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Maurice RABIER

(1907 - 1999)

Informations générales
  • Né le 12/11/1907 à ORAN (ALGÉRIE)
  • Décédé le 28/07/1999 à PONTAULT-COMBAULT

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Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

  • 21/10/1945 - 10/06/1946 : Anciens départements d'Algérie - Socialiste

    02/06/1946 - 27/11/1946 : Anciens départements d'Algérie - Socialiste

    10/11/1946 - 04/07/1951 : Anciens départements d'Algérie - Socialiste

    17/06/1951 - 01/12/1955 : Anciens départements d'Algérie - Socialiste

Biographie

  • Biographie de la IVe République

    RABIER (Maurice, Louis, Pierre, Jean)
    Né le 12 novembre 1907 à Oran (Algérie)
    Décédé le 28 juillet 1999 à Pontault-Combault (Seine-et-Marne)

    Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Oran)
    Député d’Oran de 1946 à 1956

    Maurice Rabier est le cadet d’une famille de sept enfants. Son père, Séraphin Rabier, est un gardien de prison autodidacte. Fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, il s’installe en Algérie en 1898. Maurice Rabier accomplit sa scolarité en Algérie, à Daïda, où il obtient le certificat d’études primaires puis, après le cours complémentaire, passe trois années à l’école nationale professionnelle de Dellys où il obtient un brevet d’ajusteur. Admis aux Chemins de fer algérien (SNCFA) par concours, il entre au service technique comme dessinateur-projeteur en 1926. Après dix-huit mois de service militaire à Hussein-Dey dans le génie, il arrive à Perrégaux (aujourd'hui Mohammadia) où il travaille aux ateliers de la SNCFA. Perrégaux est un carrefour ferroviaire, comportant d'importants ateliers, avec une population majoritairement européenne consciente d'appartenir à l'élite ouvrière. Il se marie avec Suzanne Martinez, née le 31 octobre 1912, avec laquelle il aura trois enfants.
    Dans les années trente, Maurice Rabier est simultanément un syndicaliste cheminot de la CGTU et un militant socialiste. Il est personnellement lié à certains militants communistes, comme Lucien Sportisse. Elu délégué du personnel – de l’arrondissement à la direction –, il est déplacé par mesure disciplinaire de la SNCFA à Bel-Abbes en 1935-1936. Sur le plan social, il est encore secrétaire de la société de musique de la ville depuis 1930 et vice-président de la société d’habitation à bon marché (HBM) de Perrégaux. Il fréquente la Libre pensée. Il a adhéré aux Jeunesses socialistes d’Oran en 1926 et dirige la section SFIO de Perrégaux de 1931 à 1933. Il participe au développement rapide du parti dans l’Oranais, notamment dans le domaine électoral, même s'il n'obtient pas des résultats équivalents à ceux de Marius Dubois, leader du socialisme oranais qui accède à l'Assemblée nationale en 1936. Candidat SFIO pour la première fois aux élections du conseil général en octobre 1934, dans le canton de Perrégaux, Maurice Rabier, qui vient d'entrer au bureau fédéral de la SFIO, représente le parti aux élections législatives du 26 avril 1936, dans la troisième circonscription du département d’Oran. Il obtient 3 191 voix, sur 21 279 inscrits et 16 173 suffrages exprimés.
    Maurice Rabier est élu en janvier 1937 au conseil municipal de Perrégaux, comme candidat du Front populaire, lors des élections complémentaires qui chassent la municipalité Torjman, dominée par les grands colons d'origine espagnole enrichis dans les périmètres d'irrigation qui entourent la ville. En mars suivant, il est désigné comme premier adjoint au maire radical.
    Mobilisé le 3 septembre 1939, démobilisé le 28 août 1940 dans le Sud Tunisien, Maurice Rabier est révoqué de son mandat d'adjoint le 14 juillet 1940, en application du décret du 23 septembre 1939, puis relevé de son emploi le 20 octobre 1940. Il vit alors, difficilement, en aidant son père devenu boulanger. Le 1er août 1942, un décret préfectoral l’astreint à résider dans un camp du Sud Oranais (El-Aricha). Une fiche de renseignement datée du 11 août 1942 donne le motif suivant : « Ancien membre de la municipalité Anglade (adjoint au maire), ex-militant SFIO. Depuis l’internement des dirigeants locaux du Parti communiste a pris la tête de l’opposition locale et notamment des groupements clandestins communistes. Est en liaison étroite avec les éléments israélites et a conservé des relations avec les agitateurs musulmans ». Un arrêté du 23 septembre 1942 le frappe d’internement administratif et l’assigne à résidence au centre de séjour surveillé de Djenin-Bou-Bezg. Atteint du typhus, il est hospitalisé à Tlemcen lorsque se produit le débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942. Il reste encore près de six mois astreint à résidence à Tlemcen, jusqu’à sa libération définitive, le 20 février 1943.
