N° 2502

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ASSEMBLÉE   NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

QUINZIÈME LÉGISLATURE

 

Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 12 décembre 2019.

RAPPORT D’INFORMATION

FAIT

 

au nom de la dÉlÉgation aux outre-MER

sur le sport et la santé dans les outre-mer

PAR

Mme maud PETIT et M. Jean-Philippe NILOR

 

 

Députés

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SOMMAIRE

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Pages

introduction

première partie : LA SURCHARGE PONDÉRALE est un phÉnomène mondial en expansion

I. Une pandÉmie qui ne touche pas TOUS LES PAYS de la mÊme maniÈre

A. Un constat accablant et trop connu

1. Quelques définitions

2. Une pandémie mondiale

3. Un mouvement d’acceptation du surpoids

4. La France n’est pas épargnée

5. Les populations les plus défavorisées sont les plus atteintes

B. Le fardeau Économique du surpoids

1. Les études internationales sont unanimes

2. Le surcoût global de de la surcharge pondérale est colossal

3. L’étude de 2016 de la Direction du Trésor

II. Les outre-mer particuliÈrement concernÉs par le surpoids

A. Le barodom rÉalisÉ en 2014

1. Une étude qu’il convient de manier avec précautions

2. Une surcharge pondérale plus importante dans les DOM

3. Une espérance de vie légèrement inférieure dans les outre-mer

B. L’étude Kannari sur la Guadeloupe et la martinique

1. Une forte progression du surpoids et de l’obésité en 10 ans

2. Les femmes sont plus touchées que les hommes par l’obésité

3. Un gain moyen de plus de 2 cm de tour de taille en 10 ans

4. Beaucoup de personnes en mauvaise santé sont dans le déni

C. Le cas spÉcifique de la polynÉsie française

1. Une situation préoccupante qui continue à se dégrader

2. Un mode de vie et des habitudes qui favorisent le surpoids

3. La vente de produits alimentaires malsains dans les écoles

4. La controverse autour de la subvention accordée à certains produits

5. La fermeture de la « maison des diabétiques » de Papeete

D. Quelques donnÉes sur d’autres collectivitÉs

1. La Nouvelle-Calédonie

2. Mayotte

3. La Réunion

deuxiÈme partie : des causes multiples qui constituent l’une des premiÈres cause de mortalitÉ

