XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du jeudi 07 octobre 2021

L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de MM. Aurélien Pradié, Damien Abad et plusieurs de leurs collègues visant à plus de justice et d’autonomie en faveur des personnes en situation de handicap (nos 4423, 4500). 
La parole est à M. Aurélien Pradié, rapporteur de la commission des affaires sociales. Anthony a 30 ans ; il vit en couple avec Andréa, qui a 24 ans. Tous deux sont autistes Asperger, et tous deux perçoivent l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Anthony commencera prochainement un travail en tant que vacataire dans la fonction publique. Sa compagne perdra alors son allocation aux adultes handicapés, bien qu’elle soit en recherche d’emploi.
Sylvie est salariée ; elle est mariée à une personne en situation de handicap psychique. En fournissant le même travail que ses collègues dans un établissement spécialisé, et en travaillant trente-cinq heures, son mari ne touche que 715 euros par mois, et ne percevra pas l’allocation aux adultes handicapés l’année prochaine.
Fabienne a 42 ans ; elle est en situation de handicap intellectuel. Elle travaille dans un établissement et service d’aide par le travail (ESAT) et habite chez ses parents, dans le centre de Bordeaux. Elle souhaite intégrer L’Orée, un projet d’habitat inclusif. La prestation de compensation du handicap (PCH) lui a été refusée.
Roger est tombé d’un toit à 41 ans ; il a subi un traumatisme crânien. Il a déposé une demande de prestation de compensation du handicap, qui lui a été refusée. Il souffre de troubles de la mémoire qui entravent ses activités quotidiennes, son parcours médical et ses relations sociales.
Fabienne et Roger ne sont pas seuls : près de 60 000 de nos concitoyens subissent la même injustice et sont exclus de l’accompagnement du fait de leur maladie psychique ou de leur trouble mental. Anthony et Sylvie ne sont pas seuls : près de 200 000 de nos concitoyens subissent cette insupportable double peine et ce prix de l’amour. Ces réalités, personne ne peut les ignorer. Ces injustices attendent depuis près de quinze ans d’être corrigées.
Il serait temps de passer à l’action ! Il a raison ! Ces failles ont fait l’objet de dizaines de rapports, de dizaines d’évaluations, de centaines de prises de position unanimes des acteurs du handicap et de dizaines d’avis des autorités européennes et internationales, qui ne cessent de rappeler la France à l’ordre.
Notre proposition de loi permet d’avancer : il n’est plus question d’attendre demain, et encore demain, pour que des milliers de nos concitoyens en situation de handicap retrouvent toute leur dignité. La dignité n’attend pas. Si le présent texte provient du groupe Les Républicains, rappelons qu’avant nous, nos collègues Marie-George Buffet, Jeanine Dubié, Yannick Favennec-Bécot ou encore Stéphane Peu avaient œuvré pour la même cause.
Heureusement qu’ils étaient là ! Dans notre assemblée, la cause du handicap traverse l’engagement de plusieurs d’entre nous. Pour ce qui me concerne, je n’aurais sûrement jamais eu d’engagement politique sans ce combat pour la dignité des personnes touchées par le handicap – chacun a son histoire. Dignité et autonomie ! En novembre 2018, il y a trois ans presque jour pour jour, nous défendions ici même une proposition de loi visant à améliorer l’accueil des enfants en situation de handicap à l’école et le statut des accompagnants. Je garde – comme beaucoup d’entre vous, je pense – un souvenir douloureux de la manière dont ce texte a été rejeté brutalement et sans débat. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Lors de cet épisode, la majorité a – disons-le clairement – donné une piètre image du débat parlementaire. Évitons de reproduire cette honte. Inadmissible ! Certains sujets méritent mieux que les débats politiciens et les conflits stériles. Un choix constructif nous guide depuis le début de l’examen de la proposition de loi ; il a été nourri par vingt-cinq heures d’auditions, des dizaines d’acteurs auditionnés et un déplacement au conseil départemental de Seine-et-Marne, ainsi que par des échanges directs avec les acteurs des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), les associations et les personnes en situation de handicap. Notre texte contient des solutions solides et concrètes. Il ouvre trois chantiers majeurs pour le handicap.
Le premier de ces chantiers – vous le connaissez – est celui de la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) En effet, le mode de calcul et de plafonnement de cette allocation entrave l’autonomie des personnes, en les maintenant dans une dépendance financière injuste et inacceptable vis-à-vis de leur conjoint. Indigne ! Une telle dépendance est particulièrement difficile à vivre ; elle entraîne un sentiment d’inutilité et de perte de dignité. Ce mode de calcul absurde entraîne souvent un prix de l’amour insupportable pour les personnes handicapées : nombre d’entre elles refusent de se mettre en couple ou de vivre avec leur conjoint, car elles risquent de voir diminuer ou de perdre leur allocation. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Il faudrait que la majorité regarde la réalité en face ! Qui peut accepter de telles situations, contraires à nos principes ? En maintenant un mode de calcul et de plafonnement de l’allocation aux adultes handicapés fondé sur le revenu du foyer, la France viole tous ses engagements en matière de défense des droits humains – le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies, devant lequel notre pays a été auditionné en août dernier, l’a d’ailleurs rappelé. Cette situation est dénoncée légitimement, de longue date, par les personnes en situation de handicap et les associations qui les représentent. Et par Les Républicains ! Elle a fait l’objet d’un travail acharné de plusieurs de nos collègues. Le dernier débat consacré à ce sujet a tourné au psychodrame, à grand renfort de vote bloqué et de passage en force brutal, comme jamais, du Gouvernement. Une honte pour la démocratie ! Personne ne l’a oublié parmi nous, et personne ne l’a oublié parmi les Français. Sur ce sujet, le Gouvernement est buté. Pas seulement sur celui-là ! Madame la secrétaire d’État, vous ne voulez pas entendre que cette injustice est insupportable ; vous ne voulez pas entendre qu’elle est méprisante et violente. Aussi longtemps qu’elle perdurera, nous bataillerons sans relâche.
Le deuxième chantier qu’ouvre la proposition de loi est celui de l’élargissement et de la modernisation de la prestation de compensation du handicap. Si le sectarisme primaire ne l’emporte pas, nous devrions trouver ici un terrain de rassemblement. Nous observons en effet un déficit majeur d’accès à la PCH, notamment à son volet relatif à l’aide humaine, pour les personnes présentant des altérations des fonctions psychiques, mentales ou cognitives : elles sont les grandes exclues de la compensation – c’est une chose grave. Ces personnes ont besoin d’une stimulation, d’une assistance et d’un accompagnement qui ne sont pas prévus dans la prestation de compensation du handicap. Le rapport du docteur Leguay – que vous avez vous-même commandé, madame la secrétaire d’État – le confirme mot pour mot. La réforme de cette prestation est un engagement de longue date du Gouvernement ; l’engagement a été pris par le Premier ministre en 2017, puis par le Président de la République en 2021 ; tout le monde partage le constat, mais au-delà du constat, rien : pas une décision concrète, pas une mesure réelle, mais des études, des « fiches actions », des tableaux pour dire ce que nous savons déjà. Madame la secrétaire d’État, vous et le Gouvernement procrastinez.
Des discours, et pas d’action ! Nous, nous voulons agir : c’est bien l’ambition de notre proposition de loi que d’en finir avec le blabla et les opérations de communication. Assez de blabla ! Des résultats ! Il a raison ! Le troisième et dernier chantier du texte est celui de l’humanisation des procédures administratives pour nos concitoyens en situation de handicap. Le sujet est tout sauf anodin, quand on sait que 95 % des décisions des maisons départementales des personnes handicapées sont rendues sur liste, et que seules 5 % des demandes font l’objet d’une présentation et d’une discussion en séance. Dans pas moins de 83 % des cas, la commission compétente prend une décision qui engage la vie des personnes sans jamais les avoir rencontrées ; ces dernières sont entendues dans seulement 7 % des cas, et ne font l’objet d’une évaluation sur leur lieu de vie que dans 4 % des cas. Cette situation nourrit de profondes incompréhensions et un divorce de confiance contre lesquels nous devons lutter. Tous les acteurs, y compris au sein des maisons départementales des personnes handicapées, regrettent cet état de fait qui ne produit rien de bon, mais seulement des recours. Il revient à la loi de fixer un cap – c’est l’ambition de l’article 3 de la proposition de loi. Très bien ! Tout au long de la préparation du texte, j’ai tenu à travailler dans un état d’esprit responsable et respectueux de chacun. Cet état d’esprit fut le mien ; il fut aussi celui de mon groupe politique et de tous les groupes d’opposition qui ont accepté d’œuvrer avec nous pour améliorer et enrichir le texte – tous, sauf le groupe La République en marche et un de ses alliés dociles. Vous avez refusé tout dialogue. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Madame la secrétaire d’État, vous avez vous-même refusé, purement et simplement, d’être auditionnée à l’Assemblée nationale pour préparer le texte. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Quel scandale ! En commission des affaires sociales, la majorité n’a rien proposé, rien corrigé, rien modifié. Vous avez méthodiquement et froidement supprimé chaque article de la proposition de loi : article 1, suppression ; article 2, suppression ; article 3, suppression ; article 4, suppression ; article 5, suppression ; article 6, suppression ; article 7, suppression – sept fois, suppression ! (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Vous avez une calculette à la place du cœur ! Les masques tombent ! Quelle est cette méthode détestable ? Ne pensez-vous pas que la question brûlante de la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés mérite mieux qu’un amendement de suppression ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, UDI-I, LT, FI et GDR.) Ne pensez-vous pas que l’accompagnement des malades psychiques par la prestation de compensation du handicap mérite mieux qu’un amendement de suppression ? Quelle majorité sans cœur ! Ne pensez-vous pas que l’humanisation des procédures administratives pour les personnes en situation de handicap mérite mieux qu’un amendement de suppression ?
Je le dis clairement : la méthode que vous avez choisie est une sale méthode. Rarement un pouvoir politique aura été aussi technocratique et désincarné dans son approche des grands sujets sociaux.
(Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) En 2005, Jacques Chirac avait eu le courage politique de faire du handicap une priorité et de défendre une grande loi. Désormais, c’est la règle des tableaux Excel, des études en tous genres, des paroles creuses et des ronds-de-cuir de la politique. Vous paraissez incapables de vraiment changer les choses. Ma colère est à la hauteur de votre méthode et de votre mépris envers notre texte.
Nous ouvrons ce matin un débat essentiel pour quelques millions de Français. Saboter ce texte serait une faute impardonnable – pas pour moi, pas pour mon groupe politique, pas pour les oppositions : ce serait une faute impardonnable pour les Français. Je n’imagine pas que vous commettiez cette faute.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, UDI-I et LT, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Parvenir à une véritable société du choix, tel est le fil rouge qui a guidé les actions menées par l’ensemble du Gouvernement, toujours suivant une même ambition : simplifier et améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap. C’est raté ! Rappelons-le : depuis 2017, nous avons tenu, sous l’égide du Premier ministre, cinq comités interministériels du handicap afin d’embarquer la totalité des politiques de droit commun ; nous avons également tenu la Conférence nationale du handicap, sous l’égide du Président de la République, en février 2020. Pourquoi ? Pour construire nos politiques publiques avec les personnes et pour les personnes. Tels sont le sens et la philosophie qui guident la politique du handicap, laquelle se décline de manière pragmatique et opérationnelle sur le terrain.