    Maurice Rabier est réinstallé dans ses fonctions d’adjoint à Perrégaux le 10 avril 1943 et réintégré dans son emploi en juillet. Après le décès du maire, M. Anglade, il devient maire de la commune en décembre 1943 et ces concitoyens le confirment dans ce poste aux municipales de 1945 à la tête d’une liste de « la France Combattante » (alliance entre le PC, la SFIO, les radicaux-socialistes et les syndicalistes de la CGT). Il abandonne volontairement ce mandat et redevient simple conseiller municipal de Perrégaux, de mars 1947 à 1958. La mairie est alors administrée par son camarade socialiste René Roques.
    Résistant victime de Vichy, syndicaliste, secrétaire de la fédération socialiste depuis 1944, élu local d'un centre ouvrier, Maurice Rabier dispose de ressources personnelles suffisantes pour être placé en tête de liste SFIO du premier collège des citoyens français pour l’élection à la première Assemblée nationale constituante, le 21 octobre 1945. Elle obtient 28 469 suffrages sur 189 576 inscrits et 127 741 exprimés. Maurice Rabier est élu au quotient. Cheminot et Algérien, il se fait désigner à la commission des moyens de communication et des PTT, à la commission des territoires d'outre-mer et à celle qui est chargée de proposer des mesures de grâce amnistiante en Algérie. Il intervient à trois reprises, à propos notamment du chapitre sur l'Union française dans le débat sur la constitution de la République française et fait, au nom du groupe socialiste, une intervention remarquée sur le projet d'amnistie en Algérie, le 26 février 1946. Il ne dépose, en revanche, aucun texte sous la première Constituante.
    Le 2 juin 1946, pour les élections à la deuxième Assemblée constituante, la liste SFIO du premier collège conduite par Maurice Rabier conserve son influence, avec 29 439 suffrages sur 203 665 inscrits et 138 749 exprimés. Il est nommé membre de la commission des moyens de communication et des postes, télégraphes et téléphones et membre de la commission de la France d'outre-mer. Il intervient à deux reprises seulement, essentiellement au chapitre sur l'Union française dans le débat constitutionnel.
    Lors des élections à la première Assemblée de la Quatrième République, le 10 novembre 1946, la liste Rabier perd près d’un cinquième de ses suffrages, conservant 23 230 voix sur 193 420 inscrits et 127 141 exprimés. Il est nommé dans quatre commissions ; moyens de communication (1946-1950), intérieur (1946-1951), territoires d'outre-mer (1946-1947), marine marchande et pêches (1950-1951). Il est désigné pour figurer sur la liste des jurés à la Haute Cour de justice, le 3 décembre 1947 et le 7 décembre 1948. L’activité parlementaire de Maurice Rabier est extrêmement riche. Il ne dépose pas moins de douze propositions de loi, vingt-cinq rapports, neuf propositions de résolution, un rapport supplémentaire et un avis. Dès le début de la législature, le 6 février 1947, il dépose une proposition de loi portant statut politique de l'Algérie au nom du groupe socialiste, prévoyant deux collèges électoraux distincts. Le premier collège des Européens serait ouvert à un nombre de musulmans nettement supérieur à celui prévu par l'ordonnance de mars 1944 et les votes à l'Assemblée algérienne seraient acquis à la majorité simple. En mars, il se rend en mission en Algérie au nom de la commission de l’intérieur. Désigné par 20 voix sur 22 par cette dernière, comme rapporteur général des propositions de loi et du projet gouvernemental de statut de l’Algérie en juin 1947, il démissionne de cette fonction le 21 août suivant en raison des divergences existant entre le gouvernement et la commission. Le