N° 2060

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ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

DIX-SEPTIÈME LÉGISLATURE

 

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 5 novembre 2025.

AVIS

PRÉSENTÉ

AU NOM DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES
sur le projet de loi de finances pour 2026 (n° 1906)

TOME IX

ÉCONOMIE

TOURISME

PAR M. Pascal LECAMP

Député

——

 

 Voir les numéros : 1906, 1996 (Tome III, Annexe 21).

 


SOMMAIRE

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Pages

introduction

PremiÈre PARTIE : analyse des crÉdits

I. Le tourisme : un secteur important pour la France, mais confronté À une concurrence europÉenne dynamique

1. Un secteur économique de poids

2. La France, première destination touristique internationale

3. Une destination toutefois sérieusement concurrencée, notamment en Europe

II. Le budget 2026 ne donne qu’une vue trÈs partielle des investissements nationaux dans le tourisme

1. Les crédits du programme 134 « Développement des entreprises et régulation » de la mission « Économie » consacrés au tourisme ne sont qu’une partie des moyens mobilisés par l’État

2. L’importance d’un opérateur public confirmé dans sa mission

III. Les dÉbats sur la centralisation de la collecte de la taxe de sÉjour

SECONDE PARTIE : Le tourisme de savoir-faire

I. Un TOURISME au potentiel de dÉveloppement prometteur

A. Une curiositÉ qui s’affirme

1. Qu’est-ce que le « tourisme de savoir-faire » ?

2. Un développement encourageant mais disparate

a. Un essor rapide de la visite d’entreprise

b. Des sites et cités de savoir-faire aux portages variables

c. L’événementiel : des rendez-vous multiples et… concurrents ?

B. Un dÉploiement touristique Aux nombreux avantages

1. Une originalité française

2. Un tourisme durable, favorable à une meilleure répartition des flux dans le temps et l’espace

3. Des bénéfices avérés pour les entreprises

II. Un soutien de l’État rÉcent

A. Un des volets du plan « destination France »

1. Les dispositifs publics mis en œuvre

i. L’appel à projet de 2020

ii. L’appel à manifestation d’intérêt de 2022

2. Des premiers résultats encourageants

i. L’action reconnue de l’association Entreprise et découverte

ii. La mise en œuvre des conventions État-région « Tourisme de savoirfaire »

B. … qui a besoin d’Être prolongÉ et complÉtÉ

1. Des contraintes encore fortes

2. Des délais de mise en œuvre plus longs que prévus

3. Une prolongation du soutien public aux initiatives d’Entreprise et découverte à envisager

4. Un accompagnement des métiers d’art à construire

III. UN SOUTIEN Qui doit s’inscrire dans une approche plus intÉgrÉe

A. D’autres initiatives complÈtent ces dispositifs

1. Au niveau territorial

2. Au niveau national et international

B. TOUTEFOIS, Il apparaÎt nÉcessaire de les structurer davantage

EXAMEN EN COMMISSION

LISTE DES PERSONNES auditionnÉes

CONTRIBUTION ÉCRITE

 


   introduction

Le tourisme est et reste l’un des grands atouts de l’économie française. Pour optimiser son potentiel, il appelle une politique publique à la hauteur.

En 2024, il représente 3,8 % du PIB direct, 1,5 million d’emplois salariés directs et plus de 200 milliards d’euros de dépenses touristiques intérieures – autant d’indicateurs qui témoignent de son rôle structurant dans la création de richesse, la vitalité de nos territoires et la cohésion de notre pays.

L’année 2024 a d’ailleurs constitué un moment exceptionnel pour la France touristique. Le succès des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, les commémorations du 80ème anniversaire du Débarquement et la réouverture de Notre‑Dame de Paris ont offert au monde l’image d’une France accueillante, dynamique et fière de ses savoir-faire. Avec 100 millions de visiteurs internationaux, notre pays a conforté son rang de première destination mondiale.

Mais au-delà de cette réussite conjoncturelle, la France dispose d’un potentiel durable et encore largement perfectible. Les recettes touristiques internationales, qui ont atteint 71 milliards d’euros l’année dernière, progressent nettement mais demeurent inférieures à celles de l’Espagne (98 milliards d’euros) ou du Royaume-Uni (78 milliards d’euros). La dépense moyenne par visiteur, deux fois moindre que celle de nos voisins espagnols, montre qu’il nous faut poursuivre la montée en gamme de notre offre et mieux valoriser l’expérience française.

C’est tout le sens de la trajectoire fixée par le Comité interministériel du tourisme (CIT) réuni à Angers le 24 juillet 2025, qui a rappelé l’objectif ambitieux de 100 milliards d’euros de recettes internationales à horizon 2030 et la volonté de faire de la France la première destination durable au monde. Pour y parvenir, il faut consolider notre stratégie, améliorer la coordination interministérielle et doter le secteur d’une véritable politique publique à la hauteur de ses enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

Le présent avis rappelle que l’effort public en faveur du tourisme reste éclaté : environ 7 milliards d’euros sont mobilisés à travers vingt-et-un programmes et treize missions différentes, sans qu’une vision consolidée ne permette d’en mesurer l’efficacité. Depuis la disparition du document de politique transversale consacré au tourisme, cette lisibilité fait défaut. Le rétablissement d’un tel outil – actualisé et corrigé de ses biais antérieurs – constituerait une avancée importante pour le pilotage stratégique de cette politique.

De même, la subvention pour charges de service public d’Atout France, dont dépend la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie de promotion internationale de la destination France, continue de diminuer : 23 millions d’euros prévus en 2026, contre 27 millions en 2024. Or, l’opérateur est appelé à jouer un rôle déterminant dans la relance qualitative de notre destination, notamment par le développement d’un outil national de traitement et de partage des données touristiques renforcé et modernisé, indispensable pour adapter l’offre, cibler les marchés à fort potentiel et accompagner la transition numérique du secteur.

Loin de toute approche défensive, il s’agit ici de reconnaître le caractère stratégique du tourisme français : un secteur porteur de croissance, de rayonnement et d’innovation, dont les réussites récentes démontrent la résilience et la capacité d’adaptation. L’enjeu est désormais de lui donner les moyens d’exprimer tout son potentiel, en s’appuyant notamment sur le moteur que constitueront les Jeux Olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises.

Partie intégrante de cette ambition, le tourisme de savoir-faire, auquel est consacrée la partie thématique de cet avis, est un levier d’avenir pour un tourisme durable, innovant et un pays fier de ses métiers.

À la croisée du tourisme, de la culture et de l’économie, le tourisme de savoir‑faire constitue une filière émergente et prometteuse. Il valorise la découverte des gestes, techniques et patrimoines liés à la production artisanale, industrielle ou artistique, et répond pleinement aux attentes contemporaines des visiteurs en quête d’authenticité, de proximité et de sens.

Avec 22 millions de visiteurs en 2024 et un doublement du nombre d’entreprises ouvertes à la visite en cinq ans (de 2 000 à 4 000), cette forme de tourisme, véritable spécificité française, illustre la capacité de nos territoires à innover et à diversifier leur offre. Durable, local et accessible à tous, il permet une meilleure répartition des flux dans le temps et l’espace et offre de nombreux bénéfices aux entreprises qui se sont ouvertes aux visites, tout en soutenant la transmission des métiers, la vitalité économique et la fierté des habitants dont les territoires, hier peu attractifs aux visiteurs, peuvent devenir, demain, des terres d’accueil de visiteurs.

Les travaux conduits pour ce rapport ont permis de proposer une définition claire du tourisme de savoir-faire, qui repose sur trois piliers complémentaires : la visite d’entreprise ou d’atelier, cœur de la rencontre entre production et public, la participation à des événements consacrés aux savoir-faire et la découverte de sites culturels ou muséaux valorisant la création, la technique et l’industrie.

Cette approche globale doit guider la conception des politiques publiques dans ce domaine et justifie que le tourisme de savoir-faire soit reconnu comme une politique transversale, associant le ministère de la culture, le ministère de l’économie, Atout France, les régions et les filières d’excellence.

Le rapport porte un certain nombre d’autres recommandations opérationnelles afin de poursuivre activement le développement du tourisme de savoir-faire.

Celui-ci est en effet porteur d’une vision renouvelée du tourisme français : celle d’un modèle qui relie, éduque et valorise, en incarnant le lien entre culture, économie et patrimoine vivant. En soutenant cette filière, la France affirme une singularité culturelle et économique qui renforce son attractivité, tout en réconciliant développement touristique, transmission et fierté des territoires. Elle se donne ainsi les moyens de devenir non seulement la première destination mondiale, mais aussi la première destination du sens et de la fierté.

 


   PremiÈre PARTIE :
analyse des crÉdits

I.   Le tourisme : un secteur important pour la France, mais confronté À une concurrence europÉenne dynamique

1.   Un secteur économique de poids

Selon l’Insee, le tourisme a généré 1,5 million d’emplois salariés en 2022, soit 7,4 % de l’emploi total. Par ailleurs, 275 000 emplois non-salariés sont touristiques. Ils représentent 6,8 % de l’emploi marchand non salarié total. ([1])

En 2022, la dépense touristique intérieure (à savoir les dépenses brutes des touristes français et étrangers en France) s’élevait à 167,1 milliards d’euros (Md€). En 2024, elle est montée à 200 Md€, dépassant son niveau d’avant la crise sanitaire, permettant de dégager un solde des voyages dans la balance des paiements excédentaire de 15,8 Md€ (source : réponse du ministère chargé de l’économie).

La contribution du tourisme au produit intérieur brut (PIB)

Il existe deux mesures principales de la contribution du tourisme au PIB, qu’il convient de ne pas confondre.

La consommation touristique intérieure correspond aux dépenses des visiteurs, français ou étrangers, sur le territoire.

Le PIB direct généré par le tourisme correspond à la consommation touristique intérieure à laquelle on retranche les consommations intermédiaires, les importations et les subventions correspondantes et à laquelle on ajoute les impôts nets générés sur ces produits et ces importations.

Source : le blog de l’Insee, « Comment mesure-t-on le poids économique du tourisme en France ? »

Le produit intérieur brut direct du tourisme, à prix courants, représentait quant à lui 108,7 Md€ en 2023, équivalant à 3,8 % du PIB de la France, se rapprochant ainsi de son niveau de 2019 (3,9 %) ([2]).

En 2023, les activités caractéristiques du tourisme, la restauration et l’hôtellerie au premier chef, avaient dégagé une valeur ajoutée brute de 83,6 Md€ directement imputables à la fréquentation touristique – soit 24,2 % de leur total annuel. Cette même année, la fréquentation touristique des hébergements collectifs (hôtels, campings, résidences, auberges de jeunesse, etc.) a dépassé, pour la première fois depuis la crise sanitaire, son niveau de 2019 (446,6 millions de nuitées) ; elle reste supérieure en 2024, malgré un léger recul par rapport à 2023, avec 451 millions de nuitées. Selon les données de l’Insee, la clientèle venant de France représentait près de 70 % des nuitées dans les hôtels et campings ; leur fréquentation est cependant essentiellement soutenue par le dynamisme de la clientèle non-résidente, relève l’Insee.([3])

2.   La France, première destination touristique internationale

Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), la France s’impose comme la première destination mondiale de tourisme, avec 79 millions d’arrivées en moyenne annuelle sur la période 2019-2024. Viennent ensuite l’Espagne et les États-Unis, qui accueillent, respectivement, environ 64 et 52 millions de touristes internationaux.

Les derniers bilans d’Atout France montrent qu’après une année 2023 exceptionnelle, avec près de 98 millions de visiteurs internationaux, le tourisme en France a connu une nouvelle progression en 2024 avec 100 millions de voyageurs internationaux, notamment du fait de l’organisation de plusieurs grands événements (mondiaux de ski, Jeux olympiques et paralympiques de Paris, réouverture de Notre-Dame, commémorations du 80e anniversaire du débarquement en Normandie).

Cette dynamique semble s’être maintenue sur les premiers mois de 2025 : à la fin du mois de juin, l’Insee note une hausse de 7 % des nuitées internationales dans l’hôtellerie et de 11 % dans le marché locatif ; l’observatoire aérien Forwardkeys a, de son côté, constaté que les arrivées aériennes internationales étaient en légère hausse (+ 1 %) en juillet et en août (+ 4 %).

3.   Une destination toutefois sérieusement concurrencée, notamment en Europe

Bien que première destination touristique au monde en termes de fréquentation étrangère, la France se place derrière l’Espagne et les États-Unis s’agissant des recettes liées aux touristes internationaux.

Avec plus de 57 milliards de dollars de recettes provenant des dépenses des touristes non-résidents en moyenne annuelle sur les années 2019 à 2024, la France est proche de l’Espagne, mais loin derrière les États-Unis où les recettes représentent plus du double([4]).

Les bonnes années 2023 et 2024 ont, certes, généré des recettes provenant du tourisme international en hausse avec, respectivement, 65,9 Md€ et 71,1 Md€ (hausse de 8 % environ sur un an). La croissance reste soutenue sur le premier semestre 2025, avec une nouvelle progression de 13,7 %, atteignant 37,3 Md€ à la mi-année.

Néanmoins, en dépit de ces recettes en hausse, la France n’occupe que le quatrième rang en 2024, derrière les États-Unis (199 Md€), l’Espagne (98,6 Md€) et même le Royaume-Uni (78,1 Md€). L’année 2025 ne devrait pas permettre de corriger ce retard, l’observatoire d’Atout France montrant que les recettes françaises restent inférieures à celles de l’Espagne.

Recettes du tourisme international en France
et chez ses principaux concurrents européens en juin 2025

Sources : Atout France et banques centrales des différents pays, septembre 2025. YTD : year to date.

Atout France observe en particulier que la dépense moyenne par visiteur est plus faible que dans des destinations comparables : ainsi, la dépense moyenne par visiteur étranger se situerait à 1 345 euros en Espagne contre 710 euros en France et notre pays se situe très en deçà des recettes moyennes par visiteur dans différentes destinations telles les États-Unis, Dubaï ou encore la Scandinavie.

Atout France explique que cet écart de recettes résulte notamment du fait que le secteur du tourisme, composé à 95 % de très petites entreprises (TPE), n’a pas encore suffisamment pris les virages numérique et écologique. Selon une étude de McKinsey & Company en 2024, l’intelligence artificielle, le blockchain, etc. reconfigurent la relation client, les modèles économiques des entreprises, la distribution et la durabilité des offres ; ils modifient également la façon dont les touristes organisent et vivent leurs voyages ; les technologies numériques permettent enfin d’atteindre de nouveaux consommateurs grâce à de nouveaux produits et services. Ces transitions constituent ainsi deux facteurs essentiels de montée en gamme et de réponse à l’évolution des besoins et attentes des voyageurs.

Or, malgré le plan de relance, le secteur souffre encore d’une faible visibilité et personnalisation de ses offres via la data, d’une grande dépendance aux plateformes de réservation internationales, qui captent de 20 à 25 % de la valeur, d’un parc d’hébergements et d’immobilier de loisir souvent énergivore – là où nos concurrents (Espagne, Italie) ont mobilisé davantage de fonds européens pour les moderniser – et d’une acceptabilité des voyageurs en baisse, en raison de l’exigence croissante d’un tourisme plus durable.

Mais l’opérateur souligne aussi le manque d’une exploitation centralisée et partagée des données consolidées sur le tourisme, à l’instar de ce que font Turespaña en Espagne, Brand USA aux États-Unis ou des structures ad hoc en Italie, au Royaume-Uni, à Dubaï ou en Allemagne. Or, la maîtrise d’une donnée fiable, réactive et partagée est devenue un avantage stratégique pour adapter l’offre (notamment en définissant des itinéraires ciblés selon les profils des voyageurs), piloter la montée en valeur de cette offre et orienter sa promotion.

Par ailleurs, les moyens budgétaires alloués à Atout France pour la promotion internationale de l’offre française sont très en deçà de ceux de la plupart des opérateurs nationaux des destinations concurrentes :

– La promotion internationale s’appuie partout sur des réseaux d’antennes. En 2022, l’Espagne employait 187 agents, contre 152 pour la France (100 pour l’Irlande et l’Allemagne, 61 pour l’Italie) ;

– Plusieurs pays européens disposent de budgets de promotion (touristique ou d’image) significatifs, à commencer par l’Espagne avec 270 M€ (hors plan de relance et pour le seul niveau national), la Hongrie avec 136 M€, l’Irlande avec 111 M€ et la Flandre belge avec 102 M€. En moyenne, ces budgets sont publics à 94 %.

Atout France ne dispose, pour sa part, que d’un budget total (fonctionnement et intervention) pour l’ensemble de ses missions de 60 M€, dont environ 24,8 M€ de subventions et transferts publics (des missions « Économie » et « Outre-mer »).

Atout France alerte enfin sur la poursuite de la diminution du tourisme d’affaires depuis la crise sanitaire : alors qu’il représentait, en tendance, plus de 45 % des nuitées hôtelières (lesquelles concentrent 48 % de l’ensemble des nuitées dans l’hébergement collectif) sur les dix dernières années, il ne représente qu’un tiers de l’ensemble des nuitées des hôtels en 2024 (source : Insee). L’Allemagne notamment investit activement ce créneau, marquant des points sur notre pays. Il y a lieu de rester vigilant à l’égard d’une clientèle généralement extra-saisonnière et au pouvoir d’achat élevé.

II.   Le budget 2026 ne donne qu’une vue trÈs partielle des investissements nationaux dans le tourisme

Tout en se félicitant des beaux résultats des deux dernières années, le Comité interministériel du tourisme (CIT), organisé à Angers le 24 juillet dernier, a également souligné les différents enjeux de la décarbonation – notamment celui des adaptations rendues nécessaires par le changement climatique –, de la transition numérique, mais aussi du renforcement de l’attractivité de notre offre touristique. Le CIT a rappelé ainsi l’objectif de faire de la France la première destination durable au monde d’ici 2030, mais il a également fixé un  objectif de 100 Md€ de recettes internationales à horizon 2030, ce qui suppose d’accélérer la transformation de l’offre touristique française – et notamment de la diversifier « en structurant de nouvelles filières ancrées dans la richesse naturelle, agricole et patrimoniale de nos territoires » (axe 5 de la stratégie nationale) : la seconde partie du présent avis s’attachera d’ailleurs à l’une de ces nouvelles filières, celle du tourisme de savoir‑faire.([5])

1.   Les crédits du programme 134 « Développement des entreprises et régulation » de la mission « Économie » consacrés au tourisme ne sont qu’une partie des moyens mobilisés par l’État

Force est de reconnaître que les prévisions budgétaires pour 2026 examinées dans cet avis ne traduisent pas directement ces ambitions, loin de là !

