Compte rendu
Commission d’enquête
relative aux conséquences
des accords du Touquet sur l’action publique et le respect des libertés et droits fondamentaux des personnes migrantes
– Audition, ouverte à la presse, de M. Maël Galisson, journaliste.....2
– Présences en réunion................................12
Jeudi
19 mars 2026
Séance de 16 heures 30
Compte rendu n° 16
session ordinaire de 2025-2026
Présidence de
M. Sébastien Huyghe,
Président de la commission
— 1 —
La séance est ouverte à seize heures cinquante-cinq.
M. le président Sébastien Huyghe. Pour cette quatrième audition de la journée, nous recevons M. Maël Galisson, journaliste indépendant. Vous avez mené au cours des dix dernières années un important travail d’enquête et de documentation sur les personnes exilées qui sont mortes dans la zone frontière entre France, Belgique et Royaume-Uni. Auparavant, en tant que citoyen engagé, vous avez été le coordinateur de la plateforme de soutiens aux migrants (PSM) de Calais, un réseau d’associations locales d’aide aux personnes exilées se trouvant à la frontière franco-britannique. Enfin, dans des articles et des ouvrages collectifs, vous avez documenté la réalité de ce qu’on a appelé « la jungle de Calais ».
Je vous rappelle que l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires impose aux personnes auditionnées par une commission d’enquête de prêter le serment de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
(M. Maël Galisson prête serment.)
M. Maël Galisson, journaliste. Je précise d’emblée que mon propos liminaire portera sur des cas de décès et de disparitions, ce qui peut éventuellement choquer le public.
Le 3 septembre 2024, douze personnes sont mortes noyées au large du cap Gris-Nez après le naufrage d’une embarcation qui tentait de rejoindre le Royaume-Uni. Le bateau pneumatique se serait affaissé sur lui-même sous le poids de trop nombreux passagers. La grande majorité des victimes sont des femmes originaires d’Érythrée. Quatre jours plus tard, le 7 septembre, le bébé d’une femme rescapée de ce naufrage est mort à l’hôpital de Calais. Sa mère avait dû subir une césarienne en urgence. Le 12 septembre 2024, le corps d’Ahmed Kalzieh, Syrien de 22 ans originaire d’Alep, est découvert inanimé sur la plage de Merlimont dans le Pas-de-Calais. Au cours d’une traversée avec deux autres personnes le 7 septembre, leur embarcation a pris l’eau, Ahmed a sauté du bateau et tenté de rejoindre le rivage ; il est mort noyé. Le 15 septembre 2024, une embarcation partie de la plage de la Slack près de Wimereux, dans laquelle avaient pris place cinquante-neuf personnes, s’est échouée sur les rochers après s’être déchirée. Huit personnes sont décédées dans ce naufrage. Le 17 septembre 2024, un corps très dégradé a été retrouvé près d’Ambleteuse. La victime, Kbaat Gebrehiwet, une jeune Érythréenne de 20 ans, avait embarqué sur le zodiac qui a fait naufrage le 3 septembre. Le 5 septembre 2024, au cours d’un embarquement chaotique sur un small boat, sur une plage du Boulonnais, un enfant de 2 ans est mort étouffé dans les bras de sa mère. Le même jour, trois personnes sont mortes étouffées dans un zodiac dans lequel avaient pris place plus de quatre-vingts exilés. Des avaries du moteur auraient créé un mouvement de panique à bord. Cette série d’incidents mortels n’est qu’un extrait de la liste de quatre-vingt-neuf décès au moins de personnes exilées survenus à la frontière franco-britannique au cours de l’année 2024, la plus meurtrière depuis 1999.
Pourquoi se livrer à un tel décompte des morts dans la zone frontière entre la France, le Royaume-Uni et la Belgique comme je le fais depuis dix ans ? D’abord, l’approche médiatique ordinaire consistant à traiter ces décès de manière isolée, sans faire état du contexte, me posait problème. Dès que j’ai commencé à collecter des informations, je me suis rapidement rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’événements isolés, mais bien des conséquences de politiques menées sur ce territoire. Par ailleurs, il n’existait pas alors de données officielles. C’est seulement depuis quelques années que la préfecture maritime compte les personnes qui décèdent au cours d’une traversée, ce qui passe sous silence les cas survenus avant la traversée maritime. Enfin, mon travail s’inscrit dans la démarche déjà menée par d’autres journalistes ou ONG sur les traversées en Méditerranée entre l’Italie, la Libye, la Tunisie, en mer Égée ou dans le détroit de Gibraltar. Certaines de ces enquêtes dénombrent aussi les personnes décédées ou disparues aux frontières. Il était évident que la traversée de la Manche était mal documentée.
Sur le plan méthodologique, je signale une limite : c’est depuis les années 1990 que des personnes traversent la Manche pour tenter de gagner le Royaume-Uni, mais je n’ai pu rassembler d’informations qu’à partir de 1999. Le bilan n’est donc pas exhaustif. De plus, je n’ai recensé les cas de décès que quand j’ai pu recouper les informations provenant de la presse, surtout locale, et des témoignages d’exilés ou de personnes qui en sont solidaires. Les ONG compilent aussi des rapports depuis des années. Enfin, je suis allé rechercher dans les mairies une source administrative, à savoir la liste des décès enregistrés.
