N° 5127

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ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

QUINZIÈME LÉGISLATURE

 

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 24 février 2022.

RAPPORT D’INFORMATION

DÉPOSÉ

en application de l’article 145 du Règlement

PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES ([1])

sur le tourisme de montagne et les enjeux du changement climatique

ET PRÉSENTÉ PAR

Mme Marie-Noëlle Battistel et Mme Laurence Gayte

Députées

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La mission d’information est composée de : Mme Marie-Noëlle Battistel et Mme Laurence Gayte, co-rapporteures, et de MM. Philippe Huppé, Vincent Rolland et Mme Bénédicte Taurine, membres.


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  SOMMAIRE

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  Pages

SYNTHÈSE

Récapitulatif des propositions

introduction

Première partie : les conséquences du changement climatique en montagne s’inscrivent dans une dynamique de transition globale qui nécessite de faire évoluer l’offre touristique

I. La montagne est la première sentinelle du changement climatique

A. Le constat des études scientifiques : l’ensemble des écosystèmes de la montagne est concerné par le changement climatique

1. Une conséquence de premier plan : les impacts sur la cryosphère

2. Des conséquences qui s’étendent à l’ensemble des écosystèmes de la montagne

B. Il est nécessaire de définir précisément les conséquences du changement climatique pour chaque territoire de montagne

1. Des territoires de montagne différemment exposés aux conséquences du réchauffement climatique

2. Il est nécessaire de définir précisément les impacts du changement climatique pour établir l’avenir du tourisme de montagne

C. La réglementation actuelle prend en compte la spécificité de la montagne et la nécessité de la préserver

1. Les lois Montagne successives caractérisent les spécificités propres à la montagne

2. La montagne, riche d’un milieu naturel à préserver

II. L’évolution du tourisme de montagne est conditionnée par les enjeux liés au changement climatique et à la préservation de l’environnement

A. Une économie touristique intégralement fondée sur le ski peut être remise en cause dans certains territoires

1. Le changement climatique a des conséquences sur l’offre touristique liée aux sports d’hiver et de haute montagne

2. La réduction de l’enneigement interroge sur la pérennité d’un modèle touristique essentiellement fondé sur le ski

B. Le développement de nouvelles pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement

1. Une évolution de la demande : le développement de pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement

2. Une nécessaire adaptation de l’offre touristique en réponse à cette évolution

C. Le changement climatique se conjugue à d’autres facteurs qui font évoluer le tourisme de montagne

1. L’épidémie de la covid19, catalyseur d’un attrait renouvelé pour la montagne, en particulier l’été

2. La valorisation des terroirs et des savoir-faire, une tendance générale

III. Plus généralement, les territoires de montagne et leurs habitants sont tributaires des enjeux liés au tourisme

A. L’économie des territoires de montagne est dépendante du tourisme lié au ski

1. L’activité « ski », moteur de l’économie en territoire de montagne

2. Les conséquences de la crise sanitaire illustrent une telle dépendance au ski

B. Les habitants et leurs territoires doivent constamment s’adapter aux conséquences d’une économie fortement dépendante du tourisme

1. L’emploi en montagne est souvent synonyme de saisonnalité et de pluriactivité

2. Le tourisme façonne très largement l’aménagement du territoire en montagne

C. Aggravés par le changement climatique et la hausse de la fréquentation, Les conflits d’usage sont davantage marqués en montagne, principalement l’été

1. La préservation de la montagne doit être conciliée avec la fréquentation touristique

2. Les conflits d’usage sont accentués par le réchauffement climatique

a. Les conflits d’usage entre agriculture et tourisme

b. Les conflits d’usage autour de la ressource en eau

Seconde partie :  l’évolution du tourisme de montagne vers des activités diversifiées et « quatre saisons » doit se faire de manière raisonnée, adaptée à chaque territoire et en complémentaritÉ de l’offre existante

I. La diversification et la dessaisonalisation de l’offre touristique en montagne, dans le respect des singularités de chaque territoire, sont une réponse aux conséquences du changement climatique

A. Le besoin d’un tourisme moins dépendant des seules activités « neige » et respectueux de l’environnement

1. Le changement climatique plaide en faveur d’un tourisme moins dépendant de la neige et plus diversifié, avec une approche différenciée selon les territoires

2. Le Plan Avenir Montagnes permet d’accompagner une telle dynamique

B. Le renouvellement de l’offre touristique dans les faits : exemples variés de bonnes pratiques

1. Diversification et tourisme « 4 saisons » ne signifient pas la fin du renouvellement de l’offre touristique liée à la neige

2. Les territoires de montagne sont déjà très proactifs pour diversifier et dessaisonaliser leur offre touristique

C. En parallèle, la qualité des services liés au tourisme peut encore être améliorée

1. Le renforcement des outils numériques pour la commercialisation des offres

2. La montée en gamme de l’hébergement touristique

3. La mobilité, enjeu majeur de décarbonation et d’attractivité pour les territoires de montagne

II. L’évolution de l’offre touristique doit se faire de manière raisonnée vis-à-vis des territoires de montagne concernés et de leurs habitants

A. L’installation de nouveaux équipements touristiques ne doit pas être synonyme de prolifération

B. La gestion de la fréquentation touristique est indispensable pour préserver la montagne

1. Des flux plus importants et moins concentrés créent autant de conflits d’usage et d’atteintes à la biodiversité

2. Une nécessaire quantification des phénomènes de surfréquentation

3. Les solutions de gestion de flux à envisager doivent avant tout reposer sur la communication et l’incitation

a. La nécessité d’une communication incitative

b. Le recours à la réglementation et au contrôle des accès

C. L’éducation à la montagne est indispensable au développement d’un tourisme responsable

1. L’éducation à la montagne doit être développée, au plus proche des pratiquants, grâce à une communication sur site

a. Un besoin global de sensibilisation aux problématiques propres à la montagne

b. Le rôle des médiateurs apparaît comme déterminant dans la sensibilisation des publics

2. Le départ des scolaires en séjour à la montagne doit être facilité et les accueils collectifs de mineurs soutenus

III. Pour bâtir le tourisme de montagne de demain, la nécessité d’un soutien et d’un dialogue durables, ainsi que d’une vigilance particulière sur les questions d’emploi

A. Les soutiens aux acteurs doivent être adaptés à chaque territoire et apporter des moyens opérationnels

1. Le premier bilan du Plan Avenir Montagnes est très positif, ce qui plaide en faveur de sa pérennisation

2. D’autres dispositifs de soutien existent pour les acteurs du tourisme de montagne

B. La formation et l’emploi méritent une attention soutenue

1. La diversification du tourisme de montagne plaide en faveur d’une meilleure prise en compte de la pluriactivité et de la saisonnalité en matière d’emploi

2. La formation aux nouvelles compétences et à la pluriactivité peut encore être améliorée

C. Le dialogue autour de la transition des territoires de montagne doit être maintenu

1. Des instances de concertation institutionnalisées, qui permettent la structuration du dialogue

2. Des solutions de concertation plus innovantes sont apparues et permettent de renouveler le dialogue autour de la montagne

EXAMEN EN COMMISSION

LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES

Contributions Écrites

DÉPLACEMENTS

 

SYNTHÈSE

Récapitulatif des propositions

introduction

Première partie : les conséquences du changement climatique en montagne s’inscrivent dans une dynamique de transition globale qui nécessite de faire évoluer l’offre touristique

I. La montagne est la première sentinelle du changement climatique

A. Le constat des études scientifiques : l’ensemble des écosystèmes de la montagne est concerné par le changement climatique

1. Une conséquence de premier plan : les impacts sur la cryosphère

2. Des conséquences qui s’étendent à l’ensemble des écosystèmes de la montagne

B. Il est nécessaire de définir précisément les conséquences du changement climatique pour chaque territoire de montagne

1. Des territoires de montagne différemment exposés aux conséquences du réchauffement climatique

2. Il est nécessaire de définir précisément les impacts du changement climatique pour établir l’avenir du tourisme de montagne

C. La réglementation actuelle prend en compte la spécificité de la montagne et la nécessité de la préserver

1. Les lois Montagne successives caractérisent les spécificités propres à la montagne

2. La montagne, riche d’un milieu naturel à préserver

II. L’évolution du tourisme de montagne est conditionnée par les enjeux liés au changement climatique et à la préservation de l’environnement

A. Une économie touristique intégralement fondée sur le ski peut être remise en cause dans certains territoires

1. Le changement climatique a des conséquences sur l’offre touristique liée aux sports d’hiver et de haute montagne

2. La réduction de l’enneigement interroge sur la pérennité d’un modèle touristique essentiellement fondé sur le ski

B. Le développement de nouvelles pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement

1. Une évolution de la demande : le développement de pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement

2. Une nécessaire adaptation de l’offre touristique en réponse à cette évolution

C. Le changement climatique se conjugue à d’autres facteurs qui font évoluer le tourisme de montagne

1. L’épidémie de la covid19, catalyseur d’un attrait renouvelé pour la montagne, en particulier l’été

2. La valorisation des terroirs et des savoir-faire, une tendance générale

III. Plus généralement, les territoires de montagne et leurs habitants sont tributaires des enjeux liés au tourisme

A. L’économie des territoires de montagne est dépendante du tourisme lié au ski

1. L’activité « ski », moteur de l’économie en territoire de montagne

2. Les conséquences de la crise sanitaire illustrent une telle dépendance au ski

B. Les habitants et leurs territoires doivent constamment s’adapter aux conséquences d’une économie fortement dépendante du tourisme

1. L’emploi en montagne est souvent synonyme de saisonnalité et de pluriactivité

2. Le tourisme façonne très largement l’aménagement du territoire en montagne

C. Aggravés par le changement climatique et la hausse de la fréquentation, Les conflits d’usage sont davantage marqués en montagne, principalement l’été

1. La préservation de la montagne doit être conciliée avec la fréquentation touristique

2. Les conflits d’usage sont accentués par le réchauffement climatique

a. Les conflits d’usage entre agriculture et tourisme

b. Les conflits d’usage autour de la ressource en eau

Seconde partie :  l’évolution du tourisme de montagne vers des activités diversifiées et « quatre saisons » doit se faire de manière raisonnée, adaptée à chaque territoire et en complémentaritÉ de l’offre existante

I. La diversification et la dessaisonalisation de l’offre touristique en montagne, dans le respect des singularités de chaque territoire, sont une réponse aux conséquences du changement climatique

A. Le besoin d’un tourisme moins dépendant des seules activités « neige » et respectueux de l’environnement

1. Le changement climatique plaide en faveur d’un tourisme moins dépendant de la neige et plus diversifié, avec une approche différenciée selon les territoires

2. Le Plan Avenir Montagnes permet d’accompagner une telle dynamique

B. Le renouvellement de l’offre touristique dans les faits : exemples variés de bonnes pratiques

1. Diversification et tourisme « 4 saisons » ne signifient pas la fin du renouvellement de l’offre touristique liée à la neige

2. Les territoires de montagne sont déjà très proactifs pour diversifier et dessaisonaliser leur offre touristique

C. En parallèle, la qualité des services liés au tourisme peut encore être améliorée

1. Le renforcement des outils numériques pour la commercialisation des offres

2. La montée en gamme de l’hébergement touristique

3. La mobilité, enjeu majeur de décarbonation et d’attractivité pour les territoires de montagne

II. L’évolution de l’offre touristique doit se faire de manière raisonnée vis-à-vis des territoires de montagne concernés et de leurs habitants

A. L’installation de nouveaux équipements touristiques ne doit pas être synonyme de prolifération

B. La gestion de la fréquentation touristique est indispensable pour préserver la montagne

1. Des flux plus importants et moins concentrés créent autant de conflits d’usage et d’atteintes à la biodiversité

2. Une nécessaire quantification des phénomènes de surfréquentation

3. Les solutions de gestion de flux à envisager doivent avant tout reposer sur la communication et l’incitation

a. La nécessité d’une communication incitative

b. Le recours à la réglementation et au contrôle des accès

C. L’éducation à la montagne est indispensable au développement d’un tourisme responsable

1. L’éducation à la montagne doit être développée, au plus proche des pratiquants, grâce à une communication sur site

a. Un besoin global de sensibilisation aux problématiques propres à la montagne

b. Le rôle des médiateurs apparaît comme déterminant dans la sensibilisation des publics

2. Le départ des scolaires en séjour à la montagne doit être facilité et les accueils collectifs de mineurs soutenus

III. Pour bâtir le tourisme de montagne de demain, la nécessité d’un soutien et d’un dialogue durables, ainsi que d’une vigilance particulière sur les questions d’emploi

A. Les soutiens aux acteurs doivent être adaptés à chaque territoire et apporter des moyens opérationnels

1. Le premier bilan du Plan Avenir Montagnes est très positif, ce qui plaide en faveur de sa pérennisation

2. D’autres dispositifs de soutien existent pour les acteurs du tourisme de montagne

B. La formation et l’emploi méritent une attention soutenue

1. La diversification du tourisme de montagne plaide en faveur d’une meilleure prise en compte de la pluriactivité et de la saisonnalité en matière d’emploi

2. La formation aux nouvelles compétences et à la pluriactivité peut encore être améliorée

C. Le dialogue autour de la transition des territoires de montagne doit être maintenu

1. Des instances de concertation institutionnalisées, qui permettent la structuration du dialogue

2. Des solutions de concertation plus innovantes sont apparues et permettent de renouveler le dialogue autour de la montagne

EXAMEN EN COMMISSION

LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES

Contributions Écrites

DÉPLACEMENTS

 


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   SYNTHÈSE

Les conséquences du changement climatique sur le tourisme de montagne sont déjà visibles et sont amenées à s’accroître dans le futur. Le changement climatique accélère le recul des glaciers, la fonte du manteau neigeux ou encore le réchauffement du pergélisol. D’après le consortium ClimSnow, « La réduction de l’enneigement atteint environ un mois à basse et moyenne altitude (inférieure à 2 000 m environ) depuis les années 1970, superposée à une forte variabilité de l’enneigement d’une année à l’autre ». Le changement climatique a également des conséquences sur l’ensemble des écosystèmes de la montagne. Ces phénomènes se traduisent selon des modalités différentes dans chaque territoire, en particulier compte tenu de leurs caractéristiques topographiques. Le réchauffement climatique impacte aussi les infrastructures et les activités humaines. Les routes de montagne font l’objet d’éboulements fréquents, par exemple. Les activités telles que l’élevage doivent aussi s’adapter, en modifiant les dates de montée et de descente en alpage ou les parcours de transhumance.

Il existe déjà un tourisme de montagne en dehors des activités de neige, notamment l’été. Mais la grande dépendance de l’économie de montagne à l’activité « ski », qui représente aujourd’hui 82 % du chiffre d’affaires de la montagne, est interrogée par de tels phénomènes. Cette question est d’autant plus importante qu’il est aujourd’hui difficile de trouver une alternative au ski présentant une rentabilité similaire. Mais cette nécessaire évolution de l’offre touristique – qui doit être adaptée à la situation de chaque territoire – s’accompagne d’une évolution des attentes de la clientèle, plus soucieuse de l’environnement : slow tourisme, écotourisme, tourismes de savoir‑faire ou de terroir sont des pratiques de plus en plus valorisées. L’épidémie de la covid‑19 a également entraîné un regain d’attrait pour les territoires de montagne, riche de leurs grands espaces, de leur tranquillité et de leur fraîcheur en été. La montagne regorge donc d’atouts pour répondre à ces nouvelles attentes.