Les crédits spécifiquement alloués au tourisme figurent à l’action 23 « Industrie et services » du programme 134 « Développement des entreprises et régulation » de la mission « Économie ». Ils sont constitués, en presque totalité, de la subvention pour charges de service public (SCSP) versée à l’opérateur Atout France. Or, cette dotation poursuit sa baisse.

Évolution des crédits 2025-2026

En millions d’euros

Nature

LFI 2025

PLF 2026

Évolution (en %)

Dépenses de fonctionnement

SCSP Atout France

24,59

22,99

- 6,5 %

Dépenses d’intervention

Contribution de la France à l’Organisation mondiale du tourisme

0,36

0,5

+ 38,9 %

TOTAL des sous-actions liées au tourisme

24,95

23,49

- 5,9 %

La subvention à Atout France diminue apparemment de 1,6 M€ entre la loi de finances initiale pour 2025 et les prévisions pour 2026 ; en pratique, elle reste globalement stable par rapport au montant notifié en gestion, soit 23,05 M€ pour 2025. Ces annonces marquent néanmoins un recul de la SCSP de 16,4 %, par rapport aux 27,47 M€ versés en 2024.

Cette évolution participe évidemment des indispensables efforts d’économies réalisés sur l’ensemble du budget de l’État.

Il convient au demeurant de rappeler que la politique touristique est largement interministérielle et que plusieurs autres programmes budgétaires concourent à cette politique – des contributions qu’il est cependant complexe de mesurer depuis la disparition du document de politique transversale (DPT) qui lui était consacré. Les réponses ministérielles expliquent sa suppression, confirmée par la loi de finances pour 2023, par de nombreux biais qui faussaient la réalité des crédits affectés.

Votre rapporteur déplore néanmoins l’absence d’un véritable état consolidé de l’effort budgétaire consenti par l’État au bénéfice du secteur du tourisme. Le dernier DPT publié indiquait en effet qu’« en 2022, hors dépenses fiscales et hors impact du covid-19, l’effort global de l’État au titre du tourisme était évalué à près de 7,5 Md€ de crédits portés par 21 programmes budgétaires relevant de 13 missions » – et ce, sans compter les 1,9 Md€ de soutiens publics (État, régions, Banque des territoires et Bpifrance) prévus par le plan Destination France pour 2022-2024. Même si cette estimation doit être révisée à la baisse, l’écart reste considérable avec les 23,49 M€ affichés par l’action 23 du programme 134.

Au regard du poids de ce secteur dans l’économie française, votre rapporteur recommande le rétablissement d’un document de politique transversale concernant la politique du tourisme – en corrigeant les biais initiaux – dans un souci de meilleure lisibilité et de plus grande visibilité de l’action de l’État pour ce secteur.

L’importance de la politique nationale du tourisme justifierait également, selon votre rapporteur, la désignation d’un ministre de plein exercice, qui s’assurerait de la bonne coordination et de l’efficacité des différentes contributions ministérielles et offrirait aux acteurs du secteur un interlocuteur bien identifié. Votre rapporteur regrette que le portefeuille ministériel recréé fin 2024, après dix-sept ans d’absence, n’ait pas été confirmé, alors que la France touristique se trouve plus que jamais confrontée à de grands défis et à une concurrence étrangère particulièrement entreprenante et performante.

Votre rapporteur salue néanmoins l’annonce, par le CIT de juillet 2025, de la relance du comité de filière « Tourisme », qui a un rôle essentiel à jouer de coordination entre l’État, les territoires et les acteurs privés ([6]).

Rappelons en effet que la politique nationale touristique est aussi cofinancée et déployée par les territoires, notamment grâce à un maillage proche du terrain constitué par les organismes institutionnels de tourisme (offices du tourisme, comités régionaux ou départementaux du tourisme…).

Selon le projet annuel de performances « Économie » annexé au projet de loi de finances pour 2026, quatre dépenses fiscales bénéficient par ailleurs, au moins en partie, au secteur touristique. Le tableau ci-après montre une progression nette entre 2025 et 2026.

Dépenses fiscales bénéficiant au secteur du tourisme (2024-2026)

(en millions d’euros)

Dépense fiscale

Réalisé 2024

Prévu 2025

Prévu 2026

Taux de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 10 % applicable aux ventes à consommer sur place et à emporter, à l’exception des ventes de boissons alcooliques

2 025

2 035

2 275

TVA de 10 % pour la fourniture de logements dans les hôtels et les locations de logements meublés assorties de prestations annexes

695

695

780

TVA de 10 % applicable à la fourniture de logements dans les terrains de camping classés

153

154

172

Exonération de la contribution patronale et de la participation financière du comité d’entreprise et des organismes à caractère social au financement des chèques vacances

87

88

90

TOTAL

2 960

2 972

3 317

Source : PAP Économie 2026.

2.   L’importance d’un opérateur public confirmé dans sa mission

Votre rapporteur se réjouit de l’abandon du projet de fusion entre Atout France, opérateur de la promotion touristique, et Business France, opérateur de l’internationalisation de l’économie française, temporairement évoqué par les deux précédents Premiers ministres.

D’aucuns ont craint un effacement de la mission « Tourisme » au profit d’une mobilisation de tous les moyens de l’opérateur fusionné au soutien à l’export. Sans aller jusque-là, ce projet faisait peser une incertitude sur les ressources consacrées à la promotion touristique internationale.

Or, votre rapporteur, qui connaît bien les deux opérateurs, peut témoigner de la spécificité de leurs missions respectives. Au-delà des différences de statut, les métiers, les modes de fonctionnement et les financements sont très différents, notamment en raison du poids représenté par les régions dans les actions menées par Atout France. Une fusion ne créerait pas de pont entre eux. Rien n’interdit, en revanche, de rechercher dans les différentes antennes locales des solutions de partage des baux locatifs, afin d’optimiser les dépenses de fonctionnement, et la mutualisation de certaines actions au service des professionnels (salons, tourisme d’affaires, comités de filières conjoints, etc.).

À la demande de tous les acteurs de la filière (acteurs privés, collectivités locales, Medef, fédérations professionnelles) qui, pour les organismes auditionnés, ont dit à votre rapporteur leur attachement au maintien d’un opérateur spécifiquement consacré à l’accompagnement et à la promotion du tourisme, ce projet est écarté aujourd’hui, au profit d’une réforme bienvenue d’Atout France, telle que présentée au CIT de juillet 2025.

La nouvelle feuille de route d’Atout France

Lors du comité interministériel du tourisme du 24 juillet 2025, le Gouvernement a fixé les six priorités autour desquelles se déploie la feuille de route du nouveau directeur général d’Atout France :

– Le retour à l’équilibre financier au plus tard en 2027 ;

– Une réorganisation du réseau international alignée avec la stratégie de valeur (privilégiant les marchés prioritaires ou à fort potentiel) ;

– La définition d’une stratégie pérenne pour le dispositif d’observation statistique «  France Tourisme Observation (FTO) » afin de fournir des données fiables et réactives à l’ensemble de la filière ;

– La refonte du modèle de financement du groupement d’intérêt économique (GIE), avec une diversification de ses recettes propres et une évolution de l’offre de services ;

– L’évolution de la gouvernance et le rétablissement de la confiance en interne et auprès des partenaires ;

– Enfin, la contribution à l’atteinte des objectifs nationaux, à savoir maintenir la France comme première destination mondiale, atteindre 100 Md€ de recettes internationales et devenir la première destination durable d’ici 2030.

Auditionné par votre rapporteur, le nouveau directeur d’Atout France évalue les coûts de restructuration à environ 3 à 5 M€, que l’opérateur devra autofinancer « sur ses réserves » alors même que ses ressources budgétaires reculeront encore.

On a vu précédemment que la subvention pour charge de service public annoncée pour 2026 (22,95 M€) resterait globalement stable par rapport au montant notifié en gestion en 2025 (23,05 M€). Il reste qu’en euros courants, la subvention versée depuis l’action 23 de la mission « Économie » a nettement diminué depuis dix ans, puisqu’elle s’élevait à 30,98 M€ en 2017 (soit une baisse de 26 %). À cela s’ajoutent la perte des recettes liées aux visas depuis 2023 (représentant 2,2 M€) et la fin, en 2025, des crédits d’intervention consacrés à la promotion internationale du plan Destination France. En outre, l’opérateur ne pourra plus bénéficier de reports de subventions et de recettes passées non entièrement consommées par précaution, qui ont servi à (presque) équilibrer son budget en 2025 (de 60,4 M€).

Le nouveau directeur d’Atout France a conscience des économies à réaliser – notamment à travers les synergies à développer avec Business France, mais aussi la suppression de certains bureaux à l’international pour se concentrer sur de nouveaux marchés – et de la nécessité de trouver des ressources supplémentaires pour financer tout nouveau projet. Les services ministériels ont rappelé que le statut de groupement d’intérêt économique (GIE) permet à l’opérateur de percevoir ses propres recettes (pour les adhésions [plus de 2 M€ chaque année], les classements des hébergements collectifs, etc.) et de conclure des partenariats publics ou privés. Il doit ainsi recevoir en 2025 plus de 22,4 M€ de ses partenaires – les organismes institutionnels du tourisme et les régions, pour l’essentiel. Le statut de GIE permet enfin d’appliquer un principe de cofinancement, avec les acteurs territoriaux ou privés du tourisme, de ses actions de promotion à l’international.

Atout France observe toutefois que la réduction de son budget d’intervention a amenuisé non seulement sa capacité de promotion de la destination France à l’international, mais aussi l’effet de levier de ces cofinancements.

Votre rapporteur recommande donc de rester vigilant, dans la future réorganisation, à préserver une vraie capacité d’action au service du développement touristique et à conserver la dynamique créée par l’effet de levier des cofinancements.

Se pose également la question des moyens d’Atout France pour mener à bien son projet de développer un outil statistique national « et réactif » pour disposer de l’ensemble, consolidé, des données touristiques, qui permette des diagnostics plus fins et la définition d’offres mieux ciblées. Le nouveau directeur d’Atout France considère que c’est « une condition indispensable pour mener la feuille de route, adapter son modèle économique et rattraper le retard sur les destinations concurrentes » – en particulier l’Espagne, qui investit elle-même plusieurs dizaines de millions d’euros dans ce type d’outil (voir supra).

En réponse aux besoins d’éclairage des professionnels, Atout France a déjà mis en place le data hub national France Tourisme Observation (FTO), qui centralise aujourd’hui différents indicateurs conjoncturels et structurels de performance touristique de la destination France. Des données plus qualitatives, liées par exemple à la satisfaction des visiteurs ou au niveau d’acceptabilité des résidents ont également été proposées. Dans les prochains mois, d’autres observatoires, comme ceux relatifs à la consommation de l’eau ou de l’énergie, viendront enrichir le tableau de bord des investissements et du tourisme durable. Ce dernier proposera des indicateurs de suivi déclinant plusieurs objectifs stratégiques relatifs à la décarbonation, à la sobriété en ressources naturelles mais aussi à l’accessibilité, à l’emploi et à l’attractivité. Cette activité d’observation et de veille coûte à l’opérateur et à ses partenaires 1,2 M€ en 2025, pour l’achat des données et le financement du data hub.

Atout France estime toutefois nécessaire de moderniser et renforcer ses outils d’observation statistique, ce qui supposerait un investissement initial en termes de savoir-faire, d’investissement numérique et de partage-achat de données auprès d’acteurs publics et privés estimé à 3 M€ en 2026 afin d’amorcer la démarche.

Quelques acteurs contestent la légitimité d’Atout France à assurer cette centralisation des données, considérant notamment qu’ils seraient eux-mêmes mieux dotés, par leurs activités, pour assurer cette mission. Des questions de régularité juridique pourraient également se poser.

Si votre rapporteur n’a pas expertisé ces éventuelles difficultés, il soutient en tout état de cause la nécessité d’améliorer le partage des données du tourisme entre tous les acteurs de l’Hexagone concernés. Cet enjeu, majeur pour renforcer l’attractivité de la destination France, rappelle ADN Tourisme, lui paraît justifier le maintien de la subvention pour charge de service public d’Atout France au moins au niveau initialement prévu pour 2025.

III.   Les dÉbats sur la centralisation de la collecte de la taxe de sÉjour

La taxe de séjour est payée par les personnes séjournant dans un hébergement touristique, collectif (hôtel, camping, résidence, etc.) ou non (meublés, chambres d’hôtes, etc.). Sa mise en place, son barème et sa collecte sont gérés par les collectivités qui en bénéficient, à savoir les communes ou leurs établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), pour la taxe de base, et les départements, voire les régions, pour les taxes additionnelles ([7]).

Les recettes de cette taxe permettent aux collectivités locales de disposer de ressources complémentaires pour développer offices du tourisme et infrastructures touristiques sur leurs territoires.

Or, pendant quelques mois au cours du premier semestre de cette année, un projet de centralisation de la collecte de cette taxe par la direction générale des finances publiques a éveillé de vives inquiétudes parmi ces collectivités. Une disposition de la loi de finances pour 2024 prévoyait déjà la mise en place, à titre expérimental et pour trois ans, d’un service numérique centralisé de télédéclaration pour les plateformes de location de meublés de tourisme, appelé « Faritas » (FAciliter le Recouvrement de l’Impôt et de la TAxe de Séjour) dans le décret n° 2024-612 du 26 juin 2024 qui a procédé à sa mise en œuvre. Il s’agit de lutter contre les défauts de collecte ou les non-reversements de la taxe de séjour reprochés à certaines de ces plateformes. Cette télédéclaration se fait auprès de l’administration fiscale, Faritas se chargeant ensuite de « la répartition et de la transmission des données à chaque collectivité délibérante concernée », selon le site dédié. Le projet de centralisation globale visait vraisemblablement une bascule de l’ensemble de la collecte, sans plus de précisions sur son mode de fonctionnement.

L’Association nationale des élus des territoires touristiques (Anett), qui représente les collectivités touristiques, a confirmé à votre rapporteur ses craintes que cette opération ne leur fasse perdre leur pouvoir de piloter cette taxe selon leurs besoins, voire que l’État ne soit tenté de retenir une partie des recettes sans garantie d’une pleine compensation pour les collectivités. ADN Tourisme, qui représente les acteurs institutionnels du tourisme (y compris les offices du tourisme), a entendu un signal positif dans l’annonce par le CIT qu’une concertation nationale serait organisée sur le sujet. L’organisation insiste sur le fait que la taxe de séjour doit continuer à être collectée au plus près du terrain et que ses recettes doivent rester dévolues au développement touristique.

En l’état actuel du texte, le projet de loi de finances ne prévoit pas cette centralisation. Pour autant, votre rapporteur assure qu’il sera vigilant sur ces points.

 


   SECONDE PARTIE :
Le tourisme de savoir-faire

I.   Un TOURISME au potentiel de dÉveloppement prometteur

A.   Une curiositÉ qui s’affirme

1.   Qu’est-ce que le « tourisme de savoir-faire » ?

Lors du dernier comité interministériel du tourisme, qui s’est tenu à Angers le 24 juillet 2025, le développement du « tourisme de savoir-faire » était identifié comme un des leviers qui doit permettre à notre pays de réaliser l’objectif affiché par la ministre du tourisme d’atteindre 100 milliards d’euros (Md€) de recettes touristiques internationales à l’horizon 2030 (voir le bilan du tourisme en France en première partie). Le dossier de presse prévoit ainsi, à l’axe 5 de la stratégie d’action, de « diversifier notre offre touristique en structurant de nouvelles filières ancrées dans la richesse naturelle, agricole et patrimoniale de nos territoires », avec, en mesure 3, le « lancement d’une feuille de route dédiée au tourisme de savoir-faire ». Cette mesure ne s’attache qu’aux visites d’entreprises. Accueillant les visiteurs au cœur des ateliers et des usines, cette activité offre en effet une expérience spécifique, permettant au public de découvrir des pratiques artisanales, industrielles ou gastronomiques de l’intérieur et de rencontrer ou d’échanger avec les salariés et les chefs d’entreprise. Cette immersion la distingue d’une visite de musées ou de démonstrateurs en marge du site de production. Les travaux de votre rapporteur l’amènent cependant à constater que le tourisme de savoir-faire peut, et doit, avoir une acception plus large que le tourisme dit « industriel » ou « économique ».

Si les visites d’entreprises sont au cœur de ces découvertes, d’autres infrastructures ou initiatives peuvent les introduire, les compléter ou les enrichir en leur donnant une dimension historique et patrimoniale (comme les cités dédiées à un savoir-faire d’excellence, voir encadré infra), en offrant une vitrine à la diversité des productions à travers des évènements dédiés à ces métiers ou encore en incitant à aller à la rencontre d’autres acteurs de la filière… autant de complémentarités qui prolongent naturellement les propositions des entreprises déjà ouvertes aux visites du public, puisque, selon l’Observatoire de la visite d’entreprise, 40 % disposent d’un musée d’entreprise en plus de leur offre de visite.

Il convient ainsi de poser une définition du tourisme de savoir-faire, absente des documents de politique publique et divergente entre les interlocuteurs. Elle pourrait être la suivante : « Le tourisme de savoir-faire désigne l’ensemble des expériences de découverte permettant au visiteur de comprendre les gestes, techniques et patrimoines liés à la production artisanale, industrielle ou artistique. Ce champ recouvre trois dimensions indissociables : la visite d’entreprise ou d’atelier, la fréquentation d’événements consacrés aux savoirfaire, et la découverte de sites culturels ou muséaux valorisant la création, la technique ou l’industrie. ».