Sur cette base j’ai constitué une liste de personnes qui sont décédées depuis 1999 en tentant de rejoindre le Royaume-Uni, en essayant de donner leur identité, leur âge, leur genre et les circonstances du décès. La presse locale, elle, a plutôt traité ces cas comme des faits divers et on ne peut le lui reprocher. Pour en avoir une autre vision, il faut s’inscrire dans le temps long. J’aboutis au chiffre de 528 personnes exilées décédées à cette frontière depuis 1999.
Je précise, et j’y reviendrai, qu’il s’agit de personnes décédées et pas de celles portées disparues. C’est au moins une manière de garder la trace, la mémoire, des personnes passées par cette région. La très grande majorité sont originaires de ce qu’on peut appeler le Sud global, plus particulièrement d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. Soudanais, Irakiens, Vietnamiens et Chinois représentent plus d’un tiers des victimes. Pour 90 %, ce sont des hommes. Enfin, l’âge moyen est de 25 ans. C’est la jeunesse d’Afghanistan, du Soudan, de Syrie qui vient mourir sur les plages du nord de la France.
Pour mieux représenter cette réalité, j’ai réalisé une cartographie des décès avec le géographe Nicolas Lambert. Sur cette carte, chaque point représente un décès – un point plus gros en représente plusieurs. Il vaut la peine de suivre leur localisation par année. On constate alors qu’elle évolue en fonction des politiques menées, qui passent par la fortification – ou « bunkerisation » – de certains sites, à commencer par le port de Calais et Eurotunnel. À mesure que s’installent des barrières, des barbelés, des caméras de vidéosurveillance et des murs, les trajectoires migratoires se modifient. Aussi, au départ les décès survenaient près du port ou d’Eurotunnel ; ces dernières années, ils ont plutôt lieu en mer, dans une bande de 300 à 500 mètres le long des plages.
Arrêtons-nous sur les causes de décès. Une enquête au long cours, intitulé le Mémorial de Calais, réalisé avec le média Lesjours.fr grâce à wedodata.fr, rend les données accessibles à chacun. Simplement, ce travail, publié en 2023, mériterait d’être actualisé. La cause première de décès est de vouloir passer cette frontière, mais le nombre varie selon que la tentative a lieu par le train, par les axes routiers ou par la mer. Ces dernières années, la noyade est la cause principale. Précédemment, c’était la route. On trouve ici l’influence des politiques menées à cette frontière depuis vingt à trente ans. Les premières tentatives de passage – et les premiers décès – dans les années 1990 se sont faites via le port. Puis les exilés ont tenté de monter sur l’Eurostar pour rejoindre Londres directement.
Au-delà des chiffres, je pense au parcours de certains d’entre eux. Ainsi, Omid Jamil Ali, jeune Kurde de 21 ans, est mort le 18 octobre 2001 : en sautant d’un pont pour atterrir sur l’Eurostar, il s’est gravement blessé et ce n’est qu’à Folkestone que son corps a été découvert. Lors de la phase suivante, en gros de 2005 à 2015, les personnes tentaient de passer la frontière en se cachant dans les remorques des poids lourds. Je cite deux cas qui ont été relativement médiatisés. Le 23 octobre 2019, trente-neuf personnes ont été retrouvées mortes à l’intérieur d’un container remorque dans la zone industrielle du Waterglade Industrial Park dans l’Essex. Ces huit femmes et trente et un hommes, tous originaires du nord-est du Vietnam, y sont morts asphyxiés. Déjà le 18 juin 2000, cinquante-quatre hommes et quatre femmes de nationalité chinoise sont morts asphyxiés dans un camion en provenance du port de Zeebrugge en Belgique. Leurs cadavres ont été découverts par des douaniers à Douvres. Deux survivants trouvés inconscients dans le camion ont été transportés à l’hôpital en état de choc et souffrant de déshydratation.
Pour préciser ma pensée, je reviens sur les traités signés le 20 septembre 2014 et le 20 août 2015, même si votre commission porte sur les accords du Touquet. Le premier texte instaure le doublement des barrières de l’enceinte portuaire de Calais, l’érection le long de la rocade accédant à la zone portuaire d’une double clôture équipée d’une rampe d’accès incurvée pour empêcher qu’on s’y agrippe, surmontée de barbelés et dotée d’un système de vidéosurveillance. L’ouvrage finalisé au printemps 2015 a été prolongé par la construction en avril 2016, au niveau de la rocade portuaire, d’un mur de béton végétalisé de quatre mètres de haut et de 300 mètres de long, équipé de caméras de surveillance et d’un système anti-franchissement. L’accord du 20 août 2015 concerne le site d’Eurotunnel et prévoit l’érection de 29 kilomètres de nouvelles barrières, le renforcement des 10 kilomètres déjà existants, la déforestation de 100 hectares et l’inondation de certaines zones afin d’empêcher toute intrusion. Enfin, le traité de Sandhurst signé en janvier 2018, après le référendum sur le Brexit de juin 2016 et l’expulsion de la « jungle » de Calais en octobre 2016, prolonge la longue liste des technologies de surveillance et de contrôle dont ont été dotées peu à peu les infrastructures frontalières. Sur les 50 millions d’euros apportés par le Royaume-Uni, 15 millions sont destinés à l’acquisition de dispositifs de vidéosurveillance et de barrières de sécurité et au recrutement d’équipes cynophiles pour le port et la gare de Calais ainsi que pour le site Eurotunnel. Si je donne ces détails, c’est que cette fortification de la frontière a eu pour conséquence de rendre le port de Calais et le site Eurotunnel quasiment inaccessibles pour les exilés.