Cette politique a entraîné l’ouverture de nouveaux droits : en témoigne le rétablissement, en mars 2019, du droit de vote pour tous les majeurs protégés, afin de leur assurer une pleine citoyenneté et un plein accès au droit ; ils sont 350 000 à pouvoir désormais voter et participer à la vie démocratique de notre pays. Voilà trente ans que les familles et les associations attendaient cet acte fort de respect des droits humains, à l’égal de tout citoyen. Une autre avancée majeure réside dans l’octroi des droits à vie : les personnes dont le handicap est irréversible n’ont plus à démultiplier les démarches administratives. Cette simplification constitue un changement fondamental, qui redonne leur indispensable dignité aux personnes.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Afin que ces droits soient réellement effectifs pour tous, nous avons œuvré à la simplification des démarches. C’est grâce à l’implication des députés de la majorité présidentielle, sur la base du rapport « Plus simple la vie », à partir du travail effectué en se rendant dans chaque MDPH, que nous avons construit une politique au plus près des besoins des familles. Cette avancée s’accompagne d’un effort majeur pour diminuer massivement les délais de traitement des dossiers des maisons départementales des personnes handicapées, qui sont gérées par les collectivités locales – car, ne l’oublions pas, les départements sont les chefs de file des politiques de solidarité.
Nous ne vous avons pas attendu, monsieur le député, pour poursuivre ce dialogue avec les départements
(Exclamations sur les bancs du groupe LR), toujours dans cette méthode de coconstruction adoptée depuis quatre ans pour travailler main dans la main en pleine responsabilité populationnelle croisée et en respect des équipes (Mêmes mouvements) On se téléphone, on fait une « fiche action » ! On va nous proposer un numéro vert ! Chers collègues…
qui ont été blessées par vos affirmations de déshumanisation de leur politique. Ce sont des hommes et des femmes qui font de leur mieux pour pouvoir assurer l’octroi des droits.
La société du choix, c’est aussi assurer à chacun l’accompagnement dont il a besoin. Nous avons développé des solutions d’habitat inclusif, toujours avec les départements, afin de donner la possibilité aux personnes qui le souhaitent de vivre chez elles en colocation, tout en étant accompagnées autant que de besoin par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Nous prenons également en compte les personnes dont les troubles sont les plus sévères en déployant des lieux de vie spécifiquement adaptés aux adultes qui ont des besoins plus complexes.
Je veux aussi vous parler de l’école, monsieur le député. Alors que vous étiez dans la critique permanente, nous, nous avons profondément transformé notre modèle scolaire
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR) afin que l’école de la République soit en mesure d’accueillir l’ensemble de ces enfants : ce sont près de 400 000 élèves en situation de handicap, dont 41 000 enfants autistes, qui ont pris le chemin de l’école à la rentrée 2020, alors qu’ils en étaient précédemment exclus, soit près de 20 % d’élèves scolarisés de plus qu’en 2017. (Mêmes mouvements.)
Notre action va plus loin : nous avons aussi mis en place pour les nouveaux enseignants une formation de vingt-cinq heures relative à la diversité des types de handicap – là aussi, cela n’avait jamais été fait –… Tout commence avec vous, c’est bien connu ! Et tout finira avec vous ! …et renforcé et sécurisé le statut des accompagnants d’élèves en situation de handicap, les AESH. Aucun d’entre eux n’est plus recruté par le biais d’un contrat aidé : ils bénéficient désormais d’un contrat à durée déterminée, et le plus souvent d’un contrat à durée indéterminée : vous conviendrez comme moi que nous sommes bien loin d’une déshumanisation de la politique, pour reprendre vos termes.
J’entendais l’autre jour dire dans votre famille politique que « la première des dignités était celle du travail. » Une fois de plus, monsieur le député, depuis 2017, nous avons développé de nombreux dispositifs permettant d’avoir une vie professionnelle comme les autres : job coaching, emploi accompagné, mise en place de référents handicap, aide à l’embauche – parce que c’est vrai, l’activité professionnelle est au cœur des demandes des personnes en situation de handicap et au cœur de notre projet de société. Cette volonté nous a conduits, en 2021, à proposer une réforme structurante des établissements et services d’aide par le travail pour en faire un pivot de l’accès à l’emploi en milieu ordinaire, dans une logique de parcours, de sécurisation et d’évolution de carrière.
Je pourrais continuer longtemps cette énumération, témoin de la profonde transformation que la majorité présidentielle est fière d’avoir conduite. Loin d’une liste à la Prévert, elle montre une action concrète, pour que les personnes en situation de handicap soient des citoyens à part entière, et non à part, dans tous les champs de la société. Car loin d’une posture politicienne, nous sommes le gouvernement et la majorité présidentielle qui croient profondément qu’assurer cette pleine participation des personnes n’est pas un devoir moral ou une obligation, mais une vision de la société qui consiste à penser que cette société inclusive améliore la qualité de la vie de l’ensemble de nos concitoyens.
Notre pays peut être fier de conduire une politique ambitieuse pour nos concitoyens en situation de handicap. La collectivité consacre chaque année 52 milliards d’euros au handicap, soit 2,3 % du PIB, ce qui nous place au troisième rang européen, avec un montant supérieur aux budgets cumulés des ministères de la justice, de la culture, des affaires étrangères et de l’intérieur.
C’est donc dans ce contexte, face à un bilan de la majorité présidentielle construit avec et pour les personnes en situation de handicap, que cette proposition de loi intervient. Elle n’est pas nouvelle et reprend pour partie les articles issus de la proposition de loi de votre collègue Jeanine Dubié, qui sera examinée au Sénat la semaine prochaine. Curieuse procédure que celle consistant à doubler un texte en cours d’examen au Parlement !
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Ce n’est pas fini ! Nous reviendrons encore ! Je serai courte sur l’AAH, car le Gouvernement a déjà eu l’occasion de se prononcer sur ce sujet à de nombreuses reprises, et l’aura encore la semaine prochaine au Sénat.
L’allocation aux adultes handicapés, créée par la loi du 30 juin 1975, est destinée à assurer des conditions de vie dignes aux personnes en situation de handicap dont les ressources sont les plus faibles. Comme tout minimum social de droit commun, à l’image du RSA et de l’ASPA, l’allocation de solidarité aux personnes âgées, l’AAH est fondée sur la solidarité nationale, plus spécifiquement sur la solidarité entre époux rappelée par le code civil.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs du groupe LR.) Ce n’est pas vrai ! Relisez Simone Veil ! S’il vous plaît, chers collègues ! Je dis bien un minimum social, car un des arguments avancés dans la discussion est le rattachement de l’AAH au code de la sécurité sociale, qui exclurait de fait sa nature de minimum social. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Ce raisonnement ne tient pas, pour la bonne et simple raison que l’ASPA relève elle aussi du code de la sécurité sociale. Dès lors, selon votre raisonnement, l’ASPA devrait elle aussi être déconjugalisée et il ne faudrait plus prendre en compte les revenus du conjoint pour délivrer ce minimum vieillesse ? Nous pouvons tous constater à nouveau l’impasse à laquelle conduit la déconjugalisation de l’AAH et les effets de bord automatiques qu’elle aurait sur les autres minima sociaux. Si la déconjugalisation est désormais – et à la surprise générale (Exclamations sur les bancs du groupe LR) –… Monsieur le président Abad ! …au cœur de l’ADN politique des Républicains, en cohérence, lancez ce débat pour l’ensemble de notre système fiscal !
Je partage totalement la volonté de renforcer le pouvoir d’achat des personnes. C’est la raison pour laquelle nous avons augmenté l’AAH de 100 euros net par mois pour la porter à 904 euros. Nous y consacrons donc 11,1 milliards d’euros, soit 2 milliards de plus qu’en 2017.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – M. Bruno Fuchs applaudit aussi.)
Votre proposition, elle, diminue le pouvoir d’achat de 44 000 personnes (Protestations sur les bancs du groupe LR) et flèche les bénéfices vers les couples les plus aisés. À l’inverse, avec la majorité présidentielle, nous avons porté une réforme plus juste, redistributive et opérationnelle. (Mêmes mouvements.) Alors pourquoi toutes les associations sont-elles contre vous ? Le projet de loi de finances pour 2022 prévoit un nouveau mode de calcul de l’AAH dès le 1er janvier 2022. Le remplacement de l’abattement de 20 % sur les revenus du conjoint par un abattement forfaitaire de 5000 euros permettra à 120 000 personnes de bénéficier d’une augmentation mensuelle de 110 euros en moyenne, pouvant aller jusqu’à 186 euros. Les personnes sans activité et dont le conjoint gagne le salaire minimum conserveront leur allocation à taux plein, soit 904 euros. Et la dignité des personnes, comment la comptez-vous ? C’est un investissement supplémentaire de l’État pour plus de justice sociale, à hauteur de 185 millions d’euros, qui permettra à 60 % des bénéficiaires en couple de conserver l’allocation à taux plein. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Vous le voyez, nous faisons ce à quoi nous nous étions engagés.
Je souhaite également évoquer avec vous un sujet fondamental : la prise en charge des femmes victimes de violences. Grâce aux dispositions que nous avons étudiées avec les caisses d’allocations familiales, sous dix jours, ces femmes ont accès à l’AAH sans avoir à justifier de leur situation.
Venons-en maintenant aux nouvelles dispositions que vous proposez concernant la prestation de compensation du handicap. Celle-ci est destinée à couvrir les surcoûts de toute nature liés au handicap dans la vie quotidienne. Il peut s’agir d’un besoin d’aides humaines, d’aides techniques ou encore d’aménagements du logement ou du véhicule, des surcoûts résultant du transport… Afin de répondre spécifiquement aux besoins et aux aspirations de la personne handicapée, cette prestation individualisée est étudiée par les équipes pluridisciplinaires des MDPH – dont les départements sont responsables.
Vous l’avez rappelé, le Président de la République s’était engagé lors de la Conférence nationale du handicap à une adaptation effective de la PCH au handicap psychique et aux troubles du neuro-développement. Je sais que de nombreuses personnes en situation de handicap ne peuvent aujourd’hui accéder à l’accompagnement leur permettant le plein accès à l’autonomie. Ces besoins spécifiques se manifestent particulièrement sur le volet « aide humaine » de la PCH, aide souvent indispensable pour assurer aux personnes l’accès à un logement, garantir qu’ils prennent soin de leur santé et participent à la vie sociale.
Alors même que nous avons fait largement évoluer le périmètre de la PCH pour garantir de nouveaux droits, il est indispensable de répondre à l’attente légitime des personnes et de leurs familles, car contrairement à ce que j’ai pu lire, monsieur le député, le Gouvernement et la majorité présidentielle sont concernés par la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme et des troubles psychiques – et pas depuis hier, pas depuis l’occasion politique d’une niche parlementaire, mais depuis l’élection du Président de la République, depuis que nous sommes en mesure de changer les choses !
(Vives exclamations sur les bancs des groupes LR et SOC. – Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) Lamentable ! À cette fin, des travaux ont été menés durant plus d’un an avec les associations représentatives, sous l’égide du docteur Leguay. (Mêmes mouvements.) Chers collègues, s’il vous plaît ! Ils ont conduit en juillet 2021 à la remise d’un rapport qui propose de faire évoluer les textes réglementaires – car il n’est pas besoin de loi pour faire évoluer ces textes.
Toujours selon notre méthode, celle de la coconstruction avec les territoires, ces propositions issues d’un travail approfondi et consensuel des associations se devaient d’être partagées avec les conseils départementaux, chefs de file des politiques sociales et financeurs de la PCH. Il s’agissait également de pouvoir tester les nouveaux critères proposés à l’aune de l’expertise des acteurs de terrain que sont les maisons départementales des personnes handicapées, les antennes locales des associations et les services d’accompagnement.
C’est la raison pour laquelle trois territoires précurseurs ont été identifiés pour apporter une réponse globale aux personnes en situation de handicap psychique, mental, cognitif ou souffrant de troubles du neuro-développement : la Gironde, les Ardennes et les Vosges. J’étais lundi en Gironde pour lancer, avec les conseils départementaux et les associations, les travaux permettant de mieux évaluer les besoins des personnes, fidèle à ma méthode de coconstruction.
Construisez donc aussi avec le Parlement ! Parlez-en aux associations ! Il s’agit, d’ici février 2022, de construire les solutions concrètes pour améliorer le soutien à l’autonomie.
Ce travail, je l’ai fait comme depuis le début du quinquennat. En témoigne la signature d’engagements inédits du président Bussereau à l’Élysée, en présence du Président de la République, pour notre feuille de route commune de simplification et d’amélioration des délais. Ce partenariat, je le poursuis avec le président Sauvadet, dont je salue l’engagement de poursuivre, non seulement sur nos travaux avec les MDPH, mais également sur la PCH.