Les trois piliers du tourisme de savoir-faire :
expérience, patrimoine et économie vivante

Le tourisme de savoir-faire repose sur trois piliers complémentaires :

– Les visites d’entreprises et d’ateliers, qui offrent une immersion directe dans la production et les savoir-faire ;

– L’événementiel, incluant les salons, foires, journées « Portes ouvertes » et festivals mettant en scène les métiers et produits ;

– Les sites culturels et muséaux, qui racontent l’histoire des techniques et valorisent la mémoire des industries.

Cette triple approche permet d’articuler culture, économie et attractivité territoriale dans une stratégie cohérente.

Votre rapporteur souligne que cette approche globale doit guider la conception des politiques publiques dans ce domaine. La reconnaissance du tourisme de savoir-faire comme politique transversale implique une coordination renforcée entre le ministère de la culture, la direction générale des entreprises (DGE – Tourisme et entreprises) et l’opérateur Atout France.

Recommandation n°1 : Définir officiellement le tourisme de savoir-faire comme une politique transversale alliant culture, économie et attractivité territoriale et élaborer une stratégie dans ce sens associant, tant dans sa définition que dans sa mise en œuvre, les services du ministère de la culture en charge des métiers d’art et du ministère de l’économie en charge du tourisme et des entreprises, ainsi que les régions, Atout France, le Comité de la filière tourisme et les associations du secteur.

2.   Un développement encourageant mais disparate

a.   Un essor rapide de la visite d’entreprise

Pilier central du tourisme de savoir-faire, la visite d’entreprise connait un essor significatif, que montrent les chiffres nationaux de l’Observatoire de la visite d’entreprise. Il a ainsi décompté 22 millions de visiteurs l’an dernier (2024), soit une croissance de 30 % en cinq ans. Parmi eux, si 62 % du public vient de la région de l’entreprise, 18 % sont des touristes étrangers, toujours selon le dernier bilan annuel de l’Observatoire de la visite d’entreprise. Le nombre des entreprises ouvertes à la visite a doublé en cinq ans : elles sont quatre mille en 2024, contre deux mille en 2019. Il s’agit à 57 % de très petites entreprises (TPE), 37 % de petites et moyennes entreprises (PME) et 6 % d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) ou grandes (comme EDF, une des pionnières de la visite d’entreprise en France). Elles travaillent pour 37 % dans l’agroalimentaire, 25 % dans les vins, bières et spiritueux, 16 % dans l’artisanat et les métiers d’art, 13 % dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et de l’environnement et 9 % dans la mode et les cosmétiques. L’Observatoire relève aussi que le public ne se cantonne pas aux scolaires ou aux retraités, puisqu’il est composé à plus de 60 % de familles.

Tous les acteurs auditionnés confirment la progression de cette demande de découverte des savoir-faire, traditionnels ou innovants. Pour le représentant des acteurs institutionnels du tourisme, ADN Tourisme, elle se manifeste dans toutes les circonstances offertes, en entreprise comme lors des fêtes ou salons. Elle va de pair, selon lui, avec la volonté de mieux connaitre les produits, leur histoire, leurs composants, leur fabrication, leur traçabilité. Ateliers d’art de France constate, depuis une dizaine d’années, un engouement croissant des publics « en recherche d’authenticité, de circuits courts et de produits non standardisés ». Cet engouement se retrouve dans le succès de manifestations qui perdurent depuis plusieurs dizaines d’années, mais aussi dans la création de nouveaux formats de salons ou foires, la labellisation de certaines villes et le développement d’activités pour le public (visite d’ateliers partagés, conférences, ventes d’objets sur place). L’Institut pour les savoir-faire français (ISFF) confirme que les ateliers et manufactures s’ouvrent de plus en plus au public pour faire découvrir leurs productions et les procédés de fabrication, et que les établissements culturels s’impliquent également. C’est, explique-t-il, « en partie une réponse à l’attente d’un public contemporain curieux de nouvelles connaissances et découvertes, notamment d’histoires oubliées et inédites mais aussi des coulisses de la fabrication », en lien avec la fierté des habitants d’un territoire.

De fait, la visite d’entreprise permet tout à la fois de « découvrir, comprendre, vérifier in situ » la complexité du processus productif et la réalité du monde de l’entreprise et de vivre « une expérience unique et authentique dans un lieu insolite car non dédié en premier lieu au tourisme mais à la production », explique Entreprise et découverte (voir encadré infra). Le ministère de la culture y voit « une culture pour tous qui s’adresse à toutes les catégories de public, quels que soient l’âge et l’origine sociale. (…) Plongeant le visiteur au cœur de la production d’une usine ou d’un atelier de fabrication, il donne à vivre, à partager et pas seulement à voir. En cela, il intéresse toutes les classes d’âge : enfants, jeunes, familles, seniors ».

b.   Des sites et cités de savoir-faire aux portages variables

En l’absence d’observatoire spécifique, votre rapporteur ne peut établir de panorama exhaustif ou objectivé des piliers 2 et 3 du tourisme de savoir-faire, liés à l’événementiel ou aux lieux d’accueil culturels. Néanmoins, des initiatives diverses existent et se multiplient.

Ainsi, les « cités du savoir-faire » incarnent la mise en espace et en récit des métiers, des techniques et des produits. Elles constituent des lieux emblématiques, souvent soutenus par les collectivités territoriales, où se rencontrent transmission, expérimentation et attractivité touristique. Ces cités adoptent des modèles variés : certaines relèvent d’une logique patrimoniale et muséale, d’autres d’un projet économique et expérientiel plus contemporain.

Entre les visites d’entreprise et les cités de savoir-faire, les Manufactures nationales occupent une place particulière. Entreprise et découverte et le ministère de la culture ont rappelé qu’elles ouvrent les portes de leurs ateliers de production et associent des musées nationaux à Sèvres ou Limoges.

Les cités du savoir-faire : diversité des modèles et gouvernances

Les infrastructures existantes (non-exhaustif) :

– Cité de la dentelle et de la mode (Calais) : gouvernance publique, structure soutenue par la commune de Calais ;

– Cité du vin (Bordeaux) : structure hybride, pilotée par une fondation soutenue par les collectivités locales et le mécénat ;

– Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson : syndicat mixte constitué du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, du conseil départemental de la Creuse et de la communauté de communes Creuse Grand Sud et qui reçoit un soutien important de l’État (DRAC, Préfecture de la Creuse) et de nombreux partenaires et mécènes privés ;

– Autres lieux : Site verrier Meisenthal, Musée national Adrien Dubouché Limoges, Cités de la gastronomie (Dijon, Lyon, Tours).

Les projets en cours de développement :

– Cité de la bière (Bailleul) : projet à gouvernance territoriale associant région, brasseurs et acteurs du tourisme ;

– Cité du cuir (Saint-Junien) : initiative partenariale soutenue par la communauté de communes et des maisons de luxe implantées localement ; cofinancement public-privé ;

– Cité de la toile de Jouy (Jouy-en-Josas) : initiative partenariale soutenue par le Musée de la toile de Jouy et la ville de Jouy-en-Josas, avec le soutien de la communauté d’agglomération de Versailles Grand Parc et du département des Yvelines.

Ces expériences témoignent de la diversité des modèles économiques (public, associatif, privé ou mixte) et de la capacité d’ancrage territorial du tourisme de savoir-faire.

c.   L’événementiel : des rendez-vous multiples et… concurrents ?

Côté événementiel, des initiatives nombreuses et d’ampleurs variables peuvent être recensées. Les Journées européennes des métiers d’art (Jema), lancées par l’Institut pour les savoir-faire français (voir infra), accueillent annuellement jusqu’à quatre cent mille visiteurs. La DGE met en valeur la « Semaine de l’industrie » qui propose, pour sa 14e édition en 2025, 690 visites d’entreprises, mais contribue également à l’opération « Usines ouvertes », qui a réuni deux cents usines en avril 2025. Le Medef, pour sa part, a lancé ses « Journées du patrimoine économique », qui réunissaient 550 entreprises en septembre 2025. L’association Entreprise et découverte, elle, mène des « Rencontres nationales de la visite d’entreprise » (voir infra).

Le ministère de la culture porte, quant à lui, plusieurs manifestations :

– les dispositifs de promotion des savoir-faire liés à la restauration des monuments historiques (installation de panneaux didactiques sur les palissades de chantier) ;

– certaines manifestations programmées lors des « Journées du patrimoine ». Par exemple, à l’occasion de la 41e édition des Journées européennes du patrimoine en 2024, l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris a proposé une plongée au cœur des opérations de restauration de la cathédrale, avec un nouveau village du chantier installé sur le parvis de la cathédrale et proposant rencontres, démonstrations, ateliers pour le jeune public, conférences, concerts et animations avec l’ensemble des corps de métiers concernés. Il a accueilli 41 000 visiteurs ;

– des initiatives liées à la mise en œuvre du plan « Métiers d’art », comme l’événement « Entrez en matières » en avril 2025 au Musée d’Orsay. Soutenue par des écoles de formation du campus Mode, métiers d’art, design-Manufacture des Gobelins et les professionnels de grandes maisons réunies par le Comité Colbert, mais aussi par des artisans d’art sélectionnés par Ateliers d’Art de France, cette manifestation propose, pour sa quatrième édition, un parcours immersif à travers des démonstrations en temps réel, au cœur des collections du musée d’Orsay.

Parallèlement, les acteurs auditionnés par votre rapporteur ont évoqué diverses initiatives locales, menées par les conseils régionaux (telles « Ici, nos savoir-faire » en Nouvelle-Aquitaine), les acteurs locaux du tourisme (« Semaines du tourisme économique et des savoir‑faire » de la fédération des offices du tourisme de Bretagne) ou encore les acteurs consulaires (« Journées de l’artisanat en Nouvelle-Aquitaine » de la chambre des métiers et de l’artisanat).

Cette profusion d’événements témoigne certes de la vitalité du secteur, mais leur dispersion peut nuire à leur lisibilité pour le grand public.

Votre rapporteur estime donc qu’une meilleure coordination nationale serait souhaitable, en particulier pour mutualiser la communication et créer des parcours de découverte cohérents entre toutes ces initiatives. Il note néanmoins que pour les artisans d’art, la multiplication des événements augmente d’autant les opportunités de vente directe qui, pour certains, représentent la quasi‑totalité de leurs débouchés.

B.   Un dÉploiement touristique Aux nombreux avantages

1.   Une originalité française

Selon Atout France, la France est considérée comme un pays pionnier (avec l’Allemagne et l’Italie) et serait bien positionnée au niveau mondial pour le tourisme de savoir-faire grâce à :

– la densité et la structuration de son offre : quatre mille entreprises ouvertes et un réseau organisé au niveau national, pour ne parler que des visites d’entreprise ; une offre qui existe dans toutes les régions et représente tous les secteurs d’activité dans toutes leurs dimensions, de l’atelier artisanal à la grande usine industrielle ;

– son adossement à des traditions reconnues par l’Unesco ou des noms et marques emblématiques du « Made in France » dans les secteurs de la mode, des parfums et cosmétiques, du vin, etc. ;

– l’existence de filières structurées et déjà orientées vers l’accueil, tel l’œnotourisme, dont les dix mille caves ouvertes (sur les quatre-vingt mille exploitations viticoles de France) accueillent 45 % d’étrangers.

L’Observatoire de la visite d’entreprise constate, de son côté, que 65 % des quatre mille sites recensés ont la capacité d’accueillir des publics étrangers (par une médiation en langues et une signalétique adaptée).

Atout France précise que le Japon et les États-Unis ont également une offre de tourisme de savoir-faire (avec des visites de grandes marques, des circuits autour de l’artisanat ou de l’agroalimentaire), mais elle est pensée davantage comme du tourisme expérientiel de marque que comme une filière structurée.

Notre pays dispose ainsi d’un réel avantage concurrentiel en valorisant sa filière du tourisme de savoir-faire.

Selon Atout France, les visiteurs internationaux montreraient un intérêt marqué pour le tourisme de savoir-faire « qui permet de combiner authenticité, immersion culturelle et tourisme expérientiel ». Une étude menée en 2024 auprès de 29 marchés internationaux, concernant les attentes des visiteurs et la compréhension du parcours client, a en effet  montré que les visiteurs internationaux sont en recherche d’une diversité d’expériences, à la fois immersives et personnalisées, d’un lien direct avec la culture locale et les habitants (plus de huit répondants sur dix), mais également d’activités qui complètent les visites plus classiques de monuments et de musées, en particulier lors d’un deuxième ou troisième séjour en France. Le tourisme de savoir‑faire permet de répondre à ces différentes attentes. L’étude relève un intérêt particulier pour les activités liées à l’art de vivre, avec la recherche de la découverte des produits du terroir (7,8 répondants sur dix).

Tourisme de savoir-faire : des attentes différenciées

Le tourisme de savoir-faire attire une clientèle nationale, mais également internationale. Les attentes de cette dernière sont différentes selon les régions d’origine :

– Les clientèles asiatiques (Japon, Chine, Corée du Sud) montrent un fort intérêt pour l’artisanat de luxe, la gastronomie et le patrimoine immatériel (métiers d’art, savoir-faire liés à la mode, aux vins et aux spiritueux). Elles sont sensibles aux labels et aux savoir-faire inscrits à l’Unesco ;

– Les clientèles d’Amériquedu Nord sont attirées par les grandes marques, l’innovation et les expériences de coulisses. Elles sont en recherche d’authenticité et de mise en récit ;

– Les clientèles d’Europe du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, pays scandinaves) sont des clientèles sensibles à la dimension artisanale, patrimoniale et durable. Elles privilégient souvent les visites gourmandes et locales.

L’intérêt des touristes étrangers est renforcé par la valorisation de l’inscription de certains savoir-faire au patrimoine immatériel de l’Unesco (tels que la baguette, le repas gastronomique français, les savoir-faire liés au parfum de Grasse). L’Institut pour les savoir-faire français observe, de son côté, que la réussite d’un chantier exceptionnel comme celui de Notre-Dame-de-Paris joue également dans la renommée des métiers impliqués.

Atout France indique enfin que le tourisme de savoir-faire représente également une activité très complémentaire et recherchée dans le cadre des séjours liés au tourisme d’affaires, particulièrement dans le cadre de séminaires et de visites proposés en extension de congrès.

2.   Un tourisme durable, favorable à une meilleure répartition des flux dans le temps et l’espace

Le développement du tourisme de savoir-faire est un des aspects du tourisme durable : il constitue un contre-modèle au tourisme littoral, de masse et estival en s’inscrivant dans une logique de proximité. Il contribue à mieux répartir les flux de touristes :

– dans le temps, car il ne dépend pas d’une saison : attirant, en premier lieu, un public de proximité, mais susceptible d’intéresser également les touristes d’affaires, il peut générer des flux étalés sur l’année ;

 entre les territoires et vers des territoires éloignés des zones touristiques, plus enclavés ou moins dotés en monuments. Le développement du tourisme de savoir-faire bénéficie à des territoires très variés, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux. Il est en effet un atout indéniable pour le développement d’une activité touristique en ruralité, dès lors que la mobilité locale permet au visiteur d’accomplir le dernier kilomètre. Le ministère de la culture rappelle que chaque territoire détient et peut révéler une culture économique et sociale qui lui est propre et le caractérise : les marais salants de Guérande, la ganterie à Millau, la parfumerie à Grasse, l’aéronautique à Toulouse, la Monnaie de Paris, les manufactures du ministère de la culture qui ont rejoint le réseau d’Entreprise et découverte, etc. En témoigne la diversité des lieux d’installation des sites et cités (voir supra) et des entreprises ouvertes à la visite (voir le Guide du Routard de la visite d’entreprise).

Le tourisme de savoir-faire est enfin une opportunité unique de faire connaître et mettre en valeur le patrimoine vivant d’un territoire, sa culture artisanale et industrielle, son dynamisme et ses filières traditionnelles ou d’excellence, développant l’économie locale et réveillant la fierté des habitants.

Ces divers atouts font du tourisme de savoir-faire un enjeu majeur pour les entreprises des secteurs des cafés, restaurants, traiteurs et hôtels, affirme l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih). Non seulement les visiteurs peuvent voyager hors saison, mais leur panier moyen est généralement supérieur, car ils recherchent la qualité et l’authenticité. Ces acteurs y voient aussi la possibilité de créer des collaborations fructueuses entre les sites visités et leurs établissements : des offres combinées, par exemple, comme des séjours thématiques incluant la visite d’un atelier, un dîner autour de produits régionaux et une nuitée en hôtel, peuvent participer à créer une dynamique collective.

Les territoires semblent prendre la mesure des multiples potentiels du tourisme de savoir-faire. La direction générale des entreprises (DGE) observe que nombre de territoires, à commencer par les régions partenaire du fonds dédié (voir le II suivant), l’ont inscrit comme filière prioritaire de leur schéma de développement touristique. Ses bons résultats ont déjà convaincu la région Auvergne-Rhône-Alpes de conforter cette priorité. De son côté, Entreprise et découverte réalise de nombreux audits territoriaux, tels les vingt-cinq audits de faisabilité et de professionnalisation pour Quimper Cornouailles développement, ou le diagnostic et le plan d’action territorial pour développer la visite d’entreprise commandés par l’Office de tourisme de Dunkerque.

3.   Des bénéfices avérés pour les entreprises

Le ministère de la culture, auditionné par votre rapporteur, souligne que le tourisme de savoir-faire contribue à la promotion et à la préservation d’un patrimoine immatériel constitué au fil des siècles.

Mais il apporte à ces métiers et aux entreprises qui s’ouvrent au public des bénéfices encore plus directs, comme un outil de communication et de valorisation efficace, un complément de revenu appréciable et un vecteur d’attractivité pour certains métiers.

Selon l’observatoire précité d’Entreprise et découverte, la communication et ses retombées en termes de visibilité étaient le premier enjeu d’une ouverture aux visites pour 72 % des entreprises concernées en 2024 (contre 65 % en 2023) : créer ou transformer son image de marque, rassurer et fidéliser les consommateurs, faire des visiteurs des ambassadeurs. La visite d’entreprise est la démonstration du « fabriqué en France » et le moyen de montrer ses engagements sociaux et environnementaux.