Il leur fallait donc trouver un autre moyen d’aller en Angleterre. Ce seront les tentatives de traversée par mer, de plus en plus organisées. Ainsi, la fermeture d’une route migratoire en a créé une nouvelle, plus dangereuse. Cette phase a commencé dans les années 2017-2018. Les premières tentatives ont lieu autour du Calaisis. La réaction des États a été de fortifier et de militariser les plages. Quand celles du Calaisis ont été inaccessibles, il a fallu tenter les départs de plus loin, du Dunkerquois, des plages de Belgique jusqu’à la baie de Somme, voire jusqu’en Normandie. Et depuis deux ans, nous sommes entrés dans une autre phase, qui consiste à emprunter les fleuves du Pas-de-Calais, notamment l’Aa. Cette extension des zones de départ a signifié celle des lieux de décès. Qu’on se souvienne du naufrage du 24 novembre 2021 au cours duquel vingt-sept personnes sont décédées et quatre ont disparu. Julia Pascual du Monde et Marie Babonneau du Canard enchaîné y ont consacré un travail d’investigation approfondi. Au cours de cet incident en mer, les exilés ont appelé à de multiples reprises les secours du Cross de Gris-Nez, le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage. Non seulement le Cross n’a pas engagé à temps des opérations de secours, mais il est allé jusqu’à dissuader un tanker d’intervenir pour secourir les naufragés. Plainte a été déposée et une enquête est en cours. Selon moi, il y aurait lieu d’organiser une audition sur ce naufrage tellement c’est une affaire dans l’affaire. Les personnels qui ont enquêté sur cet incident ont subi des pressions de la part de la hiérarchie militaire, et en prévenant les agents du Cross qu’ils allaient être mis en examen, cette hiérarchie militaire a violé le secret de l’instruction, ce qui a déclenché l’ouverture d’une seconde enquête. Mes consœurs Julia Pascual et Marie Babonneau auraient beaucoup à dire sur ce qui reste, à ce jour, le naufrage le plus meurtrier dans la Manche.
Ce naufrage pose aussi la question des moyens mis à disposition des sauveteurs. Avant qu’il ait lieu, des alertes avaient été lancées. Ainsi certains membres de la Société nationale de sauvetage en mer, la SNSM, disaient que les moyens disponibles n’étaient pas adaptés pour permettre des opérations de secours efficaces. Mais n’étant pas spécialiste, je renvoie vers les articles de Julia Pascual encore, de Maïa Courtois, de Simon Mauvieux et de Nejma Brahim.
En concluant sur les conséquences concrètes des accords sur la vie des personnes exilées, je veux citer les propos des responsables politiques français ou britanniques, depuis Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, qui voulait « rendre la frontière étanche », à Priti Patel, secrétaire au Home Office, qui espérait rendre la Manche « impracticable ».
Au passage, j’observe que les homicides, qui sont une réalité incontestable, sont une cause mineure dans le nombre de décès survenus du fait du franchissement de la frontière. Surtout, je voudrais évoquer les portraits de personnes décédées sur cette frontière car leur parcours illustre bien les impasses dans lesquelles elles se sont trouvées, notamment en raison du règlement Dublin. C’est d’abord Abdulfatah Hamdallah, qui fuit sa région de l’ouest du Kordofan, au Soudan. Il passe plus de deux ans en Libye. Avec son frère, Abdulfatah survit de petits boulots tel que laveur de voitures dans la capitale libyenne. En 2017, il réussit à franchir la Méditerranée vers l’Italie puis la France, où il demande l’asile en 2018. Sa demande est rejetée plusieurs mois plus tard. Débouté de l’asile, il part à Calais en juin 2020 dans l’objectif de passer en Angleterre. Un soir d’août, avec un compagnon de route, ils décident de voler un canot gonflable – un jouet, pas un bateau – dans un cabanon de plage. Ne trouvant pas de rames, ils tentent, avec des pelles en guise de pagaie, une traversée extrêmement risquée qui se révélera un échec. Si son compagnon réussit à rejoindre la côte à la nage, le corps sans vie d’Abdulfatah, âgé de 22 ans, a été retrouvé le mercredi 19 août 2020 sur la plage de Sangatte. Il a été enterré dans le cimetière nord de Calais.
