulièrement qualifié pour montrer ce qui unissait et différenciait à la fois la France métropolitaine. Fleuron de la civilisation européenne et de ses territoires d'outre-mer, n'était-il pas fils de l'Afrique noire, l'interprète fidèle de ses aspirations et de ses sentiments, en même temps qu'un humanisme fin et lettré, poète de grande classe qui a reçu de notre université le meilleur de son enseignement".

    Durant plus de deux ans, Senghor et la SFIO profitent mutuellement de cette alliance. Il semble à cette étape très intégré dans les milieux socialistes. Lorsqu'en septembre 1946, il épouse, Ginette Eboué, la fille de la député SFIO Eugénie Eboué et de feu le gouverneur Félix Eboué, le ministre socialiste de la France d'outre-mer, Marius Moutet, est son témoin. Mais le député du Sénégal, qui est aussi élu conseiller général cette même année, est confiné à la question coloniale dont les spécialistes les plus reconnus sont alors Lamine Gueye et sa belle-mère Eugénie Eboué. Surtout, il entend que les promesses constitutionnelles soient transformées en réalité et espère que l'Union française deviendra résolument égalitaire et réformiste. Aussi, il accepte de plus en plus mal la politique modérée et prudente en la matière du tripartisme. Après avoir cosigné avec une cinquantaine de parlementaires un texte critique en février 1946, il approuve la motion Guy Mollet au congrès d'août et s'engage dans la gauche de la SFIO qui entend rénover le parti et sa politique.

    Senghor est réélu député de l'Afrique occidentale française (Sénégal) à la première législature de la IVe République, le 10 novembre 1946. Le collège unique étant établi, il est alors colistier de Lamine Gueye. Les deux députés SFIO sortants sont brillamment réélus, avec 128 284 suffrages, sur 192 861 inscrits et 130 118 exprimés. Senghor est nommé à la commission des territoires d'outre-mer qui le désigne comme secrétaire le 26 janvier 1950 et l'envoie siéger au comité directeur du Fonds d'investissement pour le développement économique et social (FIDES) le 21 février 1951. Il est encore nommé à la commission du suffrage universel du règlement et des pétitions et comme juré de la Haute Cour de justice le 23 novembre 1948.

    En 1947, Senghor entre au comité directeur de la SFIO, mais sans s'intégrer à la direction, car il soutient la motion plus gauchiste et anticolonialiste de Jean Rous. Les désaccords avec la SFIO ne cessent d'augmenter, liés à la situation au Sénégal, à la conjoncture et à des oppositions de fond. Au Sénégal, Senghor représente les électeurs de la brousse et, fédéraliste, envisage une autonomie du mouvement socialiste africain. Ses intérêts divergent de ceux de Lamine Gueye, maire de Dakar, avocat de la bourgeoisie citadine des quatre communes littorales, assimilationniste, qui veut maintenir les liens avec la SFIO et contrôle l'appareil politique local. Senghor fonde alors un journal Condition humaine et commence à rassembler des partisans. En Afrique, il s'agit aussi de réagir à la pression exercée par la fondation du RDA d'Houphouët-Boigny. En France, le député sénégalais estime que la SFIO ne défend plus les intérêts des autochtones en Afrique, où plutôt qu'elle subordonne leur défense aux exigences gouvernementales françaises et à celle de la Troisième force. Au comité directeur, il exprime sa méfiance vis-à-vis de celle-ci en octobre 1947 et en janvier 1948, où il prononce un long réquisitoire s'achevant ainsi :

    "Nous ne voulons être ni des otages ni des dupes. Si nos territoires ne sont pas équipés, si l'analphabétisme n'est pas combattu, nous n'avons aucun intérêt à rester Français. Si on oppose une fin de non-recevoir à nos revendications, notamment à celles touchant la réforme de l'enseignement, je voterai contre le gouvernement et je suis prêt à subir toutes les sanctions. Il faut, conclu-t-il, que la Troisième Force s'occupe d'établir un peu plus de démocratie dans la France d'outre-mer".

    Plus profondément, alors que la SFIO entrevoit la Libération des "colonisés" uniquement en termes politiques, Senghor met au premier plan de ses préoccupations l'affirmation culturelle des "nègres". Dans ces mois, avec Jean Rous, Senghor fonde le Congrès des peuples contre l'impérialisme. Avec Rous, Lamine Gueye et Paul Rivet, il participe à l'éphémère aventure du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR). Mais le congrès national de la SFIO en juillet 1948 condamne le RDR et, Senghor qui se représente à la direction du parti est placé en 54ème position des candidats (il y a 31 élus). Il se retrouve une dernière fois aux côtés de Lamine Gueye, avocat des députés malgaches, pour protester contre leurs condamnations à mort.

