N° 3434

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ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

QUINZIÈME LÉGISLATURE

 

Enregistré à la PrĂ©sidence de l’AssemblĂ©e nationale le 15 octobre 2020.

AVIS

PRÉSENTÉ

AU NOM DE LA COMMISSION DES FINANCES, DE L’ÉCONOMIE GÉNÉRALE
ET DU CONTRÔLE BUDGÉTAIRE SUR LE PROJET DE LOI
de financement de la sécurité sociale pour 2021 (n° 3397),

 

par Mmes Christelle Dubos et Cendra motin,

députées.

 

 

 

 


 


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SOMMAIRE

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Pages

Introduction

PremiÈre partie : l’Équilibre gÉnÉral et les recettes

I. La situation des comptes sociaux : Des rÉsultats favorables pour 2019, des dÉsÉquilibres pour 2020 et 2021

A. L’approbation des soldes de l’exercice 2019

1. Le solde du régime général en 2019

2. Le solde des régimes obligatoires de base en 2019

3. Une hausse des recettes moins importante que celle des dépenses

B. Le retour d’un net dÉsÉquilibre en 2020 du fait de la crise liÉe à l’ÉpidÉmie de covid-19

1. La dégradation brutale du contexte macroéconomique

2. Le solde rectifié pour le régime général en 2020

3. Le solde rectifié pour les régimes obligatoires de base en 2020

4. Un effet ciseau entre les recettes et les dépenses

C. Des orientations cohÉrentes pour 2021 et au-delÀ

1. Un rebond de l’activitĂ© au-delĂ  des attentes, mais affectĂ© d’incertitudes

2. Le solde prévisionnel pour le régime général en 2021

3. Le solde prévisionnel pour les régimes obligatoires de base en 2021

4. Le rebond des recettes et la maĂźtrise des dĂ©penses : l’amorce d’un rĂ©tablissement progressif dans les annĂ©es Ă  venir

D. La nouvelle trajectoire pour la rÉsorption de la dette

1. La gestion différenciée du flux et du stock de dette

a. Les dĂ©ficits accumulĂ©s dans le bilan de l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale

b. Les passifs transfĂ©rĂ©s Ă  la Caisse d’amortissement de la dette sociale

2. Un horizon repoussé en raison de nouveaux transferts

a. La préservation des marges de la sécurité sociale face à la crise

b. Le cadre constitutionnel

c. La reprise de 136 milliards d’euros en plusieurs Ă©tapes

d. La cible d’une extinction en 2033

II. Les recettes de la sÉcuritÉ sociale : des ajustements volontaristes pour contribuer À la relance

A. Les allÈgements de cotisations et contributions

1. Les mesures fortes en réaction à la crise sanitaire en 2020

a. Les facilités de trésorerie

b. Les exonérations, réductions et aides au paiement

2. La reconduction d’un dispositif utile aux agriculteurs en 2021 et 2022

B. La juste rÉpartition de l’effort

1. La neutralisation des effets de la crise sur l’emploi dans le calcul de l’assiette des prĂ©lĂšvements et de certaines prestations

2. L’ajustement de la contribution de certaines entreprises

a. La participation des complémentaires santé

b. L’assujettissement des producteurs de mĂ©dicaments

3. La poursuite des simplifications en matiĂšre de recouvrement

III. Les mouvements entre les sphùres Étatique et sociale

A. Des relations financiÈres avec l’État clarifiÉes

1. La compensation des allĂšgements sociaux

a. Les grands principes

b. Le schéma de compensation

2. La progression de la place de l’impît dans les finances sociales

B. Les transferts entre branches et organismes

Seconde partie : les dÉpenses

I. UNE SOLLICITATION SANS PRÉCÉDENT DE LA BRANCHE MALADIE DANS UN CONTEXTE DE CRISE, SE TRADUISANT PAR DES DÉPENSES CONJONCTURELLES ET STRUCTURELLES SUPPLÉMENTAIRES

A. L’onDAM pour 2019 a Ă©tĂ© lĂ©gĂšrement sous-exĂ©cutĂ©

B. Des dÉpenses de santÉ exceptionnelles au titre de l’annÉe 2020

1. Les surcoûts liés à la crise épidémique

a. La dotation à Santé publique France pour la gestion des besoins des établissements de santé au plus fort de la crise

b. La mise Ă  disposition de financements supplĂ©mentaires pour les Ă©tablissements de santĂ© et le fonds d’intervention rĂ©gional

c. La prise en charge Ă  100 % d’actes mĂ©dicaux

d. Le financement d’indemnitĂ©s journaliĂšres spĂ©cifiques et l’extension du dispositif

e. L’accompagnement des professionnels de santĂ©

f. Les autres surcoûts

2. Le financement de revalorisations salariales

3. Baisse des remboursements de soins de ville

C. Un ONDAM pour 2021 et un objectif de dÉpenses pour la branche maladie qui traduisent de nouvelles charges liÉes À la crise sanitaire mais Ă©galement des rĂ©formes structurelles

1. Des surcoûts conjoncturels liés à la crise sanitaire

2. Des adaptations structurelles ambitieuses pour rénover et soulager un systÚme de santé toujours mobilisé

a. Les mesures issues du Ségur de la Santé

b. Le plan « Ma santé 2022 » : un déploiement repoussé en raison de la crise sanitaire mais poursuivi et aménagé par le PLFSS pour 2021

c. Des évolutions de périmÚtres liées à la création de la branche autonomie et à des mesures de simplification

3. Les hÎtels hospitaliers et les maisons de naissance : deux dispositifs innovants

II. des effets mineurs de la crise sur les dÉpenses de la branche retraite À court terme

A. Des dépenses de retraite qui restent dynamiques en 2019 bien que contenues par la revalorisation à 0,3 % des pensions

B. Des prÉvisions de dÉpenses peu modifiÉes par la crise sanitaire pour 2020 et 2021

1. Des dĂ©penses de retraite pour 2020 dynamisĂ©es par la revalorisation des pensions et ne subissant pas d’effets visibles de la crise sanitaire, au contraire des dĂ©penses du FSV

2. Les prĂ©visions de dĂ©penses pour 2021 confirment l’insensibilitĂ© observĂ©e des dĂ©penses de pensions Ă  la crise sanitaire

C. Des consÉquences incertaines À plus long terme

III. La branche famille marquÉe par des mesures de transfert et le renforcement du congĂ© paternitÉ et d’accueil du jeune enfant

A. la stabilisation des dépenses de la brance famille en 2019

B. Une forte mobilisation de la branche famille au plus fort de la crise sanitaire

C. Un objectif de dÉpenses en lÉgÈre baisse, en raison de mesures de transfert vers la branche autonomie

D. L’allongement et le caractÈre obligatoire du congÉ paternitÉ et d’accueil de l’enfant

IV. des dÉpenses en hausse pour la branche at-mp

A. les dĂ©penses de la branche ont poursuivi leur croissance en 2019, À un rythme toutefois modĂ©rĂ©

B. Les dépenses de la branche at-mp resteraient orientées à la hausse en 2020 et 2021

V. La crÉation de la branche autonomie, une Évolution historique et nÉcessaire de la sÉcuritÉ sociale

A. La nÉcessaire crÉation d’une nouvelle branche et les travaux ayant prÉcĂ©dĂ© son installation

B. Une architecture budgÉtaire renouvelÉe pour le financement de la cinquiÈme branche

1. Le pĂ©rimĂštre et l’architecture budgĂ©taire de la branche autonomie : des Ă©volutions nĂ©cessaires

2. Les dépenses de la branche autonomie en 2021

3. Le renforcement et la valorisation des soins à domicile : le corollaire nécessaire de la création de la branche autonomie

Examen en commission

Liste des personnes auditionnées


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Introduction

 

Ce rapport prĂ©sente, au nom de la commission des finances, l’avis de Mmes Christelle Dubos et Cendra Motin sur le projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale (PLFSS) pour 2021.

Le texte dont le Gouvernement demande l’approbation est marquĂ© par :

– le quasi retour Ă  l’équilibre des comptes sociaux Ă  la fin 2019 ;

– une crise sanitaire majeure qui a appelĂ© des mesures de protection exceptionnelles ;

– un investissement massif dans la santĂ© grĂące aux engagements du « SĂ©gur de la santé » ;

– l’allongement du congĂ© paternité ;

– la concrĂ©tisation de la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche pour mieux accompagner la perte d’autonomie.

 

*

*     *

ConformĂ©ment Ă  l’article L.O. 111-8 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale, « en vue de l’examen et du vote du projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale de l’annĂ©e, et sans prĂ©judice de toute autre disposition relative Ă  l’information et au contrĂŽle du Parlement, les commissions de l’AssemblĂ©e nationale et du SĂ©nat saisies au fond de ce projet et les autres commissions concernĂ©es adressent au Gouvernement, avant le 10 juillet de chaque annĂ©e, des questionnaires relatifs à l’application des lois de financement de la sĂ©curitĂ© sociale. Celui-ci y rĂ©pond par Ă©crit au plus tard le 8 octobre ».

À cette date, seuls 44 % des 57 rĂ©ponses attendues avaient Ă©tĂ© transmis aux rapporteures pour avis.

 


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PremiÈre partie :
l’Équilibre gÉnÉral et les recettes

La prĂ©sente partie porte sur les articles 1er à 3, 5 à 8 et 10 Ă  24 du PLFSS et analyse les perspectives d’ensemble pour le budget de la sĂ©curitĂ© sociale (I), ainsi que les principales mesures s’agissant des recettes (II) et les mouvements entre les branches et l’État, ou entre ces branches elles-mĂȘmes (III).

I.   La situation des comptes sociaux : Des rÉsultats favorables pour 2019, des dÉsÉquilibres pour 2020 et 2021

Si le dĂ©ficit des administrations relevant de la LFSS s’amĂ©liore en 2019 par rapport Ă  la prĂ©vision (A), l’aggravation soudaine de la conjoncture Ă©conomique en raison de l’épidĂ©mie de covid-19 rend caduque la trajectoire de retour Ă  l’équilibre initialement programmĂ©e d’ici 2023 (B), de mĂȘme qu’elle reporte la perspective d’une extinction de la dette sociale (C).

Il paraßt utile de replacer de replacer les données se rapportant au présent PLFSS dans une perspective pluriannuelle.

Par convention, le solde de la sĂ©curitĂ© sociale s’entend comme l’agrĂ©gation de celui des branches du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et du fonds de solidaritĂ© vieillesse. DĂ©ficitaire depuis 2002, le rĂ©sultat avait connu un premier point bas en 2010 avec un passif de 28 milliards d’euros, avant de s’amĂ©liorer constamment jusqu’en 2018. Alors que la sĂ©curitĂ© sociale se rapprocher de l’équilibre entre 2018 et 2023, la crise du coronavirus perturbe ces perspectives. L’annĂ©e 2020 devrait afficher un dĂ©ficit inĂ©dit de 44,4 milliards d’euros.

Évolution du dÉficit agrÉgÉ du rÉgime gÉnÉral
et du fonds de solidaritÉ vieillesse de 2008 À 2020

(en milliards d’euros)

Source : Cour des comptes.


Contrairement Ă  ce que traduit l’analyse de loi de rĂšglement du budget et d’approbation des comptes qui arrĂȘte les recettes et les dĂ©penses de l’État au titre de la loi de finances de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, il convient de rappeler que la diffĂ©rence constatĂ©e d’une loi de financement Ă  l’autre ne saurait s’assimiler Ă  une sur-exĂ©cution ou une sous-exĂ©cution.

En effet, les 1° Ă  3° du D du I de l’article L.O. 111-3 du code de la sĂ©curitĂ© sociale disposent que la LFSS « fixe les charges prĂ©visionnelles des organismes concourant au financement des rĂ©gimes obligatoires de base ; fixe, par branche, les objectifs de dĂ©penses de l’ensemble des rĂ©gimes obligatoires de base et, de maniĂšre spĂ©cifique, ceux du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, ainsi que, le cas Ă©chĂ©ant, leurs sous-objectifs [
] ; fixe l’objectif national de dĂ©penses d’assurance maladie de l’ensemble des rĂ©gimes obligatoires de base ainsi que ses sous-objectifs ».

DÚs lors, le montant des crédits inscrits en LFSS présente un caractÚre indicatif et non limitatif, une part essentielle des charges correspondant à des dépenses dites « de guichet » dont les assurés ont le droit de bénéficier.

A.   L’approbation des soldes de l’exercice 2019

Aux termes de l’article 1er du PLFSS, tant le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral (1) que l’ensemble des rĂ©gimes obligatoires de base de la sĂ©curitĂ© sociale (2) affichent en 2019 un dĂ©ficit moins important qu’envisagĂ©, ce qui s’explique principalement par les recettes (3).

1.   Le solde du régime général en 2019

Au 31 dĂ©cembre 2019, le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral (RG) se rĂ©vĂ©lait proche de l’équilibre, avec un dĂ©ficit de 400 millions d’euros. En intĂ©grant le fonds de solidaritĂ© vieillesse (FSV), le dĂ©ficit atteint 1,9 milliard d’euros en 2019.

Comme le note la commission des comptes de la sĂ©curitĂ© sociale (CCSS), le dĂ©ficit de l’annĂ©e 2019 est « nettement moindre » ([1]) que le niveau encore anticipĂ© il y a un semestre :

– pour la premiĂšre fois depuis 2001, la LFSS pour 2019 envisageait un excĂ©dent de 0,1 milliard d’euros pour le solde agrĂ©gĂ© du RG et du FSV ([2]) ;

– la réévaluation au titre de la LFSS pour 2020 avait ensuite fait Ă©tat d’un rĂ©sultat moins favorable, avec un dĂ©ficit de 5,4 milliards d’euros ([3]), tant en raison de l’actualisation des perspectives Ă©conomiques que des mesures prises en rĂ©ponse au mouvement social dit des gilets jaunes ([4]).

SOlde des branches du RG et du FSV en 2019

(en milliards d’euros)

 

LFSS
pour 2019

LFSS
pour 2020

PLFSS
pour 2021

Maladie

– 0,7

– 3,0

– 1,5

Accidents du travail et maladies pro.

1,1

1,1

1,0

Vieillesse

0,6

– 2,1

– 1,4

Famille

1,1

0,8

1,5

Régime général

2,1

– 3,1

– 0,4

Fonds de solidarité vieillesse

– 2

– 2,2

– 1,6

RG + FSV

0,1

– 5,4

– 1,9

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

Le solde nĂ©gatif est principalement portĂ© par les branches maladie et vieillesse, ainsi que par le fonds de solidaritĂ© vieillesse. À l’inverse, les branches accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) et famille confirment leur situation excĂ©dentaire.

2.   Le solde des régimes obligatoires de base en 2019

Sur ce pĂ©rimĂštre plus large, le dĂ©ficit atteint 200 millions d’euros en 2019, et mĂȘme 1,7 milliard d’euros en tenant compte du FSV.

SOlde des branches des ROBSS et du FSV en 2019

(en milliards d’euros)

 

LFSS
pour 2019

LFSS
pour 2020

PLFSS
pour 2021

Maladie

– 0,7

– 3,0

– 1,5

Accidents du travail et maladies pro.

1,2

1,2

1,1

Vieillesse

0,2

– 2,3

– 1,3

Famille

1,1

0,8

1,5

Régimes obligatoires de base

1,8

– 3,3

– 0,2

ROBSS + FSV

– 2,0

– 5,5

– 1,7

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

La diversité des régimes de base

« Outre le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, qui assure l’ensemble des salariĂ©s du secteur privĂ© et, selon les risques, d’autres populations, il existe onze rĂ©gimes servant des prestations maladie. [
] Par ailleurs, certains rĂ©gimes ont une branche maladie qui ne retrace que des prestations d’invaliditĂ© servies avant l’ñge lĂ©gal de dĂ©part en retraite : FPE, CNRACL, FSPOEIE, CNIEG ([5]). La branche vieillesse est la plus Ă©clatĂ©e : 25 rĂ©gimes de base subsistent. La branche famille est la plus intĂ©grĂ©e. Certains rĂ©gimes gĂšrent plusieurs branches Ă  la fois, d’autres ne couvrent qu’un seul risque ; une mĂȘme population peut ainsi relever de plusieurs rĂ©gimes. Enfin, certaines populations ne relĂšvent pas d’un rĂ©gime de sĂ©curitĂ© sociale pour certains risques (AT‑MP ou indemnitĂ©s journaliĂšres en maladie). Le plus souvent, elles bĂ©nĂ©ficient d’une couverture directe de l’employeur. » ([6])

Dans la logique de simplification portĂ©e par le gouvernement depuis trois ans, plusieurs dispositions ont concernĂ© l’amĂ©lioration de la lisibilitĂ© de ces rĂ©gimes. DĂšs la LFSS pour 2018, l’intĂ©gration du rĂ©gime social des indĂ©pendants au sein de l’URSSAF, a permis une amĂ©lioration sensible des services rendus aux indĂ©pendants sans modifier leurs cotisations mais en leur ouvrant de nouveaux droits.

C’est le cas aussi de l’unification du recouvrement des cotisations de vieillesse, votĂ© en LFSS pour 2020, qui est un premier pas trĂšs important de simplification (le nombre de caisses de retraites complĂ©mentaires est non seulement trĂšs important, mais elles Ă©chappent Ă©galement au contrĂŽle du lĂ©gislateur), dans l’attente de la finalisation de la rĂ©forme de notre systĂšme de retraites pour en faire un systĂšme universel.

C’est encore le cas de ce PLFSS pour 2021 qui va permettre Ă  des particuliers de ne pas multiplier les affiliations Ă  des caisses sociales du fait d’une trĂšs faible activitĂ© annexe sur une plateforme collaborative et de bĂ©nĂ©ficier d’une dĂ©claration simplifiĂ©e sans crĂ©ation de nouveau statut (article 15 du PLFSS pour 2021).

3.   Une hausse des recettes moins importante que celle des dépenses

Les produits du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et du FSV sont de 402,576 milliards d’euros en 2019, pour des charges de 404,502 milliards d’euros. Ces premiers ont donc progressĂ© de 2 % par rapport Ă  2018, et ces secondes de 2,2 %.

Un tel Ă©tat de fait contribue Ă  expliquer le lĂ©ger dĂ©calage avec le dĂ©ficit de 1,2 milliard d’euros en 2018.

 

 

 

 

Recettes et dÉpenses des branches du RG, des ROBSS et du FSV en 2019

(en milliards d’euros)

 

PLFSS pour 2021 (approbation)

 

Recettes

Dépenses

Solde

Maladie

215,2

216,6

– 1,5

Accidents du travail et maladies pro.

13,2

12,2

1,0

Vieillesse

135,7

137,1

– 1,4

Famille

51,4

49,9

1,5

Régime général

402,4

402,8

– 0,4

Fonds de solidarité vieillesse

17,2

18,8

– 1,6

RG + FSV

402,6

404,5

– 1,9

Régimes obligatoires de base

509,1

509,3

– 0,2

ROBSS + RSV

508,0

509,7

– 1,7

 

 

LFSS pour 2020 (rappel)

 

Recettes

Dépenses

Solde

RG + FSV

400,2

405,6

– 5,4

ROBSS + FSV

505,2

510,7

– 5,5

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

La CCSS rappelle que « l’annĂ©e 2019 a Ă©tĂ© marquĂ©e par une recomposition significative des recettes de la sĂ©curitĂ© sociale, en raison de la transformation du crĂ©dit d’impĂŽt pour la compĂ©titivitĂ© et l’emploi (CICE) et du crĂ©dit d’impĂŽt de taxe sur les salaires (CITS) en allĂšgements gĂ©nĂ©raux de cotisations. [
] Les mesures nouvelles non-compensĂ©es par l’État ont reprĂ©sentĂ© une perte de 4,4 milliards d’euros en 2019, principalement au titre de l’exonĂ©ration de cotisations sociales sur les heures supplĂ©mentaires ([7]) et du rĂ©tablissement du taux de contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (CSG) Ă  6,6 % sur certaines retraites ([8]) ». Il convient d’y ajouter la rĂ©duction du forfait social, contribution acquittĂ©e par les employeurs, prĂ©levĂ©e sur les rĂ©munĂ©rations ou gains non soumis aux cotisations et contributions sociales mais assujettis Ă  la CSG ([9]).

Les charges relevant de l’objectif national de dĂ©penses d’assurance maladie atteignent 200,2 milliards d’euros en 2019, soit une hausse de 2,6 %.

La Cour des comptes a certifiĂ© que les neuf jeux de comptes soumis Ă  son contrĂŽle – celui de chacune des branches, les prĂ©lĂšvements gĂ©rĂ©s par l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale (ACOSS) et les unions de recouvrement des cotisations de sĂ©curitĂ© sociale et d’allocations familiales (URSSAF), ainsi que les Ă©tats financiers de l’ACOSS en tant qu’établissement et des caisses nationales d’assurance maladie (CNAM), d’assurance vieillesse (CNAV) et d’allocations familiales (CNAF) – sont rĂ©guliers et sincĂšres et donnent une image fidĂšle de la situation financiĂšre et du patrimoine du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral ([10]).

À cette occasion, la Cour a formulĂ© 28 rĂ©serves, contre 29 pour l’exercice 2018, tenant majoritairement Ă  l’insuffisance du contrĂŽle interne. Des exemples d’inexactitudes que de telles diligences auraient permis d’éviter sont citĂ©s :

– en recettes, « la comptabilisation à tort sur l’exercice 2020 de produits à recevoir se rattachant à l’exercice 2019 a conduit Ă  dĂ©grader le rĂ©sultat 2019 de [
] la branche maladie (à hauteur de 600 millions d’euros) », la crĂ©ance concernant les remises sur les mĂ©dicaments dues par des entreprises pharmaceutiques pour les autorisations temporaires d’utilisation (ATU) ;

– en dĂ©penses, « le total des erreurs liĂ©es Ă  des donnĂ©es dĂ©claratives non-corrigĂ©es, neuf mois aprĂšs leur mise en paiement, qui affectent les primes d’activitĂ© versĂ©es en 2019 Ă©quivaut Ă  un cinquiĂšme [
] ; la proportion est d’un sixiĂšme pour le revenu de solidaritĂ© active (RSA) », d’un septiĂšme pour les nouvelles retraites et d’un dixiĂšme pour les indemnitĂ©s journaliĂšres (IJ). Au total, cela reprĂ©sente 7,8 milliards d’euros de dĂ©penses indues.

B.   Le retour d’un net dÉsÉquilibre en 2020 du fait de la crise liÉe à l’ÉpidÉmie de covid-19

La rĂ©cession inĂ©dite causĂ©e par les circonstances sanitaires (1) implique de réévaluer nĂ©gativement les dĂ©ficits prĂ©visionnels du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral (2) et des rĂ©gimes obligatoires de base (3) pour l’annĂ©e en cours.

1.   La dégradation brutale du contexte macroéconomique

Depuis l’épidĂ©mie de covid-19, les principales hypothĂšses macroĂ©conomiques sur lesquelles reposaient le projet de loi de finances (PLF) et le PLFSS pour 2020, que le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) avait alors qualifiĂ©es de « raisonnables » ([11]), apparaissent caduques.

Les premier ([12]), deuxiÚme ([13]) et troisiÚme ([14]) projets de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2020 ont révisé ces hypothÚses à la baisse.

 

Compte tenu de l’évolution relativement favorable du rendement des prĂ©lĂšvements obligatoires en France depuis la fin du confinement ([15]), mais aussi des incertitudes liĂ©es au contexte international (Ă©volution de la pandĂ©mie, relations commerciales avec la Chine, politique budgĂ©taire des États-Unis aprĂšs les Ă©lections, taux de change entre l’euro et le dollar, sortie du Royaume-Uni de l’Union europĂ©enne, etc.), le Gouvernement a actualisĂ© ses prĂ©visions.

Variation des Principales hypothÈses macroÉconomiques pour 2020

(en pourcentage)

 

PLF et PLFSS
pour 2020

3Ăšme PLFR
pour 2020

PLF et PLFSS
pour 2021

Produit intérieur brut (PIB)

1,3 %

– 11,0 %

– 10,0 %

Masse salariale ([16])

2,8 %

– 9,7 %

– 6,9 %

Indice des prix Ă  la consommation (IPCH)

1,0 %

0,4 %

0,5 %

Consommation des ménages

 

– 8 %

Investissement des entreprises

– 17 %

Investissement public

– 3,7 %

Demande mondiale adressée à la France

– 11 %

Source : Haut conseil des finances publiques.

ConformĂ©ment Ă  l’article 14 de la loi organique n° 2012-1403 du 17 dĂ©cembre 2012 relative Ă  la programmation et Ă  la gouvernance des finances publiques (LOPGFP), le HCFP s’est prononcĂ© sur ces hypothĂšses ([17]).

Il rappelle que les mesures de restriction liĂ©es Ă  la lutte contre l’épidĂ©mie de covid-19 ont exercĂ© des effets tant sur l’offre que sur la demande. La zone euro a connu une rĂ©cession de 3,7 % au premier trimestre, puis de 11,8 % au second, contre une chute de 10 % suivie d’un rebond de 11,5 % en Chine.

Pour 2020, le Haut Conseil juge que la prĂ©vision d’un recul du PIB à hauteur de 10 %, au lieu de 11 % dans le troisiĂšme PLFR, est « prudente » et mĂȘme « un peu plus faible » que les autres prĂ©visions de rĂ©fĂ©rence ([18]).

La cible d’inflation du Gouvernement pour l’annĂ©e en cours est jugĂ©e « plausible, mais un peu basse ». ConsidĂ©rĂ©e comme « plausible », la prĂ©vision pour la masse salariale du secteur privĂ© (– 6,9 % en 2020) rĂ©sulte de la combinaison de la variation des effectifs salariĂ©s marchands (– 2,3 %) et de celle du salaire moyen par tĂȘte (– 5,7 %).

Le HCFP rappelle que « le dispositif d’activitĂ© partielle a permis de maintenir en emploi de nombreux salariĂ©s en 2020, mais une partie de leur rĂ©munĂ©ration a Ă©tĂ© prise en charge par l’État et l’UnĂ©dic, si bien que le salaire moyen versĂ© par les entreprises en a Ă©tĂ© nettement rĂ©duit ». Ainsi, 750 000 emplois auraient Ă©tĂ© perdus en 2020 (une prĂ©vision jugĂ©e optimiste).

Inévitablement, le réajustement des perspectives économiques a un impact sur les finances sociales :

– d’un cĂŽtĂ©, les recettes inscrites dans le PLFSS reposent en grande partie sur l’activitĂ©, via les rĂ©munĂ©rations au titre de la contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (CSG), ou via la consommation s’agissant de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e (TVA) ;

– de l’autre, de nombreux dispositifs de solidaritĂ© sont indexĂ©s pour tout ou partie sur l’évolution du coĂ»t de la vie.

L’effet de la crise sanitaire et Ă©conomique sur les comptes des administrations de sĂ©curitĂ© sociale (ASSO) est donc massif.

2.   Le solde rectifié pour le régime général en 2020

L’article 7 du PLFSS indique qu’à la fin de l’annĂ©e en cours, le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral serait en dĂ©ficit Ă  hauteur de 41,2 milliards d’euros, et de 44,4 milliards d’euros avec le FSV. Un tel solde, sans aucune branche en situation excĂ©dentaire, n’a jamais Ă©tĂ© observĂ© depuis l’instauration des lois de financement en 1996.

SOlde des branches du RG et du FSV en 2020

(en milliards d’euros)

 

LFSS
pour 2019

LFSS
pour 2020

PLFSS
pour 2021

Maladie

0,0

– 3,3

– 29,8

Accidents du travail et maladies pro.

0,8

1,4

– 0,3

Vieillesse

0,7

– 2,7

– 7,8

Famille

0,0

0,7

– 3,3

Régime général

1,5

– 4,1

– 41,2

Fonds de solidarité vieillesse

– 0,9

– 1,2

– 3,2

RG + FSV

0,6

– 5,4

– 44,4

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

Compte tenu de son poids traditionnellement prĂ©pondĂ©rant dans la rĂ©partition des recettes et de l’imputation majoritaire des surcoĂ»ts provoquĂ©s par le coronavirus sur les soins hospitaliers, la branche maladie afficherait à elle seule un dĂ©ficit de 29,8 milliards d’euros – soit 1,8 milliard d’euros de plus que le dĂ©ficit agrĂ©gĂ© de 2020, qui Ă©tait alors le plus important jamais enregistrĂ©.

L’impact respectif des recettes et des dĂ©penses sera abordĂ© infra.

Un dĂ©ficit moindre qu’escomptĂ© avant l’étĂ©

Dans son discours du 12 mars 2020, le prĂ©sident de la RĂ©publique a dĂ©claré : « la santĂ© n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nĂ©cessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies. Quoi qu’il en coĂ»te ».

Pour faire face Ă  la crise sanitaire, l’assurance maladie a d’ores et dĂ©jĂ  engagĂ© plus de 15 milliards d’euros de dĂ©penses exceptionnelles.

À ce jour, 1,5 milliard d’euros ont Ă©tĂ© consacrĂ©s aux tests, 1,5 milliard d’euros Ă  une prĂ©commande de vaccins et une partie des 4,8 milliards d’euros flĂ©chĂ©s vers SantĂ© publique France (cf. infra) Ă  la reconstitution des stocks de masques des hopitaux et de l’État. En outre, 2 milliards d’euros ont Ă©tĂ© dĂ©diĂ©s Ă  l’augmentation des indemnitĂ©s journaliĂšres maladies liĂ©es au virus ainsi qu’à la crĂ©ation de nouvelles indemnitĂ©s journaliĂšres pendant le confinement.

Par ailleurs, plusieurs dispositifs d’urgence ont Ă©tĂ© mis en Ɠuvre en soutien des entreprises du fait de la crise :

– l’adaptation de l’activitĂ© partielle garantissant le maintien de 84 % du salaire net (100 % au niveau du SMIC) a contribuĂ© Ă  soutenir les entreprises dont l’activitĂ© a cessĂ© ou fortement ralenti. Au mois de mars 2020, les salaires de 7,2 millions de salariĂ©s ont ainsi Ă©tĂ© assurĂ©s par l’Etat, pleinement mobilisĂ© pour protĂ©ger l’emploi et les compĂ©tences des salariĂ©s ;

– le report automatique ou l’exonĂ©ration des cotisations sociales patronales dues au titre des mois d’interruption d’activitĂ©, pour les employeurs et travailleurs indĂ©pendants ;

– le recours Ă  des plans d’apurement des Ă©chĂ©ances reportĂ©es, pouvant aller jusqu’à trois ans sans pĂ©nalitĂ©s.

Cette crise est exceptionnelle et elle a provoquĂ©, du fait de l’arrĂȘt de l’activitĂ© Ă©conomique que nous avons collectivement acceptĂ© pendant deux mois, une perte de recettes exceptionnelle. La contraction de la masse salariale, estimĂ©e d’abord Ă  7,6 % au printemps a Ă©tĂ© réévaluĂ© Ă  6,9 % dans le PLFSS pour 2021, du fait d’une reprise d’activitĂ© meilleure que prĂ©vue, comme l’a notĂ© l’INSEE dans sa note de conjoncture du 17 juin 2020 :

« la reprise Ă©conomique est donc trĂšs nette depuis la mi-mai, aprĂšs un mois d’avril qui restera sans doute dans les annales comme l’un des pires mois qu’ait connu l’économie française en temps de paix. Cette reprise est favorisĂ©e par les divers dispositifs (chĂŽmage partiel, fonds de solidaritĂ© pour les TPE, indĂ©pendants et micro-entrepreneurs, etc.) mis en place pour aider les mĂ©nages et les entreprises Ă  traverser la pĂ©riode de confinement : une Ă©conomie placĂ©e « sous anesthĂ©sie », comme nous l’avions dĂ©crite en avril, c’est une Ă©conomie certes mise provisoirement en sommeil, mais dans des conditions qui rendent un redĂ©marrage possible. »

En juin 2020, la CCSS envisageait un dĂ©ficit de 52 milliards d’euros pour le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et le FSV ([19]). La diffĂ©rence avec la rĂ©vision du dĂ©ficit Ă  44,4 milliards d’euros s’explique de la maniĂšre suivante :

– 22,9 milliards d’euros de recettes supplĂ©mentaires, par l’anticipation au 31 juillet 2020 du versement intĂ©gral Ă  la CNAV de la soulte du rĂ©gime spĂ©cial des industries Ă©lectriques et gaziĂšres (IEG), gĂ©rĂ© depuis 2005 par le fonds de rĂ©serve pour les retraites (FRR), alors qu’il devait intervenir en plusieurs Ă©tapes ([20]) ;

– 20,2 milliards d’euros de surcroĂźt de recettes, dont 3,4 milliards d’euros via la moindre contraction de la masse salariale (avec des effets induits sur le volume des allĂšgements gĂ©nĂ©raux de cotisations), 3,5 milliards d’euros de meilleures recettes fiscales affectĂ©es, 2,6 milliards d’euros de rĂ©duction de la provision sinistralitĂ© (restes à recouvrer), 400 millions d’euros d’ajustement des flux entre l’ACOSS et l’assurance chĂŽmage, ainsi qu’avec l’Association gĂ©nĂ©rale des institutions de retraite complĂ©mentaire des cadres et l’Association pour le rĂ©gime de retraite complĂ©mentaire des salariĂ©s (AGIRC-ARRCO), 200 millions d’euros tirĂ©s de la CSG, mĂȘme si les ressources assises sur la rĂ©munĂ©ration des travailleurs indĂ©pendants devraient se dĂ©grader de 5,7 milliards d’euros ;

– 8,78 milliards d’euros, de moindres dĂ©penses par le solde des surcroĂźts de dĂ©penses (branche maladie et prorogation de droits divers) et des Ă©conomies (soins de ville).

En synthĂšse, et mĂȘme si tous les acteurs s’accordent Ă  dire qu’il est trĂšs compliquĂ© de faire une prĂ©vision stable pour la fin de l’annĂ©e du fait du contexte sanitaire, il apparaĂźt clairement que le rebond Ă©conomique de l’étĂ© a eu un effet immĂ©diat et positif sur les recettes de la sĂ©curitĂ© sociale.

GrĂące Ă  une meilleure collecte des cotisations et une volontĂ© marquĂ©e des employeurs de s’acquitter de leur dette sociale, les trĂ©soreries des diffĂ©rents rĂ©gimes sortiront moins mal qu’initialement prĂ©vu de cette pĂ©riode si difficile.

Cette analyse du 3Ăšme trimestre 2020 nous rassure sur le fait que la France a une formidable capacitĂ© de rebond et que le plan de relance mis en Ɠuvre par le gouvernement est une rĂ©ponse Ă©conomique pertinente pour rĂ©tablir les comptes sociaux et les remettre sur le chemin de l’équilibre budgĂ©taire.

3.   Le solde rectifié pour les régimes obligatoires de base en 2020

Aux termes du mĂȘme article 7, pour les ROBSS, le dĂ©ficit serait de 42,9 milliards d’euros en 2020, et de 46,1 milliards d’euros avec le FSV.

SOlde des branches des ROBSS et du fSV en 2020

(en milliards d’euros)

 

LFSS
pour 2019

LFSS
pour 2020

PLFSS
pour 2021

Maladie

0,0

– 3,4

– 29,8

Accidents du travail et maladies pro.

0,9

1,4

– 0,2

Vieillesse

0,5

– 3,2

– 9,6

Famille

0,0

0,7

– 3,3

Régimes obligatoires de base

1,3

– 4,5

– 42,9

ROBSS + FSV

0,4

– 5,9

– 46,1

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

 


—  1  —

4.   Un effet ciseau entre les recettes et les dépenses

AprĂšs une progression de 2,0 % entre 2019 et 2018, la LFSS pour 2020 prĂ©voyait que les recettes du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et du FSV croissent de 2,3 % en 2020. Compte tenu de la crise, le PLFSS pour 2021 envisage un recul de 5,0 % : les ressources n’atteindraient que 382,3 milliards d’euros pour l’annĂ©e en cours.

Pour leur part, les dĂ©penses du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et du FSV, qui avaient crĂ» de 2,2 % en 2019, progressent de 5,5 % en 2020 (au lieu de 2,4 %, comme le prĂ©voyait la LSS pour 2020). Elles s’élĂšveraient Ă  426,6 milliards d’euros.

Recettes et dÉpenses des branches du RG, des ROBSS et du FSV en 2020

(en milliards d’euros)

 

PLFSS pour 2021 (prévision)

 

Recettes

Dépenses

Solde

Maladie

204,8

234,6

– 29,8

Accidents du travail et maladies pro.

12,1

12,4

– 0,3

Vieillesse

132,7

140,6

– 7,8

Famille

47,1

50,4

– 3,3

Régime général

383,7

424,9

– 41,2

Fonds de solidarité vieillesse

16,5

19,7

– 3,2

RG + FSV

382,3

426,6

– 44,4

Régimes obligatoires de base

490,8

533,7

– 42,9

ROBSS + RSV

488,1

534,2

– 46,1

 

 

LFSS pour 2020 (rappel)

 

Recettes

Dépenses

Solde

RG + FSV

409,6

415,1

– 5,4

ROBSS + FSV

516,1

522,1

– 5,9

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2020 et 2021.

La diffĂ©rence entre le dĂ©ficit de 44,4 milliards d’euros et l’ancienne prĂ©vision de dĂ©ficit de 5,4 milliards d’euros se lit comme suit :

– le recul de 6,9 % de la masse salariale gĂ©nĂ©rerait une perte de recettes à hauteur de 21,7 milliards d’euros, y compris du fait de la progression des revenus de remplacement, via le financement exceptionnel de l’activitĂ© partielle ou la simplification de l’attribution d’indemnitĂ©s journaliĂšres (IJ) d’isolement ([21]) ;

– le rendement des prĂ©lĂšvements sur d’autres assiettes que les revenus d’activitĂ© et de remplacement se rĂ©duirait de 6,3 milliards d’euros, avec une contraction de 8,4 % pour le produit de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e (TVA), de 7,7 % pour la taxation du capital et de 3,3 % pour la taxe sur les salaires (TS) ;

– les restes Ă  recouvrer se dĂ©prĂ©cieraient de 3,1 milliards d’euros ;

– les dĂ©penses progresseraient de 11,5 milliards d’euros ;

– les mesures nouvelles en recettes des derniers textes budgĂ©taires auraient un effet quasiment neutre, car l’augmentation de certains prĂ©lĂšvements (droits sur les tabacs, rĂ©duction de niches, etc.) serait compensĂ©e par d’autres allĂšgements, ainsi que l’illustre le tableau ci-dessous ([22]).

Effet des mesures nouvelles en recettes sur le RG et le FSV en 2020

(en milliards d’euros)

Source : Cour des comptes.

Il convient en outre de noter que les allĂšgements discrĂ©tionnaires de la troisiĂšme LFR pour 2020 sont sans effet sur le solde des ASSO, dans la mesure oĂč elles sont intĂ©gralement compensĂ©es par l’État (cf. infra).

C.   Des orientations cohÉrentes pour 2021 et au-delÀ

Le retour de la croissance (1) permet d’anticiper une amĂ©lioration franche de la situation du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral (2) et des rĂ©gimes obligatoires de base (3) en 2021, puis un scĂ©nario de rĂ©tablissement modĂ©rĂ© mais constant (4).

1.   Un rebond de l’activitĂ© au-delĂ  des attentes, mais affectĂ© d’incertitudes

Selon le Gouvernement, l’activitĂ© s’établirait en 2021 Ă  2,7 % en-dessous de son niveau de 2019 ([23]) et un rebond assez rapide en 2021 mettrait l’économie sur une trajectoire de retour dĂšs 2022 de l’activitĂ© Ă  son niveau de 2019. L’exĂ©cutif estime que le plan de relance aura un impact positif sur la croissance Ă  hauteur de 1,1 point de PIB en 2021 et de 4,1 points de PIB d’ici à 2025, sans compter les effets d’entraĂźnement des plans de relance europĂ©ens.

Variation des Principales hypothÈses macroÉconomiques pour 2019 À 2025

(en pourcentage ; sauf mention contraire)

 

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Croissance du PIB

1er trimestre 2020

2Ăšme trimestre 2020

+ 1,5

 

 

– 10,0

– 5,9

– 13,8

+ 8,0

 

 

+ 3,5

 

 

+ 2,0

 

 

+ 1,4

 

 

+1,4

 

 

Croissance potentielle

+ 1,25

– 0,3

+ 0,6

1,35

1,35

1,35

1,35

Inflation

+ 1,1

+ 0,5

+ 0,7

+ 1,0

+ 1,4

+ 1,75

+ 1,75

Solde commercial

Exportations

Importations

– 59 Md€

+ 1,8

+ 2,6

– 80 Md€

– 18,5

– 11,5

– 68 Md€

+ 6,5

+ 12,6

 

Demande intérieure

Invest. des ménages

Conso. des ménages

Pouvoir d’achat

Invest. des entreprises

Investissement public

 

+ 1,8

+ 1,5

+ 2,1

+ 3,7

+ 8,1

 

– 14,6

– 8,0

– 0,5

– 17,0

– 3,7

 

+ 12,5

+ 6,2

+ 1,5

+ 17,2

+ 12,1

Taux d’épargne

Ménages

Entreprises

 

15,0

23,2

 

21,4

19,8

 

17,7

23,1

Taux de marge

33,2

29,0

32,5

Masse salariale

+ 3,5

– 6,9

+ 6,5

+ 4,7

+ 3,7

+ 3,4

+ 3,4

Emploi (en milliers)

+ 335

– 920

+ 435

 

Salaire moyen par tĂȘte

+ 1,9

– 5,7

+ 7,3

Source : rapport sur la situation et les perspectives économiques, sociales et financiÚres de la Nation pour 2021 ([24]).