Autre exemple, celui de Dina Al-Shammari, une Koweïtienne âgée de 21 ans qui est décédée le 28 juillet 2024 en tentant la traversée de la Manche vers l’Angleterre. La famille de Dina fait partie de la minorité « bidoune » soit, en arabe, « sans papiers », une communauté stigmatisée car les autorités du Koweït refusent de leur reconnaître la nationalité. Ils sont donc apatrides. La famille est arrivée en 2021 en Allemagne, où elle a demandé l’asile. Déboutée au terme de la procédure, et craignant d’être renvoyés vers le Moyen-Orient, ils ont décidé de reprendre la route, cette fois, vers le Royaume-Uni. Dina a été découverte inanimée dans une embarcation surchargée. Elle est morte étouffée sous les yeux de sa mère et de ses deux sœurs à la suite d’un mouvement de foule au moment de l’embarquement dans le small boat. Ces exemples illustrent la situation complexe dans laquelle les personnes exilées peuvent se retrouver à l’échelon européen, notamment du fait du règlement Dublin.
Je voudrais m’arrêter maintenant sur ce qui se passe sur les plages, en conséquence directe des politiques, notamment la politique britannique dont le leitmotiv est « Stop the boats ». Arrêtez les bateaux, c’est ce que demandent les autorités britanniques aux autorités françaises et cela se traduit par un déploiement de forces de police sur les plages du Boulonnais, du Calaisis et du Dunkerquois ; il arrive alors à des exilés ce qu’a vécu Jumaa Al-Hassan, un Syrien qui a fui Alep en 2014 pour se réfugier au Liban. En 2023, il repart pour l’Algérie puis en février 2024 prend la route pour le Royaume-Uni via l’Espagne et Calais. Le soir du 2 au 3 mars, un groupe d’exilés patiente à Gravelines, au bord de l’Aa, dans l’attente d’un bateau-taxi qui va les emmener. Alors que celui-ci s’approche du groupe, des policiers interviennent en faisant usage de gaz lacrymogène. Malgré les alertes des témoins présents, c’est-à-dire les exilés, les policiers n’ont rien fait pour tenter de sauver Jumaa ; des pompiers sont ensuite intervenus, ont procédé à quelques recherches mais n’ont rien trouvé. Par la suite, malgré le signalement des proches de Jumaa et des associations de soutien aux exilés, il n’y a pas eu de recherches complémentaires. Pour plus de précision, je renvoie vers une enquête que nous avons menée avec Maïa Courtois, Simon Mauvieux et Valentina Camu qui a été publiée sur le site Disclose. En tout état de cause, au moment des faits, les exilés ont donné l’alerte et cela n’a pas déclenché de recherches immédiates. Après coup, les associations ont demandé une reprise des recherches, en vain. L’oncle de Jumaa s’est présenté à la police et, malgré cela, il n’y a jamais eu de recherche. Finalement, le corps de Jumaa a été retrouvé dix-sept jours plus tard, le 19 mars 2024, plus en amont du canal, à hauteur de Grand-Fort-Philippe. Il a été rapatrié et enterré dans son village natal en périphérie d’Alep.
Ainsi, la pression policière sur les plages et accessoirement autour des fleuves tels que l’Aa pour empêcher les départs de small boats rend chaque étape de mise à l’eau d’une embarcation toujours plus dangereuse. De plus, il arrive que des personnes non prévues s’ajoutent au dernier moment. Ces dernières années, les embarquements sont devenus des moments de tension extrême et particulièrement chaotiques, où des gens meurent écrasés sous le poids des autres passagers : ils ne meurent plus noyés mais asphyxiés. J’ai déjà donné l’exemple de Dina, mais ce fut aussi le sort de Sara Al-Hashimi, une fillette irakienne de 4 ans, qui est décédée avec cinq autres personnes le 23 avril 2024. Or l’acteur majeur de la mise en œuvre de la politique dite Stop the boats sur les plages, c’est la police ou la gendarmerie. Et si l’on veut revenir sur le rôle joué par la police dans cette région de France, outre le cas de Jumaa Al-Hassan, il ne faudrait pas oublier les circonstances qui ont mené à la mort de Mawda Shawri le 16 mai 2018. Cette fillette kurde de 2 ans a été tuée par un policier belge lors d’une course poursuite sur l’A42 – en Belgique certes, mais la famille vivait sur le camp de Grande-Synthe. Du fait de la difficulté pour accéder aux camions et aux plages, la Belgique est devenue une espèce de salle annexe pour tenter la traversée de la frontière. Je renvoie vers d’autres articles et notamment la très bonne enquête du journaliste belge Michel Bouffioux, sur la mort de Mawda. Sur ce dispositif policier, j’en lis un extrait : « La dernière étape du déploiement des dispositifs sécuritaires à la frontière franco-britannique, visant cette fois à stopper les tentatives de passage par voie maritime, démarre au cours de l’année 2018 et se traduit par la signature d’un plan d’action conjoint le 24 janvier 2019. Celui-ci prévoit, en particulier, l’acquisition, pour un montant de 7 millions d’euros, sur fonds britanniques, d’un certain nombre d’équipements destinés à surveiller le littoral du Calaisis et sur lesquels les autorités françaises ne se privent pas de communiquer : drones avec caméras thermiques, lunettes infrarouges, remorques éclairantes, véhicules tout-terrain (motos et 4x4), gardes républicains à cheval, militaires en VTT ou pilotes de la police aux frontières sont déployés sur les plages du nord de la France et apparaissent désormais régulièrement dans les tweets de la préfecture du Pas-de-Calais ».