Les territoires de montagne, plus généralement, sont fortement liés à l’activité touristique. Le tourisme de montagne représente un moteur économique incontestable, avec 20 milliards d’euros (Md€) de retombées économiques et 19 % de la clientèle touristique française accueillie en montagne. Plus de 120 000 emplois dépendent de l’ouverture du domaine skiable ([2]). Plus généralement, l’emploi en montagne se caractérise par la pluriactivité et la saisonnalité, ce qui nécessite une grande polyvalence et une adaptation constante des compétences. L’aménagement en montagne est aussi façonné par le tourisme : l’immobilier de loisir, dont la réhabilitation est un sujet d’importance, y est très présent. Le logement des saisonniers est une autre problématique particulièrement présente dans ces territoires. Enfin, les conflits d’usage sont un enjeu majeur en montagne. L’augmentation de la fréquentation touristique et le changement climatique peuvent tendre à les accroître. La conciliation entre tourisme et agriculture, d’une part, et autour de la ressource en eau, d’autre part, sont deux enjeux particulièrement sensibles.

Face à de tels constats, la question d’une évolution du tourisme de montagne se pose. La diversification et la dessaisonalisation de l’offre semblent être des solutions opportunes, à adapter au cas par cas, selon les caractéristiques propres à chaque territoire. Il s’agit de rendre le tourisme plus durable, moins dépendant économiquement de la neige et praticable à différentes périodes de l’année. Cela peut aussi permettre d’attirer de nouveaux publics, même si le ski demeure un produit d’appel essentiel. Le Plan Avenir Montagnes, annoncé par le Gouvernement en mai 2021, permet d’« accompagner les territoires de montagne vers une offre touristique résiliente et durable, adaptées aux spécificités de chaque massif », selon le dossier de presse de ce plan. Il a notamment créé un Fonds Avenir Montagnes, avec un volet ingénierie de 31 millions d’euros (M€) et un volet investissement de 300 M€, ce dernier étant financé à parité entre l’État et les régions. Les différents territoires de montagne sont déjà très proactifs dans l’adaptation de leur offre touristique face au changement climatique. La diversification et la dessaisonalisation doivent s’accompagner d’une offre de services adéquate, en particulier s’agissant de l’hébergement et des transports.

L’évolution de l’offre touristique doit également se faire de manière raisonnée, afin de conduire à un développement touristique qui soit en harmonie avec les territoires concernés et leurs habitants. Les nouveaux aménagements doivent être pensés à une échelle suffisamment large et sur le long terme. La gestion de la fréquentation est un enjeu majeur, la surfréquentation pouvant avoir des conséquences négatives sur l’environnement et sur les habitants voire sur l’expérience touristique elle-même. Les rapporteures insistent sur la nécessité de mettre en place des outils de quantification et de gestion des flux. Cette gestion doit surtout être incitative, notamment en communiquant sur des zones géographiques suffisamment larges et non sur les sites les plus emblématiques. Enfin, l’éducation à la montagne est fondamentale pour limiter les risques de conflits d’usage. Les incidents relevés résultent bien souvent d’un manque de connaissance des bons comportements à adopter en montagne. Les médiateurs constituent une solution très intéressante, car ils permettent de sensibiliser les publics au cœur des territoires, sans contraindre. Mais l’éducation à la montagne se fait aussi dès le plus jeune âge. Il est nécessaire de soutenir le tourisme social, afin de permettre l’accès de tous les enfants à la montagne. Les classes de découverte tiennent particulièrement à cœur à vos rapporteures. Les accueils collectifs de mineurs doivent être soutenus et les séjours éducatifs à la montagne relancés, alors que les complexités administratives sont parfois source de blocage.

Les rapporteures saluent un premier bilan positif du Plan Avenir Montagnes. Elles souhaitent, comme de nombreux autres acteurs, qu’il puisse être pérennisé et son volet ingénierie, particulièrement opérationnel, renforcé. Elles soulignent en tout état de cause la nécessité de maintenir une approche au cas par cas, s’agissant des politiques touristiques de montagne. Une attention renforcée doit être portée sur le sujet de l’emploi et des compétences : elles souhaitent notamment renforcer la réflexion autour du statut des pluriactifs. Enfin, les rapporteures rappellent la nécessité d’un dialogue continu sur les enjeux touristiques en montagne. Tous les leviers de concertation, institutionnels ou plus novateurs, doivent être mobilisés.

 

 

 

 


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   Récapitulatif des propositions

Proposition n° 1 : inciter les stations de sport d’hiver à réaliser un diagnostic d’enneigement, de type ClimSnow, en particulier lorsque de nouveaux investissements liés à la neige sont envisagés. Un soutien financier devra être apporté, le cas échéant, par les pouvoirs publics

Proposition n° 2 : mettre en place, dans chaque massif de montagne, un observatoire de l’emploi (nature, statut, données relatives à la pluriactivité et à la saisonnalité, etc.)

Proposition n° 3 : améliorer l’information et la concertation autour du sujet de la ressource en eau en montagne :

– constituer une base de données nationale à ce sujet ;

– au niveau local, encourager à l’établissement de schémas de conciliation des usages de l’eau par les commissions locales de l’eau, afin de traiter de manière plus apaisée les besoins liés, notamment, à la neige de culture et aux activités agricoles

Proposition n° 4 : dès qu’il sera disponible, promouvoir l’utilisation de l’outil Prosnow auprès des professionnels de la neige de culture

Proposition n° 5 : inciter les stations de sports d’hiver à obtenir des labels attestant de leur engagement en faveur du développement durable, à l’instar du « Flocon Vert » créé par Mountain Riders, et renforcer leur visibilité

Proposition n° 6 : créer une plate-forme recensant les initiatives réussies en matière de diversification et de dessaisonalisation du tourisme de montagne, avec un moteur de recherche suffisamment précis permettant de refléter la diversité des situations

Proposition n° 7 : renforcer le volet « bien-être » du thermalisme en France, singulièrement pour les stations thermales situées en zone de montagne

Proposition n° 8 : soutenir, dans le cadre de l’éligibilité aux appels à projets déjà existants en matière de relance de l’offre touristique, la mise aux normes du parc hôtelier familial en montagne, celui-ci étant source de « lits chauds »

Proposition n° 9 : intensifier l’effort de montée en gamme de l’offre de trains de nuit, par des financements accrus

Proposition n° 10 : lors de l’étude d’un projet d’aménagement touristique, favoriser l’installation d’équipements adaptables, réversibles et évolutifs

Proposition n° 11 : développer, à l’échelle de chaque massif, des outils de quantification de la fréquentation afin de proposer un système de gestion intégré des flux

Proposition n° 12 : développer des itinéraires dédiés pour les nouvelles pratiques sportives en montagne, afin d’accompagner par l’offre le mouvement de réorientation des flux

Proposition n° 13 : poursuivre les efforts de réflexion et de communication pour une cohabitation respectueuse entre promeneurs et chiens de troupeau. Dans la mesure du réalisable, une cartographie de la localisation de ces derniers est une initiative à soutenir

Proposition n° 14 : lors de la saison d’été, systématiser l’embauche de médiateurs sur les territoires de montagne particulièrement fréquentés. Les jeunes en service civique peuvent constituer un vivier de recrutement intéressant pour ces postes

Proposition n° 15 : relancer le soutien à l’offre d’accueils collectifs de mineurs, en apportant à ces structures un soutien financier adapté à leur chiffre d’affaires. De plus, les mesures de soutien prévues aux classes de découverte dans le Plan Avenir Montagnes doivent être pleinement mises en œuvre

Proposition n° 16 : faciliter les départs en voyage scolaire dans les inspections d’académie et travailler au raccourcissement des délais d’instruction ainsi qu’à la simplification des procédures

Proposition n° 17 : développer le soutien des autorités organisatrices de transport aux sorties et séjours scolaires à la montagne

Proposition n° 18 : prolonger les volets ingénierie et investissement du Plan Avenir Montagnes au-delà de 2022. Le volet ingénierie du plan, particulièrement précieux et salué, pourrait opportunément être renforcé à cette occasion

Proposition n° 19 : dans le cadre d’une prolongation du Plan Avenir Montagnes, ajouter un volet spécifique relatif à l’emploi et à la formation

Proposition n° 20 : créer une mission d’information parlementaire sur la revalorisation du statut du pluriactif, qui établirait des préconisations ciblées en la matière

Proposition n° 21 : améliorer l’offre de logement pour les saisonniers en montagne, en proposant davantage de structures de type résidence sociale directement en station

Proposition n° 22 : faciliter la pluriactivité en développant des passerelles entre les différentes formations préparant aux métiers liés au tourisme de montagne

Proposition n° 23 : poursuivre l’accélération des efforts pour améliorer la qualité du dialogue entre les différents acteurs de la montagne, tant au travers des instances formelles, que par la tenue d’évènements plus novateurs et ancrés dans une dynamique territoriale

 

 


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   introduction

Composante caractéristique de la géographique française, les territoires de montagne couvrent 25 % du territoire national ([3]). La France compte 9 massifs montagneux : 6 en France métropolitaine (Alpes, Corse, Massif Central, Massif jurassien, Pyrénées, Massif vosgien) et 3 dans les départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe et La Réunion). La montagne constitue un milieu naturel encore très préservé, avec une biodiversité particulièrement riche. Mais elle est aussi un lieu de vie à part entière, 5 600 communes étant situées en zone de montagne.

Le tourisme de montagne est une composante fondamentale de l’économie touristique française. Le ski est l’un des moteurs de ce tourisme de montagne : forte de 350 stations de ski, la France se hisse dans le trio de tête mondial en matière de fréquentation des domaines skiables. 120 000 emplois dépendent de l’ouverture des domaines skiables. 19 % de la clientèle touristique française est accueillie en montagne. Enfin, les retombées économiques du tourisme de montagne sont estimées à 20 milliards d’euros ([4]). Cependant, celui‑ci ne se résume pas au ski alpin et les massifs regorgent d’opportunités touristiques, liées à la neige ou non. La montagne a par ailleurs connu une attractivité renouvelée à la suite des premiers confinements liés à l’épidémie de la covid‑19 grâce à ses grands espaces et au sentiment de quiétude qu’elle procure.

En conséquence, l’activité touristique façonne les territoires de montagne à maints égards, ne serait‑ce qu’en termes d’emploi et d’aménagement. Les habitants se sont donc adaptés à ces interactions entre le tourisme et leur quotidien.

En parallèle, les conséquences du changement climatique sont particulièrement visibles en montagne. Perturbation de la cryosphère, hausse de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes, atteintes à la biodiversité… sont autant d’exemples éloquents de telles conséquences. Cela a également des effets très directs sur le tourisme. En particulier, le rôle central du ski dans l’économie de certains de ces territoires est interrogé. Par ailleurs, les problématiques bien identifiées de conflits d’usage et de gestion de la fréquentation s’en trouvent d’autant plus marquées.

De manière plus conjoncturelle enfin, les territoires de montagne ont sévèrement subi les conséquences de l’épidémie de la covid‑19, les remontées mécaniques ayant fermé sur de longues périodes, ralentissant ainsi tout un système économique.

Le Plan Avenir Montagnes, présenté par le Gouvernement en mai 2021, a vocation à répondre à de tels enjeux, tant conjoncturels que structurels. Vos rapporteures tiennent à saluer l’adoption de ce plan de soutien spécifique aux acteurs de la montagne. Elles interrogent, quant à elles, ces différents enjeux dans le présent rapport : comment recomposer l’offre et la demande touristiques en montagne face au changement climatique ? Quelles sont les autres dynamiques à l’œuvre ? Comment construire de nouvelles stratégies touristiques afin de garantir leur succès, dans le respect de l’environnement ?

Afin de nourrir la réflexion autour de ces sujets, vos rapporteures ont entendu près d’une cinquantaine d’acteurs lors des auditions. Elles ont, de plus, effectué deux déplacements dans leurs circonscriptions respectives, dans les Pyrénées-Orientales et en Isère.

Elles souhaitent rappeler dès à présent un aspect fondamental s’agissant des territoires de montagne et du tourisme associé : chercher à imposer un modèle unique de tourisme, quel qu’il soit, serait une entreprise vouée à l’échec. Chaque commune de montagne est différente et possède des caractéristiques propres. Cela nécessite de construire des stratégies adaptées à chaque territoire.

Le présent rapport est structuré en deux parties. La première partie établit un constat des conséquences du changement climatique en montagne et, plus largement, des dynamiques à l’œuvre en matière d’économie touristique. La seconde partie, plus prospective, cherche à identifier quelles sont les solutions à apporter pout construire le tourisme de montagne de demain.

 

 


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   Première partie :
les conséquences du changement climatique en montagne s’inscrivent dans une dynamique de transition globale qui nécessite de faire évoluer l’offre touristique

I.   La montagne est la première sentinelle du changement climatique

A.   Le constat des études scientifiques : l’ensemble des écosystèmes de la montagne est concerné par le changement climatique

Les conséquences du réchauffement climatique en montagne ne sont plus à démontrer : chacun a en tête, par exemple, les images du recul de la Mer de Glace dans le massif du Mont‑Blanc. Mais le changement climatique ne touche pas que la cryosphère ([5]) et vient bouleverser l’ensemble des écosystèmes de la montagne.

1.   Une conséquence de premier plan : les impacts sur la cryosphère

Le changement climatique a des conséquences majeures sur l’enneigement en montagne. D’après le consortium ClimSnow (voir infra), « La réduction de l’enneigement atteint environ un mois à basse et moyenne altitude (inférieure à 2 000 m environ) depuis les années 1970, superposée à une forte variabilité de l’enneigement d’une année à l’autre ». L’enneigement est donc à la fois moins important et plus variable. ClimSnow précise également que les saisons de faible enneigement vont être plus fréquentes « au regard des critères de skiabilité ».

La durée d’enneigement sur une année sera amenée à se réduire, de manière plus ou moins importante selon les hypothèses de réchauffement. Ainsi, ClimSnow précise : « Dans un scénario d’atteinte de la neutralité carbone au cours de la deuxième moitié du 21ème siècle, le réchauffement en montagne se poursuivra au cours des prochaines décennies de l’ordre de 0,3° C par décennie, atteignant près d’1° C de plus d’ici 2050. La durée d’enneigement se réduira d’environ 1 mois par degré de réchauffement planétaire. Pour la deuxième moitié du 21ème siècle, l’augmentation de température et ses conséquences dépendra fortement des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, pouvant atteindre jusqu’à 5° C dans les cas de maintien de fortes émissions. Dans ce cas, l’enneigement en moyenne montagne serait réduit à une présence éphémère, et à plus haute altitude l’enneigement serait amoindri, sans empêcher des précipitations pluvieuses ou neigeuses occasionnelles et particulièrement intenses ». Le GIEC ([6]) souligne par ailleurs, s’agissant des plus basses altitudes : « En haute montagne, l’épaisseur moyenne de neige en hiver à basse altitude diminuera probablement de 10 à 40 % en 20312050 par rapport à 19862005, quel que soit le scénario d’émissions (degré de confiance élevé) ».