Toutefois, le HCFP juge « volontariste » cette hypothĂšse d’une croissance de 8 % en 2021. En effet, la reprise ne serait que partielle ([25]) et les indices de production industrielle resteraient, dans les principaux pays de l’OCDE, nettement en deçà de leur niveau d’avant-crise. MalgrĂ© un Ă©tĂ© 2020 dynamique sur le plan de la consommation, l’excĂšs d’épargne constituĂ© pendant le confinement pourrait ne commencer Ă  ĂȘtre libĂ©rĂ© que plus tard qu’escomptĂ©, par prĂ©caution.

Les effectifs salariĂ©s se contracteraient de 0,8 % en 2021, tandis que le salaire moyen par tĂȘte regagnerait 7,3 %. Il convient de rappeler que la variation de la masse salariale Ă  hauteur d’un point gĂ©nĂšre un effet conventionnel de 2 milliards d’euros sur les recettes du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral.

De plus, le HCFP estime que « la contribution des Ă©changes extĂ©rieurs à la croissance pourrait ĂȘtre lĂ©gĂšrement infĂ©rieure Ă  ce que prĂ©voit le Gouvernement en 2021 » et que la prĂ©vision relative Ă  l’investissement des entreprises est « un peu trop Ă©levĂ©e », en raison de la hausse de leur endettement et de la contraction de leurs dĂ©bouchĂ©s.

Pour les exercices 2022 à 2025, la croissance et la masse salariale continueraient à suivre un sentier dynamique, favorable aux recettes de la sécurité sociale, avec une normalisation progressive passés les premiers rattrapages.

Le plan de relance, un accélérateur
pour le retour Ă  l’équilibre des comptes sociaux

Alors que les crĂ©dits d’intervention adoptĂ©s dans les trois premiĂšres LFR pour 2019 avaient Ă©tĂ© inscrits sur la mission Plan d’urgence face Ă  la crise sanitaire (fonds de solidaritĂ©, activitĂ© partielle, etc.), les mesures destinĂ©es Ă  favoriser l’accĂ©lĂ©ration de la reprise et la transformation du pays Ă  horizon 2030 sont regroupĂ©es dans la mission Plan de relance du PLF pour 2021, accompagnĂ©es de baisses des prĂ©lĂšvements obligatoires et de dispositifs confiĂ©s Ă  la Caisse des dĂ©pĂŽts et consingtions (CDC).

DĂ©caissable en deux ans, le plan de relance a pour objectif une relance rapide de la demande par l’investissement public et un soutien Ă  la conversion de l’économie française vers une Ă©conomie dĂ©carbonĂ©e, compĂ©titive et souveraine.

À l’image de l’investissement pour la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique des bĂątiments publics et privĂ©s, le plan de relance permettra de soutenir la crĂ©ation d’emplois locaux et non dĂ©localisables, mais aussi la relocalisation de productions industrielles aujourd’hui dĂ©localisĂ©es.

Ce plan de 100 milliards d’euros au total, rĂ©partis entre 30 milliards d’euros pour la transition Ă©cologique, 34 milliards d’euros pour la compĂ©titivitĂ© et 36 milliards d’euros pour la cohĂ©sion sociale, devrait selon le RESF prĂ©citĂ© avoir un effet de 1,1 point sur la croissance du PIB en 2021, et de 4,1 points entre 2020 et 2025, ce qui sera favorable aux recettes de la sĂ©curitĂ© sociale, majoritairement assises sur l’activitĂ©.

Parmi les principales décisions ayant un impact sur les comptes sociaux, on peut noter :

– l’activitĂ© partielle de longue durĂ©e qui permettra Ă  des entreprises de secteurs en trĂšs grande difficultĂ© de conserver leurs salariĂ©s et leurs compĂ©tences ;

– l’exonĂ©ration de charges des secteurs de l’hotellerie, cafĂ©, restaurant, culture, sport et évĂ©nementiel fortement touchĂ©s durant le confinement et de nouveau touchĂ©s en cette fin d’annĂ©e ;

– l’étalement jusqu’à 36 mois du remboursement des sommes prĂ©cĂ©demment reportĂ©es et une aide au paiement des cotisations de 20 % de la masse salariale permettant un allĂšgement des cotisations de certaines entreprises en difficultĂ©s ;

– l’investissement dans la relocalisation de secteurs industriels dans des secteurs stratĂ©giques tels que la 5G, l’industrie agroalimentaire, la santĂ© ou encore l’électronique, qui relocalisera des emplois ;

– le plan de rĂ©novation thermique des batiments qui gĂ©nĂšrera de nombreux emplois non dĂ©localisables.

Il faut relever qu’à l’occasion de ce PLFSS pour 2021, l’intĂ©gralitĂ© des mesures d’exonĂ©ration et de report de charges, qu’elles soient exceptionnelles ou plus pĂ©rennes (TO-DE) et les aides au paiement des cotisations, seront intĂ©gralement compensĂ©es par l’État. Ces dispositifs permettront, par leur dĂ©ploiement rapide, de relancer l’activitĂ© de nos entreprises et par lĂ  mĂȘme de rĂ©tablir progressivement l’équilibre des comptes de la sĂ©curitĂ© sociale.

 

 

2.   Le solde prévisionnel pour le régime général en 2021

L’article 21 du PLFSS revoit Ă  la baisse les perspectives d’équilibre de l’exercice 2021 par rapport aux deux LFSS prĂ©cĂ©dentes : le dĂ©ficit de l’annĂ©e à venir devrait atteindre 24,7 milliards d’euros pour le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, et mĂȘme 27,1 milliards d’euros en intĂ©grant les comptes du FSV.

SOlde des branches du RG et du FSV en 2021

(en milliards d’euros)

 

LFSS pour 2019

LFSS pour 2020

PLFSS pour 2021

Maladie

0,0

– 2,0

– 19,0

Accidents du travail et maladies pro.

0,9

1,4

0,5

Vieillesse

0,3

– 3,9

– 7,3

Famille

0,0

0,9

1,1

Autonomie

s. o.

0,0

Régime général

1,1

– 3,6

– 24,7

Fonds de solidarité vieillesse

– 0,5

– 1,0

– 2,4

RG + FSV

0,6

– 4,6

– 27,1

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

Les branches maladie et vieillesse et le FSV continueraient à accuser, en 2021, un déficit conséquent, tandis que les autres seraient en situation favorable.

3.   Le solde prévisionnel pour les régimes obligatoires de base en 2021

L’article 20 du PLFSS envisage que les quatre branches des ROBSS enregistreront en 2021 un dĂ©ficit de 23,9 milliards d’euros, portĂ© Ă  26,4 milliards d’euros en y agrĂ©geant le rĂ©sultat du FSV.

SOlde des branches du ROBSS et du FSV en 2021

(en milliards d’euros)

 

LFSS
pour 2019

LFSS
pour 2020

PLFSS
pour 2021

Maladie

0,0

– 3,4

– 19,0

Accidents du travail et maladies pro.

0,9

1,4

0,6

Vieillesse

– 0,3

– 3,2

– 6,6

Famille

0,0

0,7

1,1

Autonomie

s. o.

0,0

Régimes obligatoires de base

0,5

– 4,5

– 23,9

Fonds de solidarité vieillesse

– 0,5

– 1,0

– 2,4

ROBSS + FSV

0,0

– 5,1

– 26,4

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2019, 2020 et 2021.

4.   Le rebond des recettes et la maĂźtrise des dĂ©penses : l’amorce d’un rĂ©tablissement progressif dans les annĂ©es Ă  venir

Par rapport Ă  2020, les recettes du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et du FSV progresseraient en 2021 plus vite que ses dĂ©penses, avec une hausse respective de 8,7 % et 3,7 %. Le retour Ă  l’équilibre, quoique lointain, s’engagerait donc.

 

Recettes et dÉpenses des branches du RG, des ROBSS et du FSV en 2021

(en milliards d’euros)

 

PLFSS pour 2021 (prévision)

 

Recettes

Dépenses

Solde

Maladie

197,9

216,9

– 19,0

Accidents du travail et maladies pro.

13,2

12,7

0,5

Vieillesse

137,4

144,7

– 7,3

Famille

50,4

49,3

1,1

Autonomie

31,2

31,2

0,0

Régime général

416,2

440,9

– 24,7

Fonds de solidarité vieillesse

16,7

19,2

– 2,4

Régimes obligatoires de base

526,9

550,8

– 23,9

RG + FSV

415,4

442,5

– 27,1

ROBSS + FSV

525,0

551,3

– 26,4

 

 

LFSS pour 2020 (rappel)

 

Recettes

Dépenses

Solde

RG + FSV

420,1

424,7

– 4,6

ROBSS + FSV

528,4

533,5

– 5,1

Source : commission des finances d’aprùs les annexes B des PLFSS pour 2020 et 2021.

Cette tendance favorable se confirmerait d’ici 2024 avec des recettes et des dĂ©penses qui croĂźtraient respectivement de 2,5 % et 1,7 % en 2022, 3,1 % et 2,4 % en 2023 et 3,3 % et 2,6 % en 2024, toujours pour le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et le FSV. Le Gouvernement n’a pas publiĂ© de simulations au-delĂ  de 2024.

Solde prÉvisionnel des branches du RG, des ROBSS et du FSV pour 2022 À 2024

(en milliards d’euros)

 

2022

2023

2024

Maladie

– 17,9

– 17,3

– 17,1

Accidents du travail et maladies pro.

1,1

1,4

1,7

Vieillesse

1,6

2,6

3,4

Famille

– 7,3

– 7,8

– 9,3

Autonomie

– 0,3

– 0,2

2,3

Régime général

– 22,9

– 21,3

– 18,9

Fonds de solidarité vieillesse

– 1,7

– 1,2

– 0,8

Régimes obligatoires de base

– 23,0

– 22,2

– 20,4

RG + FSV

– 24,5

– 22,5

– 19,7

ROBSS + FSV

– 24,7

– 23,4

– 21,2

Source : commission des finances d’aprùs les annexes des PLFSS pour 2020 et 2021.

La Cour des comptes souligne que « plus encore que durant la dĂ©cennie Ă©coulĂ©e, qui, aprĂšs les dĂ©ficits Ă©levĂ©s consĂ©cutifs Ă  la crise de 2008, a connu un lent redressement des finances sociales, interrompu en 2019, les prochaines annĂ©es seront marquĂ©es par la nĂ©cessitĂ© de replacer la sĂ©curitĂ© sociale sur la voie du dĂ©sendettement et d’un retour durable Ă  l’équilibre financier » ([26]).

D.   La nouvelle trajectoire pour la rÉsorption de la dette

RĂ©partie entre deux compartiments (1), la dette sociale voit ses perspectives d’apurement reportĂ©es de 2024 Ă  2033 (2).

1.   La gestion différenciée du flux et du stock de dette

La rĂ©currence des soldes nĂ©gatifs au cours des diffĂ©rents exercices annuels a entraĂźnĂ© la constitution d’une dette pour l’ensemble des rĂ©gimes de sĂ©curitĂ© sociale. Celle-ci se dĂ©compose entre les dĂ©ficits portĂ©s en trĂ©sorerie (a) et la dette reprise en vue de son amortissement (b).

a.   Les dĂ©ficits accumulĂ©s dans le bilan de l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale

La premiĂšre mission de l’ACOSS est la gestion centralisĂ©e des ressources du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral : l’agence tient la trĂ©sorerie des quatre branches, porte une partie des dĂ©ficits sociaux accumulĂ©s, pilote le rĂ©seau des URSSAF et verse Ă  la CADES les ressources qui lui sont affectĂ©es (cf. infra). L’ACOSS couvre ses besoins de financement par des emprunts auprĂšs de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations (CDC) et des Ă©missions de crĂ©ances Ă  court terme sur les marchĂ©s.

Aux termes de l’article 23 du PLFSS, cette habilitation à recourir Ă  des ressources non-permanentes sera plafonnĂ©e Ă  hauteur de 95 milliards d’euros au cours de l’annĂ©e 2021, soit plus que le double du plafond initial pour 2020.

Plus rĂ©cemment, l’organisme a Ă©tĂ© chargĂ© de participer au financement d’autres structures, dont la caisse centrale de mutualitĂ© sociale agricole (CCMSA), la caisse de prĂ©voyance et de retraite du personnel de la SociĂ©tĂ© nationale des chemins de fer (CPRP-SNCF) et la CNRACL, ou d’opĂ©rer certaines actions de recouvrement pour le compte de l’Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (UnĂ©dic), association paritaire chargĂ©e de l’assurance chĂŽmage.

b.   Les passifs transfĂ©rĂ©s Ă  la Caisse d’amortissement de la dette sociale

Créée en 1996 ([27]) et gĂ©rĂ©e par l’Agence France trĂ©sor (AFT), la caisse doit apurer la dette sociale suivant trois principes : elle bĂ©nĂ©ficie de ressources dĂ©diĂ©es, la durĂ©e d’amortissement est limitĂ©e dans le temps, chaque nouveau transfert de dette doit ĂȘtre accompagnĂ© de recettes suffisantes.

D’abord, lui sont actuellement affectĂ©s :

– l’intĂ©gralitĂ© du produit de la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS), pour un montant estimĂ© Ă  7,3 milliards d’euros en 2020 et 7,8 milliards d’euros en 2020 ([28]) ;

– le produit d’une fraction de 0,6 point de la contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (CSG) sur les revenus d’activitĂ©, de remplacement et du capital, ainsi que le produit d’une fraction de 0,3 point de la CSG sur les jeux, soit 8,2 milliards d’euros en 2020 et 8,9 milliards d’euros en 2021 ([29]) ;

– un versement annuel du fonds de rĂ©serve pour les retraites (FRR) à hauteur de 2,1 milliards d’euros ([30]).

Ensuite, l’ordonnance de 1996 dispose que la CADES disparaĂźtra Ă  la date de l’extinction de ses missions. Initialement fixĂ©e Ă  treize ans et un mois, son existence a Ă©tĂ© prorogĂ©e à plusieurs reprises et, depuis 2012, l’achĂšvement de l’amortissement des reprises Ă©tait projetĂ© en 2024. Il est dĂ©sormais fixĂ© Ă  2033.

Enfin, le lĂ©gislateur organique de 2005 avait, afin de ne pas repousser l’horizon de remboursement, introduit l’exigence que « tout nouveau transfert de dette Ă  la CADES est accompagnĂ© d’une augmentation des recettes de la caisse permettant de ne pas accroĂźtre la durĂ©e d’amortissement de la dette sociale » ([31]). 

Il est toutefois possible de déroger à cette exigence (cf. infra).

Alors que les annĂ©es 2017 et 2018 n’avaient donnĂ© lieu à aucune attribution de passifs supplĂ©mentaires Ă  la CADES, l’article 27 de la LFSS pour 2019 avait prĂ©vu, suivant les hypothĂšses positives retenues lors de sa prĂ©paration, une nouvelle et derniĂšre reprise de dette par la caisse, pour un montant maximum de 15 milliards d’euros d’ici 2024, afin de couvrir les dĂ©ficits des exercices 2014 à 2018 des branches maladie et vieillesse ainsi que du FSV. La CADES devait ainsi se voir affecter une fraction supplĂ©mentaire de CSG : 1,5 milliard d’euros en 2020, puis 3,5 milliards d’euros en 2021 et 5 milliards d’euros en 2022.

NĂ©anmoins, comme la jurisprudence l’exige depuis 2010 ([32]) : « les lois de financement de la sĂ©curitĂ© sociale ne peuvent pas conduire, par un transfert sans compensation au profit de ladite caisse d’amortissement de recettes affectĂ©es aux rĂ©gimes de sĂ©curitĂ© sociale et aux organismes concourant Ă  leur financement, à une dĂ©gradation des conditions gĂ©nĂ©rales de l’équilibre financier de la sĂ©curitĂ© sociale de l’annĂ©e Ă  venir ».

Au regard des mesures votĂ©es Ă  la fin de l’annĂ©e 2019 et de la dĂ©gradation de l’environnement Ă©conomique gĂ©nĂ©ral, cette exigence est apparue difficile Ă  respecter. Par consĂ©quent, l’article 25 de la LFSS pour 2020 avait abrogĂ© le II septies de l’article 4 de l’ordonnance de 1996, prĂ©citĂ©e, créé par l’article 27 de la LFSS pour 2019, afin d’annuler ces transferts de dette.

Chronique des transferts effectifs de dette à la CADES de 1996 À 2020

(en milliards d’euros)

 

RG

État

CANAM

FOREC

CCMSA

Totaux

 

Ordonnance du 24 janvier 1996

20,9

23,4

0,5

-

-

44,7

LFSS pour 1998

13,3

-

-

13,3

LFSS pour 2003

-

1,3

1,3

LFSS pour 2004 et loi du 13 août 2004

35,0

1,1

31,6

Loi du 13 août 2004 (effet en 2005)

6,6

-

6,6

Loi du 13 août 2004 (effet en 2006)

5,7

5,7

Loi du 13 août 2004 (effet en 2007)

− 0,1

− 0,1

LFSS pour 2009

10,0

10,0

LFSS pour 2009 (effet en 2010)

17,0

17,0

LFSS pour 2011 et pour 2012

65,3

2,5

67,8

LFSS pour 2011 (effet en 2012)

6,6

-

6,6

LFSS pour 2011 (effet en 2013)

7,7

7,7

LFSS pour 2011 (effet en 2014)

10,0

10,0

LFSS 2014 (effet en 2015)

10,0

10,0

LFSS pour 2011 (effet en 2016),
pour 2014 (effet en 2016) et pour 2016

23,6

23,6

Total au 31 décembre 2016

231,6

23,4

0,5

2,4

2,5

260,3

 

Loi du 7 août 2020

16,4

-

-

-

3,6

20

Total au 31 décembre 2020

248

23,4

0,5

2,4

6,1

280,3

Source : annexe VIII du PLFSS pour 2021.

2.   Un horizon repoussé en raison de nouveaux transferts

Indispensable afin de soulager la trĂ©sorerie des rĂ©gimes (a), la nouvelle reprise de passifs par la Caisse d’amortissement de la dette sociale rĂ©pond Ă  un cadre constitutionnel prĂ©cis (b) et sera opĂ©rĂ©e en trois Ă©chĂ©ances (c). L’apurement complet de ces passifs est reportĂ© de neuf ans (d).

a.   La préservation des marges de la sécurité sociale face à la crise

Compte tenu du niveau des dĂ©ficits cumulĂ©s en dĂ©but d’exercice 2020, soit 31 milliards d’euros, et de l’importance de la diminution des recettes, il est briĂšvement apparu que la trĂ©sorerie des ASSO ne suffirait pas Ă  honorer le versement des prestations dues au dĂ©but de l’état d’urgence sanitaire.

● Le fait que le besoin de financement de l’ACOSS soit gĂ©rĂ© Ă  court, voire Ă  trĂšs court terme – l’horizon est de cinq Ă  sept jours en pĂ©riode normale –, prĂ©sente des avantages et des inconvĂ©nients.

Certes, la situation est avantageuse en termes de coĂ»t, puisque l’ACOSS empruntait dĂ©but 2020 Ă  un taux moyen de – 0,6 %, tandis que la CADES se voyait appliquer des taux positifs, mais proches de zĂ©ro.

 

 

Mais un renouvellement frĂ©quent des titres, alors que les sommes levĂ©es restent modestes en comparaison avec celles que sollicitent d’autres acteurs institutionnels, expose l’ACOSS Ă  un fort risque de liquiditĂ© en cas de retournement soudain de la pente des taux ou de rupture sur les marchĂ©s ([33]).

Ce dernier alĂ©a, qualifiĂ© d’« exceptionnel » par M. Yann-GaĂ«l Amghar, directeur gĂ©nĂ©ral de l’ACOSS lors de son audition du 25 mai 2020 par Mme Cendra Motin, s’est briĂšvement matĂ©rialisĂ© Ă  la mi-mars, quand les tensions sur les marchĂ©s aprĂšs les toutes premiĂšres orientations de par la Banque centrale europĂ©enne (BCE) – et corrigĂ©es par la suite – ont dissuadĂ©, sinon empĂȘchĂ©, l’ACOSS d’émettre auprĂšs des places financiĂšres pendant prĂšs de deux semaines.

● Trois solutions ont Ă©tĂ© recherchĂ©es face Ă  cette difficultĂ©.

En premier lieu, l’Agence France TrĂ©sor (AFT) est intervenue de maniĂšre temporaire pour aider l’ACOSS Ă  diversifier ses sources de financement, via des concours de la Caisse des dĂ©pĂŽts remontĂ©s Ă  leur maximum prudentiel et la mobilisation du rĂ©seau des spĂ©cialistes en valeur du TrĂ©sor (SVT) – quinze Ă©tablissements bancaires d’envergure internationale qui constituent les « contreparties privilĂ©giĂ©es de l’agence » et « ont la responsabilitĂ© de participer aux adjudications, de placer les valeurs du TrĂ©sor et d’assurer la liquiditĂ© du marchĂ© secondaire » ([34]).

Ce soutien de l’AFT a reprĂ©sentĂ© 9,5 milliards d’euros dans les tout premiers jours d’avril, avant de descendre Ă  6 milliards d’euros et de ne plus ĂȘtre nĂ©cessaire dĂšs le 16 avril. Sans exclure de la solliciter Ă  nouveau, l’ACOSS a indiquĂ© lors de son audition prĂ©citĂ©e que cette option devait demeurer un mĂ©canisme de sauvegarde.

 

Évolution de la structure de financement de l’ACOSS de 2010 À 2020

(en pourcentage)

Source : Agence centrale des organismes de sécurité sociale.

En second lieu, les limites dans lesquelles l’ACOSS est habilitĂ©e à recourir Ă  des ressources non permanentes afin de couvrir les besoins de trĂ©sorerie du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, c’est-Ă -dire à s’endetter, pour moins de douze mois, dans le but de lui accorder des avances, ont Ă©tĂ© rehaussĂ©es.

Initialement fixĂ© Ă  39 milliards d’euros ([35]), le plafond d’emprunt de l’ACOSS a Ă©tĂ© portĂ© Ă  70 milliards d’euros, puis Ă  95 milliards d’euros ([36]).

En troisiĂšme lieu, l’ACOSS a engagĂ© une politique d’allongement de ses Ă©missions, dont la maturitĂ© moyenne est actuellement d’environ un mois, voire supĂ©rieure Ă  six mois pour certains titres.

GrĂące Ă  cette stratĂ©gie, au 22 mai 2020, l’ACOSS affichait un besoin de financement de 51 milliards d’euros, mais Ă©tait parvenue Ă  le combler Ă  hauteur de 135,3 % (soit 69 milliards d’euros).

AprĂšs avoir atteint un nouveau point bas de 60 milliards d’euros à la fin du mois de juin, l’ACOSS devrait avoir stabilisĂ© son besoin de financement autour de 50 milliards d’euros jusqu’à la fin de l’annĂ©e 2020 et ĂȘtre en mesure de le financer à hauteur de 152 % (soit 76 milliards d’euros).

Les reprĂ©sentants de l’ACOSS ont indiquĂ© aux rapporteures pour avis que le taux d’intĂ©rĂȘt moyen des encours du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral en 2020 serait de – 0,47 % sur les marchĂ©s et de – 0,33 % auprĂšs des banques et de la CDC. En 2021, le besoin de financement oscillerait entre 70 et 70 milliards d’euros, avec un plafond d’emprunt maintenu Ă  95 milliards d’euros, comme en 2020.

 

● En outre, une ordonnance a autorisĂ© l’ACOSS à consentir des prĂȘts et avances de trĂ©sorerie aux rĂ©gimes complĂ©mentaires ([37]).

La fĂ©dĂ©ration de l’Association gĂ©nĂ©rale des institutions de retraite complĂ©mentaire des cadres et de l’Association pour le rĂ©gime de retraite complĂ©mentaire des salariĂ©s (AGIRC-ARRCO) a sollicitĂ© un financement Ă  ce titre. La demande, formulĂ©e le 7 mai 2020, portait sur un besoin de 8 milliards d’euros pour les Ă©chĂ©ances de pensions en juin et juillet, reposant sur l’hypothĂšse d’une perception de 50 % des cotisations escomptĂ©es.

Cependant le Gouvernement et le régime complémentaire sont convenus, le 29 mai 2020, de ne pas recourir à cette option.

Il est rapidement apparu que, grĂące Ă  l’absence de rĂ©duction de la valeur de cession thĂ©orique de ses actifs et d’un encaissement de cotisations meilleur qu’escomptĂ© dĂšs le mois d’avril, la crĂ©dibilitĂ© de l’AGIRC-ARRCO auprĂšs des Ă©tablissements de crĂ©dit s’est maintenue Ă  un niveau satisfaisant.

Ces Ă©lĂ©ments ont Ă©tĂ© confirmĂ©s par son directeur : le dĂ©ficit de 10 milliards d’euros envisagĂ© en mai est rĂ©visĂ© Ă  6,5 milliards d’euros en octobre 2020. Il atteindrait 3,6 milliards d’euros en 2021 puis se stabiliserait Ă  2 milliards d’euros grĂące Ă  une meilleure rentrĂ©e des cotisations malgrĂ© les possibilitĂ©s des reports d’échĂ©ances. En revanche, Ă  paramĂštres (valeur du point, etc.) inchangĂ©s, la date thĂ©orique d’épuisement de ses rĂ©serves serait avancĂ©e de 2033 à 2026.

b.   Le cadre constitutionnel

L’adoption d’une loi organique est indispensable afin de repousser le terme d’amortissement prĂ©visionnel de la dette sociale et, par consĂ©quent, la date d’extinction de la CADES ([38]).

FixĂ©e Ă  2009 lors de son institution (cf. supra), la durĂ©e de vie de la CADES a certes dĂ©jĂ  Ă©tĂ© reportĂ©e Ă  plusieurs reprises au moyen de LFSS, qui sont, en dĂ©pit de leur procĂ©dure d’examen spĂ©cifique, de rang ordinaire.

Toutefois, en 2005, le Conseil constitutionnel a confirmĂ© que le nouvel article 4 bis de l’ordonnance n° 96-50 prĂ©citĂ©e, créé par l’article 20 de la loi organique modifiant la loi organique n° 96-646 du 22 juillet 1996 relative aux LFSS (LOFSS) et en vertu duquel « tout nouveau transfert de dette Ă  la CADES est accompagnĂ© d’une augmentation des recettes de la caisse permettant de ne pas accroĂźtre la durĂ©e d’amortissement de la dette sociale », Ă©tait de caractĂšre organique ([39]).

DĂšs lors, seule une loi organique peut comporter des dispositions conduisant Ă  accroĂźtre la durĂ©e d’amortissement de la dette sociale.

Cette jurisprudence a Ă©tĂ© confirmĂ©e en 2010 ([40]) et la loi organique n° 2010‑1380 du 13 novembre 2010 a pu autoriser la LFSS pour 2011 Ă  prĂ©voir, par une dĂ©rogation ad hoc, une nouvelle prolongation de quatre ans de la durĂ©e d’amortissement de la dette reprise par la CADES ([41]).

c.   La reprise de 136 milliards d’euros en plusieurs Ă©tapes

L’article 1er de la loi n° 2020-992 du 7 aoĂ»t 2020 relative Ă  la dette sociale et Ă  l’autonomie rĂ©tablit un II septies Ă  l’article 4 de l’ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale.

Il distingue trois échéances de transfert :

– au plus tard le 30 juin 2021 et dans la limite de 31 milliards d’euros, la CADES devra avoir couvert les besoins de l’ACOSS au 31 dĂ©cembre 2019, soit 31 milliards d’euros, dont la moitiĂ© environ au titre de la branche maladie ;

– à compter de 2021 et dans la limite de 92 milliards d’euros, la CADES devra couvrir les dĂ©ficits cumulĂ©s entre 2020 et 2023 par le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, le FSV et la branche vieillesse du rĂ©gime des non-salariĂ©s agricoles ;

– à compter de 2021, la CADES versera Ă  la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) les « sommes nĂ©cessaires pour assurer la couverture d’une partie, qui ne peut excĂ©der un tiers, des Ă©chĂ©ances des emprunts contractĂ©s par les Ă©tablissements publics de santĂ© au 31 dĂ©cembre 2019 ».

Pour mĂ©moire, le Gouvernement a annoncĂ©, le 20 novembre 2019, une reprise en trois ans d’environ 10 milliards d’euros de la dette des hĂŽpitaux publics, pour soutenir leurs investissements dans le cadre du plan d’urgence pour les hĂŽpitaux. Les rapporteures pour avis saluent cet effort considĂ©rable.

Enfin, cet article dispose que le montant total des versements rĂ©alisĂ©s par la CADES Ă  ces trois titres ne peut excĂ©der 40 milliards d’euros par an.


RÉpartition des nouveaux transferts de dette À la CADES

 

(en milliards d’euros)

 

ÉchĂ©ance

Reprise maximale

DĂ©ficits accumulĂ©s par l’ACOSS au 31 dĂ©cembre 2019

Au plus tard
le 30 juin 2021

31

dont Caisse nationale d’assurance maladie

16,2

dont Fonds de solidarité vieillesse

9,9

dont Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (vieillesse)

3,6

dont Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales

1,2

Déficits de la CNAM, de la CNAV et de la CNAF, du FSV et de la MSA (vieillesse) prévus de 2020 à 2023

À compter
de 2021

92

Tiers des emprunts des établissements hospitaliers

13

Total

2033

136

Source : commission des finances.

Son article 2 supprime, Ă  l’article L. 135-6 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale, le terme de 2024 pour le versement de 2,1 milliards d’euros effectuĂ© chaque annĂ©e par le fonds de rĂ©serve des retraites (FRR) Ă  la CADES.

La dette des établissements hospitaliers

Puisque chaque Ă©tablissement possĂšde son propre bilan, la « dette des hĂŽpitaux » n’existe pas en tant qu’agrĂ©gat, mĂȘme si elle est intĂ©grĂ©e dans le pĂ©rimĂštre des organismes divers d’administration sociale (ODASS) en comptabilitĂ© maastrichtienne.

D’aprĂšs l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), l’encours agrĂ©gĂ© de la dette hospitaliĂšre Ă©tait de 33,1 milliards d’euros en 2017 ([42]). En 2019, la direction de la recherche, des Ă©tudes, de l’évaluation et des statistiques (DREES) chiffrait ces passifs Ă  30,2 milliards d’euros (hors frais financiers, soit prĂšs de 850 millions d’euros) et estimait que prĂšs d’un Ă©tablissement sur deux Ă©tait dĂ©ficitaire.

Selon la Cour des comptes ([43]), le stock de la dette des Ă©tablissements publics de santĂ© est rĂ©parti Ă  85 % auprĂšs de banques, 9 % sous forme de prĂȘts obligataires et 6 % dans le cadre de partenariats public/privĂ© (PPP). AprĂšs un « emballement », soit un triplement entre 2002 et 2012, la dette a connu une « stabilisation » en 2015 avant d’amorcer une « diminution » depuis 2016. Les Ă©tablissements hospitaliers ont toutefois Ă©tĂ© conduits Ă  limiter leurs investissements.

Le mĂ©canisme de la reprise par la CADES s’appuie sur les recommandations des inspections gĂ©nĂ©rales des finances (IGF) et des affaires sociales (IGAS) ([44]).

D’aprĂšs l’ATIH, l’encours agrĂ©gĂ© de la dette hospitaliĂšre Ă©tait de 33,1 milliards d’euros en 2017. En 2019, la direction de la recherche, des Ă©tudes, de l’évaluation et des statistiques (DREES) chiffrait ces passifs Ă  30,2 milliards d’euros (hors frais financiers).

En novembre 2019, le Premier ministre a prĂ©sentĂ© le plan d’urgence pour l’hĂŽpital public. Parmi les mesures annoncĂ©es, il y avait la reprise par l’État de la dette des hĂŽpitaux Ă  hauteur de 10 milliards d’euros sur trois ans, soit prĂšs d’un tiers de l’encours total estimĂ© Ă  33 milliards d’euros d’aprĂšs l’INSEE.

C’est un montant considĂ©rable qui tĂ©moigne de la situation financiĂšre particuliĂšrement fragile des hĂŽpitaux français. D’aprĂšs un rapport de la DREES, prĂšs d'un Ă©tablissement sur deux (48 %) Ă©tait dĂ©ficitaire en 2018.

Résultat, la dette globale a augmenté de 40 % ces dix derniÚres années, obligeant les établissements hospitaliers à limiter leurs investissements.

Cet endettement massif se traduit par des remboursements colossaux. Les intĂ©rĂȘts de la dette de tous les hĂŽpitaux publics reprĂ©sentent prĂšs de 850 millions d’euros chaque annĂ©e. En 2015, 319 Ă©tablissements Ă©taient en situation d’endettement excessif, selon la Cour des comptes.

La promesse est dĂ©sormais concrĂšte, grĂące Ă  une reprise de la dette hospitaliĂšre Ă  hauteur de 13 milliards d’euros.

d.   La cible d’une extinction en 2033

● L’article 1er de la loi organique n° 2020-991 du 7 aoĂ»t 2020 relative à la dette sociale et Ă  l’autonomie dispose que la durĂ©e d’amortissement de la dette sociale ne peut ĂȘtre accrue au-delĂ  du 31 dĂ©cembre 2033. Dans la mesure oĂč le I de l’article 14 de l’ordonnance n° 96-50 prĂ©citĂ©e pose que la CRDS « est due jusqu’à l’extinction des missions » de la CADES, la nouvelle disposition prolonge Ă©galement le prĂ©lĂšvement de cette contribution au-delĂ  de 2024.

L’exposĂ© des motifs de l’article 1er indique que ce transfert « permet Ă  la CADES de bĂ©nĂ©ficier dĂšs aujourd’hui des conditions de financement Ă  long terme », alors que sa prĂ©sence sur les marchĂ©s avait vocation Ă  s’éteindre d’ici Ă  2024. Le recul de son Ă©chĂ©ance d’extinction et le nouvel horizon de durĂ©e d’investissement ont renouvelĂ© l’attractivitĂ© de la CADES sur les marchĂ©s.

● Au cours de son audition, le prĂ©sident de la CADES a indiquĂ© que 20 milliards d’euros de transferts Ă©taient dĂ©jĂ  effectifs et que 13,4 milliards d’euros avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© levĂ©s, correspondant Ă  10 % environ de la reprise :

– le 9 septembre 2020, la caisse a sollicitĂ© 5 milliards d’euros sur le marchĂ© de l’euro et a rĂ©alisĂ© un livre d’or record de 16 milliards d’euros, avec 270 investisseurs, pour un taux de 0,025 % Ă  dix ans et 76 % de titres sociaux ([45]) ;

– le 14 septembre 2020, se plaçant sur le marchĂ© du dollar, la caisse a levĂ© 4 milliards d’euros, Ă©talĂ©s sur cinq ans, empruntant Ă  – 0,427 % et avec une sensibilitĂ© sociale de 18 %, le livre d’or s’établissant Ă  5,4 milliards d’euros ;

– le 29 septembre 2020, de retour sur le marchĂ© de l’euro, la caisse a empruntĂ© 7 milliards d’euros d’une maturitĂ© de 7 ans, pour un taux de – 0,277 % et un livre d’or de 14 milliards d’euros, les 202 investisseurs montrant une appĂ©tence de 66 % pour les titres sociaux.

Les rapporteures pour avis tiennent Ă  signaler leur grande satisfaction quant à l’apport de titres sociaux dans les levĂ©es de fonds opĂ©rĂ©es en septembre 2020 et tiennent Ă  fĂ©liciter M. Jean-Louis Rey, prĂ©sident de la CADES, et ses Ă©quipes de leur cĂ©lĂ©ritĂ© dans la mise en Ɠuvre de ces outils.

ÉchÉancier prÉvisionnel des emprunts de la CADES de 2020 À 2033

(en millions d’euros)

Source : Caisse d’amortissement de la dette sociale.


II.   Les recettes de la sÉcuritÉ sociale : des ajustements volontaristes pour contribuer À la relance

L’amortissement des effets de la crise a Ă©tĂ© facilitĂ© en 2020 par des allĂšgements qui continueront Ă  produire effet en 2021 (A), ainsi que des choix Ă©quilibrĂ©s en fonction de la fragilitĂ© ou de la rĂ©silience respective des assujettis (B).

A.   Les allÈgements de cotisations et contributions

Pour faire face à la crise sanitaire et économique, les pouvoirs publics ont massivement réduit les prélÚvements obligatoires en 2020 (1) et pérennisent en 2021 une mesure spécifique aux exploitants agricoles (2).

1.   Les mesures fortes en réaction à la crise sanitaire en 2020

En 2020, les assurĂ©s ont pu bĂ©nĂ©ficier de reports d’échĂ©ance (1), d’exonĂ©rations (2) et d’aides au paiement (3).

a.   Les facilités de trésorerie

Dans le but de soulager les comptes des entreprises et donc de prĂ©server au maximum les emplois en vue de la relance, des reports ou des dĂ©lais de paiement des cotisations et contributions de sĂ©curitĂ© sociale, sans majoration ni pĂ©nalitĂ©, ont pu ĂȘtre accordĂ©s sur simple demande de la part des entreprises, ou de maniĂšre automatique pour les travailleurs non-salariĂ©s (TNS) ([46]). L’obligation de demande a Ă©tĂ© rĂ©tablie, selon les cas, en juin ou juillet 2020.

À la date de remise du prĂ©sent avis, le coĂ»t de ces reports est estimĂ© à 25 milliards d’euros.

Montant des cotisations sociales reportÉes en 2020

(en milliards d’euros)

Source : commission des finances d’aprĂšs les donnĂ©es du comitĂ© instituĂ© par le IX de l’article 6 de la loi n° 2020-289 du 23 mars 2020 de finances rectificative pour 2020.

À ce stade, deux remarques s’imposent :

– d’une part, le montant reportĂ© correspond Ă  une fraction de moins en moins importante des sommes dues au fur et Ă  mesure, avec par exemple 14,2 milliards d’euros reportĂ©s sur 38 milliards d’euros appelĂ©s Ă  la mi-avril, mais seulement 25 milliards d’euros sur 166,7 milliards d’euros Ă  la mi-septembre ;

– d’autre part, il est encore malaisĂ©, d’anticiper dans quelle mesure ces cotisations seront encaissĂ©es avant la fin du plan d’apurement, avec retard, ou combien feront l’objet d’un dĂ©faut de paiement au final.

Par ailleurs, le 13 mars 2020, a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e la suspension des actions de relance amiable, de recouvrement amiable et de recouvrement forcĂ© aprĂšs mise en demeure, y compris pour les crĂ©ances antĂ©rieures, ainsi que l’octroi de dĂ©lais en matiĂšre de contrĂŽle et de contentieux ([47]).

b.   Les exonérations, réductions et aides au paiement

● Le rĂ©gime de l’activitĂ© partielle a Ă©tĂ© adaptĂ© en mars 2020 afin que les salariĂ©s puissent ĂȘtre placĂ©s dans cette position – du fait soit de la fermeture temporaire de leur Ă©tablissement, soit de la rĂ©duction de l’horaire de travail pratiquĂ© dans leur Ă©tablissement, soit, depuis le 1er mai 2020, en cas de vulnĂ©rabilitĂ© ou de l’impossibilitĂ© d’envoyer leurs enfants Ă  l’école ([48]) – en ayant une perte de salaire minime, voire nulle.

L’entreprise verse une indemnitĂ© horaire aux salariĂ©s, au moins Ă©gale à 70 % de leur salaire brut horaire soit environ 84 % du salaire net horaire (100 % pour un SMIC). Cette indemnitĂ© est exonĂ©rĂ©e de cotisations, mais assujettie (sur une assiette abattue de 1,75 %) Ă  la contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (CSG), au taux de 6,2 %, ainsi qu’à la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS), au taux de 0,5 %.

L’assiette exonĂ©rĂ©e a Ă©tĂ© Ă©largie Ă  l’occasion de la crise du covid-19 :

– le plafond de salaire donnant lieu Ă  allocation a Ă©tĂ© portĂ© de 1 Ă  4,5 SMIC, faisant passer la prise en charge publique moyenne Ă  13,90 euros par heure (dont 9,30 euros par l’État et 4,60 euros par l’UNÉDIC) ;

– le dispositif a Ă©tĂ© rendu accessible aux assistants maternels et employĂ©s à domicile, ainsi qu’à de nombreuses catĂ©gories de salariĂ©s habituellement exclus du dispositif, comme les voyageurs, reprĂ©sentants et placiers (VRP) ou salariĂ©s disposant d’un forfait jours ;

– le plafond des 1 000 heures par salariĂ© et par an a Ă©tĂ© supprimĂ© au profit d’une prise en charge de l’intĂ©gralitĂ© des heures chĂŽmĂ©es Ă  ce titre depuis le 1er mars 2020.

Les sommes versées par les employeurs au-delà de ce qui leur est remboursé ont temporairement été exonérées à 100 % ([49]) dans la limite de 4,5 fois le salaire minimum (SMIC).

● Les aides versĂ©es aux entreprises par le fonds de solidarité ([50]) – dont les versements s’établissent Ă  6,1 milliards d’euros courant octobre 2020 ([51]) – sont exonĂ©rĂ©es de l’impĂŽt sur le revenu (IR) et sur les sociĂ©tĂ©s (IS) ainsi que de l’ensemble des prĂ©lĂšvements sociaux ([52]).