Selon la même étude, l’enjeu commercial est aussi important pour 68 % des entreprises. Ces visites sont un moyen, pour les PME, de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur et d’accroître leurs marges, certaines réalisant jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires à l’occasion de ces visites. On constate notamment une augmentation du panier moyen (en hausse de 40 % à l’issue de la visite par rapport aux achats sans visite préalable). L’association Entreprise et découverte considère en outre que la visite d’entreprise a trouvé son équilibre économique : le tarif moyen de visite est passé à 9 € contre 5,9 € en 2020, 3 500 visiteurs en moyenne par an sont accueillis par les entreprises et 90 % de ces entreprises possèdent une boutique.

Enfin, l’attractivité des métiers est citée par 36 % des entreprises engagées. Faire de la visite d’entreprise un outil privilégié de découverte des métiers, de recrutement et d’inclusion est un chantier désormais prioritaire pour Entreprise et découverte. Sensibiliser le grand public aux savoir-faire exceptionnels de notre pays peut en effet susciter des vocations et contribuer ainsi à la transmission et à la préservation de ces métiers. Plus généralement, ces visites font connaître aux jeunes générations des professions diversifiées, des savoir-faire locaux et la passion de ceux qui les exercent ; elles donnent également à découvrir la vie en entreprise sous un jour valorisant. À ce titre, le tourisme de savoir-faire est un intéressant levier pour des recrutements futurs, notamment dans les filières méconnues ou qui trouvent difficilement des candidats.

Un autre bénéfice est ressorti des rencontres et auditions organisées par votre rapporteur : les visites d’entreprise redonnent la fierté de leur métier et de leur entreprise aux salariés.

II.   Un soutien de l’État rÉcent

A.   Un des volets du plan « destination France »

1.   Les dispositifs publics mis en œuvre

Les visites d’entreprises se pratiquent depuis longtemps mais, au gré d’initiatives individuelles, restaient une activité rare, en raison même des contraintes qu’elles imposent dans des locaux exclusivement consacrés à la production et à des équipes dont ce n’est pas le métier et qui n’ont pas toujours de temps à y consacrer. De même, les salons artisanaux et portes ouvertes d’ateliers sont reconnus depuis des décennies comme un outil de communication et de promotion indispensable à des productions plus confidentielles, mais ils se concentrent autour de quelques dates dans l’année. Longtemps, ces ouvertures au public sont restées des initiatives privées.

À partir de 2017, le ministère de la culture a commencé à accompagner et soutenir différentes actions soutenues par Entreprise et découverte (voir encadré ciaprès), telles que les rencontres nationales, la mise en place d’observatoires national et régionaux, l’élaboration d’une stratégie de valorisation à l’international en lien avec le ministère des affaires étrangères (avec la marque « France Savoir-faire d’excellence » lancée en septembre 2019), la campagne nationale de relance du tourisme de savoir-faire à l’été 2020, au cœur de la crise sanitaire, etc. Pour ce faire, il verse chaque année un soutien financier modeste à l’association, à hauteur de 20 000 euros (sur le programme budgétaire 361 « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture ») et fait partie du collège de partenaires de l’association. Le soutien à cette filière apparaît dans les objectifs de la convention interministérielle Culture-Tourisme du 19 janvier 2018.

Entreprise et découverte, la référence nationale de la visite d’entreprise

Entreprise et découverte est une association d’intérêt général qui compte un réseau de cinq cents entreprises partenaires et adhérentes.

Elle intervient sur trois volets : l’animation du réseau national, l’accompagnement des entreprises et des territoires (via du conseil, des formations, la réalisation de projets) et la communication (site internet, Guide du Routard de la visite d’entreprise avec 450 entreprises référencées, etc.).

Par ailleurs, Entreprise et découverte publie, tous les deux ans, les résultats de l’observatoire national et des régions de la visite d’entreprise, qui constitue la référence de la filière, et participe aux évènements d’Atout France à l’international.

L’association a disposé d’un budget de 750 000 € en 2024 : 15 % issus des adhésions (composées à 80 % d’entreprises et 20 % de territoires) ; 25 % assurés par les partenariats de son comité de pilotage ; les prestations d’accompagnement facturées aux entreprises et aux territoires (audits, conseils, réalisations de projet, formations…) ont représenté 55 % de ses ressources ; les subventions ministérielles, enfin, seulement 5% (contre un peu moins de 10 % en 2023).

C’est surtout à partir du plan « Destination France » que l’État s’implique plus activement dans le développement de la filière du tourisme de savoir-faire.

Ce plan, présenté par le Premier ministre Jean Castex en novembre 2021, constituait d’abord une réponse à la crise que traversait le secteur du tourisme depuis le début de la pandémie de covid-19. Il avait pour objectifs de faire rebondir et transformer le secteur touristique et pour ambition de faire de la France la première destination mondiale durable d’ici 2030.

Les dispositifs de soutien au tourisme de savoir-faire s’inscrivent dans le quatrième axe du plan : « Préserver et mettre en valeur le patrimoine sur l’ensemble du territoire ». Toutefois, la direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l’économie, qui est chargée de sa mise en œuvre, précise que le tourisme de savoir‑faire s’inscrit en réalité à la croisée de plusieurs politiques publiques : tourisme durable, préservation des outils industriels, attractivité des métiers, tourisme culturel. En soutenant cette filière, avec pour cible affichée de doubler le nombre d’entreprises ouvertes aux visites (elles étaient deux mille en 2021), l’objectif était (et reste) de mettre en valeur le savoir‑faire et la production des entreprises, la production en France, les métiers et le potentiel d’emplois, les engagements RSE, etc.

Ces soutiens se concrétisent à travers deux dispositifs, dont le premier avait d’ailleurs été engagé avant le déploiement du plan Destination France.

i.   L’appel à projet de 2020

Dans un premier temps, il a été jugé nécessaire de structurer une filière dont le potentiel est désormais avéré : un appel à projets a donc été lancé en 2020, doté de 150 000 € issus du plan Destination France, dans le but de recenser les entreprises susceptibles de s’ouvrir à la visite. Il a été remporté par l’association Entreprise et découverte. Les ministères de l’économie et de la culture ont ultérieurement contribué au financement de l’Observatoire national de visite d’entreprise, réalisé ([8]) tous les deux ans par Entreprise et découverte, pour lequel elle reçoit en 2023 un soutien financier au titre d’amorçage.

ii.   L’appel à manifestation d’intérêt de 2022

Selon l’association Entreprise et découverte, c’est sur la base des diagnostics qu’elle a réalisés pour le compte de l’État (au niveau national et sur dix régions et dix filières professionnelles) qu’il a été décidé, dans un second temps, de lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) sur le tourisme de savoir-faire, s’adressant aux régions candidates pour accompagner les entreprises de leurs territoires qui souhaitent ouvrir leur outil de production au public.

Un fonds « Tourisme de savoir-faire » (TSF) a été créé pour la période 2024-2026, doté de 5 M€ dans le cadre du plan Destination France.

Le dispositif a pour objet d’aider les entreprises elles-mêmes. L’ouverture à la visite requiert en effet, selon la DGE, un choix stratégique des dirigeants d’entreprise qui engage leur modèle économique et peut nécessiter un appui extérieur pour la conception du parcours de visite et du narratif, l’aménagement des locaux (mise aux normes de sécurité, PMR), l’installation d’équipements intérieurs (scénographie, boutique pour la vente directe, lieux pour les animations), l’accueil des visiteurs (parking, billetterie) et la communication. L’objectif est d’accompagner cent à cent cinquante nouvelles entreprises productives de tous secteurs.

Le fonds s’adresse aux TPE, employant plus de cinq salariés et réalisant un chiffre d’affaires de moins de 2 M€, et aux PME. Ces entreprises ne doivent pas s’être déjà ouvertes aux touristes de façon régulière, mais porter un véritable projet d’ouverture à la visite du public.

Le fonds permet de financer des services de conseils, études, formation et communication, ainsi que les équipements et investissements nécessaires pour mettre en place l’accueil du public (hors achats de nature immobilière). L’AMI fixe le plafond maximal d’aide par projet d’entreprise à 50 000 € sur la part de l’État ; le plafond et le taux d’aide total par projet sont laissés à l’appréciation des régions partenaires.

Le déploiement du dispositif est confié aux régions ayant répondu à l’appel à manifestation d’intérêt, sous réserve d’un cofinancement du fonds. Dix conventions ont été signées en juillet 2023 avec les régions ayant présenté un projet de développement de la filière – à savoir les dix régions convaincues des potentiels existants après le diagnostic réalisé avec Entreprise et découverte ([9]). En contrepartie d’un apport de l’État de 500 000 €, chacune a abondé le fonds de 140 000 € et s’est engagée à soutenir dix à vingt entreprises.

Les régions sont en charge de la sélection des entreprises et des modalités de financement. La DGE a mis en place des outils pour répondre à leurs interrogations : une « foire aux questions » (FAQ), des réunions de suivi régulières avec l’ensemble des régions, qui sont « assidues et impliquées », le partage des bonnes pratiques et une sous-direction en charge du tourisme qui est en lien constant avec un interlocuteur identifié par région.

En parallèle, la DGE fait la promotion du dispositif auprès de plusieurs réseaux institutionnels, comme les membres du comité de filière Tourisme ([10]), l’Ademe, les parties prenantes de Territoires d’industrie, le Conseil national de l’industrie et les fédérations professionnelles, Origine France Garantie, etc.

2.   Des premiers résultats encourageants

i.   L’action reconnue de l’association Entreprise et découverte

Entre 2021 et 2024, l’association a réalisé un travail de diagnostic et de recensement des « pépites » au niveau national, ainsi qu’auprès de dix régions et de dix filières professionnelles (ADN Tourisme, Medef, etc.), qui a permis d’identifier un vivier de près de mille entreprises. Les diagnostics régionaux ont également débouché sur l’inscription, pour la première fois, du tourisme de savoir-faire dans les schémas de développement touristique des régions et contribué à l’élaboration de plans d’action dédiés. Parallèlement, Entreprise et découverte a consolidé son maillage territorial en créant cinq antennes régionales (Marseille, Lyon, Béthune, Bordeaux et Angers) et en nouant des partenariats avec les régions et les comités régionaux du tourisme.

Au-delà des missions confiées à l’association par l’appel à projet, celle-ci est reconnue par tous les acteurs auditionnés dans le cadre de cette thématique comme une véritable tête de réseau de la visite d’entreprise, qui sait assurer l’interface et créer des partenariats aux différents niveaux territoriaux et avec tous les interlocuteurs pertinents. L’Institut pour les savoir-faire français salue « le [remarquable] le travail de structuration et de fédération accompli » par Entreprise et découverte. ADN Tourisme apprécie son maillage du terrain et son expertise en matière de visites, considérant que le nombre d’entreprises accompagnées permet aujourd’hui de capitaliser sur des approches duplicables. L’association a indiqué à votre rapporteur que l’accompagnement des territoires (comités départementaux du tourisme, offices de tourisme, agences d’attractivité…) est devenu prioritaire en 2025, à côté de ses travaux partenariaux et de communication pour valoriser la filière. Entreprise et découverte considère avoir trouvé un équilibre financier grâce à son rôle d’auditeur et d’expert, rendant le soutien de l’État moins nécessaire. L’association souhaite néanmoins conserver un rôle d’impulsion et de conception en matière de tourisme de savoir-faire (sur le plan de l’attractivité des métiers, par exemple).

ii.   La mise en œuvre des conventions État-région « Tourisme de savoir‑faire »

Le deuxième dispositif ne donne encore que peu de résultats à ce jour. De fait, il prévoit un processus en plusieurs étapes :

– il faut vérifier l’éligibilité des entreprises candidates à l’accompagnement de leur projet ;

– un audit préalable des grands axes du projet de l’entreprise, de ses besoins d’adaptation technique et de sa viabilité financière est ensuite réalisé. L’expérience a montré que cette phase peut prendre jusqu’à un an ;

– si l’audit est positif, l’entreprise peut alors demander un financement pour l’accompagnement dont elle a besoin. Un conventionnement est passé entre l’entreprise et la région, après instruction de sa demande.

Un recensement réalisé en juillet 2025 fait état de 75 audits réalisés ou en cours, et 24 conventions d’investissement signées (29 en septembre). 1,29 M€ du fonds étaient ou devaient être engagés (parts État et régions comprises) sur les 5 M€ prévus. Selon la synthèse du ministère de l’économie, les régions se sont diversement mobilisées, avec des résultats très hétérogènes : la région PACA a reçu 19 demandes, mais n’a passé que 2 conventions à ce stade ; la Bretagne et les Hauts‑de-France viennent au second rang pour le nombre d’entreprises candidates à l’audit (11 dans les deux cas), qui ont débouché sur, respectivement, 2 et 3 conventions ; le plus grand nombre de conventions signées se trouve en région AURA, qui en a passé 6 sur les 7 dossiers initialement présentés. Ce nombre d’entreprises candidates peut apparaître peu élevé au regard de l’intérêt croissant pour l’ouverture à la visite des entreprises observé par ailleurs.

La mise en œuvre du fonds Tourisme de savoir-faire par les Hauts-de-France

Votre rapporteur a choisi de s’attacher plus particulièrement au cas de la région des Hauts-de-France, l’une des dix régions signataires d’une convention Tourisme de savoir‑faire.

Si le tourisme de savoir-faire ne constitue pas le seul axe prioritaire de son développement touristique, son territoire est culturellement marqué par l’industrie et, avec les entreprises déjà engagées dans la démarche, il présente « un potentiel très important » de valorisation sur cette filière.

La région a plafonné la subvention pour l’audit préalable à 2 500 €, dans la limite de 50 % des dépenses éligibles. Elle laisse aux entreprises le choix des prestataires à condition qu’il s’agisse de structures spécialisées et expérimentées en ingéniérie touristique ou tourisme de savoir-faire.

Quant aux investissements nécessaires à l’ouverture au public, le plafond d’aide publique a été fixé à 100 000 €, avec un taux maximum de 50 % des dépenses éligibles, dans la limite du régime d’aide appliqué.

La région a associé à la démarche les autres collectivités, notamment les intercommunalités, via leurs offices du tourisme, avec une coordination  qui s’inscrit dans l’élaboration et la mise en oeuvre des contrats de destination touristique (voir encadré au III infra). Les départements sont, pour leur part, associés à l’élaboration et la mise en œuvre des feuilles de route régionales.

L’information sur le dispositif a été faite par les réseaux de partenaires (offices de tourisme, chambres consulaires, organisations professionnelles…). Le dispositif a également été inscrit dans le guide des aides régionales et ouvert sur la plateforme des aides en ligne. De son côté, Entreprise et découverte organise des journées de visites d’entreprises et des conférences territoriales sur les enjeux du tourisme de savoir-faire.

Dans son bilan de juillet 2025, la région fait état, à date, de 11 audits préalables réalisés ou en cours et de 3 accompagnements aux investissements, ainsi qu’un dossier de demande en voie d’instruction.

Interrogée par votre rapporteur, elle dit constater une « lente et légère progression de la dynamique » depuis l’état des lieux de l’offre et des potentiels de développement réalisé par l’antenne régionale Entreprise et découverte en 2022. À ce jour, elle dénombre 160 entreprises ouvertes à la visite, qui ont accueilli plus de 360 000 visiteurs en 2024.

Elle en conclut que « la visite d’entreprises issue de la démarche de tourisme de savoirfaire constitue une offre complémentaire aux produits touristiques déployés en HDF sur le tourisme gourmand, le tourisme de mémoire, les itinérances touristiques (vélo, fluvial, fluvestre…), les industries culturelles et créatives, les grands événements… La clientèle concernée par le tourisme de savoir-faire est essentiellement une clientèle d’excursionnistes quand l’objectif régional est de contribuer à l’allongement des séjours des visiteurs. L’enjeu est donc d’inscrire la visite d’entreprises dans un panier de produits sur les destinations infrarégionales ».

Votre rapporteur s’est étonné de constater que la grande majorité des entreprises accompagnées par les Hauts-de-France dans le cadre du dispositif Tourisme de savoir-faire sont des brasseries (7 sur les 11 dossiers). La région se défend d’avoir privilégié cette filière, même si son implication dans le développement des visites d’entreprise servira le projet régional de construire une Cité de la bière à Bailleul, dans le cadre de la stratégie régionale de développement du tourisme brassicole qu’elle a définie en juin 2024. Pour autant, la région n’écarte aucun secteur. Cette situation est d’abord le résultat d’une mobilisation forte de la fédération professionnelle des brasseurs auprès de ses membres, qui complète les subventions versées aux candidates aux visites du public, ce qui démontre l’intérêt et la possibilité d’un travail concerté avec les filières et leurs fédérations professionnelles désireuses de développer le tourisme de savoir-faire.

La position fixée par la DGE dans le cahier des charges et reprise dans les conventions État-région est de n’exclure aucun des secteurs faisant de la transformation-production : chaque région est libre de définir ses propres critères en fonction de son tissu économique. En pratique, une région a exclu l’agroalimentaire dans la mesure où il existait déjà un dispositif dédié. D’autres ont souhaité rééquilibrer le recrutement d’entreprises vers des secteurs jugés prioritaires. Toutefois, les secteurs sont plutôt diversifiés, avec une prédominance des filières agroalimentaires (voir le bilan 2024 supra) qui se prêtent plus aisément à la vente des produits sur place et auxquelles les visiteurs manifestent beaucoup d’intérêt, qu’ils soient français ou internationaux. Le rapporteur note ainsi que le critère de l’inscription dans une stratégie territoriale spécifique autour d’une filière n’a pas été jugé utile et qu’une approche par « pépite » a été privilégiée.