Au-delà du seul manteau neigeux, c’est bien l’ensemble de la cryosphère qui subit les conséquences du changement climatique. Le recul des glaciers et la hausse de la température du pergélisol ([7]) a des conséquences sur l’ensemble de l’environnement en montagne. À titre d’exemple, il peut être relevé ces conclusions du GIEC : « Dans de nombreuses zones de haute montagne, il est projeté que le recul des glaciers et le dégel du pergélisol continueront à réduire la stabilité des versants, tandis que le nombre et la superficie des lacs glaciaires continueront à augmenter (degré de confiance élevé). Il est projeté que les crues dues aux vidanges brutales de lacs glaciaires ou aux événements de pluie sur la neige, les glissements de terrain et les avalanches surviendront aussi dans de nouveaux secteurs ou à différentes périodes de l’année (degré de confiance élevé) ». Le graphique ci‑dessous atteste de manière éloquente de la diminution de masse des glaciers.

Source : Impacts du changement climatique et transition(s) dans les Alpes du Sud, Les cahiers du GREC-SUD édités par l’Association pour l’innovation et la recherche au service du climat (AIR), octobre 2018

2.   Des conséquences qui s’étendent à l’ensemble des écosystèmes de la montagne

Les conséquences du changement climatique ne se réduisent pas aux atteintes à la cryosphère. La montagne se caractérise par la richesse de ses espaces naturels, qui subissent sévèrement, dans leur ensemble, les conséquences du réchauffement climatique, comme cela est rappelé par ClimSnow : « Les territoires de montagne rendent particulièrement visibles les conséquences du changement climatique, qui vient amplifier des dynamiques déjà engagées depuis plusieurs décennies (augmentation de la température notamment en été, recul des glaciers, raréfaction de l’enneigement à basse et moyenne altitude, intensification des événements de précipitations extrêmes, dégel du pergélisol) et leurs conséquences pour les risques naturels (modification du caractère des avalanches, effondrements de parois d’altitude, risques d’origine glaciaire et périglaciaires), les ressources en eau, la biodiversité et les activités humaines en montagne (agriculture, tourisme, industrie) y compris dans leur dimension de cadre de vie et spirituelle ». C’est donc non seulement l’environnement, mais les activités humaines associées, qui sont impactés. Le GIEC souligne également ce point, projetant que les techniques actuelles de réduction des risques seront amenées à perdre en efficacité au fil du temps. Cela rend nécessaire, en conséquence, la mise en place « d’ambitieuses stratégies de réduction des risques et d’adaptation ».

Les enjeux autour de la disponibilité de la ressource en eau s’avèrent d’autant plus prégnants. L’eau est en effet utilisée à de multiples fins en montagne : production hydroélectrique, agriculture, production de neige artificielle, besoins en eau potable, etc. La Fédération des parcs naturels régionaux (PNR) relève également cette question des tensions sur la ressource en eau : « Les PNR de montagne sont principalement subalpins et de moyenne montagne. Ils sont exposés à de forts aléas naturels concomitants (augmentation moyenne des températures de +  C soit le double des autres territoires, sécheresses printanières et automnales quasi en sus des sécheresses estivales, des précipitations imprévisibles et de plus en plus souvent brutales, un cycle de l’eau perturbé engendrant une baisse moyenne de 30 % de l’enneigement et des étiages massifs sur les eaux de surface (baisse du niveau des lacs et des rivières) créant ainsi des stress hydriques majeurs ».

La biodiversité est également touchée au premier plan. Le risque d’extinction des espèces adaptées au froid est accru. De plus, les espèces se développant dans des climats habituellement moins rudes commencent à apparaître en montagne, selon le GIEC : « Au cours du siècle dernier, à la faveur du recul des glaciers et de l’allongement de la saison libre de neige, l’abondance de certaines espèces animales et végétales a augmenté, leur aire de répartition s’est déplacée et elles ont colonisé de nouveaux secteurs (degré de confiance élevé). Conjugués au réchauffement, ces changements ont accru localement le nombre d’espèces en haute montagne, les espèces des altitudes plus basses migrant vers les hauteurs (degré de confiance très élevé) ». La Fédération des PNR relève aussi des conséquences sur la ressource forestière, avec un « assèchement des arbres et des sols » et une « augmentation des ravageurs » et des champignons.

Les activités économiques liées à la montagne en pâtissent aussi. Pour l’agriculture, le réchauffement climatique modifie les dates de montée et de descente en alpage et nécessite d’adapter les parcours de transhumance. De plus, la réduction de l’enneigement conduit à un gel plus fréquent des alpages, qui ne disposent plus d’une couche de neige suffisamment protectrice. Le Réseau pastoral Auvergne‑Rhône‑Alpes pointe par ailleurs un risque de diminution de la ressource en herbe et de sécheresses accrues. Les rendements des fourrages sont également moins bons.

Enfin, les infrastructures en montagne sont affectées par les conséquences du changement climatique. Le réseau routier doit faire l’objet d’une attention croissante et subit des difficultés de fonctionnement en raison d’événements naturels accrus. Le cabinet du ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, chargé des transports, fait le constat suivant à ce propos : « Les routes de montagne du réseau routier national sont parmi les plus anciennes et par essence les plus complexes en termes d’entretien et d’exploitation. Parmi les sources de complexité, outre le déneigement, on peut citer les problématiques de mouvements de terrains, de chutes de blocs, d’érosion ou de coulées de boues, qui sont d’autant plus complexes à traiter qu’elles sont imprévisibles. Le déneigement quant à lui nécessite des moyens humains et matériels pour pallier les aléas climatiques de plus en plus prononcés ». Un exemple concret de ces problématiques est la fermeture durant plusieurs mois, au premier semestre 2020, de la route nationale 116, dans le département des Pyrénées-Orientales, en raison des conséquences de la tempête Gloria.

B.    Il est nécessaire de définir précisément les conséquences du changement climatique pour chaque territoire de montagne

1.   Des territoires de montagne différemment exposés aux conséquences du réchauffement climatique

Globalement, ClimSnow estime que les conditions d’exploitation difficiles pour les stations de sport d’hiver se rencontreront de plus en plus fréquemment : « De manière générale, les projections climatiques indiquent que la fréquence de retour des conditions difficiles rencontrées actuellement une année sur cinq (référence arbitraire mais pertinente) se reproduiront à la fréquence d’une année sur deux à l’échéance de la moitié du 21ème siècle ».

Les conséquences du réchauffement climatique varient cependant selon les caractéristiques géographiques et topographiques propres à chaque site. Naturellement, l’altitude est un paramètre important, bien que tous les territoires de montagne soient concernés par les changements liés au réchauffement climatique. ClimSnow fait observer à juste titre que : « Même les stations dites de “haute altitude” ont, par construction, une partie basse, et rares sont les stations pour lesquelles l’évolution climatique n’est pas un enjeu dès à présent ».

D’autres facteurs, tels que la pente ou l’exposition, sont également à prendre en considération. La Fédération des PNR relève que « le niveau de pente influe sur le risque de chutes de pierres, de coulées de boues, sur l’érosion… », tandis que l’exposition « influe sur le climat local (enneigement, précipitations, vents…) ». Par ailleurs, un versant exposé nord conservera mieux la neige. Toujours selon la Fédération des PNR, les caractéristiques géologiques jouent également un rôle, car le sol est composé de matières plus ou moins drainantes pour les eaux de pluie. Sa dureté est également tributaire de telles caractéristiques. Tous ces paramètres expliquent donc la diversité de situations auxquelles se trouvent confrontées les stations de montagne.

La capacité à produire de la neige artificielle pour pallier ou compléter le déficit de neige naturelle tend également à être contrainte avec la hausse des températures et la rareté de la ressource en eau, dans certains territoires. La production de neige de culture nécessite en effet des conditions de froid et d’humidité particulières : selon la commission locale de l’eau du Drac et de la Romanche, « la production démarre à - 2 ou -  C avec possibilité théorique de produire à 0° C ou à 1° C si le taux d’humidité est très faible ». Les techniques de production et de gestion de la neige ont aussi un rôle important à jouer sur la préservation du manteau neigeux, mais ClimSnow insiste sur la difficulté de dresser des constats généraux à ce sujet : « Les techniques de gestion de neige (damage, production de neige) permettent de réduire l’ampleur des impacts de la raréfaction de l’enneigement naturel, mais leur efficacité dépend du contexte géographique, territorial et culturel, et du niveau de réchauffement atteint. Il est très difficile de tenir des discours généralisants tant est grande la diversité de situations rencontrées par les stations françaises en la matière ».

2.   Il est nécessaire de définir précisément les impacts du changement climatique pour établir l’avenir du tourisme de montagne

Face à l’urgence d’agir pour contenir les effets du changement climatique, une analyse au cas par cas de tels effets sur chaque station de montagne est nécessaire. Ce diagnostic est en effet déterminant pour définir ensuite quel modèle économique développer, en particulier s’agissant du tourisme. Par exemple, l’opportunité d’investir dans de nouvelles infrastructures liées au ski ou aux sports d’hiver pourra s’apprécier au regard de critères objectifs : l’amortissement de l’équipement sera-t-il possible au regard des conditions d’enneigement prévisibles à moyen et long termes ?

C’est précisément l’objet de l’outil ClimSnow ([8]), né d’un partenariat entre Météo France, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAe) et le bureau d’études Dianeige. Alliant leurs compétences en matière de recherche scientifique appliquée et d’« expertises de l’ingénierie touristique spécialisée sur les stations de montagne », selon le site internet de l’outil, ClimSnow propose aux stations de sport d’hiver un « diagnostic de la fiabilité de l’enneigement des domaines skiables prenant en compte les pratiques de gestion de la neige en station de sports d’hiver ».

Le but est donc de proposer aux stations un diagnostic objectif de leur enneigement sur le long terme, afin que les décisions adéquates d’investissement mais aussi de gouvernance puissent être prises en conséquence. ClimSnow affiche 4 objectifs principaux :

« – évaluer les évolutions des températures et de l’enneigement (fiabilité, variabilité) dans les stations de ski tout au long du 21ème siècle ;

«  quantifier l’impact des techniques de gestion de la neige (damage, production de neige de culture) ;

«  analyser la capacité des stations à maintenir leur exploitation selon quels efforts, selon quelles modalités et à quelle échéance ;

«  participer aux orientations à retenir quant aux stratégies touristiques et aux compositions des prochains programmes d’investissements structurants pour les stations et territoires de montagne » ([9]).

Les premiers diagnostics ont été réalisés en réponse à une commande du conseil départemental de l’Isère et d’Isère Attractivité, en 2017‑2018. Aujourd’hui, 101 études ont été réalisées par ClimSnow et 9 sont en cours, d’après le site internet du consortium.

Cartographie des diagnostics en cours et déjà réalisés par ClimSnow

Source : ClimSnow

Concrètement, le livrable proposé à une station de ski prend la forme d’indicateurs, de graphiques et de cartes modélisant les données relatives au climat et à l’enneigement, passées et à venir, accompagnées de « leur interprétation et des préconisations associées ».

Exemple de résultat obtenu avec ClimSnow :
Nombre de jours où l’épaisseur de neige dépasse un certain seuil

Source : ClimSnow

Il est important d’avoir un tel diagnostic objectif. Il vient en complément d’autres outils afin de définir une stratégie économique territoriale. ClimSnow souligne : « La réalisation d’une étude ClimSnow favorise la concertation, l’animation des acteurs sur le territoire, et contribue à l’élaboration de la stratégie touristique et territoriale, qui s’articule à des enjeux d’ingénierie touristique et financière ».

Vos rapporteures saluent la qualité de l’outil ClimSnow, qui permet d’objectiver le travail autour du tourisme de montagne de demain. Elles souhaitent que chaque station puisse établir un diagnostic sur la base d’un tel outil, afin de disposer de données fiables sur ses perspectives d’enneigement. Du reste, cette volonté rejoint celle d’autres acteurs de la montagne et notamment celle de l’Association nationale des élus de la montagne (ANEM) : « Il importe donc que chaque station réalise un diagnostic très précis de sa situation et de ses perspectives d’enneigement et qu’elle définisse sa stratégie sur cette base, avec l’appui des départements, des régions et de l’État ». Le Plan Avenir Montagnes mis en place par le Gouvernement, qui sera détaillé infra, permet d’ailleurs le cofinancement de la réalisation d’études de ce type, au travers de son volet ingénierie, d’après le dossier de presse du plan.

Proposition n° 1 : Inciter les stations de sport d’hiver à réaliser un diagnostic d’enneigement, de type ClimSnow, en particulier lorsque de nouveaux investissements liés à la neige sont envisagés. Un soutien financier devra être apporté, le cas échéant, par les pouvoirs publics.

Certains massifs de montagne étaient déjà précurseurs dans l’établissement de diagnostics climatiques. Le comité de massif du Massif Central précise ainsi que « Le Massif Central dispose déjà, grâce au projet AP3C (Adaptations des pratiques culturales au changement climatique) porté par les acteurs agricoles, d’un ensemble de projections climatiques jusqu’à l’horizon 2050. Ces données reprises au travers de 150 cartes sur le Massif Central permettent aux acteurs (économiques, collectivités…) d’appréhender de manière détaillée les évolutions climatiques attendues sur leur territoire ». Il faut également noter l’existence de nombreuses ressources disponibles pour faciliter l’adaptation des territoires au changement climatique, tels que le Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique ([10]), ou le projet « Life Natur’Adapt » ([11]) porté par Réserves naturelles de France, qui accompagne les espaces naturels protégés dans leurs démarches de transition.

Par ailleurs, des infrastructures et acteurs de la montagne agissent comme de véritables « laboratoires à ciel ouvert » pour participer au suivi de l’évolution du climat :

– le programme RefLab/Refuges Sentinelles fait des refuges de montagne des lieux de mesure et d’observation du changement en haute montagne ([12]) ;

– le dispositif « Alpages Sentinelles », qui étudie plus spécifiquement les enjeux liés au changement climatique en alpage ([13]).