● Il en va de mĂȘme pour les primes attribuĂ©es aux agents publics particuliĂšrement mobilisĂ©s ([53]) : personnels des hĂŽpitaux et des Ă©tablissements d’hĂ©bergement pour personnes ĂągĂ©es dĂ©pendantes (EHPAD) et certains fonctionnaires et militaires, notamment dans les forces de sĂ©curitĂ©.

En revanche, le report (du 30 juin au 31 aoĂ»t) de la date limite de versement de la prime dĂ©socialisĂ©e dite Macron et la suppression de la condition de signature d’un accord d’intĂ©ressement ([54]) est neutre pour les comptes publics :

– d’une part, la prime n’aurait pas Ă©tĂ© versĂ©e si elle n’avait pas Ă©tĂ© prolongĂ©e et assouplie ;

– d’autre part, elle ne peut pas ĂȘtre utilisĂ©e par l’employeur pour verser le mĂȘme net Ă  ses collaborateurs en rĂ©duisant le brut ([55]).

● Le plafond de rĂ©munĂ©ration des heures supplĂ©mentaires exonĂ©rĂ©es de prĂ©lĂšvements sociaux a Ă©tĂ© rehaussĂ© de 5 000 à 7 000 euros ([56]).

● Les indĂ©pendants se sont vus appliquer d’office une rĂ©duction de 50 % du montant de revenu sur la base duquel sont calculĂ©es leurs cotisations provisionnelles exigibles en 2021 et qui demeure rĂ©gularisable.

Cette mesure devrait, d’aprùs la Cour des comptes, avoir un effet report de 7,1 milliards d’euros.

 

● L’article 65 de la troisiĂšme LFR pour 2020 a instaurĂ© trois mesures :

– une exonĂ©ration des cotisations patronales pour les entreprises de moins de 250 salariĂ©s relevant du tourisme, de l’hĂŽtellerie, de la restauration, du sport, de la culture, de l’aĂ©rien et de l’évĂ©nementiel, ainsi que des secteurs liĂ©s (pĂ©riodes d’emploi de fĂ©vrier Ă  mai 2020) et pour les entreprises de moins de 10 salariĂ©s relevant d’autres secteurs mais ayant subi une interdiction d’accueillir du public en raison de la crise sanitaire (pĂ©riodes d’emploi de fĂ©vrier Ă  avril 2020) ;

– une aide au paiement pour les entreprises Ă©ligibles aux exonĂ©rations prĂ©citĂ©es, prenant la forme d’un crĂ©dit de cotisations sociales Ă©gal Ă  20 % des revenus pris en compte pour la dĂ©termination de l’assiette des cotisations des mĂȘmes pĂ©riodes d’emploi que les exonĂ©rations, mobilisable pour le paiement des prĂ©lĂšvements sociaux exigibles au titre de 2020 ;

– une rĂ©duction forfaitaire de cotisations sociales dues par les travailleurs indĂ©pendants de certains secteurs ([57]), pour un montant annuel de 1 800 ou 2 400 euros, et les artistes-auteurs, pour 500 Ă  2 000 euros en fonction du revenu artistique dĂ©clarĂ© au titre de 2019.

Ces trois derniers dispositifs sont financiĂšrement neutres pour la sĂ©curitĂ© sociale, les 3,9 milliards d’euros de manque Ă  gagner Ă©tant intĂ©gralement compensĂ©s par l’État, en application de la loi dite Veil (cf. infra) par l’ouverture de crĂ©dits sur la mission Plan d’urgence.

L’article 6 du PLFSS met en Ɠuvre cette compensation. Les crĂ©dits budgĂ©taires dĂ©diĂ©s seront intĂ©gralement versĂ©s Ă  l’ACOSS et Ă  la CCMSA, qui se voient confier la mission de reverser les sommes escomptĂ©es aux branches et autres affectataires (par exemple, le fonds national d’aide au logement).

L’étude d’impact prĂ©cise que « les montants [
], qui ne sont pas minorĂ©s de l’aide au paiement, seront retracĂ©s en produits de cotisations sociales comme s’ils avaient Ă©tĂ© effectivement encaissĂ©s directement auprĂšs des cotisants ».

2.   La reconduction d’un dispositif utile aux agriculteurs en 2021 et 2022

L’article 13 du PLFSS maintient le dispositif d’exonĂ©ration de la part patronale des cotisations sociales pour l’embauche de travailleurs occasionnels et de demandeurs d’emploi (TO-DE) jusqu’à fin 2022.

Cet allĂšgement prĂ©vu Ă  l’article L. 741-16 du code rural et de la pĂȘche maritime est limitĂ© Ă  119 jours ouvrĂ©s par an et par salarié : 73 000 entreprises de la production y ont recours en moyenne, soit prĂšs de la moitiĂ© d’entre elles, ce qui correspond Ă  900 000 contrats et une masse salariale de 1,7 milliard d’euros.

En raison de la transformation du crĂ©dit d’impĂŽt pour la compĂ©titivitĂ© et l’emploi (CICE) en allĂ©gement pĂ©renne de cotisations sociales (de 6 points jusqu’à 2,5 SMIC) et de l’augmentation des allĂ©gements gĂ©nĂ©raux sur les bas salaires (de 4 points au niveau du SMIC), l’article 8 du PLFSS pour 2019 prĂ©voyait la suppression du TO-DE Ă  compter du 1er janvier 2019.

Cependant, les dĂ©bats parlementaires avaient conduit au maintien du TO–DE jusqu’à fin 2020, dans une version transformĂ©e : au lieu d’une exonĂ©ration totale jusqu’à 1,25 SMIC puis dĂ©gressive jusqu’à s’annuler Ă  1,5 SMIC, l’allĂ©gement est dĂ©sormais entier jusqu’à 1,2 SMIC et dĂ©croĂźt jusqu’à 1,6 SMIC.

Dans le contexte actuel, la viticulture, l’arboriculture et le maraĂźchage ont Ă©tĂ© particuliĂšrement affectĂ©es, du fait de la survenue du pic de l’épidĂ©mie Ă  un moment crucial du cycle de rĂ©coltes et de la restriction des dĂ©placements.

La nouvelle formule du TO-DE, reconduite, réduit la perte de recettes de la sécurité sociale à hauteur de 13 % par rapport au dispositif antérieur à 2019 :

– jusqu’à 2020, elle Ă©tait compensĂ©e par des crĂ©dits inscrits sur la mission Agriculture, alimentation, forĂȘt et affaires rurales du budget gĂ©nĂ©ral de l’État ;

– le II de l’article 30 du PLF pour 2021 prĂ©voit dĂ©sormais l’affectation de 389 millions d’euros de TVA Ă  la MutualitĂ© sociale agricole (MSA).

La Mutualité sociale agricole

Avec 5,6 millions d’affiliĂ©s, la MSA constitue le deuxiĂšme rĂ©gime de sĂ©curitĂ© sociale aprĂšs le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral : elle couvre Ă  la fois les non-salariĂ©s (exploitants) et salariĂ©s agricoles, mais aussi ceux des coopĂ©ratives agricoles, du CrĂ©dit agricole, de Groupama, des lycĂ©es privĂ©s agricole et des chambres d’agriculture. d’agriculture. Cependant, on observe une baisse du nombre d’affiliĂ©s.

La caisse centrale de la MSA représente le régime agricole auprÚs des pouvoirs publics ; elle est une force de proposition pour une politique sociale adaptée aux besoins de la population agricole et plus largement du monde rural. Elle initie et définit les voies de développement de la MSA en renforçant et en valorisant ses atouts et ses particularités. Elle détermine les relations partenariales à mettre en place pour l'amélioration du service rendu à ses ressortissants et plus largement à la population rurale.

Depuis prĂšs de 70 ans, les 35 caisses locales MSA emploient 15 300 collaborateurs qui s’occupent de la protection sociale des agriculteurs et des personnes travaillant dans le monde agricole ainsi que de leurs familles. La MSA gĂšre toutes les prestations familiales, les prestations santĂ©, la retraite, avec l’originalitĂ© de servir de guichet unique pour tous les risques sociaux. Elle a servi 28,3 milliards d’euros de prestations de toute nature en 2018 (missions dans le domaine de la protection sociale, complĂ©mentaires santĂ© et prĂ©voyance, services Ă  la personne, en renforçant et dĂ©veloppant la prĂ©vention santĂ© et l’action sanitaire et sociale, etc.) ; ses charges de sĂ©curitĂ© sociale devraient s’élever à 12,1 milliards d’euros en 2019, 12,5 milliards d’euros en 2020 et 12,7 milliards d’euros en 2021.

En 2018, ses prĂ©lĂšvements se sont Ă©levĂ©s Ă  16,3 milliards d’euros, ce que la Cour qualifie de « point noir », notamment à cause de forts taux de restes à recouvrer. Ses recettes au titre de la sĂ©curitĂ© sociale sont estimĂ©es Ă  10,5 milliards d’euros en 2019, 10,1 milliards d’euros en 2020 et 10,1 milliards d’euros en 2021.

La suspension des cotisations sociales, en plus de mĂ©contenter les organismes sociaux qui ne souhaitaient pas de suspensions des cotisations, a surpris certains exploitants dĂ©sirant s’en acquitter.

Deux prĂ©conisations retiennent particuliĂšrement l’attention des rapporteures pour avis :

– d’une part, il faut mesurer de maniĂšre objective la quantitĂ© de travail des personnels de la MSA, afin de trouver le bon Ă©quilibre entre la dĂ©matĂ©rialisation, la mutualisation et la spĂ©cialisation des antennes (oĂč un agent effectue 3,5 fois moins de rendez-vous que dans une caisse primaire d’assurance maladie) ; les territoires n’ayant pas la mĂȘme configuration.

– d’autre part, pour premiĂšre fois dans le cadre des travaux prĂ©paratoires de la prochaine COG la problĂ©matique est inversĂ©e, de sorte que la triple tutelle accepte de partir des besoins, et de co-construire les rĂ©ponses Ă  y apporter et la mission de l’inspection gĂ©nĂ©rale des finances (IGF) et de l’inspection gĂ©nĂ©rale des affaires sociales (IGAS) en cours, sur l’actuelle convention pour Ă©valuation.


B.   La juste rÉpartition de l’effort

La dĂ©termination du plafond annuel de la sĂ©curitĂ© sociale est modifiĂ©e pour garantir les droits des assurĂ©s individuels (1), tandis que la participation des complĂ©mentaires et de l’industrie est réévaluĂ©e (2). La crise ne dĂ©tourne pas l’exĂ©cutif de son ambition de simplifier les circuits de recouvrement (3).

1.   La neutralisation des effets de la crise sur l’emploi dans le calcul de l’assiette des prĂ©lĂšvements et de certaines prestations

L’article 12 du PLFSS modifie l’article L. 241-3 du code de la sĂ©curitĂ© sociale dans le but d’éviter une baisse du plafond annuel de la sĂ©curitĂ© sociale (PASS) lorsque l’évolution nĂ©gative du salaire moyen par tĂȘte (SMTP) rĂ©duirait sa valeur nominale. Tel est le cas en 2020, avec un SMTP en recul de 5,7 %.

Or, le PASS est une valeur de rĂ©fĂ©rence qui sert tant au calcul de nombreuses cotisations ou exonĂ©rations, notamment pour la branche vieillesse, que de prestations, comme les indemnitĂ©s de congĂ© maternitĂ©. Il est Ă©galement mentionnĂ© dans le Code du travail en ce qui concerne la dĂ©limitation des sommes pouvant ĂȘtre versĂ©es au titre de la participation et de l’intĂ©ressement ou le plancher de gratification versĂ©e aux stagiaires en entreprise.

Le montant du PASS sera par consĂ©quent au moins Ă©gal Ă  celui de l’exercice prĂ©cĂ©dent en cas de variation du SMTP portant prĂ©judice aux droits des assurĂ©s. En 2021 comme en 2020, il sera de 41 136 euros. Cette rĂ©forme s’applique Ă  compter de l’annĂ©e Ă  venir mais aura des effets structurels au-delĂ .

2.   L’ajustement de la contribution de certaines entreprises

Le Gouvernement propose de crĂ©er une contribution exceptionnelle des organismes complĂ©mentaires (a) et de rĂ©viser les seuils d’imposition de l’industrie pharmaceutique (b).

a.   La participation des complémentaires santé

● L’article 3 du PLFSS vise Ă  crĂ©er, pour l’annĂ©e 2020, une contribution exceptionnelle Ă  la charge des organismes complĂ©mentaires (OC), c’est-Ă -dire essentiellement les mutuelles, mais aussi les institutions de prĂ©voyance et les assurances, destinĂ©e Ă  soutenir la couverture des dĂ©penses de l’assurance maladie obligatoire (AMO) liĂ©es Ă  la gestion du covid-19.

Compte tenu de la moindre activitĂ© de ville pendant le confinement et de la prise en charge renforcĂ©e de certains actes, tels la tĂ©lĂ©consultation, par l’AMO (cf. infra), les OC ont versĂ© 2,2 milliards d’euros de remboursements de moins que ce qui aurait pu ĂȘtre observĂ© toutes choses Ă©gales par ailleurs. Assise sur les primes et cotisations et fixĂ©e au taux de 2,6 %, la contribution sera recouvrĂ©e selon les mĂȘmes modalitĂ©s que la taxe de solidaritĂ© additionnelle (TSA), au plus tard le 31 janvier 2021. Elle devrait gĂ©nĂ©rer une recette d’un milliard d’euros.

● L’article 10 du PLFSS prĂ©voit l’instauration d’une contribution exceptionnelle Ă©quivalente pour l’annĂ©e 2021, ayant les mĂȘmes redevables et la mĂȘme assiette, mais un taux infĂ©rieur de 1,3 %. Elle sera recouvrĂ©e au plus tard le 31 janvier 2022, pour un rendement prĂ©visionnel de 500 millions d’euros.

Les rapporteures pour avis ont pris connaissance des arguments des complĂ©mentaires selon lesquelles elles se trouveraient dans l’impossibilitĂ© de reverser le bĂ©nĂ©fice des Ă©conomies prĂ©citĂ©es Ă  leurs affiliĂ©s, par exemple grĂące à une suspension de l’appel des primes pendant une ou plusieurs Ă©chĂ©ances, ou dans l’obligation d’augmenter leurs tarifs.

Elles rappellent cependant que, d’une part, une dĂ©cision similaire avait Ă©galement Ă©tĂ© prise en 2009 (taux de 3,5 %) et 2010 (7 %), avec un produit d’environ 1 milliard d’euros, en partie affectĂ© au fonds pour la couverture maladie universelle (CMU) et que, d’autre part, entre 2009 et 2019, le chiffre d’affaires des OC en matiĂšre de frais de santĂ© est passĂ© de 27 Ă  38,9 milliards d’euros.

Elles estiment donc que l’effort demandĂ©, alors mĂȘme que le prolongement de certaines prises en charge Ă  100 % par les rĂ©gimes obligatoires, pour les tests et les tĂ©lĂ©consultations est prĂ©vu dans ce PLFSS pour 2021, est proportionnĂ© et acceptable pour les organismes concernĂ©s. Elles resteront attentives aux variations de cotisations appliquĂ©es dans les prochaines annĂ©es par les organismes complĂ©mentaires pour s’assurer que ces cotisations n’augmentent pas de façon indue.

b.   L’assujettissement des producteurs de mĂ©dicaments

L’article 17 du PLFSS procĂšde Ă  l’actualisation annuelle d’une contribution ad hoc Ă  laquelle sont assujetties les entreprises fabricant des mĂ©dicaments et dispositifs mĂ©dicaux (DM).

Afin de contribuer au respect de l’ONDAM, le ComitĂ© Ă©conomique des produits de santĂ© (CEPS) et la CNAM nĂ©gocient avec les industriels. Par ailleurs, une clause de sauvegarde prĂ©voit de dĂ©clencher une taxe lorsque la croissance des dĂ©penses de mĂ©dicaments et DM remboursables dĂ©passe un seuil, fixĂ© pour 2021 à respectivement 23,994 milliards d’euros et 2,09 milliards d’euros.

Cependant, les entreprises verraient leur contribution diminuĂ©e en contrepartie d’un engagement Ă  prĂ©server l’approvisionnement de la France pour des mĂ©dicaments, parfois anciens, dont la crise a rappelĂ© le caractĂšre prioritaire.

3.   La poursuite des simplifications en matiÚre de recouvrement

● L’article 14 du PLFSS vise Ă  offrir aux particuliers dĂ©veloppant une activitĂ© Ă©conomique d’importance modĂ©rĂ©e, par exemple au moyen des plateformes dĂ©matĂ©rialisĂ©es de l’économie collaborative, un droit d’option en vue d’une dĂ©claration simplifiĂ©e de leurs revenus auprĂšs du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, Ă  la condition qu’ils soient infĂ©rieurs Ă  un seuil dont la fixation est renvoyĂ©e Ă  l’autoritĂ© rĂ©glementaire, sans devoir crĂ©er d’entreprise.

DĂšs lors qu’elles sont lucratives, ces activitĂ©s sont assujetties Ă  divers prĂ©lĂšvements fiscaux et sociaux. Or, comme l’indique l’évaluation de l’article 14 du PLFSS, « un des attraits de l’économie numĂ©rique pour les particuliers est la simplicitĂ© de conclusion et de rĂ©alisation des Ă©changes ; pour les activitĂ©s de faible envergure, cette simplicitĂ© est peu compatible avec les procĂ©dures habituelles de dĂ©claration [
], que ce soit sous forme indĂ©pendante (du fait des contraintes inhĂ©rentes Ă  l’obligation de crĂ©ation d’une entreprise) ou salariĂ©e (en l’absence de relation suivie entre le prestataire et le commanditaire ».

Au-delĂ  des dispositifs existants, comme le statut de micro-entrepreneur et, corrĂ©lativement, le rĂ©gime micro-social, ainsi que les facilitĂ©s croissantes de recours aux chĂšques emplois service universel (CESU), cet article propose d’élargir le droit d’option pour le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral destinĂ© aux activitĂ©s de location de meublĂ©s gĂ©nĂ©rant plus de 23 000 euros annuels.

Les particuliers qui le souhaitent, percevant moins de 1 500 euros ([58])  mensuels au titre de leur insertion dans l’économie collaborative (services de bricolage, aides au dĂ©mĂ©nagement, tutorat, micro-tĂąches sur internet, import de produits revendus en France, bijouterie artisanale, etc.), seront autorisĂ©s Ă  s’affilier directement au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et seront assimilĂ©s, en ce qui concerne leurs cotisations, Ă  des salariĂ©s. Cette option facilite le cumul d’activitĂ©s mais rĂ©duit les difficultĂ©s liĂ©es Ă  la poly-affiliation. Une page sera créée sur le site des URSSAF.

La protection sociale des indépendants

La loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2018 avait actĂ© la suppression du rĂ©gime social des indĂ©pendants (RSI) et la crĂ©ation de la sĂ©curitĂ© sociale des indĂ©pendants (SSI) au sein du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral. L’annĂ©e 2020 aura Ă©tĂ© marquĂ©e par la fin de la pĂ©riode de transition de deux ans pour l’intĂ©gration des activitĂ©s, des assurĂ©s et des personnels de la SSI. Ce changement avait donnĂ© lieu Ă©galement Ă  des mesures en faveur du pouvoir d’achat des indĂ©pendants (exonĂ©ration de cotisations en 2019 pour les crĂ©ateurs d’entreprise) et de l’allongement de leur couverture santĂ© (allongement du congĂ© maternitĂ© pour les indĂ©pendantes).

Mais la crise du covid-19 a particuliĂšrement touchĂ© les travailleurs indĂ©pendants. C’est pourquoi l’État a fait preuve de volontarisme pour les aider Ă  travers un ensemble de mesures :

– le revenu thĂ©orique sur lequel sont calculĂ©es les cotisations des indĂ©pendants a Ă©tĂ© automatiquement divisĂ© par deux, afin de prendre en compte la perte de revenus immĂ©diate des indĂ©pendants ;

– le fonds de solidaritĂ© pour les TPE, indĂ©pendants et micro-entrepreneurs leur a permis de toucher rapidement 1 500 euros par mois ;

– le report de paiement d’échĂ©ances sociales et fiscales a Ă©tĂ© automatisĂ© et gĂ©nĂ©ralisĂ© dans un premier temps puis ila pu ĂȘtre prolongĂ© Ă  la demande ;

– des remises ou des Ă©talements d’impĂŽts ont Ă©tĂ© consentis sans pĂ©nalitĂ©s ;

– les prĂȘts de trĂ©sorerie garantis par l’État par le biais de Bpifrance ont Ă©tĂ© largement octroyĂ©s par les banques ;

– la suspension des charges fixes (factures de gaz et d’électricitĂ©) et des loyers ont Ă©tĂ© rendus possibles par des dispositifs d’accompagnement des crĂ©anciers.

Toutefois, au regard de la situation, des incertitudes subsistent sur l’activitĂ© des indĂ©pendants dans un contexte de crise Ă©conomique. Les rapporteures partagent l’inquiĂštude de la prĂ©sidente du SSI concernant la prise en compte de la dette sociale des indĂ©pendants en tant que personne physique. Elles seraient favorables Ă  une disposition temporaire permettant aux chefs d’entreprise qui dĂ©poseraient le bilan, de conserver la dette sociale au sein de la procĂ©dure collective de leur entreprise et de ne pas leur faire porter ce type de dette Ă  titre personnel en cas de faillite.

En outre, les rapporteures pour avis relĂšvent l’intĂ©ressante Ă©tude du HCFiPS sur la protection sociale des indĂ©pendants, publiĂ©e le 24 septembre 2020. Est rappelĂ©e l’importance de renforcer l’équitĂ© des droits sociaux des non-salariĂ©s et de clarifier les rĂšgles quant à leur rattachement Ă  tel ou tel rĂ©gime de sĂ©curitĂ© sociale.

L’exemple d’un artisan qui, pour un mĂȘme niveau de revenu net disponible avant impĂŽt et pour une carriĂšre complĂšte, « percevra une pension de retraite annuelle de trois fois le niveau effectif des cotisations vieillesses acquittĂ©es annuellement, lĂ  oĂč le salariĂ© touchera une pension de 6,4 fois ce niveau » est particuliĂšrement frappant.

● L’article 15 du PLFSS procĂšde Ă  l’unification des dĂ©clarations fiscales et sociales des revenus auxquelles les non-salariĂ©s agricoles sont tenus.

 

Actuellement, les prĂšs de 370 000 chefs d’exploitation doivent satisfaire à des obligations distinctes : d’une part, les liasses fiscales professionnelles, gĂ©nĂ©ralement remplies par des tiers, et la dĂ©claration de revenus auprĂšs de la direction dĂ©partementale des finances publiques (DDFiP) s’agissant de l’impĂŽt sur le revenu (IR) ou sur les sociĂ©tĂ©s (IS) et, d’autre part, la dĂ©claration des revenus professionnels auprĂšs de la caisse dĂ©partementale ou interdĂ©partementale de MSA, en ce qui concerne les prĂ©lĂšvements sociaux. Seul ce premier envoi est conservĂ©.

Outre une simplification pour les indĂ©pendants agricoles, la mesure fiabilisera les donnĂ©es de l’ensemble des prĂ©lĂšvements et garantira un calcul plus juste des droits en matiĂšre de santĂ©, de retraite, de formation professionnelle, etc.

Le rapprochement prendra effet en 2022, au titre des revenus de 2021.

III.   Les mouvements entre les sphùres Étatique et sociale

Le PLFSS organise la rĂ©partition de certaines recettes entre l’État et les organismes de sĂ©curitĂ© sociale (A), ainsi qu’entre ces derniers (B).

A.   Des relations financiÈres avec l’État clarifiÉes

Seront abordés le schéma de compensation des exonérations et réductions de prélÚvements sociaux en 2021 (1), puis la hausse du poids des impositions de toute nature dans le financement de la sécurité sociale (2).

1.   La compensation des allÚgements sociaux

La doctrine relative aux neutralisations a progressivement évolué (a) ; il convient de présenter ses effets contemporains (b).

a.   Les grands principes

L’article L. 131‑7 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale prĂ©voit que l’État attribue des recettes fiscales ou des crĂ©dits Ă  la sĂ©curitĂ© sociale afin de compenser :

– toute mesure de rĂ©duction ou d’exonĂ©ration instituĂ©e Ă  compter de l’entrĂ©e en vigueur de la loi dite Veil ([59]) ;

– toute mesure soit de rĂ©duction ou d’exonĂ©ration de contributions, soit de rĂ©duction ou d’abattement d’assiette de cotisations ou contributions instituĂ©e à compter de l’entrĂ©e en vigueur de la loi du 13 aoĂ»t 2004 ([60]) ;

– toute mesure de transferts de charges.

ConformĂ©ment Ă  l’article L.O. 111-3 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale ([61]), il revient aux seules LFSS de crĂ©er ou modifier des rĂ©ductions ou exonĂ©rations de cotisations ou de contributions non-compensĂ©es aux ROBSS.

Avec le principe de compensation intĂ©grale Ă©voquĂ© supra, permettant une compensation Ă  l’euro, les exonĂ©rations ont Ă©tĂ© neutralisĂ©es par des dotations budgĂ©taires de 1994 Ă  2006. AprĂšs 2006, on relĂšve l’utilisation croissante de recettes affectĂ©es, principalement des fractions de TVA.

Le principe de compensation pour solde de tout compte s’impose avec la LFSS pour 2011 et conduit Ă  un traitement diffĂ©rencié : les exonĂ©rations gĂ©nĂ©rales sont compensĂ©es par l’affectation de recettes (ou la rebudgĂ©tisation de dĂ©penses dans le cas du pacte de responsabilitĂ©), tandis que les exonĂ©rations ciblĂ©es sont compensĂ©es par l’utilisation de dotations.

Depuis 2016, les exonĂ©rations ciblĂ©es sont toutes compensĂ©es par l’affectation de crĂ©dits budgĂ©taires. Ces exonĂ©rations sont les seules qui restent concernĂ©es par le principe de compensation intĂ©grale. Il convient cependant de noter que l’ensemble des exonĂ©rations ciblĂ©es ne font pas l’objet d’une compensation.

Avec la LFSS pour 2019, la doctrine a Ă©volué : le coĂ»t des allĂšgements gĂ©nĂ©raux aura vocation Ă  ĂȘtre assumĂ©, soit par l’État (en crĂ©dits ou en recettes), soit par la sĂ©curitĂ© sociale, en fonction de l’affectataire des recettes minorĂ©es, tandis que les allĂšgements ciblĂ©s resteront compensĂ©s.

Le Gouvernement s’appuie, pour opĂ©rer cet ajustement, sur un rapport remis en octobre 2018 au Parlement en application de l’article 27 de la loi de programmation des finances publiques pour 2018-2022 ([62]), qui clarifie les contours d’une solidaritĂ© financiĂšre renouvelĂ©e entre les deux sphĂšres.

Les rapporteures pour avis soulignent l’importance d’entretenir un raisonnement budgĂ©taire englobant l’ensemble des administrations publiques : ces allĂšgements visent Ă  soutenir l’emploi et le pouvoir d’achat, deux objectifs qui constituent un bien pour l’ensemble de la sociĂ©tĂ© et peuvent in fine gĂ©nĂ©rer de nouvelles recettes pour la sĂ©curitĂ© sociale.

b.   Le schéma de compensation

Le montant total des allĂšgements reprĂ©sente 68,8 milliards d’euros en 2019, 67,8 milliards d’euros en 2020 et 69,8 milliards d’euros en 2021.

Il convient de rappeler qu’il ne s’élevait qu’à 10 milliards d’euros dans les annĂ©es 1990, 20 milliards d’euros en 2010 et 33 milliards d’euros en 2018.

 

Évolution des montants des allÈgements gÉnÉraux et ciblÉs de 2019 à 2021

(en milliards d’euros)

 

2019

2020

2021

AllÚgements généraux (compensés)

59,99

55,01

61,16

Cotisations patronales sur les bas salaires

27,85

25,69

29,08

dont sécurité sociale

20,81

17,15

19,41

dont contributions au FNAL et à la CNSA ([63])

0,62

0,51

0,58

dont assurance chÎmage et retraite complémentaire

6,42

8,03

9,09

Cotisations maladie des salariés

22,16

20,45

21,82

Cotisations maladie des assurés de régimes spéciaux

0,28

0,24

0,25

Cotisations famille des salariés

7,73

7,13

7,61

Cotisations famille des indépendants

1,23

0,85

1,52

Cotisations maladie des indépendants

0,74

0,65

0,87

AllÚgements ciblés (compensés)

5,73

7,57

5,68

AllÚgements ciblés (non-compensés)

2,12

1,91

1,99

Total des mesures en faveur de l’emploi

68,83

67,84

69,77

Source : commission des comptes de la sécurité sociale et annexe V du PLFSS pour 2021.

2.   La progression de la place de l’impît dans les finances sociales

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la sĂ©curitĂ© sociale Ă©tait majoritairement (Ă  hauteur de plus de 90 % jusqu’en 1990) financĂ©e par des cotisations assises sur le facteur travail, suivant une logique d’inspiration mutualiste parfois qualifiĂ©e de « bismarckienne ».

Les trente derniĂšres annĂ©es ont vu l’affectation croissante d’impositions de toute nature (ITN) aux ASSO, avec la crĂ©ation de la CSG en 1991 et le transfert successif de prĂ©lĂšvements fiscaux comme la taxe sur les salaires (TS), divers droits d’accises, la contribution sociale de solidaritĂ© des sociĂ©tĂ©s (C3S), etc.

En 2021, le poids des cotisations devrait donc ĂȘtre de 50,9 %, contre 47,2 % pour celui des ITN.

Cet Ă©tat de fait traduit l’évolution tendancielle vers un systĂšme de protection sociale dit « beveridgien ».


ÉTAT prÉvisionnel DES RECETTES du rÉgime gÉnÉral et du FSV en 2021

(en milliards d’euros)

 

Maladie

Vieillesse

Famille

AT-MP

Autonomie

Régime général

FSV

RG
+ FSV ([64])

Cotisations effectives

74,4

89,7

31,0

12,7

0,0

206,1

0,0

206,1

Cotisations prises
en charge par l’État

2,4

2,3

0,7

0,1

0,0

5,5

0,0

5,5

Cotisations fictives d’employeur

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

Contribution sociale généralisée

48,4

0,0

12,4

0,0

28,0

88,5

16,9

105,4

ImpĂŽts, taxes
et autres contributions sociales

65,2

16,6

5,5

0,0

2,8

90,1

0,0

90,1

Charges liées au non- recouvrement

– 0,9

– 0,7

– 0,1

– 0,1

– 0,1

– 2,0

– 0,2

– 2,2

Transferts

1,8

29,1

0,2

0,0

0,4

19,7

0,0

2,2

Produits financiers

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

0,0

Autres produits

6,7

0,3

0,8

0,5

0,0

8,2

0,0

8,2

Totaux

197,9

137,4

50,4

13,2

31,2

416,2

16,7

415,4

Source : annexe C du PLFSS pour 2021.

Dans le détail :

– les cotisations progresseraient de 8,9 % en 2021, soit un rythme supĂ©rieur Ă  celui de la masse salariale ;

– les recettes de CSG s’accroĂźtraient de 8,4 %, avec une hausse de 12,6 % de la CSG assise sur les revenus d’activitĂ© contrebalancĂ©e par une baisse de 1,7 % de la CSG assise sur les revenus de remplacement, en raison, selon la CCSS, « d’un recours nettement plus faible Ă  l’activitĂ© partielle, mais aussi d’une revalorisation des pensions plus modĂ©rĂ©e (0,4 %), consĂ©quence d’une faible inflation », tandis que la CSG assise sur les jeux resterait stable et que la CSG assise sur les revenus du patrimoine baisserait de 1,6 % ;

– les impĂŽts assis sur la valeur ajoutĂ©e ou la consommation croĂźtraient avec la reprise Ă©conomique tandis que, toujours d’aprĂšs la CCSS, « plusieurs recettes subissent de maniĂšre dĂ©calĂ©e les effets de la crise, leur rendement Ă©tant basĂ© sur une assiette se rattachant Ă  2020, comme la C3S (– 8,0 %), le forfait social (– 6,7 %), les prĂ©lĂšvements sur stock-options et attributions gratuites d’action (– 3,8 %) ».

L’article 30 du PLF pour 2021 prĂ©voit une hausse de 0,25 point de la fraction de TVA affectĂ©e à la sĂ©curitĂ© sociale, qui passe Ă  27,89 % de son rendement (36,7 milliards d’euros). Cet ajustement est motivĂ© par la simplification du circuit de financement de l’allocation supplĂ©mentaire d’invaliditĂ© (ASI), transfĂ©rĂ©e Ă  la CNAM, la compensation de la suppression de la taxe sur les premiĂšres ventes de dispositifs mĂ©dicaux ([65]), le financement de l’agence de santĂ© de Wallis-et-Futuna et la prorogation du TO-DE (cf. supra).

Taux de la fraction de TVA affectÉe à la sÉcuritÉ sociale de 2013 à 2021

(en pourcentage)

Source : commission des finances.

B.   Les transferts entre branches et organismes

Ainsi que le rappelle la CCSS, « les rĂ©gimes de sĂ©curitĂ© sociale Ă©changent d’importantes masses financiĂšres entre eux et avec d’autres organismes ; ces transferts poursuivent diffĂ©rents objectifs : il peut s’agir de transfĂ©rer le financement d’une prestation d’un organisme Ă  un autre, de prendre en charge des cotisations de catĂ©gories particuliĂšres d’affiliĂ©s, d’assurer l’équilibre comptable de rĂ©gimes intĂ©grĂ©s financiĂšrement ou d’apporter des ressources Ă  des fonds de financements ».

Leur volume et leur complexitĂ© excluent un commentaire Ă  l’échelle du prĂ©sent avis. Comme chaque annĂ©e, ils sont listĂ©s et commentĂ©s de maniĂšre exhaustive dans l’annexe VI du PLFSS.

 


SchÉma rÉcapitulatif des traNSferts de recettes internes à la sÉcuritÉ sociale en 2021

(en millions d’euros)

Source : annexe VI du PLFSS pour 2021.


—  1  —

Il importe nĂ©anmoins de s’intĂ©resser Ă  la modification des flux qu’entraĂźne la crĂ©ation de la branche autonomie par l’article 5 de la loi du 7 aoĂ»t 2020, prĂ©citĂ©e, et qu’organise l’article 16 du PLFSS.

Actuellement, la CNSA dĂ©pose ses fonds sur le compte unique du TrĂ©sor et n’est pas habilitĂ©e Ă  recourir Ă  des ressources non-permanentes, ce qui la contraint parfois Ă  utiliser ses rĂ©serves.

Son nouveau statut de caisse du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral implique que la trĂ©sorerie de la CNSA soit centralisĂ©e auprĂšs de l’ACOSS, alors que les relations financiĂšres des deux structures se limitaient :

– au recouvrement de la contribution de solidaritĂ© pour l’autonomie (CSA) et de la contribution additionnelle de solidaritĂ© pour l’autonomie (CASA), ainsi que de la fraction concernĂ©e de CSG, dans un sens (5,2 milliards d’euros) ;

– au versement à la CNAM d’une participation à diverses prestations services dans les Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux (ESMS), dans l’autre sens (1,7 milliard d’euros).

Le budget de la CNSA obéira désormais au principe de la non-affectation de recettes particuliÚres à des charges définies.

Architecture des flux entrants et sortants de la branche autonomie

tempsnip

Source : annexe IX du PLFSS pour 2021.


—  1  —

Seconde partie :
les dÉpenses

Pour les dépenses des branches maladie (I), vieillesse (II), famille (III), AT-MP (IV), et désormais autonomie (V), la crise sanitaire liée au covid-19 a représenté des conséquences plus ou moins massives et a conduit les organismes de sécurité sociale à adapter leur activité.

I.   UNE SOLLICITATION SANS PRÉCÉDENT DE LA BRANCHE MALADIE DANS UN CONTEXTE DE CRISE, SE TRADUISANT PAR DES DÉPENSES CONJONCTURELLES ET STRUCTURELLES SUPPLÉMENTAIRES

La crise sanitaire a conduit Ă  augmenter brutalement et avec une ampleur inĂ©dite les dĂ©penses de la branche maladie, aggravant un dĂ©ficit dĂ©jĂ  creusĂ© par les pertes de recettes (cf. supra). Si l’ONDAM pour 2019 a Ă©tĂ© sous-exĂ©cutĂ© (A), la crise sanitaire a entraĂźnĂ© son dĂ©passement dans des proportions importantes en 2020 (B). En raison de rĂ©formes structurelles et de surcoĂ»ts persistants dus Ă  la situation Ă©pidĂ©mique, l’ONDAM pour 2021 poursuivra une trajectoire ascendante bien que moins brutale qu’en 2020 (C).

A.   L’onDAM pour 2019 a Ă©tĂ© lĂ©gĂšrement sous-exĂ©cutĂ©

L’ONDAM pour 2019 tel que fixĂ© par la LFSS pour 2020 s’établissait à 200,4 milliards d’euros. Les dĂ©penses finalement enregistrĂ©es se sont Ă©levĂ©es à 200,2 milliards d’euros, lĂ©gĂšrement en deçà de l’objectif.

 La sous-exĂ©cution des dĂ©penses relatives aux Ă©tablissements de santĂ© et des dĂ©penses des Ă©tablissements de santĂ© liĂ©s aux activitĂ©s de mĂ©decine, chirurgie et obstĂ©trique expliquent la majeure partie de cette sous-exĂ©cution : elles sont infĂ©rieures de 210 millions d’euros aux objectifs rectifiĂ©s ([66]).

Par consĂ©quent, les dĂ©penses de santĂ© progressent de 2,6 % par rapport à l’annĂ©e 2018, s’inscrivant dans une tendance de long terme de progression modĂ©rĂ©e des dĂ©penses de santĂ© en France, de l’ordre 2 % par an en moyenne ([67]) .

Au total, l’ONDAM pour 2021 apparaĂźt comme l’addition d’une augmentation des moyens (5,1 milliards d’euros) supĂ©rieure Ă  celle constatĂ©e en moyenne depuis cinq ans (4 milliards d’euros) de mesures nouvelles au titre du « SĂ©gur de la santé » (7,4 milliards d’euros), pour la plus grande part sous forme de revalorisations salariales dans les Ă©tablissements de santĂ© et mĂ©dico-sociaux, et d’une provision de 4,3 milliards d’euros de mesures exceptionnelles liĂ©es Ă  la crise sanitaire. Depuis 2019, hors mesures exceptionnelles pour faire face Ă  la pandĂ©mie, l’ONDAM progresserait ainsi de 4,3 % par an en moyenne, soit deux fois plus vite que sur les cinq derniĂšres annĂ©es (2,2 % en moyenne annuelle).

B.   Des dÉpenses de santÉ exceptionnelles au titre de l’annÉe 2020

La brutalitĂ© et l’ampleur de la crise sanitaire liĂ©e au covid-19 conduisent Ă  revoir en profondeur les prĂ©visions de dĂ©penses de santĂ© en 2020. Ainsi, alors que l’ONDAM devait progresser de 2,45 % selon les prĂ©visions de la LFSS pour 2020, sa progression finale par rapport Ă  2019 serait finalement de 7,6 %.

Un ONDAM croissant de 7,6 % est un fait inédit pour le systÚme de santé, comme le montre le graphique ci-dessous :

niveaux et dĂ©passement de l’ondam

(en milliards d’euros et en pourcentage)

Note : l’abscisse reprĂ©sente le niveau de dĂ©penses constatĂ©es en milliards d’euros, tandis que l’ordonnĂ©e indique le taux d’évolution de l’ONDAM. La taille de la bulle indique l’ampleur du dĂ©passement de la prĂ©vision initiale (en rouge) ou de la sous-exĂ©cution (en vert). La bulle pour 2020 est une prĂ©vision.

Source : annexe VII du PLFSS pour 2021.

Cette augmentation de 4,91 % du montant de l’ONDAM pour 2020 entre le vote de la LFSS pour 2020 et le PLF pour 2021 s’explique par les effets en dĂ©penses de la crise sanitaire, et notamment des surcoĂ»ts exceptionnels, Ă  hauteur de 15,1 milliards d’euros. La baisse des remboursements de soins de ville a toutefois conduit Ă  une minoration de la hausse de l’ONDAM.

 

 

 

 

ONDAM pour 2020 prévu en LFSS pour 2020 et ondam rectifié

(en milliards d’euros et en pourcentage)

 

LFSS
pour 2020

Pour 2020 rectifié / PLFSS
pour 2021

Évolution, entre l’ONDAM prĂ©vu et l’ONDAM rectifiĂ©

Évolution entre l’ONDAM prĂ©vu
et l’ONDAM rectifiĂ©

Dépenses de soins de ville

93,6

93,5

– 0,1

–  0,11 %

Dépenses relatives aux établissements
de santé

84,4

87,7

3,3

3,91 %

Contribution (pour 2020) ou dépenses (pour 2021) relatives aux établissements et services pour personnes ùgées

10

11,5

1,5

15,00 %

Contribution (pour 2020) ou dépenses (pour 2021) relatives aux établissements et services pour personnes handicapées

11,7

12

0,3

2,56 %

Dépenses relatives au fonds d'intervention régionale

3,5

3,8

0,3

8,57 %

Autres prises en charge

2,4

7,2

4,8

200,00 %

Total

205,6

215,7

10,1

4,91 %

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2020 et du PLFSS pour 2021.

Ă©volutions de l’ondam pour 2020 entre sa prĂ©vision par la lfss pour 2020
et sa révision par le PLFSS pour 2021

(en milliards d’euros)

Source : commission des finances à partir de l’annexe VII du PLFSS pour 2021.