B.   … qui a besoin d’Être prolongÉ et complÉtÉ

1.   Des contraintes encore fortes

ADN Tourisme observe que certains freins existent chez les entreprises : des parcours de visite parfois difficiles à concevoir (en raison de l’espace et des exigences de sécurité et d’hygiène par exemple), le temps nécessaire aux visites qu’il faut intégrer dans le processus productif, des savoir-faire à protéger, le manque d’animateurs pour dynamiser l’ouverture des ateliers ou des entreprises… Quelques régions ont par ailleurs regretté le caractère limitatif ou contraignant de certains critères d’accès aux aides du fonds Tourisme de savoir‑faire : l’exclusion des entreprises de moins de cinq salariés, l’exigence que ces entreprises ne soient pas déjà ouvertes de façon régulière à la visite, le nombre minimal de jours d’ouverture attendu (au moins quatre-vingts jours par an, de mai à septembre, ou soixante jours par an, du 15 juin au 30 septembre). Cette dernière condition d’ailleurs est l’un des principaux points de blocage pour de nombreuses entreprises, car elle représente une obligation d’ouvrir près de quatre jours par semaine pendant ces périodes, sans tenir compte de certaines fermetures estivales ou des congés d’une partie du personnel. Le ministère chargé du tourisme a maintenu ces critères pour ne pas créer d’inégalités entre les régions, mais une appréciation souple de certains critères a pu être retenue en concertation avec l’ensemble des régions. Ainsi, un dirigeant d’entreprise qui s’implique dans la visite de son entreprise peut être comptabilisé dans les « cinq salariés », même s’il n’est juridiquement pas un salarié de celle-ci. Plus globalement, les Hauts-de-France soulignent que, dans un contexte économique complexe pour les entreprises, l’enjeu est de les sensibiliser à la plus‑value d’une ouverture à la visite et de leur permettre de visualiser le retour sur investissement qu’elles peuvent en espérer. La région suggère que, pour ce faire, Entreprise et découverte renforce ses partenariats avec les chambres consulaires.

D’après les premiers constats, les entreprises engagées dans l’ouverture à la visite (dans le cadre du Fonds ou grâce à un accompagnement spécifique de la région – voir le III infra) sont globalement satisfaites de leur investissement, au moins en termes d’image et de notoriété, témoignent les Hauts-de-France. Toutefois, « le temps des résultats comptables sera plus long ».

2.   Des délais de mise en œuvre plus longs que prévus

Les premiers bilans envoyés en juillet 2025 à la DGE par les dix régions signataires ont montré qu’elles ne s’attendaient pas à des délais de constitution des dossiers de demande de financement aussi longs, avec la consultation de prestataires, etc., mais aussi aux contraintes liées à des demandes d’autorisation (permis de construire, par exemple) ou à des prêts bancaires – sans parler des incertitudes liées au contexte économique.

En outre, Entreprise et découverte explique que les entreprises ont besoin de plus de temps pour passer de la phase d’audit à la phase de conception et de réalisation, qui représente pour elles des investissements financiers. Dans de nombreuses régions très engagées, le délai est trop court et, malgré la prorogation de six mois demandée par la plupart d’entre elles, le temps manque. La visite d’entreprise est un sujet complexe et la situation actuelle est très contrainte pour la majorité des entreprises, qui peinent à s’investir dans de nouveaux projets.

À leur demande, la DGE envisage donc de proroger de douze mois le fonds Tourisme de savoir-faire, soit a priori jusqu’à juin 2027.

Recommandation n° 2 : Proroger l’appel à manifestation d’intérêt « Tourisme de savoir‑faire » jusqu’à la consommation complète des crédits dédiés.

3.   Une prolongation du soutien public aux initiatives d’Entreprise et découverte à envisager

Entreprise et découverte travaille sur plusieurs projets pour 2026, qui pourraient être, selon elle, stratégiques pour le développement du tourisme de savoir-faire :

– l’établissement des prochains observatoires. L’État n’a versé aucune participation en 2025, contre 30 000 € les années précédentes ;

– l’organisation des Rencontres nationales de la visite d’entreprise, en novembre, qui étaient autrefois soutenues par l’État (à hauteur de 10 000 € sur un budget global de 70 000 €). Toutefois, l’État n’a pas financé l’édition 2025 ;

– la création des Trophées de la visite d’entreprise en 2026, qui sera annoncée aux Rencontres nationales. Il s’agit de donner plus de visibilité au tourisme de savoir-faire auprès du réseau et du grand public. La demande de participation de l’État s’élève à 10 000 € pour un budget global de 60 000 € ;

– le projet de création, en 2026, des « cartes Michelin des visites d’entreprise » les plus abouties (environ trois cents), avec une demande de participation de l’État à hauteur de 5 000 € (sur un budget global de 35 000 €) ;

– le projet des Rencontres Métiers, un dispositif créé pour professionnaliser et développer la visite d’entreprise à destination des jeunes et des demandeurs d’emplois sur des enjeux d’orientation, d’inclusion et de recrutement. Sur ce dossier, l’association travaille avec les ministères chargés du travail et de l’éducation nationale et une dizaine d’entreprises partenaires qui vont l’aider à financer le projet ;

– enfin, le projet de Journées portes ouvertes (JPO) nationales pour valoriser le tourisme de savoir-faire en France, montrer le savoir-faire français (en mobilisant des entreprises d’excellence) et les engagements RSE sur de nouveaux modèles de développement.

De leur côté, les services ministériels ont aussi développé quelques outils pour renforcer la communication au service du développement du tourisme de savoir-faire, tels que la mise en ligne sur les réseaux sociaux de plusieurs vidéos d’entreprises, un webinaire dédié en septembre dernier et la mise à disposition des régions d’un kit de communication en cours de finalisation, sans compter la promotion qu’en a faite l’ancienne ministre déléguée chargée du tourisme, Mme Nathalie Delattre, lors de plusieurs déplacements officiels.

Néanmoins, votre rapporteur considère que les projets d’Entreprise et découverte sont susceptibles de compléter utilement, et de façon pérenne, la stratégie nationale de valorisation du tourisme de savoir-faire, tant à destination du grand public que des entreprises ciblées. Dans la mesure où ces initiatives servent des intérêts publics, à un niveau national, le maintien d’un soutien de l’État lui semblerait légitime.

Au-delà, il est important de reconnaître et conforter les missions de service public qu’assure l’association en sensibilisant et formant l’ensemble des acteurs professionnels, territoriaux et nationaux, sur les enjeux et modes de développement de la visite d’entreprise, au-delà des limites temporelles de la convention de 2020.

Recommandation n° 3 : Maintenir le soutien apporté aux actions d’intérêt général menées par Entreprise et découverte.

4.   Un accompagnement des métiers d’art à construire

Même si elle est appréciée avec souplesse, l’exclusion des entreprises de moins de cinq salariés écarte inévitablement une grande partie des métiers d’art. Ateliers d’art de France précise, en effet, que ce secteur est composé à 86 % d’entreprises unipersonnelles.

L’appel à manifestations d’intérêt de 2022 rate donc cette cible, alors que l’Institut pour les savoir-faire français dénombrait, au 31 décembre 2022, 234 000 entreprises des métiers d’art et savoir-faire d’exception en France, dont huit sur dix sont hors Île-de-France (voir l’étude publiée, en 2024, par sa revue Les éclaireurs ([11])).

Au regard du poids de ce secteur économique, de son fort potentiel touristique et de l’importance des enjeux patrimoniaux que représentent la préservation et la valorisation de ces compétences traditionnelles ou d’exception, votre rapporteur insiste sur la nécessité d’associer activement les artisans d’art dans la dynamique du tourisme de savoir-faire.

Recommandation n° 4 : Décloisonner l’accompagnement proposé aux entreprises artisanales et industrielles dans le cadre du tourisme de savoir-faire.

Les ministères chargés de la culture et des PME, du commerce, de l’artisanat et du tourisme ont pris conscience du problème : dans le cadre de la stratégie nationale en faveur des métiers d’art lancée en mai 2023, les ministres Rima Abdul Malak et Olivia Grégoire ont annoncé leur volonté d’accompagner le développement et la professionnalisation du tourisme de savoir-faire dans le champ des métiers d’art à partir d’un diagnostic, puis d’un plan d’action. Dans la continuité de cette impulsion, la DGE et Entreprise et découverte ont signé une convention en décembre 2024 pour réaliser un diagnostic de la filière (notamment le nombre et le profil des entreprises ouvertes, le potentiel d’ouverture, une cartographie, l’identification des besoins…), identifier les typologies d’entreprises à cibler et élaborer un plan d’action. Ce diagnostic a d’ores et déjà permis de repérer cent cinquante « pépites ». Cette convention sera bientôt renouvelée pour la mise en œuvre du plan d’actions. Ces travaux devraient s’achever courant 2026. La DGE finance cette action à hauteur de 40 000 € et le ministère de la culture pour 10 000 € en 2024 et 7 500 € en 2025.

Certes, les métiers d’art disposent d’autres cadres pour leur promotion, comme les salons et foires de l’artisanat d’art (voir le III infra). Par exemple, les Journées européennes des métiers d’art (Jema) sont l’un de ces évènements professionnels qui peuvent également contribuer au développement du tourisme de savoir-faire. En effet, ces journées s’adressent aux professionnels (artisans, ateliers et acheteurs), mais elles ouvrent aussi largement les portes des ateliers et manufactures au grand public.

Les Journées européennes des métiers d’art (Jema)

Les Jema sont le seul évènement de portée européenne entièrement consacré à la valorisation de tous les métiers d’art et savoir-faire d’exception. Depuis leur création en 2002, elles ont généré 22 millions de visites d’ateliers, de manufactures, d’établissements culturels et de formation.

L’Institut pour les savoir-faire français (ISFF), qui en est le coordinateur, précise que ces journées représentent en moyenne 31 % des ventes directes des participants et leur offre l’équivalent d’un budget publicitaire de 3 M€ via quinze mille articles de presse. Ces Jema servent aussi de test avant de se lancer dans une ouverture plus régulière.

Rencontrant des difficultés de financement, l’ISFF s’interroge néanmoins sur la pérennité de l’évènement. Il a en effet longtemps bénéficié du mécénat de la Fondation Bettencourt‑Schuller, qui s’est arrêté en 2022. Les ministères chargés de la culture et de l’économie ont alors presque doublé leurs subventions (jusqu’à 473 967 € en 2023). Les Jema avaient en effet été identifiées comme un évènement important de sensibilisation de la jeunesse dans le cadre de l’élaboration de la stratégie nationale en faveur des métiers d’art. Le ministère de la culture a cependant demandé à l’ISFF de les faire évoluer pour en assurer une meilleure visibilité et augmenter la diversité des publics touchés. Il avait été alors convenu d’une « année blanche » en 2025 ; les ministères ont suspendu en conséquence leur soutien financier pour 2025, tout en maintenant la mobilisation de leurs services déconcentrés.

L’ISFF a toutefois choisi de maintenir l’édition 2025, avec le soutien des chambres régionales des métiers et grâce à de nouveaux dispositifs de financement, notamment une contribution des participants qui a permis de préserver la gratuité pour le public. Avec un budget divisé par quatre, cette 19e édition a fait moins que les précédentes, mais a toutefois rassemblé 5 111 évènements dans quatorze régions (7 500 dans les vingt‑six pays participants), dont 676 portes ouvertes d’atelier, 404 manifestations collectives et 228 rendez-vous d’exception, et enregistré quatre cent mille visiteurs pour un total de 1,6 million de visites cumulées. L’attrait indéniable de cet événement plaide donc pour sa pérennisation, qui dépendra de la capacité de l’ISFF à lui adosser un modèle économique pérenne.

Les ministères indiquent que le bilan de la stratégie nationale des métiers d’art (2023‑2025) sera l’occasion de réévaluer la pertinence de maintenir un soutien financier de l’État à cette opération. Cette réflexion intègrera notamment la dimension du tourisme de savoir-faire et la sensibilisation des jeunes publics.

Le tourisme de savoir-faire présente néanmoins un réel intérêt pour les métiers d’art, offrant des opportunités inédites d’augmenter les ventes, voire de fidéliser les clients – même si des visites régulières représentent des contraintes importantes pour ces professionnels, aux ressources humaines réduites et non formées à l’accueil du public et aux espaces plus confinés et difficiles à sécuriser. Le bilan publié en 2025 par l’Observatoire de la visite d’entreprise montre que certaines TPE réalisent jusqu’à 50 % de leur chiffre d’affaires à l’occasion de ces visites.

Selon cette même étude, les métiers d’art rassemblent déjà 10 % des visites du tourisme de savoir-faire, avec 650 entreprises engagées et deux millions de visiteurs.

III.   UN SOUTIEN Qui doit s’inscrire dans une approche plus intÉgrÉe

A.   D’autres initiatives complÈtent ces dispositifs

Le tourisme de savoir-faire ne se réduit pas aux visites d’entreprises, ni le soutien public au développement de cette filière aux dispositifs mis en place par l’État.

1.   Au niveau territorial

● Dans son secteur, Ateliers d’art de France constate que les situations sont différentes d’une région à l’autre : alors que certaines investissent peu autour du tourisme des métiers d’art, d’autres (Grand Est, Nouvelle Aquitaine, Occitanie et PACA) seraient en avance. L’association en conclut qu’il manque une unité nationale pour pallier le manque de visibilité des métiers d’art au sein de certaines régions.

Parallèlement, des réseaux structurants, comme l’association Villes et métiers d’art qui rassemble plus de cent collectivités, participent à l’animation territoriale, à la mise en réseau des acteurs et à la labellisation des destinations.

● Quant à la mise en œuvre du fonds Tourisme de savoir-faire, elle ne résume pas la stratégie des régions signataires de la convention. L’Umih rapporte que certaines des régions engagées dans le fonds ont développé des outils complémentaires tels que :

– la cartographie et la labellisation des sites de visite (ateliers, manufactures, musées d’entreprise) pour améliorer leur visibilité auprès du grand public et des professionnels du tourisme ;

– la création de parcours thématiques ou d’itinéraires régionaux, combinant visites de savoir-faire et expériences culturelles ou gastronomiques ;

– la mise en place d’outils de promotion communs, notamment via les comités régionaux du tourisme et les sites de réservation en ligne.

L’exemple des Hauts-de-France illustre un plan d’action plus large.

La stratégie intégratrice des Hauts-de-France

Quelques entreprises souhaitant s’ouvrir à la visite du public ou développer leur offre existante, mais ne remplissant pas les conditions d’éligibilité au fonds, ont pu obtenir des soutiens de la région dans le cadre des contrats de destination touristique.

Ceux-ci succèdent, depuis 2025, aux contrats de rayonnement touristique développés dans le cadre du dispositif « Priorités régionales d’intervention touristique » (PRIT). Mis en place en 2018, jusqu’à novembre 2024, le PRIT a permis d’amorcer la démarche de territorialisation de la politique touristique en faisant travailler ensemble les différents niveaux compétents. Ces contrats définissent ainsi un cadre de partenariat pour assurer ensemble le pilotage, l’animation et la mise en œuvre de la stratégie de développement du territoire, en lien avec les priorités régionales. Négociés avec différents niveaux territoriaux, ils sont aujourd’hui les principaux outils de mise en œuvre de la stratégie de développement touristique de la région des Hauts-de-France, qui espère couvrir 99 % de son territoire en 2026.

Enfin, « transcendant les limites administratives des collectivités », ces contrats visent à mieux prendre en compte les attentes des professionnels et des visiteurs en portant une logique de « territoires d’expériences à vivre ».

2.   Au niveau national et international

● Il a précédemment été rappelé que le ministère de la culture porte différents dispositifs visant à renforcer la visibilité des métiers d’art qui peuvent constituer des sites d’attraction touristiques.

● Il faut aussi évoquer les contributions d’Atout France pour la promotion à l’étranger du tourisme de savoir-faire français :

 Via ses réseaux sociaux et son site France.fr (décliné en quinze langues), l’agence met en avant des visites d’ateliers, des vidéos sur les visites d’entreprises et de manufactures et des idées d’itinéraires régionaux sur ce thème. Les évènements, comme les Jema, sont également valorisés dans ses communications ;

– les savoir-faire emblématiques (mode, métiers d’art, gastronomie, parfumerie, artisanat industriel) sont par ailleurs l’objet de campagnes de communication, de newsletters et de rencontres professionnelles, notamment auprès des tour-opérateurs et agences spécialisées dans les voyages culturels, expérientiels et haut de gamme. Des voyages de presse et d’influence sont régulièrement organisés, mettant en avant des destinations qui articulent savoir-faire, patrimoine et gastronomie (par ex. autour du vin et de la vigne, de la porcelaine de Limoges ou des maisons de luxe en Île-de-France).

Atout France accompagne par ailleurs les régions dans la structuration et la valorisation de leurs offres dans le cadre des « contrats de destination », qui fédèrent acteurs publics et privés autour de marques de destination ou de thématiques communes. Certains contrats sont plus particulièrement orientés vers la valorisation des savoir-faire et des lieux ouverts à la visite : c’est le cas, par exemple, de la Vallée de la Gastronomie entre Dijon et Marseille ou bien du contrat de destination « Limoges ».

Via ses pôles filières « Œnotourisme » et « Culture et patrimoine », Atout France accompagne également les territoires et les acteurs privés qui ouvrent leurs ateliers ou entreprises à la visite dans la structuration de leurs offres, leur labélisation (label « Vignobles et découvertes »), la connaissance des clientèles ainsi que leur promotion internationale.

Le GIE soutient enfin les acteurs dans leur mise en réseau, en lien avec l’association Entreprise et découverte, et facilite leur intégration aux itinéraires touristiques existants (routes thématiques, circuits culturels, routes des vins et spiritueux, etc.).

B.   TOUTEFOIS, Il apparaÎt nÉcessaire de les structurer davantage

Lors du comité interministériel du tourisme du 24 juillet dernier à Angers, la ministre déléguée chargée du tourisme Nathalie Delattre a annoncé le lancement d’une nouvelle feuille de route dédiée au tourisme de savoir-faire.