    Senghor démissionne de la SFIO le 27 septembre 1948. Avec le docteur Louis-Paul Aujoulat, député du Cameroun et marginal du MRP, ils rejoignent les Indépendants d'outre-mer (IOM), dirigé par son vieil ami Apithy. C'est un des groupes charnières dont l'appui est indispensable aux coalitions au pouvoir. La Troisième force en effet est fragile, ce qui donne une place démesurée aux petites formations et aux élus indigènes et leur ouvre ainsi un espace politique. Avec succès, puisque, à l'initiative de son groupe, l'Assemblée vote le 30 juin 1950 la loi sur les traitements et indemnités des fonctionnaires d'outre-mer, puis adopte le code du travail (Senghor intervient dans le débat le 27 novembre 1950). Il revendique par ailleurs un rôle dans la création d'une Académie en AOF et dans le décret portant égalisation des pensions des anciens combattants de l'Union française.

    Au Sénégal, Senghor fonde dès octobre 1948 le Bloc démocratique sénégalais (BDS) qui mène campagne pour les élections législatives de 1951. Celles-ci sont particulièrement animées et violentes. Le BDS le présente, avec pour second le secrétaire des syndicats confédéré de Dakar, Abbas Gueye. Ils écrasent Lamine Gueye et la SFIO, avec 213 417 suffrages sur 665 280 inscrits, contre 96 469 voix à la liste SFIO et 5 033 à une liste RPF. Le BDS l'emporte largement, contrairement aux prévisions de l'administration dirigée par le gouverneur général et ancien député socialiste Paul Béchard. Senghor est de nouveau élu à la commission des territoires d'outre-mer en juillet 1951 et désigné par celle-ci comme membre suppléant de la commission de coordination pour l'examen des problèmes intéressant les Etats associés d'Indochine et comme titulaire de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe, où il représente les territoires d'outre-mer. Il siège avec assiduité à l'Assemblée ad hoc pour une communauté politique européenne. Il y noue des liens qui lui seront particulièrement utiles par la suite. Le député du Sénégal approfondit aussi la notion "d'Eurafrique" qui constitue une permanence durant toute sa carrière politique.

    Louis-Paul Aujoulat entrant au gouvernement, Senghor prend la présidence des IOM qui compte quatorze élus africains. Il dispose d'un groupe parlementaire toujours situé dans la majorité, souvent indispensable à la formation de gouvernement. Situation qui permet de faire avancer aussi bien les revendications immédiates - durant toute la législature, les IOM combattent ainsi pour assurer un prix plus rémunérateur aux producteurs d'arachides - que les grandes questions. Au Parlement, le député du Sénégal fait adopter une loi le 6 février 1952, faisant obligation au gouvernement de déposer des projets de statut pour les territoires, donnant à chaque circonscription administrative un nombre de conseillers qui soit proportionnel à leur population, rendant pratiquement universel le suffrage. Il mène le combat pour réformer l'article VIII de la Constitution relatif à l'outre-mer, afin que les territoires obtiennent une autonomie interne dans le cadre d'une République fédérale française. Avec le groupe IOM, il dépose une proposition de résolution en ce sens le 15 mai 1955. Le député du Sénégal, en dépit des pressions de la SFIO, est nommé secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil du deuxième cabinet Edgar Faure, du 1er mars 1955 au 24 janvier 1956. Chargé de la recherche scientifique et de la révision du titre VIII de la Constitution, il remet au chef de gouvernement un rapport sur l'avenir de l'Union, intitulé " Choisir de ne pas choisir ". C'est un projet de révision constitutionnel visant à transformer l'Union française en confédération et l'Etat français en République fédérale. Lorsque le gouvernement Faure est renversé, il publie son rapport dans la NEF, la revue dirigée par Lucie Faure, écrivant que l'autonomie recherchée ne peut être qu'une étape vers l'indépendance dans " l'Union des Etats confédérés ".

    Senghor multiplie par ailleurs durant cette législature les responsabilités et les fonctions de représentation. En novembre 1952, il est délégué de la France à la 7ème session de l'UNESCO (il avait déjà participé à la deuxième conférence à Mexico en 1947). Au Sénégal, les élections aux Assemblées territoriales gagnées en 1952 par le BDS scellent un rapport de force favorable à son parti. Il entre au Grand conseil de l'Afrique équatoriale française et un de ses lieutenants prend la présidence en évinçant Lamine Gueye.

    Le 2 janvier 1956, Senghor et Mamadou Dia sont les deux élus de la liste du BDS (IOM) qui obtient 346 266 suffrages, contre 101 732 à la liste de Lamine Gueye et 6 896 à une liste de l'Union démocratique sénégalaise. Il siège à la commission de la défense nationale à partir du 31 janvier 1956 et retrouve celle des territoires d'outre-mer et du suffrage universel le 6 mars 1956, et la commission des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions, le 4 octobre 1957. Il prend une position critique et embarrassée lors de la préparation du projet de loi-cadre sur l'outre-mer, dite Gaston Defferre qui institue des conseils de gouvernement et élargit les pouvoirs des Assemblées locales. Senghor estime que la loi ne va pas assez loin, elle n'est dit-il que "bonbons et sucettes", et, accordant l'autonomie aux territoires et non aux deux grandes fédérations, elle peut conduire à un risque de "balkanisation régionale" et à un dépeçage de l'Afrique noire en une poussière d'Etats. Senghor s'abstient, alors que la loi est adoptée par 487 voix contre 99. Mamadou Dia devient vice-président du conseil de gouvernement du Sénégal et Senghor appelle à l'unité entre partis "libérés de toutes attaches métropolitaines". Il regroupe quelques petites formations qui permettent de créer le Bloc populaire sénégalais (BPS) en 1956.