Les surcoûts directement causés par la situation épidémique (1) ainsi que les revalorisations salariales du « Ségur de la santé » (2) ont conduit à une augmentation importante des dépenses de santé, partiellement modérée toutefois par une sous-consommation des dépenses de soins de ville (3).

1.   Les surcoûts liés à la crise épidémique

La comparaison entre la progression effective de l’ONDAM en 2020 par rapport Ă  2019 (+ 7,6 %) et la progression de l’ONDAM hors covid (+ 3,2 %) souligne l’impact de la crise sanitaire sur la progression des dĂ©penses de la branche maladie. Les rapporteures pour avis saluent Ă  ce titre la prĂ©sentation de cet indicateur de l’ONDAM hors covid, l’une des recommandations figurant dans la contribution de Mme Cendra Motin annexĂ©e au rapport d’information portant sur le printemps de l’évaluation, de M. Éric Woerth, prĂ©sident de la commission des finances ([68]).

Les surcoĂ»ts liĂ©s Ă  la crise sanitaire atteignent 15,1 milliards d’euros et sont de plusieurs natures : Ă  la dotation attribuĂ©e Ă  SantĂ© publique France pour la gestion de la crise (a) s’ajoutent des fonds mis Ă  disposition des Ă©tablissements de santĂ© et du fonds d’intervention rĂ©gional (b), la prise en charge intĂ©grale par l’assurance maladie de certains actes (c), la sur-consommation des indemnitĂ©s journaliĂšres (d), l’accompagnement des professionnels de santĂ© (e), ainsi que d’autres surcoĂ»ts de moindre ampleur (f).

a.   La dotation à Santé publique France pour la gestion des besoins des établissements de santé au plus fort de la crise

SantĂ© publique France a jouĂ© au plus fort de la crise et dans les semaines qui ont suivi un rĂŽle central : elle a Ă©tĂ© chargĂ©e par l’assurance maladie d’assurer la distribution de matĂ©riels de protection aux Ă©tablissements de santĂ©, principalement l’achat de masques chirurgicaux et d’équipements de protection (sur-blouses, charlottes et gants). À cette fin, l’agence a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un versement de 4,8 milliards d’euros.

Au total, l’agence a commandĂ© 4,6 milliards de masques, dont 1,8 milliard a Ă©tĂ© distribuĂ© Ă  ce jour. Les livraisons Ă  venir arriveront d’ici la fin de l’annĂ©e, de la part de fournisseurs français. Au pic de l’épidĂ©mie, 90 millions de masques Ă©taient mis Ă  disposition des professionnels de santĂ© chaque semaine. Si les professionnels de santĂ©, qu’ils exercent en Ă©tablissement de santĂ© ou de maniĂšre libĂ©rale, doivent maintenant assurer seul leur approvisionnement en masques, SantĂ© publique France dispose dĂ©sormais d’une rĂ©serve mobilisable en cas de besoin ([69]).

L’activitĂ© de l’agence a Ă©galement consistĂ© Ă  mettre en Ɠuvre et assurer le contact tracing, Ă  faire la promotion des gestes barriĂšres, ainsi qu’à mobiliser la rĂ©serve sanitaire. Ainsi, plus de 3 000 rĂ©servistes ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s, pour un total de 34 000 jours de mission. Elle s’inquiĂšte malgrĂ© tout de sa capacitĂ© Ă  dĂ©ployer, dans le contexte exceptionnel dans lequel nous sommes, ses actions de prĂ©vention habituelles (vaccinations, mois sans tabac, etc.).

b.   La mise Ă  disposition de financements supplĂ©mentaires pour les Ă©tablissements de santĂ© et le fonds d’intervention rĂ©gional

4,8 milliards d’euros ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s au bĂ©nĂ©fice des Ă©tablissements de santĂ© et du fonds rĂ©gional d’intervention :

– tout d’abord, des crĂ©dits ont Ă©tĂ© mis Ă  disposition des Ă©tablissements de santĂ© et mĂ©dico-sociaux pour faire face aux dĂ©penses induites par l’urgence sanitaire, et notamment l’achat de matĂ©riel, la rĂ©organisation et les amĂ©nagements des Ă©tablissements, les frais de transport et de logement des personnels ainsi que les renforts, pour 1,8 milliard d’euros ;

– 2,3 milliards d’euros ont en outre permis de financement des heures supplĂ©mentaires majorĂ©es et des primes, dont la prime exceptionnelle versĂ©e aux personnels hospitaliers impliquĂ©s dans la prise en charge de l’épidĂ©mie. Cette prime, d’un montant de 1 500 euros pour les personnels en hĂŽpitaux et en EHPAD dans les 40 dĂ©partements les plus exposĂ©s, et de 500 euros pour les agents des autres structures, reprĂ©sente au 30 septembre 2020 1,25 milliard d’euros, versĂ©s en quatre phases aux Ă©tablissements de santĂ©, au bĂ©nĂ©fice de 889 214 agents de la fonction publique hospitaliĂšre et de 299 397 salariĂ©s des Ă©tablissements privĂ©s Ă  but lucratif et non lucratif ([70]).

La garantie de financement des établissements de santé

En raison de la baisse des activitĂ©s non liĂ©es Ă  l’épidĂ©mie, pour beaucoup dĂ©programmĂ©es afin de faire face Ă  l’urgence sanitaire, un grand nombre d’établissements de santĂ© ont craint une baisse de recettes. Afin de stabiliser la situation financiĂšre des Ă©tablissements mĂ©dicaux durant cette pĂ©riode trĂšs agitĂ©e et anxiogĂšne pour les gestionnaires et les personnels, le Gouvernement a remplacĂ© temporairement la tarification Ă  l’activitĂ© (T2A) par une garantie de ressources assurant au minimum à chaque Ă©tablissement un financement de l’assurance maladie Ă©gal Ă  celui versĂ© en 2019. En outre, une avance de trĂ©sorerie a Ă©tĂ© mise Ă  disposition, afin de couvrir les recettes correspondant en temps normal aux recettes liĂ©es au ticket modĂ©rateur et aux forfaits journaliers.

Le reste de l’enveloppe de 4,8 milliards d’euros a permis la prise en charge des tests rĂ©alisĂ©s au sein des Ă©tablissements (prĂšs de 300 millions d’euros), la compensation des pertes de recettes de la CNSA (environ 200 millions d’euros), l’annulation de la hausse du ticket modĂ©rateur pour les actes et consultations externes faisant suite Ă  une prise en charge en urgence (environ 100 millions d’euros) ou encore le flĂ©chage de 200 millions d’euros vers le fonds d’intervention rĂ©gional pour son action de gestion locale de la crise.

c.   La prise en charge Ă  100 % d’actes mĂ©dicaux

Avant le mois de mars 2020, les tĂ©lĂ©consultations auprĂšs des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes reprĂ©sentaient 0,1 % des remboursements de l’assurance maladie. Leur part dans le total des remboursements a atteint 8 % en mars, puis 25 % en avril 2020. La consultation des professionnels de santĂ© dans le cadre du « SĂ©gur » a permis de montrer la pertinence de ce mode d’exercice de la mĂ©decine pour un grand nombre de situations, parmi lesquelles le suivi des pathologies chroniques.

NĂ©anmoins, les rapporteures pour avis s’interrogent sur l’opportunitĂ© d’en circonscrire le pĂ©rimĂštre Ă  des affections plus ciblĂ©es ou Ă  un nombre d’actes rĂ©duit pour Ă©viter de possibles abus.

La prise en charge intĂ©grale par l’assurance maladie des tĂ©lĂ©consultations : une bonne pratique de gestion de crise Ă©tendue dans le temps par le PLFSS pour 2021

Alors qu’elle connaissait un dĂ©veloppement lent (environ 10 000 actes par semaine en septembre 2018), la tĂ©lĂ©consultation a connu un succĂšs fulgurant lors du confinement (un million de tĂ©lĂ©consultations par semaine).

La prise en charge intĂ©grale des actes rĂ©alisĂ©s en tĂ©lĂ©consultation pour l’ensemble des assurĂ©s a constituĂ© une mesure d’incitation et d’opportunitĂ© pour ce type de consultation 2.0 depuis le dĂ©but de la crise sanitaire.

Le nombre de mĂ©decins y recourant est passĂ© de moins de 3 000 avant la mi-mars Ă  45 000 Ă  la fin avril, dĂ©montrant une certaine facilitĂ© d’équipement et de mise en Ɠuvre pour les mĂ©decins.

Les travaux menĂ©s dans le cadre du « SĂ©gur de la santé » ont conclu Ă  la nĂ©cessitĂ© « d’accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement des tĂ©lĂ©consultations ». DĂšs lors, afin d’encourager le dĂ©veloppement de la tĂ©lĂ©consultation, l’article 32 du PLFSS propose de prolonger jusqu’à la fin de l’annĂ©e 2021 la prise en charge Ă  100 % des tĂ©lĂ©consultations. Ce dĂ©lai doit en outre permettre de laisser le temps aux professionnels de s’équiper et aux partenaires conventionnels de rĂ©flĂ©chir Ă  une nouvelle maniĂšre de dĂ©finir les conditions de recours et de prise en charge.

Cette mesure reprĂ©sente un coĂ»t de 65 millions d’euros pour l’annĂ©e 2021. Cette estimation repose sur la prĂ©vision de 250 000 tĂ©lĂ©consultations rĂ©alisĂ©es par semaine, dans la droite ligne des donnĂ©es observĂ©es Ă  l’issue de la pĂ©riode de confinement, et d’un reste Ă  charge individuel moyen de 5 euros dans le fonctionnement actuel.

Les rapporteures pour avis saluent cette initative, qui doit permettre une diffusion plus large et plus rapide d’une modalitĂ© d’exercice de la mĂ©decine plus proche des souhaits des patients et des professionnels, et de nature Ă  amĂ©liorer le recours aux soins. Elles s’interrogent nĂ©anmoins sur le pĂ©rimĂštre trĂšs large de cette autorisation qui rendrait difficile un retour en arriĂšre sur le nombre, les motifs ou les affections Ă©ligibles Ă  ce type de consultation.

MalgrĂ© ce dĂ©ploiement rapide des tĂ©lĂ©consultations, un grand nombre de personnes n’ont pas consultĂ© leur mĂ©decin durant la pĂ©riode de confinement.

Afin de limiter les consĂ©quences de long terme de cette absence de soins, l’assurance maladie a mis en Ɠuvre des consultations longues pour les personnes vulnĂ©rables n’ayant pas consultĂ© leur mĂ©decin durant le confinement. Ces consultations sont Ă©galement exonĂ©rĂ©es de ticket modĂ©rateur. Le coĂ»t total cumulĂ© de ces deux mesures reprĂ©sente 200 millions d’euros.

En outre, un surcoĂ»t de 1,5 milliard d’euros est enregistrĂ© pour le financement des tests diagnostiques effectuĂ©s en laboratoire. La politique de lutte contre l’épidĂ©mie repose en effet sur un recours massif aux tests : le Gouvernement a fixĂ© un objectif d’un million de tests par semaine. 85 % des tests rĂ©alisĂ©s le sont en laboratoires de ville.

Ils sont intĂ©gralement pris en charge par l’assurance maladie, pour un tarif de 54 euros par test, auxquels s’ajoutent 18 euros environ au titre des forfaits de prĂ©lĂšvement et d’analyse. Une comparaison europĂ©enne fait apparaĂźtre le coĂ»t trĂšs Ă©levĂ© des dĂ©pistages en France, qui appellera une explication et des Ă©claircissements ultĂ©rieurs.

d.   Le financement d’indemnitĂ©s journaliĂšres spĂ©cifiques et l’extension du dispositif

La mise en place d’indemnitĂ©s journaliĂšre ad hoc, destinĂ©es aux parents d’enfants sans solution de garde et aux personnes vulnĂ©rables ou vivant avec des personnes vulnĂ©rables, a contribuĂ© Ă  augmenter les dĂ©penses de l’assurance maladie.

Les surcoĂ»ts liĂ©s Ă  la crise sanitaire sont estimĂ©s Ă  2 milliards d’euros concernant les arrĂȘts de travail, dont 46 % au titre de la garde d’enfants, 9 % au titre des personnes vulnĂ©rables, et 45 % au titre des arrĂȘts maladies pour covid ou suspicion de covid ([71]).

En outre, le bĂ©nĂ©fice des indemnitĂ©s journaliĂšres a Ă©tĂ© Ă©tendu aux professionnels libĂ©raux qui jusque-lĂ  n’en bĂ©nĂ©ficiaient pas ([72]). Enfin, la pĂ©riode de carence a Ă©tĂ© supprimĂ©e.

Depuis le 1er mai 2020, les indemnitĂ©s créées dans le contexte de la crise sanitaire ne sont plus prises en charge par l’assurance maladie : elles relĂšvent dĂ©sormais du dispositif d’activitĂ© partielle financĂ© par l’État et l’assurance chĂŽmage.

e.   L’accompagnement des professionnels de santĂ©

Les cabinets mĂ©dicaux ont subi une baisse drastique de leur frĂ©quentation : l’activitĂ© des spĂ©cialistes et des dentistes a diminuĂ© respectivement de 50 % et de 80 % entre mi-mars et fin avril 2020 par rapport Ă  la mĂȘme pĂ©riode en 2019, et celle des orthophonistes et des masseurs-kinĂ©sithĂ©rapeutes a diminuĂ© respectivement de 90 % et de 80 % entre mi-mars et fin avril 2020 par rapport Ă  la mĂȘme pĂ©riode en 2019.

Afin d’accompagner les professionnels de santĂ© dans ce contexte inĂ©dit, l’assurance maladie a mis en Ɠuvre une aide financiĂšre Ă  leur bĂ©nĂ©fice, visant à couvrir une partie de leurs charges fixes, pour un coĂ»t total de 1,4 milliard d’euros.

Le montant de cette aide a reposĂ© sur la prise en compte de deux facteurs : d’une part la perte d’activitĂ© dĂ©clarĂ©e par les professionnels par rapport Ă  2019, et d’autre part un taux moyen de charges fixes, estimĂ© par l’assurance maladie par catĂ©gorie de professions.

En outre, les mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes, les infirmiers et les sages-femmes ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une aide de 700 euros au titre des frais d’adaptation de leur activitĂ© aux mesures sanitaires, notamment en raison du respect de la distanciation et de l’achat de masques.

f.   Les autres surcoûts

D’autres surcoĂ»ts d’un montant moindre ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s :

– 200 millions d’euros de frais de distribution de masques dans les pharmacies ;

– l’annulation ou le report de mesure d’économies pour 100 millions d’euros.

décomposition des surcoûts liés à la crise sanitaire

(en milliards d’euros)

 

Montants

Dotation à Santé publique France

4,8

Financements supplémentaires aux établissements de santé
et au fonds rĂ©gional d’intervention

4,8

Indemnités journaliÚres

2

Masques Ă  destination des pharmacies

0,2

Remboursement intégral des tests diagnostiques

1,5

Remboursement à 100 % de la téléconsultation et consultations longues

0,2

Annulation d’économies

0,1

Aide financiĂšre aux professionnels

1,4

Total

15

Source : commission des finances à partir des documents budgétaires.

2.   Le financement de revalorisations salariales

Les concertations du « Ségur de la santé » se sont tenues en juin et en juillet 2020, et ont abouti à la signature de plusieurs accords, entre le 13 et le 16 juillet 2020.

La revalorisation socle des salaires a été actée dans le cadre du « Ségur », avec des effets budgétaires importants pour 2020 et 2021. Cette revalorisation consiste à attribuer un complément de traitement indiciaire (et son équivalent pour les agents contractuels) aux personnels exerçant leurs fonctions dans des établissements publics de santé ou des EHPAD.

Cette revalorisation s’est traduite par le versement de 90 euros nets supplĂ©mentaires par mois pour les personnels des Ă©tablissements de santĂ© et des EHPAD (80 euros par mois pour les salariĂ©s du secteur privĂ© lucratif) Ă  compter de septembre 2020, pour un coĂ»t total d’un milliard d’euros. Ce complĂ©ment de traitement indiciaire sera en outre pris en compte dans le calcul des pensions de retraite.

La seconde tranche, de 93 euros nets, sera versĂ©e en mars 2021. À compter de mars 2021, les salaires seront donc supĂ©rieurs de 183 euros par mois Ă  la situation antĂ©rieure aux accords du « SĂ©gur ».

3.   Baisse des remboursements de soins de ville

Les remboursements de soins de ville sont sous-exĂ©cutĂ©s Ă  hauteur de 4,5 milliards d’euros, dont 200 millions d’euros portant sur les remboursements des mĂ©dicaments et 300 millions d’euros portant sur les remboursements de dispositif mĂ©dicaux.

La majeure partie de cette sous-exĂ©cution provient de l’activitĂ© des professionnels de santé en ville : les honoraires mĂ©dicaux et dentaires se sont notamment rĂ©vĂ©lĂ©s infĂ©rieurs de 2,1 milliards d’euros Ă  l’objectif fixĂ© par la LFSS pour 2020. Les remboursements de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale ont Ă©tĂ© particuliĂšrement en–deçà des montants remboursĂ©s en 2019, avec une diminution de 12 %, avec un point bas Ă  28 % en avril.

De plus, la contribution des organismes complĂ©mentaires, enregistrĂ©e comme attĂ©nuation de dĂ©penses Ă  hauteur d’un milliard d’euros (cf. supra) permet de diminuer l’ONDAM en 2020.

Le CADAM souligne toutefois que la prĂ©vision d’une sous-exĂ©cution des soins de ville de 4,5 milliards d’euros (contre 5,4 milliards d’euros estimĂ©s en juin 2020) repose sur une hypothĂšse de retour Ă  la normale Ă  la fin de l’annĂ©e. Si cette hypothĂšse est jugĂ©e « plausible » ([73]) , elle s’inscrit dans un contexte de grande incertitude. La direction de la sĂ©curitĂ© sociale (DSS) a confirmĂ© lors de son audition que le niveau d’incertitude restait encore fort quant au niveau de dĂ©penses final pour 2020, notamment concernant les surcoĂ»ts de la crise dans les Ă©tablissements de santé ([74]). Ainsi, « des réévaluations significatives restent possibles plus avant dans l’annĂ©e en fonction des dĂ©veloppements de la crise sanitaire et du rythme de retour Ă  une activitĂ© normale des professions de santĂ© libĂ©rales » ([75]).

C.   Un ONDAM pour 2021 et un objectif de dÉpenses pour la branche maladie qui traduisent de nouvelles charges liÉes À la crise sanitaire mais Ă©galement des rĂ©formes structurelles

Si des surcoĂ»ts liĂ©s Ă  la crise seront enregistrĂ©s en 2021 (1), la croissance de l’ONDAM s’explique Ă©galement par la mise en place de rĂ©formes structurelles, en partie issues du « SĂ©gur de la santé » (2), dont la mise en place deux dispositifs innovants, les maisons de naissance et les hĂŽtels hospitaliers (3).

ONDAM rectifié pour 2020 et ondam pour 2021

(en milliards d’euros et en pourcentage)

 

Pour 2020 rectifié par le PLFSS pour 2021

Pour 2021 par le PLFSS pour 2021

Évolution 2020 / rectifiĂ© 2021

Évolution 2020 / rectifiĂ© 2021

Dépenses de soins de ville

93,5

98,9

5,4

5,78 %

Dépenses relatives aux établissements de santé

87,7

92,3

4,6

5,25 %

Contribution (pour 2020) ou dépenses (pour 2021) relatives aux établissements et services pour personnes ùgées

11,5

13,4

1,9

16,52 %

Contribution (pour 2020) ou dépenses (pour 2021) relatives aux établissements et services pour personnes handicapées

12

12,4

0,4

3,33 %

Dépenses relatives au fonds d'intervention régionale

3,8

3,8

-

-

Autres prises en charge

7,2

3,8

– 3,4

– 47,22 %

Total

215,7

224,6

8,9

4,13 %

Source : commission des finances à partir de l’annexe B du PLFSS pour 2021.

L’évolution tendancielle des dĂ©penses repose sur une hypothĂšse de retour Ă  la normale de l’activitĂ© de soins dĂšs la fin de l’annĂ©e 2020, qui se confirmerait en 2021. Ainsi, la progression spontanĂ©e des dĂ©penses d’assurance maladie est estimĂ©e Ă  4,4 %. Plus prĂ©cisĂ©ment, la progression spontanĂ©e des soins de ville serait de 5,2 %, celle des Ă©tablissements de santĂ© de 3,6 % (incluant le protocole PPCR, le plan de refondation des urgences et la stratĂ©gie « Ma santĂ© 2022 »), et celle des Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux serait de 4,1 %.

En outre, en 2021, 7,4 milliards d’euros de dĂ©penses sont liĂ©s aux effets du « SĂ©gur » (dont trois quarts sont des dĂ©penses de personnel), et 4,3 milliards d’euros sont liĂ©s aux surcoĂ»ts entraĂźnĂ©s par le covid.

Enfin, la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche conduit Ă  Ă©largir le pĂ©rimĂštre de l’ONDAM, en intĂ©grant 1,4 milliard d’euros de dĂ©penses supplĂ©mentaires, financĂ©es jusqu’ici par la CNSA sur ses ressources propres.

L’ONDAM pour 2021 intĂšgre Ă©galement 4 milliards d’euros de mesures de rĂ©gulation, permettant de rĂ©duire son montant total.

Ainsi, l’ONDAM progresserait en 2021 de 3,5 % par rapport Ă  2020. Toutefois, en excluant les surcoĂ»ts liĂ©s en 2020 et en 2021 Ă  la crise sanitaire, l’ONDAM progresserait de 6 %, soulignant l’importance des mesures structurelles financĂ©es en 2021.

Ă©volution entre l’ondam pour 2020 rectifiĂ© et l’ondam pour 2021

(en milliards d’euros)

Note : Avant 2020, il convient de parler des contributions de l’assurance maladie aux Ă©tablissements et services pour personnes ĂągĂ©es et handicapĂ©es. À partir de 2021 et de la crĂ©ation de la branche autonomie, il convient de parler de dĂ©penses relatives aux Ă©tablissements et services pour personnes ĂągĂ©es et handicapĂ©es.

Source : commission des finances à partir du PLFSS pour 2021.

L’analyse des objectifs de dĂ©penses de la branche maladie (recouvrant un champ plus large que l’ONDAM, il inclut notamment les prestations d’invaliditĂ© et de dĂ©cĂšs, ainsi que des indemnitĂ©s journaliĂšres d’assurance maternitĂ© et paternitĂ©) rĂ©vĂšle Ă©galement l’ampleur des surcoĂ»ts liĂ©s Ă  la crise sanitaire, particuliĂšrement forts en 2020.

Ă©volution DE L’OBJECTIF de dĂ©penses de la branche maladie

(en milliards d’euros et en pourcentage)

 

2019 exécuté

2020 prévisionnel

2020 rectifié

2021 prévisionnel

Régimes obligatoires de base

218,1

224,1

236,1

218,4

Évolution

 

2,75 %

5,35 %

– 7,50 %

Régime général

216,6

222,6

234,60

216,90

Évolution

 

2,77 %

5,39 %

– 7,54 %

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2002 et du PLFSS pour 2021.


Ă©volution de l’objectif de dĂ©penses de la branche maladie

(en milliards d’euros)

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2020 et du PLFSS pour 2021.

Ainsi, l’objectif de dĂ©penses pour 2020 a augmentĂ© de 5,35 % pour les rĂ©gimes obligatoires de base et de 5,39 % pour le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral entre le vote de la LFSS pour 2020 et la prĂ©sentation du PLFSS pour 2021. Cette croissance importante et brutale des dĂ©penses de santĂ© se traduit Ă©galement par une baisse relative en 2021, annĂ©e oĂč les dĂ©penses de la branche maladie devraient diminuer de 7,5 % environ par rapport Ă  2020.

1.   Des surcoûts conjoncturels liés à la crise sanitaire

L’ONDAM pour 2021 inclut Ă©galement les surcoĂ»ts anticipĂ©s de la crise sanitaire, par le biais d’une provision de 4,3 milliards d’euros, ventilĂ©e entre les diffĂ©rents sous-objectifs. Trois principaux champs de dĂ©penses seront ainsi couverts :

– le remboursement en 2021 d’un grand nombre de tests diagnostiques, pour un montant de 2 milliards d’euros, rĂ©partis ente le sous-objectif « soins de ville » (85 %) et le sous-objectif « établissements sanitaires » (15 %) ;

– le financement potentiel de vaccins, par le biais d’une provision de 1,5 milliard d’euros. Les incertitudes restent encore fortes à ce sujet ;

– l’achat de masques pour les personnes testĂ©es positives, identifiĂ©es comme cas-contact, ou souffrant d’une pathologie chronique, pour un montant de 700 millions d’euros ;

– une contribution de 100 millions d’euros au fonctionnement de SantĂ© publique France en soutien de ses missions liĂ©es Ă  la crise sanitaire (recrutements, gestion des stocks, Ă©volutions informatiques
).

De la mĂȘme maniĂšre que pour l’ONDAM pour 2020, la fixation de l’ONDAM pour 2021 repose sur des hypothĂšses encore pour partie incertaines, et notamment l’absence d’une « seconde vague » aussi violente que celle vĂ©cue au printemps 2020 et le retour Ă  une trajectoire de soins normale ([76]).

L’affectation Ă  la caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) des excĂ©dents de la caisse d’assurance maladie des industries Ă©lectriques et gaziĂšres (CAMIEG)
et des provisions relatives à la réserve de prévoyance de la caisse de prévoyance
et de retaite des personnels de la SNCF (CPRP-SCNF)

L’article 11 du PLFSS propose l’affectation Ă  la CNAM des excĂ©dents de la CAMIEG et des provisions relatives Ă  la rĂ©serve de prĂ©voyance de la CPRP-SCNF. Les rapporteures pour avis sont favorables Ă  cette mesure, qui permet de mobiliser des sommes actuellement dormantes et d’un montant important, Ă  un moment oĂč l’équilibre de la branche maladie est trĂšs dĂ©gradĂ© et oĂč les rĂ©gimes complĂ©mentaires ont au contraire enregistrĂ© de moindres dĂ©penses en raison des consĂ©quences de la crise sanitaire sur les dĂ©penses de santĂ© de ville.

Depuis 2007, la CAMIEG a dĂ©gagĂ© des excĂ©dents importants sur les deux fonds d’assurance maladie complĂ©mentaire obligatoire qu’elle gĂšre. MalgrĂ© une baisse des cotisations en 2014 et une augmentation du niveau de prise en charge de certaines prestations, la constitution de ces excĂ©dents s’est poursuivie. Par consĂ©quent, et dans un contexte de forte mobilisation du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et de moindre mobilisation des rĂ©gimes complĂ©mentaires au plus fort de la crise, le transfert de 175 millions d’euros vers le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral rĂ©pond Ă  un impĂ©ratif de solidaritĂ© et d’efficience de la dĂ©pense publique.

Les rĂ©serves du rĂ©gime de prĂ©voyance de la CPRP-SNCF, chargĂ©e de la gestion du rĂ©gime de retraite et de prĂ©voyance des salariĂ©s de la SCNF, sont mobilisĂ©es pour couvrir les besoins de trĂ©sorerie de la branche vieillesse, dont la trĂ©sorerie est structurellement nĂ©gative en raison du dĂ©calage entre le paiement des pensions et l’encaissement des cotisations. Toutefois, la caisse dispose chaque annĂ©e de rĂ©serves excĂ©dant les besoins de trĂ©sorerie du rĂ©gime de retraite. Elle doit donc placer ces rĂ©serves, avec la double contrainte d’un placement limitĂ© Ă  un an au titre de l’article L. 139-4 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale, et d’un placement Ă  taux nĂ©gatif dans le contexte de marchĂ© actuel.

Le transfert de 176,6 millions d’euros des rĂ©serves de la CPRP-SCNF vers la CNAM sera en outre sans consĂ©quence sur la gestion de la caisse, qui depuis mai 2019 bĂ©nĂ©ficie des conditions de financement de l’Acoss pour ses besoins de liquiditĂ©s. DĂšs lors, il est seulement nĂ©cessaire d’augmenter en LFSS le niveau du recours au financement de l’Acoss de la caisse afin de couvrir les besoins temporaires de trĂ©sorerie du rĂ©gime de retraite.

2.   Des adaptations structurelles ambitieuses pour rénover et soulager un systÚme de santé toujours mobilisé

La mise en Ɠuvre des mesures issues du « SĂ©gur de la santé » (a), la poursuite du dĂ©ploiement du plan « Ma santĂ© 2022 » (b), ainsi que des Ă©volutions de pĂ©rimĂštres (c) sont portĂ©es et financĂ©es par le PLFSS pour 2021.

a.   Les mesures issues du Ségur de la Santé

Les dĂ©penses supplĂ©mentaires comprises dans l’ONDAM pour 2021 au titre des mesures du « SĂ©gur » reprĂ©sentent 7,4 milliards d’euros.

Cette somme comprend en premier lieu l’effet en annĂ©e pleine de la revalorisation salariale de septembre 2020, ainsi que la mise en place de la deuxiĂšme phase en mars 2021.

Le « SĂ©gur » comprend toutefois d’autres mesures salariales, conduisant sur la pĂ©riode 2020-2023 Ă  une hausse de l’ONDAM de 8,8 milliards d’euros, dont 5,8 milliards d’euros en 2021.

Outre la revalorisation des salaires des personnels exerçant leurs fonctions dans des Ă©tablissements publics de santĂ© ou des EHPAD (cf. supra), dont le coĂ»t devrait atteindre 4,88 milliards d’euros en 2021, parmi les mesures de ces accords figure la revalorisation de l’indemnitĂ© d’engagement de service public exclusif. Cette indemnitĂ© est versĂ©e Ă  un large ensemble de professionnels de la santé : praticiens hospitaliers Ă  temps plein et Ă  temps partiel, assistants des hĂŽpitaux, personnes hospitalo-universitaires titulaires et non titulaires qui s’engagent par contrat et pour une durĂ©e de trois ans, Ă  ne pas exercer d’activitĂ© libĂ©rale intra-hospitaliĂšre ou Ă  exercer exclusivement en Ă©tablissement public de santĂ©, selon le statut ([77]). Cette prime s’élevait Ă  493,35 euros bruts par mois, et pouvait ĂȘtre majorĂ©e selon l’anciennetĂ©. Les accords du « SĂ©gur » permettent sa revalorisation, pour atteindre 700 euros. En outre, et en application du plan « Investir pour l’hĂŽpital », cette prime est dĂ©sormais versĂ©e aux praticiens hospitaliers en pĂ©riode probatoire, alors que seuls les praticiens nommĂ©s Ă  titre permanent pouvaient en bĂ©nĂ©ficier. Le coĂ»t annuel de cette mesure est de 390 millions d’euros.

Enfin, la suppression des trois premiers Ă©chelons de la grille de praticien hospitalier Ă  partir du 1er octobre 2020 (cf. infra) reprĂ©sente un coĂ»t de 24,5 millions d’euros en 2021.

Les accords du « SĂ©gur » comprennent en outre les premiers dĂ©ploiements du plan d’investissement de 6 milliards d’euros, destinĂ©s aux Ă©tablissements de santĂ© Ă  hauteur de 2,5 milliards d’euros et des Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux à hauteur de 2,1 milliards d’euros. Cette somme comprend Ă©galement une enveloppe transversale de 1,4 milliard d’euros sur trois ans afin de soutenir l’investissement dans le numĂ©rique en santĂ©. 1,2 milliard d’euros seront dĂ©caissĂ©s en 2021 au titre du plan d’investissement.

Le dĂ©ploiement des crĂ©dits dĂ©diĂ©s Ă  l’investissement doit se lire en cohĂ©rence avec la reprise de 13 milliards d’euros de dette des hĂŽpitaux (cf. supra) : les deux mesures visent Ă  redonner aux Ă©tablissements de santĂ© des marges de manƓuvre pour investir.

Le pacte de refondation des urgences et le plan « Investir pour l’hĂŽpital » :
des démarches préfiguratrices du « Ségur de la santé »

Le ministĂšre des solidaritĂ©s et de la santĂ© a depuis le dĂ©but du quinquennat portĂ© plusieurs mesures de soutien Ă  l’hĂŽpital. Un certain nombre d’entre elles ont permis de prĂ©parer le « SĂ©gur de la santé », et se trouvent inscrites dans les accords qui en ont dĂ©coulĂ©.

Le pacte de refondation des urgences, portĂ© par Mme AgnĂšs Buzyn, ministre des solidaritĂ©s et de la santĂ©, et dotĂ© d’une enveloppe de 750 millions d’euros, avait dĂ©jĂ  permis d’amĂ©liorer considĂ©rablement la situation des urgences, qui a vu le nombre de passage annuel doubler en 20 ans, atteignant 22 millions en 2018. Ce plan comprenait notamment une prime de 100 euros mensuels Ă  destination des assistants de rĂ©gulation, ainsi que l’extension de l’indemnitĂ© forfaitaire de risque aux personnels non mĂ©dicaux rĂ©alisant au moins la moitiĂ© de leur temps de travail dans une structure mobile d’urgence et de rĂ©animation ou dans une structure des urgences gĂ©nĂ©rale ou pĂ©diatrique. Le montant de cette prime est de 100 euros nets mensuels par professionnel, pour un coĂ»t en annĂ©e pleine de 55 millions d’euros. En outre, des crĂ©dits ont Ă©tĂ© allouĂ©s aux hĂŽpitaux Ă  l’étĂ© 2019 afin de financer des besoins non couverts, en personnels notamment. Dans cette optique, 15 millions d’euros ont Ă©tĂ© dĂ©lĂ©guĂ©s aux Ă©tablissements. Les objectifs de cette dotation de soutien s’inscrivaient dans les prioritĂ©s que les urgences allaient connaĂźtre quelques mois plus tard, au plus fort de la crise sanitaire : il s’agissait de maintenir un nombre suffisant de lits ouverts pour assurer l’hospitalisation des patients des urgences et d’accompagner un surcroĂźt exceptionnel d’activitĂ© que le financement classique ne permettrait pas de prendre en compte suffisamment rapidement.

En outre, parmi les mesures mises en Ɠuvre par le « SĂ©gur de la santé », figure la suspension des trois premiers Ă©chelons de la grille des praticiens hospitaliers, Ă  compter du 1er octobre 2020. Cette mesure, d’un coĂ»t de 24,5 millions d’euros, figurait dans le plan « Investir pour l’hĂŽpital » de novembre 2019 et visait Ă  accroĂźtre l’attractivitĂ© des carriĂšres hospitaliĂšres pour les jeunes mĂ©decins. Le plan « Investir pour l’hĂŽpital » s’articule pleinement avec la stratĂ©gie « Ma santĂ© 2022 », et reposait sur la mobilisation d’1,5 milliard d’euros pour le fonctionnement de l’hĂŽpital. Outre la revalorisation des premiers Ă©chelons de la grille des praticiens, le plan comportait une prime annuelle nette de 800 euros pour les infirmiers et aides-soignants des zones les plus tendues gagnant moins que le salaire mĂ©dian, et instaurait une prime permettant de rĂ©compenser l’investissement des personnels. Il proposait Ă©galement de revaloriser le mĂ©tier d’aide-soignant par la mise en place d’un grade de dĂ©bouchĂ© en catĂ©gorie B en fin de carriĂšre et un accĂšs simplifiĂ© aux formations des personnels en gĂ©riatrie. Le plan « Investir dans l’hĂŽpital » annonçait Ă©galement plusieurs des enjeux majeurs rĂ©vĂ©lĂ©s par la crise sanitaire du covid-19 : outre la valorisation des carriĂšres des infirmiers et aides-soignants, il reposait sur une rĂ©forme de la gouvernance de l’hĂŽpital et sur une simplification des dĂ©marches administratives. Il comprenait Ă©galement la mobilisation de 150 millions d’euros d’investissement chaque annĂ©e sur trois ans au titre de l’investissement courant et la reprise de la dette hospitaliĂšre, deux mesures figurant dans le « SĂ©gur de la santé ».

Enfin, une prime « grand Ăąge », instaurĂ©e par le dĂ©cret n° 2020-66 du 30 janvier 2020, a permis le versement d’une prime de 118 euros bruts mensuels pour les aides soignants titulaires ou stagiaires exerçant dans les structures dĂ©diĂ©es Ă  la prise en charge des personnes ĂągĂ©es.

 

En outre, le « SĂ©gur de la santé » prĂ©voit plusieurs mesures visant à fĂ©dĂ©rer les acteurs de la santĂ©, par le biais d’une approche reposant sur les caractĂ©ristiques des territoires. Cet axe de travail repose sur le dĂ©veloppement des astreintes sanitaires pour les Ă©tablissements de personnes ĂągĂ©es et des Ă©quipes mobiles, sur le fait de lever les freins Ă  la tĂ©lĂ©consultation et de prolonger sa prise en charge Ă  100 % (portĂ© par l’article 32 du PLFSS, cf. supra), et de dĂ©velopper l’accĂšs aux soins non-programmĂ©s ainsi que l’exercice coordonnĂ©. 650 millions d’euros, dont 400 en 2021, seront dĂ©diĂ©s Ă  ces objectifs.

AccÚs aux soins : une préoccupation constante pour un systÚme de santé efficace

En matiĂšre de santĂ©, la France prĂ©sente une situation paradoxale faite d’excellence avec une espĂ©rance de vie autour de 85 ans pour les femmes et d’inĂ©galitĂ©s profondes liĂ©es à des difficultĂ©s dans l’accĂšs aux soins, en raison des dĂ©serts mĂ©dicaux ou de l’absence de moyens financiers. En 2018, 13,4 % de la population rĂ©sidait dans un territoire prĂ©sentant un indicateur d’accessibilitĂ© potentielle localisĂ©e aux mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes infĂ©rieur à 2,5 consultations par an et par habitant.

De mĂȘme, les attentes des professionnels de santĂ© ont elles aussi Ă©voluĂ© en raison du vieillissement de la population, de l’utilisation croissante du numĂ©rique ou l’augmentation des maladies chroniques.

Repenser le systĂšme de santĂ© et renforcer l’accĂšs de soins est l’un des enjeux centraux de la politique de santĂ© menĂ©e depuis le dĂ©but du quinquennat du prĂ©sident Emmanuel Macron. La stratĂ©gie « Ma santĂ© 2022 », traduite en partie dans la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative Ă  l’organisation et Ă  la transformation du systĂšme de santĂ©, vise notamment Ă  faciliter l’accĂšs Ă  un professionnel de santĂ© dans tous les territoires. La stratĂ©gie a notamment permis d’accĂ©lĂ©rer le dĂ©ploiement des communautĂ©s professionnelles territoriales de santĂ© (CPTS), de recruter des Ă©tudiants de profils divers et leur permettre de s’orienter progressivement vers les mĂ©tiers de la santĂ© (avec notamment la suppression du numerus clausus depuis 2020), de crĂ©er des postes d’assistantes mĂ©dicaux, et vise la crĂ©ation de 400 postes de mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes salariĂ©s ou Ă  exercice mixyr ville-hĂŽpital.

Plusieurs autres dispositifs permettent ausis de favoriser l’accùs aux soins des personnes à faibles ressources :

– le Gouvernement a mis en Ɠuvre la rĂ©forme du « 100 % santé » baptisĂ©e aussi « reste Ă  charge zĂ©ro ». L’objectif de cette rĂ©forme est de favoriser l’accĂšs aux soins des citoyens les plus dĂ©munis et mettre fin aux inĂ©galitĂ©s dans l’accĂšs aux soins.

Cette réforme offre aux assurés, depuis le 1er janvier 2019, la prise en charge intégrale par la sécurité sociale et leur complémentaire santé pour certaines lunettes, prothÚses dentaires et appareils auditifs ;

– anciennement appelĂ©e couverture maladie universelle complĂ©mentaire depuis le 1er novembre 2019 (CMU-C), la complĂ©mentaire santĂ© solidaire (CSS), vise à faciliter l’accĂšs aux soins en permettant la prise en charge gratuite des dĂ©penses de santĂ© y compris en cabinet, Ă  l’hĂŽpital ou en clinique.

La CSS, en plus de prendre en charge les prothÚses dentaires, lunettes, aides auditifs dans le cadre du reste à charge zéro, dispense d'avance des frais ou tiers payant.

L’objectif de cette rĂ©forme est de permettre une meilleure lisibilitĂ© dans l’accĂšs aux droits. À la fin du mois de mai 2020, 7,5 millions de personnes bĂ©nĂ©ficiaient de cette complĂ©mentaire santĂ© solidaire. Elle est financĂ©e en totalitĂ© par le produit de la taxe de solidaritĂ© additionnelle Ă  laquelle sont assujettis les organismes d’assurances complĂ©mentaire.

En France, la santĂ© ne doit pas ĂȘtre un luxe parce qu’elle est Ă  la base de tout ! Les rapporteures pour avis ne peuvent accepter que des femmes, hommes ou enfants renoncent Ă  se soigner par manque de moyens.

 

Répartition par sous-objectifs des crédits ouverts en 2021
au titre des mesures du « Ségur de la santé »

(en pourcentage)

Source : commission des finances d’aprùs le REPSS relatif à l’ONDAM.

Ainsi, en prenant en compte un ONDAM dĂ©flatĂ© des surcoĂ»ts liĂ©s au covid, il progresserait de 6 %. La majeure partie de cette augmentation s’explique par les mesures du « SĂ©gur de la santé ».

b.   Le plan « Ma santé 2022 » : un déploiement repoussé en raison de la crise sanitaire mais poursuivi et aménagé par le PLFSS pour 2021

Le PLFSS reprend plusieurs Ă©lĂ©ments du plan « Ma santĂ© 2022 » et du plan de refondation des urgences, dont la rĂ©forme de la tarification des urgences, qu’il poursuit et amplifie.