Les quatre axes de la nouvelle feuille de route

Les principaux axes de la feuille de route présentée lors du CIT 2025 sont les suivants :

– Amplifier la fréquentation des entreprises déjà ouvertes, par une meilleure valorisation lors des grands événements nationaux (Semaine de l’industrie, salon du Made in France) et par l’enrichissement des données sur France.fr ;

– Structurer et valoriser les filières stratégiques, avec la création de circuits en lien avec les JOP 2030 (énergie, sport, gastronomie), la mise en lumière des entreprises ayant participé à la restauration de Notre-Dame ou la certification de routes thématiques (par exemple, des itinéraires européens des horlogers ou des brasseurs) dans le cadre des Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe ;

– Faire monter en gamme l’offre, à travers un plan spécifique pour l’ouverture des entreprises des métiers d’art ou encore par l’amélioration du référentiel qualité au sein du label Destination d’excellence ;

– Renforcer les outils d’identification et d’accompagnement des projets, grâce à la pérennisation du comité État-régions, la mobilisation des réseaux, l’élaboration de fiches pratiques à destination des entreprises, ainsi qu’un plan spécifique pour structurer le tourisme de savoir-faire dans les métiers d’art.

Le ministère avait également affiché une ambition particulière pour l’Outremer, avec l’objectif de lancer la dynamique du tourisme de savoir-faire dans trois territoires pilotes (Réunion, Guyane et Polynésie française), sur la base d’un diagnostic, réalisé avec les services déconcentrés et des réseaux économiques locaux, de l’offre existante et du potentiel de développement.

Votre rapporteur salue cette volonté de poursuivre, consolider et étendre la stratégie nationale de développement du tourisme de savoir-faire. Il regrette toutefois que certains manques ne soient pas vraiment traités. Les dispositifs et actions contribuant au développement du tourisme de savoir-faire sont assez nombreux, mais ils apparaissent éparpillés et insuffisamment mis en relation. La stratégie doit se transcrire en une véritable politique publique au service du développement et de l’atteinte de nos objectifs en matière de tourisme.

Les institutions culturelles et patrimoniales existantes ne sont pas automatiquement associées aux visites des entreprises ou des ateliers qui mettent en œuvre le savoir-faire qu’elles donnent à voir. Il arrive aussi qu’une « cité » soit développée pour conserver et faire connaître une tradition manufacturière d’exception, sans que les entreprises maintenant ce savoir-faire soient accessibles au public. Tel est le cas de la Cité de la dentelle et de la mode de Calais, dont votre rapporteur a pu apprécier la grande qualité, tout en regrettant qu’aucune des deux seules manufactures fabricant encore cette dentelle ne soit ouverte au public. Interrogée sur ce point, la région Hauts-de-France a reconnu que ce secteur d’activité – comme le textile ou le verre, qui sont également des filières emblématiques de son territoire – mériterait une démarche plus structurée, mais elle dit ne pouvoir réaliser cette action sans l’appui de partenaires.

L’Umih considère, pour sa part, que la visibilité et l’articulation de l’offre sur un territoire restent perfectibles, en particulier en matière de parcours visiteurs. Elle suggère de travailler à l’organisation de circuits cohérents, permettant une découverte globale et attractive des territoires, appuyés par des outils numériques partagés et une communication concertée.

ADN Tourisme, qui représente les acteurs institutionnels du tourisme, recommande quant à elle un renforcement des canaux de valorisation, avec une campagne média nationale annuelle.

Votre rapporteur considère qu’il faudrait au moins renforcer l’évènementiel autour du tourisme de savoir-faire avec un évènement annuel qui allierait visites d’entreprise et promotion des métiers d’arts, plutôt que chaque univers reste de son côté. Cet événement pourrait être adossé à un rendez-vous déjà existant.

Recommandation n° 5 : Renforcer l’évènementiel autour du tourisme de savoir-faire avec un évènement annuel qui allierait visites d’entreprise et promotion des métiers d’arts, plutôt que chaque univers reste de son côté.

Quant à la définition d’itinéraires intégrant différentes dimensions du tourisme de savoir-faire et du tourisme en général, c’est une des pistes que la DGE voudrait encourager – et un des axes d’action qu’Atout France souhaite développer, de manière plus générale, à l’intention des visiteurs étrangers. La DGE indique notamment que la France a soutenu devant la Commission européenne l’idée de créer des itinéraires européens thématiques de visites d’entreprise pour mettre en valeur le patrimoine industriel et artisanal européen (par exemple, des itinéraires européens des horlogers ou des brasseurs). Elle travaille par ailleurs avec l’établissement public de Notre-Dame de Paris pour cartographier les entreprises ayant participé à la restauration de la cathédrale et référencer celles qui sont ouvertes au public. Enfin, l’Institut géographique national (IGN) souhaiterait travailler sur des parcours mettant en valeur les sites d’intérêt touristique, notamment les entreprises ouvertes à la visite. Votre rapporteur considère qu’il importerait de répertorier les différentes cités ainsi que les entreprises de la filière liée déjà ouvertes à la visite pour améliorer l’accès à l’information sur les itinéraires locaux existants. Une campagne de communication nationale pourrait s’inscrire dans la continuité de ce travail d’identification.

Recommandation n° 6 : Répertorier les sites muséaux et cités culturelles et patrimoniales existants qui promeuvent un ou des savoir-faire d’exception, publier ce répertoire sur les sites internet du ministère de la culture et organiser leur promotion.

Mais cela se joue aussi au niveau local : pour votre rapporteur, il importe que les agents des offices du tourisme soient sensibilisés aux enjeux du tourisme de savoir-faire pour les collectivités et leurs entreprises, et qu’ils soient euxmêmes en capacité de proposer un éventail d’activités et de visites en lien avec l’offre existante dans leur territoire.

Enfin, s’agissant des moyens pour poursuivre et renforcer la stratégie de développement du tourisme de savoir-faire dans un contexte de tension budgétaire forte, ADN Tourisme suggère de solliciter un soutien accru des chambres consulaires, au regard du bénéfice économique que représente cette filière pour les entreprises locales.

Votre rapporteur propose aussi de recourir au Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), qui a pour vocation, en particulier, d’encourager la diversification économique des zones rurales.

Recommandation n° 7 : Amplifier le recours au Feader pour financer les investissements dans le développement territorial du tourisme de savoir-faire.

Des guides de bonnes pratiques seraient enfin intéressants à développer :

– pour faciliter la conversion d’une entreprise ou d’un atelier à la visite du public, même s’ils ne disposent plus du soutien financier du fonds Tourisme de savoir-faire ;

– pour accompagner des territoires moins outillés dans la création de « cités de savoir-faire » (financements possibles, montage contractuel et foncier, solutions de mobilité douce…).

Recommandation n° 8 : Publier des guides de bonnes pratiques à destination des entreprises et des territoires.


   EXAMEN EN COMMISSION

Au cours de sa réunion du mardi 21 octobre 2025 soir, la commission a examiné, sur le rapport de M. Pascal Lecamp, les crédits de la mission « Tourisme » du projet de loi de finances pour 2026 (n° 1906).

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Le secteur du tourisme représente 3,8 % du PIB direct et 1,5 million d’emplois salariés directs, les dépenses touristiques intérieures se sont élevées à 200 milliards d’euros en 2024 : autant dire que c’est un pilier de notre économie. Pourtant, le budget qui lui est consacré reste faible et peu lisible, puisque l’action 23 du programme 134 ne prévoit que 23,5 millions d’euros, presque exclusivement alloués à l’opérateur Atout France. En réalité, il mobilise près de 7 milliards d’euros répartis entre vingt et un programmes différents, qui relèvent d’au moins huit ministères distincts. Toutefois, depuis la disparition du document de politique transversale qui lui était consacré, nous ne disposons plus d’une vision consolidée de l’effort budgétaire de l’État dans ce secteur. Comme mon prédécesseur, je plaide donc pour le rétablissement de ce document.

La dotation d’Atout France continue de diminuer : 23 millions d’euros en 2026, contre 27 millions en 2024 et près de 31 millions en 2017, soit une baisse de 35 % en dix ans. Dans le contexte budgétaire actuel, il est légitime que nos opérateurs contribuent à l’effort d’économie en rationalisant leurs activités. Atout France n’y échappe pas, mais il ne faut pas que cette contraction budgétaire entraîne sa fragilisation.

En effet, les constats concernant le tourisme ne sont pas aussi éclatants que l’effet des Jeux olympiques pourrait nous le faire penser. Soyons lucides : si la France reste la première destination mondiale en nombre de visiteurs (cent millions de touristes l’an passé), elle n’est que la quatrième sur le plan des recettes touristiques internationales. La dépense moyenne par visiteur est deux fois inférieure à ce qu’elle est en Espagne : 1 345 euros chez nos voisins, contre 710 euros chez nous. Longtemps, nous avons pu nous reposer sur nos lauriers. Aujourd’hui, la concurrence est féroce, notamment en Europe.

En juillet dernier, à Angers, le comité interministériel du tourisme a fixé, par la voix de la ministre de l’époque, l’objectif ambitieux de porter le montant des recettes internationales de 71 milliards d’euros en 2024 à 100 milliards à l’horizon 2030. On peut louer ce changement de paradigme : nous ne nous intéressons plus seulement au nombre de visiteurs, mais aussi à leur impact sur notre économie.

Or, si nous voulons rattraper nos concurrents et atteindre notre plein potentiel, il nous faut une véritable politique publique du tourisme, dotée des outils nécessaires. Dans le monde actuel, nous ne pouvons pas ignorer que la donnée, la fameuse data, est un élément économique incontournable. De fait, Turespana, en Espagne, ou Brand USA, aux États-Unis, se sont dotés de véritables outils d’achat, de gestion et de partage des données touristiques, en lien avec les principaux opérateurs du transport et de l’hôtellerie notamment.

Il est donc urgent que nous nous dotions à notre tour de ce dispositif essentiel pour adapter l’offre et prolonger les séjours.

Aussi défendrai-je un amendement visant à maintenir la dotation d’Atout France au niveau de 2025 afin de lui permettre de créer un data hub moderne favorisant la visibilité et la réactivité de nos acteurs : comités régionaux du tourisme, Atout France, collectivités et acteurs privés. Cet investissement de 1,6 million d’euros serait financé par un amendement à la première partie du projet de loi de finances instaurant une contribution symbolique de 1 euro sur les visas de court séjour, dont le rendement serait de 2 à 3 millions d’euros. Cette mesure simple, indolore pour les voyageurs, est stratégique pour l’avenir de notre destination.

J’en viens à un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le tourisme de savoir‑faire. Cette filière émergente à la croisée du tourisme, de la culture et de l’économie, valorise la découverte des gestes, techniques et patrimoines liés à la production artisanale, industrielle ou artistique.

Je crois fortement à l’avenir du tourisme de savoir-faire, parce qu’il « coche toutes les cases » : il est durable et local ; il répartit mieux les flux de visiteurs dans le temps et l’espace ; il concerne tous les territoires – je gage qu’il y a, dans chaque territoire de notre pays, un savoir‑faire d’exception qui peut être une attraction en soi ; il s’agit d’une véritable spécificité française ; enfin, il apporte aux entreprises des bénéfices concrets : visibilité, chiffre d’affaires grâce à la vente directe, fierté et attractivité des métiers.

Il rencontre d’ailleurs un succès croissant : en 2024, il a attiré 22 millions de visiteurs et le nombre d’entreprises ouvertes à la visite a doublé en cinq ans, passant de deux mille à quatre mille.

Cette dynamique a été reconnue par l’État, qui l’a soutenue dans le cadre du plan Destination France et ses 1,9 milliard d’euros sur trois ans. Un fonds dédié a été doté de 5 millions d’euros et un appel à manifestation d’intérêt (AMI) a été lancé, auquel dix régions ont répondu, pour accompagner des entreprises candidates à l’ouverture au public. Cet AMI, en cours de déploiement, permet d’ores et déjà de créer un sain dialogue interrégional sur le sujet.

Néanmoins, le tourisme de savoir-faire ne se limite pas à la visite d’entreprises. Il recouvre trois dimensions indissociables : la visite d’entreprises ou d’ateliers, la fréquentation d’événements consacrés aux savoir-faire et la découverte de sites culturels ou muséaux valorisant la création, la technique ou l’industrie. Il faut faire du tourisme de savoir-faire une politique transversale mise en œuvre par le ministère de la culture et celui de l’économie ensemble, qui associe les collectivités et les filières d’excellence, en prenant systématiquement en compte ces trois dimensions complémentaires.

Mon rapport, qui est la première pierre parlementaire apportée à l’édifice, comporte une série de recommandations pouvant servir de base pour les décisions futures.

Je citerai notamment la nécessité de décloisonner l’accompagnement public offert aux entreprises industrielles et artisanales – elles ont chacune pleinement leur place dans le tourisme de savoir-faire –, l’intérêt de recourir aux financements du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et l’utilité d’un guide des bonnes pratiques.

Pour conclure, je vous invite à voter les crédits de la mission Économie consacrés au tourisme et à soutenir mon amendement visant à allouer à Atout France les moyens de financer l’indispensable outil de données touristiques dont la France doit se doter si nous voulons atteindre l’objectif de cent milliards d’euros de recettes touristiques en 2030.

Enfin, j’invite celles et ceux d’entre vous que le sujet intéresse à lire ce court rapport et à contribuer au progrès et au développement du tourisme de savoir-faire, facteur de fierté, de durabilité et de prospérité dans nos territoires, urbains comme ruraux.

M. le président Stéphane Travert. Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.

M. Hervé de Lépinau (RN). Monsieur le rapporteur pour avis, j’avais le plaisir d’être à votre place l’année dernière. C’est un sujet que j’ai creusé et sur lequel nous avons échangé.

Votre rapport pointe à nouveau une évidence dramatique : sur le plan économique, la France ne tire pas pleinement profit de son potentiel touristique. L’annonce des crédits, consacrés principalement à Atout France, montre que cette prise de conscience ne figure pas parmi les priorités du projet de loi de finances pour 2026.

La situation s’est largement dégradée du simple fait que le ministère du tourisme, revenu d’entre les morts sous les gouvernements Barnier et Bayrou, vient une nouvelle fois de disparaître : il a été aspiré au sein d’un ministère des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat. Les deux cents milliards d’euros de retombées économiques que vous avez mentionnées prennent une place « epsilonesque » dans la litanie des missions confiées à ce petit ministère. Cela ne laisse aucun doute sur le fait que le tourisme sera une nouvelle fois la variable d’ajustement de la politique économique du gouvernement macroniste agonisant.

Le budget 2026 le confirme, avec une nouvelle baisse des crédits alloués au tourisme. En deux ans, c’est un coup de rabot de près d’un tiers des crédits et la suppression des crédits d’intervention, alors qu’un euro de dépense publique pour le tourisme générait 2 700 euros de chiffre d’affaires l’an passé.

Le Gouvernement a arrêté de communiquer sur la fusion entre Atout France et Business France – c’était l’un des points évoqués l’année dernière, à telle enseigne qu’Atout France s’est retrouvé sans directeur général pendant plus d’un an.

Or, si la locomotive n’est pas dotée d’un pilote, la machine a du mal à avancer. Atout France remplit pourtant une mission singulière : il est le seul organisme réellement dédié au tourisme en France. Le greffer au commerce extérieur, c’est prendre le risque de le diluer dans une agence plus puissante. Nous connaissons tous l’argument de l’efficacité, avec la volonté perpétuelle de mutualiser ou de créer des synergies, mais la réalité politique est plus simple : si tout est prioritaire, alors plus rien ne l’est. L’ancienne ministre avait fini par admettre ce principe et avait annoncé, en janvier dernier, la suspension du projet de fusion. Il serait bon de clarifier les choses et de savoir si ce projet de M. Michel Barnier est définitivement abandonné par le gouvernement de M. Stéphane Lecornu.

Enfin, je souhaite revenir à l’un des sujets de mon avis sur le projet de loi de finances pour 2025, l’agritourisme, qui doit devenir un pilier assumé de notre stratégique touristique, car il conjugue montée en gamme, aménagement du territoire et fierté paysanne. Il englobe l’œnotourisme, la vente à la ferme, la visite de fermes et l’hébergement à la ferme dans le but de promouvoir notre terroir et notre savoir-faire vivant. Faute de moyens dédiés, l’élan du secteur reste fragile. Atout France avait proposé un plan d’action spécifique à l’agritourisme, auquel le ministère de l’agriculture n’a pas donné suite.

Au fond, vos conclusions mènent toutes à la même évidence : la France a besoin d’un véritable ministère du tourisme doté de moyens, d’une vision et d’une voix politique forte. C’est ce que nous ferons à partir de 2027.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. La totalité des acteurs rencontrés partage l’idée qu’il faut un ministre de plein exercice. Nous sommes ici une majorité à regretter que Mme Nathalie Delattre n’ait pas eu de successeur.

Venant moi-même de Business France, je connais bien le sujet du projet de fusion. Il n’y avait pas de directeur chez Business France, ni chez Atout France. Parmi tous les acteurs, y compris politiques, que nous avons rencontrés, plus personne ne veut de cette fusion. C’est une bonne nouvelle.

M. Stéphane Buchou (EPR). Je salue le travail que vous avez réalisé en rendant ce rapport clair, précis et concis.

Les crédits consacrés au tourisme, bien que transversaux, se trouvent dans le programme 134 Développement des entreprises et régulation et, plus précisément, dans l’action 23. On observe cette année une baisse d’environ 6 % des crédits alloués aux sous‑actions liées au tourisme. Elle s’inscrit dans un contexte budgétaire particulièrement contraint. Pour autant, il est important de rappeler que le tourisme est un pilier essentiel de notre économie, qui représente près de 4 % du PIB, génère des dizaines de milliards d’euros de recettes fiscales et sociales, et fait vivre des milliers d’entreprises et d’emplois locaux, en particulier sur le littoral et dans mon beau département de la Vendée. Autrement dit, investir dans le tourisme, c’est investir dans la vitalité de nos territoires et dans les finances publiques.

Le rôle des grands événements internationaux est également déterminant : les Jeux de Paris 2024 ont été un formidable moteur pour notre attractivité et les Jeux olympiques d’hiver de 2030 seront l’occasion de renforcer notre rayonnement et notre compétitivité touristiques.

Il me semble essentiel de continuer à soutenir le secteur pour que nos entreprises, notre patrimoine et nos territoires restent attractifs à l’international. En effet, si la France demeure la première destination touristique mondiale en nombre de visiteurs, elle reste derrière l’Espagne et les États-Unis en termes de recettes. Les moyens alloués à Atout France, notre opérateur de promotion internationale, sont bien inférieurs à ceux de nos concurrents. Comment expliquer que la première destination touristique mondiale consacre moins de moyens que ses voisins à sa promotion internationale ? Surtout, pensez-vous réellement que les objectifs fixés par le comité interministériel du tourisme – maintenir la France comme première destination mondiale, atteindre cent milliards d’euros de recettes internationales et devenir la première destination durable d’ici à 2030 – soient atteignables avec le budget actuel ?