I. Les conséquences sur la santé de la surcharge pondérale

A. l’hypertension artérielle

1. Une plus grande prévalence chez les populations défavorisées

2. La surcharge pondérale, facteur d’hypertension artérielle

B. L’accident vasculaire cérébral

C. Le diabÈte

1. Des taux de prévalence très élevés dans les outre-mer

2. Une possible différentiation ethnique

D. Les cancers

1. Les cancers sont de plus en plus associés à l’obésité

2. Le foie peut aussi être endommagé

II. une variété de causes à ces phénomènes

A. une trop grande sédentarité

1. Une évolution sur une seule génération

2. La sédentarité, premier facteur de mortalité

3. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé

B. Une modification des habitudes alimentaires

1. La disparition de l’alimentation insulaire traditionnelle

2. Un nutriscore inexistant et des conditionnements record

3. Les avancées de la loi Lurel sur le sucre dans les aliments

4. Cette loi est-elle réellement respectée ?

5. À Mayotte : le casse-tête de la restauration scolaire

C. Le facteur culturel : « bien manger, c’est manger beaucoup »

1. La pratique des « cures d’engraissement »

2. Des interprétations diverses

D. Un facteur gÉnÉtique ?

1. Des connaissances incomplètes et des théories séduisantes

2. La plus grande prudence s’impose

E. les comportements alimentaires à La Réunion

1. Le développement de la restauration rapide

2. Une consommation excessive de corps gras

3. Les féculents beaucoup plus consommés que les fruits et légumes

troisième partie : DÉVELOPPER LE SPORT POUR ENTRETENIR SA SANTÉ

I. De nombreux plans visant à développer l’activité physique ont été mis en œuvre en France et à l’étranger

A. Les différents plans mis en œuvre en France

1. Le Plan national nutrition santé (PNNS) 2011–2015

2. Le Plan obésité (PO) 2010-2013

3. Le Plan cancer 2009-2013

4. Le Plan national d’action de prévention de la perte d’autonomie (septembre 2015)

5. La « Stratégie nationale sport santé 2019-2024 »

B. quelques expériences menées à l’étranger

1. Un programme orienté vers les séniors aux États-Unis

2. Le programme PAPRICA, en Suisse (2012)

3. Le programme « Suède en mouvement » (2001)

4. Le programme « Let's Get Moving », en Angleterre

5. Le « Green Prescription Program » en Nouvelle Zélande

II. L’évolution de la législation et l’information du public

A. L’avancée permise par la loi de 2016

1. Depuis 2016, la loi permet la prescription du « sport sur ordonnance »

2. Les précisions apportées par le décret du 30 décembre 2016

B. Les campagnes d’information

1. Un guide de bonnes pratiques publié par la Haute autorité de santé (HAS)

2. Les définitions précises de la HAS

3. Un acteur essentiel : Santé publique France

4. La campagne d’information « Manger-Bouger »

III. Les freins et les incitations aux activités physiques

A. Les difficultés liées à la pratique sportive outre-mer

1. L’aspect financier de la pratique sportive

2. Un déficit d’équipements sportifs dans les outre-mer

3. Un manque flagrant de piscines dans les outre-mer

4. Une offre inégalement répartie à La Réunion

5. Le plan Kanner de modernisation des équipements outre-mer

6. Sensibiliser les praticiens ultra-marins

B. La situation en Polynésie française

1. Le programme Maitai (« aller bien »)

2. Le programme « administration active »

C. des exemples de bonnes pratiques

1. Le réseau national des « villes sport-santé sur ordonnance »

2. Les projets mis en place à la Martinique

3. Les « Parcours sportifs de santé sécurité » de la Guadeloupe

4. Strasbourg ville pionnière

Les PrÉconisations de la mission d’information

1. A l’échelle nationale

2. A l’échelle des outre-mer

3. Et si le Parlement donnait l’exemple ?

examen par la dÉlÉgation

ANNEXES

liste des auditions

HAUT COMMISSARIAT DE LA RéPUBLIQUE EN POLYNéSIE FRANçAISE

 

 


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   introduction

Terres de champions, les outre-mer ont fourni à la France nombre de médaillés olympiques, qu’il s’agisse de judokas, d’escrimeuses, de footballeurs ou d’athlètes de toutes catégories.

Pour autant, ces champions constituent, aux dires des observateurs, « quelques arbres qui cachent la forêt ». Les populations y pratiquent moins d’activités physiques que dans l’hexagone ; les déplacements en voiture individuelle y sont devenus la règle, ce qui aboutit à une sédentarité particulièrement importante. Et la modification des habitudes alimentaires traditionnelles, remplacées par la restauration rapide et l’abus de sucre, de sel et de produits gras sont à mettre en parallèle avec la montée de la surcharge pondérale dans ces mêmes territoires.

Car, en même temps que les habitudes physiques et alimentaires changeaient dans les outre-mer, un autre phénomène faisait son apparition : la forte augmentation du surpoids et de l’obésité. De nos jours, en dépit – ou peut-être à cause – d’un niveau de vie encore inférieur à celui de la France hexagonale, l’obésité est beaucoup plus présente dans les outre-mer que dans le reste du pays.

Et ce phénomène a des conséquences sur l’état de santé des populations ultra-marines : la prévalence du diabète y est plus importante, l’hypertension artérielle aussi. L’espérance de vie reste encore sensiblement inférieure dans les outre-mer à la moyenne nationale, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes.

Dans une étude d’avril 2018, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la santé s’intéresse à la perception qu’ont les ultramarins de leur santé. Il ressort de cette étude, que 61 % des personnes interrogées entre 15 et 75 ans en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique et à la Réunion considèrent que leur état de santé est bon ou très bon contre 69 % en moyenne nationale. Plus globalement, dans les outre-mer, les intéressés, et particulièrement les femmes, déclarent se sentir en moins bonne santé que dans l’hexagone. Cette perception est largement, déterminée par des facteurs socio-économiques comme la situation financière, le diplôme ou la situation professionnelle sur cette perception.

Face à ce constat, les voix qui s’élèvent pour demander une modification des habitudes de vie et une promotion de l’activité physique ne sont pas si nombreuses. Pourtant, les lignes commencent à bouger : la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 « de modernisation de notre système de santé » permet désormais aux praticiens de prescrire l’activité sportive sur ordonnance. L’article L. 1172‑1 du code de santé publique, dispose dorénavant que « dans le cadre du parcours de soins des patients atteints d’une affection de longue durée, le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient ».

Certains s’en sont emparés, aussi bien dans l’hexagone (Strasbourg semble pionnière sur ce plan) que dans les outre-mer. Mais encore trop de médecins négligent cette thérapie non médicamenteuse.

Par ailleurs, le coût de certains sports, le sous-équipement relatif en infrastructures sportives en outre-mer, l’évolution des mentalités et les réticences à exhiber un corps obèse sont autant de freins qui ne favorisent pas la pratique de l’activité physique.

Pour toutes ces raisons, la Délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale a décidé de se saisir de ce sujet en créant une mission d’information animée par deux corapporteurs qui ont procédé à 16 auditions à l’Assemblée nationale et ont entendu, en direct ou par audioconférences, plus de 30 personnes. La Polynésie étant probablement l’un des territoires les plus atteints par le phénomène de surpoids, la mission s’y est rendue en juillet 2019 pour mener un grand nombre d’auditions et recueillir des témoignages.