président Ramadier impose en effet le texte préparé par son ministre de l'intérieur, Edouard Depreux, qui a été amendé par les ministres radicaux-socialistes et démocrates-chrétiens (MRP). Ce texte prévoit notamment des votes à l'Assemblée algérienne à la majorité des deux tiers et limite l'accès des musulmans au premier collège. Le travail d'amendement réalisé par l'Assemblée étant annulé, Maurice Rabier, qui avait pourtant reçu l'appui du congrès socialiste tenu à Lyon du 14 au 17 août, démissionne, à la grande fureur de Vincent Auriol. Le statut est voté par l'Assemblée le 27 août, par 320 voix, dont celle de Maurice Rabier, contre 88.
    S'il poursuit son travail parlementaire avec application en intervenant en séance à trente-trois reprises en cinq ans, Maurice Rabier ne présente plus de proposition de réforme globale par la suite. Désormais, il s'en tient à la défense des intérêts de ses électeurs, particulièrement les fonctionnaires européens, déposant des textes à caractère social, sur les emplois réservés, les salaires, la sécurité sociale, les accidents du travail, le fonctionnement des conseils de prud'hommes, les loyers notamment. Mais l’ensemble de ses initiatives concernent l’Algérie. Il combat aussi âprement la suppression du décret Régnier du 30 mars 1935 réprimant les manifestations contre la souveraineté française en Algérie. Son adhésion au Rassemblement démocratique révolutionnaire en 1948 lui vaut d'être mis à l'écart du groupe socialiste et de figurer parmi les non-inscrits durant un an, mais il réintègre le groupe SFIO en 1949. Il est encore nommé rapporteur de la proposition de loi relative au statut des fonctionnaires et auxiliaires des départements d’outre-mer, à partir du 31 mars 1950. Il remplit la même fonction, quelques semaines plus tard (à partir du 16 mai 1950), sur la proposition de loi relative au régime des pensions en Algérie. Enfin, le 4 août 1950, il intervient ès qualités dans la discussion sur la proposition de loi relative à l’extension en Algérie des législations sur les accidents du travail.
    Le 17 juin 1951, la liste de premier collège conduite par Maurice Rabier connaît un nouveau recul de 4 000 suffrages, avec 19 541 voix en moyenne (mais 20 546 pour Rabier), sur 198 098 inscrits et 134 136 exprimés. L’apparentement conclu entre les listes qui vont du Rassemblement des gauches républicaines (RGR) au Rassemblement du peuple français (RPF) n’emportant pas la majorité, Maurice Rabier est réélu, mais il est désormais le seul député socialiste du premier collège en Algérie, Raoul Borra étant battu à Constantine. Il retrouve sa place à la commission de l’intérieur où, nommé le 17 juillet 1951, il est régulièrement reconduit jusqu’en 1956, ainsi qu'à la commission des moyens de communication et du tourisme, en fin de législature (1955-1956). A nouveau, son investissement personnel à l’Assemblée nationale est exceptionnel. Il dépose soixante-dix textes : quinze propositions de loi ; neuf propositions de résolution ; trente-cinq rapports ; onze rapports spéciaux. Il poursuit donc un travail parlementaire très conséquent, à dominante sociale (lois sociales sur l’agriculture en Algérie, salaires des personnels non fonctionnaires des établissements militaires de l’Algérie, les régimes de sécurité sociale, de mutualité sociale agricole et des accidents du travail en Algérie). L’ensemble de ses textes s’adresse toujours à l’Algérie. Ses interventions sont parfois plus politiques. Il présente ainsi un texte tendant à rétablir la parité de représentation entre les collèges au sein des conseils généraux des trois départements algériens, le 5 juin 1952. Fruit d’une réelle technicité parlementaire, prenant la parole trente-cinq fois au cours de la législature, le député d’Oran est nommé rapporteur à plusieurs reprises. Il remplit cette fonction dans la discussion d’un rapport sur la rémunération des fonctionnaires algériens, le 8 février 1952. Il en est de même dans la discussion, cette fois-ci, d’un projet de loi relatif aux conseils généraux des départements algériens, le 20 mai et le 31 août 1954. Il est rapporteur suppléant du projet de loi relatif au statut des juges de paix d’Algérie et prend la parole, à cette occasion, le 5 août 1955. Il remplit la même fonction en deuxième lecture du projet de loi relatif à l’intégration des fonctionnaires français des cadres tunisiens dans les cadres métropolitains et intervient ce même 5 août 1955, en séance publique. Enfin, il est rapporteur du projet de loi relatif au recrutement et à l’avancement des fonctionnaires résistants, le 17 novembre 1955.