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. L’objectif n’est pas irréaliste. Nous avons le potentiel, mais j’ai pointé la faiblesse du budget dans mon intervention liminaire.

Aujourd’hui, ce qui manque, c’est un véritable outil qui permette au touriste étranger de passer une journée de plus sur place et de dépenser un peu plus grâce à une offre supplémentaire. La diversification des destinations ne se fait pas, faute de communication entre les différents canaux d’offre touristique. Nous avons regardé ce qui se fait en Espagne, en Italie et aux États-Unis : le système y capte le touriste en lui proposant immédiatement d’autres offres. L’outil indispensable que je propose pour Atout France peut être mis au point sans dépense excessive : il suffit de maintenir en 2026 le budget de 2025. D’autres acteurs pourraient d’ailleurs participer à cet outil : si le groupe Accor, par exemple, décide de lui transmettre des informations, cela permettra immédiatement de faire rester les touristes plus longtemps.

M. François Piquemal (LFI-NFP). « Quand j’serai grand j’veux habiter à la mer, avec mon père et ma mère. Marcher dans le sable, plus prendre le RER. » Ce sont les paroles du rappeur Fabe, en 1998.

Parler du tourisme, c’est parler de ceux qui partent, mais c’est aussi parler de ceux qui ne partent pas. Derrière ce mot un peu trivial, on peut mettre beaucoup d’autres mots : les vacances, le temps libre, les loisirs, les voyages, les rencontres, l’emploi, les transports, le logement, l’écologie.

À première vue, les chiffres de l’année passée invitent à l’optimisme : en 2024, les recettes ont augmenté de 12 % par rapport à 2023, atteignant 71 milliards d’euros.

Il faut dire que de grands événements ont contribué à cette attractivité, comme l’anniversaire du Débarquement et les Jeux olympiques. Pourtant, l’envers du décor est moins rose pour nos concitoyens. Quatre Français sur dix ne partent plus en vacances, et quand ils partent, ils le font moins longtemps qu’avant – huit jours en moyenne. Ils ont aussi diminué leur budget. La vérité est qu’une grande partie d’entre eux n’a plus les moyens de partir. À ce titre, je tiens à remercier les associations qui, comme le Secours populaire, organisent des vacances pour ceux qui ne partent pas.

Ce phénomène est lié à l’extension de la précarité, qui risque encore de croître du fait des budgets en cours de discussion. Il a des répercussions sur l’économie du tourisme. Ainsi, les restaurants ont vu leur fréquentation chuter cet été de 15 % à 20 %. Les TPE du tourisme sont celles qui sont le plus en difficulté et qui bénéficient le moins des aides de l’État. Le fonds du tourisme de savoir-faire, que vous avez évoqué, ne s’adresse qu’à 150 TPE. Du reste, votre rapport souligne avec justesse l’absence de consolidation de l’effort budgétaire consenti par l’État au bénéfice du secteur du tourisme.

Il faut sortir du tourisme à deux vitesses et que la puissance publique fasse son devoir. Quand les TPE souffrent, d’autres se gavent, comme la multinationale Airbnb, grande gagnante – avec les entreprises de location saisonnière – des recettes de l’année dernière, au détriment de celles et ceux qui vivent dans les zones touristiques et subissent un phénomène d’éviction ou d’éloignement.

Il y a donc un tourisme à deux vitesses, entre les multinationales et les TPE, et entre ceux qui peuvent partir et ceux qui ne le peuvent pas. Pour y remédier, nous devons mettre en œuvre une politique publique du tourisme ambitieuse, solidaire, écologique, accessible. Or, nous avons laissé la place à un tourisme « bling-bling » de moins en moins accessible à une grande partie des Françaises et des Français. Le tourisme de demain doit se doter d’un ministère de plein exercice, mais il doit surtout être pensé à l’aune d’un horizon politique, celui de la planification écologique.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Le tourisme du savoir-faire sur lequel j’ai axé mon rapport s’adresse certes aux touristes étrangers qui voudraient visiter autre chose, mais il constitue aussi une fierté locale.

Je tiens moi aussi à remercier le Secours populaire. L’été, dans mon département, les associations locales telles que le club de natation que je présidais ou le Secours populaire emmènent au Futuroscope, à la journée, des gens aux moyens moins élevés, qui bénéficient sur place de la même offre que les touristes étrangers. Je suis d’accord avec vous : il faut éviter que se développe un tourisme à deux vitesses ; les gens qui n’ont pas les moyens d’aller loin doivent pouvoir découvrir, pendant leurs vacances, leur patrimoine de proximité.

Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC). Si notre pays a su capitaliser sur les grands événements accueillis l’année dernière, avec une augmentation constante des entrées touristiques sur le territoire – plus de cent millions d’entrées extérieures en 2024 – qui lui permettent de rester la première destination touristique mondiale, la France reste loin derrière l’Espagne, les États-Unis et même le Royaume-Uni pour ce qui est des recettes liées au tourisme. Le secteur touristique et l’ensemble des acteurs qui le font vivre sont également confrontés à d’autres défis, plus structurels, allant de la transition économique et écologique des territoires de montagne jusqu’à la prise en compte des vagues de chaleur toujours plus longues et intenses, tant sur la côte qu’au cœur des territoires enclavés. Cette nouvelle donne climatique nécessitera une adaptation du secteur touristique afin qu’il reste compétitif vis-à-vis d’acteurs internationaux et européens toujours plus organisés pour accroître leurs revenus liés au tourisme.

En ce sens, il est fort regrettable que les crédits d’Atout France soient en constante diminution depuis deux ans et que les crédits liés au tourisme soient en baisse de 6 % cette année. Dans un secteur très concurrentiel, Atout France joue à armes inégales avec ses voisins. Notre subvention publique est six fois moins élevée que celle de l’Espagne et trois fois moins que celle des États-Unis. L’argent public investi dans Atout France est pourtant extrêmement rentable pour le contribuable. Le financement de l’État représente 0,7 ‰ des recettes internationales de tourisme perçues par notre pays – un ratio très inférieur à ceux de l’Espagne, des États-Unis, de l’Autriche, de l’Allemagne et de l’Italie. Depuis sept ans, la subvention de l’État accordée à Atout France a chuté de 45 % ; les crédits publics de l’opérateur s’élèvent à 23 millions d’euros cette année, contre quarante à cinquante millions d’euros auparavant.

La baisse de ces moyens financiers affecte aussi les collectivités territoriales. Or, quand les budgets des collectivités reculent, la force de frappe diminue d’autant, puisque les actions de promotion sont cofinancées. Les effectifs fondent également, alors que les actions demandent un minimum de moyens humains pour les faire avancer. Vous proposez une aide complémentaire pour créer un outil qui bénéficie à tous les acteurs ; nous soutiendrons votre amendement, mais les moyens humains doivent suivre.

J’évoquerai enfin, en tant que présidente de la commission permanente du Conseil national de la montagne (CNM), la question de l’avenir de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). On lui demande de supprimer 30 équivalents temps plein (ETP), alors que seul un demi-poste est actuellement dédié à la montagne et que le bleu budgétaire mentionne à plusieurs reprises, dans la partie consacrée au programme 112, le rôle d’accompagnement de l’agence en faveur des territoires de montagne. Du reste, les ministres successifs ont adressé à l’ANCT, au CNM et à l’Association nationale des élus de la montagne (Anem) des lettres de mission dont la mise en œuvre nécessiterait des créations d’emplois, et non des suppressions. C’est extrêmement dommageable pour nos territoires.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Le programme 112 n’est pas de mon ressort, mais j’entends votre alerte et je partage votre préoccupation.

On voit bien qu’Atout France a moins de moyens que nos voisins et concurrents directs. Si nous voulons atteindre l’objectif de cent milliards d’euros et faire passer les dépenses par touriste de 700 à 1 400 euros, comme en Espagne, nous n’avons pas d’autre choix que de protéger cet outil qui, comme l’a dit monsieur de Lépinau, a été à l’abandon pendant un an, sans direction générale, ce qui a conduit à un flottement dans la conduite de certaines politiques, en particulier dans les relations avec les régions.

M. Jérôme Nury (DR). Le tourisme représente 3,8 % du PIB direct et mobilise deux millions d’emplois. Si la France est la première destination mondiale, on observe cependant depuis plusieurs mois un recul préoccupant de la consommation touristique des Français sur le territoire national. Le pouvoir d’achat contraint, la concurrence des destinations étrangères à bas coût et la hausse des dépenses contraintes pèsent sur les séjours domestiques. Il est donc nécessaire de relancer la consommation touristique des Français en encourageant la redécouverte de nos territoires – notamment des territoires ruraux comme l’Orne –, la diversification de l’offre et l’accessibilité pour tous les publics.

Le projet de loi de finances pour 2026 doit conforter ce secteur stratégique à travers une fiscalité incitative et des crédits mieux ciblés. Les 23 millions d’euros alloués à Atout France soutiennent des missions clés : la promotion à l’international, l’animation du hub France Tourisme Observation, les partenariats avec la Banque des territoires pour l’innovation et la valorisation de labels tels que « Destination d’excellence ». Toutefois, ces moyens doivent également être orientés vers la stimulation de la demande intérieure en soutenant les campagnes de communication et les initiatives locales favorisant les courts séjours et le tourisme de proximité. Car, il faut le dire, sur le terrain, nous ne voyons pas trop le bénéfice de ces actions internationales.

Nous saluons également les allégements fiscaux, qui sont en hausse, notamment la TVA à taux réduit pour la restauration, l’hébergement et les campings, ainsi que les exonérations sur les chèques-vacances. Ces mesures constituent un levier essentiel pour accompagner les PME et, surtout, les restaurateurs et les métiers de bouche qui traversent actuellement une véritable crise. Toutefois, cette dynamique doit encore s’intensifier afin d’alléger davantage la pression sur les acteurs de terrain et de stimuler le pouvoir d’achat touristique des ménages français.

Des marges de progression subsistent. La transparence sur l’usage des crédits d’Atout France doit être renforcée. Des indicateurs de performance clairs, mesurant notamment le retour par euro investi, sont attendus. Les doublons persistants avec Business France doivent être supprimés, notamment par la mise en place de bureaux communs et des stratégies de mutualisation lors des campagnes de marketing internationales.

En conclusion, si la trajectoire engagée en matière de fiscalité touristique est plutôt encourageante, elle doit désormais s’accompagner d’un ambitieux programme pour stimuler le tourisme domestique, adossé à un effort accru de transparence budgétaire et de simplification des structures. C’est à ce prix que nous garantirons un tourisme compétitif, durable et créateur de valeur pour l’ensemble des territoires.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Nous avons bien compris que le tourisme national devait s’orienter vers l’Orne. Nous nous y attacherons !

Ma volonté de développer le tourisme du savoir-faire vient du fait que ce type de tourisme n’est pas encore assez pratiqué par nos concitoyens, alors qu’il permet la découverte de notre territoire au travers de ce qu’il a de meilleur. Pour prendre un seul exemple, nous avons visité le musée de la dentelle et de la mode de Calais, qui est extraordinaire ; or, il n’y a aucun lien entre ce musée et les deux dernières entreprises qui fabriquent encore de la dentelle dans les Hauts-de-France. Quand on visite le musée, on a pourtant envie de voir une entreprise qui fonctionne en vrai ! Il faut développer ces idées pour que les gens dont parlait monsieur Piquemal, qui ont moins de moyens, trouvent beaucoup de plaisir dans le tourisme de proximité.

Concernant les dépenses fiscales, qui s’élèvent à plus de trois milliards d’euros, je me réjouis de retours en hausse de 10 %.

Enfin, je précise à madame Battistel que le plan Avenir montagnes est doté de quinze millions d’euros.

M. Charles Fournier (EcoS). L’Orne est une jolie destination, mais il y en a d’autres, comme l’Indre-et-Loire… (Sourires.)

Une politique touristique doit reposer sur trois piliers. Comme notre collègue Jérôme Nury, je crois que l’obsession pour notre attractivité vis-à-vis de la clientèle internationale conduit bien souvent à réfléchir au détriment de la clientèle de proximité, sur laquelle repose en priorité le tourisme dans de nombreux territoires. Il y a aussi un enjeu social, rappelé par monsieur Piquemal, qui est d’augmenter le nombre de ceux qui peuvent profiter des vacances. Cela implique de soutenir l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (Unat) et tous les acteurs du tourisme associatif à vocation sociale. Rappelons-nous l’histoire du monde ouvrier associée à la question des vacances.

Le deuxième enjeu est le partage territorial de la valeur apportée par le tourisme. J’ai un regard un peu critique sur les grands sites qui captent parfois toute la valeur au détriment de l’irrigation des territoires, mais il y a des contre-exemples très intéressants : ainsi, « La Loire à vélo », dans ma région, permet un réel partage de la valeur. C’est ce type de projets qu’il faut soutenir.

Le troisième enjeu, appelé à devenir majeur, est l’enjeu écologique. Nous ne pouvons laisser de côté la question de la sur-fréquentation de certains sites, en particulier en montagne ou au Mont-Saint-Michel.

Si nous ne travaillons pas à leur adaptation, nous risquons, à terme, une chute de la fréquentation. Le tourisme de savoir-faire me convient tout à fait, mais il ne répond pas à cette préoccupation. J’ai donc déposé un amendement, modeste au regard de l’enjeu, visant à soutenir la bifurcation écologique de certains sites.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. La bifurcation écologique est certes récente, mais la mesure 35 du troisième plan national d’adaptation au changement climatique, publié en mars dernier, porte précisément sur l’adaptation touristique, en particulier dans les zones littorales et de montagne. Le plan doit désormais faire l’objet d’une déclinaison territoriale, mais on voit que cette préoccupation commence à entrer dans les esprits.

J’ai parlé du Futuroscope, mais « La Loire à vélo » est effectivement un bon exemple. C’est même le seul exemple qu’a évoqué M. Franck Louvrier, président de la commission déléguée au tourisme de Régions de France, selon qui cette initiative est un modèle pour l’ensemble des territoires français. Nous sommes en train de faire la même chose en Nouvelle-Aquitaine, de Soulac-sur-Mer à la frontière espagnole, le long de la côte. De petits investissements locaux, qui ne coûtent pas forcément grand-chose, peuvent faire beaucoup. Évidemment, il faut aussi renforcer la mobilité pour permettre aux touristes d’arriver et de repartir.

Enfin, sur les 22 millions de visiteurs d’entreprises que j’ai mentionnés, 18 % sont étrangers et 82 % sont français. L’offre s’adresse donc bien à notre tourisme intérieur. Dans la même optique, nous avons abandonné l’objectif de cent millions de visiteurs étrangers au profit d’un objectif de cent milliards d’euros de recettes internationales.

Mme Louise Morel (Dem). Je remercie notre rapporteur pour avis pour la grande qualité de son travail et la clarté de ses analyses.

Le tourisme est l’une des rares politiques capables de créer de la prospérité tout en renforçant les liens entre les peuples. C’est particulièrement vrai pour la France. Notre pays est riche de ses paysages de mer, de montagne, de plaine, de forêts, de son patrimoine monumental et muséal, mais aussi de ces savoir-faire vivants qui font notre singularité. Nous accueillons près de cent millions de visiteurs chaque année : c’est un succès dont nous pouvons être fiers, mais qu’il faut consolider et inscrire dans le temps long. Lors de récents événements, nous avons vu affluer de nombreux visiteurs : je pense aux Jeux olympiques, à la renaissance de Notre-Dame de Paris ou encore aux commémorations de la Libération, l’an dernier.

Vous soulignez que l’absence de document de politique transversale rend difficile la lecture des budgets liés au tourisme. Le groupe Les Démocrates partage pleinement cette réflexion. Il est urgent de retrouver une vision consolidée et lisible de l’effort public pour ce secteur clé de notre économie.

Si la France reste la première destination en nombre de visiteurs, elle est quatrième pour ce qui est des recettes : 710 euros de dépenses moyennes par visiteur, contre 1 345 euros en Espagne.

Quelles recommandations formulez-vous pour augmenter ce panier moyen sans renchérir nos prix ni altérer la qualité de l’expérience touristique des visiteurs ?

Je veux également dire un mot du tourisme durable, puisque les visiteurs viennent souvent du bout du monde. Comment mieux articuler attractivité mondiale et responsabilité environnementale ? Quelle place occupent aujourd’hui les touristes français, européens et internationaux dans les flux touristiques ?

Enfin, nous saluons l’attention que vous portez au tourisme du savoir-faire, à cette France du geste et de la création. Je pense, en Alsace, à la marqueterie Spindler, aux potiers de Soufflenheim ou encore aux vignerons, qui font de notre région un territoire d’excellence et d’accueil et que je tenais à mettre à l’honneur. Nous partageons votre ambition d’un tourisme durable, inclusif et porteur de fierté sur tout le territoire national.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Nous faisons le tour de France : après l’Orne et l’Indre-et-Loire, l’Alsace ! Il est bon de tourner notre regard vers ce que nous avons de plus beau en France.

Les questions que vous posez trouveraient une réponse dans le fameux document unique que nous n’avons pas. Tout l’enjeu est là. Actuellement, en France comme à l’étranger, le tourisme est proposé par petits bouts. Chez moi, dans la Vienne, il y a un « triangle d’or » qui touche le parc naturel régional de la Brenne, mais celui-ci est dans l’Indre, donc dans une autre région, et nous n’arrivons pas à proposer d’offre commune. Pourtant, quand on vient voir l’art roman à Montmorillon ou à Chauvigny, il faudrait aussi faire un tour dans le parc de la Brenne.

Le nouveau directeur d’Atout France me disait que, pour capter de nouveaux touristes, il fallait parfois profiter des effets collatéraux de la géopolitique mondiale. La guerre tarifaire engagée par Donald Trump contre ses voisins a provoqué un afflux de touristes canadiens en France, car ils ne sont pratiquement pas partis aux États-Unis. Il faut leur donner envie de revenir. L’outil dont je souhaite la création permettra, je pense, d’atteindre cet objectif.