Tel est, dans la réalité, le déploiement de police et de gendarmerie sur les plages du littoral nord de la France. J’ai parlé du règlement Dublin qui pousse les gens à l’errance en Europe jusqu’à tenter le passage pour refaire leur vie au Royaume-Uni. J’ai donné des exemples de la pression qui peut exister sur les plages et le long des fleuves. Sur notre sujet, les décès aux frontières, la façon dont les conditions de vie à Calais et dans la région pèsent sur les exilés et sur leur santé mentale, mais aussi les politiques et les impasses législatives dans lesquelles se retrouvent des personnes exilées qui sont bloquées à Calais, j’ai fait différents travaux journalistiques. Je voudrais signaler en particulier un article que j’ai écrit sur Abbas Sertus, qui s’est pendu dans un blockhaus de Tardinghen, et vous parler du cas de Ahmed N. sur lequel j’ai écrit récemment dans Politis. Ahmed N. est mort à 39 ans le 13 mai 2025 sous les roues d’un poids lourd sur un parking de Marck, commune voisine de Calais. Arrivé en France en 2013 et reconnu réfugié, cet Érythréen a vécu des derniers mois particulièrement difficiles. Souffrant de troubles psychiatriques, Ahmed a présenté à plusieurs reprises des comportements suicidaires. Malgré des alertes répétées, les associations, notamment le Secours catholique, se sont heurtées à de nombreux dysfonctionnements concernant sa prise en charge par le centre hospitalier de Calais. Ahmed est mort quelques jours plus tard. Autre exemple, Hassan Abbas Omar Saad, 29 ans, originaire de Khartoum, était en mai 2022 bloqué à Calais depuis environ deux mois, survivant comme il pouvait avec plusieurs centaines d’autres exilés dans un camp de fortune à proximité de la zone Transmarck, lieu de transit de centaines de poids-lourds en partance vers l’Angleterre. Arrivé en Europe en 2015, il avait demandé l’asile successivement en Allemagne, en France, en Suisse et essuyé trois refus. Par dépit, il avait rejoint le nord de la France. L’annonce en avril 2022 de la signature d’un accord entre le Royaume-Uni et le Rwanda qui visait à envoyer des demandeurs d’asile arrivés sur le territoire britannique vers ce pays, avait chamboulé Hassan, selon une militante associative. Profondément inquiet, fatigué par des années d’errance en Europe, il s’est peu à peu isolé du reste du groupe. Le 11 mai 2022, Hassan a été découvert par ses compagnons, pendu par une sangle dans une remorque de poids lourds abandonnée sur un parking de la zone Transmarck. Le véhicule qui aurait dû lui permettre de rejoindre l’Angleterre est devenu le caveau de son ultime voyage.
Je voudrais maintenant revenir sur la zone grise de ce travail, les personnes disparues à cette frontière. Avec les mêmes collègues, Maïa Courtois, Simon Mauvieux et Valentina Camu, nous avons publié ces derniers mois une série d’articles sur cette question liée à celle des décès. Le phénomène s’accentue car on pouvait relever les disparitions à terre, mais beaucoup moins depuis que la traversée est surtout maritime. Notre enquête montre que la question des disparitions est globalement assez négligée par les autorités sur le littoral, ce qui laisse désemparés les proches, qui ne savent pas si le fils, le frère, l’oncle, la sœur est toujours en vie ou décédé. Notre série d’articles pour Mediapart montre qu’entre 2022 et 2024, au moins quarante-trois exilés qui voulaient rejoindre le Royaume-Uni ont disparu le long du littoral nord de la France ou en Manche sans qu’on retrouve leur corps. À titre d’exemple, je me concentrerai sur le naufrage du 23 octobre 2024 au large de Sangatte. Rapidement, un bilan officiel de trois morts est annoncé. Mais dans les jours qui suivent paraissent des alertes à disparition, et nous avons une liste de treize personnes portées disparues, à la suite d’alertes de rescapés qui ont perdu le contact avec tel ou tel passager, ou de proches qui savaient que les personnes allaient embarquer et qui n’ont plus de nouvelles. Assez rapidement après le naufrage, nous publions deux articles qui montrent que le bilan est sous-estimé. Et dans les semaines qui suivent, la Manche rejette treize corps en tout sur les plages du Calaisis, du Boulonnais mais également du Kent. Dans des articles suivants, nous expliquons que malgré les alertes des associations qui font un travail d’intermédiaire vraiment précieux entre les familles et les autorités, certains de ces corps ne sont toujours pas identifiés, un an et trois mois après les faits.