C.   La réglementation actuelle prend en compte la spécificité de la montagne et la nécessité de la préserver

1.   Les lois Montagne successives caractérisent les spécificités propres à la montagne

La montagne dispose d’une place spécifique en droit français, qui permet notamment d’appréhender les enjeux relatifs à la préservation du milieu naturel, à l’enneigement et aux conséquences du changement climatique. Au niveau législatif, il existe deux textes spécifiques aux territoires de montagne :

– la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne, dite « loi Montagne », a consacré cette spécificité. Elle reconnaissait déjà, dans la version initiale de son article 1er, que « la montagne constitue une entité géographique, économique et sociale dont le relief, le climat, le patrimoine naturel et culturel nécessitent la définition et la mise en œuvre d’une politique spécifique de développement, d’aménagement et de protection ». Ce même article 1er, largement remanié depuis lors, disposait que le développement des capacités d’accueil et de loisirs nécessaires à la promotion du tourisme, du thermalisme et du climatisme faisaient pleinement partie de la politique de développement local de la montagne. Cette loi a institué, plus généralement, un cadre législatif applicable à la gestion des territoires de montagne. Elle se caractérise par la recherche d’un équilibre entre développement et protection de la montagne ;

– la loi n° 2016-1888 du 28 décembre 2016 de modernisation, de développement et de protection des territoires de montagne, dite « loi Montagne II » s’inscrit dans la droite ligne de la première loi Montagne, en la modernisant et en la complétant sur de nombreux aspects. Elle a notamment permis d’introduire des références au enjeux du changement climatique pour le tourisme de montagne. Elle modifie ainsi l’article 1er de la loi Montagne de 1985, en précisant que l’action de l’État en matière de montagne a, entre autres finalités, celle de « prendre en compte et d’anticiper les effets du changement climatique en soutenant l’adaptation de l’ensemble des activités économiques à ses conséquences, notamment dans les domaines agricole, forestier et touristique » et « de développer un tourisme hivernal et estival orienté sur la mise en valeur des richesses patrimoniales des territoires de montagne ».

Ces dispositions législatives ont, par ailleurs, instauré deux instances de concertation spécifiques à la montagne :

– le Conseil national de la montagne (CNM), créé par l’article 6 de la loi Montagne de 1985. C’est une instance « pour le développement, l’aménagement et la protection de la montagne ». Présidé par le Premier ministre ou, en son absence, par le ministre chargé de l’aménagement du territoire, le CNM se compose notamment de parlementaires, de représentants des régions et des départements des différents massifs montagneux français, des établissements publics consulaires, des organisations nationales représentant le milieu montagnard et des comités de massif ;

– les comités de massifs, sorte de déclinaison du CNM au niveau de chaque massif montagneux. Ils sont coprésidés par le préfet coordonnateur de massif et un élu. Le comité de massif est force de proposition : il « définit les objectifs et précise les actions qu’il juge souhaitables pour le développement, l’aménagement et la protection du massif » (art. 11 de la loi Montagne II). À noter que la Corse dispose de règles spécifiques pour la gestion de son massif, régies par la collectivité territoriale de Corse.

La spécificité de la montagne est également prise en compte de manière plus transversale dans les différentes dispositions législatives et réglementaires. Par exemple, l’un des grands principes qui prévaut en matière d’aménagement en zone de montagne est le principe d’« urbanisation en continuité », que l’on retrouve également en matière d’aménagement du littoral. Comme rappelé par la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), cela « impose de construire dans les zones déjà construites ou en continuité de ces zones », même si certaines possibilités de construire en discontinuité de l’urbanisation sont prévues.

2.   La montagne, riche d’un milieu naturel à préserver

La montagne, en raison de ses caractéristiques topographiques, est davantage préservée des aménagements liés aux activités humaines que d’autres aires du territoire. Elle est couverte par de nombreuses zones naturelles et forestières protégées. En particulier, l’article L. 333‑2 du code de l’environnement dispose que « les parcs naturels régionaux situés dans les massifs de montagne constituent un instrument exemplaire au service de la protection de l’équilibre biologique et de la préservation des sites et paysages visés à l’article 1er de la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative à la montagne ».

Sur les 58 parcs naturels régionaux que compte la France, 30 – soit plus de la moitié d’entre eux – sont « concernés au moins partiellement par la politique de montagne », y compris en outre-mer, selon la Fédération des PNR. Quant aux réserves naturelles, Réserves naturelles de France (RNF) précise qu’on « comptabilise près d’une cinquantaine de réserves naturelles de montagne sur les 355 constituant le réseau, pour une superficie de plus de 107 000 hectares (soit 35 % de la superficie en réserve naturelle métropolitaine) ». La DGALN note, s’agissant des aires protégées en général, qu’elles couvrent 43 % de la surface des massifs de montagne et concernent plus de 2 000 communes ([14]), selon la ventilation suivante :

« – 5 parcs nationaux, soit 7,6 % de la surface des massifs et 354 communes impliquées ;

« – 17 parcs naturels régionaux, soit 34,5 % de la surface des massifs et 1 530 communes impliquées ;

« – 30 Grands sites (et 60 en projet dont 39 en cours de labellisation), soit 1,5 % de la surface des territoires et 115 communes impliquées ».

Les parcs nationaux, régionaux, les réserves naturelles et les Grands sites sont donc des acteurs essentiels de la préservation des écosystèmes montagnards.

II.   L’évolution du tourisme de montagne est conditionnée par les enjeux liés au changement climatique et à la préservation de l’environnement

A.   Une économie touristique intégralement fondée sur le ski peut être remise en cause dans certains territoires

1.   Le changement climatique a des conséquences sur l’offre touristique liée aux sports d’hiver et de haute montagne

Le rapport spécial sur l’océan et la cryosphère du GIEC précité est alarmant sur l’avenir du tourisme en montagne, qu’il lie notamment au sort de la cryosphère : « Il est projeté que les atouts touristiques, récréatifs et culturels des régions de haute montagne seront affectés négativement par les changements à venir dans la cryosphère (degré de confiance élevé) ».

S’agissant plus spécifiquement des activités touristiques liées à la neige, la production de neige de culture ne saurait, en effet, constituer une parade sans limite au défaut d’enneigement. Toujours selon le rapport spécial du GIEC, « Les techniques actuelles de production de neige de culture seront de moins en moins efficaces pour réduire les risques climatiques pour les stations de sports d’hiver dans la majeure partie de l’Europe, en Amérique du Nord et au Japon, surtout si le réchauffement planétaire atteint ou dépasse 2° C (degré de confiance élevé) ». En effet, le changement climatique concourt à deux phénomènes faisant obstacle à une production suffisante de neige artificielle : l’élévation des températures diminue le volume d’enneigement, donc augmente le besoin en neige artificielle, tandis que la ressource en eau se tarit. ClimSnow précise d’ailleurs que « la production de neige n’est possible que si les conditions météorologiques le permettent (critères basés sur la température dite humide, tenant compte de l’humidité de l’air, et besoin de prise en compte des conditions de vent pour éviter de trop grosses déperditions de la production) ».

Une économie fondée sur la prééminence du ski est donc compromise pour une part grandissante des territoires de montagne, à plus ou moins long terme. Le GIEC note à ce propos que « La diversification des activités touristiques tout au long de l’année concourt à l’adaptation pour les économies de haute montagne (degré de confiance moyen) ». En outre, vos rapporteures tiennent à souligner que les effets du changement climatique sur les territoires de montagne n’intéressent pas uniquement les décennies à venir : on en constate déjà aujourd’hui les conséquences significatives. L’analyse du GIEC le confirme : « Le tourisme et les activités récréatives, dont le ski et le tourisme glaciaire, la randonnée et l’alpinisme ont aussi souffert dans de nombreuses régions montagneuses (degré de confiance moyen) ».

La prise de conscience de ces risques demeure parfois insuffisante parmi certains acteurs de la montagne. Selon la Fédération des parcs naturels régionaux (PNR), « il y a une sousestimation des risques naturels et surtout une méconnaissance importante de ces risques par les acteurs du tourisme ». Vos rapporteures insistent sur le fait que, sans réelle connaissance des enjeux du changement climatique en montagne, aucune stratégie d’adaptation efficace ne peut être mise en place.

Par ailleurs, en fonction de l’altitude et de l’orientation des domaines, la réponse d’adaptation au changement climatique ne peut ni ne doit être la même. La part accordée au ski dans l’économie des stations doit donc dépendre de ces paramètres topographiques. Les saisons de ski sont, en général, modifiées par les effets du réchauffement. C’est ce que constate l’Agence de la transition écologique (ADEME), selon laquelle on assiste à une « réduction de la couverture neigeuse dans certaines zones, induisant un début de saison plus tardif et une fin de saison plus précoce ». En outre, certaines pratiques moins conventionnelles de ski sont vouées à disparaître : l’ADEME évoque le « recul des glaciers impactant la pratique du ski sur glaciers et du ski d’été ». Le Syndicat interprofessionnel de la montagne (SIM) observe quant à lui la raréfaction des pratiques associées à la glace, comme la cascade de glace, et déplore la « déstabilisation importante des massifs rocheux de haute altitude (dans les Alpes), sujets à des écroulements et éboulements massifs et aléatoires, et donc la disparition d’itinéraires d’escalade et l’empêchement de l’activité en altitude une grande partie de l’été ».

Le changement climatique exerce également une influence sur la pérennité des infrastructures nécessaires à l’activité ski et, plus généralement, aux activités sportives en montagne. Par exemple, d’après l’ADEME, la fonte du pergélisol conduit à fragiliser les constructions qui y sont implantées : refuges, gares de remontées mécaniques, pylônes, etc. L’agence rejoint en ce sens les inquiétudes exprimées par la Fédération française des clubs alpins de montagne (FFCAM), qui évoque des « éboulements majeurs modifiant les itinéraires (ex. : Aiguille du Dru, massif du Mont Blanc) ou les rendant presque impossibles (classique traversée de la Meije) ; [une] instabilité sur certains refuges (Pilatte fermé pour cause de fissures, promontoire frappé par un gros éboulement dans le massif des Écrins) ; [un] accès aux refuges nettement plus difficile (par exemple Couvercle et Conscrits, massif du Mont Blanc) ». Ce constat est partagé par le SIM, qui évoque la « dangerosité accrue de divers itinéraires classiques » et « l’obligation de délocaliser ou de réduire/stopper diverses activités d’encadrement ». La pratique d’activités sportives en montagne constitue donc l’une des premières victimes du changement climatique.

2.   La réduction de l’enneigement interroge sur la pérennité d’un modèle touristique essentiellement fondé sur le ski

Le « tout ski » ne peut plus être une stratégie de développement économique pour certaines stations, qui ne pourront plus amortir leurs équipements du fait du défaut d’enneigement qu’elles connaîtront. Pourtant, l’activité ski reste prédominante en montagne. Selon l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), « le modèle touristique des stations de montagne dépend fortement de l’activité " ski ", qui représente 82 % du chiffre d’affaires de la montagne, l’offre française en matière de domaines skiables étant l’une des plus importantes du monde. Malgré une prise de conscience et des efforts de diversification des opérateurs, le ski reste "la locomotive" de l’économie des territoires de montagne ».

Tant les conséquences du changement climatique que celles liées à l’épidémie de la covid‑19 doivent réinterroger le modèle d’une offre touristique « tout ski » en montagne et plaident pour une certaine diversification. L’ANCT poursuit son analyse sur le tourisme en montagne en établissant le constat suivant : « La crise sanitaire montre néanmoins une certaine fragilité de son modèle économique et la nécessité de faire évoluer l’offre touristique de la montagne de manière à réduire la dépendance à la saison d’hiver et à mieux répondre aux nouvelles attentes des clientèles, vers un tourisme quatre saisons intégrant les enjeux écologiques ». Pour les stations concernées, la diversification des activités peut être l’occasion d’attirer de nouveaux publics, la pratique du ski ne concernant qu’une minorité de Français. En effet, en 2016, seulement 12 % des Français âgés de 15 à 70 ans déclarait avoir pratiqué au moins une fois le ski alpin au cours des 12 derniers mois ([15]).

Il ne s’agit pourtant pas de mettre fin à toute activité « ski », dans tous les cas de figure. Des moyens, dont l’outil ClimSnow précité, permettent d’accompagner les exploitants de domaines skiables dans une optimisation de la gestion de la ressource en neige. L’ANEM rappelle que « la balance coûtsavantages ne peut être appréciée que localement » s’agissant des réflexions autour de stratégies de transition de l’économie touristique.

Vos rapporteures tiennent à l’application d’une stratégie d’adaptation différenciée suivant les stations, les massifs et leurs enjeux propres. Les stratégies de transition doivent être locales : « La topographie, et plus globalement les caractéristiques naturelles et de terrain d’une station, définissent le type d’activités pérennes et donc l’offre touristique et les cibles potentielles de clientèle. Une station de haute altitude et orientée Nord permettra mieux que d’autres de miser sur une pérennité au moins partielle de l’activité « ski ». À l’inverse, un terrain Sud et de pente modérée pourra/devra investiguer d’autres pistes (parcours VTT, pédestres, etc.) », comme le fait observer le SIM. De plus, le travail d’adaptation diffère selon l’altitude des stations. S’appuyant sur des travaux de la délégation sénatoriale à la prospective, un récent rapport d’information sénatorial résume ainsi le diagnostic : « Le risque de disparition de l’activité du ski à horizon 2040-2050 est limité pour les stations dont le domaine skiable se situe au-dessus de 1 800 mètres. Vers 1 500-1 800 mètres, des investissements permettraient de sécuriser l’enneigement » ([16]). Cependant, comme l’ont déjà souligné vos rapporteures, un diagnostic précis, au cas par cas, demeure nécessaire sur ces sujets.

B.   Le développement de nouvelles pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement

L’impact carbone et environnemental, direct comme indirect, des activités touristiques en montagne est certain : artificialisation des paysages, transports individuels, altération de la ressource en eau… Dans une société marquée par le renouveau de la conscience écologique, les attentes du public évoluent et se tournent vers des activités plus respectueuses du milieu.

1.   Une évolution de la demande : le développement de pratiques touristiques plus soucieuses de l’environnement

Selon l’Association nationale des élus des territoires touristiques (ANETT), « De plus en plus de touristes se tournent vers des formes de tourisme plus éthiques pour retrouver les valeurs du développement durable. L’envie de nature se fait plus sentir à la faveur des espaces naturels préservés, d’activités respectueuses de l’environnement et de mode de transports plus propres ». L’offre de tourisme en montagne doit s’adapter à ces évolutions de la demande, qui constituent une opportunité d’élargissement du panel de touristes en montagne, qui est, pour l’activité ski, assez faible (cf. supra).

Grâce à des pistes de diversification comme celles imaginées dans d’autres territoires, notamment ruraux, la montagne a la possibilité d’attirer un nouveau public. L’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) évoque comme enjeu actuel du tourisme de montagne la nécessité de « développement de l’agrotourisme et de valorisation des activités et des productions locales par le tourisme ». L’APCA prend l’exemple de la « Chèvrerie des Ours », en Haute‑Savoie, qui propose des activités variées, comme la visite de la chèvrerie ou la participation à la traite et à la transformation du fromage.

Un autre exemple prometteur pour la diversification du tourisme de montagne est celui du « slow tourisme », c’est-à-dire, selon la définition qui en est donnée par la direction générale des entreprises (DGE), « l’art de voyager tout en prenant son temps, de s’imprégner pleinement de la nature qui nous entoure et de la richesse du patrimoine […], avec le souci du respect du territoire et de ses habitants ». La DGE promeut particulièrement cette forme de tourisme durable, selon les éléments qu’elle a transmis à vos rapporteures : « La DGE œuvre depuis plusieurs années à la structuration de la filière. […] Le Gouvernement a intégré au Fonds tourisme durable, dans la cadre de France Relance, un volet dédié au soutien d’offres de slow tourisme. Ce soutien passe par un appel à projets national doté de 2 M€, lequel vise à accompagner les porteurs de projets dans la conception de leur offre de services de slow tourisme, afin de faire émerger de nouveaux projets touristiques éco-conçus ».