M. le président Stéphane Travert. Il n’y a pas de questions individuelles. Monsieur le rapporteur pour avis, souhaitez-vous conclure votre propos avant que nous n’examinions les amendements ?

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. La synthèse me semble très consensuelle.

Premièrement, avec un tourisme qui représente 4 % du PIB direct et les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés, il faut un ministre de plein exercice.

Deuxièmement, il faut protéger le seul outil de politique nationale que nous ayons vraiment, à savoir l’opérateur Atout France. Cela ne veut pas dire lui donner plus de moyens qu’il n’en faut ; comme tous les opérateurs, il doit contribuer à l’effort budgétaire en raison des contraintes que nous connaissons. Toutefois, le retour sur investissement étant de 2 700 euros pour un euro investi, cet argent bénéficiera au développement, à l’activité, aux recettes de TVA, à la création d’emplois et à la baisse du chômage.

Troisièmement, pour y arriver, il faut construire ensemble une stratégie nationale du tourisme reposant sur une politique lisible. Avec vingt et un programmes budgétaires répartis entre huit ministères différents, dont beaucoup ne se parlent pas, chacun tire la corde en fonction de la force du ministre. On l’a vu pour Atout France, qui était jusqu’en 2022 sous la tutelle du ministère des affaires étrangères, lequel considérait l’opérateur comme un outil de soft power vis-à-vis des visiteurs étrangers, avant qu’il ne repasse sous le contrôle de Bercy. Nous avons auditionné le chef cuisinier Thierry Marx et des représentants de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) : ils ont des propositions, mais elles ne sont pas articulées dans le cadre d’une stratégie nationale.

M. le président Stéphane Travert. L’interministérialité ne se décrète pas, elle se construit.

 

 

Article 49 et état B : Crédits du budget général

 

Amendement I-CE115 de M. Pascal Lecamp

M. Pascal Lecamp, rapporteur. Mon amendement vise à permetttre à Atout France de se doter de l’outil qu’il réclame. Sans cet outil, dont tous les pays touristiques équivalents sont aujourd’hui dotés, nous ne jouerons pas dans la même division que les Espagnols, les Italiens et les Américains.

En audition, le financement nécessaire était estimé entre deux et quatre millions d’euros, mais si l’État impose à tous les acteurs de participer à la collecte des données utiles, je pense que nous pourrons construire cet outil à moindre coût. La dépense pourrait être compensée par la création d’une taxe additionnelle de 1 euro sur les visas de court séjour.

M. Hervé de Lépinau (RN). Notre groupe votera contre cet amendement qui, vu le financement proposé, peut être qualifié de paresseux.

Le budget d’Atout France a diminué de 30 % entre 2024 et 2025 et recule encore de 6 % dans le projet de loi de finances pour 2026. Si l’on ne propose pas à Bercy un amendement bien ficelé, qui réduise certaines dépenses pour financer les quelque 1,6 million d’euros supplémentaires d’Atout France, on n’y arrivera pas. Je suis prêt à travailler avec vous en vue de déposer en séance un amendement qui évitera une levée de gage automatique et répondra au souhait des Français de voir réduire les mauvaises dépenses publiques.

M. Matthias Tavel (LFI-NFP). Nous partageons votre objectif s’il s’agit de promouvoir un tourisme plus écologique, durable, responsable et local, y compris un tourisme de savoir-faire – venez donc visiter le parc éolien en mer de Saint-Nazaire, qui en est un exemple ! Mais qui nous dit que, demain, les crédits supplémentaires d’Atout France ne serviront pas à accentuer encore le surtourisme et à saturer certains territoires ? Qui nous dit que la situation des travailleurs saisonniers, leur hébergement, leur accès plus durable à un logement et leurs déplacements seront pris en compte dans la politique touristique déployée par l’outil que vous proposez ? Si celui-ci n’est qu’un habillage qui entretiendra, voire aggravera, la situation, il n’est pas satisfaisant.

Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC). Nous soutenons cet amendement, bien qu’il soit relativement modeste. Pour accompagner les territoires en transition, Atout France a besoin de moyens supplémentaires, en particulier de moyens humains – les outils ne font pas tout. Nous aurions préféré un amendement qui associe des effectifs à l’outil proposé.

M. Charles Fournier (EcoS). Augmenter les crédits d’Atout France ? Pourquoi pas, mais les objectifs intéressants que vous avez exposés, comme le tourisme du savoir-faire, n’apparaissent nullement dans l’exposé sommaire de votre amendement. J’en conclus qu’il s’agit simplement d’abonder le budget de l’agence sans flécher ces crédits supplémentaires. En définitive, ils rejoindront le pot commun et rien ne nous dit comment ils seront utilisés.

M. Jérôme Nury (DR). À l’heure où il faut faire des économies et où l’on chasse les dépenses dans toutes les agences, dont on se demande parfois pour qui elles agissent et dont on ne voit guère les retombées sur le territoire, nous aurions intérêt à faire preuve de sagesse et à refuser votre proposition.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. C’est nous qui, en quelque sorte, avons imposé l’enveloppe de 1,6 million d’euros. Atout France a besoin de cet outil pour atteindre les objectifs que nous visons tant à l’égard des touristes français qu’étrangers. L’idée est que les visiteurs se voient proposer d’autres offres, restent un peu plus longtemps, dépensent un peu plus et découvrent de nouvelles propositions sur le territoire. Avec ces 1,6 million d’euros, nous pérennisons simplement le budget 2025 d’Atout France et nous annulons la diminution prévue dans le projet de loi de finances pour 2026 – certains députés prônent d’ailleurs une année blanche pour les opérateurs. Cette enveloppe de 1,6 million d’euros sera destinée uniquement à l’outil dont nous parlons.

D’autres députés voudraient faire disparaître les opérateurs ; c’est un choix. Il n’en reste pas moins que le tourisme est un secteur stratégique. Les moyens humains sont effectivement essentiels, madame Battistel. Atout France représente 250 ETP. Si l’outil est acheté et déployé, il faudra cinq, six ou sept spécialistes pour le faire tourner – ils viendront peut-être remplacer d’autres salariés partant à la retraite. Soit Atout France en est doté, et nous pouvons nous permettre de viser des objectifs ambitieux, soit nous maintenons le budget de l’opérateur à 23 millions d’euros, et nous décidons par là même de lui couper la tête. Certains le veulent, pas moi.

La commission adopte l’amendement.

 

Amendement II-CE61 de M. Charles Fournier

M. Charles Fournier (EcoS). Nous devons accompagner la transition pour réduire les déséquilibres territoriaux qui existent en matière de tourisme, certains sites étant sur-fréquentés et d’autres sous-fréquentés. En la matière, les investissements auront une efficacité garantie puisqu’ils développeront l’activité. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de perdre des capacités touristiques et des recettes. Je propose d’y affecter 1,5 million d’euros, une somme presque ridicule par rapport à l’enjeu mais qui permet un amorçage indispensable.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Vous proposez de créer un fonds de soutien doté de 1,5 million d’euros pour la transition du secteur vers un tourisme régénératif et soutenable. Je partage totalement vos préoccupations – mieux répartir les flux de visiteurs, préserver nos sites les plus vulnérables, décarboner nos infrastructures touristiques – et votre amendement me semble bien construit.

Je rappelle toutefois que le troisième plan national d’adaptation au changement climatique a été publié en mars 2025 et qu’il doit être décliné sur le territoire. Sa mesure 35 porte précisément sur l’adaptation du secteur touristique, en particulier dans les zones littorales et de montagne.

Parallèlement, des plans d’action ont été lancés : citons entre autres le plan Avenir montagnes et le programme France vue sur mer doté de 15 millions d’euros.

Un fonds Tourisme durable a aussi été créé ans le cadre de France Relance ; sa dotation a été portée à 74 millions d’euros par le plan Destination France 2022-2024. Il a financé jusqu’à présent la transition durable des activités de restauration et des hébergements touristiques, ainsi que le déploiement des projets de « slow tourisme » et d’écotourisme.

Enfin, s’il n’est pas prévu de renouveler les crédits du fonds que je viens d’évoquer, deux nouveaux prêts ont été annoncés lors du dernier comité interministériel du tourisme : d’une part, le prêt « Tourisme 3 » octroyé par BPIFrance sur trois à dix ans, sans garantie, financera les travaux de rénovation, notamment énergétique, des sites touristiques ; d’autre part, le prêt « Tourisme » accordé par la Banque des territoires sur vingt-cinq ans à un taux faible (1,3 %  de plus que le taux du livret A) accompagnera la transformation des infrastructures touristiques confrontées aux défis du changement climatique.

Il existe donc déjà des dispositifs, qui ne relèvent certes pas du budget de l’État, mais qui sont accessibles aux acteurs du tourisme. Nous considérons que les actions menées par l’État et BPIFrance remplissent la plupart des objectifs visés par votre amendement, et qu’il n’est pas nécessaire de mobiliser davantage d’argent de l’État en cette période de vaches maigres. Je demande donc le retrait de l’amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.

Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC). Les dispositifs que vous venez de citer ne sont pas des crédits d’État, monsieur le rapporteur pour avis. Je suis favorable à la proposition de notre collègue Fournier, même si son montant n’est pas assez ambitieux. Les territoires littoraux et de montagne ont grand besoin de s’adapter au changement climatique, mais ils trouvent peu de monde pour les accompagner. Un fonds spécifique doit y être consacré. Monsieur Fournier propose que ce dernier soit géré par l’ANCT ; en soi, c’est une bonne idée… mais comment le pourra-t-elle alors qu’on lui demande de supprimer de nombreux postes ?

Vous avez évoqué un fonds de quinze millions d’euros relevant du plan « Avenir montagnes ». Qu’en est-il ? À titre de comparaison, ce plan était doté de 330 millions d’euros en 2021.

M. Hervé de Lépinau (RN). Nous voterons contre cet amendement, car nous n’identifions pas qui sera à la manœuvre du nouveau fonds. Je crains que tout cela ne finisse à nouveau dans l’escarcelle des bureaux d’études, qui constituent un frein au redressement de notre pays.

J’en profite pour annoncer que le groupe d’études « Vigne, vin et œnologie » organise demain une table-ronde sur l’œnotourisme, suivie d’une dégustation de vins du Var.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. L’œnotourisme fait partie du tourisme de savoir-faire. Dans le même esprit, à l’occasion de l’appel à manifestation d’intérêt du plan Destination France, la région Hauts-de-France a concentré 90 % de ses audits et de ses investissements sur les brasseries locales.

Une précision, madame Battistel : c’est le programme « France vue sur mer » qui est doté de quinze millions d’euros. Je ne connais pas le montant du plan Avenir montagnes.

Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC). Il est de zéro !

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Cela me surprendrait. Quoi qu’il en soit, ces quinze millions relèvent du troisième plan national d’adaptation au changement climatique ; c’est de l’argent de l’État.

Les deux autres dispositifs sont des prêts de BPIFrance et de la Banque des territoires.

La commission rejette l’amendement.

 

 

M. le président Stéphane Travert. L’examen des amendements étant terminé, je vous demande, monsieur le rapporteur pour avis, de nous donner votre avis sur le budget du tourisme pour 2026 – étant rappelé que notre commission se prononcera lors d’une prochaine réunion par un vote d’ensemble sur les crédits de la mission Économie.

M. Pascal Lecamp, rapporteur pour avis. Les crédits examinés dans le cadre de cet avis budgétaire sur le tourisme, tels que nous les avons modifiés, maintiennent le budget d’Atout France au niveau de 2025, ce qui permettra de consacrer 1,6 million d’euros à un outil essentiel d’observation et de partage des données. J’y suis favorable.

La commission émet un avis défavorable sur les crédits relatifs au tourisme modifiés.

*

Lors de sa réunion du 27 octobre 2025, la commission a émis un avis favorable sur l’ensemble des crédits de la mission Économie dont elle est saisie.

 

 


   LISTE DES PERSONNES auditionnÉes

Par ordre chronologique

 

Atout France

M. Adam Oubouih, directeur général

Mme Rose-Marie Abel, secrétaire générale

 

Union des métiers et des industries de l’hôtelleries (UMIH) *

M. Thierry Marx, président

Mme Valérie Pons, présidente nationale

M. Vincent Dollé, directeur des affaires fiscales et économiques

 

Institut pour les savoir-faire français

Mme Anne-Sophie Duroyon-Chavanne, directrice générale

M. Xavier Long, Directeur général adjoint

 

Ville de Calais Cité de la dentelle et de la mode

M. Laurent Lenoir, conseiller municipal délégué au label ville d’art et d’histoire

Mme Anne-Claire Laronde, directrice du patrimoine de la ville

Mme Maïté Parenty, responsable de la communication de la Cité

Mme Émeline Flament, directrice de la communication de la ville

M. Jean-Philippe Javello, directeur du SPL Grand Calais tourisme et culture

 

Région Hauts-de-France

M. François Decoster, vice-président de la Région Hauts-de-France et maire de Saint-Omer

M. Rodolphe Wibaut, directeur du tourisme de la Région

M. Pascal Marchica, président du syndicat des brasseurs des Hauts-de-France et gérant de la Brasserie des 3 monts (Saint-Sylvestre-Cappel)

 

Confédération des acteurs du tourisme (CAT) *

M. Nicolas Dayot, vice-président de la CAT et président de la FNHPA

M. Guillaume Lemière, délégué général de la CAT.

M. Eric Abihssira, secrétaire général de la CAT, vice-président confédéral de l’UMIH

M. Franck Trouet, délégué général du GHR

Mme Ophélie Rota, directrice communication et relations institutionnelles de l’UMIH

 

 

Fédération des organismes institutionnels du tourisme (ADN Tourisme) *

M. Christian Mourisard, président délégué

M. Marc Richet, directeur général

M. Christophe Marchais, directeur général adjoint

 

Association Entreprise et découverte

Mme Cécile Pierre, déléguée générale

 

Association Villes et métiers d’art

M. Pierre-André Périssol, président

Mme Charlotte du Vivier Lebrun, directrice

 

Ministère de l’économie et des finances – Direction générale des entreprises (DGE) – Sous-direction du tourisme

M. Christophe Strobel, sous-directeur du tourisme

Mme Hélène Machart, directrice de projets tourisme durable

Mme France Lacoeuilhe, cheffe de projet en charge du tourisme de savoir-faire

 

Association nationale des élus des territoires touristiques (ANETT)

M. Philippe Sueur, président de l’association et maire d’Enghien-les-Bains

Mme Géraldine Leduc, directrice générale

M. Simon Lebeau, sous-directeur

M. Pol-Augustin Lamour, chargé de mission

 

Alliance France Tourisme *

Mme Leslie Rival, secrétaire générale

M. Vanguélis Panayotis, président directeur général de MKG

 

Régions de France

M. Franck Louvrier, président de la commission Tourisme

M. Jean-Baptiste Cazaubon, délégué général adjoint

M. Brendan Le Reste, responsable du Pôle tourisme

 

Ministère de la culture – Département des territoires – Pôle de l’attractivité du territoire

Mme Élise Herrmann, cheffe du département des territoires

M. Nicolas Monquaut, chargé de mission attractivité et tourisme

 

* Ces représentants d’intérêts ont procédé à leur inscription sur le répertoire des représentants d’intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), qui vise à fournir une information aux citoyens sur les relations entre les représentants d’intérêts et les responsables publics lorsque sont prises des décisions publiques.


   CONTRIBUTION ÉCRITE

 

Ateliers d’art de France

 

 


([1]) Insee  https://www.insee.fr/fr/statistiques/7653005

([2]) Insee https://www.insee.fr/fr/outil-interactif/5367857/tableau/70_SAC/77_TOU et https://www.insee.fr/fr/statistiques/7653005#onglet-2

([3]) Insee https://www.insee.fr/fr/outil-interactif/5367857/tableau/70_SAC/77_TOU et https://www.insee.fr/fr/statistiques/7653005

([4]) Insee, ibidem.

([5]) Voir le dossier de presse du CIT  https://www.info.gouv.fr/actualite/tourisme-un-levier-de-croissance-pour-leconomie-francaise

([6]) Le comité de filière du tourisme (CFT) a été créé lors du conseil interministériel du tourisme (CIT) de mai 2019 afin de mieux coordonner les gouvernances publique et privée du secteur. Officiellement lancé en janvier 2020, le CFT est un lieu d’échanges et de concertation de tous les acteurs du tourisme. Il se compose d’environ 150 membres de la filière touristique (institutionnels, entreprises, fédérations et associations professionnelles, organisations syndicales, etc.).

([7]) La fixation d’une taxe de séjour est facultative. Les communes ou leurs EPCI peuvent également choisir le niveau des tarifs selon un barème de minima et maxima fixés par le législateur et revalorisés chaque année. Les départements peuvent aussi instituer une taxe additionnelle de 10 % à la taxe de séjour perçue par les communes et les EPCI.

La loi de finances pour 2024 a enfin autorisé de nouvelles taxes additionnelles au profit d’Île-de-France Mobilités et des territoires de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie pour financer certains grands investissements dans la mobilité (Grand Paris Express et TGV). Certains acteurs auditionnés désapprouvent ce qu’ils considèrent comme des « détournements » de l’objectif de la taxe de séjour et craignent que ces coûts supplémentaires (+ 200 % pour l’Île-de-France) ne dissuadent les voyageurs de prolonger leur séjour en France.

([8]) Entreprise et découverte procède par sondage auprès de ses partenaires, sur la base d’un questionnaire à destination des entreprises ouvertes à la visite.

([9]) AURA, BFC, Centre Val de Loire, Grand Est, Hauts de France, Normandie, Nouvelle Aquitaine, PACA, Pays de Loire

([10]) Voir la première partie du présent avis.

([11]) Les Éclaireurs. Rapport final Mesurer le poids économique des entreprises des métiers d’art et savoir-faire d’exception, novembre 2024 (disponible à l’adresse https://ftp.inma-web.org/Institut/Eclaireurs/LesEclaireurs_Rapport_final_26112024.pdf).