Date : 10 décembre 2020
Cible : Sur l'ensemble du texte

La réforme de l’accord monétaire avec les États-membres de l’Union monétaire Ouest-Africaine (UMOA) supprime deux caractéristiques du régime actuel de garantie de la parité du Franc CFA à l’euro : la banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) n’aura plus l’obligation de déposer 50 % de ses réserves sur un compte du Trésor et il est mis fin à la présence de représentants Français dans ses instances.

Ces évolutions sont bienvenues mais doivent s'inscrire dans le cadre d'une relance plus large de la coopération monétaire, mais aussi économique et humaine, avec l'Afrique de l'Ouest.

En premier lieu, la fin de la présence française au sein des instances de gouvernance de la BCEAO doit être entière, sans donner l’impression de rétablir, de façon subreptice, la moindre tutelle. L’article 4 de l’accord monétaire prévoit ainsi que le conseil des ministres de l’UMOA nommera, en concertation avec la République française, une personnalité qualifiée au Comité de politique monétaire de la BCEAO : je propose que ce ne soit pas un haut fonctionnaire Français mais une personnalité Africaine familière de la zone euro, qui apporte, en toute indépendance, l’expertise dont la BCEAO aura besoin.

De même, je considère que la fin de l’obligation de dépôts de la BCEAO sur un compte à Paris ne doit pas occasionner une « économie de poche » pour le Trésor. En effet, ces dépôts sont aujourd’hui mieux rémunérés que les autres dépôts à vue en banque centrale. Il en résulte aujourd'hui un versement annuel d’environ 40 millions d’euros du budget de l’État vers la BCEAO, couvrant une partie de ses charges de fonctionnement, mais la réforme va désormais dispenser le Trésor de ce versement.

Je propose de compenser cette perte pour notre partenaire Africain au moyen d’une enveloppe spécifique de crédits de coopération, comme cela avait été le cas en septembre 2005, lorsqu’une précédente réforme réduisant la quotité de centralisation obligatoire avait déjà occasionné une économie pour le Trésor.

Par ailleurs, le préambule de l’accord prévoit expressément le changement de dénomination du Franc CFA : il faudra, donc, à brève échéance, émettre des billets de banques avec une nouvelle dénomination. Or la fabrication des billets mis en circulation par les banques centrales de la zone Franc relève aujourd’hui de la Banque de France, dans le cadre d’accords commerciaux qu’il me semble urgent de revisiter afin d’accroître les transferts de compétences vers nos partenaires Africains.

Au-delà des aspects techniques et opérationnels, la refonte de l’accord monétaire avec les États Ouest-Africains n’a de sens qu’à l’appui d’une réorientation de nos échanges commerciaux et financiers, dans le cadre d’une coopération refondée.

En effet, la question des effets économiques du franc CFA fait l’objet de vives controverses, très au-delà des échanges entre experts et avec une forte résonance dans les jeunes générations Africaines. Les griefs contre le Franc CFA sont nombreux, parfois contradictoires, mais ils ne peuvent pas être écartés d’un revers de main.

Pour les économies Africaines, un ancrage monétaire sur une devise internationale comme l’euro présente des avantages indéniables, car il prémunit les entreprises et les ménages de l’inflation et protège les investisseurs du risque de perte au change.

Cependant, cet ancrage doit demeurer adapté, alors que les démographies et les économies d’Afrique de l’Ouest sont très différentes de celles de l’Europe.

La dynamique d’apport de nouveaux investissements étrangers peut certes être favorisée par le cadre monétaire, mais elle dépend en premier lieu des perspectives économiques réelles.

On ne peut donc que regretter que, malgré notre coopération monétaire, les nouveaux flux d’investissements directs français vers l’Afrique restent, majoritairement, orientés en dehors de la zone CFA.

Pas plus que l’aide internationale ne saurait, de l’extérieur, se substituer aux États au risque de les vider de leur substance, l’ancrage sur une devise extérieure ne saurait apporter toutes les réponses aux enjeux d'un développement soutenable qui repose, d’abord, sur les ressources internes d’un pays et sur la qualité de son insertion dans les échanges internationaux.

Ces constats avaient poussé le Président de la République à proclamer, dès 2017, la priorité Africaine de la diplomatie Française. Ce chantier est encore largement devant nous : il faut s’y atteler sans tarder afin de mettre en place des stratégies partagées de croissance durable face aux défis communs.

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