Ce renouvellement de la demande se traduit également en termes d’attractivité de certains métiers de montagne. C’est le cas du métier de gardien de refuge : selon l’Association pour la formation des ruraux aux activités du tourisme (AFRAT), organisme disposant d’une offre de formation liée aux territoires ruraux et de montagne et basé à Autrans‑Méaudre-en-Vercors (Isère), il constitue « un métier pluri-compétent de l’hôtellerie/restauration de haute montagne, […] porteur d’une symbolique forte, porteur de valeurs ». Avec la quête accrue de sens au travail pour les jeunes, le tourisme durable constitue un vivier de recrutement en montagne.

« L’écotourisme d’une manière générale fait partie des modèles à encourager, avec un tourisme plus en lien avec le territoire d’accueil, ses spécificités et son patrimoine naturel et culturel ». C’est la conclusion que dressent les représentants des Réserves naturelles de France, qui rejoint le constat fait par la Fédération des PNR : un « changement de paradigme touristique a été opéré. On passe d’un tourisme de masse à un écotourisme ». Cette évolution de la demande constitue donc aussi bien un défi à relever qu’une opportunité de diversification pour l’économie de montagne.

2.   Une nécessaire adaptation de l’offre touristique en réponse à cette évolution

L’évolution des attentes du public constitue l’un des défis auxquels les communes de montagne doivent répondre, ce dont l’ANEM est consciente : « les élus de la montagne travaillent à l’amélioration de l’espace montagne pour adapter l’offre à la nouvelle demande ». Plus généralement, c’est à l’échelle nationale que la transition est envisagée. Il s’agit notamment de l’une des missions de l’ADEME, qui s’est vue confier, en 2019, un rapport de mission sur « le développement d’un tourisme durable ».

La démarche « tourisme bienveillant » de la région Auvergne-Rhône-Alpes

 La région Auvergne-Rhône-Alpes est engagée depuis 2018 dans une démarche de « tourisme bienveillant » ([17]). Cette démarche a été initiée au travers d’un manifeste, qui insiste notamment sur la construction de relations « équitables et respectueuses du vivant, du rythme des saisons, des hommes et des femmes et de la diversité des écosystèmes » et doit permettre d’ancrer la politique touristique de la région dans les grands enjeux contemporains.

 Un fonds de dotation, Essentiem, a été créé en août 2020 pour favoriser le développement de ce « tourisme bienveillant ». 38 indicateurs ont été mis en place pour suivre la déclinaison opérationnelle d’une telle politique touristique, une étude sur les bienfaits de la montagne sur la santé a été réalisée, etc.

Les projets d’adaptation sont multiples. À titre d’exemple, les parcs naturels régionaux sont particulièrement actifs pour apporter une réponse globale à ces problématiques : « Un projet d’accélérateur de l’adaptation des PNR, à l’initiative de Mme Iranpour Maryame et de la Fédération des PNR, est actuellement à l’étude avec l’ANCT et en partenariat avec AGATE (l’Agence alpine des territoires) et 2TM (Transition des Territoires de Montagnes, à l’origine des États généraux de la Transition du tourisme en montagne) ». Parmi les mesures concrètes mises en place par cette Fédération, on compte « une plateforme de commercialisation d’offres touristiques originales permettant la découverte "lente" d’un mode de vie, d’une manière différente d’habiter le territoire ». Le projet est maintenant de « développer une gamme d’offres spécifiques à la montagne, marquée par la présence de patrimoines spécifiques dans les parcs en termes de paysages, de gastronomie, de savoir-faire ». Cette valorisation du patrimoine de montagne dans le cadre d’un tourisme culturel est une vraie piste de diversification et de réponse aux nouvelles attentes du public.

Les représentants de la Fédération des PNR croient en une nouvelle conception du rôle du visiteur, amené à devenir « acteur, et non plus un simple consommateur ». En parallèle, les PNR ont développé une marque « Valeurs Parc naturel régional » sur une cinquantaine de sites. Cette marque permet de mettre en avant des produits et services des territoires concernés, sur la base d’une démarche contractuelle. C’est une piste intéressante de valorisation du patrimoine et des stratégies de transition des territoires de montagne.

Le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, dont vos rapporteures ont rencontré le président lors de leur déplacement dans les Pyrénées‑Orientales, souligne que cette marque est développée depuis 15 ans sur ce parc et réunit 150 professionnels. Par ailleurs, au niveau de la région Occitanie, une convention de partenariat entre les parcs, le comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) et la région permet de renforcer l’offre en matière de tourisme durable. Cette coopération, à l’échelle des huit parcs naturels régionaux d’Occitanie « permettra la mise en place d’actions afin de connaître l’offre touristique et les attentes des clientèles, d’accompagner les territoires pilotes, de déployer les marques ou d’appuyer les démarches de qualification de l’offre avec pour fil conducteur la recherche d’un équilibre entre cadre de vie et cadre de vacances au bénéfice des habitants et des visiteurs » ([18]).

La randonnée peut s’intégrer dans la perspective d’écotourisme, comme cela est relevé par la Fédération française de randonnée (FFR) : « Les activités de randonnée se placent donc au cœur des enjeux actuels et futurs : contribution au développement d’un tourisme durable, protection et valorisation de l’environnement et de la biodiversité, aménagement et adaptation des territoires à cette nécessité et à cette demande croissante, santé des Français, progression des mobilités actives ». De la même manière, le Syndicat national des gardiens de refuge (SNGRGE) souligne les efforts réalisés pour disposer de gîtes plus vertueux sur le plan environnemental, en conformité avec les attentes de la clientèle : « les refuges améliorent le traitement de leurs déchets (toilettes sèches, tri sélectif) ainsi que leur consommation d’énergie (panneau solaire photovolatïques ou thermiques, picoturbines hydroélectriques au lieu de poêles à charbon ou groupe électrogénérateur à gasoil). Ils continuent à avoir besoin de financement pour s’adapter aux nouvelles solutions technologiques propres ». 

L’adaptation de l’offre du tourisme de montagne aux évolutions des attentes du public peut donc prendre plusieurs formes, et intéresser aussi bien un tourisme patrimonial que des activités sportives.

Pour soutenir financièrement le développement d’un tourisme plus respectueux de l’environnement, un « Fonds tourisme durable » a été créé dans le cadre de France Relance. Le but est d’accompagner des projets de développement de l’offre de tourisme durable, en collaboration avec l’ADEME. Selon la DGE, « l’appel à projets a permis de sélectionner 24 projets (dont deux dans les outremer) parmi les 223 candidatures reçues, pour un montant de 1 460 M€ attribués ». Ce fonds intéresse particulièrement les territoires de montagne : fin 2021, l’ADEME recensait 110 dossiers du fonds Tourisme durable qui concernaient des zones de montagne, pour un total de 2,5 M€. Enfin, la DGE relève que « dans le cadre du plan "Avenir Montagnes", plus de 8 M€ du Fonds tourisme durable ont été mobilisés pour soutenir en priorité les entreprises de tourisme des massifs, avec d’importantes répercussions pour les acteurs de la montagne ».

C.   Le changement climatique se conjugue à d’autres facteurs qui font évoluer le tourisme de montagne

Les évolutions de l’offre comme de la demande en matière de tourisme de montagne s’inscrivent dans d’autres phénomènes que le changement climatique. Il ne faut pas négliger les effets de la crise sanitaire ou de la tendance à la valorisation des atouts propres à chaque territoire dans les nécessaires mutations du tourisme en montagne. C’est pour cette raison que l’ANEM tient à ne pas confondre diversification et transition : « La diversification de l’offre n’est pas la résultante de la seule adaptation au changement climatique ».

1.   L’épidémie de la covid‑19, catalyseur d’un attrait renouvelé pour la montagne, en particulier l’été

Une tendance de fond, qui préexistait à la crise sanitaire, a été renforcée par la pandémie : le besoin pour la population, très majoritairement urbaine en France, de renouer avec la nature. De nombreuses pratiques sportives, notamment en montagne, se sont fortement développées ou ont connu un regain d’attrait.

C’est notamment le cas de la randonnée, comme le constate la Fédération française de randonnée (FFR) : « l’amour des Français pour la marche et la randonnée ne date pas de la crise sanitaire. La pratique était en effet déjà en hausse régulière depuis une dizaine d’années ». Des indicateurs concrets démontrent un attrait renouvelé, telles qu’une hausse de 40 % de la vente des « Topoguides » édités par la fédération en 2021 par rapport à 2020, cette dernière année étant déjà sur une tendance haussière par rapport à 2019, selon la FFR. Cette dernière explique cet engouement par trois raisons : « premièrement, les Français ont opéré un important retour aux sources […] ; deuxièmement, ils avaient aussi envie de bouger, de se remettre en forme alors qu’ils étaient enfermés chez eux […] ; troisièmement, il fallait ajouter le fait que les Français ne pouvaient pas aller à l’étranger pendant leurs vacances ». Cet essor de la pratique de la randonnée peut être généralisé à une grande partie des activités dites « de nature » – vélo, canyoning, trail, etc.

Les chiffres publiés par l’INSEE sur la fréquentation touristique en montagne à l’été 2021 confirment le bilan dressé par l’Association nationale des élus des territoires touristiques (ANETT) : « la crise sanitaire a modifié les envies et les habitudes des touristes ». Ainsi l’Institut statistique constate-t-il une diminution de la fréquentation bien plus marquée en zones urbaines qu’en montagne : « Comme à l’été 2020, la clientèle privilégie les séjours loin des grands centres urbains, sur le littoral ou dans les massifs de montagne. […] Dans les massifs de montagne, le nombre de nuitées est de 11,4 millions (91 % du niveau 2019). Les nuitées sont à 62 % de leur niveau de l’été 2019 dans les établissements implantés dans les espaces urbains » ([19]).

En outre, certaines pratiques historiques qui caractérisaient le tourisme de montagne au début du XXe siècle connaissent un renouveau. On le constate, à titre d’exemple, pour le climatisme, qui consistait à se rendre en montagne, pour le traitement de certaines maladies infectieuses, et à bénéficier ainsi d’un climat propice au rétablissement. Ce tourisme, jadis particulièrement développé dans certains territoires de montagne, constitue une piste de diversification pour des massifs tels que le Vercors, qui met en avant un « nouveau climatisme » ([20]) comportant des effets positifs sur la santé et le bien‑être. Dans la même idée, le thermalisme, activité particulièrement présente en montagne, constitue une opportunité renouvelée d’associer tourisme et bienfaits pour la santé (voir infra).

2.   La valorisation des terroirs et des savoir-faire, une tendance générale

Les terroirs et les savoir-faire, artisanaux ou industriels, sont plébiscités dans le cadre d’un tourisme environnemental et patrimonial. La montagne est un environnement particulièrement propice pour accueillir ce type de tourisme, du fait de sa situation et de ses contraintes exceptionnelles, qui ont amené ses habitants à développer des savoir-faire singuliers. Ce tourisme constitue également une piste de diversification pour réduire les effets du changement climatique sur l’économie de montagne. L’ANEM a d’ailleurs précisé à vos rapporteures « qu’en toute hypothèse, le tourisme en montagne doit se caractériser par un ancrage dans la culture locale et un art de vivre. Il doit se développer en intégrant l’histoire et la spécificité des territoires ».

La DGE rappelle qu’un appel à projets a été lancé début 2020 pour le développement de la filière du tourisme de savoir-faire : « Avec plus de 2 000 entreprises actives ouvrant régulièrement ou ponctuellement leurs sites de production à 15 millions de visiteurs et un succès croissant auprès du grand public, le " tourisme industriel " ou " tourisme de savoir-faire " constitue une offre d’exception en France et une filière touristique d’avenir. L’objectif de cet appel à projets, doté de 150 000 €, était de sélectionner un groupement de partenaires, incluant opérateurs du tourisme, territoires et fédérations professionnelles, pour structurer la filière au plan national et asseoir son modèle économique, en vue de doubler, d’ici cinq ans, le nombre d’entreprises ouvertes au public. Finalement, un consortium d’une vingtaine de structures (13 fédérations professionnelles, 5 régions, deux universités, ADN tourisme, l’Institut national des métiers d’art, Pro France…), piloté par l’Association de la visite d’entreprises a été sélectionné sur un projet de 774 526 € (dont financement État 19,37 %). Entré en phase opérationnelle début 2021, il se déroulera sur 36 mois ».

Ce tourisme de savoir-faire, en plus de constituer une ressource économique, peut contribuer au dialogue entre les différents usagers de la montagne. C’est ce qu’espère l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), selon laquelle « un grand nombre d’interactions positives sont également observées entre le pastoralisme et le tourisme : circuits courts, Bienvenue à la ferme ([21]), animations (fêtes de pays, fêtes de la transhumance, etc.), entretien des espaces ouverts et contribution au paysage ». Pour l’APCA, un tel lien entre agriculture et tourisme est l’une des composantes déterminantes pour renouveler l’offre de tourisme de montagne. Il y a, par ailleurs, un lien direct entre la valorisation du tourisme de savoir-faire et les ventes de produits locaux, ce qui se vérifie particulièrement pour les produits issus de l’agriculture et de l’artisanat. Ce tourisme et cette consommation de savoir-faire peuvent être développés par le biais des labels, comme le label Montagne, ou l’appellation d’origine protégée (AOP). Il est important cependant d’avoir des cahiers des charges strictement définis associés aux différents labels, dont la profusion pourrait sinon tendre à diminuer la pertinence.

D’autre part, les spécificités locales des territoires de montagne en matière industrielle peuvent être valorisées dans le cadre d’un tourisme patrimonial. Vos rapporteures ont notamment pu, à l’occasion d’un déplacement en Isère, visiter une usine à neige à Oz-en-Oisans. Cette visite est également proposée au grand public durant certaines périodes de l’année. De la même manière, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) relate l’exemple de l’Espace Découverte du Mont d’Or, dans la station de Métabief (Doubs). Il s’agit d’un « espace traversant en forme de galerie adossée à l’usine à neige, installé sur les itinéraires de randonnée. Ce passage permet de découvrir le patrimoine naturel et l’installation de neige de culture. L’enjeu pour les équipes a été d’accepter de partager le sujet technique de la neige de culture à tous les publics au risque de s’exposer à la critique ».

Tourisme patrimonial et tourisme de savoir‑faire, s’ils ne sont pas propres aux territoires de montagne, constituent des pistes de diversification intéressantes pour ceux‑ci, en prise avec les enjeux de la vie économique des massifs.