Le PLFSS propose la mise en place d’un reste Ă  charge (RAC) spĂ©cifique aux urgences. Dans la situation actuelle, le patient qui se prĂ©sente aux urgences doit s’acquitter d’un reste Ă  charge dĂ» Ă  son passage aux urgences en lui-mĂȘme, puis au titre de chaque acte rĂ©alisĂ©, au titre du ticket modĂ©rateur proportionnel. L’article 28 du PLFSS propose de remplacer ce fonctionnement, qui peut s’avĂ©rer coĂ»teux pour les assurĂ©s dans certains cas de figure, par la crĂ©ation d’un forfait unique de 18 euros pour les assurĂ©s dĂ©pendant du droit commun et de 8 euros pour les assurĂ©s exonĂ©rĂ©s. Cette rĂ©forme rĂ©pond Ă  un double objectif : tout d’abord, la crise sanitaire a montrĂ© l’importance des coĂ»ts de gestion et du temps consacrĂ© aux dĂ©marches administratives dans les hĂŽpitaux. La mise en place de ce dispositif doit permettre de simplifier la facturation et le recouvrement. D’autre part, pour les assurĂ©s, la lisibilitĂ© de la prise en charge et sa comprĂ©hension s’en trouveront accrus.

En outre, le plan « Ma santĂ© 2022 » comprenait une rĂ©forme importante des hĂŽpitaux de proximitĂ©, concernant notamment ses missions, son fonctionnement, ainsi que ses conditions de labellisation. La loi 24 juillet 2019 relative à l’organisation et Ă  la transformation du systĂšme de santĂ© a permis d’initier ce train de rĂ©formes, tandis que la LFSS pour 2020 a rĂ©formĂ© leur financement, en instaurant un financement mixte reposant d’une part sur une garantie pluriannuelle de financement et d’autre part sur une dotation de responsabilitĂ© territoriale, en lien avec l’approche populationnelle portĂ©e par la stratĂ©gie « Ma santĂ© 2022 ». Ce nouveau mode de financement vient en remplacement d’un financement spĂ©cifique aux hĂŽpitaux de proximitĂ©, dĂ©fini en 2016 et garantissant un niveau de ressources indĂ©pendant de l’activitĂ© rĂ©alisĂ©e.

Toutefois, la crise n’a pas permis Ă  tous les hĂŽpitaux ayant engagĂ© une dĂ©marche de labellisation, nĂ©cessaire pour bĂ©nĂ©ficier du nouveau mode de financement, de la terminer Ă  temps. L’article 28 du PLFSS propose donc la mise en Ɠuvre d’une mesure transitoire, visant Ă  permettre aux Ă©tablissements de continuer Ă  bĂ©nĂ©ficier des modalitĂ©s de financement issues du texte de 2016, et non de passer Ă  un financement de droit commun, reposant sur l’activitĂ©.

Le mĂȘme article 28 propose notamment la rĂ©forme du ticket modĂ©rateur en psychiatrie et pour les soins de suites et de rĂ©adaptation, initialement prĂ©vue en LFSS pour 2020 mais retardĂ©e par la crise sanitaire. La rĂ©forme proposĂ©e consistait Ă  remplacer les tarifs journaliers de prestations, dĂ©terminĂ©s par Ă©tablissement, par une nomenclature simplifiĂ©e et unifiĂ©e, permettant de dĂ©terminer la participation des patents. Le PLFSS pour 2021 propose donc de reporter au 1er janvier 2022 la rĂ©forme du ticket modĂ©rateur pour la psychiatrie et les SSR.

 

Le fonds pour la complémentaire santé solidaire

L’article 40 du PLFSS vise Ă  accompagner la fermeture du fonds pour la complĂ©mentaire santĂ© solidaire au 31 dĂ©cembre 2020, fermeture dĂ©cidĂ©e en novembre 2019 en application des recommandations du quatriĂšme comitĂ© interministĂ©riel de la transformation publique.

Le fonds pour la complĂ©mentaire santĂ© solidaire a Ă©tĂ© créé en 1999 afin d’assurer le financement des aides publiques Ă  la couverture complĂ©mentaire santĂ© des publics modestes. Ainsi, il prend en charge la complĂ©mentaire santĂ© de ses bĂ©nĂ©ficiaires, en remboursant aux organismes gestionnaires les sommes correspondant Ă  la prise en charge des prestations servies. Les recettes du fonds sont constituĂ©es d’une fraction de la taxe de solidaritĂ© additionnelle sur les complĂ©mentaires santĂ©.

Cette mission est prioritaire aux yeux du Gouvernement et de la majorité parlementaire : les missions du fonds seront par conséquent réaffectées. La suppression du fonds implique également de revoir le circuit de financement des prestations dont il avait la charge jusque-là.

Si les rapporteures pour avis s’inscrivent pleinement dans l’objectif de simplification de l’action publique, source de nĂ©cessaires Ă©conomies dans un contexte de dĂ©gradation sans prĂ©cĂ©dent du solde public, elles soulignent le haut degrĂ© d’expertise et de technicitĂ© des Ă©quipes du fonds pour la CSS et insistent sur la nĂ©cessitĂ© de ne pas « perdre » des compĂ©tences dans l’opĂ©ration de suppression du fonds.

c.   Des évolutions de périmÚtres liées à la création de la branche autonomie et à des mesures de simplification

En raison de mesures de transfert vers la branche autonomie (cf. infra), le pĂ©rimĂštre de la branche maladie sera rĂ©duit de 22,8 milliards d’euros en 2021, soit environ 10 %.

Dans le mĂȘme temps, les dĂ©penses devraient augmenter de 300 millions d’euros sous l’effet du transfert du financement de l’allocation supplĂ©mentaire d’invaliditĂ© (ASI) de l’État Ă  la sĂ©curitĂ© sociale, compensĂ©e par l’affectation d’une fraction de TVA (cf. supra). En effet, l’ASI est actuellement servie par la sĂ©curitĂ© sociale mais financĂ©e par l’État, donnant lieu Ă  des circuits de financements d’une complexitĂ© inutile. L’article 37 du PLFSS pour 2021 propose donc de transfĂ©rer l’intĂ©gralitĂ© du circuit Ă  l’assurance maladie.

À noter Ă©galement, l’ONDAM inclut 4 milliards d’euros de mesures de rĂ©gulation. Ces mesures s’articulent en quatre axes d’économies :

– la structuration de l’offre de soin pour 800 millions d’euros ;

– des baisses de prix sur les mĂ©dicaments et sur les dispositifs mĂ©dicaux pour 70 millions d’euros ;

– l’amĂ©lioration de la pertinence et la qualitĂ© des soins en ville pour un milliard d’euros ;

– la pertinence et l’efficience des arrĂȘts de travail et des transports pour 300 millions d’euros.

3.   Les hÎtels hospitaliers et les maisons de naissance : deux dispositifs innovants

Le PLFSS porte deux mesures Ă  la fois bĂ©nĂ©fiques pour l’organisation du systĂšme hospitalier et sources d’économies. Les maisons de naissance (article 30) et les hĂŽtels hospitaliers (article 31) rĂ©pondent en effet Ă  une logique commune : ces dispositifs reposent sur la dĂ©localisation, hors des espaces mĂ©dicalisĂ©s de l’hĂŽpital, d’activitĂ©s ou de prises en charge qui ne nĂ©cessitent pas une prĂ©sence dans les murs des patients, permettant d’une part de libĂ©rer des espaces et du temps pour les personnels soignants et pour les patients nĂ©cessitant une prise en charge hospitaliĂšre, et d’autre part d’assurer une qualitĂ© de service et un suivi mĂ©dical suffisants Ă  moindres coĂ»ts.

● Les maisons de naissance sont des lieux, distincts des maternitĂ©s, permettant le suivi des grossesses, l’accouchement et la prise en charge de leurs suites, sous la responsabilitĂ© exclusive de sages-femmes. Ces lieux ne sont pas mĂ©dicalisĂ©s : ils ne comprennent que des sages-femmes, ne sont pas dotĂ©s d’un plateau technique, et sont destinĂ©s Ă  gĂ©rer des naissances par voie basse sans complication. Une maternitĂ© est toutefois partenaire de chaque maison de naissance afin de pouvoir prendre en charge rapidement et de maniĂšre sĂ©curisĂ©e un cas de complication. L’objectif premier de ce dispositif est d’enrichir le choix en pĂ©rinatalitĂ© et de proposer des alternatives Ă  l’accouchement mĂ©dicalisĂ© en maternitĂ©.

Le dispositif prend actuellement la forme d’une expĂ©rimentation, autorisĂ©e par la loi n° 2013-1118 du 6 dĂ©cembre 2013, portant sur huit maisons de naissance, dans six rĂ©gions diffĂ©rentes. En outre, le coĂ»t d’une naissance en maison de naissance est infĂ©rieur au coĂ»t de prise en charge d’un accouchement dans une maternitĂ© de niveau 1, en raison du moindre niveau de mĂ©dicalisation, et parce que les mĂšres ne sont pas logĂ©es sur place : la diffĂ©rence de coĂ»t est Ă©valuĂ©e Ă  1 207 euros ([78]) .

Sur la base des rĂ©sultats positifs de l’expĂ©rimentation, l’article 30 du PLFSS pour 2021 propose la pĂ©rennisation du dispositif. Le Gouvernement projette Ă©galement la crĂ©ation de douze nouvelles maisons de naissance. Sur la base de ces projections, et compte tenu du moindre coĂ»t d’une naissance en maison de naissance, le potentiel d’économie est estimĂ© Ă  un million d’euros ([79]).

● Les hĂŽtels hospitaliers sont des structures d’hĂ©bergement (ils ne sont pas mĂ©dicalisĂ©s) accueillant des personnes qui doivent sĂ©journer Ă  l’hĂŽpital ou à proximitĂ© mais n’ayant pas besoin d’un soin Ă  ce moment donnĂ©, par exemple un patient rĂ©sidant loin de l’hĂŽpital devant bĂ©nĂ©ficier d’un soin hospitalier le matin. Ces structures permettent de libĂ©rer des lits pour les patients qui en ont le plus besoin, de fluidifier la prise en charge hospitaliĂšre et de recentrer l’hĂŽpital sur sa mission de soins, tout en permettant la rĂ©alisation d’économies. Ils pourraient Ă©galement permettre d’accĂ©lĂ©rer la gĂ©nĂ©ralisation des chambres Ă  un seul lit. Les hĂŽtels hospitaliers en fonctionnement reposent sur une expĂ©rimentation permise en LFSS pour 2015 pour une durĂ©e trois ans. 41 sites ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s pour prendre part Ă  cette expĂ©rimentation. 28 de ces 41 sites ont fait l’objet d’une Ă©valuation par le Gouvernement.

Comme le prĂ©voyait l’article 53 de la LFSS pour 2015, un rapport d’évaluation a Ă©tĂ© remis au Parlement. Il apparaĂźt que la plupart des Ă©tablissements ont fait appel Ă  une structure extĂ©rieure pour la mise en place du dispositif (des hĂŽtels commerciaux, des structures associatives, ou des formules mixtes). Le prix de la nuitĂ©e varie entre 45 et 70 euros, selon le modĂšle retenu ([80]).

Si les rĂ©sultats de l’expĂ©rimentation sont positifs quant aux objectifs de fluidification du parcours des patients et d’optimisation des capacitĂ©s d’accueil hospitaliĂšre, la forte concentration des sĂ©jours soulĂšve des interrogations : 75 % des sĂ©jours sont portĂ©s par cinq Ă©tablissements, tandis que l’activitĂ© des autres sites reste relativement faible. En outre, les modalitĂ©s de financement, forfaitaires, prĂ©sentent des limites. Elles sont notamment trop peu incitatives pour permettre le dĂ©ploiement d’une activitĂ© soutenue, et plusieurs hĂŽpitaux ont Ă©prouvĂ© des difficultĂ©s Ă  stabiliser le dispositif d’un point de vue budgĂ©taire.

Par consĂ©quent l’article 31 PLFSS pour 2021 propose la mise en Ɠuvre d’un financement temporaire Ă  destination des Ă©tablissements de santĂ©, afin de leur permettre de proposer un hĂ©bergement non-mĂ©dicalisĂ©. Ce financement transitoire a pour objectif de permettre aux Ă©tablissements de dĂ©ployer plus amplement le dispositif. Si les modalitĂ©s prĂ©cises de ce modĂšle de financement sont en cours de discussion et doivent ĂȘtre fixĂ©es par dĂ©cret en Conseil d’État, l’étude d’impact de l’article 31 suggĂšre que la dotation forfaitaire pourrait ĂȘtre renforcĂ©e par une dotation allouĂ©e en fonction du nombre de nuitĂ©es, et pourrait ĂȘtre modulĂ©e en fonction de l’atteinte des indicateurs de qualitĂ© et d’efficience ([81]). Toujours selon l’étude d’impact de l’article 31 du PLFSS, ce financement incitatif serait mis en Ɠuvre durant les trois premiĂšres annĂ©es aprĂšs crĂ©ation de la structure, avant qu’elle n’atteigne une situation d’autofinancement permise par les rĂ©organisations induites par le dispositif au sein des Ă©tablissements hospitaliers. Les dispositions dĂ©finissant les modalitĂ©s de financement ne figurent toutefois pas dans l’article 31 du PLFSS, qui porte le dispositif.

Les rapporteures pour avis soulignent la nĂ©cessaire autonomie budgĂ©taire de ces structures, afin d’éviter qu’elles ne pĂšsent in fine sur les finances des hĂŽpitaux, se rĂ©vĂ©lant ainsi contreproductives au regard de leur objectif d’économies.

Un rapport d’évaluation sera remis au Parlement au 31 dĂ©cembre 2022.

II.   des effets mineurs de la crise sur les dÉpenses de la branche retraite À court terme

Les dĂ©penses de la branche retraite confirment leur croissance en 2019 (A) comme en 2020 et en 2021 (B), dĂ©montrant la faiblesse des consĂ©quences de la crise sanitaire sur les dĂ©penses de pensions. À plus long terme, les effets sur la branche retraite devraient ĂȘtre plus importants, mais restent trĂšs incertains (C).

A.   Des dépenses de retraite qui restent dynamiques en 2019 bien que contenues par la revalorisation à 0,3 % des pensions

Si la branche retraite Ă©tait dĂ©ficitaire en 2019, Ă  hauteur de 1,4 milliard d’euros, la croissance des charges a lĂ©gĂšrement ralenti par rapport à 2018. Celles-ci ont ainsi crĂ» de 2,6 % aprĂšs 2,9 % en 2018, en raison du ralentissement de la croissance des droits propres du fait la revalorisation annuelle limitĂ©e Ă  0,3 %.

B.   Des prÉvisions de dÉpenses peu modifiÉes par la crise sanitaire pour 2020 et 2021

Les dépenses de retraites ne subissent pas de conséquences directes de la crise sanitaire au contraire du FSV (1). Cette dynamique se maintient en 2021 (2).

1.   Des dĂ©penses de retraite pour 2020 dynamisĂ©es par la revalorisation des pensions et ne subissant pas d’effets visibles de la crise sanitaire, au contraire des dĂ©penses du FSV

En 2020, les dĂ©penses de la branche retraite du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral progresseraient Ă  un rythme trĂšs proche de celui de 2019, sous l’effet de plusieurs phĂ©nomĂšnes aux effets opposĂ©s :

– la revalorisation moyenne des pensions est plus importante qu’en 2019 (+ 0,8 % aprĂšs + 0,3 % en 2019), Ă  hauteur de 0,3 % pour les pensions brutes supĂ©rieures Ă  2000 euros et de 1 % pour celles d’un montant infĂ©rieur, entraĂźnant une croissance des dĂ©penses de prestations Ă  hauteur de 3 % ;

– en outre, l’annĂ©e 2020 marque une inflexion dans l’évolution de la pension moyenne : aprĂšs une croissance continue, elle serait affectĂ©e par le relĂšvement de l’ñge lĂ©gal et de celui du taux plein automatique, deux rĂ©formes qui tendent Ă  diminuer le flux de nouveaux retraitĂ©s, et donc l’effet noria, selon lequel les pensions nouvellement liquidĂ©es sont en moyenne plus importante que les pensions des assurĂ©s qui dĂ©cĂšdent ;

– la contribution de la branche Ă  la compensation dĂ©mographique serait rĂ©duite en raison de la baisse massive de la masse salariale, l’un des principaux dĂ©terminants des calculs de ce transfert de solidaritĂ© entre les rĂ©gimes de retraite.  Elle diminuerait ainsi de 11,9 % par rapport Ă  2018.

La progression des dĂ©penses de retraite serait ainsi 2,5 %, s’inscrivant dans une tendance de long terme de dynamisme des dĂ©penses de la branche vieillesse.

Cette tendance de long terme à la croissance des dépenses de retraite a plusieurs déterminants :

– la hausse des effectifs de retraitĂ©s, par l’arrivĂ©e en retraite des gĂ©nĂ©rations du baby-boom. Les rĂ©formes successives des retraites survenues depuis 2010 ont toutefois conduit Ă  ralentir le rythme des nouvelles liquidations ;

– la croissance de la pension moyenne des retraitĂ©s, en raison de carriĂšres plus dynamiques et d’une participation accrue des femmes au marchĂ© du travail ;

– la revalorisation des pensions, qui tend toutefois Ă  modĂ©rer la croissance des dĂ©penses en raison de la faible inflation observĂ©e ces derniĂšres annĂ©es et des dĂ©cisions de sous-revalorisation. En 2019, la revalorisation des pensions a Ă©tĂ© limitĂ©e Ă  0,3 % (contre 1,6 % en application de la rĂšgle de revalorisation sur l’inflation). En 2020, la revalorisation des pensions s’est Ă©levĂ©e en moyenne à 0,7 %, en application d’une revalorisation de 0,3 % pour les pensions supĂ©rieures Ă  2 000 euros bruts mensuels et de 1 % pour celles d’un montant infĂ©rieur. Cette hausse de la revalorisation explique la croissance de 2,6 % des droits propres.

La continuitĂ© des prĂ©visions de dĂ©penses ne rĂ©vĂšle pas de surmortalitĂ© de nature Ă  modifier de maniĂšre structurelle les dĂ©penses de la branche vieillesse. Au total, entre le 1er mars et 31 juillet, SantĂ© publique France a recensĂ© 30 224 dĂ©cĂšs attribuĂ©s au covid-19 ([82]). Dans le sens inverse, la crise sanitaire a Ă©galement engendrĂ© une sous-mortalitĂ©, causĂ©e par la base des activitĂ©s Ă©conomiques et de loisirs entraĂźnant une baisse des morts accidentelles. Durant l’étĂ©, une sous-mortalitĂ© a Ă©galement Ă©tĂ© observĂ©e, signe que le covid, dans certains cas, a prĂ©cipitĂ© la fin de vie de personnes dĂ©jĂ  atteintes de morbiditĂ©s graves Cette sous-mortalitĂ© compense partiellement la surmortalitĂ© liĂ©e directement au virus.

La surmortalité observée devrait se traduire par la disparation de 22 500 retraités environ : les effectifs de retraités seraient révisés à la baisse à hauteur de 0,14 % en 2021 ([83]).

Toutefois, la part des dĂ©penses de retraite dans le PIB devrait brutalement augmenter en 2020, en raison de la baisse du dĂ©nominateur : avec 330,6 milliards d’euros versĂ©s en 2019, les dĂ©penses de retraite reprĂ©sentaient 13,6 % du PIB. En 2020, en raison de la faible progression des pensions causĂ©e par la faiblesse de l’inflation et de la basse du PIB, la part des dĂ©penses de retraites dans le PIB atteindrait 15,2 %.

Toutefois, les dĂ©penses du fonds de solidaritĂ© vieillesse (FSV) ont crĂ» en raison de la crise sanitaire, le financement des droits durant les pĂ©riodes d’activitĂ© partielle ayant Ă©tĂ© mis Ă  sa charge ([84]).  Ces derniĂšres augmentent de 4,8 %. Cet effet reste toutefois modĂ©rĂ©, et notamment moins important que dans une situation dans laquelle l’activitĂ© partielle n’aurait pas Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©e de maniĂšre massive et les destructions d’emplois auraient Ă©tĂ© plus importantes.

En effet, la prĂ©vision de chĂŽmeurs pour le premier semestre 2021 a Ă©tĂ© revue Ă  la baisse par PĂŽle emploi, en raison du prolongement de l’activitĂ© partielle, qui pour un certain nombre de salariĂ©s vient se substituer au chĂŽmage. Or, la prise en charge d’une personne au chĂŽmage reprĂ©sente un coĂ»t plus important pour le FSV que la prise en charge d’une personne en activitĂ© partielle.

Ainsi, le coĂ»t total de la crise pour le FSV est de 1,1 milliard d’euros en dĂ©pense, dont 777 millions d’euros au titre du chĂŽmage (263 157 chĂŽmeurs de plus en moyenne annuelle de plus que prĂ©vue en dĂ©but d’annĂ©e 2020), 245 millions d’euros au titre de la prise en charge de l’activitĂ© partielle, et 115 millions d’euros au titre du surcroĂźt de prise en charge au titre des arrĂȘts de travail ([85]).

Toutefois, sans l’activitĂ© partielle, le coĂ»t supplĂ©mentaire serait de 1,1 milliard d’euros. Une Ă©conomie substantielle est donc rĂ©alisĂ©e par le FSV grĂące au maintien du recours Ă  l’activitĂ© partielle, permettant une moindre dĂ©gradation de son dĂ©ficit.

L’augmentation de l’allocation de solidaritĂ© aux personnes ĂągĂ©es,
un levier efficace pour un meilleur accĂšs aux droits

Anciennement appelĂ©e « minimum vieillesse », l’allocation de solidaritĂ© aux personnes ĂągĂ©es (ASPA) est une prestation mensuelle accordĂ©e aux retraitĂ©s disposant de faibles ressources. DĂ©pendant notamment de la situation familiale et des revenus de l’allocataire, l’ASPA permet d’apporter un complĂ©ment de revenu Ă  certaines personnes ĂągĂ©es. Elle est versĂ©e sans contrepartie de cotisation, par la caisse d’assurance retraite et de santĂ© au travail (CARSAT) ou par la MSA. Depuis quelques annĂ©es, le montant de l’ASPA fait l’objet de nombreuses revalorisations.

Les montants versĂ©s annuellement au titre du minimum vieillesse ont mĂ©caniquement augmentĂ©, passant de 3,079 milliards d’euros en 2017 Ă  3,235 milliards d’euros en 2018, soit une augmentation de 5 %, puis Ă  3,606 milliards d’euros en 2019, en hausse de 11,5 %. En 2019, la croissance des montants annuels devrait ralentir, pour atteindre 9,4 %. Ces augmentations du montant de l’ASPA se prĂ©sentent comme suit :

– en avril 2018, l’article 40 de la LFSS pour 2018 a revalorisĂ© de façon exceptionnelle les prestations non contributives, avec l’objectif de majorer de 100 euros par mois le plafond de l’ASPA ;

– en 2019, une nouvelle hausse de 35 euros a Ă©tĂ© appliquĂ©e, portant l’ASPA Ă  868 euros pour une personne seule ;

– depuis 2020, le minimum vieillesse a fait l’objet d’une nouvelle revalorisation. Ainsi, le montant de la prestation est passĂ© de 803,20 euros Ă  903,20 euros mensuels pour une personne seule et 1 402 euros pour un couple.

Ces diffĂ©rentes revalorisations ont eu deux effets de nature Ă  amĂ©liorer le recours des seniors Ă  cette prestation. D’une part, il a conduit Ă  majorer mĂ©caniquement les pensions des personnes qui Ă©taient dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©ficiaires. D’autre part, il a permis Ă  de nouveaux allocataires de bĂ©nĂ©ficier de la prestation, pour des montants relativement faibles. Toutefois, alors que le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires de l’allocation a diminuĂ© de 4 % en 2017, le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires est reparti Ă  la hausse en 2018, croissant de 2,1 %, puis de 3,4 % en 2019. Ainsi, environ 25 000 nouveaux bĂ©nĂ©ficiaires sont enregistrĂ©s chaque annĂ©e, ce qui constitue une rĂ©ussite dans l’amĂ©lioration du recours aux droits.

2.   Les prĂ©visions de dĂ©penses pour 2021 confirment l’insensibilitĂ© observĂ©e des dĂ©penses de pensions Ă  la crise sanitaire

Les dĂ©penses de la branche retraite de la sĂ©curitĂ© sociale ne sont que peu modifiĂ©es par la crise sanitaire. L’objectif de dĂ©penses de la branche est fixĂ© à 251,9 milliards d’euros pour l’ensemble des rĂ©gimes obligatoires de base (contre 247 milliards d’euros en objectif rectifiĂ© pour 2020, en hausse de 1,98 %), et à 144,7 milliards d’euros pour le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral (contre 140,60 milliards d’euros en objectif rectifiĂ© pour 2020, en hausse de 2,92 %).

Ă©volution de l’objectif de dĂ©penses de la branche vieillesse

(en milliards d’euros et en pourcentage)

 

2019 exécuté

2020 prévisionnel

2020 rectifié

2021 prévisionnel

Régimes obligatoires de base

241,3

247,3

247

251,9

Évolution

 

2,49 %

– 0,12 %

1,98 %

Régime général

137,1

141,7

140,60

144,70

Évolution

 

3,36 %

– 0,78 %

2,92 %

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2002 et du PLFSS pour 2021.

Les objectifs de dĂ©penses pour 2021 s’inscrivent donc dans la continuitĂ© des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes.

évolution des objectifs de dépenses de la branche vieillesse

(en milliards d’euros)

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2002 et du PLFSS pour 2021.

 La croissance des dĂ©penses de la branche retraite du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral serait de 3 %, malgrĂ© un ralentissement de la croissance des prestations (+ 2,6 % aprĂšs + 3 % en 2020), en raison d’une moindre revalorisation (+ 0,4 % aprĂšs + 0,8 % en moyenne 2020) causĂ©e par le faible niveau de l’inflation. Ainsi, aprĂšs une croissance de 2,6 % des droits propres en 2020, ils ne devraient croĂźtre que de 2,2 % en 2021.

Les dĂ©penses du FSV devraient diminuer par rapport Ă  2020 en raison de la reprise Ă©conomique attendue (– 2,6 %), mais devraient toutefois demeurer supĂ©rieures aux niveaux de dĂ©penses antĂ©rieurs Ă  la crise, atteignant 19,16 milliards d’euros en 2021. Ces prĂ©visions sont toutefois incertaines, au regard de la sensibilitĂ© des dĂ©penses du FSV Ă  l’activitĂ© Ă©conomique.

C.   Des consÉquences incertaines À plus long terme

À long terme, les consĂ©quences de la crise sanitaire sont plus incertaines pour le systĂšme de retraite, et notamment pour le FSV. Elles dĂ©pendront notamment de l’ampleur de la reprise, Ă  plusieurs titres.

La crise Ă©conomique devrait Ă  long terme se rĂ©percutĂ©e sur les droits acquis par les gĂ©nĂ©rations actuellement en activitĂ© et qui entrent sur le marchĂ© du travail. En effet, une diminution durable du niveau des salaires, pris en compte pour le calcul de la retraite, pourrait conduire Ă  terme Ă  modĂ©rer la croissance des dĂ©penses de retraite. Cet effet ne pourra toutefois ĂȘtre observĂ© qu’à long terme, au moment oĂč ces assurĂ©s partiront en retraite.

Pour le FSV, la rapiditĂ© et l’ampleur de la reprise seront dĂ©terminants dans sa trajectoire de dĂ©penses.

III.   La branche famille marquÉe par des mesures de transfert et le renforcement du congĂ© paternitÉ et d’accueil du jeune enfant

Si les dĂ©penses de la branche maladie se sont stabilisĂ©es en 2019 (A), elles ont cru en 2020 Ă  la faveur de la mobilisation de la branche dans l’accompagnement des familles lors de la crise sanitaire et Ă©conomique (B). Les dĂ©penses de la branche devraient se stabiliser Ă  nouveau en 2020, en raison notamment d’une mesure de transfert vers la branche autonomie nouvellement créée (C) et de l’allongement du congĂ© paternitĂ©, ainsi que de sa transformation en prestation partiellement obligatoire (D).

A.   la stabilisation des dépenses de la brance famille en 2019

Les charges de la branche famille du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral ont Ă©tĂ© stables en 2019 (– 0,1 % par rapport Ă  2018), en raison de la baisse du montant des prestations versĂ©es.

La croissance des prestations d’entretien a notamment ralenti pour atteindre 0,6 %, en raison de la revalorisation des prestations limitĂ©e Ă  0,3 % et de la fin de la montĂ©e en charge des revalorisations prĂ©vues dans le cadre du plan de lutte contre la pauvretĂ©.

Dans le mĂȘme temps, les prestations liĂ©es Ă  la petite enfance ont diminuĂ© de 3 % en raison de la rĂ©forme de l’allocation de base et du complĂ©ment du mode de garde, ainsi que de la baisse du recours au congĂ© parental. Les prestations d’action sociale ont toutefois crĂ» de 3 %.

B.   Une forte mobilisation de la branche famille au plus fort de la crise sanitaire

La crise sanitaire et la pĂ©riode de confinement qui en a dĂ©coulĂ© ont mis de nombreuses familles dans une situation d’incertitude et de prĂ©caritĂ© importante. Afin de limiter ces effets nĂ©fastes, la branche famille a dĂ©ployĂ© de nombreux dispositifs de soutien. Les rapporteures spĂ©ciales saluent Ă  cet Ă©gard la rĂ©activitĂ© des Ă©quipes de la CAF et des CNAF.

Une aide exceptionnelle de solidaritĂ© a tout d’abord Ă©tĂ© versĂ©e durant le mois de mai aux bĂ©nĂ©ficiaires du RSA et aux foyers percevant des APL et ayant des enfants Ă  charge. Cette mesure a bĂ©nĂ©ficiĂ© Ă  3,6 millions de foyers, pour un coĂ»t total de 821 millions d’euros. L’allocation de rentrĂ©e scolaire a par ailleurs connu une majoration de 100 euros afin de soutenir les familles, pour un coĂ»t de 55 millions d’euros. La revalorisation de cette allocation a conduit Ă  une hausse de 3,1 % des d’entretien. Cette revalorisation de l’allocation de rentrĂ©e scolaire explique la majeure partie de l’augmentation de 1 % des charges de la branche en 2020.

Un effort important a Ă©galement Ă©tĂ© fait pour Ă©viter les situations de ruptures de droit : durant le confinement, les minimas sociaux pour lesquels il Ă©tait impossible de prĂ©senter les revenus justificatifs ont Ă©tĂ© maintenus. En outre, l’allocation de soutien familial aux familles monoparentales rĂ©cemment sĂ©parĂ©es n’ayant pas encore de titre exĂ©cutoire de pension alimentaire a Ă©tĂ© poursuivie au-delĂ  de la pĂ©riode de droit commun. Une logique similaire a notamment Ă©tĂ© appliquĂ©e pour l’allocation d’éducation de l’enfant handicapĂ© (AEEH) : les droits arrivant Ă  Ă©chĂ©ance entre le 12 mars et le 31 juillet ont Ă©tĂ© prolongĂ©s de six mois.

Les dĂ©penses liĂ©es Ă  la petite enfance ont a contrario poursuivi leur diminution (– 6,2 %), accentuĂ©e par les crises sanitaires. Les Ă©tablissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) et les maisons d’assistants maternels (MAM) ont en effet subi les effets de la pĂ©riode de confinement sur leur activitĂ©. Durant la pĂ©riode de confinement, la part des places fermĂ©es a atteint 96,7 % en micro-crĂšches PAJE, 96,1 % dans les EAJE relevant de la PSU et 92,8 % en MAM.

Des aides ont toutefois Ă©tĂ© versĂ©es aux Ă©tablissements d’accueil du jeune enfant mis en difficultĂ© lors de la crise sanitaire, en raison notamment des fermetures d’équipements et d’un moindre niveau de frĂ©quentation des structures. Ainsi, un forfait de 27 euros par jour et par place fermĂ©e a Ă©tĂ© versĂ© aux EAJE ayant du personnel de droit public et un forfait de 17 euros par jour et par place fermĂ©e dans les EAJE ayant du personnel de droit privĂ©. Pour les MAM, le montant de l’aide forfaitaire est de 3 euros par jour et par place fermĂ©e. La contrepartie de cette aide est la non-facturation Ă  la famille.

En outre, le conseil d’administration de la CAF a dĂ©cidĂ© la mise en place d’une aide exceptionnelle pour les EAJE de 10 euros par jour et par place ouverte et occupĂ©e entre le 11 mai et le 3 juillet 2020.

Les aides exceptionnelles pour la pĂ©riode courant du 2 mars au 31 juillet 2020 sont estimĂ©es Ă  655,5 millions d’euros, dont 582,9 millions d’euros au titre des aides pour places fermĂ©es ou non pourvues.

La stratégie de lutte contre la pauvreté

Selon l’enquĂȘte Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) de l’INSEE de 2018, le taux de pauvretĂ© des 18-29 ans est estimĂ© Ă  19,7 %. Compte tenu du revenu mĂ©dian et de prise en compte du seuil de 60 %, ce sont 1,6 million de jeunes ĂągĂ©s de 18 Ă  29 ans qui vivent avec moins de 1 063 euros par mois.

Afin d’apporter une rĂ©ponse Ă  cette situation, la stratĂ©gie de lutte contre la pauvretĂ© a Ă©tĂ© dotĂ©e de 8,8 milliards d’euros sur quatre ans, comprenant des crĂ©dits rattachĂ©s Ă  la branche famille. En 2020, environ 2 milliards d’euros ont Ă©tĂ© dĂ©caissĂ©s au titre de la stratĂ©gie. Elle est articulĂ©e autour de cinq axes :

– l’égalitĂ© des chances dĂšs le premier pas, qui porte notamment les actions visant les modes d’accueil de la petite enfance ;

– la garantie des droits fondamentaux des enfants au quotidien, qui comprend la mesure des petits-dĂ©jeuners Ă  l’école et de la tarification sociale des cantines ;

– la garantie d’un parcours de formation, qui vise notamment Ă  empĂȘcher les « sorties sĂšches » de l’ASE ;

– la recherche de droits sociaux plus accessibles, plus Ă©quitables et plus incitatifs à l’activitĂ©, notamment par le biais du dĂ©veloppement des rĂ©fĂ©rents de parcours et la refonte des minima sociaux ;

– l’investissement pour l’accompagnement de tous vers l’emploi, reposant notamment sur le dĂ©veloppement de l’insertion par l’activitĂ© Ă©conomique et la rĂ©novation du travail social.

Le budget de la sĂ©curitĂ© sociale finance notamment les actions relatives Ă  la crĂ©ation de places en Ă©tablissement d’accueil de jeunes enfants et Ă  leur mixitĂ© sociale (au travers des bonus « territoires » et « mixitĂ© sociale »), au dĂ©veloppement des centres sociaux, aux dispositifs de complĂ©mentaire santĂ© solidaire et « 100 % santé », au programme « M’tes dents », ainsi qu’aux dispositifs mĂ©dico-sociaux de prise en charge des personnes prĂ©caires.

C.   Un objectif de dÉpenses en lÉgÈre baisse, en raison de mesures de transfert vers la branche autonomie

L’objectif de dĂ©penses de la branche famille pour 2020, fixĂ© Ă  50,3 milliards d’euros en LFSS pour 2020, est rectifiĂ© Ă  la hausse Ă  hauteur de 0,2 % par le PLFSS pour 2021, pour atteindre 50,4 milliards d’euros. L’objectif de dĂ©penses de la branche famille pour 2021 est fixĂ© Ă  49,3 milliards d’euros, en baisse de 2,18 % par rapport Ă  l’objectif pour 2020 rectifiĂ©.

 

 

Ă©volution de l’objectif de dĂ©penses de la branche famille

(en milliards d’euros et en pourcentage)

 

2019 exécuté

2020 prévisionnel

2020 rectifié

2021 prévisionnel

Montant

49,9

50,3

50,4

49,3

Évolution entre N-1 et N

 

0,80 %

0,20 %

– 2,18 %

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2020 et du PLFSS pour 2021.

Les dépenses devraient se stabiliser en 2021, à la faveur de plusieurs effets.

Ă©volution de l’objectif de dĂ©penses de la brance famille

(en milliards d’euros)

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2020 et du PLFSS pour 2021.

Les charges nettes se stabiliseraient Ă  nouveau en 2021 (– 0,1 %), sous l’effet du recul des prestations, contrecoup logique de la revalorisation en 2020 de l’allocation de rentrĂ©e scolaire qui avait conduit Ă  majorer les dĂ©penses de la branche de 500 millions d’euros. Entre autre, la faible inflation conduit Ă  une relative stabilisation des dĂ©penses de prestation.

Enfin, le PLFSS pour 2021 porte le transfert de l’allocation d’éducation de l’enfant handicapĂ© (AEH) de la branche famille Ă  la nouvelle branche autonomie (voir infra). Ce transfert conduit Ă  rĂ©duire de 1,2 milliard d’euros les dĂ©penses de la branche famille, expliquant la diminution de l’objectif de dĂ©penses.

Toutefois, la rĂ©forme du congĂ© paternitĂ© conduit Ă  augmenter les dĂ©penses de la branche de 260 millions d’euros en 2021, dont 16 millions d’euros au titre de caractĂšre obligatoire et 245 millions d’euros au titre de l’allongement du congĂ©, puis de 250 millions d’euros environ à partir de 2022.

 

D.   L’allongement et le caractÈre obligatoire du congÉ paternitÉ et d’accueil de l’enfant

Face au constat du faible partage de la charge parentale Ă  la naissance d’un enfant, et des consĂ©quences induites pour la carriĂšre des femmes, plusieurs initiatives ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© portĂ©es. Elles viennent en complĂ©ment du congĂ© maternitĂ©, qui dure 16 semaines pour les deux premiers enfants et 26 semaines Ă  partir du troisiĂšme enfant, et repose sur le versement d’un revenu de remplacement dans les modalitĂ©s varient selon les catĂ©gories professionnelles. Les salariĂ©s du privĂ© perçoivent des indemnitĂ©s proportionnelles Ă  leur salaire, pouvant ĂȘtre complĂ©tĂ©s par des conventions collectives ou des accords d’entreprise, tandis que les fonctionnaires et agents des entreprises publiques bĂ©nĂ©ficient d’un maintien de salaire. Les travailleuses indĂ©pendantes bĂ©nĂ©ficient d’une allocation forfaitaire et d’une indemnitĂ© journaliĂšre forfaitaire.

Le congĂ© de paternitĂ© et d’accueil de l’enfant, créé en LFSS pour 2002, ouvre au second parent le bĂ©nĂ©fice d’un congĂ© de 11 jours durant les quatre premiers mois suivant la naissance de l’enfant. Ils s’ajoutent aux trois jours de congĂ© de naissance. Durant ce congĂ©, les assurĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’une indemnisation dans les mĂȘmes conditions que le congĂ© maternité : ils perçoivent des indemnitĂ©s journaliĂšres Ă  hauteur de leur revenu brut abattu de 21 % dans la limite du plafond de la sĂ©curitĂ© sociale. Les travailleurs indĂ©pendants bĂ©nĂ©ficient Ă©galement d’une indemnitĂ© Ă©quivalente Ă  celle des travailleuses indĂ©pendantes, soit 56 euros par jour. Les fonctionnaires bĂ©nĂ©ficient eux d’un maintien de salaire, tandis que les exploitants agricoles peuvent bĂ©nĂ©ficier d’une allocation de remplacement.

MalgrĂ© le maintien d’un niveau de revenu Ă©quivalent ou proche du revenu normal, le taux de recours se stabilise et enregistre mĂȘme une lĂ©gĂšre baisse des derniĂšres annĂ©es. AprĂšs un point haut Ă  69,7 % de taux de recours en 2011, il est de 67,1 % en 2016, soit 404 000 parents ([86]). Par consĂ©quent, d’autres facteurs que le facteur financier semblent expliquer ce recours modĂ©rĂ© au dispositif. Ces raisons sont principalement professionnelles, relatives Ă  la charge de travail ou à la peur de l’employeur.

En outre, les taux de recours dĂ©pendent fortement de l’activitĂ© professionnelle : les salariĂ©s en CDD, et les indĂ©pendants y recourent moins. Ainsi, si 88 % des fonctionnaires et 80 % des salariĂ©s du secteur privĂ© en CDI sollicitent un congĂ© paternitĂ©, ils ne sont que 48 % des salariĂ©s en CDD et 32 % des travailleurs indĂ©pendants ([87]).

Les parents peuvent Ă©galement recourir au congĂ© parental d’éducation, non rĂ©munĂ©rĂ©, d’une durĂ©e comprise entre un mois et un an, pouvant ĂȘtre renouvelĂ© deux fois pour les deux premiers enfants et pouvant ĂȘtre renouvelĂ© jusqu’à cinq fois dĂšs le troisiĂšme enfant. En outre, les situations de maladie ou de handicap de l’enfant permettent d’allonger sa durĂ©e d’une annĂ©e supplĂ©mentaire.

Durant cette pĂ©riode de congĂ© parental d’éducation, le salariĂ© peut percevoir la prestation partagĂ©e d’éducation de l’enfant (Prepare), créée en 2014 ([88]). Chacun des parents ou les deux (en mĂȘme temps ou successivement) peuvent bĂ©nĂ©ficier de l’allocation. Si le montant de l’allocation est fonction de la quotitĂ© de travail, son montant reste faible : il varie entre 148,12 euros pour un emploi Ă  temps partiel et 397,20 euros pour un emploi Ă  temps plein. La Prepare se cumule avec le congĂ© de naissance de trois jours dont peuvent bĂ©nĂ©ficier tous les salariĂ©s, ces derniers bĂ©nĂ©ficiant durant ces trois jours d’un maintien de salaire.