Alors oui, le Gouvernement s’y engage : au terme de ces travaux, nous adapterons les textes réglementaires – pas besoin de la loi –…
Pas besoin du Parlement ! …pour prendre en compte les modifications indispensables à un meilleur accès aux droits et à la réforme de l’évaluation, qui sera généralisée sur l’ensemble du territoire. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) S’il vous plaît, chers collègues ! On se calme ! Voilà notre méthode : partir du terrain, construire avec les départements et tester en responsabilité les solutions proposées par les experts.
C’est tout l’inverse de la présente proposition de loi. Celle-ci entend étendre aux notions d’assistance et de soutien à l’autonomie globale le référentiel prévu pour la PCH, sans aucune concertation préalable avec les départements. Sans ce préalable, vous instaurez une source de complexité et d’iniquité, qui conduiraient à l’allongement des procédures d’instruction.
C’est faux ! Car, comme d’habitude, nous ne vous avons pas attendu pour améliorer la compensation des situations de handicap. Vous pouvez répéter dix fois un mensonge, cela n’en fera pas une vérité ! Depuis 2017, je vous le rappelle, nous avons fait significativement évoluer le champ de la compensation, en étroite collaboration avec les départements, avec la création de la PCH parentalité, pour les actes de la vie quotidienne des parents en situation de handicap, l’intégration des temps de préparation des repas dans les plans de compensation, la suppression de la barrière d’âge de75 ans. Nous avons aussi mis en place les droits à vie. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Nous poursuivons avec deux chantiers nouveaux : la définition du cadre d’une PCH adaptée à la surdicécité, grande demande des familles, sous l’égide du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), et, comme je l’ai expliqué, le déploiement de travaux in vivo , sur le terrain, relatifs à l’amélioration de la compensation pour les personnes en situation de handicap psychique, mental, cognitif ou souffrant de troubles du neuro-développement.
La méthode de la majorité présidentielle et du Gouvernement sera toujours de préférer le dialogue à l’invective et de dépasser les clivages pour trouver des solutions pragmatiques, de faire avec l’autre et pas contre l’autre, avec les personnes et pour elles.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) C’est l’hôpital qui se moque de la charité ! Quand le Président de la République m’a confié la mission de conduire sa grande priorité du quinquennat, c’était pour porter une politique ambitieuse et volontariste : permettre la pleine participation des personnes en situation de handicap à une société plus inclusive qui s’adapte enfin, et non pas l’inverse. Par-delà le mot d’inclusion, souvent galvaudé, cette mission a un sens profond : contribuer à l’avènement d’une société où les différences ne sont plus cachées ou exclues, mais qui permet au contraire à chacun de trouver sa place au milieu de tous, de manière concrète et réelle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.) Chers collègues, il n’est que neuf heures trente et nous avons une longue journée à passer ensemble : je vous invite à aborder les choses avec davantage de sang-froid, faute de quoi je serais obligée de suspendre la séance le temps que chacun se calme.
Dans la discussion générale, la parole est à M. Stéphane Viry. La proposition de loi du groupe Les Républicains dont nous allons débattre vise à apporter un soutien concret à ceux qui vivent et accompagnent le handicap au quotidien. Cette proposition est une contribution parlementaire essentielle à ce sujet si important. Au travers de ce texte, nous nous faisons simplement le relais des associations, des soignants et des familles en fixant trois objectifs simples : élargir le champ d’intervention de la prestation de compensation du handicap, déconjugaliser l’allocation aux adultes handicapés et humaniser les relations entre les bénéficiaires de ces aides et l’administration. Humaniser ! Mes chers collègues, je peux témoigner de la lassitude générale éprouvée en commission, à droite comme à gauche, la semaine dernière, lorsque la majorité présidentielle a balayé nos propositions sans rien avancer en retour, mais en critiquant un prétendu manque de réalisme. Les témoignages dont se nourrissent nos travaux sont pourtant bien réels.
Premièrement, madame la secrétaire d’État, nous voulons élargir la PCH aux handicaps psychiques, troubles dys et neurologiques, car il est insupportable d’ignorer nos concitoyens atteints de troubles cognitifs tels que l’autisme ou Alzheimer.
(Mme Agnès Thill applaudit.)
Cette forme de handicap nous concerne tous, comme en attestent les chiffres : en moyenne, nous vivons tous huit ans de notre vie en situation de dépendance, constat aggravé par la maladie d’Alzheimer – 250 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Enfermer la PCH dans une conception périmée du handicap est une faute morale grave, je le dis malgré notre désaccord. Nous devons la faire évoluer immédiatement et financer cette évolution au bénéfice des départements, la prestation relevant de leur compétence.
Deuxièmement, nous voulons déconjugaliser l’AAH, pour que le couple ne soit plus une source de dépendance et de précarité.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mmes Agnès Thill et Caroline Fiat applaudissent aussi.) Dès lors que le conjoint gagne plus de 1 020 euros net par mois, l’allocation diminue, si bien qu’avec un salaire de 1 600 euros, elle tombe de 900 à 200 euros ; à la dépendance physique s’ajoute une dépendance financière. La solution d’abattement proposée par le Gouvernement ignore totalement le souhait des associations et des familles : plutôt que de diminuer à partir de 1 020 euros, l’allocation commencera à fondre à partir de 1 500 euros. C’est précisément ce mécanisme inique d’indexation sur les revenus du conjoint qui n’est plus toléré et que nous devons changer. (« Très bien ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Stéphane Peu applaudit également.)
Troisièmement, la perte du lien social avec l’administration attise l’incompréhension et la colère de nos concitoyens, perdus dans un environnement de plus en plus technocratique. Pour y remédier, nous voulons conditionner le refus d’une prestation à un entretien avec le demandeur, car on ne peut plus traiter les femmes et les hommes qui font appel à la solidarité nationale comme d’abstraites données administratives. Nous voulons résorber la fracture sociale qui divise notre pays, et il est de notre devoir de parlementaires dépositaires de la confiance de nos concitoyens de rendre le service public accessible à tous, en particulier aux personnes handicapées.
Nous ne sommes pas les seuls à demander ces mesures, madame la secrétaire d’État. Depuis hier, comme vous l’avez rappelé, le Sénat examine la proposition de loi du groupe communiste visant à déconjugaliser l’AAH. C’est précisément ce texte que le Gouvernement et la majorité ont soigneusement vidé de sa substance ici même, en juin dernier.
(M. Stéphane Peu et Mme Caroline Fiat applaudissent.) Dans ce domaine, chers collègues de la majorité, vous êtes des adeptes de la récidive ! En trois ans, vous avez déjà rejeté trois propositions de loi visant à déconjugaliser l’AAH, sans compter notre proposition de loi relative à l’inclusion des élèves en situation de handicap, que vous avez torpillée en 2018. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)
En commission, tous les groupes politiques ont accueilli favorablement notre proposition ; tous, sauf ceux de la majorité. Alors que par ce texte, nous pourrions faire œuvre transpartisane et montrer que le dialogue parlementaire est sain et animé de bonnes intentions au service de l’intérêt général, nos concitoyens auront une nouvelle fois à souffrir de l’obstination déraisonnable de la majorité présidentielle.
Votre dérobade est incompréhensible. Elle ne saurait s’expliquer par des considérations financières, puisque le Président de la République s’illustre par des excès de prodigalité opportunément dévoilés à quelques mois des échéances électorales.
(« Eh oui ! » et autres exclamations sur les bancs du groupe LR. – Protestations sur les bancs du groupe LaREM.) Quant au manque de concertation auprès des partenaires sociaux et médicaux, vous ne pourrez pas non plus l’invoquer après quatre propositions de loi sur le sujet et l’ensemble des travaux préparatoires, dont des vingtaines d’heures d’auditions rien que pour le texte que nous examinons !
Vous qui vous revendiquez de l’union des divergences politiques autour de la raison, vous n’avez pas déposé un seul amendement de bonne foi.
(« Vous n’aimez pas les personnes handicapées ! » sur les bancs du groupe LR.) Plutôt que de faire progresser le texte, votre seul objectif a été de le torpiller. Vous vous êtes contentés de le mettre en échec. Nous peinons donc à comprendre votre position, car vous n’êtes pas cohérents avec vous-mêmes ! Au bout du compte, votre entêtement risque de peser lourd sur le quotidien de ceux qui devront continuer de vivre seuls pour ne pas perdre leur revenu (Exclamations sur les bancs du groupe LR) , et de tous ceux qui n’auront pas même pu faire entendre leur voix avant d’être privés de la solidarité nationale.
Les attentes sont grandes, et la déception liée au rejet de ce texte sera suivie d’une profonde lassitude de devoir témoigner à nouveau sans avoir le sentiment d’être écouté. Nous ne devons pas attendre ! Notre mission parlementaire – et non technocratique ou réglementaire – consiste aussi à changer la vie lorsqu’il n’est plus possible de garantir une vie digne pour tous ! La majorité nous accuse de manquer de réalisme, mais la fracture sociale qui divise le pays est bien réelle. Elle a été exacerbée par l’impression d’abandon, par le sentiment de ne pas être considéré dans l’action politique et de subir tous les dysfonctionnements du service public.
Aujourd’hui, nous avons l’occasion de réparer une injustice. En commission, vous n’étiez certains que d’une chose, chers collègues de la majorité : vous ne feriez pas aboutir ce texte. J’espérais une autre attitude à l’aube de cette séance ; manifestement, il n’en sera rien.
Pourtant, votre position ambiguë ne repose sur aucune base solide. Il n’y a pas d’enjeu pour les finances publiques, non plus qu’un manque de dialogue et de concertation avec les partenaires sociaux. En vérité, par vos arguments et vos amendements, vous n’assumez pas votre refus. Vous cherchez à vous dédouaner et vos arguments fallacieux en sont la preuve. On ne saurait en dire autant du MODEM, qui s’est ouvertement opposé à la déconjugalisation, claquant du même coup la porte à tout débat constructif.
Hors la majorité, tous les groupes ont humblement mis de côté leurs divergences au service d’un intérêt supérieur, à gauche comme à droite. Nous attendons donc les propositions de la majorité – si vous en avez qui ne soient pas de la simple technocratie !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Nous espérons que vous serez en mesure de formuler ici, par un travail législatif constructif, une réponse concrète aux failles qui sapent le système d’accompagnement du handicap.
Il est déplorable que nous, groupes politiques d’opposition, devions chacun à notre tour quémander votre intérêt
(« Il a raison ! » sur les bancs du groupe LR) pour des préoccupations majeures, dont nous ne sommes que les porte-voix. Vous réagissez, madame la secrétaire d’État, comme s’il s’agissait de notre part d’un caprice, ou d’opportunisme ! Comment pouvez-vous prétendre cela, étant donné la cause qui nous occupe aujourd’hui ? Combien de tours de piste nous faudra-t-il enchaîner devant vous ? Était-il impossible d’agir avant ? Quel doit être le prochain groupe à passer pour que vous daigniez comprendre que dans le contexte social dégradé que nous connaissons, il est prioritaire d’écouter les corps intermédiaires ? Quand comprendrez-vous que la solidarité conjugale ne saurait s’appliquer aveuglément à ceux qui sont irrémédiablement éloignés du monde du travail ? Quand accepterez-vous qu’il ne suffit pas d’invoquer le code civil pour priver des femmes et des hommes de la seule ressource qui fait leur dignité, leur émancipation et, en somme, leur habilité à exister ?
Notre combat collectif en faveur de l’égalité dans le handicap a commencé en 1975 avec la création de l’AAH et se poursuit depuis, comme en 2005 avec la loi contre l’exclusion du handicap. Il serait illusoire de croire que l’objectif est atteint, et mensonger de prétendre que tout a commencé en 2017. L’égalité se conquiert par un travail législatif constant, vigilant et, surtout, à l’écoute,…
Tout à fait, voilà la bonne méthode ! …travail que votre gouvernement ne cesse de contredire.