III.   Plus généralement, les territoires de montagne et leurs habitants sont tributaires des enjeux liés au tourisme

A.   L’économie des territoires de montagne est dépendante du tourisme lié au ski

1.   L’activité « ski », moteur de l’économie en territoire de montagne

Les activités de neige et plus particulièrement le ski demeurent un moteur économique des stations de montagne et permettent de nombreuses retombées directes et indirectes sur l’activité de ces territoires. Selon les données établies par Domaines skiables de France (DSF) ([22]) et publiées en octobre 2020, 10 milliards d’euros (Md€) sont dépensés en station chaque hiver en France. Selon la même source, « Pour 1 € dépensé en forfait, 6 € supplémentaires sont dépensés par le client en station, soit au total 7 € dépensés ». Pour les dépenses hors package ([23]), 16 % d’entre elles sont consacrées au forfait de remontées mécaniques, 29 % au logement et 15 % au commerce alimentaire.

En 2019‑2020, la France se classe en troisième position mondiale en matière de fréquentation des domaines skiables (en millions de journées‑skieur), derrière les États-Unis et l’Autriche. 26 % de la clientèle des stations françaises est étrangère, principalement intra-européenne. La Savoie et la Haute‑Savoie sont, de loin, les destinations les plus fréquentées pour skier. Au total, la France compte plus de 350 stations de ski et 8 000 km de pistes de ski ([24]).

Parts de marché par zone géographique en journées-skieur (2017-2020)

Source : Domaines skiables de France

L’été est une période moins génératrice de revenus pour les exploitants de remontées mécaniques : cette saison ne représente que 5 % du chiffre d’affaires (CA) annuel, concentré sur les activité piétons, vélo tout‑terrain (VTT) et luge d’été. Les activités d’été peinent, pour l’instant, à trouver leur pleine rentabilité. L’ANEM souligne que « les débats autour du tourisme "4 saisons" doivent s’inscrire dans une réalité qui est celle de la saisonnalité tranchée. Cette dernière, qui rythme la vie économique et sociale en montagne, est une réalité que les pouvoirs publics, dans leur ensemble, ont trop souvent du mal à prendre en compte. La plus grande partie des revenus du tourisme est concentrée sur une période courte, environ 4 mois d’hiver, qui génère l’essentiel des ressources de ces territoires pour l’année entière ». L’association d’élus complète : « Ainsi, si les vacances d’été ont été une réussite, ce succès populaire n’a pas de retombées économiques équivalentes. Le panier des dépenses par touriste l’été et l’hiver est incomparable. La saison d’hiver, portée par le ski de piste, demeure le moteur économique et financier des stations ». Le Réseau pastoral Auvergne‑Rhône‑Alpes établit un constat similaire au sujet des activités touristiques liées à l’agriculture : « L’agro-tourisme en alpage et sur les espaces pastoraux n’est pas la norme et reste plutôt marginal en nombre, et ne pourra en aucune mesure remplacer l’économie et l’emploi lié au ski qui est une véritable industrie ».

Les activités de tourisme en hiver permettent de faire vivre de nombreux services et prestations connexes. On peut aisément penser à l’hôtellerie‑restauration ou aux loueurs et vendeurs de matériels. À titre d’exemple, de nombreuses structures d’accueils collectifs de mineurs (ACM) se situent également en zone de montagne. L’Union française des centres de vacances (UFCV), relayant des statistiques établies par l’Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ), constate qu’hors temps de crise, en 2017‑2018 et en 2018‑2019, en France, 11 % des départs de mineurs sur les séjours collectifs ont eu lieu durant les vacances d’hiver ([25]). La région Auvergne-Rhône-Alpes représente la première région d’ACM avec hébergement en 2019, soit 16,8 % des ACM, ce qui représente une capacité d’accueil de 150 000 lits (dont 34 637 lits en Haute-Savoie, 28 780 en Savoie et 15 379 en Isère) ([26]).

Plus globalement, Domaines skiables de France estime que 120 000 emplois dépendent de l’ouverture du domaine skiable ([27]). La branche représentée par DSF compte 18 000 salariés, permanents et saisonniers, qui ont plus de 8 saisons d’ancienneté moyenne dans la même entreprise pour les saisonniers. DSF insiste sur le caractère non délocalisable de ces emplois.

2.   Les conséquences de la crise sanitaire illustrent une telle dépendance au ski

Dans les territoires de montagne, la dépendance de l’économie aux activités « ski » a été singulièrement mise en lumière lors de la crise sanitaire liée à l’épidémie de la covid‑19. Les remontées mécaniques ont en effet été contraintes de fermer pendant plusieurs mois d’hiver sur décision du Gouvernement, ce qui a eu des conséquences majeures sur la fréquentation des stations de montagne.

L’ANEM, citant des données de l’Association nationale des maires de station de montagne (ANMSM), précise que « La fréquentation des stations a chuté de près de 50 % durant les vacances d’hiver 2020, par rapport à celle de 2019. Le taux d’occupation moyen aurait été de l’ordre de 30 % sur l’ensemble des massifs, avec un taux d’occupation d’environ 25 %, dans les domaines situés en altitude et une baisse de la fréquentation de près de 60 %. Les petites stations de basse altitude s’en sont un peu mieux sorties ».

La crise sanitaire et la fermeture des remontées mécaniques se sont traduites par des pertes de recettes pour les collectivités, qui perçoivent le produit de la taxe sur les remontées mécaniques, sans compter les pertes liées aux revenus indirects habituellement générés par la présence de touristes dans les communes. La prise en compte de la spécificité du modèle économique des acteurs de la montagne, dont la majorité du chiffre d’affaires est générée sur quelques mois en hiver, a été progressive dans les dispositifs de soutien mis en place par le Gouvernement.

Globalement, l’ANEM a indiqué à vos rapporteures qu’elle saluait le plan de soutien mis en place par le Gouvernement, « même si certaines aides n’ont pas (encore) produit les effets escomptés ou n’ont pas été suffisantes ». Sur le long terme, la fermeture des remontées mécaniques a grevé la trésorerie de nombreuses entreprises, directement ou indirectement. Cela pèse sur leurs capacités d’investissement.

Les mesures de soutien aux acteurs de la montagne durant la crise sanitaire

La DGE a indiqué à vos rapporteures qu’au total, plus de 5,4 Md€ de mesures d’urgence et de relance ont été apportées en soutien par l’État aux territoires de montagne. 1,8 Md€, dont 650 M€ de crédits publics, sont par ailleurs mobilisés pour le déploiement des mesures prévues par le Plan Avenir Montagnes.

En plus des mesures de soutien générales (prêt garanti par l’État ou PGE, dispositif d’activité partielle de longue durée, dispositif « coûts fixes », allègement de cotisations, etc.), les acteurs économiques situés en zone de montagne ont pu bénéficier de dispositifs de soutien spécifiques, parmi lesquels :

– un PGE « saison », destiné au secteur touristique disposant d’une activité saisonnière, avec un plafond plus élevé que le PGE classique ;

– le dispositif « coûts fixes » a été élargi pour bénéficier « aux entreprises réalisant moins de 1 M€ de de chiffre d’affaires par mois pour les secteurs les plus affectés par la crise, comme les commerces de vente et de location d’articles de sports d’hiver, l’hôtellerie-restauration, l’hébergement et les résidences de tourisme », selon la DGE. La période de référence pour le calcul de l’aide a également été revue, afin de tenir compte de la saisonnalité ;

– l’accès au fonds de solidarité a été étendu aux entreprises situées en amont de la chaîne de valeur des activités de montagne, tout comme aux commerces de matériels de ski. « Les commerces de détail situés dans les stations et vallées peuvent bénéficier des aides au titre du fonds de solidarité tout comme les moniteurs de ski » ont également accès au fonds (DGE) ;

– une aide spécifique pour les exploitants de remontées mécaniques ([28]), visant à couvrir leurs charges fixes à hauteur de 49 % du CA annuel ;

– un dispositif d’indemnisation spécifique aux professionnels de santé dans les stations de montagne et aux alentours de celles‑ci, afin de les aider à faire face à leurs charges fixes.

Les structures d’hébergement ont également subi les conséquences de la crise sanitaire. Les communes de montagne comptent notamment de nombreuses résidences de tourisme, dont les logements sont majoritairement détenus par des propriétaires particuliers. L’absence de location de ces logements par les touristes a conduit au non‑versement des loyers par les gestionnaires exploitant les résidences de tourisme aux propriétaires, mettant ces derniers parfois en grande difficulté financière.

Les accueils collectifs de mineurs ont aussi été considérablement touchés. L’UFCV fait observer que « l’activité ayant fondu de 50 % à 70 % pendant 2 années a vidé les trésoreries et mobilisé les fonds propres ». Les départements les plus dépendants à la neige et au ski ont été les plus touchés. Les centres d’accord subissent la fin du dispositif « coûts fixes », ainsi que la nécessité de rembourser aux clients les avoirs octroyés pour 18 mois, au début de la crise sanitaire, au titre de l’annulation des séjours initialement prévus et qui n’ont pu être reportés. Globalement, le nombre de séjours avec hébergement (hors scoutisme) en ACM a chuté de 56 % en 2019-2020, par rapport à 2018‑2019 ([29]).

B.   Les habitants et leurs territoires doivent constamment s’adapter aux conséquences d’une économie fortement dépendante du tourisme

1.   L’emploi en montagne est souvent synonyme de saisonnalité et de pluriactivité

Les retombées de l’activité des domaines skiables sont conséquentes pour l’emploi. En plus des 120 000 emplois qu’ils induisent en station, DSF estime, selon les données transmises à la mission d’information, que 250 000 emplois en plaine et en vallée procèdent de l’activité hivernale des stations. Toutefois, la montagne demeure un lieu de vie pour ses habitants, et ce toute l’année. La problématique de l’emploi en montagne illustre parfaitement la spécificité de ces territoires. Elle se distingue par deux caractéristiques majeures : la saisonnalité et la pluriactivité. Les différents acteurs rencontrés lors des auditions insistent sur la richesse de ces emplois saisonniers qui, comme le souligne l’AFRAT, ont l’avantage d’être non délocalisables et « créateurs de richesses locales ».

L’enjeu de la pluriactivité est bien identifié. L’accord du 27 novembre 2018 relatif aux contrats courts, à la sécurisation et au développement de l’emploi durable, signé pour la convention collective nationale remontées mécaniques et domaines skiables, dispose en son article 8 : « Au regard du caractère saisonnier de l’activité des entreprises de la profession, essentiellement concentré sur la saison d’hiver, les contrats à durée déterminée sont eux-mêmes majoritairement conclus sur cette période. Dès lors, les acteurs de la profession s’engagent à nouer des partenariats étroits avec d’autres branches ayant une activité complémentaire permettant d’assurer le développement de la pluriactivité et la sécurisation des parcours. À cet égard et autant que de besoin, des relations seront établies avec des secteurs d’activité tels que le BTP, l’agriculture, la forêt, les loisirs d’été, les industries de maintenance et de montage, etc. ».

 

Le statut de saisonnier ([30]) en montagne nécessite une grande polyvalence, comme en atteste le tableau ci‑dessous, fourni par la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP).

Exemples de saisonniers pluriactifs
issus de la branche des remontées mécaniques

Hiver

Été

Pisteur secouriste

Bike patrol VTT

Pisteur secouriste

Accompagnateur en moyenne montagne

Pisteur secouriste

Pisteur secouriste dans l’hémisphère sud

Animateur d’espace ludique

Animateur d’espace ludique

Conducteur d’engin de damage

Conducteur d’engin de travaux publics

Conducteur de remontée mécanique

Artisan BTP

Conducteur de remontée mécanique

Salarié à l’Office national des forêts

Conducteur de remontée mécanique

Agriculteur

Hôte de caisse

Caissier en supermarché

Source : DGEFP

Il apparaît qu’il n’existe pas de données consolidées relatives à l’emploi pour l’ensemble des activités liées à la montagne, étant donné que « Les problématiques emploi sont suivies séparément par chaque branche avec un champ conventionnel spécifique ; les chiffres disponibles suivent cette logique », comme relevé par la DGEFP. Vos rapporteures entendent bien la complexité de disposer de telles données mais jugeraient opportun de disposer d’un observatoire, dans chaque massif, qui recueillerait et analyserait les données relatives à l’emploi en territoire de montagne. Les commissariats de massif pourraient être impliqués dans un tel projet.

Proposition n° 2 : Mettre en place, dans chaque massif de montagne, un observatoire de l’emploi (nature, statut, données relatives à la pluriactivité et à la saisonnalité, etc.).

Les emplois saisonniers hivernaux sont donc largement conditionnés par l’activité en montagne, et notamment le tourisme. Les résultats d’une étude de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) en date de 2019 sur l’emploi saisonnier ([31]) montrent que, en automne‑hiver, 15,21 % du volume du travail saisonnier non agricole se situe en Savoie et 8,04 % en HauteSavoie.

Il est donc logique que les emplois en montagne aient également subi les conséquences de la crise sanitaire. Une autre enquête de la DARES ([32]) sur l’emploi saisonnier en zone de montagne durant l’hiver 2020-2021 souligne qu’ « entre décembre 2020 et mars 2021, le nombre de saisonniers dans les zones de montagne diminue de 58 % par rapport à l’hiver précédent ». Cette baisse a été beaucoup plus marquée dans le secteur de l’hébergement‑restauration (- 76 %) que dans celui des remontées mécaniques (- 19 % par rapport à la saison précédente). Cette même enquête constate d’ailleurs une fidélisation assez forte de l’emploi chez les salariés des remontées mécaniques, puisque 86 % d’entre eux étaient, durant l’hiver 2020‑2021, en contrat chez le même employeur que l’année précédente.

L’emploi saisonnier se caractérise en outre par un nombre élevé de jeunes et un fort volontarisme. L’enquête « Tremplin saison » réalisée par l’Association pour le développement en réseau des territoires et des services (ADRETS) sur les travailleurs saisonniers dans le massif alpin ([33]) est éclairante à cet égard. Parmi les répondants, plus de 60 % sont âgés de 18 à 30 ans. De plus, 70 % des sondés disent avoir fait le choix du statut de saisonnier. S’agissant plus spécifiquement des personnels employés par les remontées mécaniques, la DGEFP souligne à leur sujet que « Les personnels de la branche se caractérisent par une grande fidélité à leur entreprise. L’ancienneté y est très élevée, y compris pour les saisonniers. La convention collective nationale (CCN) des remontées mécaniques et domaines skiables est très aboutie, protectrice, et comprend un certain nombre d’avantages sociaux qui contribuent à cette fidélisation ».

Malgré cette fidélisation, certaines difficultés de recrutement ont été constatées à l’automne 2021, la DGEFP faisant état d’« une tension sur la demande d’emploi (…) avec un turn-over plus important qu’à l’accoutumée chez les saisonniers de la branche (de 20 % à 30 % au lieu de 15 % habituellement) ». La crise sanitaire a conduit certains saisonniers à se détourner de ces emplois, particulièrement fragilisés par les restrictions d’activité mises en place. La DGEFP identifie également des difficultés de recrutement sur les métiers qui demandent des compétences techniques, tels que les électriciens, les mécaniciens, les électromécaniciens et les pisteurs-secouristes.