Je prends le cas de Ahmed. Originaire d’Alep, il fuit la guerre en Syrie en 2013 avec sa femme et ses six enfants pour se réfugier à Izmir en Turquie, où il travaille comme ouvrier agricole. À la fin de l’été 2024, Ahmed et l’un de ses fils, Osama, prennent la décision de quitter la Turquie où, explique Osama, « Pour les Syriens, la vie est compliquée, nous subissons beaucoup de racisme, nous comptions rejoindre mes deux grand-frères qui vivent déjà en Angleterre. » Dans la nuit du 22 au 23 octobre 2024, Ahmed et Osama embarquent avec plus de soixante personnes à bord d’un zodiac sur une plage à proximité de Sangatte. L’un des flotteurs de l’embarcation explose durant la traversée, entraînant la chute dans l’eau du groupe de passagers. Ahmed et Osama s’accrochent comme ils le peuvent aux débris du bateau, mais, raconte le jeune Syrien, « à un moment dans la panique nous avons été séparés, j’appelais mon père mais il ne me répondait pas ». Osama et quarante-sept autres personnes sont secourus par les sauveteurs. Dans les jours qui suivent le naufrage, Osama se démène pour retrouver la trace de son père, allant d’hôpital en poste de police, mais les autorités restent sans réponse. « J’ai tout fait pour tenter de le retrouver, se désole-t-il, je ne souhaite à personne de vivre ce que ma famille et moi vivons depuis ce jour. »
Ces difficultés d’identification des corps rejetés par la Manche apparaissent bien dans le cas de Mustafa Bakro, lui aussi porté disparu suite à ce naufrage. Des amis rescapés vont signaler sa disparition dès le lendemain. Dès le 25, ce signalement est répercuté notamment auprès de la Croix-Rouge, qui agit grâce à son dispositif RLF (rétablissement des liens familiaux), et ensuite à la gendarmerie maritime qui a la charge de l’enquête. La procédure est celle-ci : quand un corps est découvert sur une plage, le parquet ouvre une enquête. Selon le lieu, la juridiction, l’autorité de gendarmerie ou de police diffèrent, et il est difficile d’identifier l’interlocuteur responsable. Dans cette affaire, le 25 octobre, le signalement est transmis à la gendarmerie maritime ; le 30 octobre, la famille en Syrie rencontre le Croissant-Rouge à Alep. Nous sommes allés en Syrie et avons vu la famille, qui nous a déclaré : « Dans les jours qui ont suivi le naufrage, nous avons contacté le Croissant-Rouge, mais aussi des organisations des droits humains en France. Malgré ces démarches, Mustafa reste toujours introuvable. La dernière fois que nous avons échangé avec le Croissant-Rouge, ils nous ont répondu qu’ils allaient revenir vers nous quand ils auraient des nouvelles. C’était il y a quatre mois, rien ne s’est passé depuis. »
Au cours de cette enquête, nous constatons donc qu’il est difficile pour les proches d’avoir des informations sur les procédures d’identification. Elles peuvent être compromises pour des raisons simples. Dans le cas de Mustafa, cette famille syrienne a subi plusieurs déplacements forcés du fait de la guerre ; elle habitait un quartier d’Alep qui a été une zone de front. Pourtant, chose rare, elle a réussi à entrer directement en contact avec les autorités policières françaises. Ce qui a bloqué, c’est le fait que la famille n’était pas en mesure de payer les frais pour le renvoi du kit ADN qui sert à identifier le corps. L’événement a eu lieu en octobre 2024, la famille arrive à avoir des contacts avec les autorités policières en janvier 2025 ; comme elle ne peut payer les 60 euros pour envoyer le kit ADN, le travail d’identification s’arrête. La famille n’a plus de nouvelles, rien n’est fait pour la tenir au courant. Finalement, c’est par l’intermédiaire d’une tierce personne qu’un échantillon est transmis aux autorités policières, et qu’ainsi le 20 janvier 2026, bien plus d’un an après l’événement, Mustafa a été identifié parmi les corps rejetés par la mer. Il repose au cimetière ouest à Boulogne-sur-Mer. À ce jour, sur les treize personnes signalées comme disparues suite à ce naufrage du 23 octobre, six ne sont toujours pas identifiées.
Les proches se heurtent donc à un certain nombre de difficultés et de dysfonctionnements. Ainsi, les alertes sur les disparitions qui sont lancées au moment des opérations de secours par des rescapés n’ont pas forcément d’effet. Une fois ramenés au port, ceux-ci peuvent être pris en charge par la protection civile, mais ce n’est pas systématique. Ces naufragés trempés peuvent aussi rencontrer d’abord la police aux frontières, qui les auditionne avec pour principal souci de savoir qui conduisait le bateau, et de déterminer qui sont les passeurs. Les alertes lancées à ce moment-là sont négligées. Ensuite des proches ou même des ONG lancent de nouvelles alertes. Mais je l’ai dit, en fonction du lieu de décès, ce n’est pas forcément le même interlocuteur, la même gendarmerie, le même institut médico-légal. Pour des personnes qui ne parlent pas toujours français, c’est une difficulté supplémentaire, d’autant que certains policiers et gendarmes refusent de communiquer directement avec les familles, et le font seulement par l’intermédiaire des associations. En outre, on ne comprend pas pourquoi dans tel cas une reconnaissance visuelle suffit, dans tel autre il faut multiplier les critères, dont un test ADN, des empreintes etc. Et il n’y a pas de coordination pour obtenir ces informations, par exemple aller trouver un test ADN en Éthiopie, en Syrie ou ailleurs. Bref, les procédures d’identification durent très longtemps, un an et quelques mois pour Mustafa Bakro. J’ajoute que pour les proches qui viennent effectuer des tests ADN ou faire des reconnaissances visuelles, aucune prise en charge sociale ou psychologique n’est prévue. Cela repose sur les associations, et je n’ai pas le temps d’évoquer les funérailles.