Aussi, par respect pour les millions de personnes concernées par le handicap qui attendent des changements, et dans l’esprit des lois de 1975 et de 2005, il est de notre devoir de voter ensemble en faveur de ce texte rédigé et défendu par Aurélien Pradié.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, UDI-I, LT et GDR. – Mme Caroline Fiat applaudit également.) La parole est à M. Nicolas Turquois. Parmi les sujets qui doivent tous nous réunir au-delà de nos sensibilités politiques, le handicap est sûrement l’un des plus emblématiques tant il est partagé. Nous avons tous déjà été à plusieurs reprises confrontés à la situation d’une personne handicapée ou de sa famille. C’est bon, il va voter pour le texte ! Nous avons été alertés par un élu, sur un marché ou parfois directement à notre permanence. Tour à tour et souvent concomitamment, on nous fait part des difficultés familiales, financières, administratives, sociales auxquelles les personnes souffrant d’un handicap et leur entourage sont confrontés.
« Mes proches ne comprennent pas les troubles du comportement de mon fils, ils disent que c’est une question d’éducation. » « La MDPH a revu l’évaluation du handicap de ma fille : elle est à 48 %. Il faudrait qu’elle soit plus bête de 2 % pour que j’aie droit à une aide ? » « Il est suivi par un SESSAD – service d’éducation spéciale et de soins à domicile –, mais qui manque de professionnels. J’ai trouvé un kiné, mais il est à 30 kilomètres et il ne prend des rendez-vous qu’en journée. Je fais comment pour travailler alors que je suis seule pour m’en occuper ? » « J’ai 52 ans et depuis deux ans, je développe une maladie de Parkinson extrêmement évolutive. Je passe ma vie dans ma cuisine, car la chambre et la salle de bains sont à l’étage et je ne peux plus y accéder. » « Depuis que mon conjoint a fait un AVC, je ne vis plus, je n’ai plus de vie sociale. Et les papiers à remplir, c’est dingue ! Faut avoir fait Sciences Po ? » Voilà quelques phrases que j’ai entendues et qui m’ont profondément marqué.
C’est bien la preuve que ça ne va pas ! Face à cela, quelle doit être notre réponse ? Une grande humilité d’abord, au vu de la détresse des personnes concernées. Ensuite, la conviction qu’à l’image du handicap, il n’existe pas de solution unique ou magique. Il existe presque autant de situations différentes que de personnes souffrant de handicap. Il faut travailler tout à la fois sur l’inclusion, le logement, la simplification des procédures administratives, les ressources financières, l’harmonisation des évaluations, le soutien aux aidants, la disponibilité de professionnels, le nombre de places dans les structures d’accueil, et ainsi de suite. À chaque fois, il faut discuter avec les acteurs de terrain, au premier rang desquels se trouvent les conseils départementaux.
Cette approche, humble avant tout mais aussi multidirectionnelle, a selon moi guidé l’action du Gouvernement, en particulier de Sophie Cluzel ; je profite de cette intervention pour l’en remercier.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.) Rarement les droits réels au bénéfice des personnes handicapées n’auront autant progressé que ces dernières années. Je ne parle pas de droits théoriques, qu’il est aisé d’inscrire dans la loi, mais de droits auxquels ont réellement accès ceux qui en ont besoin.
Néanmoins, il reste beaucoup à faire.
Devenez secrétaire d’État ! Le rapporteur évoque la prise en compte, dans l’attribution de la PCH, de l’altération des fonctions mentales ou cognitives : sur le fond, vous avez raison, ce problème existe et est encore trop mal traité, sans doute parce qu’il est difficile à cerner. Sur la forme, en revanche, vous avez tort : il n’est pas nécessaire de passer par la loi pour y répondre, le cadre réglementaire suffit. Cependant, étant donné la complexité du sujet, il faut agir progressivement, par étapes successives, afin de définir des critères objectifs et d’évaluer les besoins de financement en lien avec les départements. C’est cette consultation qui manque cruellement dans votre initiative ; au contraire, c’est tout le sens, je crois, de l’expérimentation que le secrétariat d’État a lancée avec les départements de la Gironde, des Ardennes et des Vosges. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Vous évoquez également, monsieur le rapporteur, la déconjugalisation de l’AAH ; là, je vous ferai part de ma colère. (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe LR.) En apparence, accorder plus de moyens financiers, à titre individuel, à chaque personne souffrant de handicap ne peut que susciter l’espoir des personnes concernées. (« Et donc ? » sur les bancs du groupe LR.) Mais attribuer davantage de moyens financiers à titre individuel, c’est à coup sûr réduire les moyens alloués collectivement… Ah ! Comme la suppression de l’ISF et la flat tax  ? …pour financer des AESH, pour développer l’habitat inclusif, pour créer des places d’accueil dans des établissements spécialisés, par exemple. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.)
Ensuite, pourquoi Les Républicains ou les socialistes, lorsqu’ils étaient aux responsabilités, n’ont-ils pas mis en place la déconjugalisation ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.) Tout simplement parce que l’attribution individuelle de l’AAH sans tenir compte des revenus du foyer remettrait in fine en cause toute l’attribution des différentes allocations de solidarité. Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas un minimum social ! Le débat est presque philosophique, et assurément politique. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Si vous en êtes convaincu, je vous invite à l’animer pendant la campagne présidentielle. Mais, alors que vous ne cessez de vous répandre sur la prétendue irresponsabilité financière de ce gouvernement, vous expliquerez donc à nos concitoyens que ce choix impliquera une dépense de 1 milliard d’euros supplémentaires pour la seule déconjugalisation de l’AAH, et de 10 à 20 milliards supplémentaires chaque année si toutes les allocations sont désormais attribuées à titre individuel, sans tenir compte des ressources du foyer. (« On assume ! » sur les bancs du groupe LR.) Nous sommes du côté des personnes handicapées ! Enfin, et c’est sûrement là le plus choquant, le dépôt d’une proposition de loi en première lecture à quatre mois de la fin de la dernière session de la législature n’a qu’un seul but : faire de la basse politique (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LR), car ce texte n’a aucune chance d’achever son parcours parlementaire et d’être adopté. (Mêmes mouvements.) Vous savez pertinemment, monsieur le rapporteur, que les textes non adoptés en fin de législature tombent automatiquement. Susciter un espoir en sachant que votre proposition n’a aucune chance de voir le jour est au mieux irresponsable, au pire cynique ! Ça l’est d’autant plus que nous avons débattu de ce sujet ici même il y a quelques mois, et que le Gouvernement s’était engagé à ajouter – ce qu’il a fait – des mesures correctrices d’inégalités dans les prochains projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale. (« C’est honteux ! » sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Les Démocrates, vous l’aurez compris, ne voteront pas pour ce texte qui n’est pas à la hauteur de ce que nos compatriotes souffrant de handicap sont en droit d’attendre ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Qu’avez-vous fait sous les précédentes législatures ? La parole est à Mme Gisèle Biémouret. Un peu d’humanisme, enfin ! Avec la proposition de loi visant à plus de justice et d’autonomie en faveur des personnes en situation de handicap, due à Aurélien Pradié, la question de la déconjugalisation de l’AAH se trouve de nouveau soumise à l’attention de l’Assemblée nationale. Presque quatre mois après l’examen de la proposition de loi de Jeanine Dubié et le recours du Gouvernement au vote bloqué, l’attente des intéressés demeure immense.
Madame la secrétaire d’État, je vous entends encore fustiger la démagogie de l’opposition. Ne vous trompez pas d’adversaire : il ne s’agit nullement de faire de cette question le prétexte d’un combat entre les oppositions et la majorité. Nous nous faisons seulement l’écho d’une revendication explicite des personnes en situation de handicap, mobilisées le 16 septembre à l’appel de vingt-deux grandes organisations et associations. Plusieurs institutions soutiennent également cette réforme : en décembre 2020, la Défenseure des droits s’est montrée très claire à ce sujet, estimant que les conditions d’attribution de l’AAH pénalisaient les personnes en situation de handicap qui souhaitent fonder une famille et allaient ainsi à l’encontre des dispositions de l’article 23 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) partage ce constat ; le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies, qui surveille l’application de la convention par les États parties, préconise cette réforme dans ses observations publiées le 14 septembre.
L’abattement forfaitaire de 5 000 euros sur les revenus du conjoint, pour un gain moyen estimé à 110 euros par mois, que vous prévoyez à partir du mois de janvier ne concernera que 120 000 couples sur les 270 000 bénéficiant de l’AAH : le nombre de perdants dépassera donc largement celui de 44 000 que vous invoquez pour refuser la déconjugalisation. Ce refus persistant constitue une erreur politique du Gouvernement et de la majorité. Au-delà de son coût, cette revendication est en effet devenue un enjeu sociétal et de justice sociale : il s’agit de l’indépendance financière et de l’autonomie des personnes en situation de handicap. Ce n’est pas prétendre au monopole du cœur que de comprendre leur profonde humiliation d’être maintenues dans une dépendance qui attente à leur dignité et peut être gravement préjudiciable dans certains contextes. Ainsi les femmes en situation de handicap sont-elles davantage victimes que les autres de violences exercées par leur partenaire : selon l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, un tiers d’entre elles se trouve dans ce cas.
L’AAH ne peut plus continuer d’être familialisée sous prétexte que sa réforme favoriserait les couples aisés, renforçant les inégalités et remettant en cause notre modèle social. Il serait temps d’interroger les fondements de notre solidarité nationale, la place que nous souhaitons accorder aux personnes en situation de handicap afin qu’elles puissent vivre dignement et de manière indépendante de leur conjoint. Le handicap est individuel : la société se trouve aujourd’hui prête à reconnaître cette allocation comme un revenu individuel d’existence. Là réside la véritable émancipation.
Madame la secrétaire d’État, soyez pragmatique. Montrez-vous la ministre de ces droits réels que vous invoquez : au lieu de renouveler notre déception du 17 juin, écoutez les personnes en situation de handicap, soutenez cette réforme. Vous ne pouvez plus laisser perdurer ce décalage entre votre discours et vos actes, plus tournés vers la réduction des dépenses publiques que vers l’autonomie des personnes en situation de handicap. C’est pourquoi le groupe Socialistes et apparentés votera en faveur de ce texte.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LR. – M. Paul Molac applaudit aussi.) La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo. Quelques semaines après l’examen de la proposition de loi de Jeanine Dubié et Stéphane Peu, nous nous trouvons de nouveau amenés à nous prononcer au sujet des prestations sociales destinées aux personnes handicapées, à l’occasion de l’examen de la proposition de loi d’Aurélien Pradié dans le cadre de la journée parlementaire du groupe Les Républicains. Ce texte s’articule autour de deux propositions majeures : la déconjugalisation de l’AAH et l’extension de la PCH aux personnes présentant des troubles neurologiques ou psychologiques.
Concernant l’AAH, la position exprimée au mois de juin par la plupart des membres du groupe Agir ensemble n’a pas varié. Elle est conforme à notre engagement constant, depuis 2017, en faveur d’une individualisation des prestations sociales. L’AAH ne constitue pas un minimum social comme les autres, mais une aide individuelle à l’émancipation
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC et GDR) qui devrait, à ce titre, s’appréhender au regard de la situation du seul bénéficiaire et non de celle de son foyer. Par souci de cohérence, notre groupe votera donc majoritairement en faveur des dispositions visant à la déconjugaliser. (Approbations sur les bancs des groupes LR et GDR.)
Toutefois, le texte dépasse largement cette question, puisqu’il prévoit d’étendre la PCH aux personnes atteintes de troubles psychologiques, qui en sont très majoritairement exclues, notamment concernant l’aide humaine. Si nous n’exprimons pas d’opposition de principe à cette extension, nous sommes beaucoup plus réservés au sujet de la méthode. Je rappellerai tout d’abord que notre majorité et le Gouvernement travaillent depuis 2017, main dans la main avec les départements, à l’élargissement de la PCH. Cette action a porté ses fruits : elle s’est traduite par l’ouverture de droits réels en faveur de l’autonomie des personnes handicapées. Depuis le 1er janvier, les parents en situation de handicap peuvent ainsi bénéficier de la PCH parentalité, pour les aider au quotidien. Nous avons également intégré dans les plans de compensation le temps de préparation des repas, et supprimé la limite d’âge de 75 ans pour demander cette prestation. Ces réformes étaient réclamées depuis de longues années par les associations et les familles, qui peuvent aujourd’hui en mesurer les effets concrets.