Outre les salariés des remontées mécaniques et de l’hôtellerie‑restauration, de nombreuses autres professions travaillant en montagne, notamment les accompagnateurs en montagne ou les moniteurs cyclistes, exercent sous le statut d’indépendant. S’agissant de la situation des accompagnateurs de moyenne montagne, le Syndicat national des accompagnateurs en montagne (SNAM) estime qu’un tiers de ses adhérents vit de ce métier à l’année, les deux tiers restants étant pluriactifs.

Cela nécessite une adaptation permanente des compétences et ce n’est pas toujours simple : 57 % des répondants de l’enquête ADRETS disent qu’« en dépit d’études majoritairement longues, l’emploi saisonnier exercé n’est pas en rapport avec leurs études/formation ». Cependant, les formations propres aux métiers de la montagne cherchent à faciliter la pluriactivité. Le Centre de formation aux métiers de la montagne (CFMM), situé à Thônes (Haute‑Savoie), offre une biqualification grâce à la préparation conjointe, par exemple, d’un diplôme du ministère de l’agriculture et d’un diplôme du ministère de la jeunesse et des sports.

2.   Le tourisme façonne très largement l’aménagement du territoire en montagne

L’aménagement et l’urbanisation en montagne comportent de nombreuses spécificités, liées à la topographie des lieux mais aussi à la forte empreinte touristique de l’activité. Si le principe d’urbanisation en continuité prévaut, il est cependant possible de créer des unités touristiques nouvelles (UTN), permettant « de construire en discontinuité de l’urbanisation pour des projets liés au tourisme », selon la DGALN. Cette dernière ne dispose pas de données statistiques consolidées à l’échelle nationale en matière d’UTN, mais elle a donné à vos rapporteures quelques exemples propres aux zones de montagne. Elle recense ainsi plusieurs projets d’UTN dans les Pyrénées-Atlantiques, 2 UTN autorisées et 1 UTN planifiée en 2017 dans les Hautes-Alpes, ou encore 1 projet d’UTN structurante et 2 projets d’UTN locales ([34]) en Isère. La DGALN précise par ailleurs que, « En dehors du cadre des UTN et dans les zones urbanisées ou dans leur continuité, les constructions liées au tourisme sont possibles, sous réserve du respect des choix effectués par la collectivité et traduits dans son document d’urbanisme, ou des règles fixées par le règlement national d’urbanisme pour celles qui ne possèdent pas de documents d’urbanisme ».

La problématique du logement dans les communes de montagne est particulièrement importante, l’immobilier de tourisme y étant bien souvent omniprésent. Or ce parc immobilier est vieillissant et peu occupé à l’année. Ainsi, les « lits froids », logements qui ne sont utilisés que quelques semaines par an, représentent pourtant près de 50 % des lits touristiques (données DGE). 75 % des lits en résidence secondaire ont été construits avant 1990 (DGE). Le modèle économique des résidences de tourisme précédemment évoqué ne favorise pas la réhabilitation du parc immobilier : ces immeubles sont morcelés entre de très nombreux propriétaires, qui ne souhaitent pas ou n’ont pas toujours les ressources nécessaires pour rénover les logements et la copropriété.

L’association Cluster Montagne, qui réunit les acteurs français de l’aménagement touristique en montagne, partage ce constat et relève également la baisse du nombre d’hôtels en station : « Au niveau de l’immobilier on peut souligner la prédominance des résidences secondaires dans la plupart des stations, ces hébergements très peu occupés (en moyenne 10 jours par an) sont un véritable handicap pour les stations françaises. Il faut également regretter la diminution constante du nombre d’hôtels en stations depuis de nombreuses années, il convient de mieux comprendre les raisons de ce phénomène pour envisager des solutions ». La problématique de la rénovation et de la montée en gamme de l’hébergement touristique est notoirement visible dans les Pyrénées.

Ce sont les habitants des massifs qui subissent aussi des problématiques de logement, parfois directement liées à la prédominance des hébergements touristiques. Les saisonniers sont particulièrement concernés. La DGEFP note, rejoignant en cela le constat effectué par de nombreux autres acteurs rencontrés par vos rapporteures au cours des auditions : « Le principal enjeu identifié à la fois par les organisations de salariés et d’employeurs et qui constitue un problème d’attractivité pour les saisonniers reste le logement. C’est un problème récurrent ; les organisations de salariés indiquant qu’il existe de fortes difficultés pour obtenir des logements décents, voire obtenir des logements tout court. Les employeurs quant à eux reconnaissent un problème récurrent qui pose des problèmes d’attractivité tout en rappelant que des règles contraignantes existent qui ajoutent à la complexité. Mais les employeurs indiquent vouloir trouver des solutions pour répondre aux questions d’attractivité ; le secteur agricole a entamé des travaux avec Action logement, le ministère du travail de l’emploi et de l’insertion également ». L’enquête ADRETS précitée souligne que les saisonniers occupent à 51 % des logements mis à disposition par l’employeur. 54 % identifient par ailleurs un manque de services liés au logement dans les stations ou communes dans lesquelles ils sont employés.

On peut noter que des dispositions législatives sont censées faciliter l’accès à de tels logements : l’article 47 de la loi Montagne II prévoit la conclusion entre toute commune classée « touristique » et l’État d’une convention pour le logement des travailleurs saisonniers ([35]).

C.   Aggravés par le changement climatique et la hausse de la fréquentation, Les conflits d’usage sont davantage marqués en montagne, principalement l’été

1.   La préservation de la montagne doit être conciliée avec la fréquentation touristique

La fréquentation touristique en montagne est importante et subirait une tendance à la hausse. La Fédération française de randonnée (FFR) relève notamment que la « forte augmentation des espaces de pratique a été confirmée par de nombreux autres organismes et l’Office français de la biodiversité (OFB) a mentionné une croissance de + 20 à 30 % depuis le premier confinement ». Cette fréquentation accrue a nécessairement des conséquences, à la fois sur l’expérience touristique en tant que telle, sur la biodiversité et sur le quotidien des personnes habitant à la montagne.

S’agissant de la conciliation entre tourisme et biodiversité, certaines espèces présentes en montagne deviennent plus vulnérables en raison de la hausse de la fréquentation. Le ski de randonnée, le ski hors‑piste ou les raquettes à neige connaissent un regain d’intérêt et se pratiquent souvent hors des itinéraires balisés. Or de telles pratiques perturbent fortement certaines espèces. Par exemple, le tétras lyre creuse des habitats sous la neige l’hiver, qui risquent d’être détruits par les promeneurs. La FFCAM souligne que l’étage forestier, où ces pratiques sportives fleurissent, « est la zone de refuge de la faune hivernante, très sensible au dérangement ».

Les espèces d’élevage sont tout aussi concernées par ces nuisances. L’APCA relève que certains touristes viennent faire des « câlins » aux vaches allaitantes, ou font pratiquer le « troupeautage » à leur chien domestique. Cette pratique consiste « pour un touriste à envoyer son chien sur un troupeau pour le faire " travailler ", le tout sans aucun consentement du vacher ou du berger ». La fréquentation touristique a donc des impacts importants sur l’activité des habitants en montagne.

Un autre exemple éclairant à cet égard est celui de la circulation automobile, qui peut devenir très intense lors des périodes d’afflux de visiteurs. Selon l’ANEM, « Le premier déconfinement a vu des sites renommés "assaillis" de touristes. Cet afflux a mis en exergue certains manques en termes d’infrastructures, qu’il s’agisse des routes ou des parkings ». Lors de leur déplacement dans le massif du Vercors (Isère), les élus locaux ont fait observer à vos rapporteures que les communes situées entre la ville de Grenoble et les principales stations d’altitude subissent de plein fouet le trafic routier généré par le tourisme, sans pour autant bénéficier des retombées économiques associées à celui‑ci.

C’est enfin la qualité de l’expérience touristique ellemême qui pâtit de la fréquentation très importante. Certains lieux emblématiques et faciles d’accès sont pris d’assaut : l’APCA évoque le cas du Charmant Som à proximité de Grenoble ou du Semnoz à proximité d’Annecy. La pratique du bivouac s’est largement répandue, conduisant parfois à une saturation de tentes au même endroit, en dehors des horaires autorisés. La tranquillité et le calme associés à la montagne se trouvent donc quelque peu remis en question par de tels phénomènes. La DGALN pointe aussi, parmi les risques associés à la surfréquentation, « Une accidentologie plus élevée du fait d’une hausse de fréquentation et de l’absence de connaissance des règles de conduite en milieu rural de ces nouveaux visiteurs ».

2.   Les conflits d’usage sont accentués par le réchauffement climatique

Le changement climatique augmente la pression sur les ressources naturelles, démultipliant ainsi les risques de conflits d’usage. Le constat est unanime chez les acteurs auditionnés par vos rapporteures, la Fédération des Parcs naturels régionaux (PNR) résumant ainsi les principaux enjeux qui s’y rattachent : « Les conflits d’usage sont de plus en plus forts dans un contexte de surfréquentation et du changement climatique de nombreux sites, à différents moments de l’année : périodes de chasse, nuits d’été où se développe le camping sauvage, conflits avec les propriétaires fonciers (agriculteurs…), dégradation des espaces par les touristes, ordures laissées, pénurie d’eau…. Tous ces impacts dépendant des mêmes ressources et partagées par de nombreux acteurs se croisent et créent des situations complexes et fort tendues ». Deux des principaux conflits d’usage en montagne seront détaillés ici : ceux entre tourisme et agriculture, d’une part, et ceux autour de la ressource en eau, d’autre part.

a.   Les conflits d’usage entre agriculture et tourisme

Le sujet a été soulevé s’agissant des enjeux de fréquentation : les troupeaux pâturant en estive se retrouvent au contact direct des touristes, ce qui crée parfois des tensions ou génère des comportements inappropriés. Cela est souvent non volontaire et s’explique plutôt par une méconnaissance de la bonne attitude à avoir face à un troupeau ou à un chien de protection. Des incidents se produisent parfois, notamment avec ces chiens qui peuvent blesser les touristes peu avertis du bon comportement à adopter. L’APCA fait cependant remarquer, fort heureusement, qu’« une très faible proportion de chiens cause des incidents à répétition (11 cas recensés en 2019), représentant une part significative du nombre total d’incidents recensés (40 %) ».

Ces conflits sont évidemment caractéristiques d’un tourisme hors saison d’hiver, l’APCA relevant plutôt une complémentarité des usages entre tourisme l’hiver et agriculture l’été : « Les stations de ski sont occupées par les touristes principalement pendant la saison d’hiver, tandis que les troupeaux d’animaux entretiennent les pistes l’été via le pâturage. Ce partage de l’espace dans le temps permet une complémentarité entre tourisme et agriculture de montagne ».

Il n’est parfois pas évident, en montagne, de comprendre que l’on traverse une propriété privée et qu’il y a donc certaines règles à respecter, les délimitations étant évidemment moins nettes que dans les zones urbaines. Une barrière laissée ouverte ou un champ de fourrage piétiné sont autant de répercussions sur le travail de l’agriculteur ou de l’éleveur concerné.

b.   Les conflits d’usage autour de la ressource en eau

La ressource en eau est au centre de nombreux usages en montagne et l’importance qu’elle est amenée à prendre avec le changement climatique est parfois sous‑estimée dans les débats. Agriculture, enneigement artificiel, production d’énergie, besoins en eau potable…la pression sur la ressource est particulièrement forte. ClimSnow rappelle que c’est l’un des sujets centraux à prendre en compte dans les stratégies de fiabilisation des conditions d’enneigement : « La question de la pression sur les ressources en eau est un facteur central pour appréhender la fiabilisation des conditions d’enneigement et la place relative du tourisme au regard des autres activités pour lesquelles les pressions anthropiques sur la ressource pourraient également devenir plus fortes et/ou le besoin plus critique ». Ce constat est partagé par le comité de massif du Massif Central : « Le sujet de la ressource en eau deviendra de plus en plus sensible avec des évolutions de la répartition temporelle des précipitations, avec des tensions déjà constatées en été entre usages : alimentation en eau potable/abreuvement du bétail/activités nautiques/production d’énergie ».

Cette question entraîne avec elle des sujets d’aménagement, au centre de débats souvent vifs dans les territoires. La création de retenues collinaires, ouvrages de stockage de l’eau, est un bon exemple d’aménagement conflictuel. Ces enjeux sont néanmoins cruciaux et nécessitent un débat le plus apaisé possible. Tout comme sur la question de la fiabilisation de l’enneigement, il est essentiel de s’appuyer sur des données objectives et un constat de départ partagé par les acteurs locaux.

Vos rapporteures constatent que l’enjeu de la ressource en eau n’est pas abordé de manière suffisamment objective et concertée dans de nombreux territoires. ClimSnow relève d’ailleurs un nombre limité de travaux sur ces questions, et soulève une piste intéressante : « Les informations rassemblées et élaborées dans le cadre du service ClimSnow pourraient, à titre complémentaire, être mobilisées pour des questions en lien avec l’évolution des ressources en eau, ce qui demanderait dans un premier temps de développer des méthodologies permettant de traiter cette question de façon rigoureuse. L’absence de base de données nationales concernant le taux de couverture équipé pour la production de neige, la consommation d’eau, ainsi que d’autres informations de fine échelle concernant l’hydrologie de montagne, constituent autant d’obstacles à un traitement intégré de cette question ». Il serait en effet précieux de pouvoir disposer d’une telle base de données.

Il est tout aussi important de s’appuyer sur les structures locales de concertation autour de l’eau, afin d’assurer une gestion coordonnée et concertée de la ressource. Domaines skiables de France relève qu’un dialogue existe déjà dans les instances de type commission locale de l’eau (CLE) : « Des structures d’arbitrage à plusieurs niveaux (CLE, SAGE, SDAGE) sont en place pour anticiper ces changements, et des liens de solidarité ont été mis en place pour prioriser les bons usages de l’eau : partage de l’eau entre pastoralisme et tourisme notamment. Le stockage d’eau à la période où la ressource est la plus abondante doit être encouragé, pour pouvoir alléger la pression sur la ressource en période d’étiage ».

S’agissant plus particulièrement du sujet sensible de conciliation entre disponibilité de la ressource en eau et production de neige de culture, vos rapporteures souhaitent souligner l’exemple du travail effectué par la commission locale de l’eau du Drac et de la Romanche autour de schémas de conciliation de la production de neige de culture avec la ressource en eau. Tout comme celui des retenues collinaires, auquel il est d’ailleurs fortement lié, le sujet de la production de neige artificielle est très souvent l’objet de crispations, autour de la conciliation des intérêts économiques liés à sa production avec la préservation de l’environnement et des autres usages de l’eau. Il est donc nécessaire d’encourager les acteurs au dialogue. Il est également important de favoriser les retenues collinaires multiusages pour un meilleur partage de la ressource en eau, particulièrement en ce qui concerne les besoins liés aux activités agricoles.