Ce travail est incomplet et mériterait d’être prolongé, pour tenir compte par exemple des personnes mutilées, qui, lors de traversées notamment par camion, peuvent subir de graves blessures et parfois passer des semaines voire des mois dans les hôpitaux de la région. La chercheuse Maria Hagan a commencé à documenter cette situation. Ensuite, on mesure mal l’impact que peuvent avoir les politiques migratoires sur la santé mentale des personnes en exil. Ainsi les ONG britanniques ont-elles alerté sur les suicides survenus après l’arrivée au Royaume-Uni. Elles en ont dénombré onze en l’espace de quelques années, notamment des mineurs.
Permettez-moi de terminer sur une anecdote. Un jour, je présentais ce travail d’investigation à Bruxelles. Une personne m’a demandé la liste des morts à cette frontière et on l’a imprimée sur une banderole qui faisait de sept à dix mètres. Un responsable de centre culturel a observé qu’on aurait dit un ticket de caisse. La remarque est triviale, mais aussi symbolique. Au cours de vos auditions que j’ai suivies, il a été beaucoup question du coût financier de ce qui se passe à Calais, de l’engagement des forces de police, etc. Je viens de vous en présenter le coût humain. Le 24 novembre 2021, après le naufrage le plus meurtrier, Emmanuel Macron, Président de la République, avait dit que la France ne laisserait pas la Manche devenir un cimetière. Depuis cette date, au moins 186 personnes sont mortes à cette frontière, dont les deux tiers en tentant la traversée, et au moins vingt-six personnes sont portées disparues.
M. Sébastien Huyghe, président. Chaque mort dans la Manche ou dans la mer du Nord est un mort de trop. Personne ne peut rester insensible au fait que des humains perdent la vie en voulant traverser pour aller au Royaume-Uni. Aussi le travail que vous avez fait pour identifier les personnes et rendre à chacune une histoire est-il très important. Notre commission d’enquête, justement, doit faire un état des lieux et elle doit faire des propositions – je ne dirai pas pour qu’il n’y ait pas plus de morts, ce serait un vœu pieux, mais pour qu’il y en ait le moins possible.
Mais je ne peux pas vous laisser dire ou sous-entendre que les forces de l’ordre laissent mourir des migrants ou sont responsables de leur mort. Elles font un travail difficile au service de nos concitoyens et de la sécurité des populations, qu’elles soient locales ou qu’elles soient migrantes ; c’est une de leurs missions premières et elles l’accomplissent avec beaucoup d’abnégation. Les vrais meurtriers, ce sont les passeurs. Ils sont responsables de ces drames et ils profitent de la détresse de personnes qui souhaitent absolument passer au Royaume-Uni, sans aucun souci de la vie humaine, à partir du moment où cela leur rapporte des euros, ou souvent des dollars. En 2024, soixante-dix personnes sont décédées en tentant la traversée ; en 2025, ce bilan a été réduit de moitié avec vingt-sept personnes décédées et quatre disparues. Encore une fois, chaque mort est un mort de trop. Mais tout a été fait pour leur porter secours. En 2025, 6 177 personnes ont été secourues par l’ensemble des forces publiques. La France met tout en œuvre pour limiter au maximum le nombre de personnes qui, malheureusement, perdent la vie dans ces conditions pour passer au Royaume-Uni.
Mme Elsa Faucillon, rapporteure. En effet, cette commission d’enquête a aussi pour objectif de replacer la question des conditions de vie des personnes exilées, et trop souvent de leur mort, au cœur de l’évaluation et de la conduite des politiques publiques, car elle y est très marginalisée, voire méprisée. En tant que députés, nous nous devons de défendre la devise républicaine et donc de considérer chaque être humain avec une égale dignité. Et j’ai retenu de vos propos que Mawda, la petite fille kurde de 2 ans, avait bel et bien été tuée d’une balle dans la tête au cours d’une course-poursuite par les tirs d’un policier. Le Monde avait d’ailleurs titré « La petite Kurde, 2 ans, a été tuée par un policier belge ».
J’ai plusieurs questions. D’abord, quand des familles interpellent les autorités sur une disparition, qu’est-ce que cela déclenche ? Après un signalement, que font la gendarmerie et la police immédiatement ? Vous avez parlé des délais, mais est-ce qu’à chaque signalement, on engage une action ou pas ? Ensuite, parvenez-vous, dans vos recherches, à estimer un nombre de disparus ? Pour la Méditerranée, ce travail est à peu près effectué, même si cela reste un peu flou, et on dispose d’un nombre de morts et d’une projection pour les disparus. Enfin, vous auriez voulu parler des funérailles. Cela pose la question du coût du rapatriement et de sa prise en charge, mais aussi pour celles et ceux qui sont enterrés dans des cimetières sur le littoral nord, celle du respect des rites, pour garantir la dignité de nos morts. Quels obstacles rencontre-t-on ?