Ensuite, le texte que nous examinons propose d’inclure dans le référentiel prévu pour l’instruction des demandes de PCH les notions d’assistance et de soutien à l’autonomie globale, qui relèvent du domaine réglementaire et n’ont donc pas à être définies par la loi. Pour avoir présidé une MDPH, j’estime que ces critères peu opérationnels compliqueront l’évaluation des dossiers par les agents, qui réalisent un travail remarquable. Enfin, la proposition de loi n’est pas chiffrée et fait fi de toute considération financière, prévoyant une compensation par l’État du surcoût engendré par cette mesure pour les départements. Demandez à ces derniers ce qu’ils pensent de cette compensation s’agissant du RSA ! En tant que conseillère départementale, je peux vous certifier qu’ils ne sont pas rassurés au sujet du financement de ces dispositions. En tant que chefs de file de la politique de solidarité, les départements sont les premiers concernés par la question de l’élargissement de la PCH ; cependant, ils n’ont pratiquement pas été associés à l’élaboration du texte. Méthode hasardeuse, donc, allant à l’encontre de l’esprit de dialogue avec les collectivités locales qui doit prévaloir dans ce domaine.
Pour autant, la situation des personnes souffrant d’un handicap psychique est-elle satisfaisante ? Bien sûr que non. Les conclusions du rapport du docteur Leguay sont sans appel : le référentiel PCH, tel qu’il est établi aujourd’hui, suscite chez elles le sentiment d’une discrimination. C’est pourquoi le Gouvernement a lancé en juillet une étude-action visant à expérimenter dans trois départements l’élargissement des critères d’attribution de la PCH. En fonction de cette étude, et en concertation avec les départements comme avec les associations, le Gouvernement – la secrétaire d’État vient de l’annoncer – réécrira le décret fixant ces critères, afin que les victimes d’un handicap psychique ne passent plus entre les mailles du filet. Notre groupe se réjouit de cette nouvelle étape importante en vue d’accroître l’autonomie de ceux qui doivent faire face à l’altération de leurs fonctions mentales, cognitives, psychiques. Je tiens également à saluer ici de réelles avancées au sein des MDPH, ainsi que l’engagement des personnels qui jour après jour, avec une grande humanité, apportent des réponses aux familles. Tout n’est pas parfait, nous le savons comme ils le savent. Il faut continuer à les accompagner, à les aider, à moderniser ces institutions : nous en avons tous bien conscience.
Vous l’aurez compris : le groupe Agir ensemble restera fidèle à sa position en faveur de la déconjugalisation de l’AAH, mais il s’opposera aux articles visant à l’élargissement de la PCH.
La parole est à M. Yannick Favennec-Bécot. Une fois de plus, nous nous retrouvons afin de débattre de la déconjugalisation de l’AAH. Je ne crois pas me tromper en affirmant que toutes les oppositions se sont succédé pour proposer au Gouvernement cette mesure de justice – toujours en vain, alors que nos concitoyens en situation de handicap, ainsi que leurs familles, l’attendent et l’espèrent. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes UDI-I, LR et GDR.) Je souhaite remercier une nouvelle fois Jeanine Dubié (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR) , qui s’est beaucoup investie à ce sujet et m’a permis de rapporter, il y a dix-huit mois, ma proposition de loi portant diverses mesures de justice sociale. Je remercie également le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, qui a fait vivre ce texte en l’inscrivant à l’ordre du jour de sa journée parlementaire, et le groupe Les Républicains, qui nous permet d’en débattre de nouveau.
L’essence de l’AAH est de favoriser l’autonomie financière des personnes en situation de handicap : nous avons souhaité le souligner par l’amendement no 3, dû au président de notre groupe, Jean-Christophe Lagarde, et visant à transformer son intitulé en « allocation pour l’autonomie des adultes handicapés » ou « 3AH ». Ce rappel n’est pas superflu : faire reposer l’autonomie des personnes en situation de handicap sur la solidarité familiale revient à nier totalement l’esprit de cette allocation voulue en son temps par le président Giscard d’Estaing. J’ajouterai que le fait de fonder un ménage, une famille, constitue un puissant vecteur d’émancipation ; or ce bonheur se trouve aujourd’hui contrarié par la diminution de l’AAH qui en découle. Il est inacceptable de laisser peser sur le conjoint les dépenses liées à l’autonomie !
Tout à fait ! N’imposons pas aux personnes en situation de handicap de choisir entre le portefeuille et l’amour. (M. Stéphane Peu applaudit.) Notre rôle consiste à créer un écosystème où elles puissent être autonomes : à cet égard, diminuer le montant de l’AAH pour les bénéficiaires vivant en couple relève du contresens absolu. Vous nous rétorquez que, durant ce quinquennat, l’allocation a été revalorisée : certes, il s’agit là d’un effort budgétaire important, que nous approuvons. Il ne dispense pas pour autant le Gouvernement de mettre un terme à cette injustice insupportable. Or, au lieu d’agir en ce sens, madame la secrétaire d’État, vous prévoyez un abattement forfaitaire qui ne satisfait personne et que personne ne réclamait ! Seules 40 % des personnes handicapées en couple perçoivent la totalité de l’AAH ; l’abattement proposé en première partie du projet de loi de finances porterait ce chiffre à 60 %. Que faites-vous des 40 % restants ? Les considérez-vous comme quantité négligeable dans votre gestion comptable de cette allocation ?
Au-delà du montant de l’AAH, nous devons nous atteler à la question de son traitement administratif. Lorsqu’une demande est adressée à la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), le silence de celle-ci au bout de quatre mois vaut refus. Le groupe UDI et indépendants avait déposé un amendement prévoyant que ce silence vaudrait désormais acceptation : nous regrettons qu’il ait été déclaré irrecevable. Il nous faut humaniser ces relations avec l’administration. On ne gère pas une demande d’AAH comme n’importe quel dossier. Témoignons à ces personnes en détresse le respect qui leur est dû ! Traitons-les, je le répète, avec un peu d’humanité ! Si les services administratifs ne font pas correctement leur travail, s’ils ne sont pas en mesure, au bout de quatre mois, de répondre à une telle demande, ils devraient automatiquement y faire droit.
S’agissant de la PCH, nous partageons le souhait du rapporteur d’une prise en charge accrue des dépenses d’autonomie. Toutefois, l’élargissement proposé est très important : ces dépenses nouvelles pèseraient sur les finances des départements, ce dont il nous faut tenir compte.
Pour conclure, chers collègues, le groupe UDI et indépendants soutiendra avec détermination ce texte, afin de répondre aux attentes légitimes des personnes en situation de handicap, de leurs familles, des associations et des personnels soignants.
(Applaudissements sur les bancs des groupes UDI-I, LR, LT et GDR.) La parole est à Mme Sabine Rubin. En juin 1975, dans cette même assemblée et à cette même tribune, Simone Veil portait une loi d’orientation marquant l’amorce de nos politiques publiques à l’égard des personnes en situation de handicap. En 2005, sous le mandat de Jacques Chirac, cette politique fut confortée par la loi relative à l’égalité des chances et à l’accès à la citoyenneté de ces personnes. Il est ainsi des débats qui, sur des sujets relevant de l’intérêt général et humain, nous font transcender nos clivages habituels. La présente proposition de loi, qui prolonge les deux précédentes, aurait pu s’inscrire dans cette concorde. Mais le Gouvernement et l’actuelle majorité ne le voient pas ainsi. C’est regrettable ! Ce texte, qui a reçu le concours et l’appui de nombreux groupes, n’est pourtant pas un coup de tonnerre dans un ciel serein : une pétition en ligne a réuni plus de 100 000 signatures et deux propositions de loi ont déjà été portées, l’une dès 2018 par ma camarade Buffet sur la déconjugalisation de l’AAH, l’autre en 2020 par le groupe Libertés et territoires. Aujourd’hui, ce sont nos collègues du groupe Les Républicains qui alertent sur la condition des personnes en situation de handicap, et nous les en remercions. Près de 280 000 de nos concitoyens bénéficient de la prestation de compensation du handicap, et près de 1,2 million de l’allocation aux adultes handicapés. Ces femmes et ces hommes ne réclament qu’une chose : que la nation assure leur autonomie financière et personnelle, c’est-à-dire les conditions d’une vie digne.
Certes, je ne méconnais pas les efforts consentis par votre gouvernement, madame la secrétaire d’État, notamment le relèvement de 800 à 904 euros du montant de l’AAH. Mais cet effort n’explique nullement la pusillanimité dont la majorité fait actuellement preuve en rejetant en bloc la double proposition que fait ce texte
(Mme Caroline Fiat applaudit)  : élargir les critères d’attribution de la PCH et mettre fin à la flagrante injustice que constitue la conjugalisation de l’AAH. Pour tout rejeter, vous vous retranchez derrière des arguties : l’élargissement de la PCH ferait fi de la compétence des départements et ne ferait l’objet d’aucun chiffrage conséquent, la déconjugualisation de l’AAH méconnaîtrait la solidarité familiale, son coût serait exorbitant…
Tous ces arguments sont spécieux. S’agissant d’abord de la déconjugalisation, vous affirmez, madame Cluzel, que cette allocation est un minimum social comme un autre. Non, non : il s’agit bien d’une prestation individuelle et compensatoire, relevant à ce titre de la solidarité nationale
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI, LR et UDI-I) , comme précisé dans l’exposé des motifs de la loi de 2005, qui affirme qu’il s’agit bien d’une obligation nationale de solidarité.
Vous vous arc-boutez sur les 44 000 foyers qui, certes, seraient perdants. Mais je pourrais répondre qu’ils sont l’exception qui confirme la règle et dire, surtout, que l’article 7 de la proposition de loi permet à ceux qui le souhaitent de rester dans le régime actuel.
C’est impossible à appliquer ! Vous omettez en revanche de dire que la déconjugalisation représenterait un gain mensuel moyen de près de 300 euros pour environ 196 000 personnes. J’ajouterai surtout que cette prestation doit fonder l’autonomie financière de la personne, de sorte qu’aucun de nos concitoyens n’ait à choisir entre un mariage ou un pacte civil de solidarité et la reconnaissance par la société d’un handicap. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur quelques bancs du groupe LR.)
Enfin, si l’on incrimine l’imprécision de cette proposition concernant le chiffrage budgétaire de la PCH, que dire des propos de la majorité concernant le coût de l’AAH, qui va du simple au double – de 300 à 700 millions – selon les humeurs du Gouvernement ? À ce sujet, permettez-moi une incise : même 700 millions ne seraient pas une somme extravagante au regard des innombrables niches fiscales qui grèvent notre budget national ! (Mme Caroline Fiat applaudit.)
S’agissant maintenant de la prestation de compensation du handicap, les trois premiers articles de la proposition de loi adaptent enfin notre législation à l’évolution de la perception du handicap : il s’agit de reconnaître non plus seulement un handicap physique ou cognitif total, mais des altérations partielles des fonctions mentales, cognitives ou psychiques rendant difficile l’autonomie quotidienne. Nous connaissons tous un proche, âgé ou non, victime par exemple d’un accident vasculaire cérébral, qui a vu ses capacités amoindries mais désire toutefois mener vaille que vaille une vie quelque peu normale sans perdre ses repères. Que nul ne soit retranché de la vie civile, civique et sociale, voilà le sens de ces articles !