    Mais, la guerre d'Algérie accentue la crise de la IVème République et accélère les échéances. Le 1er juin 1958, Senghor ne prend pas part au vote d'investiture du général de Gaulle. Au Sénégal, il achève le rassemblement des socialistes, puisque, sous la pression de la SFIO, Lamine Gueye et les socialistes sénégalais qui ont déjà formé un mouvement indépendant du parti français, le Mouvement socialiste africain, rejoignent le BPS et forment l'Union progressiste sénégalaise (UPS). Senghor en devient secrétaire général, le maire de Dakar étant directeur politique. Elle combat pour une République fédérale d'Afrique, insérée dans une Confédération franco-africaine, mais la revendication de l'indépendance immédiate se fait jour dans ses rangs. Avec Houphouët-Boigny, qui prône lui la fédération avec la France et l'éclatement de l'AOF, Senghor se retrouve membre du comité chargé d'élaborer le projet de Constitution de la Vème République. Mais de Gaulle refuse la confédération, invitant chaque pays à choisir entre fédération et sécession. Lorsque le président du Conseil lors de sa tournée en Afrique vient à Dakar, après s'être affronté à Sékou Touré en Guinée, Senghor est en Normandie, dans la propriété de sa deuxième femme, Colette Hubert, qu'il a épousé le 18 octobre 1957. Senghor se rallie publiquement au projet constitutionnel, expliquant que la nouvelle Constitution autorise les Etats associés à se regrouper, ce que fera le Sénégal avec le Soudan français, et il appelle à voter le texte. Il proclame, "Oui pour l'indépendance dans l'amitié, non dans la dispute". Il est suivi par l'immense majorité de la population du Sénégal.

    Senghor tente de mettre sur pied une Fédération du Mali dont il préside l'Assemblée. Il entre dans le gouvernement Debré en juillet 1959, comme ministre conseiller. Sénateur de la Communauté, lorsque l'Indépendance est accordée le 20 juin 1960, il est président de la Fédération du Mali, mais celle-ci éclate le 19 août suivant. Senghor président de l'Assemblée fédérale, secrétaire général de l'UPS, est élu à l'unanimité de l'Assemblée président de la République du Sénégal le 5 septembre 1960. Deux ans plus tard, en décembre 1962 il fait face, avec le soutien de Lamine Gueye devenu président de l'Assemblée, à la tentative de coup d'Etat du président du Conseil, son ancien compagnon Mamadou Dia. Senghor prend alors la direction du gouvernement et une nouvelle Constitution met en place un régime présidentiel l'année suivante. Entré à l'Internationale socialiste dont il est vice-président en 1976, il préside la République du Sénégal jusqu'au 31 décembre 1980, date à laquelle il quitte volontairement le pouvoir.

    Senghor, qui a toujours entretenu des rapports privilégiés avec le général de Gaulle et surtout avec son vieil ami Georges Pompidou, s'installe en France, se partageant entre Paris et la propriété normande de sa femme. Il se consacre essentiellement à une activité poétique qu'il n'a jamais abandonnée, même au pouvoir, et poursuit son combat en faveur de la francophonie dont il a fondé les premières structures en 1970, avec Bourguiba. Il reçoit alors les plus prestigieuses distinctions du monde des Lettres. Déjà membre des Académies des Sciences morales et politiques comme associé étranger depuis 1969, et membre de l'Académie des Sciences d'outre-mer, il est élu à l'Académie française en 1983. Il y est reçu solennellement en 1984 par son ami Edgar Faure. Cette même année, François Mitterrand fait appel à lui pour être vice-président du Haut Conseil de la Francophonie. Il appartient par ailleurs à la société de linguistique de France, au Comité national des écrivains, à l'Association Guillaume Budé et au Conseil supérieur de la recherche scientifique et du progrès technique. En 1991, a été inauguré à Alexandrie (Egypte), l'Université internationale francophone Léopold Sédar Senghor.

    Senghor est l'auteur de nombreux ouvrages, citons Chants d'Ombre, Hosties noires, Chants pour Naët, Ethiopiques, Nocturnes, Lettres d'hivernage et Elégies majeures, Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache en langue française, La parole chez Paul Claudel et chez les Négro-africains, dialogues sur la poésie francophone. Une série d'œuvres en proses, discours, conférences, essais, sont parues aux Editions du Seuil, en quatre tomes sous le titre de Liberté. Il collabore aussi durant sa longue carrière littéraire à de nombreuses revues, citons les Cahiers du Sud, Les Temps modernes, Esprit, Jeune Afrique, Le Journal des africanistes.

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