 

Schémas de conciliation de la production de neige de culture avec la ressource en eau, les milieux et les autres usages, dans un contexte de changement climatique (bassin versant du Drac et de la Romanche)

 La commission locale de l’eau du Drac et de la Romanche réalise une étude, d’une durée de 20 mois, sur la conciliation entre ressource en eau et production de neige de culture. Le but est de disposer d’une analyse fine sur ces enjeux, domaine skiable par domaine skiable, en y intégrant tous les paramètres : changement climatique et évolution de l’enneigement, analyse économique, etc. Cette étude s’appuiera sur les données déjà acquises par le biais de l’étude, menée en 2017-2018 par l’INRAe et Météo France et commandée par le département de l’Isère et Isère Attractivité. Les 4 principales phases qui ont été définies sont les suivantes :

– mise à jour des schémas de conciliation ;

– mise au point d’une méthodologie pour accompagner les porteurs de projets lors du dépôt des dossiers d’autorisation/déclaration ;

– recensement des pratiques ;

– enjeux et faisabilité économique de la neige en Drac‑Romanche.

L’étude s’appuie sur une gouvernance qui illustre sa forte volonté de concertation : un comité de pilotage (instance politique), une commission géographique/domaine skiable, une commission « élus » et un comité technique. Des entretiens avec les différents acteurs concernés sont par ailleurs prévus.

Les diagnostics par domaine skiable et les premières pistes d’action associées sont attendus pour décembre 2022. Le but est d’arriver à des solutions réellement concertées, validées de tous et qui permettront de faire référence.

Procédant de la même logique, le Plan Avenir Montagnes prévoit l’implication du ministère de la transition écologique pour « aider les collectivités à inscrire leurs projets d’enneigement dans un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) afin qu’ils fassent l’objet d’une concertation avec tous les usagers de l’eau pour prévenir les conflits d’usage », selon le secrétariat d’État chargé de la ruralité. Les interactions entre gestion de l’eau en amont et en aval doivent faire l’objet d’une attention soutenue.

Proposition n° 3 : Améliorer l’information et la concertation autour du sujet de la ressource en eau en montagne :

– constituer une base de données nationale à ce sujet ;

– au niveau local, encourager à l’établissement de schémas de conciliation des usages de l’eau par les commissions locales de l’eau, afin de traiter de manière plus apaisée les besoins liés, notamment, à la neige de culture et aux activités agricoles.

  

 


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   Seconde partie :
l’évolution du tourisme de montagne vers des activités diversifiées et « quatre saisons » doit se faire de manière raisonnée, adaptée à chaque territoire et en complémentaritÉ de l’offre existante

I.   La diversification et la dessaisonalisation de l’offre touristique en montagne, dans le respect des singularités de chaque territoire, sont une réponse aux conséquences du changement climatique

A.   Le besoin d’un tourisme moins dépendant des seules activités « neige » et respectueux de l’environnement

1.   Le changement climatique plaide en faveur d’un tourisme moins dépendant de la neige et plus diversifié, avec une approche différenciée selon les territoires

Le constat posé en première partie du présent rapport montre que le changement climatique fait et continuera de faire évoluer l’offre et la demande touristiques en montagne, à des degrés et à des échéances divers. Le tourisme de montagne est en transition, ou en adaptation, ces termes eux‑mêmes étant parfois l’objet de débats nourris. Les territoires de montagne ont su s’adapter aux différentes contraintes : vos rapporteures ont pleinement confiance dans leur capacité à évoluer pour prendre en compte, en particulier, les conséquences du changement climatique. La Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) rappelle que les composantes essentielles qui ont fait le succès du tourisme de montagne demeurent : « Pour réussir à long terme cette transition doit s’appuyer sur les atouts de la montagne qui demeureront même avec peu de neige ou sans neige :  fraîcheur et verdure en temps de canicule, nature et paysages préservés, traditions architecturales et culturelles, et donc une expérience profonde des joies de la montagne qui suppose de limiter la banalisation et l’artificialisation ».

Comme cela a été largement souligné, une approche au cas par cas demeure nécessaire. Toutefois, la réduction de la dépendance économique aux activités de neige et à la saison d’hiver apparaît comme un vecteur d’évolution majeur, à plus ou moins long terme. Deux évolutions majeures peuvent être envisagées en matière d’offre touristique pour répondre à ce besoin :

– premièrement, une diversification plus marquée de l’offre touristique, ce qui passera nécessairement par une diversification des investissements. L’Association nationale des élus de la montagne (ANEM) dénombre ainsi « près de 100 activités possibles » ;

– deuxièmement, une modification de la temporalité de ce tourisme. Là aussi, les avis divergent, certains appelant de leurs vœux un tourisme « 4 saisons », d’autres un tourisme « 2 saisons », avec des saisons estivale et hivernale allongées. Certaines activités ne peuvent à l’évidence être pratiquées en toute saison. Le Syndicat national des gardiens de refuge (SNGRGE), qui préfère évoquer l’allongement des saisons d’été et d’hiver, pointe de telles limites s’agissant des refuges : « les périodes " creuses " sont globalement non rentables, climatiquement plus rudes (baisse de l’ensoleillement, diminution de la longueur du jour, risque de gel des circuits d’eau), ce qui entraîne une difficulté à mobiliser des gardiens 24h/24 et 7j/7 dans ces conditions. L’isolement des refuges semble quand même empêcher ce genre d’annualisation (ravitaillement en frais, marche d’approche, etc.) ».

Diversification et dessaisonalisation font d’ailleurs partie des pistes évoquées par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) pour renforcer l’attractivité des destinations de montagne : cette dernière mentionne « la diversification de l’offre, la dessaisonalisation et la montagne en été (…), afin d’augmenter l’attractivité touristique, renouveler les clientèles, multiplier les retombées économiques toute l’année, rentabiliser les investissements dans les infrastructures notamment immobilières et redynamiser les destinations par le maintien de la population en montagne ».

La station de Métabief, exemple de réfexion autour de l’opportunité des investissements liés au ski alpin

En 2020, la station de Métabief (Doubs, massif du Jura) a eu recours à l’outil ClimSnow précédemment évoqué. Le diagnostic, en date de septembre 2020, est clair : « après 2040, les courbes d’indice de fiabilité [des capacités d’exploitation de la station] décroissent fortement ». Le rapport conclut : « le téléski de liaison ainsi que sa piste n’apparaissent pas viables. Compte tenu de leur taux d’ouverture et de fréquentation, ils peuvent être abandonnés ». ClimSnow suggère donc « l’engagement d’investissements pour la diversification des activités touristiques sur la station de Métabief qui reste un moteur économique du territoire ».

Une adaptation radicale : la fin de l’activité ski d’ici dix à quinze ans

La station, exploitée par le syndicat mixte du Mont-d’Or, a, selon l’ANEM, « élaboré un programme de transition pour anticiper la "fin de viabilité" du ski alpin, à l’horizon 2030-2035. Cette station veut assurer la maîtrise de son destin et réalise d’importants investissements sur l’entretien et l’amélioration du matériel existant et la mise en place de nouvelles activités. Le sujet de la station n’est plus la diversification, mais la transition. L’objectif est de maintenir cet ancrage, mais en tenant compte du réchauffement climatique. C’est là que les activités annexes, notamment de ski nordique, ont une carte à jouer, tout comme le VTT, le trail, l’escalade, ainsi qu’une meilleure offre de transports et d’hébergement sur tout le territoire haut doubien ». Pour être moins dépendante des aléas climatiques, la station a misé sur l’innovation, notamment dans le cadre de la méthode EVE (évaluation de la vulnérabilité des existants), « méthode observationnelle qui permet de comprendre l’état d’une structure dans sa globalité et surtout dans sa réalité technique de conception, de fabrication, d’exploitation et de vieillissement » ([36]). Le but était de réaliser un diagnostic sur les équipements actuels de remontées, afin de rénover les quatre télésièges datant des années 1980 au lieu de les remplacer par deux télésièges débrayables. Cette méthode a permis de réduire l’enveloppe d’investissements de 15 M€ à 2 M€ ([37]).

Plus généralement, il s’agit d’une stratégie de rationalisation et de hiérarchisation des coûts, qui prend en compte une durée d’amortissement des investissements liés à la neige de moins de quinze ans. La principale conclusion à tirer de l’exemple de la station de Métabief constitue la nécessité d’adopter des stratégies locales, fondées sur des études d’enneigement spécifiques à chaque station. Les solutions appliquées à Métabief, située entre 900 m et 1 430 m d’altitude, ne sont évidemment pas systématiquement transposables à d’autres stations, exposées différemment et situées à des altitudes différentes.

Cette diversification doit être envisagée comme complémentaire aux activités « ski » et « neige », qui demeurent encore le cœur de la rentabilité économique et des dynamiques d’emploi de nombreuses stations. L’ANCT, qui pilote le Plan Avenir Montagnes, en a d’ailleurs pleinement conscience : « La diversification 4 saisons de l’offre touristique est une des réponses mais elle doit être adaptée aux territoires et à ses perspectives d’enneigement notamment. Il reste difficile à ce jour d’avoir un modèle économique aussi rentable que le ski mais il faut inventer un autre modèle économique quand le ski devient moins possible. Ainsi, cette diversification doit se faire en partant des réalités du terrain, au cas par cas, sans tourner le dos au ski ».

Vos rapporteures estiment indispensable que la réflexion autour d’un nouveau modèle touristique puisse s’engager dans toutes les stations de sports d’hiver, sur la base des diagnostics en neige et en eau précédemment évoqués.

2.   Le Plan Avenir Montagnes permet d’accompagner une telle dynamique

En 1964, a été initié le premier « Plan neige », fondé essentiellement sur le développement et l’aménagement des stations autour du ski. Un demi‑siècle plus tard, le Gouvernement présente le Plan Avenir Montagnes, qui procède d’une logique différente. Il est né « du constat des déséquilibres sociaux, environnementaux, et sanitaire mis en exergue avec la crise de la covid19 », selon l’ANCT. Ce nouveau plan d’investissement pour la montagne structure une approche renouvelée du tourisme pour ces territoires tout en instaurant une politique de soutien qui cherche à être très opérationnelle. Le secrétariat d’État chargé de la ruralité souligne que le plan « s’est construit de façon ascendante ».

De nombreuses concertations ont été menées avec les différents acteurs pour élaborer ce plan, dont les prémices avaient été annoncées par le Premier ministre dès le mois d’octobre 2020, lors du congrès de l’ANEM. Le Conseil national de la montagne (CNM) et les comités de massif ont été consultés, ces diverses instances assurant une large représentation des acteurs de la montagne. L’ANCT précise que « 27 contributions nationales (hors massifs) émanant des membres du CNM (certaines groupant plusieurs acteurs) ont été adressées à l’ANCT. En outre, autour de 90 contributions ont également été reçues des acteurs des massifs du territoire métropolitain, sous l’égide des commissariats de massif qui ont organisé les consultations et se sont chargés de leur synthèse. Ces contributions étaient destinées à mieux prendre en compte les singularités locales dans la préfiguration du programme ». La construction du plan a aussi bénéficié des relations permanentes du ministre de la cohésion des territoires avec les associations d’élus de la montagne et du tourisme (ANEM, ANMSM et ANETT). Des déplacements sur le terrain ont eu lieu, ainsi que des entretiens entre les principaux ministères impliqués et les acteurs-clés de l’économie de la montagne. L’ANCT complète le bilan de cette concertation préalable en précisant que « le Premier ministre a réuni à quatre reprises un groupe représentatif de l’économie touristique de la montagne où la plupart des grands acteurs de ces territoires étaient représentés ».

Une restitution de ce dialogue nourri a été effectuée, ainsi qu’un débat d’orientation dans le cadre d’un comité interministériel du tourisme en montagne, en mai 2021. Le Plan Avenir Montagnes a été présenté le 27 mai 2021, en Savoie, par le Premier ministre.

L’ANCT a noté un degré élevé de participation des différents acteurs sur l’élaboration du plan, montrant leur pleine mobilisation autour de ces sujets. Parmi les principales demandes formulées, figurent la nécessité d’un accompagnement « sur mesure », au plus près du terrain, ainsi qu’une prise en compte de la pluralité des situations et de la singularité de chaque massif. C’est pourquoi la logique de ce plan est de proposer une offre de services et d’accompagner les projets locaux, sans les imposer, avec des critères suffisamment larges pour répondre à tous les besoins. Vos rapporteures sont particulièrement attachées à ce que l’éventail des projets éligibles soit aussi large que possible, afin de répondre à la diversité des attentes des territoires.

Concrètement, le Plan Avenir Montagnes doit permettre, selon le dossier de presse de présentation ([38]), de « renforcer l’accompagnement et le rebond des acteurs de la montagne pour un tourisme plus durable ». Il mobilise 650 M€ de crédits publics nouveaux, avec 1,8 Md€ d’effet de levier. Ce plan structure 14 mesures autour de trois axes :

– « favoriser la diversification de l’offre et la conquête de nouvelles clientèles ». Outre des accès facilités à divers mécanismes de financement, il est prévu d’améliorer l’accès des enfants à la montagne, ce qui peut contribuer à attirer de nouveaux publics ;

 « accélérer la transition écologique des activités touristiques de montagne ». Il s’agit d’améliorer la mobilité du premier et du dernier kilomètre, mais aussi de valoriser la biodiversité (restauration de sentiers de randonnée) ou encore de consacrer une partie du Fonds tourisme durable aux acteurs de la montagne ;

 « dynamiser l’immobilier de loisir et enrayer la formation des "lits froids" », notamment grâce à un fonds d’ingénierie facilitant la rénovation de l’immobilier touristique.

Pour financer les différentes mesures du plan, un Fonds Avenir Montagnes est créé. D’un montant total de 331 M€ sur deux ans (2021-2022), il se décompose en 2 volets :

– un volet ingénierie (31 M€). Une première vague de 32 lauréats a été annoncée le 8 octobre 2021 ([39]) et la seconde vague, d’une trentaine de lauréats, devrait être annoncée début mars 2022. Ces lauréats « bénéficieront d’un financement à hauteur de 60 000 euros par an pendant 2 ans pour un chef de projet dédié », ainsi qu’un accès à « l’offre de services spécifique au programme alimentée par une vingtaine de partenaires et d’une animation/partage de pratiques au niveau national et dans chaque massif », selon le secrétariat d’État chargé de la ruralité. Afin que les territoires s’approprient pleinement ce volet ingénierie, l’agence a mis en ligne un catalogue de l’offre de services proposé par Avenir Montagnes ingénierie ([40]) ;

– un volet investissement (300 M€, dont la moitié financée par les régions). 50 M€ de fonds de l’État ont été engagés en 2021, permettant de financer 139 projets sélectionnés. L’ANCT précise : « Les deux tiers du fonds investissement soit 100 M€ de crédits côté État seront à engager pour l’année 2022 pour des projets répondant aux 3 axes du plan ». Une circulaire du Premier ministre précise les différents types de projets qui ont vocation à être financés, une part minimale devant étant attribuée à des projets visant à rénover des sentiers de randonnées et à préserver la biodiversité.


Répartition des crédits du volet investissement du fonds Avenir Montagnes (part État) entre les 6 massifs métropolitains (à titre indicatif, en fonction des négociations par CPIER/CPER ([41]) pour la Corse)