Toutefois, ce dispositif a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© ses limites et Ă©choue Ă  remplir son objectif d’un meilleur partage des responsabilitĂ©s parentales : la part des hommes bĂ©nĂ©ficiaires de la Prepare a crĂ» de 4 % Ă  6 % entre 2016 et 2019 ([89]). En outre, le recours Ă  la prestation suit une tendance baissiĂšre.

Cette situation est insatisfaisante Ă  plusieurs Ă©gards, en ce qu’elle fait peser la charge parentale sur la mĂšre principalement, avec des effets potentiellement nĂ©gatifs sur sa carriĂšre et son insertion sur le marchĂ© du travail. En outre, le rapport de la commission des 1 000 jours souligne l’importance de la « disponibilitĂ© et de la proximitĂ© physique et Ă©motionnelle de la part des parents » ([90]), et par consĂ©quent l’importance de l’engagement du pĂšre avec le bĂ©bĂ©, permettant des effets positifs sur le dĂ©veloppement de l’enfant et un meilleur soutien de la mĂšre, diminuant les risques d’épuisement et de dĂ©pression. Ainsi, « plus le congĂ© paternitĂ© est long, plus la sensibilitĂ© du pĂšre/second parent Ă  l’enfant est grande » ([91]).

À partir de ces constats, le PLFSS pour 2021 porte une mesure d’allongement du congĂ© paternitĂ© et le rend partiellement obligatoire, afin de renforcer l’implication du pĂšre dans les premiers jours de l’enfant et de diminuer les inĂ©galitĂ©s. Son article 35 propose d’augmenter la durĂ©e du congĂ© paternitĂ© à 25 jours, soit quatre semaines en prenant en compte les trois jours de congĂ© de naissance, contre deux semaines aujourd’hui. En outre, il propose de le rendre obligatoire pendant les sept premiers jours, pĂ©riode comprenant les trois jours de congĂ© de naissance et quatre jours du congĂ© paternitĂ©. Cette interdiction d’emploi serait assortie d’une durĂ©e minimale d’indemnisation, de sept jours Ă©galement.

Cette disposition vise Ă  augmenter le taux de recours en limitant au maximum les considĂ©rations d’ordre professionnel qui contribuent aujourd’hui à limiter le recours au dispositif. Avec une mise en Ɠuvre dĂ©butant le 1er juillet, le coĂ»t de cette mesure serait de 260 millions d’euros en 2021 –  dont 16 millions d’euros au titre du caractĂšre obligatoire sur les sept premiers jours –, puis de 550 millions d’euros en annĂ©e pleine.

Les rapporteures pour avis soulignent toutefois le risque que le taux de recours reste infĂ©rieur Ă  ce qu’il devrait ĂȘtre, certains futurs pĂšres ne dĂ©clarant pas la grossesse de la mĂšre Ă  leur employeur. Il conviendrait Ă©galement de s’assurer que les pĂšres ne perçoivent pas l’allocation tout en continuant de se rendre au travail.

IV.   des dÉpenses en hausse pour la branche at-mp

Les dépenses de la branche AT-MP sont orientées à la hausse, en 2019 (A), comme en 2020 et 2021 (B).

A.   les dĂ©penses de la branche ont poursuivi leur croissance en 2019, À un rythme toutefois modĂ©rĂ©

Les prestations versĂ©es par la branche AT-MP et figurant dans le champ de l’ONDAM, soit les indemnitĂ©s journaliĂšres et remboursement de soins, sont restĂ©es dynamiques en 2019, en croissance de 7 %. Les dĂ©penses hors ONDAM ont quant Ă  elles repris une croissance modĂ©rĂ©e, atteignant 0,9 % aprĂšs une diminution de 0,9 % en 2018. La croissance des rentes d’incapacitĂ© a notamment ralenti en raison de la sous-revalorisation appliquĂ©e en 2019. Au total, les charges de la branche ont crĂ» de 1,6 %.

B.   Les dépenses de la branche at-mp resteraient orientées à la hausse en 2020 et 2021

Ă©volution de l’objectif de dĂ©penses de la branche at-mp

(en milliards d’euros et en pourcentage)

 

2019 exécuté

2020 prévisionnel

2020 rectifié

2021 prévisionnel

Régimes obligatoires de base

13,6

13,6

13,9

14,1

Évolution

 

0,00 %

2,21 %

1,44 %

Régime général

12,2

12,2

12,40

12,70

Évolution

 

0,00 %

1,64 %

2,42 %

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2020 et du PLFSS pour 2021.

La croissance modérée des dépenses de la branche se confirme, malgré une augmentation substantielle concernant le régime général en 2021.

Ă©volution de l’objectif de dĂ©penses de la branche at-mp

(en milliards d’euros)

Source : commission des finances à partir de la LFSS pour 2020 et du PLFSS pour 2021.

En 2020, les dĂ©penses de la branche devraient croĂźtre Ă  hauteur de 1,5 %, comme en 2019. Si les prestations entrant dans le champ de l’ONDAM restent dynamiques, leur croissance ralentit, pour atteindre 3,5 %, principalement en raison du ralentissement de la croissance des indemnitĂ©s journaliĂšres, qui devrait atteindre 4 % aprĂšs 9,7 % en 2019.

La branche AT-MP a Ă©galement vu son activitĂ© profondĂ©ment modifiĂ©e par la crise sanitaire. Lors du confinement et l’issue de ce dernier, elle a mis en Ɠuvre une subvention spĂ©cifique visant Ă  accompagner les entreprises dans la mise en place des gestes barriĂšre, afin de limiter les contaminations.

En outre, le décret du 14 septembre 2020 favorise la reconnaissance du covid-19 comme maladie professionnelle, en créant un tableau de maladie professionnelle dédié aux affectations respiratoires liées au virus.

Les dépenses de la branche en 2021 seraient supérieures aux prévisions pour 2020 à hauteur de 1,44 % concernant les régimes obligatoires de base et 2,42 % concernant le régime général. Le dynamisme des indemnités journaliÚres explique également cette croissance anticipée.

Toutefois, les dĂ©penses de la branche AT-MP progressent moins vite que la moyenne des dĂ©penses sociales, en raison d’une tendance de long terme de diminution des accidents du travail. Le poids de certaines pathologies tend toutefois Ă  augmenter : c’est notamment le cas des troubles musculo-squelettiques (TMS), dont l’indemnisation est en augmentation rapide et reprĂ©sente dĂ©sormais 81 % des maladies entraĂźnant un arrĂȘt de travail.

V.   La crÉation de la branche autonomie, une Évolution historique et nÉcessaire de la sÉcuritÉ sociale

Au terme de plusieurs rĂ©flexions sur la crĂ©ation d’une cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale (A), le PLFSS pour 2021 porte sa crĂ©ation et dĂ©finit son pĂ©rimĂštre et son architecture budgĂ©taire (B).

A.   La nÉcessaire crÉation d’une nouvelle branche et les travaux ayant prÉcĂ©dĂ© son installation

La dĂ©pendance Ă©tait prise en compte dans les politiques publiques depuis 2005, annĂ©e d’installation de la CNSA ([92]), comme une branche de la protection sociale, et non comme une branche de la sĂ©curitĂ© sociale, reconnue au titre des ordonnances de 1945 puis de l’article L. 200-2 du code de la sĂ©curitĂ© sociale.

 

Le dĂ©bat sur la pertinence de crĂ©er une cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale est en rĂ©alitĂ© ancien : aprĂšs une premiĂšre prise de conscience Ă  la fin du XXĂšme siĂšcle, le dĂ©bat a Ă©tĂ© relancĂ© en 2004 lors de l’examen de la loi ayant conduit Ă  crĂ©er la CNSA ([93]). Ce dĂ©bat a finalement abouti sur un compromis : bien que partiellement financĂ©e par elle, la CNSA est restĂ©e hors du champ de la sĂ©curitĂ© sociale. Elle assure depuis lors un rĂŽle de pĂ©rĂ©quation entre les rĂ©gions et les dĂ©partements, mais dispose Ă©galement de crĂ©dits propres via les sous-ONDAM mĂ©dico-sociaux. Elle est en outre chargĂ©e d’un rĂŽle d’animation des ARS dans le sens du partage des meilleures pratiques.

Le rapport portant sur la concertation « Grand Ăąge et autonomie », pilotĂ© par M. Dominique Libault et paru en mars 2019, a concouru Ă  relancer la rĂ©flexion sur le risque de perte d’autonomie. Il insistait notamment sur l’importance de « matĂ©rialiser l’affirmation de la perte d’autonomie des personnes ĂągĂ©es comme risque social » ([94]) – passant en particulier par « la rĂ©affirmation de la part du financement national dans le financement des prestations », l’un des objectifs de la cinquiĂšme branche –  et fixait plusieurs principes devant prĂ©sider Ă  l’affirmation de la couverture collective du risque de perte d’autonomie, parmi lesquels :

– la nĂ©cessitĂ© de garantir aux personnes ĂągĂ©es dĂ©pendantes la prĂ©sence de personnels qualifiĂ©s, ne pouvant passer que par plus grande valorisation et une plus grande structuration des mĂ©tiers du grand Ăąge ;

– la nĂ©cessitĂ© de simplifier l’accompagnement des personnes ĂągĂ©es dĂ©pendantes, en mettant un terme Ă  un fonctionnement complexe et source de ruptures de parcours ;

– l’affirmation d’un modĂšle d’accompagnement visant le maintien à domicile le plus longtemps possible et le dĂ©veloppement de solutions hybrides, permettant de sortir de l’alternative entre domicile et EHPAD ;

– la mise en place de prestations plus lisibles, plus justes, et permettant de rĂ©duire le coĂ»t des sĂ©jours en Ă©tablissements pour les publics les plus modestes.

 En proposant, Ă  l’article 4 du projet de loi relatif Ă  la dette sociale et à l’autonomie, de rendre un rapport au Parlement sur la crĂ©ation d’un cinquiĂšme risque ou d’une cinquiĂšme branche, le Gouvernement « n’a pas arbitrĂ© entre ceux deux choix » ([95]) dans le cadre du texte prĂ©sentĂ©. La commission spĂ©ciale s’est saisie de cette opportunitĂ©, en adoptant un amendement du rapporteur, M. Thomas Mesnier, relatif Ă  la transformation de l’autonomie en branche de la sĂ©curitĂ© sociale. Plusieurs arguments, prĂ©sentĂ©s en commission spĂ©ciale par le rapporteur, ont conduit Ă  cette Ă©volution fondamentale ([96]) : la crĂ©ation d’une cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale doit permettre une meilleure identification de l’effort collectif rĂ©alisĂ© en faveur de l’autonomie, se traduisant par une lisibilitĂ© et une information accrues pour les citoyens et le Parlement, ce dernier devant dĂšs lors voter un objectif de dĂ©penses, et non plus seulement des sous-objectifs mĂ©dico-sociaux de l’ONDAM.

En outre, une branche de la sĂ©curitĂ© sociale obĂ©it Ă  des rĂšgles budgĂ©taires et juridiques spĂ©cifiques. Elle repose sur la couverture d’un risque au moyen de recettes et de prestations dĂ©finies, propres Ă  la branche considĂ©rĂ©e, et lui offrant par consĂ©quent prĂ©visibilitĂ© et autonomie. Elle bĂ©nĂ©ficie dĂšs lors d’un « financement autonome et sĂ©curisé » ([97]).

L’organisation des branches de la sĂ©curitĂ© sociale est Ă©galement spĂ©cifique et encadrĂ©e, reposant sur un rĂ©seau de caisses locales pilotĂ©es par une caisse nationale.

Le rapport de M. Laurent Vachey relatif à la branche autonomie ([98]) souligne les objectifs de la création de cette cinquiÚme branche :

– une plus grande Ă©quitĂ© dans l’accĂšs aux services et aux prestations, afin de rĂ©pondre Ă  des disparitĂ©s importantes sur le territoire ;

– une simplification des prestations et des organisations, dont le fonctionnement est actuellement caractĂ©risĂ© par un haut niveau de complexité ;

– une organisation plus efficiente de la dĂ©pense de protection sociale.

Cette reconnaissance, et par consĂ©quent cette sanctuarisation des dĂ©penses en faveur de l’autonomie, Ă©taient rendues nĂ©cessaires par les Ă©volutions dĂ©mographiques : en 2040, 14,6 % des français auront 75 ans ou plus ([99]) selon la DREES.

En 2015, 1 265 000 personnes de plus de 60 ans Ă©taient bĂ©nĂ©ficiaires de l’APA et 74 000 de la prestation de compensation du handicap (PCH) ou de l’allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP). En 2030, les bĂ©nĂ©ficiaires de l’APA seraient 1 582 000 ([100]).

 

 

B.   Une architecture budgÉtaire renouvelÉe pour le financement de la cinquiÈme branche

La structuration de la branche autonomie est rendue possible par le PLFSS (1), s’accompagnant nĂ©cessairement de la dĂ©finition d’un objectif de dĂ©penses (2). Il porte Ă©galement une mesure de soutien aux services d’aides et d’accompagnement Ă  domicile (3).

1.   Le pĂ©rimĂštre et l’architecture budgĂ©taire de la branche autonomie : des Ă©volutions nĂ©cessaires

La crĂ©ation d’une cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale soulĂšve inĂ©vitablement la question de son pĂ©rimĂštre et de son architecture budgĂ©taire.

● L’objectif de dĂ©penses fixĂ© en PLFSS pour 2021 est de 31,2 milliards d’euros. Cet objectif intĂšgre les dĂ©penses d’ores et dĂ©jĂ  effectuĂ©es par la CNSA, dont le montant global est augmentĂ© en raison des revalorisations salariales (1,4 milliard d’euros) et des majorations d’investissement (400 millions d’euros) portĂ©es par le « SĂ©gur de la santé » Ă  destination des Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux. En outre, il intĂšgre les dĂ©penses de l’allocation d’éducation de l’enfant handicap (AEEH), auparavant financĂ©e par la branche famille.

L’intĂ©gration de cette allocation rĂ©pond Ă  deux objectifs, prĂ©sentĂ©s par M. Laurent Vachey lors de son audition par les rapporteures pour avis. D’une part, il s’agit d’isoler les dispositifs de compensation de la perte d’autonomie, et de les faire porter par une branche distincte afin de prĂ©senter de maniĂšre agrĂ©gĂ©e les dĂ©penses portant sur l’autonomie et de sĂ©curiser leur financement. D’autre part, l’intĂ©gration de l’AEEH dans la branche autonomie rĂ©pond Ă  un objectif de lisibilité : le droit d’option entre l’AEEH et l’APCH enfant est complexe Ă  mettre en Ɠuvre, peu lisible pour les familles.

● En outre, la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale entraĂźne nĂ©cessairement une Ă©volution de l’architecture budgĂ©taire de la CNSA.

Le budget actuel de la CNSA se dĂ©compose en sept sections, elles-mĂȘmes divisĂ©es en sous-sections, chacune finançant des types d’actions. Chacune de ces sections et sous-sections bĂ©nĂ©ficie d’une fraction de recettes dĂ©terminĂ©e. L’article L. 14-10-5 du code de l’action sociale et des familles affecte une part de chacune des fractions de recettes Ă  une dĂ©pense spĂ©cifique retracĂ©e dans l’une des sections du budget de la CNSA. Le principe d’affectation des recettes prĂ©vaut donc.

La part principale de ces recettes est constituĂ©e par l’ONDAM mĂ©dico-social, qui finance la section I relative au financement des Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux, pour un montant de 20,94 milliards d’euros en 2019. Le financement de ces Ă©tablissements est Ă©galement assurĂ© par des recettes propres de la CNSA ([101]). Le cumul de ces deux Ă©lĂ©ments constitue l’objectif global de dĂ©pense (OGD, 22,34 milliards d’euros en 2019). Cet OGD est donc fonction des recettes de la CNSA comprise dans son pĂ©rimĂštre, c’est-Ă -dire la majeure partie de la dotation de l’assurance maladie votĂ©e dans le cadre de l’ONDAM et des recettes propres de la CNSA.

Ce montant n’est toutefois pas Ă©gal au budget total de la CNSA : il ne comprend pas l’intĂ©gration de toute la section I, ni les concours aux dĂ©partements, ni les autres dĂ©penses d’intervention et de gestion, ni les aides Ă  l’investissement.

ConsĂ©quence directe de cette structuration, l’objectif global de dĂ©penses de la CNSA est directement fonction de ses recettes. En outre, ces recettes ne peuvent ĂȘtre rĂ©allouĂ©es entre les sections en fonction des besoins.

Cette structuration diffĂšre du fonctionnement budgĂ©taire des caisses des quatre branches de la sĂ©curitĂ© sociale : le code de la sĂ©curitĂ© sociale prĂ©voit que chaque caisse a pour mission de veiller Ă  l’équilibre financier de la branche et d’établir les comptes combinĂ©s de la branche. La partie rĂ©glementaire du code prĂ©voit que chaque caisse gĂšre des fonds, et Ă©numĂšre les recettes affectĂ©es et les dĂ©penses couvertes.

Suivant l’une des prĂ©conisations du rapport de M. Laurent Vachey, le PLFSS propose d’abandonner cette structuration particuliĂšrement complexe et rigide et de se rapprocher de la structuration budgĂ©taire des autres caisses, reposant sur l’affectation de ressources non flĂ©chĂ©es vers des dĂ©penses spĂ©cifiques – en remplacement de la dotation de l’assurance maladie –  et sur la crĂ©ation de fonds ([102]). En outre, la nouvelle architecture budgĂ©taire implique de dĂ©corrĂ©ler les recettes de la CNSA et la dĂ©termination de l’OGD, et de cesser d’affecter une part de ces recettes Ă  l’ODG. En effet, le flĂ©chage de recette vers le financement des dĂ©penses relevant de l’OGD actuel n’a plus lieu d’ĂȘtre, le pĂ©rimĂštre de cet OGD n’étant plus qu’une des dĂ©penses de la cinquiĂšme branche au mĂȘme titre que les autres, et le principe de non-affectation des ressources s’appliquant Ă  la cinquiĂšme branche.

Ainsi, les recettes de la branche seront dĂ©sormais utilisĂ©es pour financer, sans principe d’affectation, cinq grands types de dĂ©penses (financement des Ă©tablissements et service mĂ©dico-sociaux, financement des concours aux dĂ©partements au titre de l’APA et de la PCH, aides Ă  l’investissement au bĂ©nĂ©fice des ESMS, dĂ©penses de gestion, dĂ©penses d’intervention).

Toutefois, les concours versĂ©s aux dĂ©partements au titre de l’APA et de la PCH continueront de faire l’objet de financements dĂ©diĂ©s, par le biais d’une fraction des ressources de la CNSA.

Les rapporteures pour avis soutiennent l’idĂ©e dĂ©fendue par M. Laurent Vachey qu’il reste nĂ©cessaire que le Parlement, et non le seul conseil de la CNSA, se prononce sur les montants affectĂ©s aux quatre fonds qui pourraient ĂȘtre créés ([103]). Elles saluent Ă©galement la crĂ©ation d’une annexe portant sur les dĂ©penses de la branche autonomie.

La gouvernance de la CNSA

Le principal enjeu concernant la gouvernance de la CNSA est sa capacitĂ© Ă  piloter l’action locale de chacun des deux rĂ©seaux qu’elle anime (les ARS et les dĂ©partements), en faveur d’une plus grande efficacitĂ© et d’une plus grande Ă©quitĂ© entre les territoires.

Le rapport de M. Laurent Vachey propose que la CNSA et les maisons dĂ©partementales des personnes handicapĂ©es (MDPH) soient liĂ©es par une relation plus directe, reposant sur le versement d’un financement direct en lieu et place du versement de deux concours et de la conclusion de conventions d’appui Ă  la qualitĂ© de service. Ainsi, la CNSA pourrait avoir un dialogue de gestion plus efficace et plus direct avec ces structures. Dans la mĂȘme optique, il souhaite donner Ă  la branche la capacitĂ© de rĂ©aliser des audits de terrain au sein des MDPH, en sus du travail de diffusion des bonnes pratiques que la CNSA assure d’ores et dĂ©jĂ  Ă  leur Ă©gard. En outre, le dĂ©veloppement d’un systĂšme d’information gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l’ensemble des MDPH, en cours, doit ĂȘtre achevĂ© pour permettre des remontĂ©es et un suivi efficace des donnĂ©es. Ce fonctionnement tend Ă  se rapprocher de celui des autres caisses, et notamment de la CAF, dont la qualitĂ© des audits locaux est reconnue.

Enfin, Laurent Vachey propose de gĂ©nĂ©raliser les maisons de l’autonomie (MDA), un dispositif créé par l’article 82 de la loi n° 2015-1776 du 28 dĂ©cembre 2015 relative à l’adaptation de la sociĂ©tĂ© au vieillissement reposant sur la mutualisation de fonctions d’accueil, de conseil, d’orientation, et le cas Ă©chĂ©ant d’instruction des situations et des besoins au profit des personnes ĂągĂ©es et handicapĂ©es. Si la structure créée rĂ©pond aux critĂšres d’un cahier des charges dĂ©fini par dĂ©cret, la CNSA lui dĂ©livre un label. Toutefois, une seule MDA a Ă©tĂ© labellisĂ©e, et 17 autres ont Ă©tĂ© créées, sur des modĂšles divers et diffĂ©rant parfois trĂšs peu de la situation antĂ©rieure. Selon la direction gĂ©nĂ©rale de la cohĂ©sion sociale, la gĂ©nĂ©ralisation des MDA permettrait notamment une plus grande Ă©quitĂ© de traitement sur le territoire.

2.   Les dépenses de la branche autonomie en 2021

Les dĂ©penses rĂ©alisĂ©es en 2020 et comprises dans le pĂ©rimĂštre de la branche autonomie telle que créée pour 2021 reprĂ©sentent 29,8 milliards d’euros, dont 28,4 milliards d’euros de dĂ©penses prĂ©visionnelles de la CNSA et 275 millions d’euros de revalorisations salariales annoncĂ©es dans le cadre du « SĂ©gur de la santé » et 1,1 milliard d’euros de dĂ©penses prĂ©visionnelles au titre de l’AEEH.

En 2021, les dĂ©penses de la branche autonomie atteindraient 32,1 milliards d’euros, en progression de 4,7 % par rapport Ă  2020. La progression des dĂ©penses est due Ă  hauteur de 2,1 milliards d’euros aux mesures de revalorisations salariales et d’aide Ă  l’investissement du « SĂ©gur ». En outre, 200 millions d’euros supplĂ©mentaires devraient ĂȘtre dĂ©caissĂ©s au titre de l’APA et de la PCH (pour un total de 3 milliards d’euros de transfert aux dĂ©partements au titre de l’APA et de la PCH), ainsi que 100 millions d’euros supplĂ©mentaires au titre de l’AEEH.

En outre, le financement des Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux, via l’OGD (cf. supra), reprĂ©sente 84 % des dĂ©penses de la branche en 2021.

répartition des dépenses de la branche autonomie en 2021

(en milliards d’euros et en pourcentage)

Source : commission des finances à partir de l’annexe X du PLFSS pour 2021.

3.   Le renforcement et la valorisation des soins à domicile : le corollaire nécessaire de la création de la branche autonomie

Le rapport de M. Dominique Libault faisait de la valorisation des mĂ©tiers du grand Ăąge, et en particulier ceux des soins Ă  domicile, une composante essentielle du renforcement de la prise en compte du grand Ăąge et de l’autonomie.

Il prĂ©conisait notamment un soutien financier de 550 millions d’euros pour les services d’aide et d’accompagnement Ă  domicile, permettant de revaloriser les salaires et d’assurer une plus grande Ă©quitĂ© entre les dĂ©partements.

Ces recommandations s’appuient sur un constat partagé par les participants à la concertation « Grand Ăąge et autonomie » : les personnes ĂągĂ©es prĂ©fĂšrent rester à leur domicile plutĂŽt que de le quitter pour vivre en EHPAD. Le rapport cite une Ă©tude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), selon laquelle 80 % des Français considĂšrent qu’entrer en institution signifie perdre son autonomie de choix.

 

Les rapporteures pour avis souhaitent que la crĂ©ation de la branche autonomie permette dans les mois Ă  venir de rĂ©flĂ©chir collectivement aux moyens de valoriser de maniĂšre structurelle et durable les soins Ă  domicile en tant que composante Ă  part entiĂšre de l’accompagnement de la personne dĂ©pendante. PremiĂšre Ă©tape de ce travail, l’article 4 du PLFSS permet la reconnaissance de l’investissement de ces personnels durant la crise. Il propose en effet le versement d’une prime covid aux personnels des services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD). Cette prime serait dĂ©fiscalisĂ©e et dĂ©socialisĂ©e, sur le modĂšle de la prime versĂ©e aux professionnels exerçant au sein d’un Ă©tablissement ou d’un service mĂ©dico-social.

Cet article propose ainsi aide de la CNSA aux dĂ©partements, Ă  hauteur de 80 millions d’euros. L’enveloppe serait donc rĂ©partie entre les dĂ©partements par la CNSA, et sera mobilisable en contrepartie d’un effort financier au moins Ă©quivalent de la part des collectivitĂ©s territoriales.

HĂ©las, il n’aborde pas la question essentielle de la revalorisation des grilles salariales (avenants 43 et 44 de la convention collective nationale), bien que le dĂ©ficit d’attractivitĂ© de ces mĂ©tiers soit fortement liĂ© Ă  ce facteur.

Les rapporteures pour avis souhaitent vivement que les nĂ©gociations, encore en cours Ă  l’heure de remise du prĂ©sent rapport, aboutissent rapidement afin d’acter une augmentation propre Ă  crĂ©er un regain d’attractivitĂ© nĂ©cessaire Ă  ces mĂ©tiers en tension.

 

 

 

 


—  1  —

   Examen en commission

Au cours de sa premiÚre réunion du mercredi 14 octobre 2020, la commission examine, pour avis, le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021 (n° 3397).

 

M. Daniel Labaronne, prĂ©sident. Notre ordre du jour appelle l’examen pour avis du projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2021.

Je rappelle que la commission des affaires sociales, saisie au fond, a commencĂ© hier aprĂšs-midi ses travaux sur ce texte, dont la discussion en sĂ©ance publique dĂ©butera mardi 20 octobre. La commission des finances s’est quant Ă  elle saisie pour avis de l’ensemble du projet de loi. Avant de passer Ă  l’examen de ses 51 articles et des amendements dĂ©posĂ©s sur le texte, nous allons entendre nos rapporteures pour avis.

Mme Christelle Dubos, rapporteure pour avis. Si le projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2021 est marquĂ© par les effets de la crise liĂ©e Ă  l’épidĂ©mie de covid-19 et traduit les rĂ©ponses que le Gouvernement et les partenaires sociaux s’efforcent d’y apporter, il ne renonce pas pour autant Ă  moderniser notre systĂšme de protection sociale.

Au 31 dĂ©cembre 2019, je le rappelle, le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral Ă©tait proche de l’équilibre, puisque son dĂ©ficit Ă©tait de 400 millions d’euros, et de 1,9 milliard d’euros en tenant compte du Fonds de solidaritĂ© vieillesse (FSV). La réévaluation au titre de la LFSS pour 2020 avait ensuite fait Ă©tat d’un rĂ©sultat moins favorable, le dĂ©ficit s’élevant Ă  5,4 milliards d’euros en raison de l’actualisation des perspectives Ă©conomiques et des mesures prises en rĂ©ponse Ă  la crise des gilets jaunes.

NĂ©anmoins, l’impact Ă©conomique et social de la crise sanitaire rend caduque la trajectoire de retour Ă  l’équilibre, initialement programmĂ© d’ici Ă  2023. En effet, le dĂ©ficit de la sĂ©curitĂ© sociale atteindra 44,4 milliards d’euros en 2020 et 27,1 milliards d’euros en 2021. Un tel rĂ©sultat, certes nĂ©gatif, doit ĂȘtre lu de maniĂšre nuancĂ©e puisqu’en juin dernier, la commission des comptes de la sĂ©curitĂ© sociale envisageait encore un dĂ©ficit de 52 milliards d’euros pour 2020.

Dans le dĂ©tail, les dĂ©ficits se rĂ©partissent de la façon suivante : 29,8 milliards d’euros pour la branche maladie, 7,8 milliards d’euros pour la branche vieillesse, 3,3 milliards d’euros pour la branche famille, 3,2 milliards d’euros pour le FSV et 300 millions d’euros pour la branche accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP). Ainsi, la perspective d’une extinction de la dette sociale doit-elle ĂȘtre reportĂ©e.

Face au contexte sanitaire, diverses dispositions, drastiques mais nĂ©cessaires, telles que le confinement, la fermeture de tous les lieux recevant du public ainsi que des commerces non essentiels, ont Ă©tĂ© prises pour protĂ©ger la santĂ©, mais elles ont provoquĂ© une crise Ă©conomique et sociale sans prĂ©cĂ©dent. Plusieurs mesures ont permis d’en amortir le choc et les consĂ©quences sur la vie des Français et sur les entreprises.

PremiĂšrement, des dĂ©penses exceptionnelles de la sĂ©curitĂ© sociale ont jouĂ© un rĂŽle clef dans l’attĂ©nuation de l’impact de la crise. Parmi ces dĂ©penses, on relĂšve l’extension automatique des prestations servies aux personnes vulnĂ©rables, la compensation du chĂŽmage partiel, le report des Ă©chĂ©ances de prĂ©lĂšvement, voire l’annulation, de cotisations, pour certains secteurs ou dans certaines situations, le maintien des droits au chĂŽmage et la suspension des rĂ©formes prĂ©vues.

Les dĂ©penses de l’assurance maladie ont connu une augmentation exceptionnelle et imprĂ©vue. Les surcoĂ»ts liĂ©s Ă  la crise s’élĂšvent en effet Ă  15 milliards d’euros en 2020, dont 4,8 milliards d’euros allouĂ©s Ă  SantĂ© publique France pour gĂ©rer l’épidĂ©mie, en particulier pour l’achat d’équipements – masques, respirateurs, tenues de protection – ainsi que le financement des tests PCR, mais aussi le versement des « primes covid », la prise en charge des arrĂȘts de travail des personnes identifiĂ©es comme cas contact et au titre de la garde d’enfants.

DeuxiĂšmement, le dĂ©ficit de la sĂ©curitĂ© sociale est creusĂ© par l’effondrement de ses recettes, liĂ© notamment Ă  la baisse des cotisations sociales – le recul de la masse salariale reprĂ©sente en effet une perte de 21,7 milliards d’euros – et aux mesures prises pour soulager les comptes des entreprises et prĂ©server au maximum l’emploi dans le cadre du plan de relance.

Outre qu’il rĂ©pond Ă  la crise, le PLFSS pour 2021 prend en compte les divers enjeux d’avenir et s’inscrit dans le mouvement profond de rĂ©flexion et de rĂ©organisation du systĂšme de santĂ© engagĂ© depuis le dĂ©but du quinquennat avec la mise en Ɠuvre de la stratĂ©gie « Ma santĂ© 2022 », le pacte de refondation des urgences et le plan « Investir pour l’hĂŽpital ». La crise sanitaire et les problĂ©matiques qu’elle a soulevĂ©es, notamment celles de la valorisation des mĂ©tiers du soin et de l’organisation de l’hĂŽpital, ont confirmĂ© que les mesures relevant de ces diffĂ©rentes initiatives allaient dans le sens d’une modernisation nĂ©cessaire du systĂšme de protection sociale.

L’objectif national de dĂ©penses d’assurance maladie (ONDAM) rectifiĂ© pour 2020 et celui prĂ©vu pour 2021 illustrent Ă  la fois l’importance des surcoĂ»ts induits par la crise et l’ampleur des rĂ©formes menĂ©es. L’ONDAM pour 2020 devrait ĂȘtre supĂ©rieur de 7,6 % Ă  celui de 2019 ; cette Ă©volution est inĂ©dite depuis l’existence de cet indicateur.

L’ONDAM pour 2021 reflĂšte la dichotomie entre des mesures de crise, inĂ©vitables mais conjoncturelles, dont le coĂ»t atteindra 4,3 milliards d’euros l’an prochain, et des rĂ©formes structurelles, aux effets de long terme, transposant les accords du « SĂ©gur de la santé ». Le coĂ»t de ces mesures devrait ĂȘtre de 7,4 milliards d’euros en 2021, incluant notamment un plan d’investissement de 6 milliards d’euros sur trois ans, qui doit ĂȘtre lu en cohĂ©rence avec la reprise de la dette hospitaliĂšre, Ă  hauteur de 13 milliards d’euros. Ces deux mesures ont un mĂȘme objectif, celui de redonner des marges de manƓuvre aux Ă©tablissements pour investir.

Le PLFSS pour 2021 entend mettre en Ɠuvre les engagements du « SĂ©gur de la santé », grĂące notamment Ă  19 milliards d’euros de soutien Ă  l’investissement, Ă  la revalorisation salariale du personnel hospitalier et du personnel des Ă©tablissements d’hĂ©bergement pour personnes ĂągĂ©es dĂ©pendantes (EHPAD), mobilisĂ©s depuis des annĂ©es, particuliĂšrement pendant la crise. Il permettra de rĂ©pondre Ă  la crise sanitaire, grĂące aux 15 milliards d’euros de dĂ©penses exceptionnelles engagĂ©es par l’assurance maladie en 2020. L’ONDAM progresse, je le rĂ©pĂšte, de 7,6 % pour tenir compte des besoins de financement durant la crise sanitaire.

Le PLFSS pour 2021 comporte des mesures utiles, notamment la prorogation, jusqu’à fin 2022, de l’exonĂ©ration de cotisations patronales pour l’embauche de travailleurs occasionnels et demandeurs d’emploi (TO-DE) dans le secteur agricole. Il mobilise des financements nouveaux, grĂące notamment Ă  la crĂ©ation d’une contribution exceptionnelle, pour deux ans, Ă  la charge des organismes complĂ©mentaires, qui ont Ă©conomisĂ© 2,2 milliards d’euros de moindres remboursements de soins depuis le confinement et participeraient donc Ă  hauteur d’un milliard d’euros en 2020 et de 500 millions d’euros en 2021.

Mais le PLFSS pour 2021 marque Ă©galement une Ă©volution sans prĂ©cĂ©dent, en crĂ©ant une cinquiĂšme branche dĂ©diĂ©e Ă  l’autonomie. Depuis les ordonnances de 1945 crĂ©atrices de la sĂ©curitĂ© sociale, aucune nouvelle branche n’avait vu le jour. La crĂ©ation de cette branche, dont les dĂ©penses devraient atteindre 31,2 milliards d’euros en 2021, a soulevĂ© de nombreuses questions, que M. Laurent Vachey, auteur d’un rapport remis au Gouvernement, nous a prĂ©sentĂ©es lors de son audition. S’agissant du pĂ©rimĂštre, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de conserver celui des dĂ©penses actuelles de la Caisse nationale de solidaritĂ© pour l’autonomie (CNSA), augmentĂ© de l’allocation d’éducation de l’enfant handicapĂ© (AEEH), jusque-lĂ  financĂ©e par la branche famille. Concernant le financement, l’architecture budgĂ©taire interne de la CNSA doit ĂȘtre simplifiĂ©e afin de la rapprocher du fonctionnement des caisses de sĂ©curitĂ© sociale. Dans cette optique, nous voterons dĂ©sormais chaque annĂ©e un objectif de dĂ©penses, comme pour les autres branches. S’agissant de la gouvernance, il est crucial de renforcer le rĂŽle de pilotage de la CNSA, notamment en crĂ©ant un lien plus direct et plus fort avec les maisons dĂ©partementales des personnes handicapĂ©es (MDPH), comme le prĂ©conise M. Vachey dans son rapport. Dans le prolongement de la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche, le Gouvernement prĂ©sentera un projet de loi sur le grand Ăąge et l’autonomie dans les mois Ă  venir.

Il convient, en outre, de mentionner l’extension Ă  quatre semaines et le caractĂšre partiellement obligatoire du congĂ© de paternitĂ©, prĂ©vus dans le texte.

Pour conclure, si l’annĂ©e Ă  venir est marquĂ©e par un niveau d’incertitude extrĂȘme et inĂ©dit, une orientation ambitieuse et dĂ©terminĂ©e doit nous permettre, dĂšs l’application de la LFSS pour 2021, de rĂ©nover profondĂ©ment et utilement le systĂšme de protection sociale pour les annĂ©es Ă  venir.

M. Laurent Saint-Martin, rapporteur gĂ©nĂ©ral. Mon propos sera bref. Je veux tout d’abord remercier Mmes Dubos et Motin. Si l’examen pour avis du PLFSS est un exercice important, la commission des finances ne doit pas oublier sa mission d’évaluation ; je pense en particulier Ă  la question des compensations par l’État au profit de la sĂ©curitĂ© sociale. Nous devons en effet jouer un rĂŽle de vigie en la matiĂšre. L’annĂ©e 2020 est un peu particuliĂšre Ă  cet Ă©gard, car cette question a Ă©tĂ© abordĂ©e lors des divers projets de loi de finances rectificative (PLFR) et en grande partie rĂ©glĂ©e dans la troisiĂšme LFR. Mais, Ă  l’avenir, elle doit ĂȘtre correctement anticipĂ©e, faute de quoi le citoyen peut avoir une perception confuse de ce qui relĂšve respectivement du budget de l’État et de celui de la sĂ©curitĂ© sociale. Or, nous sommes nombreux Ă  tenir Ă  cette distinction propre Ă  notre pays.

Le PLFSS pour 2021 comporte des avancĂ©es importantes, qu’il s’agisse de l’allongement du congĂ© de paternitĂ©, de la traduction du « SĂ©gur de la santé » dans le plan de relance ou de la crĂ©ation, en attendant le projet de loi relatif Ă  l’autonomie et au grand Ăąge, d’une cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale, qui nous permet d’avoir d’ores et dĂ©jĂ  une premiĂšre discussion politique sur cet enjeu majeur pour notre sociĂ©tĂ©.

Mais, encore une fois, efforçons-nous de travailler davantage en lien avec nos collĂšgues de la commission des affaires sociales sur la question de la compensation ; Mme Motin s’y emploie depuis le dĂ©but de la lĂ©gislature, d’abord avec M. Alauzet, puis avec Mme Dubos, et j’y travaille moi-mĂȘme avec le rapporteur gĂ©nĂ©ral de la commission des affaires sociales, M. Mesnier. Peut-ĂȘtre pourrions-nous commencer par organiser – je sais que le prĂ©sident Woerth est favorable Ă  cette proposition – une discussion commune du projet de loi de finances (PLF) et du PLFSS ? Et demain – qui sait ? –, nous pourrions rapprocher nos rĂ©flexions sur les parties consacrĂ©es aux recettes, celles relatives aux dĂ©penses demeurant trop diffĂ©rentes.

Lorsque l’un des deux textes traite, par exemple, de la suppression du crĂ©dit d’impĂŽt pour la compĂ©titivitĂ© et l’emploi (CICE) quand l’autre traite de la baisse des cotisations patronales, il est absurde, reconnaissons-le, que les deux discussions soient distinctes et se dĂ©roulent Ă  une semaine d’intervalle. Une telle procĂ©dure ne facilite pas la comprĂ©hension de ce que nous faisons. Je pourrais citer Ă©galement l’exemple de la contribution sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e (CSG) : est-elle un impĂŽt ou une cotisation ? Peut-ĂȘtre le meilleur moyen de trancher cet Ă©ternel dĂ©bat est-il d’en discuter ensemble et de considĂ©rer qu’il s’agit, en tout Ă©tat de cause, d’un prĂ©lĂšvement obligatoire.

Ce n’est pas parce que la lĂ©gislature s’achĂšve dans dix-huit mois et que nous traversons une crise sanitaire que nous devons oublier nos ambitions en ce domaine. Une proposition de loi organique doit ĂȘtre dĂ©posĂ©e sur le sujet, et j’inviterai nos collĂšgues de la commission des affaires sociales Ă  y travailler avec nous.

Mme Zivka Park. Le projet de budget de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2021 s’inscrit dans un contexte particulier, celui d’une pandĂ©mie qui, hĂ©las ! n’est pas encore derriĂšre nous. Il comporte ainsi des dĂ©penses qui, pour certaines, sont liĂ©es Ă  la crise sanitaire et, pour d’autres, concrĂ©tisent les rĂ©formes annoncĂ©es du systĂšme de santĂ© et des droits sociaux, notamment la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale.

La crise sanitaire a, certes, entraĂźnĂ© une aggravation du dĂ©ficit de la sĂ©curitĂ© sociale, mais ne rĂ©duisons pas le PLFSS pour 2021 Ă  ce constat, dont nous connaissons tous les raisons. Nous pouvons en effet affirmer qu’il est l’un des plus beaux PLFSS que nous ayons connus, comme l’a indiquĂ© le rapporteur gĂ©nĂ©ral de la commission des affaires sociales.

Oui, nous observons une augmentation massive des dĂ©penses d’assurance maladie du fait de la crise sanitaire. Mais aurait-il pu en ĂȘtre autrement ? Non, car nous devions ĂȘtre au rendez-vous en assumant les dĂ©penses qui visaient Ă  protĂ©ger et Ă  prĂ©server la santĂ© des Français, notamment celle des plus fragiles et de ceux qui ont Ă©tĂ© en premiĂšre ligne et Ă  qui nous devons tant. En outre, ces dĂ©penses sont liĂ©es au « SĂ©gur de la santé », qui constitue une premiĂšre grande Ă©tape du renforcement de notre systĂšme hospitalier.