La prise en compte de l’humain trouve d’ailleurs sa traduction à l’article 3. Quand près de 95 % des décisions d’attribution sont prises sur liste, cet article propose qu’aucun demandeur ne puisse être débouté sans avoir été préalablement entendu par les décisionnaires. Non, l’État n’est pas condamné à être un monstre froid : il est possible d’assurer une meilleure prise en charge par la collectivité tout en permettant à chaque individu de témoigner de sa situation. L’humain d’abord !
Pour toutes ces raisons, le groupe La France insoumise votera sans arrière-pensée et sans calcul la présente proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI, SOC et GDR et sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Jeanine Dubié. Dans une vie de parlementaire, il y a des causes que l’on embrasse plus que d’autres, des combats que l’on mène avec davantage de force et de cœur. Ils éveillent en nous une conviction constante et puissante, parce que ce sont des combats justes. Pour moi, la cause du handicap, et plus largement de l’autonomie des personnes, revêt une importance particulière. Je sais que ce combat est partagé par d’autres dans tous les groupes, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité. Le combat pour l’individualisation du calcul de l’AAH a trouvé au Parlement de nombreux défenseurs.
En déposant en 2020 une proposition de loi en ce sens, j’ai en effet poursuivi le travail engagé par Marie-George Buffet ; Yannick Favennec-Bécot en était le rapporteur. C’est tous ensemble que nous avons adopté cette proposition et accédé à une demande de longue date des personnes en situation de handicap et des associations. Dans cette même logique transpartisane, le travail a pu continuer au Sénat grâce à notre collègue Philippe Mouiller et à son groupe Les Républicains. Il a pu se poursuivre ici en juin dernier, grâce au groupe communiste et en particulier à Stéphane Peu. Ce bel élan ne pouvait être brisé que par un artifice de procédure. Le Gouvernement s’y abaissa en recourant au vote bloqué et en dénaturant complètement le texte.
Eh oui ! Je le dis et le répète, l’abattement forfaitaire que le Gouvernement propose dans le projet de loi de finances ne saurait nous satisfaire. Il ne répond en rien aux enjeux d’autonomie et de dignité des personnes. Nous persistons à penser qu’il s’agit d’une solution froide et technique à un enjeu politique et philosophique.
Notre combat continue, n’en déplaise à certains, car il est profondément juste. Je salue l’initiative de notre collègue rapporteur Aurélien Pradié, qui le reprend, et je ne m’étendrai pas sur les conséquences absurdes et parfois dangereuses du mode de calcul actuel de l’AAH. Il oblige en effet un trop grand nombre de personnes à renoncer à se marier ou à vivre en concubinage par peur de perdre une allocation à laquelle ils ont droit et dont ils ont besoin.
C’est vrai ! Elle a raison ! Ce mode de calcul est absurde et contradictoire : si un bénéficiaire vit chez ses parents, les revenus de ces derniers ne sont pas pris en compte, alors que s’il décide de vivre en couple, les revenus de son conjoint le seront. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR, SOC, UDI-I, FI et GDR.) C’est ici, madame la secrétaire d’État, que vous vous trompez ! Selon les articles 212 et suivants du code civil, la solidarité familiale concerne les ascendants et les descendants. Mais aujourd’hui, c’est de déconjugalisation dont nous parlons et non de solidarité familiale – car les ressources des parents seraient alors prises en compte, ce qui n’est pas le cas ! (Approbations sur plusieurs bancs des groupes LR, SOC et FI.)
L’AAH est une prestation familiale à vocation spéciale, prévue dans le code de la sécurité sociale et non dans celui de l’action sociale et des familles. (Mêmes mouvements.) J’en veux pour preuve l’article L. 244-1 de ce dernier, qui dispose que « les règles relatives à l’allocation aux adultes handicapés sont fixées par les dispositions des articles L. 821-1 [et suivants] du code de la sécurité sociale ci-après reproduites […]. » C’est écrit dans le code ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, FI et GDR.)
Je suis convaincue que ces contradictions naissent d’une confusion, d’une erreur : celle de croire que l’AAH est un minimum social, alors qu’elle est une prestation à vocation spéciale. (Approbations sur les bancs du groupe LR.) Cessons de la comparer au RSA, qui constitue un appui ponctuel pour une personne sans emploi mais en capacité de travailler. L’AAH est une aide durable versée à des personnes qui se trouvent dans une incapacité totale ou partielle de travailler, reconnue médicalement, et dont souvent, la situation n’évoluera pas voire déclinera. Rien ne justifie que les revenus de leur conjoint soient pris en compte ! Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas seulement d’une question financière, mais bien d’un choix politique, qui renvoie directement à la place que nous accordons aux personnes en situation de handicap dans la société. (Approbations sur quelques bancs du groupe LR.)
Au-delà, le texte que nous examinons vise à améliorer l’accès à la prestation de compensation du handicap. Le sujet est important, car la PCH est une condition du maintien à domicile et de l’autonomie des personnes en situation de handicap. Des avancées ont déjà été permises – suppression de la limite d’âge de 75 ans, aide à la parentalité ou encore possibilité d’un droit à la prestation à vie –, mais d’importantes marges de progression demeurent. Les évolutions que propose le texte vont dans le bon sens ; elles reprennent d’ailleurs les préconisations de Denis Leguay. Les associations attendent depuis des années la publication d’un décret révisant le référentiel pour l’accès à la PCH. Le texte permet d’en fixer le cadre. J’insiste aussi sur la nécessité de porter la barrière d’âge de 60 à 65 ans. La loi de 2005 indiquait déjà que les barrières d’âge seraient amenées à disparaître dans un délai de cinq ans, ce qui n’a pas été le cas.
Chers collègues, nous avons encore du chemin à parcourir pour garantir effectivement l’autonomie et l’inclusion des personnes en situation de handicap. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de franchir un pas supplémentaire : ne ratons pas une fois de plus cette opportunité !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LT, LR, SOC, UDI-I, FI et GDR.) La parole est à M. Stéphane Peu. Nous examinons aujourd’hui une proposition de loi visant à offrir plus de justice sociale et d’autonomie aux personnes en situation de handicap. Sur certains sujets, et par-delà notre diversité politique, le consensus devrait pouvoir se faire. Le présent texte en est indéniablement un bon exemple et je veux, au nom des députés communistes, remercier notre collègue Pradié et le groupe Les Républicains de l’avoir rédigé et mis à l’ordre du jour. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)
Oui, ce texte va dans le bon sens. Il propose d’abord d’élargir à trois nouveaux domaines le champ d’intervention des aides humaines prises en charge au titre de la prestation de compensation du handicap : la surveillance et l’assistance, le soutien à l’autonomie globale et la participation à la vie sociale et citoyenne. La proposition de loi vise également à garantir l’accès à cette prestation, qui ne bénéficie aujourd’hui qu’à 315 000 personnes, à l’ensemble de celles et ceux qui souffrent d’une altération de leurs capacités, qu’elles soient physiques, psychiques ou cognitives – ce qui inclut les sujets majeurs que sont l’autisme et la maladie d’Alzheimer. En ouvrant le droit à la PCH quelles que soient les formes de handicap, la proposition de loi répare une injustice qui sévit au cœur même de l’injustice qu’est le handicap.
Le texte ouvre également un droit de recours au demandeur et prévoit l’obligation de le recevoir en cas de refus d’attribution de la PCH. Il s’agit d’une mesure utile, alors que le taux d’acceptation des demandes n’a cessé de baisser pour passer sous la barre des 45 % ; il s’établissait à 77 % en 2008.
Nous regrettons toutefois que la proposition de loi ne se soit pas saisie d’une autre injustice, dénoncée par l’ensemble des associations, en ne relevant pas la barrière d’âge de l’attribution au-delà de 60 ans. Quel paradoxe qu’en matière de handicap, les plus de 60 ans soient considérés comme « trop âgés » pour percevoir une prestation compensatoire, alors que lorsqu’il s’agit des retraites, on n’est jamais trop âgé pour continuer de travailler !
Le deuxième volet de la proposition de loi porte sur la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés, c’est-à-dire sur la suppression de la prise en compte des revenus du conjoint dans son calcul. Ce n’est pas la première fois que nous débattons de ce sujet dans l’hémicycle. Cela a été rappelé, ma collègue Marie-George Buffet avait en effet déposé une proposition de loi en ce sens en 2018. Après son adoption par le Sénat, nous avions examiné en juin dernier un autre texte, dont j’étais le rapporteur avec ma collègue Jeanine Dubié.
En recourant à des procédures et à des artifices, mes chers collègues, madame la secrétaire d’État, vous avez désactivé ce texte ; ce faisant, vous êtes restés impassibles devant les si nombreux témoignages de couples et de vies brisés par l’insupportable prix de l’amour que constitue la conjugalisation.
À défaut d’avoir de la considération pour les oppositions parlementaires, ayez-en pour les associations, unanimes sur le sujet. Elles se sont à nouveau rassemblées, partout en France, le 16 septembre dernier. Elles demandent quelque chose de simple, de très simple : ne plus avoir à choisir entre la vie de couple et l’indépendance financière.
(Mme Agnès Thill applaudit.) Elles demandent qu’au handicap ne vienne plus s’ajouter le poids d’une tutelle, fût-elle bienveillante, comme celle qu’exerçait il y a quelques dizaines d’années encore un mari sur sa femme. Elles demandent que le mot « adultes » soit enfin entendu dans « allocation aux adultes handicapés ». Au fond, c’est une demande d’humanité et de respect du droit à l’autonomie qu’elles formulent et c’est à celle-ci que nous devons répondre.
Alors, madame la secrétaire d’État, vous ne leur fermerez pas la bouche en répétant en boucle que cette demande est incantatoire, vous ne les ferez pas taire en prétendant à tort que cette réforme fera des perdants. Sur ce sujet, votre parole compte moins à nos yeux que celle, unanime, des intéressés qui vivent vos arguments comme une humiliation.
(Approbations sur les bancs du groupe LR.)
Mes chers collègues, seize ans après la loi du 11 février 2005, la politique en faveur du handicap mérite mieux que des faux débats comme celui de juin dernier, lorsque vous brandissiez tout et n’importe quoi pour rejeter l’individualisation de l’allocation aux adultes handicapés – souvenez-vous, l’argument de probables problèmes liés aux logiciels informatiques de la CAF dans le calcul de l’allocation avait même été avancé. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Ah ! L’informatique ! En votant cette proposition de loi, en ne considérant plus l’allocation aux adultes handicapés comme un minimum social mais comme une allocation d’autonomie, nous serons fidèles à l’esprit de René Lenoir, auteur de la proposition de loi qui a institué l’AAH en 1974 et nous répondrons à une demande pressante de nos concitoyens, une demande d’humanité, une exigence de dignité.
Je conclurai, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, en vous disant que si, par des artifices de procédure ou des articles de suppression, vous faites en sorte que cette proposition loi connaisse le même sort que celle que nous avons défendue au mois de juin dans cet hémicycle, nous ne vous lâcherons pas. Le 12 octobre au Sénat, le sénateur Philippe Mouiller présentera ce même texte et il sera probablement adopté. Sachez aussi que notre groupe le reprendra dans sa niche parlementaire pour que nous en débattions une nouvelle fois ici.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LR, SOC, UDI-I, LT et FI.) Est-ce que le Gouvernement finira par comprendre ? On ne vous lâchera pas ! La parole est à Mme Christine Cloarec-Le Nabour. Mes chers collègues, alors que nous sommes réunis pour débattre de l’autonomie des personnes en situation de handicap, je ne doute pas que nous partagions toutes et tous dans cet hémicycle une même ambition : changer le regard porté sur elles et améliorer leurs conditions de vie. N’en déplaise à nos oppositions, nous avons un bilan à défendre et nous n’avons pas à en rougir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Selon certains, nous nous en tenons à une opposition « bête et stupide ». Faut-il rappeler que jamais il n’a été autant fait pour les personnes en situation de handicap et pour faire de notre société une société plus inclusive ? (Mêmes mouvements.) Le budget alloué au handicap depuis 2017 atteint presque 52 milliards : du jamais vu ! (Mêmes mouvements.)