Le rapport qui résulte de ces travaux nous concerne tous, car les problèmes de santé liés à la sédentarité et aux habitudes alimentaires parlent à chacun. Les rapporteurs espèrent qu’il convaincra le maximum de lecteurs de l’utilité de se livrer à une activité physique régulière.

 

 

 

 


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   première partie : LA SURCHARGE PONDÉRALE est un phÉnomène mondial en expansion

La surcharge pondérale est un phénomène qui est apparu essentiellement au cours de la seconde moitié du vingtième siècle. Cette période a connu une mutation sans précédent des modes de vie : tertiarisation de la société, utilisation massive de l’automobile, etc. qui ont favorisé la sédentarisation de la population.

Le développement des grandes surfaces et de l’industrie agro-alimentaire ont achevé de modifier les habitudes alimentaires et de remplacer les plats cuisinés à la maison par des produits achetés déjà préparés. En fonction de leur niveau de développement, la plupart des régions du monde ont suivi ce processus à leur rythme. De nos jours, à l’exception des zones où le niveau de vie est le plus faible, principalement en Afrique, la quasi-totalité des pays sont touchés.

Les outre-mer français n’échappent pas à la règle et ont connu une forte expansion du phénomène de surcharge pondérale au cours des deux premières décennies du vingt-et-unième siècle. Ils ont hélas dépassé l’hexagone depuis quelques années.

I.   Une pandÉmie qui ne touche pas TOUS LES PAYS de la mÊme maniÈre

Tous les pays ne sont pas touchés de la même manière par le phénomène : le niveau de développement ainsi que les habitudes alimentaires et culturelles expliquent certaines différences. En revanche, le surpoids, qui ne concernait il y a quelques décennies que les pays occidentaux riches, couvre maintenant la quasi-totalité de la planète.

A.   Un constat accablant et trop mÉconnu

1.   Quelques définitions

Le surpoids et l’obésité sont définis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé ». Désormais reconnus comme étant un problème majeur de santé publique, ils sont mesurés grâce à des critères internationalement reconnus :

- chez les adultes de 18 ans et plus, le surpoids et l’obésité sont mesurés par le calcul de l’Indice de masse corporelle (IMC = poids/ taille²). Cet indicateur permet d’estimer la corpulence d’un individu. L’expression « surcharge pondérale » regroupe surpoids et obésité.

Lorsque l’indice de masse corporelle est compris entre 25 et 30, l’individu est considéré comme étant en surpoids ; lorsque cet indice est supérieur à 30, on entre alors dans l’obésité.

L’obésité est elle-même classée en 3 sous-catégories : l’obésité modérée lorsque l’IMC est compris entre 30 et 35 ; l’obésité sévère entre 35 et 40 et l’obésité morbide au-delà de 40.

- chez les enfants jusqu’à 17 ans, l’IMC est calculé de la même façon que chez les adultes mais l’âge et le sexe de l’enfant entrent en jeu. Il existe donc plusieurs seuils propres à chaque âge, chez les filles et les garçons, définis par l’International Obesity Task Force – IOTF (Cole et al. 2000).

Le caractère international de l’Indice de masse corporelle ne fait pas obstacle à ce que soit évoqué, en Polynésie, l’existence d’un indice IMC spécifique à l’Océanie. La mission d’information qui s’est rendue sur place peut en témoigner.

 

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La mesure du périmètre abdominal, plus communément appelé tour de taille, permet d’identifier, indépendamment de l’IMC, la notion d’obésité abdominale, liée au risque de développement de complications métaboliques et/ou vasculaires.

Il existe toutefois deux normes pour classifier l’obésité abdominale : la première norme, édictée par l’International Diabetes Federation, fixe le seuil de l’obésité abdominale à 94 cm pour un homme et 80 cm pour une femme.

Le National Cholesterol Education program Adult Treatment, de son côté, fixe à 102 cm pour les hommes et à 88 cm pour les femmes le seuil de cette même obésité abdominale.

2.   Une pandémie mondiale

À l’échelle mondiale, le nombre de cas d’obésité a presque triplé depuis 1975. En 2016, plus de 1,9 milliard d’adultes – personnes de 18 ans et plus – étaient en surpoids, ce qui représente 39 % de la population. Sur ce total, plus de 650 millions étaient obèses, soit 13 % de la population. Parallèlement, les affections associées au surpoids comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires ne cessent de gagner du terrain.

À l’exception des pays les plus pauvres d’Afrique ou d’Asie, toutes les régions du globe sont concernées par ce phénomène qui touche toutes les tranches d’âge, tous les groupes socio-économiques et les deux sexes. Le surpoids et l'obésité représentent actuellement le cinquième facteur de risque de décès au niveau mondial et fait au minimum 2,8 millions de victimes chaque année.

 

 

Selon ses estimations, l’OMS prévoit 3,3 milliards de personnes en surpoids d'ici 2030.

La plus grande partie de la population mondiale vit dans des pays où le surpoids et l’obésité font davantage de morts que l’insuffisance pondérale.