Avant d’aborder les quatre points sur lesquels je concentrerai mon propos, je tiens Ă  saluer, au nom du groupe La RĂ©publique en marche, la qualitĂ© du travail des deux rapporteures pour avis.

Le PLFSS comporte une mesure qui marque, Ă  notre sens, une belle et grande avancĂ©e. La commission des « 1 000 premiers jours » a fait Ă©tat de la nĂ©cessitĂ© de renforcer le congĂ© de paternitĂ© afin de favoriser la crĂ©ation de liens d’attachement durables entre le second parent et l’enfant et d’accompagner le dĂ©veloppement de celui-ci. Ce congĂ© contribue Ă©galement Ă  l’égalitĂ© entre les femmes et les hommes, en incitant Ă  un rééquilibrage des tĂąches parentales et en rĂ©duisant les inĂ©galitĂ©s de carriĂšre professionnelle. GrĂące au PLFSS, la durĂ©e du congĂ© de paternitĂ© est doublĂ©e et portĂ©e Ă  28 jours.

Par ailleurs, comme nous nous y Ă©tions engagĂ©s, le plan massif de revalorisation salariale des personnels de santĂ© et des EHPAD et d’investissement est prĂ©vu dans le PLFSS actuellement en discussion.

Le PLFSS permet enfin Ă  l’hĂŽpital de respirer en lui redonnant des marges de manƓuvre, grĂące Ă  une reprise de sa dette Ă  hauteur de 13 milliards d’euros. Il ressort cependant de nos Ă©changes avec les directeurs d’hĂŽpitaux implantĂ©s dans nos territoires que ceux-ci s’interrogent sur ce point. Aussi, pouvez-vous nous indiquer comment cette reprise de dette va s’opĂ©rer concrĂštement ? S’agissant de la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche, pouvez-vous nous confirmer les montants en jeu ? Pensez-vous que ceux qui ont Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©s couvrent les besoins actuels ?

Mme VĂ©ronique Louwagie. Madame la rapporteure pour avis, vous avez Ă©voquĂ© un rĂ©sultat nuancĂ©. Pourtant, le dĂ©ficit est abyssal : il s’élĂšve Ă  44,4 milliards d’euros pour 2020 et Ă  27,1 milliards pour 2021 ! Au demeurant, l’ensemble des prĂ©visions pour 2021 se fonde sur l’hypothĂšse selon laquelle nous Ă©chapperions Ă  une deuxiĂšme vague de l’épidĂ©mie et sur celle d’une bonne reprise de l’activitĂ© Ă©conomique dĂšs 2020. Or nous avons de fortes incertitudes sur ces deux points.

Un mot sur les consĂ©quences du « SĂ©gur de la santé ». Si le groupe Les RĂ©publicains considĂšre la revalorisation salariale des professions de santĂ© comme nĂ©cessaire, de mĂȘme que le plan d’investissement, il ne peut pas se rĂ©jouir que ces mesures soient financĂ©es par du dĂ©ficit et de la dette.

Certes, des milliards d’euros sont prĂ©vus pour les Ă©tablissements de santĂ©, mais la mĂ©decine libĂ©rale apparaĂźt comme l’oubliĂ©e de ce PLFSS. Pourtant, tous les professionnels de santĂ© et les acteurs concernĂ©s s’accordent depuis longtemps sur le fait que la rĂ©forme du systĂšme de santĂ© n’est possible que si un partenariat trĂšs fort est nouĂ© entre la ville et l’hĂŽpital, de maniĂšre Ă  favoriser un dĂ©cloisonnement qui permette l’amĂ©lioration du parcours de soins et la rĂ©alisation d’économies. HĂ©las ! aucun signal n’est envoyĂ© dans ce sens.

Quant Ă  la cinquiĂšme branche, elle n’a en dĂ©finitive d’autonomie que le nom puisqu’elle est sous-financĂ©e et mal financĂ©e dans ce texte.

Je veux Ă  prĂ©sent insister sur les services d’aide et d’accompagnement Ă  domicile. Ces acteurs, qui ont rĂ©pondu prĂ©sent durant la pĂ©riode de confinement, accomplissent un travail extraordinaire dans nos territoires. D’ici Ă  2050, nous le savons, le nombre de Français de plus de 85 ans triplera ; on dĂ©nombre actuellement 2,2 millions de personnes en perte d’autonomie, dont beaucoup veulent rester Ă  domicile. Le rapport de Mme Myriam El Khomri Ă©value Ă  93 000 le nombre de postes qu’il faudra crĂ©er entre 2020 et 2044 ; nous y sommes ! Quant au rapport de M. Dominique Libault, il estime le besoin d’investissements pour permettre la prise en charge de l’autonomie Ă  9,2 milliards d’euros d’ici Ă  2030.

Or le PLFSS ne prĂ©voit rien en la matiĂšre, pas mĂȘme l’affectation progressive d’une recette au financement de l’autonomie. Il envoie mĂȘme des contre-signaux, puisqu’il rĂ©affecte les 50 millions d’euros initialement flĂ©chĂ©s vers l’amorçage de la tarification des services d’aide et d’accompagnement Ă  domicile au financement de la « prime covid ». Ce faisant, on abandonne une nouvelle fois les services d’aide et d’accompagnement Ă  domicile. Le texte ne comporte aucune mesure qui traduise l’ambition affichĂ©e de transformation de la prise en charge domiciliaire de l’autonomie ou qui permette, dĂšs 2021, la nĂ©cessaire revalorisation des salaires des professionnels de la branche, pour prendre en compte leur engagement et le caractĂšre essentiel de leur mission.

L’autonomie ne se rĂ©sume pas Ă  un coĂ»t : de mĂȘme que ce sont des hommes et des femmes qui bĂ©nĂ©ficient de ces services, ce sont des hommes et des femmes qui les offrent et qui contribuent ainsi Ă  crĂ©er un secteur Ă©conomique Ă  part entiĂšre, constituĂ© d’emplois de proximitĂ© non dĂ©localisables. J’ai cru comprendre que les dĂ©putĂ©s de la majoritĂ© se saisissaient de la question ; je m’en rĂ©jouis car, Ă  ce stade, cette omission doit ĂȘtre dĂ©noncĂ©e.

M. Christophe Jerretie. Le PLFSS pour 2021 a trois caractéristiques principales.

PremiĂšrement, il est affectĂ© par la crise. Outre les pertes de recettes, les mesures d’urgence trĂšs fortes ont abouti Ă  des surcoĂ»ts majeurs et ont certainement limitĂ© les dĂ©penses en faveur des politiques publiques qui avaient Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es l’an dernier.

DeuxiĂšmement, il marque nĂ©anmoins un progrĂšs puisqu’y ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©es la plupart des mesures du « SĂ©gur de la santé » : revalorisation salariale, embauches, plan d’investissement dans les hĂŽpitaux, reprise de la dette... Il ne faut pas Ă©luder ces progrĂšs importants.

TroisiĂšme Ă©lĂ©ment, trĂšs important pour le groupe MODEM : l’équilibre des comptes sociaux Ă  moyen terme. Tout est fait avec mesure et parcimonie. L’extension de la durĂ©e de vie de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) jusqu’en 2033 est une bonne mesure.

J’en viens Ă  mes questions. L’accompagnement numĂ©rique et l’évolution de la tarification Ă  l’activitĂ© (T2A) sont-ils bien pris en compte dans le PLFSS ? Enfin, la crise a sans doute empĂȘchĂ© le dĂ©ploiement de tous les efforts prĂ©vus en faveur de l’autonomie. Estimez-vous nĂ©anmoins que, dans les deux Ă  trois annĂ©es qui viennent, cette question pourra faire l’objet d’une vĂ©ritable politique publique ? Le groupe MODEM sera attentif Ă  ces diffĂ©rents points et accompagnera, dans la majoritĂ©, ce PLFSS historique.

M. Jean-Louis Bricout. Ma premiĂšre question a Ă©galement trait Ă  l’évolution de la T2A : qu’en est-il ?

Par ailleurs, le PLFSS pour 2021 suscite une certaine incomprĂ©hension car, s’il crĂ©e une branche autonomie, il nĂ©glige les services d’aide Ă  domicile et leurs salariĂ©s. Pis, il revient sur les engagements de revalorisation salariale pris par le Gouvernement. Il contredit ainsi les ambitions affichĂ©es concernant le « virage domiciliaire » et tĂ©moigne d’un mĂ©pris pour nos aĂźnĂ©s, qui souhaitent vieillir chez eux le plus longtemps possible dans les meilleures conditions, et pour les intervenants Ă  domicile, qui ont tant donnĂ© pendant la pandĂ©mie.

Alors que le PLFSS devait envoyer un signal fort avec la crĂ©ation de la branche autonomie, ces arbitrages font craindre une cinquiĂšme branche sans moyens budgĂ©taires pour dĂ©velopper la rĂ©ponse domiciliaire. Or les services de soins Ă  domicile ne parviennent dĂ©jĂ  plus Ă  rĂ©pondre Ă  l’intĂ©gralitĂ© des demandes d’accompagnement en raison de difficultĂ©s de recrutement dues au manque d’attractivitĂ© de ces mĂ©tiers.

C’est pourquoi on attendait un « virage domiciliaire » et la concrĂ©tisation de l’engagement pris par le Gouvernement de revaloriser les salaires des intervenants Ă  domicile afin prĂ©cisĂ©ment de rendre ces mĂ©tiers plus attractifs, mieux reconnus, voire moins mĂ©prisĂ©s. Or, les avenants 43 et 44 Ă  la convention collective de branche sont toujours en attente d’agrĂ©ment par le ministĂšre de tutelle. À l’heure des arbitrages, force est de constater que, dans le PLFSS pour 2021, les Ă©tablissements et les services de soins Ă  domicile n’ont rien ou presque : 10 millions d’euros seulement. De fait, le projet de loi recycle les 50 millions d’euros du PLFSS pour 2020 destinĂ©s aux services de soins Ă  domicile et les 20 millions d’euros annoncĂ©s par le ministĂšre des solidaritĂ©s et de la santĂ©, le 20 fĂ©vrier 2020, pour la revalorisation des salaires.

Enfin, je souhaiterais obtenir quelques prĂ©cisions sur les financements respectifs de l’État et des dĂ©partements : nous craignons des disparitĂ©s territoriales et des demi-mesures dans certains dĂ©partements.

M. Charles de Courson. Mesdames les rapporteures pour avis, je souhaiterais tout d’abord que vous fassiez le point sur la dette sociale. Les projections concernant 2023 dĂ©passent-elles ou non les 136 milliards d’euros dont nous avons votĂ© le transfert Ă  la CADES le 7 aoĂ»t 2020 ?

DeuxiĂšmement, quel est le fondement du nouvel impĂŽt, qui n’est pas dĂ©ductible ? On nous dit que les complĂ©mentaires santĂ© ont fait des Ă©conomies sur les dĂ©penses d’assurance maladie. C’est exact, mais elles ont Ă©galement assumĂ© des coĂ»ts supplĂ©mentaires ; je pense notamment aux indemnitĂ©s journaliĂšres. Avez-vous des donnĂ©es prĂ©cises en la matiĂšre ?

Ma troisiĂšme question porte sur la branche vieillesse. Concernant le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral, le dĂ©ficit prĂ©visionnel pour 2021 est de 7,3 milliards d’euros. Quelles sont les perspectives ? Avez-vous des informations sur une Ă©ventuelle reprise de la rĂ©forme des retraites ?

Quant Ă  la branche autonomie, elle est Ă©quilibrĂ©e dans le PLFSS, mais n’est-ce pas artificiel ? Quelles sont les projections, Ă  pĂ©rimĂštre inchangĂ© puisque, pour le moment, on ne fait que transfĂ©rer des dĂ©penses d’autres branches ?

Mme Lise Magnier. En plein examen du PLF en sĂ©ance publique, nous voilĂ  saisis pour avis du PLFSS pour 2021. Ces deux textes sont examinĂ©s dans un contexte sanitaire et Ă©conomique inĂ©dit et se fondent sur des comptes publics trĂšs dĂ©gradĂ©s. Tandis que le dĂ©passement de l’ONDAM a atteint 10 milliards d’euros en 2020, la progression, hors crĂ©dits covid, est fixĂ©e Ă  6 % pour 2021. Le dĂ©ficit de la sĂ©curitĂ© sociale atteindra 44,4 milliards d’euros cette annĂ©e, contre seulement 5,4 milliards d’euros l’an dernier. Le PLFSS traduit certaines des mesures du plan de relance et les annonces du « SĂ©gur de la santé ».

Au-delĂ  des effets dĂ©vastateurs du covid, nous retenons de ce PLFSS la revalorisation bienvenue des salaires des personnels hospitaliers et des EPHAD, la reprise de la dette et le plan d’investissement pour l’hĂŽpital public. En revanche, nous nous interrogeons sur l’absence d’accompagnement des autres personnels soignants, en mĂ©decine de ville et dans les Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux.

Nous retenons aussi la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche, Ă  l’initiative de notre groupe. Il faudra vite concrĂ©tiser cette avancĂ©e par l’adossement de financements nouveaux et l’inscription Ă  l’ordre du jour du projet de loi relatif au grand Ăąge et Ă  l’autonomie. Mais, comme nos collĂšgues, nous ne comprenons pas qu’il soit possible de crĂ©er la cinquiĂšme branche tout en ponctionnant 50 millions d’euros de financements sur les services de soin Ă  domicile. Il s’agit d’une erreur majeure ; nous ne pouvons risquer de fragiliser encore ce secteur, si essentiel dans la vie de nos concitoyens.

Ce PLFSS est un texte majeur qui doit répondre à des attentes de longue date et apporter des solutions concrÚtes à la crise traversée par la protection sociale et le systÚme de soins. Toutefois, des questions restent à éclaircir.

M. Pierre DharrĂ©ville. Ne voulant pas doucher l’enthousiasme dĂ©bordant de la majoritĂ©, je me contenterai de ne pas partager vos louanges. Les PLFSS successifs ont largement affaibli la capacitĂ© de l’hĂŽpital Ă  faire face aux enjeux, a fortiori Ă  une crise comme celle que nous connaissons aujourd’hui. Le PLFSS pour 2021 ne dĂ©ment pas une tendance lourde : mĂȘme si des subsides supplĂ©mentaires sont dĂ©bloquĂ©s pour faire face au coĂ»t exceptionnel de la crise, on continue de rĂ©duire les dĂ©penses courantes et 4 milliards d’euros d’économies seront rĂ©alisĂ©es sur la sphĂšre de la santĂ©. VoilĂ  la rĂ©alité ! Il faut porter un regard plus nuancĂ© sur ce que nous propose le Gouvernement : l’hĂŽpital est en crise et nous ne sommes pas Ă  la hauteur du dĂ©fi.


Quant Ă  la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche, dont certains ont dit qu’elle Ă©tait historique, elle tient pour l’instant du symbole. Le PLFSS n’affiche toujours pas d’ambition sociale dans ce domaine et les fonds dĂ©gagĂ©s sont limitĂ©s : cela se rĂ©sume Ă  un jeu de tuyauterie, Ă  un redĂ©coupage architectural. Je voudrais sur ce point rassurer les membres de la commission finances : le premier objectif assignĂ© Ă  la CNSA est de veiller Ă  l’équilibre financier de la branche – nous voilĂ  sauvĂ©s !

Monsieur le rapporteur gĂ©nĂ©ral, vous avez rappelĂ© l’indĂ©pendance du budget de la sĂ©curitĂ© sociale, tout en prĂ©conisant un dĂ©bat commun sur la partie recettes. Je comprends que ce soit surtout cette derniĂšre qui vous intĂ©resse, mais la sĂ©curitĂ© sociale ne doit pas ĂȘtre l’instrument des politiques Ă©conomiques. Sa mission ne saurait ĂȘtre subordonnĂ©e Ă  d’autres objectifs que ceux qui lui ont Ă©tĂ© fixĂ©s. Nous sommes opposĂ©s Ă  la poursuite de l’étatisation de la sĂ©curitĂ© sociale.

Mme Claudia Rouaux. Il est trĂšs difficile d’évaluer le coĂ»t de l’épidĂ©mie, car il faudrait distinguer les dĂ©penses supportĂ©es par les hĂŽpitaux dĂ©diĂ©s Ă  la prise en charge des malades du covid durant la premiĂšre vague et les pertes enregistrĂ©es par les Ă©tablissements dont l’activitĂ© s’est arrĂȘtĂ©e et qui ont dĂ» mettre leur personnel au chĂŽmage partiel. Toutefois, il serait intĂ©ressant de disposer, pour l’avenir, de mesures prĂ©cises de ces coĂ»ts.

Mme Cendra Motin, rapporteure pour avis. Alors que la France entiĂšre traverse une crise sanitaire, Ă©conomique et sociale, il appartient aux membres de la commission des finances, plus qu’à quiconque, de rĂ©flĂ©chir au contexte global. Le PLF et le PLFSS sont trĂšs imbriquĂ©s et chaque dĂ©cision prĂ©vue dans l’un a des rĂ©percussions sur l’autre texte.

Nous n’en sommes certes pas Ă  un examen commun des recettes, mais nous devons prendre la mesure de ce qui se passe : cette annĂ©e encore, la part de taxe sur la valeur ajoutĂ©e (TVA) attribuĂ©e au budget de la sĂ©curitĂ© sociale sera augmentĂ©e, afin de soutenir ce modĂšle de protection unique, mais aussi pour compenser plusieurs milliards d’euros d’allĂ©gements de cotisations. En 2018, nous avions engagĂ© une rĂ©flexion sur le sujet. MĂȘme si la situation a beaucoup changĂ©, nous devons continuer de penser le budget national dans sa globalitĂ©. Les Français ne font pas la diffĂ©rence, cela demeure de l’argent qui sort de leur poche.

De nombreuses questions ont portĂ©, bien Ă©videmment, sur la crĂ©ation de la cinquiĂšme branche. Elle tient peut-ĂȘtre du symbole, monsieur DharrĂ©ville, mais il s’agit alors d’un symbole historique, puisque cela ne s’était pas vu depuis la crĂ©ation de la sĂ©curitĂ© sociale. Nous devons procĂ©der avec patience et mesure : nous avons commencĂ© par acter la crĂ©ation de la branche dans les lois organique et ordinaire relatives Ă  la dette sociale et Ă  l’autonomie ; nous approuverons la structure proposĂ©e dans ce PLFSS ; il appartiendra ensuite aux acteurs de travailler ensemble pour trouver leur place auprĂšs de la CNSA, Ă  l’image de la caisse centrale de la mutualitĂ© sociale agricole (CCMSA) que nous avons reçue rĂ©cemment.

Ce sont 31,2 milliards d’euros qui sont affectĂ©s Ă  cette branche. On ne va pas se mentir, pour beaucoup, cela s’apparente en effet Ă  de la tuyauterie. Un premier changement majeur s’opĂ©rera avec le transfert de l’AEEH de la branche famille vers la branche autonomie. RĂ©unir l’AEEH et la prestation de compensation du handicap (PCH) au sein de la mĂȘme branche simplifiera la vie des parents et permettra un meilleur accĂšs aux droits.

Il convient de noter que, grĂące aux nĂ©gociations du « SĂ©gur de la santé », 1,4 milliard d’euros supplĂ©mentaires seront attribuĂ©s pour la revalorisation des carriĂšres et l’investissement dans les Ă©tablissements.

Nous sommes tous d’accord pour considĂ©rer que les aides Ă  domicile, le plus souvent des femmes, font un mĂ©tier trĂšs difficile, mais trĂšs beau, car trĂšs humain. Elles entretiennent un lien essentiel, entre une sociĂ©tĂ© toujours plus rapide et des anciens qui ont besoin d’elles au quotidien. Ces mĂ©tiers doivent ĂȘtre reconnus et revalorisĂ©s.

Je ne voudrais pas passer sous silence la convention signée avec 75 départements
– il en manque Ă  l’appel – qui ont mis 80 millions d’euros sur la table, une somme Ă©quivalente Ă  celle dĂ©bloquĂ©e par l’État, pour verser une « prime covid » aux aides Ă  domicile. Certes, les Ă©carts d’un dĂ©partement Ă  l’autre sont trĂšs importants, mais les dĂ©partements sont des collectivitĂ©s autonomes financiĂšrement, qui peuvent dĂ©cider du niveau de la prime. Nous espĂ©rons que la participation de l’État les incitera Ă  aller plus loin et Ă  revaloriser la prime versĂ©e Ă  celles qui ont tant donnĂ©.

Le « SĂ©gur de la santé » a Ă©tĂ© un rendez-vous trĂšs important entre les professionnels de santĂ© et le ministre. Il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de revaloriser sensiblement les salaires, puisqu’une premiĂšre augmentation, de 90 euros nets, sera suivie d’une seconde, dĂ©but 2021. Dans des moments tels ceux que nous vivons, nous avons besoin d’actes concrets.

Il est vrai que les mĂ©decins de ville ont l’impression de ne pas avoir Ă©tĂ© reconnus et ne cachent pas leur dĂ©ception de voir la nĂ©gociation conventionnelle reportĂ©e de deux ans. Le Gouvernement s’est adaptĂ© aux impĂ©ratifs de calendrier de la profession et un compromis a Ă©tĂ© trouvé : les nĂ©gociations commenceront une fois le rĂ©sultat des Ă©lections internes connu.

Mme Véronique Louwagie. Cela ne justifie pas un décalage de deux ans !

Mme Cendra Motin, rapporteure pour avis. Je peux admettre que c’est difficile Ă  comprendre pour les mĂ©decins de terrain.

Depuis le dĂ©but du quinquennat, nous rĂ©pondons par des plans d’urgence Ă  la situation dans les hĂŽpitaux. Le premier plan prĂ©sentĂ© par Mme AgnĂšs Buzyn, qui s’élevait Ă  500 millions d’euros, a permis de rĂ©aliser des investissements pour amĂ©liorer le quotidien des soignants. Le deuxiĂšme plan a Ă©tĂ© rĂ©intĂ©grĂ© au « SĂ©gur de la santé », le montant de la reprise de dette passant de 10 Ă  13 milliards d’euros. L’idĂ©e Ă©tait de permettre aux hĂŽpitaux de faire des investissements. Madame Louwagie, cela n’est pas entiĂšrement financĂ© par la dette puisqu’il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que des fonds du plan de relance europĂ©en seraient flĂ©chĂ©s vers le secteur de la santĂ©.

Mmes Véronique Louwagie et Marie-Christine Dalloz. Cela reste de la dette !

Mme Cendra Motin, rapporteure pour avis. S’il est prĂ©vu de dĂ©caler quelques rĂ©alisations de la stratĂ©gie « Ma santé 2022 », certaines mesures ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mises en Ɠuvre. Le reste Ă  charge zĂ©ro pour les soins optiques, dentaires et auditifs est l’une des rĂ©formes les plus importantes que nous ayons voulues depuis le dĂ©but du quinquennat. Ses effets sont concrets puisque certains Français ne pouvaient accĂ©der Ă  ces soins faute de moyens.

Mme AgnĂšs Buzyn, puis M. Olivier VĂ©ran se sont montrĂ©s attentifs aux modifications que l’on pouvait apporter au financement par la T2A, en dĂ©ployant le forfait annuel et en plaçant la qualitĂ© au centre de la dĂ©marche des structures hospitaliĂšres et mĂ©dico-sociales.

Dans le plan de relance, une enveloppe de 1,4 milliard d’euros sera consacrĂ©e Ă  la modernisation des outils numĂ©riques de la santĂ©. Une plateforme commune regroupera les nombreux projets et permettra de les coordonner.

S’agissant de la dette sociale, la CADES, qui a vu sa durĂ©e de vie repoussĂ©e Ă  2033, a procĂ©dĂ© avec succĂšs Ă  trois levĂ©es de fonds en septembre. ConformĂ©ment aux souhaits que Mme BĂ©nĂ©dicte Peyrol et moi-mĂȘme avions formulĂ©s, elle est parvenue Ă  lever jusqu’à 76 % de titres sociaux lors de son Ă©mission du 9 septembre et 66 % lors de son Ă©mission du 29 septembre 2020. Cela signifie que lorsque la CADES emprunte sur les marchĂ©s, elle parvient Ă  trouver des investisseurs en quĂȘte de sens.

Durant le confinement, les mutuelles ont rĂ©alisĂ© des Ă©conomies. La baisse des dĂ©penses de soins de ville – les tĂ©lĂ©consultations, en forte croissance, Ă©taient prises en charge Ă  100 % par l’assurance maladie obligatoire – leur a permis de dĂ©gager 2,2 milliards d’euros de marge. D’autre part, les assureurs ont choisi, contrairement au souhait des membres du Parlement, de ne pas complĂ©ter les indemnitĂ©s journaliĂšres covid, laissant Ă  l’État et aux employeurs la charge totale de ce dispositif.

Le prĂ©sident Sarkozy, durant la crise de 2008, avait aussi dĂ©cidĂ© de taxer les mutuelles et les assurances. Cette dĂ©cision s’appuie sur le constat des marges rĂ©alisĂ©es durant le confinement et sur le fait que nous allons pĂ©renniser la prise en charge Ă  100 % des tĂ©lĂ©consultations, en plein dĂ©veloppement. Nous estimons que les mutuelles et les assurances sont tout Ă  fait capables d’assumer cette taxe : c’est en quelque sorte la compensation forfaitaire de ce qu’elles n’ont pas eu Ă  dĂ©bourser.

Bien que nous ayons auditionnĂ© le conseil d’orientation des retraites (COR), nous n’avons pas encore connaissance de sa note, qui devrait ĂȘtre publiĂ©e demain. Nous savons que le dĂ©ficit des rĂ©gimes de retraite sera trĂšs important, de l’ordre de 25 milliards d’euros, mais que si la reprise Ă©conomique est conforme aux projections, il pourrait ĂȘtre ramenĂ© Ă  13 milliards d’euros d’ici 2025. C’est bien lĂ  que rĂ©side le nerf de la guerre : la perte des recettes de la sĂ©curitĂ© sociale est due Ă  la contraction, Ă  hauteur de 6,9 % en 2020, de la masse salariale du secteur privĂ©. Si nous parvenons Ă  recrĂ©er de l’activitĂ© grĂące Ă  un plan de relance ambitieux, les cotisations entreront Ă  nouveau dans les caisses de la sĂ©curitĂ© sociale.

Mme Christelle Dubos, rapporteure pour avis. Permettez-moi de vous apporter quelques précisions chiffrées.

La progression de l’ONDAM pour 2020 est relevĂ©e Ă  7,6 %, elle est de 3,2 % hors dĂ©penses covid ; l’évolution, en 2021, est Ă©valuĂ©e Ă  6 %, et Ă  3,5 % hors dĂ©penses covid.

L’application de la premiĂšre revalorisation salariale reprĂ©sente 1 milliard d’euros.

La cinquiĂšme branche est dotĂ©e de 31,2 milliards d’euros, dont 28 milliards d’euros de CSG.

L’aide consistant dans la prise en charge de charges fixes des professions de santĂ© libĂ©rales reprĂ©sente 1,4 milliard d’euros en 2020.

L’enveloppe consacrĂ©e Ă  l’accompagnement du numĂ©rique en santĂ© s’élĂšve Ă  1,4 milliard d’euros sur trois ans.

L’article 28 du PLFSS traite bien de la T2A et de la rĂ©forme du financement, de l’évolution du reste Ă  charge, notamment aux urgences, de la rĂ©forme du financement de la psychiatrie et des soins de suite et de rĂ©adaptation (SSR).

La branche vieillesse enregistre un dĂ©ficit de 7,8 milliards d’euros en 2020, il sera de 7,3 milliards d’euros en 2021 et en 2022, de 7,8 milliards d’euros en 2023. Le retour Ă  l’équilibre n’est donc pas d’actualitĂ©, d’autant que la crise a provoquĂ© un choc de recettes.

Les mesures de rĂ©gulation s’élĂšvent Ă  4 milliards d’euros et sont en lien avec la structuration de l’offre de soins, les baisses de prix sur les mĂ©dicaments et sur les dispositifs mĂ©dicaux, la pertinence et la qualitĂ© des soins en ville, la pertinence et l’efficience des arrĂȘts de travail et des transports sanitaires. On ne peut donc pas parler d’économies rĂ©alisĂ©es sur la branche maladie, l’évolution de l’ONDAM le dĂ©montrant par ailleurs.

Comme le souligne le rapport de Mme El Khomri, la valorisation des mĂ©tiers du grand Ăąge passe par une reconnaissance des collectivitĂ©s territoriales et le regard que portent nos concitoyens sur ces professionnels du care. Les moyens allouĂ©s aux opĂ©rateurs de compĂ©tences, comme les fĂ©dĂ©rations d’aide Ă  domicile, montent en charge. Une enveloppe de 80 millions d’euros, destinĂ©e aux dĂ©partements, a Ă©tĂ© consacrĂ©e au soutien Ă  la formation et Ă  la professionnalisation des salariĂ©s.

Les dĂ©partements devraient rappeler qu’ils perçoivent des financements de la CNSA, donc de l’État. Les crĂ©dits s’élĂšvent Ă  3 milliards d’euros pour 2019, dont 2,2 milliards d’euros pour l’APA, 600 millions d’euros pour la PCH et 200 millions d’euros pour les MDPH. Ils permettent d’aider au recrutement et de conduire une politique de maintien Ă  domicile, conjointement avec les services de l’État.

Mme Cendra Motin, rapporteure pour avis. Madame Rouaux, compte tenu de la reprise de l’épidĂ©mie, il est trĂšs difficile de savoir comment nous finirons l’annĂ©e. Nous devons tous faire en sorte que la situation, dans deux mois, soit la plus proche possible de ce que nous imaginions en septembre. C’est souhaitable pour les comptes, mais aussi pour la santĂ© de nos proches et pour nous-mĂȘmes.

Je suis dĂ©solĂ©e de ne pas ĂȘtre en mesure de vous dire Ă  combien s’élĂšve le coĂ»t de la crise liĂ©e Ă  l’épidĂ©mie de covid, mais je peux vous donner quelques chiffres : plus de 2 milliards d’euros ont Ă©tĂ© provisionnĂ©s pour les tests et SantĂ© publique France a Ă©tĂ© dotĂ©e de 4 milliards d’euros pour reconstituer les stocks des hĂŽpitaux. Nous ne nous trouverons donc plus dans la mĂȘme situation qu’en dĂ©but d’annĂ©e, lorsque nous avons Ă©tĂ© pris par surprise. Toutefois, il convient de rester vigilant car l’épidĂ©mie est mondiale et la moindre tension sur le marchĂ© se rĂ©percute en France.

Je vous invite Ă  suivre de trĂšs prĂšs les admirables travaux de la mission d’information, dotĂ©e des prĂ©rogatives d’une commission d’enquĂȘte, sur le covid-19, prĂ©sidĂ©e par M. Julien Borowczyk, qui procĂšde Ă  une analyse dĂ©taillĂ©e et approfondie, acteur par acteur, des diffĂ©rents problĂšmes : ils nous Ă©claireront sur les vĂ©ritables coĂ»ts et sur les consĂ©quences rĂ©elles de la crise sur notre systĂšme de santĂ©.

En outre, un comitĂ© d’experts indĂ©pendant vient de publier un rapport d’étape sur la gestion de la crise, dont les premiĂšres conclusions tendent Ă  montrer que le bilan français est plutĂŽt satisfaisant, comme en attestent notamment les taux comparĂ©s de mortalitĂ© par habitant.

Mme Véronique Louwagie. Mais oui, nous sommes les meilleurs !

Mme Cendra Motin, rapporteure pour avis. Nous pouvons toujours nous battre la coulpe, mais notre pays n’est pas le seul Ă  avoir rencontrĂ© des problĂšmes d’approvisionnement en masques et autres protections, et nous pouvons aussi nous crĂ©diter d’avoir plutĂŽt bien rĂ©agi Ă  certains Ă©gards.

Quant aux pertes de recettes privĂ©es des cliniques privĂ©es, elles sont, comme celles des caisses de retraite complĂ©mentaire, hors du champ du PLFSS – c’est tout le problĂšme de notre systĂšme. Nous ne pouvons donc en fournir une estimation. Mais nous avons auditionnĂ© avec la commission des affaires sociales les acteurs de la santĂ© tant publics que privĂ©s, puisqu’ils ont traversĂ© au mĂȘme titre la crise et que c’est avec eux tous que nous continuerons de lutter contre le virus.

Mme Christelle Dubos, rapporteure pour avis. Je profite de l’occasion pour remercier Ă  nouveau l’ensemble des professionnels de la santĂ©, qui se sont mobilisĂ©s sans compter pendant la crise et continuent de le faire, ainsi que tous les services de l’État et des collectivitĂ©s territoriales, qui jouent le jeu en rĂ©pondant aux questions des entreprises, des salariĂ©s et de tous ceux qui s’adressent Ă  eux.

M. Jean-Louis Bricout. Je ne suis pas satisfait des rĂ©ponses qui nous ont Ă©tĂ© apportĂ©es au sujet des auxiliaires de vie, par-delĂ  les formules incantatoires exaltant le rĂŽle que celles-ci jouent dans les territoires en matiĂšre de soin. Le maintien Ă  domicile correspond aux aspirations de nos aĂźnĂ©s et reprĂ©sente la solution la moins coĂ»teuse. Les Ă©lus ici prĂ©sents qui ont exercĂ© des responsabilitĂ©s au sein d’un centre communal d’action sociale en seront d’accord. Or, les auxiliaires de vie ne sont pas Ă©galement traitĂ©s d’un dĂ©partement Ă  l’autre. La « prime covid », par exemple, fait l’objet d’une convention avec le dĂ©partement, qui dĂ©cide de son montant ; mais pourquoi serait-elle diffĂ©rente selon le lieu de rĂ©sidence ? Certains aides-soignants quittent des structures d’aide Ă  domicile pour l’hĂŽpital public ou les EHPAD parce que les conditions de travail n’y sont pas les mĂȘmes. Pourtant, l’État n’est-il pas garant de l’égalitĂ© entre les personnes d’un territoire Ă  l’autre ? Vous ne pouvez pas toujours rejeter la responsabilitĂ© sur les dĂ©partements. Tous n’ont pas Ă©tĂ© Ă©galement touchĂ©s par la crise sociale : des systĂšmes de pĂ©rĂ©quation pourraient ĂȘtre instaurĂ©s pour soutenir certains d’entre eux.

Mme VĂ©ronique Louwagie. S’agissant des services Ă  domicile, les besoins sont tels – 93 000 postes selon le rapport de Mme El Khomri – que le dispositif prĂ©vu Ă  l’article 4 ne pourra suffire Ă  les satisfaire.

Les situations varient beaucoup selon les dĂ©partements. Dans les territoires ruraux comme l’Orne, les temps de trajet sont trĂšs longs, car la densitĂ© de population est trĂšs faible. Il faut donc Ă©tablir des pĂ©rĂ©quations ; vous invoquez la libertĂ© des dĂ©partements, mais vous ne pouvez les laisser gĂ©rer seuls ces situations, sous peine que les tarifs deviennent insoutenables pour certains d’entre eux. Votre absence de solution Ă  ce problĂšme aggrave les inĂ©galitĂ©s entre territoires, inadmissibles en matiĂšre de maintien au domicile comme d’accĂšs aux soins.

M. Charles de Courson. En ce qui concerne la dette sociale, d’aprĂšs les projections qui figurent Ă  l’annexe B, le dĂ©ficit cumulĂ© pour la pĂ©riode 2020-2024 reprĂ©sente quelque 140 milliards d’euros, soit dĂ©jĂ  plus que le montant repris par la CADES, lequel incluait les dettes passĂ©es. Cela signifie que nous ne tiendrons pas plus de deux ans : dĂšs 2022-2023, il faudra revoir le dispositif. Toujours selon l’annexe B, les dĂ©ficits structurels de la branche vieillesse vont atteindre 7 Ă  8 milliards d’euros par an, ceux de l’assurance maladie 17 milliards d’euros. Il faut donc prendre des mesures. Mesdames les rapporteures pour avis, y a-t-il des Ă©conomies dans le PLFSS pour 2021 et, si oui, oĂč ?

Mme Stella Dupont. L’aide Ă  domicile nous prĂ©occupe tous beaucoup, quels que soient les bancs sur lesquels nous siĂ©geons. Je suis surprise que la question de la revalorisation salariale n’apparaisse guĂšre dans le PLFSS. Nous sommes nombreux Ă  souhaiter une Ă©volution sur ce point Ă  la faveur du dĂ©bat parlementaire. La crĂ©ation de la cinquiĂšme branche est censĂ©e permettre une politique ambitieuse en matiĂšre d’autonomie, mais il y a urgence, sur le terrain, Ă  revaloriser de maniĂšre cohĂ©rente les mĂ©tiers – donc les rĂ©munĂ©rations. Le « SĂ©gur », concrĂ©tisĂ© par le PLFSS, entĂ©rine des revalorisations hors norme s’agissant du volet sanitaire, mais les manques sont criants concernant le volet domiciliaire, alors mĂȘme que toute diffĂ©rence de traitement entre les deux se traduira par des transferts de personnel, puisque tous les secteurs sont en sous-effectif.

Mme Cendra Motin, rapporteure pour avis. Nous partageons vraiment le souhait de revaloriser le salaire des aides Ă  domicile. Cela a Ă©tĂ© dit, une nĂ©gociation est en cours au sujet des avenants 43 et 44 de la convention collective qui rĂ©git leur activitĂ©, et nous avons bon espoir que le texte Ă©volue d’ici Ă  l’examen du PLFSS en sĂ©ance publique. L’enjeu est de trouver le bon calendrier, mais aussi le bon compromis : je ne suis pas sĂ»re que les salaires puissent ĂȘtre revalorisĂ©s Ă  la hauteur de ce qu’attendent certaines aides Ă  domicile. Dans les communes rurales de ma circonscription, le modĂšle Ă©conomique de l’aide Ă  domicile en milieu rural (ADMR) est trĂšs fragile : il lui sera bien difficile de supporter de trĂšs fortes hausses de salaires, surtout sans la certitude que le dĂ©partement suivra les injonctions en ce sens.

Or, en la matiĂšre, la libertĂ© des collectivitĂ©s territoriales est garantie par le principe de leur libre administration. La pĂ©rĂ©quation entre elles existe dĂ©jĂ . L’État ne peut que se plier Ă  leur volontĂ©, Ă  leur choix politique – car c’en est un. Mais nous voulons tous l’égalitĂ© et l’équitĂ© en matiĂšre de prise en charge, qui seront au cƓur du dĂ©bat sur le grand Ăąge et l’autonomie. Ma circonscription est frontaliĂšre de trois dĂ©partements : je sais qu’il est incomprĂ©hensible pour nos concitoyens que les tarifs de prise en charge, surtout lorsqu’il s’agit de nos aĂźnĂ©s, ne soient pas les mĂȘmes en IsĂšre, dans le RhĂŽne, dans l’Ain et en Savoie.

De nombreux rapports ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s sur le sujet – je salue les travaux de Mme El Khomri, de M. Libault et de M. Vachey, mais aussi ceux, de grande qualitĂ©, de nos collĂšgues parlementaires Mme Dufeu, Mme Vidal, Mme Iborra et Mme Fiat. À nous, dĂ©sormais, d’avancer pour rĂ©pondre Ă  cette demande sociĂ©tale, car c’est bien d’un enjeu de sociĂ©tĂ© qu’il s’agit : le dĂ©fi Ă  relever en vue de 2050 est immense. La majoritĂ© a posĂ© la premiĂšre pierre de l’édifice en crĂ©ant le cinquiĂšme risque et la cinquiĂšme branche de la sĂ©curitĂ© sociale, mais il reste Ă©normĂ©ment Ă  construire, nous en sommes parfaitement conscients.

Monsieur de Courson, sur les 136 milliards d’euros que vous Ă©voquez, il y en a 92 correspondant Ă  des dĂ©ficits prĂ©visionnels. Je crois pour ma part aux effets du plan de relance ; attendons qu’ils se manifestent avant de dire qu’il manque des milliards d’euros – ce ne sera pas long puisque le ministre veut que les dĂ©caissements soient faits dans les deux ans. Il est de notre responsabilitĂ© que les mĂ©canismes soient simples, clairs, faciles Ă  apprĂ©hender et Ă  utiliser par les entreprises et leurs conseils. À nous, lĂ©gislateur, de veiller Ă  ne pas les compliquer pour qu’ils soient efficaces et efficients trĂšs vite.

Quant aux Ă©conomies, nous serons tous d’accord pour dire que, politiquement, ce n’est pas le moment d’en rĂ©aliser sur la santĂ© – sinon en poursuivant la rĂ©organisation engagĂ©e depuis trois ans en matiĂšre d’articulation entre l’hĂŽpital et la ville et de rĂ©partition des modes de financement des soins entre T2A, forfaits et incitation Ă  la qualitĂ©. Continuons sur cette voie, mais nous n’annoncerons ni Ă©conomies ni coup de rabot ici ou lĂ , car ils ne seraient pas compris.

Mme Christelle Dubos, rapporteure pour avis. J’ajoute qu’il y a tout de mĂȘme 4 milliards d’euros d’économies dans le PLFSS, dont 700 millions d’euros dus Ă  la baisse du prix des mĂ©dicaments et 300 millions d’euros dus aux efforts pour la pertinence et l’efficacitĂ© des arrĂȘts de travail, en consĂ©quence des actions entreprises au cours des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes pour mieux flĂ©cher et rĂ©partir les dĂ©penses en vue du retour Ă  l’équilibre en 2023.