Depuis le début de ce quinquennat, le Gouvernement et sa majorité ont agi. Nous avons agi en revalorisant le montant de l’AAH, qui s’élève aujourd’hui à 904 euros. Nous avons agi en développant l’école inclusive : à la rentrée 2021, 20 % d’élèves en situation de handicap de plus qu’en 2017 ont été scolarisés. (Mêmes mouvements.) Nous avons agi en faisant progresser l’insertion dans l’emploi, en renforçant l’accès aux droits. Je pourrais poursuivre longtemps tant cette liste est fournie. Les faits sont têtus, les chiffres aussi. (Protestations sur les bancs du groupe LR.)
Monsieur le rapporteur, selon vous, les mesures que nous avons mises en œuvre seraient « sectaires et partisanes ». Je vous laisse le choix de vos mots. En attendant, ces réformes répondent à de vrais besoins. Nous sommes passés de droits formels à des droits réels. D’autres avant nous sont loin d’avoir fait autant.
Concernant l’allocation aux adultes handicapés, nous avons écouté les attentes exprimées par les associations et les personnes en situation de handicap sur le terrain et là encore, nous avons agi pour y répondre. Ainsi, dans le projet de loi de finances pour 2022, nous permettrons à 120 000 bénéficiaires en couple d’avoir un gain moyen de 110 euros par mois, avec des augmentations pouvant aller jusqu’à 186 euros.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Il n’y aura aucun perdant : cette mesure qui entrera en vigueur dès le 1er janvier 2022 est sans nul doute plus équitable et plus redistributive que la déconjugalisation, qui favoriserait les revenus élevés.
Durant cette législature, avec cette majorité, la dépense totale au titre de l’AAH aura progressé de plus de 25 %. Déconjugaliser l’AAH reviendrait à terme à déconjugaliser toutes les prestations sociales.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Vives protestations sur les bancs des groupes LR et SOC.) N’importe quoi ! Cela reviendrait à remettre en question notre système de protection sociale fondé sur la solidarité nationale et familiale.
Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu exprimer sur vos bancs la volonté de remettre en question la solidarité familiale.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Pourquoi vouloir déconjugaliser uniquement l’AAH quand notre ambition commune est de considérer la personne en situation de handicap avant tout comme une personne à part entière, comme un citoyen, comme une citoyenne ? N’est-ce pas stigmatiser davantage les personnes en situation de handicap ? (Vives protestations sur les bancs du groupe LR.) N’est-ce pas une situation particulière ? C’est nul, nul, nul ! Lamentable ! S’il vous plaît, mes chers collègues ! Doit-on vraiment attribuer les mêmes prestations sociales, quelles que soient les ressources totales du foyer ?
Nous avons l’humilité de dire qu’il reste beaucoup à faire : nous ne sommes pas arrivés au bout du chemin, nous devons poursuivre le travail engagé.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La prestation de compensation du handicap – qui, elle, est individualisée – doit évoluer et va évoluer. Un cadre adapté à la surdicécité va être défini sous l’égide du Conseil national consultatif des personnes handicapées. Une étude action vient d’être lancée par Mme la secrétaire d’État dans trois départements… Avec un numéro vert ? … afin d’améliorer l’accès à la PCH pour les personnes en situation de handicap psychique, mental, cognitif ou ayant des troubles du neuro-développement. Son bilan, rendu au début de l’année 2022, permettra de faire évoluer le référentiel.
Vous revendiquez à longueur de temps la confiance donnée au terrain.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Eh bien, les engagements qui ont été pris l’ont été en concertation avec toutes les parties prenantes, au premier rang desquelles les départements qui sont, je le rappelle, chefs de file des politiques de solidarité.
Monsieur le rapporteur, votre proposition concernant la PCH, bien que louable, ne relève pas du domaine législatif. Nous n’avons pas besoin de la loi pour faire évoluer un référentiel.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Vous n’avez pas besoin du Parlement tout court ! En revanche, nous avons besoin de la confrontation avec le terrain. Or vous n’avez pas engagé de concertations avec les départements, vous n’avez pas vérifié la faisabilité de vos mesures, vous n’avez pas identifié les préalables et anticipé les effets contreproductifs de vos mesures, comme l’allongement probable des procédures d’instruction alors qu’il nous faut les réduire pour accélérer l’accès aux droits. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Je vous le concède, il nous reste encore beaucoup à faire en faveur de l’autonomie des personnes en situation de handicap pour leur permettre d’agir sans forcément toujours compter sur les autres, pour aller à l’école, se former, travailler, se déplacer, se divertir et bénéficier d’un accès partout. Alors, en vérité, l’heure n’est pas à la démagogie, à l’opportunisme et aux incantations. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Ce qui est honteux, voyez-vous, c’est d’utiliser le sujet du handicap à des fins politiques ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs du groupe LR.) C’est de voir les oppositions réunies aujourd’hui pour un coup de com’ sur le dos des personnes concernées ! C’est une sale méthode !
Et je pose la question : qui est le monstre politique ?
C’est vous ! Le sujet du handicap est aussi au cœur de mon engagement, mais nous défendons une autre vision, une vision globale, responsable et pragmatique,… Mais ça ne veut rien dire ! …que nous ne retrouvons pas dans votre proposition de loi.
Le groupe La République en marche, par cohérence, ne la votera pas.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem. – Huées sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Paula Forteza. L’autonomie des personnes en situation de handicap est un enjeu central pour une société plus sociale et plus inclusive. C’est pourquoi je tiens à affirmer aujourd’hui mon soutien à cette proposition de loi.
Le système actuel reflète une réelle injustice, dénoncée depuis longtemps par les associations du monde du handicap et tous les citoyens et citoyennes mobilisés sur ce sujet. En effet, il rend nos concitoyens en situation de handicap dépendants de leur conjoint. C’est la raison pour laquelle cet enjeu sociétal majeur doit dépasser les clivages politiques habituels. C’est un message que nous devons adresser aux plus fragiles ; il en va de leur droit de vivre dignement et de manière indépendante.
Je regrette le manque de soutien de la majorité sur la déconjugalisation.
L’opposition du Gouvernement ! Au-delà d’une question de budget ou de montage financier, il s’agit de mettre fin à une injustice structurelle subie par les personnes en situation de handicap.
Ce texte contient des mesures qui contribueront à améliorer le quotidien de nombre de nos concitoyens. Nous parlons aujourd’hui de 270 000 personnes qui pourraient bénéficier de cette modification de la loi.
Cette allocation, rappelons-le, n’est pas un minimum social comme les autres, mais un revenu de remplacement pour des personnes qui ne peuvent pas travailler en raison de leur handicap. Alors comment comprendre que le montant versé diminue lorsque son bénéficiaire n’est plus célibataire ?
La déconjugalisation apparaît d’autant plus nécessaire que l’on sait que les femmes victimes de violences conjugales sont surreprésentées parmi les personnes handicapées. En France, 80 % des femmes en situation de handicap seraient victimes de violences, principalement au sein de leur domicile. Qu’elles soient physiques, verbales, psychologiques, sexuelles, médicamenteuses, alimentaires ou économiques, les violences sont renforcées lorsqu’elles concernent des femmes en situation de handicap. Ainsi, en 2014, les violences physiques ou sexuelles concernaient 19 % des femmes valides contre 34 % des femmes handicapées.
Alors que la société prend de plus en plus conscience de l’ampleur des violences conjugales et des ressorts psychologiques qu’elles mettent en œuvre, la prise en charge des femmes en situation de handicap victimes de violences reste un angle mort de nos politiques publiques. Il semblerait bien qu’en 2021, la loi sociale n’ait pas encore pris toute la mesure de ce que sont les violences intrafamiliales et de ce qu’elles recouvrent : les dépendances morales et économiques des victimes, la peur des représailles, aussi, qui les empêchent de s’émanciper.
Si je salue les avancées de ce texte, je dois aussi souligner un problème majeur qui persiste autour de cette aide et qui n’est pas véritablement traité ici : la nécessité de veiller à sa pleine application.
En tant que députée des Françaises et des Français de l’Amérique latine et des Caraïbes, je sais les difficultés que rencontrent nos concitoyens établis hors de France dans la perception de cette allocation. De nombreux témoignages en attestent. Le bénéfice de l’AAH dépend d’une reconnaissance par les maisons départementales des personnes handicapées, qui se retrouvent obligées de créer pour les Français de l’étranger une adresse fictive en France puisque la possibilité de déclarer une adresse à l’étranger n’est pas prévue. Cela allonge les délais de traitement des dossiers, qui peuvent aller jusqu’à neuf mois. Dans le même ordre d’idées, les formulaires de demande de carte d’invalidité ou d’attestation requièrent un numéro de sécurité sociale, alors que beaucoup de nos compatriotes établis hors de France n’en ont pas parce qu’ils ne sont pas nés en France et n’y ont jamais résidé. Loin de la métropole, les Français de l’étranger subissent parfois un isolement supplémentaire auquel nous devons absolument prêter attention.
Le contexte de la pandémie nous a rappelé l’urgence de renforcer la dématérialisation des démarches administratives comme les demandes de reconnaissance du handicap. Les procédures administratives sont encore trop longues et compliquées pour nos concitoyennes et concitoyens : nous devons y remédier.
C’est pourquoi j’appelle aujourd’hui l’attention du Gouvernement sur cette question majeure. Au-delà des mesures nécessaires d’adaptation de cette aide aux transformations du XXIe siècle, il importe d’aller plus loin dans le suivi de nos lois pour un déploiement plus juste et inclusif de ces aides et de leur application.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LR et SOC.) La discussion générale est close.
La parole est à M. le rapporteur.
Merci, chers collègues, pour vos contributions. Vous l’aurez compris, la « sale méthode » choisie par la majorité consistant à supprimer chacun des articles par voie d’amendement va laisser peu de place au débat. Je prendrai donc quelques instants pour revenir sur certains des points qui ont été évoqués.
Madame la secrétaire d’État, madame Cloarec-Le Nabour, je comprends que cette proposition de loi suscite chez vous une profonde irritation. Figurez-vous qu’elle est appelée à durer, car comme l’a dit notre collègue Stéphane Peu, nous ne vous lâcherons pas s’agissant de sujets aussi essentiels que l’accès aux droits et la justice pour nos concitoyens en situation de handicap.
Pourquoi ne l’avez-vous pas fait quand vous étiez au pouvoir ? Pourquoi les Sarko Boys n’ont-ils rien fait ? Il faudra vous y habituer, car elle durera des mois, aussi longtemps qu’il nous faudra pour voir aboutir notre demande. (Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Protestations sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Mme Nadia Essayan s’exclame.) Monsieur le rapporteur, je dois vous interrompre.
Madame la députée, remettez-vous la présidence en cause ? Si ce n’est pas le cas, je vous demande de ne pas tenir de tels propos !
Quant à vous, monsieur le député, je dois vous rappeler que chacun, à tour de rôle, quand il a la parole, peut exprimer ce qu’il a envie de dire, parfois même de façon bruyante et tonitruante.
Je vous reprends les uns et les autres et j’invite tout le monde à garder son calme, surtout sur le sujet dont nous débattons, et à écouter les différents orateurs. Je vous l’ai dit, si le calme ne revient pas, je suspendrai la séance aussi longtemps qu’il le faudra.
(Mme Géraldine Bannier applaudit.)
Monsieur le rapporteur, vous avez la parole. Sur un sujet aussi essentiel, disais-je, nous ne baisserons pas la garde : de bout en bout, nous ne lâcherons pas. Permettez-moi, pour commencer, deux remarques de forme. D’abord, l’accusation quasiment ad hominem que vous avez jugé opportun de formuler tout à l’heure, madame Cloarec-Le Nabour, en nous traitant de « monstres politiques », est inacceptable. Chacun a son histoire et sait pourquoi il a voulu, un jour, s’engager en politique. Je ne vous laisserai pas, en nous pointant du doigt comme vous le faites (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM) , nous soupçonner de cynisme politique. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR et LT.) Souffrez que sur des sujets aussi importants, nous voulions faire avancer la cause. Votre entêtement, votre sectarisme, votre manière de dénoncer systématiquement ceux qui ne sont pas d’accord avec vous ne vous honore pas dans un débat comme celui-ci ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, UDI-I et LT.)