M. Maël Galisson. Concernant les disparus, les enquêtes que nous avons menées avec mes collègues sur la période de 2022 à 2024 et les recoupements effectués nous conduisent à une estimation de quarante-trois personnes – ce peut être plus.
Que se passe-t-il au moment d’une disparition ? C’est une question qu’il faut poser aux autorités policières. Nous avons cherché à les interroger, mais nous n’avons eu que rarement des échanges, cela reste très compliqué. Les acteurs qui parlent sont soit les familles, les compagnons de route ou les associations qui, au minimum, contactent la Croix-Rouge qui dispose du dispositif de rétablissement des liens familiaux, lequel, d’une certaine manière, sert de recensement des alertes de disparition. Des membres d’associations et des militants tentent de mener des recherches à leur niveau en allant dans les campements pour tenter de retrouver des informations. Mais pour ce qui est des autorités, je ne sais pas s’il y a systématiquement une alerte. Nous avons documenté de manière précise le cas de Jumaa Al-Hassan. Son oncle s’est présenté à la police en voulant relancer des recherches ; on lui a juste dit que la police ne pouvait rien faire et que tout ce qu’on lui proposait, c’était de de déposer une main courante, dont j’ai la copie si besoin est. Je ne peux donc pas vous dire s’il y a un protocole de la part des autorités policières, on ne nous a jamais répondu en tant que journalistes. D’après les cas que nous avons pu documenter de manière précise, la plupart du temps ces alertes sont plutôt négligées.
S’agissant des funérailles, les familles sur lesquelles nous avons des informations se sont heurtées à plusieurs difficultés. D’abord, le rapatriement d’un corps coûte plusieurs milliers d’euros et accéder, par la route, à un pays en guerre ou à une zone de conflit augmente ce coût, qui est, principalement, à la charge des familles. Bien souvent, elles ne peuvent pas payer et la solidarité communautaire et associative prend le relais. Quand le rapatriement coûte vraiment trop cher, on se tourne vers des funérailles en France. Mais là encore, c’est souvent compliqué d’avoir accès à un cimetière dans le Calaisis et le Boulonnais car les mairies ne sont pas toutes enclines à accepter des corps de personnes étrangères mortes en exil. Se pose aussi la question de l’existence d’un carré musulman dans les cimetières et du respect des rites ; sur ce point, il y a peu de réponses de la part des pouvoirs publics.
M. Marc de Fleurian (RN). Merci, monsieur le président, d’avoir rappelé la nécessité de respecter la présomption d’innocence pour les militaires du Cross Gris-Nez qui, tous les jours, avec leurs camarades de la Marine nationale, de la Gendarmerie maritime ou de la SNSM, risquent leur vie pour aller sauver des naufragés et pratiquer ainsi la solidarité des gens de mer.
Je voudrais savoir, monsieur Galisson, si, pour compléter le propos que vous avez longuement développé, vous aviez l’intention ou le projet de mener la même enquête sur l’ensemble des vies qui ont été sauvées par l’action de la France ou de Français, des acteurs si vous voulez les appeler ainsi, comme les sauveteurs en mer, les personnels hospitaliers, les membres de la protection civile. Je suis député du Calaisis sous l’étiquette Rassemblement national, et un certain nombre de ces personnes, qui sont favorables à ce parti, risquent leur vie ou passent leur nuit à sauver les gens, par humanité, sans avoir besoin d’en faire un étendard politique, tant c’est évident pour eux. Certes, aucune vie sauvée ne compensera les vies perdues, mais ç’aurait été une démarche intéressante pour équilibrer ou élargir le propos que vous avez tenu.
M. Maël Galisson. Personnellement, je pense que c’est important de rappeler que dans le cas de Mawda, un policier a été condamné pour homicide involontaire. Je n’invente rien, c’est une décision de la justice belge. J’ai peut-être été trop rapide ou je me suis mal exprimé, mais j’ai repris les propos des témoins que nous avons rencontrés dans le cadre de l’enquête sur la mort de Jumaa Al-Hassan. Et à la suite de ce travail journalistique, l’association Utopia 56 a déposé une plainte qui a entraîné l’ouverture d’une enquête de l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale.
M. Sébastien Huyghe, président. La présomption d’innocence s’impose tant que la justice ne s’est pas prononcée. Ici, devant l’Assemblée nationale française, nous parlons des forces de l’ordre françaises et en Belgique, c’est leur problème.
M. Maël Galisson. Pas tout à fait, car ce qui se passe à Calais est connecté au territoire belge en fait.
M. Sébastien Huyghe, président. Le comportement de certains policiers de pays étrangers n’entre pas dans le champ de nos travaux.
M. Marc de Fleurian (RN). Il me semble important de préciser qu’il y a eu une extension du carré musulman au cimetière de Calais pour permettre l’accueil des dépouilles de personnes naufragées ou percutées par des poids lourds.
La séance s’achève à dix-huit heures quinze.
Présents. – Mme Stella Dupont, Mme Elsa Faucillon, M. Marc de Fleurian, M. Sébastien Huyghe
Excusés. – M. Charles Fournier, M. Philippe Gosselin