    Il sait être intransigeant. A cet effet, il n’hésite pas à interpeller le gouvernement, deux jours après les incidents sanglants de la place de la Nation, le 14 juillet 1953. Il dénonce à cette occasion « le manque de sang froid et de vigilance de la police » et la misère des travailleurs algériens en France. Le 30 août 1954, il est l'un des 53 députés socialistes à voter la question préalable déposée par le général Aumeran, entraînant le rejet du traité instaurant la Communauté européenne de défense.
    Lorsque la guerre d'Algérie débute, le député d'Oran devient à l'Assemblée le principal porte-parole du groupe socialiste sur l'Algérie durant plus d'une année. Il dépose une demande d'interpellation du gouvernement ; son discours du 12 novembre 1954 est l'expression des positions de la SFIO qui propose, pour faire face au soulèvement, une "application correcte" du statut de 1947, un effort important en matière économique et sociale et une répression "énergique mais avec discernement". Lors du débat qui aboutit à la chute du gouvernement Mendès France le 3 février 1955, il reprend ces thèmes, dénonçant la violence de la répression, mais appuyant la politique de François Mitterrand. Il s'exprime encore dans le débat d'investiture de Christian Pineau et surtout dans le vote de l'état d'urgence les 28 et 29 juillet et dans la discussion d'interpellation du 13 octobre suivant, lors de laquelle il dénonce le problème de la propriété agraire. Quelques jours auparavant, le 4 octobre 1955, il a été désigné secrétaire de l'Assemblée nationale.
    La dissolution de la Chambre basse, le 2 décembre 1955, met fin à l’existence de la représentation algérienne pour la nouvelle législature : Maurice Rabier perd son mandat parlementaire. Guy Mollet, président du Conseil de février 1956 à mai 1957 le nomme chargé de mission dans son cabinet. Alors que la guerre d’Algérie s’accentue, l’ancien député d’Oran, qui fut rapporteur du statut de 1947, retrouve une fonction de conseiller écouté. Et, alors qu’il s’était présenté sans succès au vote interne des militants aux congrès socialistes de 1947 et 1948, il accède à la direction nationale du parti en juillet 1956. Il demeure au comité directeur de la SFIO sans discontinuer jusqu’à la transformation du parti en parti socialiste en 1969, au congrès d’Issy-les-Moulineaux.
    Après la chute du gouvernement Mollet, Maurice Rabier est détaché de la SNCFA au gouvernement général d’Algérie, de juillet 1957 à octobre 1958. Il fait partie du comité chargé de la préparation et de la surveillance du pavillon de l’Algérie à l’Exposition universelle de Bruxelles de 1958. Le soulèvement du 13 mai 1958 – qu’il condamne – le chasse une deuxième fois, après 1940, de la mairie de Perrégaux. La municipalité est révoquée en juillet 1958 par les comités de salut public. Il présente sa candidature dans la septième circonscription d'Algérie (Oran-ville) en novembre 1958, sur une liste d'Union démocratique et de fraternité algérienne qui obtient 17 330 suffrages sur 174 327 inscrits et 118 438 exprimés. Il n’est pas élu.
    Maurice Rabier reprend sa carrière de cheminot qu'il termine en 1961 à Oran, au grade de sous-inspecteur à la comptabilité. Peu après, avec l’indépendance, son rêve effondré d’une Algérie fraternelle et pluraliste, il doit fuir sa terre natale et s’installe à Castelnau-le-Lez où il est conseiller municipal durant douze ans – de mars 1965 à mars 1977 –, et où il fonde et préside l’Association pour la jeunesse, la culture, les loisirs et les sports de la ville, de septembre 1969 à mars 1973.
    Titulaire de la médaille d’honneur des chemins de fer, Maurice Rabier a été fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 1984. Il disparaît le 28 juillet 1999, dans sa quatre-vingt-douzième année.

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