Je reviens d’un mot sur la méthode. Depuis le début de l’examen de la proposition de loi, nous avons mené plus de vingt-cinq heures d’auditions. Combien de députés de la majorité y ont-ils assisté, ne serait-ce que trente secondes ? Vous êtes probablement la seule, madame Cloarec-Le Nabour : je n’ai pas vu un seul de ceux qui, aujourd’hui, font montre de tant de prétentions sur ces sujets. Je ne peux vous laisser dire que ce texte n’a pas été préparé alors que lorsque nous y travaillions, vous étiez absents. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Nous avons consulté les différents partenaires : nous avons rencontré les représentants de l’Assemblée des départements de France, nous nous sommes rendus en Seine-et-Marne – vous étiez d’ailleurs invités à nous accompagner – pour échanger avec les acteurs des MDPH, afin de nous assurer qu’ils sont en mesure d’appliquer les solutions que nous préconisons. Notre proposition de loi, vous le savez, n’est en rien déconnectée des réalités du terrain, que nous sommes d’ailleurs nombreux à connaître ici pour avoir siégé durant des années – je l’ai fait pendant sept ans – au sein d’une commission départementale de MDPH.
Votre incapacité à agir, à passer des paroles aux actes, vous pétrifie. Avec cette proposition de loi, nous voulons en finir avec les mots incantatoires, les phrases creuses…,
C’est exactement ce que vous faites avec ce texte ! …les « fiches actions », les bidules et les machins, la société inclusive, tout ce dont vous parlez à longueur de temps et qui ne change pas la vie de nos concitoyens. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Ce texte nous permet de passer des paroles aux actes et nous l’assumons comme tel. C’est cela, le courage politique : ce n’est pas de compter les chiffres dans des tableaux, d’élaborer des « fiches actions », de conduire des études ou de multiplier les rapports ! Le courage politique, c’est, au bout de quinze ans d’études et d’évaluations, de transformer les paroles en actes ! Et c’est ce que nous avons l’ambition de faire !
Sur la forme, les uns et les autres ont évoqué le fait que nous n’aurions pas besoin de la loi : pardon de vous dire que si un seul député imagine cela, c’est qu’il s’est égaré dans cette assemblée ! Nous sommes dans l’hémicycle pour voter la loi. (
Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Paul Molac applaudit aussi.) Si en 2005, nos prédécesseurs – Jacques Chirac et sa majorité et, au-delà, les oppositions – n’avaient pas adopté une loi sur le handicap, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Merci de le rappeler ! Souvenez-vous des débats de l’époque – certains de nos collègues siégeaient déjà sur ces bancs. Durant des heures, il a été question de savoir s’il fallait ou non définir le handicap dans la loi. Combien de costumes gris, de « technos » en tous genres (Approbationssur plusieurs bancs du groupe LR), expliquaient qu’il ne fallait surtout pas le faire ! Les responsables politiques de l’époque ont tenu bon, contre l’avis de ces derniers, et ils l’ont fait. Et que vous le vouliez ou non, c’est cette définition politique du handicap dans la loi qui a permis de transformer en profondeur la société. Merci Chirac ! Mais ce courage-là, vous ne l’avez pas. Nous estimons que l’accès aux droits doit passer par la loi, comme ce fut le cas avec les lois sur le handicap défendues par Simone Veil en 1975, puis sous le mandat de Jacques Chirac en 2005. Ce doit être à nouveau le cas grâce à notre proposition de loi. Quelle est donc cette époque dans laquelle on considérerait que l’accès aux droits ne passe pas par la loi ? Il doit au contraire passer scrupuleusement par elle, même s’il convient ensuite d’en fixer les détails par décret.
J’ajoute qu’il s’agit de la meilleure garantie et de la meilleure réponse que nous puissions apporter à l’équité des droits. Quelques-uns ont souligné légitimement en commission que les situations étaient appréciées différemment selon les départements. Qui peut accepter que dans un pays comme le nôtre, les droits fondamentaux ne soient pas traités de manière équivalente selon le lieu où l’on réside et les pratiques administratives de la maison départementale des personnes handicapées dont on dépend ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR et UDI-I. – M. Stéphane Peu applaudit également.) Si nous voulons qu’ils soient uniformes et égaux sur l’ensemble du territoire national, il n’existe qu’une seule voie : non pas celle du décret, mais bien celle de la loi de la République que nous votons dans cette assemblée.
Un mot sur l’allocation aux adultes handicapés. À l’évidence, nous avons là une divergence de fond. Je ne comprends pas comment vous pouvez rester d’une froideur aussi technique face à un sujet aussi essentiel. Comment pouvez-vous répondre à une question d’identité par un abattement forfaitaire dans le projet de loi de finances et supposer que cela suffira à régler une question de dignité ? Mesurez-vous que cette dernière ne s’achète pas au moyen d’un abattement forfaitaire ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, UDI-I, FI et GDR.)
Êtes-vous à ce point inconscients de ce qu’est la valeur de la dignité pour imaginer que des mesures techniques, quasiment d’ordre fiscal, suffiront à régler la question ? (Approbationssur plusieurs bancs des groupes LR et GDR.) Comment pouvez-vous vous obstiner encore sur ce sujet ? Les vingt-quatre associations de défense des personnes en situation de handicap ont signé un appel unanime, le 5 octobre, pour conjurer le Gouvernement de déconjugaliser l’AAH. Lors de l’examen des précédentes propositions de loi, toutes les oppositions et une partie de la majorité y avaient déjà appelé. Qu’est-ce qui vous pousse à demeurer aussi butés… L’aveuglement ! …et à nous opposer la réponse d’un monstre aussi froid face à un sujet éminemment politique, conforme à nos valeurs républicaines ?
Enfin, les arguties que j’ai entendues ce matin, consistant à dire que les moyens affectés à la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés le seraient au détriment des autres politiques en matière de handicap, sont au mieux une bêtise, au pire d’une mauvaise foi incommensurable.
Cher collègue Turquois, je vous rappelle que l’AAH est financée par le budget de la nation et que les politiques du handicap conduites au sein de l’éducation nationale, notamment, ne relèvent pas du même budget. Faire croire à nos concitoyens qu’accorder des droits nouveaux, nécessaires, et défendre la déconjugalisation de l’AAH pénaliserait les enfants scolarisés en situation de handicap est absolument insupportable !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, UDI-I, LT et FI. – Protestations sur quelques bancs du groupe LaREM.)
De la même manière, l’argument qui consiste à expliquer que la déconjugalisation de l’AAH ferait tache d’huile et perturberait l’ensemble de l’organisation des minima sociaux témoigne d’un cynisme absolu et d’une froideur incroyable. Nous vous avons dit et redit des dizaines de fois, madame la secrétaire d’État – notre collègue Jeanine Dubié vient encore de le rappeler – que l’allocation aux adultes handicapés et les minima sociaux ne relevaient pas du même code et que les recours concernant l’un ou l’autre ne dépendaient pas des mêmes juridictions. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, UDI-I, LT, FI et GDR.) Vous mélangez l’un et l’autre alors qu’ils sont parfaitement cloisonnés.
J’ajoute que la loi de 2005 fixait déjà pour objectifs l’élévation de la barrière d’âge comme la déconjugalisation : il s’agit désormais d’aller au bout de cette démarche que – je vous le concède – nous n’avons pas su achever. Mais ce n’est pas parce que nous n’avons pas été capables de le faire par le passé que nous ne devons pas aujourd’hui, alors que tout le monde en est d’accord, passer des paroles aux actes.
(Mme Caroline Fiat applaudit.)
S’agissant de la prestation de compensation du handicap, j’entends celles et ceux qui nous expliquent que ce n’est pas à la loi de définir l’accès aux droits, mais au décret. Je le redis : l’accès aux droits est défini seulement et exclusivement par la loi de la République – aux décrets d’en fixer ensuite les détails.
Je rappelle que la loi de 2005 – nous aurons l’occasion d’y revenir – fixe un accès universel aux droits de compensation. Mais contre l’avis du législateur, les décrets, autrement dit la pratique réglementaire, ont progressivement ajouté des conditions qui, aujourd’hui, sont contraires à ladite loi. Ne pensez-vous pas nécessaire de corriger ces règlements, qui vont à l’inverse de ce que députés et sénateurs ont voulu inscrire dans la loi de la République ? Il appartient bien à la loi de le définir.
Que Mme la secrétaire d’État défende les décrets est une chose, mais que des députés de la nation soutiennent le recours systématique au décret pour faire évoluer les droits des Français prouve qu’ils se sont égarés dans cette assemblée.
(Approbationssur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Tout à fait ! C’est affligeant ! Vous l’avez tous dit, y compris la majorité, nous sommes d’accord sur le constat. Il n’est pas nécessaire d’ajouter des « fiches actions », des études bidule, des trucs et des machins : cela fait déjà quinze ans que les uns et les autres étudient cette question. Le dernier rapport commandé par le Gouvernement au professeur Leguay préconise précisément ce que nous défendons dans la proposition de loi. Notre texte est la traduction de quinze années de travaux des spécialistes, des professionnels et des départements : nous n’avons pas modifié un mot dans sa rédaction par rapport aux recommandations qu’ils ont formulées. Ne dites pas qu’il faut encore réfléchir ! À force de réfléchir, nous n’agissons plus. Il convient désormais d’inscrire ces nouveaux besoins, ce nouveau droit dans la loi et de laisser les décrets en arrêter ensuite les détails et les contours.
Enfin, je veux revenir sur la méthode. Je ne crois pas, depuis trois semaines que nous travaillons sur ce texte, avoir refusé de tendre la main à qui que ce soit. Nous avons tout fait pour aboutir. Madame la secrétaire d’État, le fait que vous ayez refusé purement et simplement d’être auditionnée à l’Assemblée nationale est pour moi une marque de mépris et une porte fermée sur un sujet qui ne le méritait pas.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, UDI-I et LT.)
Nous avons travaillé avec tous les groupes pour enrichir et améliorer ce texte. À celles et ceux qui nous accusent d’une manœuvre politique, je répondrai que lorsque nous avons défendu en 2018 une proposition de loi sur le handicap, nous n’étions pas en fin de législature. Nous l’avons pourtant fait, parce que nous portons ce combat, historiquement, depuis le premier jour où nous sommes entrés à l’Assemblée nationale. Nous n’avons donc pas de leçons à recevoir sur l’opportunisme politique. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Enfin, à celles et ceux qui pensent que ce texte-là ne peut pas aboutir, je voudrais simplement rappeler une réalité parlementaire. Il y a deux ans, dans cette assemblée, nous avons défendu une proposition de loi visant à protéger les femmes et les enfants victimes de violences conjugales. Cette proposition de loi, adoptée au mois de novembre, est entrée en application au mois de janvier suivant. Si vous imaginez qu’en quatre mois, nous ne sommes pas capables de débattre d’une loi et de la faire entrer en application, prenez quelques exemples récents et vous verrez que c’est tout à fait possible. Notre seule intention, qui vous dérange peut-être, est de faire avancer la cause et de vous mettre au pied du mur. (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Bel aveu ! Oui, vous mettre au pied du mur, pour vous éviter de palabrer encore dix ans (M. Marc Le Fur applaudit) et nous permettre, vous comme nous, de regagner un peu la confiance des Français : seuls les actes comptent !
Nous nous avons tendu la main et avons veillé, depuis l’origine, à ce que ce texte portant sur une cause aussi essentielle puisse être un texte de rassemblement. Vous l’avez refusé, il vous faudra l’assumer comme tel !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, UDI-I, LT, FI et GDR.) La parole est à Mme la secrétaire d’État. J’ai entendu que j’aurais une calculette à la place du cœur. Je vais vous parler sincèrement en vous rappelant que je suis maman d’une jeune fille handicapée : je sais ce que cela signifie et tous les jours, je me lève pour améliorer la vie des personnes handicapées. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)