En ce qui concerne l’autonomie, le PLFSS est une premiĂšre pierre Ă  l’édifice, mais nous examinerons dans quelques semaines le projet de loi relatif au grand Ăąge et Ă  l’autonomie, qui va nous permettre de formuler des propositions sur le maintien Ă  domicile et les services assurant le lien entre ville et EHPAD.

La revalorisation salariale n’est pas tout : il s’agit aussi de reconnaĂźtre la plus-value des mĂ©tiers de l’aide Ă  domicile, au sein desquels les simples aides mĂ©nagĂšres d’hier ont Ă©tĂ© remplacĂ©es par de vĂ©ritables professionnels du care qui permettent le maintien Ă  domicile des personnes ĂągĂ©es. Cela doit aussi passer par une professionnalisation et par une vĂ©ritable formation. Les Ă©lĂ©ments financiers inscrits dans le PLFSS y contribueront. En outre, 275 millions d’euros ont Ă©tĂ© allouĂ©s en 2020 Ă  la revalorisation des salaires au sein des EHPAD dans le cadre du « SĂ©gur de la santé ».

M. Charles de Courson. Nous sommes en commission des finances : si nous n’alertons pas sur le dĂ©ficit structurel de notre systĂšme de protection sociale, qui le fera ? À quoi servons-nous ? Il n’y a aucune Ă©conomie dans le texte ! Vous Ă©voquez la branche maladie, mais il faut aussi considĂ©rer la branche vieillesse, la branche famille
 On ne peut pas continuer ainsi !

Plusieurs députés du groupe La République en marche. Mais que proposez-vous ?

M. Charles de Courson. Mes propositions ? Je les formule depuis plus de vingt-cinq ans. En voici une, parmi beaucoup d’autres : crĂ©er un grand rĂ©gime unique pour tous les salariĂ©s en matiĂšre de vieillesse et Ă©teindre les rĂ©gimes spĂ©ciaux ; vous ne l’avez pas fait ! Pourtant, la branche vieillesse est structurellement dĂ©ficitaire et ce serait une rĂ©forme de justice et d’égalitĂ©.

M. Éric Coquerel. Vous avez transfĂ©rĂ© une grande partie de la dette covid Ă  la CADES, alors que vous aviez d’autres choix. Pourquoi serait-ce aux comptes sociaux de la payer, alors que la dette sociale, on le sait, doit nĂ©cessairement ĂȘtre remboursĂ©e, Ă  la diffĂ©rence de la dette de l’État ?

Je remercie les rapporteures d’avoir clarifiĂ© le fait que le PLFSS prĂ©voit bel et bien des Ă©conomies, non pas conjoncturelles, mais structurelles, liĂ©es Ă  la rĂ©organisation du systĂšme. Pourtant, contrairement Ă  ce qu’a pu dire le PrĂ©sident de la RĂ©publique, le problĂšme n’est pas l’organisation, mais bien les moyens. Tant que cela n’aura pas Ă©tĂ© compris, nous nous exposerons Ă  de nouveaux Ă©pisodes comparables Ă  celui que nous venons de vivre.

Mme VĂ©ronique Louwagie. La question posĂ©e par M. Coquerel mĂ©rite d’ĂȘtre soulevĂ©e : la crise inĂ©dite que nous vivons doit-elle ĂȘtre prise en charge par le budget de la sĂ©curitĂ© sociale ou par celui de l’État ? Il faudra bien finir par y rĂ©pondre.

 


EXAMEN DES ARTICLES

 

PremiĂšre partie
DISPOSITIONS RELATIVES À L’EXERCICE 2019

Article 1er : Approbation des tableaux d’équilibre relatifs Ă  l’exercice 2019

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 2 : Approbation du rapport annexĂ© sur le tableau patrimonial et la couverture des dĂ©ficits de l’exercice 2019 (annexe A)

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

DEUXIÈME PARTIE
Dispositions relatives À l’exercice 2020

Article 3 : CrĂ©ation d’une contribution exceptionnelle des organismes complĂ©mentaires en santĂ© aux dĂ©penses liĂ©es Ă  la gestion de l’épidĂ©mie de Covid-19 au titre de 2020

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 4 : Contribution au financement de la prime Covid pour les personnes des services d’aide et d’accompagnement à domicile

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 5 : Ratification des dĂ©crets de relĂšvement des plafonds d’emprunt de l’Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale et de la Caisse centrale de la mutualitĂ© sociale agricole

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 6 : Mise en Ɠuvre de la compensation des exonĂ©rations créées lors de la crise de la covid 19

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 7 : Rectification des prévisions et objectifs relatifs à 2020

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Article 8 : Rectification de l’ONDAM et des sous-ONDAM 2020

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 9 : Rectification de la dotation au FMESPP

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

TROISIÈME PARTIE
Dispositions relatives aux recettes et Ă  l’équilibre de la sĂ©curitĂ© sociale
pour l’exercice 2021

TITRE Ier
DISPOSITIONS RELATIVES AUX RECETTES, AU RECOUVREMENT
ET À LA TRÉSORERIE

Chapitre Ier
Tenir compte de la crise de la covid‑19

Article 10 : CrĂ©ation d’une contribution exceptionnelle des organismes complĂ©mentaires en santĂ© aux dĂ©penses liĂ©es Ă  la gestion de l’épidĂ©mie de Covid-19 au titre de 2021

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 11 : Affectation Ă  la Caisse nationale d’assurance maladie des excĂ©dents de la Caisse d’assurance maladie des industries Ă©lectriques et gaziĂšres et des provisions relatives Ă  la rĂ©serve de prĂ©voyance de la Caisse de prĂ©voyance et de retraite du personnel de la SNCF

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 12 : SĂ©curisation du mode de calcul de l’évolution du plafond annuel de la sĂ©curitĂ© sociale

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Article 13 : Prolongement du dispositif d’exonĂ©ration liĂ© Ă  l’emploi de travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi (TO-DE)

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.


Aprùs l’article 13

La commission examine, en discussion commune, l’amendement CF5 de M. SĂ©bastien Jumel et l’amendement CF4 de M. SaĂŻd Ahamada, lequel fait l’objet du sous-amendement CF6 de M. SĂ©bastien Jumel.

M. Fabien Roussel. L’amendement CF5 concerne toutes les rĂ©gions depuis lesquelles il existe des liaisons maritimes avec la Corse ou transmanche. La frĂ©quentation des ferries a chutĂ© de 60 % Ă  80 % s’agissant des passagers et de plus de 20 % pour le fret. Cette situation met en grande difficultĂ© des compagnies qui opĂšrent les liaisons transmanche, de Dunkerque Ă  Roscoff en passant par Calais, Dieppe, Le Havre, Caen, Ouistreham, Cherbourg et Saint-Malo. Le chĂŽmage partiel et le prĂȘt garanti par l’État leur ont servi dans un premier temps d’amortisseurs, en permettant de maintenir les emplois et de poursuivre l’activitĂ©, mĂȘme rĂ©duite ; mais ils ne suffisent pas Ă  garantir la survie des opĂ©rateurs, confrontĂ©s Ă  une crise de longue durĂ©e en mĂȘme temps qu’aux mesures et incertitudes liĂ©es Ă  la sortie du Royaume-Uni de l’Union europĂ©enne, lesquelles affectent particuliĂšrement les Hauts-de-France, la Seine-Maritime et mĂȘme la Bretagne.

Face Ă  cette situation, les salariĂ©s, les organisations syndicales et les dirigeants des entreprises de transport transmanche ainsi que les Ă©lus du littoral ont donnĂ© l’alarme et appelĂ© le Gouvernement Ă  dĂ©ployer un plan ferries pour permettre le maintien de l’activitĂ©. Le 15 septembre 2020, lors d’une sĂ©ance de questions au Gouvernement, le Premier ministre a dĂ©clarĂ© envisager rembourser les cotisations et contributions sociales dues par les armateurs pour 2021. Notre amendement tend Ă  concrĂ©tiser cette annonce pour tous les bateaux battant pavillon français, mais aussi pour tous les dĂ©lĂ©gataires de service public.

M. SaĂŻd Ahamada. L’amendement CF4 a Ă©galement pour objet d’inscrire dans le texte l’engagement pris par le Gouvernement en faveur des compagnies opĂ©rant des liaisons maritimes internationales, frappĂ©es de plein fouet par le covid et n’ayant connu aucun dĂ©confinement, ces liaisons n’ayant pas repris. En MĂ©diterranĂ©e, les trajets entre la France et l’Afrique du Nord sont toujours Ă  l’arrĂȘt et le chiffre d’affaires est Ă©gal Ă  zĂ©ro. Or, le secteur maritime au sens large pĂšse beaucoup plus que l’automobile dans l’économie nationale. Les mesures de soutien dont il a bĂ©nĂ©ficiĂ©, comme d’autres secteurs, lui ont permis de tenir pendant le confinement, mais il faut dĂ©sormais un dispositif exceptionnel, Ă  la mesure de la situation. Le Gouvernement l’a admis. Nous proposons donc que soient exonĂ©rĂ©es de part salariale l’ensemble des cotisations dues par les armateurs.

M. Fabien Roussel. Les compagnies bĂ©nĂ©ficiant d’une dĂ©lĂ©gation de service public (DSP) devraient ĂȘtre concernĂ©es, ce qui n’est pas le cas aux termes de l’amendement que notre collĂšgue vient de dĂ©fendre. Tel est le sens de notre sous-amendement.

Mme Christelle Dubos, rapporteure pour avis. La rĂ©daction de l’amendement CF4 permettait dĂ©jĂ  de traiter cette question Ă©voquĂ©e par le sous-amendement. Mais il ne me semble pas opportun d’inscrire dans la loi la mesure annoncĂ©e par le Premier ministre et dont M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la relance, discute actuellement avec les armateurs : les amendements et le sous-amendement devraient ĂȘtre satisfaits dans les prochains jours. Ils pourraient ĂȘtre redĂ©posĂ©s dans le cadre du quatriĂšme projet de loi de finances rectificative pour 2020 si une rĂ©ponse concrĂšte n’avait pas Ă©tĂ© apportĂ©e aux armateurs d’ici lĂ . Demande de retrait ou, Ă  dĂ©faut, avis dĂ©favorable.

Mme Claudia Rouaux. J’insiste : les amendements permettraient d’obtenir des prĂ©cisions. En effet, dans l’hĂ©micycle, Ă  propos du transmanche, donc des parties bretonne et normande, le Premier ministre a Ă©tĂ© trĂšs clair concernant Britanny Ferries, ex-BAI, mais beaucoup moins au sujet de la dĂ©lĂ©gation de service public, du moins en ce qui concerne la Normandie. Pour 2021, 15 millions d’euros ont Ă©tĂ© Ă©voquĂ©s, mais l’inclusion des DSP n’a pas Ă©tĂ© officialisĂ©e.

M. Fabien Roussel. Je maintiens mon amendement. Les salariĂ©s des entreprises concernĂ©es ont besoin de visibilitĂ© pour l’annĂ©e 2021, qui approche Ă  grands pas. Leur dire que la mesure ne sera pas inscrite dans le PLFSS, leur promettre qu’elle pourra l’ĂȘtre dans le quatriĂšme PLFR va nourrir leur inquiĂ©tude. Nous devons pouvoir leur garantir que leur activitĂ© est pĂ©renne ; sinon, les compagnies recourront au chĂŽmage, et nous ne voulons pas en arriver lĂ . Je le rĂ©pĂšte, ce sont les Ă©lus, les dirigeants des compagnies et les organisations syndicales qui demandent Ă  ĂȘtre rassurĂ©s quant Ă  la prise en charge des cotisations, y compris au profit des dĂ©lĂ©gataires de service public, dont la compagnie DFDS qui assure beaucoup de liaisons transmanche dans nos rĂ©gions.

M. Charles de Courson. Les personnels des armateurs bénéficient-ils du chÎmage partiel ?

Le secteur d’activitĂ© invoquĂ© par nos collĂšgues n’est pas le seul Ă  avoir Ă©tĂ© trĂšs affectĂ©. Nous devons traiter de maniĂšre Ă©quilibrĂ©e l’ensemble de ceux qui ont souffert.

Enfin, les droits acquis du fait des cotisations, notamment Ă  la retraite, seront-ils maintenus malgrĂ© l’annulation du recouvrement de la part salariale ? Celle-ci a un statut tout Ă  fait diffĂ©rent de celui des cotisations patronales ; elle n’appartient pas Ă  l’entreprise.

M. SaĂŻd Ahamada. Je le rĂ©pĂšte, nous ne faisons que traduire un engagement du Gouvernement. Certes, d’autres secteurs pourraient ĂȘtre Ă©ligibles Ă  un tel dispositif, mais il convient de leur consacrer, le cas Ă©chĂ©ant, des amendements distincts.

Je retire mon amendement pour le redĂ©poser en vue de la sĂ©ance publique afin que le Gouvernement nous indique clairement le calendrier de mise en Ɠuvre de la mesure annoncĂ©e.

L’amendement CF4 est retiré ; en consĂ©quence, le sous-amendement CF6 tombe.

La commission rejette l’amendement CF5.

 

Chapitre II
Poursuivre les simplifications pour les acteurs de l’économie

Article 14 : Clarification des rĂšgles d’affiliation et simplification des dĂ©marches dĂ©claratives et de paiement des cotisations des activitĂ©s issues de l’économie collaborative

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 15 : Simplifier les démarches déclaratives des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants agricoles

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Chapitre III
Créer la nouvelle branche autonomie

Article 16 : Gouvernance de la nouvelle branche de sĂ©curitĂ© sociale pour le soutien Ă  l’autonomie

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Chapitre IV
Assurer la soutenabilité des dépenses de médicaments

Article 17 : Mécanisme de sauvegarde sur les produits de santé

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

TITRE II
CONDITIONS GÉNÉRALES DE L’ÉQUILIBRE FINANCIER
DE LA SÉCURITÉ SOCIALE

Article 18 : Financement de la branche autonomie et transferts financiers entre la sĂ©curitĂ© sociale et l’État et entre rĂ©gimes de sĂ©curitĂ© sociale

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 19 : Approbation du montant de la compensation des exonĂ©rations mentionnĂ© Ă  l’annexe 5

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Articles 20 et 21 : Approbation des tableaux d’équilibre de l’ensemble des rĂ©gimes obligatoires, du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral et du FSV pour 2021

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption des articles sans modification.

 

Article 22 : Approbation de l’annexe C, de l’objectif d’amortissement de la dette sociale ainsi que des prĂ©visions de recettes affectĂ©es au Fonds de rĂ©serve pour les retraites et de mises en rĂ©serve au Fonds de solidaritĂ© vieillesse

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Article 23 : Habilitation des rĂ©gimes de base et des organismes concourant Ă  leur financement Ă  recourir Ă  l’emprunt

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 24 : Approbation du rapport sur l’évolution pluriannuelle du financement de la sĂ©curitĂ© sociale (annexe B)

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

QuatriÚme partie :
DISPOSITIONS RELATIVES AUX DÉPENSES ET À L’ÉQUILIBRE DE LA SÉCURITÉ SOCIALE POUR L’EXERCICE 2021

Chapitre Ier
Mettre en Ɠuvre les engagements du SĂ©gur de la santĂ©

Article 25 : Revalorisation des carriÚres des personnels non médicaux dans les établissements de santé et les EHPAD

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 26 : Accompagner la dynamisation de l’investissement pour la santĂ©

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 27 : Reprise partielle de la dette des établissements de santé assurant le service public hospitalier

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 28 : Poursuivre la réforme du financement des établissements de santé

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 29 : ExpĂ©rimentation d’un modĂšle mixte de financement des activitĂ©s de mĂ©decine

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Article 30 : Pérennisation et développement des maisons de naissance

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Article 31 : Soutien au développement des hÎtels hospitaliers

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 32 : Prolongation de la prise en charge intĂ©grale par l’assurance maladie obligatoire des tĂ©lĂ©consultations

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 33 : Prorogation au 31 mars 2023 de la convention mĂ©dicale entre l’assurance maladie et les mĂ©decins libĂ©raux

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 34 : Expérimentation élargissant les missions confiées aux infirmiers de santé au travail du réseau de la mutualité sociale agricole

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Chapitre II
Allonger le congĂ© de paternitĂ© et d’accueil de l’enfant et le rendre pour partie obligatoire

Article 35 : Allonger la durĂ©e du congĂ© de paternitĂ© et d’accueil de l’enfant et le rendre obligatoire

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Chapitre III
Tirer les conséquences de la crise sanitaire

Article 36 : Adaptation du dispositif de prise en charge exceptionnelle par l’assurance maladie en cas de risque sanitaire grave

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 37 : Transfert Ă  la sĂ©curitĂ© sociale de l’allocation supplĂ©mentaire d’invaliditĂ© (ASI)

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.


Chapitre IV
Assouplir et simplifier

Article 38 : Prises en charge dérogatoires des médicaments

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 39 : Renforcer la qualité des prestations de soins à domicile

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 40 : Simplification du pilotage de la complémentaire santé solidaire

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 41 : Modernisation du financement des syndicats des professionnels de santé libéraux

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 42 : Isolement et contention

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Chapitre V
Dotations et objectifs de dépenses des branches et des organismes concourant
au financement des régimes obligatoires

Article 43 : Dotation de l’assurance maladie au FMESPP (FMIS) et à l’ONIAM et dotation de la CNSA aux ARS

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 44 : Objectif de dépenses de la branche maladie, maternité, invalidité et décÚs

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 45 : ONDAM et sous-ONDAM

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

Article 46 : Dotations au Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante et au Fonds de cessation anticipĂ©e d’activitĂ© des travailleurs de l’amiante, transfert au titre de la sous-dĂ©claration des accidents du travail et maladies professionnelles et dĂ©penses engendrĂ©es par les dispositifs de prise en compte de la pĂ©nibilitĂ©

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 47 : Objectifs de dépenses de la branche accidents du travail et maladies professionnelles

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 48 : Objectif de dépenses de la branche vieillesse

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 49 : Objectif de dépenses de la branche famille

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 50 : Objectif de dépenses de la branche autonomie

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Article 51 : Prévision des charges des organismes concourant au financement des régimes obligatoires en 2021

La commission Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’article sans modification.

 

Puis elle Ă©met un avis favorable Ă  l’adoption de l’ensemble du projet de loi sans modification.

 

*

*     *

 

 


—  1  —

   Liste des personnes auditionnées

N. B. : les auditions en italique ont été organisées conjointement avec la commission des affaires sociales (MM. Thomas Mesnier, rapporteur général, Cyril Isaac-Sibille et Paul Christophe, Mmes Monique Limon et Caroline Janvier, rapporteurs thématiques).

● Services du Premier ministre

– Haut conseil du financement de la protection sociale : M. Dominique Libault, conseiller d’État, prĂ©sident, directeur gĂ©nĂ©ral de l’École nationale supĂ©rieure de sĂ©curitĂ© sociale

– Conseil d’orientation des retraites : MM. Pierre-Louis Bras, inspecteur gĂ©nĂ©ral des affaires sociales, prĂ©sident, et Emmanuel Bretin, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral

● Administrations centrales

– Direction de la sĂ©curitĂ© sociale : MM. Franck von Lennep, directeur, Morgan Delaye, sous-directeur du financement de la sĂ©curitĂ© sociale, et Nicolas Labrune, sous-directeur du financement du systĂšme de soins

– Direction du budget : Mme Marie Chanchole, sous-directrice chargĂ©e de la santĂ©, de l’emploi et de la formation professionnelle, de la solidaritĂ© et de l’insertion, et M. Rayan Nezzar, chef du bureau des comptes sociaux et de la santĂ©

– Direction gĂ©nĂ©rale de l’offre de soins : Mme Katia Julienne, directrice gĂ©nĂ©rale

● Structures interministĂ©rielles

– Inspections gĂ©nĂ©rales : M. Laurent Vachey, inspecteur gĂ©nĂ©ral des finances, Mme Florence Allot, inspectrice des affaires sociales, et M. Nicolas ScottĂ©, inspecteur des finances

– DĂ©lĂ©gation Ă  la prĂ©vention et Ă  la lutte contre la pauvreté : Mme Marine Jeantet, inspectrice des affaires sociales, dĂ©lĂ©guĂ©e

● AutoritĂ©s administratives indĂ©pendantes

– Haute autoritĂ© de santé : MM. Thomas Wanecq, directeur gĂ©nĂ©ral, et Pierre de Montalembert, chef de cabinet

– Agence nationale de la santĂ© publique : Mmes la professeure GeneviĂšve ChĂȘne, directrice gĂ©nĂ©rale, et Marie-Anne Jacquet, directrice gĂ©nĂ©rale adjointe

– ComitĂ© Ă©conomique des produits de santé : MM. Philippe Bouyoux, prĂ©sident, et Jean-Patrick Sales, vice-prĂ©sident chargĂ© des mĂ©dicaments, et Mme Catherine Rumeau-Pichon, vice-prĂ©sidente chargĂ©e des dispositifs mĂ©dicaux


● Organismes de sĂ©curitĂ© sociale

– Agence centrale des organismes de sĂ©curitĂ© sociale : M. Yann-GaĂ«l Amghar, directeur, et Mme Estelle Denize, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale, directrice de la communication et des relations publiques

– Caisse d’amortissement de la dette sociale : M. Jean-Louis Rey, inspecteur gĂ©nĂ©ral des affaires sociales, prĂ©sident, et Mme GeneviĂšve Gauthey, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale

– Caisse nationale d’assurance maladie : Mme VĂ©ronika Levendof, directrice juridique, et MM. Claude Gissot, inspecteur gĂ©nĂ©ral de l’Institut national de la statistique et des Ă©tudes Ă©conomiques, directeur des Ă©tudes et des statistiques, et Marc Scholler, directeur dĂ©lĂ©guĂ© des finances et de la comptabilitĂ©

– Caisse centrale de la mutualitĂ© sociale agricole : M. Patrick Cormery, prĂ©sident, Mme Christine Dupuy, directrice de la rĂ©glementation, et M. Christophe Simon, chargĂ© des relations avec le Parlement

– Caisse nationale d’assurance vieillesse : MM. GĂ©rard RiviĂšre, prĂ©sident, et Renaud Villard, directeur

– Caisse nationale d’allocations familiales : Mme Isabelle Sancerni, prĂ©sidente, et M. Vincent Mazauric, directeur gĂ©nĂ©ral

– Caisse nationale de solidaritĂ© pour l’autonomie : Mme Virginie Magnant, directrice, et MM. StĂ©phane Corbin, directeur adjoint, GaĂ«l Hilleret, chargĂ© des Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux

– Fonds de solidaritĂ© vieillesse : M. FrĂ©dĂ©ric FaviĂ©, prĂ©sident

– Fonds de rĂ©serves pour les retraites : Mme Sandrine Lemerey, prĂ©sidente du conseil de surveillance, et M. Yves Chevalier, membre du directoire

– Fonds pour la complĂ©mentaire santĂ© solidaire : MM. Philippe Sanson, directeur, Philippe Comte et StĂ©phane Runfola, chargĂ©s de mission

– Caisse autonome de retraite des chirurgiens-dentistes et des sages-femmes : M. Patrice Ronceret, directeur

– Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens : Mme Monique Durand, prĂ©sidente, et M. Marc Legaux, directeur

– Caisse autonome de retraite et de prĂ©voyance des infirmiers, masseurs kinĂ©sithĂ©rapeutes, pĂ©dicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes : Mmes Marie-Anne François, prĂ©sidente, et Muriel Muller-de Tannegg, directrice

– Caisse autonome de retraite des mĂ©decins de France : M. Henri Chaffiotte, directeur

– Caisse de prĂ©voyance et de retraite des notaires : Me BĂ©atrice CrĂ©neau-Jabaud, prĂ©sidente, et M. Jean-Paul Muller, prĂ©sident

– Caisse d’assurance vieillesse des huissiers de justice, des greffiers prĂšs des tribunaux de commerce, des commissaires-priseurs judiciaires, des commissaires-priseurs de ventes volontaires et des administrateurs et mandataires judiciaires : MM. Pascal Thuet, vice-prĂ©sident, et Guillaume DestrĂ©, directeur

– Caisse nationale des barreaux français : Me Viviane Schmitzberge-Hoffer, prĂ©sidente et M. Gilles Not, directeur gĂ©nĂ©ral

– Caisse d’assurance vieillesse des experts comptables : MM. Christophe Maertens, membre du bureau, et FrĂ©dĂ©ric Deknuydt, directeur

● Autres organismes paritaires

– Conseil de la protection sociale des travailleurs indĂ©pendants : Mme Sophie Duprez, prĂ©sidente, et MM. Éric Lebont, directeur, et Olivier Maillebuau, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral

– Association gĂ©nĂ©rale des institutions de retraite complĂ©mentaire des cadres et Association pour le rĂ©gime de retraite complĂ©mentaire des salariĂ©s : M. François-Xavier Selleret, directeur gĂ©nĂ©ral

– Union nationale des associations familiales : Mme Marie-AndrĂ©e Blanc, prĂ©sidente, Guillemette Leneveu, directrice gĂ©nĂ©rale, Claire MĂ©nard, chargĂ©e des relations avec le Parlement, et M. Jean-Philippe Vallat, responsable des Ă©tudes

● Organisations professionnelles

– FĂ©dĂ©ration hospitaliĂšre de France : Mmes Zaynab Riet, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale, CĂ©cile Chevance, responsable des finances, et M. Vincent Roques, directeur de cabinet

– FĂ©dĂ©ration de l’hospitalisation privĂ©e * : M. Lamine Gharbi, prĂ©sident, et Mmes Christine Schibler, dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale, et BĂ©atrice Noellec, directrice des relations institutionnelles

– FĂ©dĂ©ration des Ă©tablissements hospitaliers et d’aide Ă  la personne privĂ©s non lucratifs * : MM. Antoine Perrin, directeur gĂ©nĂ©ral, et Guillaume Chesnel, directeur de l’offre de soin et de la coordination des parcours de santĂ©

 

 

* Ces reprĂ©sentants d’intĂ©rĂȘts ont procĂ©dĂ© Ă  leur inscription sur le registre de la Haute autoritĂ© pour la transparence de la vie publique.


([1]) CCSS, Situation au 31 décembre 2019 et résultat annuel pour 2019 (note n° 23), 6 mai 2020.

([2]) Article 33 de la loi n° 2018-1203 du 22 décembre 2018 de financement de la sécurité sociale pour 2019.

([3]) Article 5 de la loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020.

([4]) Avis n° 2314 de Mme Cendra Motin et M. Éric Alauzet, au nom de la commission des finances, sur le PLFSS pour 2020, enregistrĂ© Ă  la prĂ©sidence de l’AssemblĂ©e nationale le 16 octobre 2019.

([5])  Fonction publique d’État, agents des collectivitĂ©s locales, fonds spĂ©cial des pensions des ouvriers des Ă©tablissements industriels de l’État et caisse nationale des industries Ă©lectriques et gaziĂšres.

([6]) Commission des comptes de la sécurité sociale.

([7]) Il s’agit de la prolongation, en annĂ©e pleine, de la mesure d’exonĂ©ration de prĂ©lĂšvements sociaux applicables Ă  ces heures prĂ©vue Ă  compter du 1er septembre 2019 par l’article 7 de la loi n° 2018-1203 du 22 dĂ©cembre 2018 de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2019 mais dont l’entrĂ©e en vigueur avait Ă©tĂ© avancĂ©e au 1er janvier 2019 par l’article 2 de la loi n° 2018-1213 du 24 dĂ©cembre 2018 portant mesures d’urgence Ă©conomiques et sociales.

([8]) L’article 3 de la loi n° 2018-1213 prĂ©citĂ©e dispose que, pour les retraitĂ©s ou personnes en situation d’invaliditĂ© percevant entre 1 200 et 2 000 euros par mois, le taux de CSG, qui avait Ă©tĂ© portĂ© Ă  8,3 % par l’article 8 de la loi n° 2017-1836 du 30 dĂ©cembre 2017 de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2018, est rĂ©tabli Ă  6,6 % Pour ceux touchant moins de 1 200 euros par mois, le taux est restĂ© nul jusqu’à 927 euros et de 3,8 % au-delĂ .

([9]) En application de la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 relative Ă  la croissance et la transformation des entreprises, le forfait social a Ă©tĂ© supprimĂ©, au 1er janvier 2019, sur les sommes versĂ©es au titre de l’intĂ©ressement pour les entreprises de moins de 250 salariĂ©s, ainsi que sur l’ensemble des versements d’épargne salariale (intĂ©ressement, participation et abondement de l’employeur sur un plan d’épargne salariale) pour les entreprises de moins de 50 salariĂ©s.

([10]) Articles L.O. 111-3 du Code de la sécurité sociale et L.O. 132-2-1 du code des juridictions financiÚres.

([11]) Avis n° 2019-3 du 23 septembre 2019 relatif aux PLF et PLFSS pour 2020.

([12]) Devenu la loi n° 2020-289 du 23 mars 2020 de finances rectificative pour 2020.

([13]) Devenu la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020.

([14]) Devenu la loi n° 2020-935 du 30 juillet 2020 de finances rectificative pour 2020.

([15]) Si le confinement, au sens de la restriction de la libertĂ© d’aller et venir, a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© le 17 mars 2020 puis levĂ© le 11 mai 2020 par la voie rĂ©glementaire, le 3° de l’article 5 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face Ă  l’épidĂ©mie de covid-19 a créé un chapitre Ier bis relatif Ă  l’état d’urgence sanitaire au sein du titre III du livre Ier de la troisiĂšme partie du code de la santĂ© publique.

([16]) Au sens de celle du secteur marchand non-agricole relevant des URSSAF.

([17]) Avis n° 2020-5 relatif aux PLF et PLFSS pour 2021.

([18]) La rĂ©cession serait de 9,6 % d’aprĂšs l’OCDE et de 8,7 % d’aprĂšs la Banque de France.

([19]) Contribution de Mme Cendra Motin au rapport n° 3197 de M. Éric Woerth, prĂ©sident de la commission des finances, de l’économie gĂ©nĂ©rale et du contrĂŽle budgĂ©taire, sur le printemps de l’évaluation, enregistrĂ© Ă  la prĂ©sidence de l’AssemblĂ©e nationale le 10 juillet 2020.

([20]) II de l’article 4 de la loi n° 2020-992, prĂ©citĂ©e.

([21]) Ces deux revenus sont exonérés de cotisations salariales et patronales de sécurité sociale, mais assujettis (sur une assiette abattue de 1,75 %) à la contribution sociale généralisée au taux réduit de 6,2 % et à la contribution pour le remboursement de la dette sociale au taux de 0,5 %.

([22]) IntĂ©grant l’assurance chĂŽmage et la retraite complĂ©mentaire des salariĂ©s du privĂ©.

([23]) Contre – 5 % en aoĂ»t 2020 d’aprĂšs l’Institut national de la statistique et des Ă©tudes Ă©conomiques (INSEE).

([24]) Joint au projet de loi de finances pour 2021 en application de l’article 50 de la loi organique n° 2001-692 du 1er aoĂ»t 2001 relative aux lois de finances.

([25]) Le PIB augmenterait seulement de 6,8 % en 2021 pour l’OCDE, et de 7,4 % pour la Banque de France.

([26]) Cour des comptes, Rapport sur l’application des LFSS, 7 octobre 2020.

([27]) Article 1er de l’ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale.

([28]) Tome I de l’évaluation Voies et moyens annexĂ©e au PLF pour 2021.

([29]) Ibid.

([30]) TroisiĂšme alinĂ©a du I de l’article L. 135-6 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale.

([31]) Article 4 bis de l’ordonnance n° 96-50 prĂ©citĂ©e, créé par l’article 20 de la loi organique n° 2005-881 du 2 aoĂ»t 2005 relative aux LFSS (LOLFSS).

([32]) Conseil constitutionnel, décision n° 2010-620 DC du 16 décembre 2010, LFSS pour 2011.

([33]) « Pour chaque euro de besoin de financement, l’ACOSS a fait appel en 2019 plus de huit fois en moyenne au marchĂ© pour le couvrir » (Cour des comptes, op. cit.)

([34]) Charte du 1er janvier 2019 entre l’AFT et les SVT.

([35]) Article 30 de la loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020.

([36]) Décrets nos 2020-327 du 25 mars 2020 et 2020-603 du 20 mai 2020.

([37]) Ordonnance n° 2020-309 du 25 mars 2020 relative Ă  la garantie de financement des Ă©tablissements de santĂ© et aux rĂ©gimes complĂ©mentaires obligatoires de sĂ©curitĂ© sociale, prise sur le fondement de l’habilitation prĂ©vue au i) du 1° du I de l’article 11 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face Ă  l’épidĂ©mie de covid-19.

([38]) PrĂ©voir les dĂ©penses nĂ©cessaires au paiement de cette nouvelle part de dette sociale dans un programme ad hoc du budget gĂ©nĂ©ral de l’État n’aurait pas Ă©tĂ© opportun, car y inscrire 136 milliards d’euros aurait Ă©tĂ© disproportionnĂ©, tandis que n’y inscrire que les intĂ©rĂȘts aurait empĂȘchĂ© un vĂ©ritable apurement.

([39]) Décision n° 2005-519 DC du 29 juillet 2005.

([40]) Décision n° 2010-620 DC du 16 décembre 2010.

([41]) Article 1er de la loi organique n° 2010-1380 du 13 novembre 2010 et loi n° 2010‑1594 du 20 dĂ©cembre 2010 de financement de la sĂ©curitĂ© sociale pour 2011.

([42]) NĂ©anmoins, les derniers chiffres arrĂȘtĂ©s remontent dĂ©jĂ  au 5 dĂ©cembre 2017.

([43]) Cour des comptes, La dette des hÎpitaux : des améliorations fragiles, une vigilance à maintenir, février 2018.

([44]) IGF et IGAS, Évaluation de la dette des Ă©tablissements de santĂ© et des modalitĂ©s de sa reprise, avril 2020.

([45]) D’après l’International capital market association (ICMA), le social bond est une obligation qui finance exclusivement des projets Ă  impact social positif sur la population cible. L’émetteur s’engage à communiquer aux investisseurs, avec la plus grande transparence et selon des processus encadrés, des éléments d’évaluation sur les bénéfices attendus. L’UnĂ©dic a Ă©galement Ă©mis de tels titres le 15 mai 2020.

([46]) Article 3 de l’ordonnance n° 2020-312 du 25 mars 2020 relative à la prolongation de droits sociaux ; 3° de l’article 4 de l’ordonnance n° 2020-428 du 15 avril 2020 portant diverses dispositions sociales.

([47]) Article 4 de l’ordonnance n° 2020-309 du 25 mars 2020, prĂ©citĂ©e.

([48]) Article L. 5122-1 du code du travail.

([49]) Ordonnance n° 2020-346 du 27 mars 2020 portant mesures d’urgence en matiĂšre d’activitĂ© partielle.

([50]) Ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particuliÚrement touchées par les conséquences économiques, financiÚres et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation.

([51]) Site officiel de la direction générale des finances publiques (DGFiP), consulté le 11 octobre 2020.

([52]) I de l’article 1er de la loi n° 2020-473, prĂ©citĂ©e.

([53]) I de l’article 11 de la loi n° 2020-473, prĂ©citĂ©e.

([54]) Article 1er de l’ordonnance n° 2020-385 du 1er avril 2020 modifiant la date limite et les conditions de versement de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat.

([55]) Le 4° du II de l’article 7 de la loi n° 2018-1213 du 24 dĂ©cembre 2018 portant mesures d’urgence Ă©conomiques et sociales dispose qu’« elle ne peut se substituer Ă  aucun des Ă©lĂ©ments de rĂ©munĂ©ration, au sens de l’article L. 242-1 du Code de la sĂ©curitĂ© sociale, versĂ©s par l’employeur [
] ; elle ne peut non plus se substituer Ă  des augmentations de rĂ©munĂ©ration ni Ă  des primes prĂ©vues par un accord salarial, le contrat de travail ou les usages en vigueur ».

([56]) Article 81 quater du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts, modifiĂ© par le I de l’article 4 de la loi n° 2020-473, prĂ©citĂ©e.

([57]) Décret n° 2020-1103 du 1er septembre 2020.

([58]) Montant prĂ©conisĂ© par l’IGAS dans son rapport Les plateformes collaboratives, l’emploi et la protection sociale de mai 2016.

([59])  Loi n° 94-637 du 25 juillet 1994 relative à la sécurité sociale.

([60]) Loi n° 2004‑810 du 13 aoĂ»t 2004 relative Ă  l’assurance maladie.

([61]) Modifié par la loi organique n° 2010-1380 du 13 novembre 2010 relative à la gestion de la dette sociale.

([62]) Loi n° 2018‑32 du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les annĂ©es 2018 Ă  2022.

([63]) Financement du fonds national pour l’accĂšs au logement et contribution de solidaritĂ© pour l’autonomie.

([64]) AprÚs transferts.

([65]) Article 21 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2017.

([66]) Annexe VII du PLFSS pour 2021.

([67]) REPS relatif à la branche maladie, annexé au PLFSS pour 2021.

([68]) Contribution de Mme Cendra Motin au rapport n° 3197 de M. Éric Woerth, prĂ©citĂ©.

([69]) Audition de la HAS et de Santé publique France par les rapporteures pour avis, le 7 octobre 2020.

([70]) Réponse au questionnaire des rapporteures pour avis.

([71]) Rapport de la commission des comptes de la sécurité sociale, septembre 2020.

([72]) Avant la crise, seuls les artisans, commerçants et exploitants agricoles en bĂ©nĂ©ficiaient en cas d’arrĂȘt de travail pour maladie.

([73]) Avis du comitĂ© d’alerte n° 2020-3 sur le respect de l’objectif national de dĂ©penses d’assurance maladie, 15 octobre 2020.

([74]) Audition de la DB et de la DSS par les rapporteurs pour avis, le 7 octobre 2020.

([75]) Avis du comitĂ© d’alerte n° 2020-3 sur le respect de l’objectif national de dĂ©penses d’assurance maladie, 15 octobre 2020.

([76]) Audition de la direction du budget et de la direction de la sociale menée par Mmes Christelle Dubos et Cendra Motin, rapporteures pour avis, le 7 octobre 2020.

([77]) Réponse au questionnaire de rapporteures pour avis.

([78]) Annexe IX du PLFSS pour 2021.

([79]) Par rapport à la situation actuelle reposant sur l’existence de huit maisons de naissance.

([80]) Rapport au Parlement relatif Ă  l’expĂ©rimentation des hĂ©bergements temporaires non mĂ©dicalisĂ©s pour patients, juin 2020.

([81]) Annexe IX du PLFSS pour 2021.

([82]) COR, note d’étape au Premier ministre, 15 octobre 2020.  

([83]) Ibid.

([84]) Loi n° 2020-7345 du 17 juin 2020 relative à diverses dispositions liées à la crise sanitaire, à d'autres mesures urgentes ainsi qu'au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne.

([85]) Audition du FSV par les rapporteures pour avis et le rapporteur général de la commission des affaires sociales, le 5 octobre 2020.

([86]) Rapport de la commission des 1 000 premiers jours, septembre 2020. 

([87]) DREES, Modes de garde et d’accueil des jeunes enfants, 2013.

([88]) Loi n° 2014-873 du 4 aoĂ»t 2014 pour l’égalitĂ© rĂ©elle entre les femmes et les hommes.

([89]) REPSS relatif à la branche famille annexé au PLFSS pour 2021.

([90]) Rapport de la commission des 1 000 premiers jours, septembre 2020.

([91]) Ibid.

([92]) Loi n° 2004-626 du 30 juin 2004 relative Ă  la solidaritĂ© pour l’autonomie des personnes ĂągĂ©es et des personnes handicapĂ©es.

([93]) Rapport n° 3066 de M. Thomas Mesnier au nom de la commission spĂ©ciale chargĂ©e d’examiner le projet de loi organique relatif Ă  la dette sociale et Ă  l’autonomie et le projet de loi relatif Ă  la dette sociale et à l’autonomie, enregistrĂ© Ă  la prĂ©sidence de l’AssemblĂ©e nationale le 9 juin 2020.

([94]) M. Dominique Libault, rapport de la concertation « Grand ùge et autonomie », mars 2019.

([95]) M. Olivier VĂ©ran, ministre des solidaritĂ©s et de la santĂ©, lors de l’examen du texte en commission spĂ©ciale.

([96]) M. Thomas Mesnier, rapporteur, lors de l’examen du texte en commission spĂ©ciale.

([97]) M. Adrien Taquet, secrĂ©taire d’État chargĂ© de l’enfance et des familles, lors de l’examen du texte en commission spĂ©ciale.

([98]) M. Laurent Vachey, La branche autonomie : périmÚtre, gouvernance et financement, septembre 2020.

([99]) M. Dominique Libault, op. cit.

([100]) Ibid.

([101]) Les autres recettes de la CNSA sont la contribution de solidaritĂ© pour l’autonomie (CSA), la contribution additionnelle de solidaritĂ© pour l’autonomie (CASA) et une fraction de CSG.

([102]) La création de ce fonds nécessite une disposition réglementaire et ne figure donc pas dans le PLFSS pour 2021.

([103]) D’aprĂšs le rapport de M. Laurent Vachey, un fonds de financement des Ă©tablissements et services mĂ©dico-sociaux, un fonds relatif au financement des prestations et des concours des dĂ©partements, un « fonds d’intervention nationale » qui prendrait en charge les actions de prĂ©vention, la formation des aidants ou encore la formation des intervenants, et un fonds de gestion administrative.